Montagnes... ma passion

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Français
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Comment peut-on devenir un grand alpiniste sans s'en rendre compte, ou plutôt sans le faire savoir haut et fort, tel pourrait être le fil conducteur de la vie de Benoît Grison, né en 1961 et qui, comme on "entre en religion", est "entré en montagne", devenant un virtuose de l'alpinisme. Après sa chute mortelle dans l'Annapurna en 1986, ses parents et son petit frère Emmanuel sont allés en pèlerinage jusqu'au camp de base de l'Annapurna 1, afin de se recueillir auprès de ce gigantesque cimetière, et ils en ont fait un récit commenté.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2011
Nombre de lectures 51
EAN13 9782296476219
Langue Français
Poids de l'ouvrage 17 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Montagnes… ma passion

Graveurs de mémoire

Henri Louis ORAIN, Avec Christiane, 68 ans de bonheur,
2011.
Pascale TOURÉ-LEROUX,Drôle de jeunesse, 2011.
Emile HERLIC, «Vent printanier », nom de code pour la
rafle du Vél’ d’hiv’. Récit, 2011.
Dominique POULACHON,René, maquisard. Sur les
sentiers de la Résistance en Saône-et-Loire, 2011.
Shanda TONME,: laLes chemins de l’immigration
France ou rien! (vol. 3 d’une autobiographie en 6
volumes), 2011.
Claude-Alain CHRISTOPHE,Jazz à Limoges, 2011.
Claude MILON,Pierre Deloger (1890-1985). De la
boulange à l’opéra, 2011.
Jean-Philippe GOUDET,Les sentes de l’espoir. Une
famille auvergnate durant la Seconde Guerre mondiale,
2011.
Armand BENACERRAF,Trois passeports pour un seul
homme, Itinéraire d’un cardiologue, 2011.
Vincent JEANTET,Je suis mort un mardi, 2011.
Pierre PELOU,L’arbre et le paysage. L’itinéraire d’un
postier rouergat (1907-1981), 2011.
François DENIS et Michèle DENIS-DELCEY,Les
Araignées Rouges, Un agronome en Ethiopie (1965-1975),
2011.
Djalil et Marie HAKEM,Le Livre de Djalil, 2011.
Chantal MEYER,La Chrétienne en terre d’Islam, 2011.
Danielle BARCELO-GUEZ,Racines tunisiennes, 2011.
Paul SECHTER,En 1936 j’avais quinze ans, 2011.
Roland BAUCHOT,Mémoires d’un biologiste. De la rue des
Ecoles à la rue d’Ulm, 2011.
Eric de ROSNY,L’Afrique, sur le vif. Récits et péripéties, 2011.
Eliane LIRAUD,L’aventure guinéenne, 2011.
Louis GIVELET,L’Écolo, le pollueur et le paysan, 2011.
Yves JEGOUZO,Madeleine dite Betty, déportée résistante à
Auschwitz-Birkenau, 2011.

Benoît Grison







Montagnes… ma passion


Lettres et témoignages recueillis par son père




















L’HARMATTAN











Ouvrage du même auteur :
La grande guerre d’un lieutenant d’artillerie, Carnets de guerre de
1914 à 1919 de Pierre Grison, L’Harmattan, 1999.
























© L'HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56272-1
EAN : 9782296562721

A notre fils Benoît
et à son petit frère Emmanuel
tombé au même âge dans la Meije pour la même passion.

±

Benoît Grison est apparu dans le monde de la verticale à la fin des années
70, et bien vite il a fait partie du noyau des grimpeurs passionnés. Ce n’est sans
doute pas un hasard si la passion de Benoît s’est cristallisée au moment où
"tout" est en train de changer ! L’escalade sportive s’est enfin imposée et offre
tant de possibilités nouvelles sur les falaises à découvrir. Et l’alpinisme de
"style" en rocher comme en glace et mixte, commence à renouveler le jeu pour
donner toute sa valeur : le "comment" devient plus important que le simple but
du sommet. Recherche de la légèreté et de la simplicité de moyens pour
valoriser l’engagement, voilà un modèle d’alpinisme qui va attirer Benoît et
qu’il illustrera plus tard, en particulier dans ses ascensions en solitaire.
Mais au début, c’est la découverte de l’escalade et des falaises, où ses
qualités gestuelles et la force de sa motivation le font progresser rapidement. A
l’époque, j’ai partagé avec Benoît quelques journées d’escalade intenses sur les
sites où alors "le milieu s’active": en Bourgogne, à Buoux, au Verdon…
Parfois nous partions ensemble (je le faisais profiter de mon véhicule) pour
nous rendre sur les falaises et au cours de nos discussions, j’ai vite compris que
Benoît était "un mordu" ! Même si le personnage respire la discrétion et si son
physique n’a rien de particulièrement athlétique, je constate chez Benoît un
talent et un appétit pour la difficulté qui le font sortir de l’ordinaire! Et alors
qu’il a trouvé un partenaire de grimpe régulier en la personne de Jean-François
e
Peyroux, Benoît va bientôt rejoindre le 7degré de difficulté, "l’extrême"
d’alors dont il va agrandir la liste des voies. Je peux citer la réussite en libre du
"Boulevard à Mathieu" à Saffres, objectif de l’époque, après que je l’ai équipé
dans cette optique.
Mais surtout, à rencontrer Benoît, je ressens que la falaise, et même le
Verdon, ça ne lui suffit pas ! Il a découvert la montagne, un monde encore plus
exigeant où l’aventure et l’engagement sont plus forts. Ses rêves l’attirent
làhaut, pour vivre intensément en gravissant le sommet par les plus belles voies.
Et aux yeux de Benoît, c’est l’altitude, le domaine des lignes verticales glacées
qui symbolise l’exigence de la haute montagne, dans un esprit traditionnel mais
dans un style moderne. C’est ainsi que le Mont-Blanc deviendra son jardin
secret, et qu’il en découvrira presque tous les itinéraires du versant italien,
souvent seul !
Au début des années 80, alors que je fréquente moins la haute montagne
pour me consacrer au rocher, en particulier à l’étranger, je rencontre quand
même Benoît au fameux camping "du C.O.B." (loué par le G.H.M. en réalité)
aux portes de Chamonix, où beaucoup de passionnés des cimes s’installent.
Pour Benoît, c’est la démarche inverse, sa motivation pour l’altitude m’apparaît
pleine et entière ! En toute simplicité, sans forfanterie, il envisage de répéter à
l’envi, les plus grandes voies glaciaires et mixtes, du Mont-Blanc aux Droites

9

en passant par les Jorasses. Et il va concrétiser ses rêves, sacré Benoît! Sans
nous dire au début qu’au besoin, il partira seul…
Quelques années brillantes vont se succéder, où sa liste de courses devient
remarquable, exemplaire : Benoît la renforce par une fréquentation hivernale, et
parfois solitaire, des grandes parois du massif du Mont-Blanc.
Mais si Benoît a envie de grimper seul sur ses montagnes préférées, ce n’est
pas vraiment un solitaire en bas, dans la vallée. L’enthousiasme qu’il peut
manifester au retour de ses aventures, il l’offre aux autres: la sérénité et le
plaisir qu’il en retire sont évidents et sont comme un encouragement pour les
autres alpinistes à y aller voir. Et Benoît va former une cordée "de pointe" avec
quelques-uns des meilleurs du moment comme François Marsigny par exemple.
Mais au delà des performances, l’essentiel est sûrement l’esprit qui anime
l’action. Avec Benoît, j’ai toujours ressenti que ses efforts, comme son
enthousiasme étaient complètement désintéressés : pour lui, il n’était surtout pas
question de faire "carrière" dans l’alpinisme. Tout juste a-t-il voulu ensuite
devenir guide, en délaissant son diplôme d’ingénieur pour consacrer le
maximum de temps à sa passion, mais sa disparition ne lui en laissera pas la
possibilité. Pas plus qu’il ne fut question pour Benoît de miser de quelconques
retombées médiatiques "profitables", à la différence des amateurs de "Trilogie"
qui se mettent en scène à la même époque.
A l’occasion de son service militaire, Benoît est choisi pour intégrer le
GMHM avec lequel il va pouvoir continuer sa quête d’altitude pendant
l’expédition de 1984 en Alaska, riche de plusieurs succès. Et l’année suivante, il
est sur les plus hauts sommets des Andes Péruviennes où il réalise une série
remarquable d’ascensions en haute altitude, et plusieurs en solo par des voies de
glace très raides.
Après ces succès, et les hauts sommets symbolisant pour Benoît la
recherche de la perfection, il est logique qu’il ait tourné ses ambitions vers
l’Himalaya, comme un aboutissement de sa démarche. En dépit d’un objectif
relativement modeste sur le plan technique, l’expédition 1986 à l’Annapurna a
séduit Benoît comme le rêve de pouvoir gravir un sommet de plus de 8000
mètres, le premier gravi dans l’histoire en plus ! Son chemin vers la lumière du
sommet s’est arrêté là-haut, dans le domaine de l’oxygène rare où le moindre
incident prend vite des proportions dramatiques; les circonstances de sa
disparition sont restées imprécises…

10

Benoît n’aura pas eu la chance de parcourir les montagnes durant de
nombreuses années, mais il n’est pas nécessaire d’agir longtemps pour que
l’empreinte soit forte. Benoît l’a montré: son parcours d’alpiniste a fasciné à
l’époque, mais je pense qu’il reste toujours une source d’inspiration.
Aujourd’hui où l’alpinisme cherche sans doute un nouvel élan, à l’écart de la
médiatisation devenue "reine" de notre société de plus en plus marchande,
l’exemple de Benoît Grison est un motif d’espoir. A mon sens, il porte
témoignage de ce que l’alpinisme a de meilleur à offrir aux valeurs de
l’humanisme.

Jean-Claude Droyer
Membre du groupe de haute montagne.

Après 25 ans de vie, il aura fallu également 25 ans de silence pour faire
renaître Benoît qui, par une prémonition insoupçonnable pour lui comme pour
nous ses parents, raconta avec verve et minutie l’histoire de ses courses en
montagne faites depuis son enfance dans les lettres qu’il nous écrivit
régulièrement et que nous avons gardées.
L’idée de publier ces lettres ne nous est venue qu’après la mort de son jeune
frère Emmanuel terrassé au même âge par une chute de pierres le 31 août 2002
en redescendant de la Meije! Ce second drame nous a plongés dans une
déréliction totale et absolue durant de nombreux mois.
Pourtant, analysant la courte vie des deux frères, une analogie frappante
apparaît. Aimant tous les deux la montagne à leur manière, ils sont poussés vers
les hauteurs par une énergie et une volonté hors du commun, tout en ayant une
personnalité attirante, rayonnante sur leur entourage, toujours modeste.
Benoît depuis son plus jeune âge veut grimper en montagne toujours plus
haut, en recherchant les voies difficiles, la perfection, pour le plaisir ou pour
donner un sens à sa vie, presque mystiquement.
Emmanuel entré à 14 ans dans les scouts d’Europe, élève résolument son
esprit vers les hauteurs célestes, c’est-à-dire Dieu, en se dévouant sans compter
à ses scouts et au mouvement dont il gravit les échelons de responsabilité, sans
négliger ses études scientifiques supérieures comme ses trois frères, puis en
s’orientant résolument vers les scouts alpins, branche récente des scouts
d’Europe.
A tous les deux, le premier verset du psaume 120 pourrait s’appliquer :
Levavi oculos meos in montes unde veniet auxilium mihi.
J’ai levé mes yeux vers les montagnes, d’où me viendra le secours.

Dès lors nous voulions écrire en parallèle le récit de ces deux courtes vies,
celle d’un grand alpiniste passionné et celle d’un scout d’Europe fervent.
Cette tâche nous paraissant insurmontable, nous avons alors décidé d’écrire
seulement pour l’instant un livre sur Benoît disparu le premier.
Nous aurions pu ne publier que ses récits de courses en montagne, mais il
nous a semblé intéressant de placer l’évolution de son épopée ascensionnelle au
sein de la famille, des amis, du travail, des vacances, des lieux ancestraux,
toutes valeurs sûres qu’il appréciait, joignant toujours l’étude à l’action. Dans
cet esprit, les titres de chapitre sont rédigés "à la Jules Verne", auteur dont il a
dévoré presque tous les ouvrages depuis l’âge de sept ans. D’ailleurs ses lettres
qui en sont parfois le reflet ont été transcrites sans aucune modification de style.
Les seules rectifications opérées pour une meilleure présentation ou
compréhension sont les fautes d’orthographe de noms propres ou communs, peu
nombreuses au demeurant, la ponctuation, certaines abréviations éclaircies et le
découpage en paragraphes.

13

Cependant les parents constatent que la vie de leurs enfants leur échappe au
fur et à mesure qu’ils grandissent. C’est pourquoi nous avons retenu l’idée
géniale de faire parler des amis de Benoît alpinistes ou non.
Cette idée nous a été donnée par Gilles Modica, ami de Benoît, que nous
remercions chaleureusement pour ses conseils d’écrivain et d’alpiniste qu’il
nous a prodigués aussi aimablement, filialement même, montrant en outre
l’exemple en écrivant le premier article.
Nous avons préféré insérer ces témoignages tels quels, par ordre
alphabétique de leur auteur, plutôt que d’en faire l’analyse, puis la synthèse, car
ils sont vivants, attachants, réels, sensibles. Se complétant, ils font bien ressortir
la personnalité de Benoît.
Du fond du cœur, nous exprimons notre sincère gratitude à tous ces témoins
qui ont pris de leur temps pour rassembler ainsi des souvenirs déjà anciens,
émouvants pour la famille et les amis, intéressants pour les alpinistes, salutaires
pour la mémoire de Benoît.
Je remercie aussi mon cher cousin Louis Grison qui a reproduit sur son
ordinateur les textes manuscrits (avouant au passage ma honte de continuer à
écrire sur papier avec gomme et crayon) et qui a hébergé sur son site les
nombreux courriels des amis de Benoît. Il est vrai qu’ancien pilote de chasse, il
était plus habitué que quiconque à voir les choses de haut ! Et pourtant ayant dû
bien peiner à déchiffrer ces élévations alpines, je salue son inlassable et
affectueux dévouement à cette cause qui nous est chère.
Enfin, par cette biographie de notre fils Benoît, qui s’achève par notre visite
faite avec son jeune frère Emmanuel à ce lointain cimetière vu du camp de base
de l’Annapurna I, nous voulons aussi ma femme et moi exprimer notre
compassion aux familles et amis des alpinistes mortellement tombés en
montagne dont le souvenir et l’exemple doivent rester dans les mémoires.

A Pignan, le 17 février 2011
Marc et Monette Grison



Á ± Á

Au moment où commence ce récit, animés par le souffle de la jeunesse,
nous voguons sur la mer Méditerranée un certain 14 juillet 1960 à bord du
« Villed’Oran »,paquebot en fête qui navigue depuis Marseille vers le grand
port français dont il porte fièrement le nom.
La veille nous descendîmes de Barcelonnette où nous nous connûmes un
e
illustre 15 août de l’année précédente, lieutenant au 11Bataillon de Chasseurs
Alpins et institutrice en vacances, pour nous marier le 5 février de l’année
suivante à Paris en l’église Saint-Louis des Invalides, puis devenir ensuite les
parents de Benoît.
Réaffecté en Algérie, je dois passer deux semaines au Centre d’Instruction,
de Pacification et de Contre-Guerrilla situé aux environs d’Arzew, pendant
qu’elle reste en villégiature à l’hôtel «La grande Bleue» au bord d’une mer
particulièrement bleue et translucide ondulant autour de nombreux petits îlots
rocheux, site balnéaire enchanteur, avant de repartir ensemble sur Oran, puis
Alger. Je rejoins mon poste militaire au sud de Tizi Ouzou, alors qu’elle prend
l’avion pour retrouver sa famille qui passe ses vacances près de Barcelonnette à
Faucon-sur-Ubaye au lieu dit La Maisonnette.
Située sur la rive droite de l’Ubaye cette maison est louée à l’année depuis
1946 et occupée dans sa moitié par les grands-parents maternels de Benoît.
Appartenant à des “Mexicains”, ces Barcelonnettains exilés au Mexique pour y
faire fortune, elle est séparée de la route nationale qui monte vers Jausiers par
un grand et vieux verger, de grands arbres entourant la maison, mélèzes,
peupliers, chênes,… Un peu plus loin se trouve la ferme de La Grangeasse
habitée par de sympathiques paysans montagnards devenus des amis de la
famille.
Au nord s’étale la chaîne de montagne des Parpaillons et au sud-est la
Montagne de l’Alpe avec son sommet La Croix de l’Alpe qui culmine à 2591
mètres. Si le confort est sommaire avec l’eau venant d’une citerne qu’il faut
remplir par des canaux d’irrigation, le lavoir-douche dehors, un réchaud à gaz
butane et une vieille cuisinière à feu de bois dedans, la famille nombreuse
augmentée de cousins et amis, mène chaque année de joyeuses et saines
vacances durant deux mois et demi. Le site est merveilleux, la montagne
toujours présente se dessine l’été sur un ciel d’azur provençal et l’espace semble
infini.
Probablement pressé de vivre et grimper dans cette Haute Provence, Benoît
décide de naître avec deux mois d’avance. Sa mère ayant demandé un poste
d’institutrice dans l’académie de Tizi Ouzou fut affectée en septembre 1960,
pour prendre une classe de petites filles kabyles, à la Section Administrative

15

Spécialisée de Bou Assem au sud de Tizi Ouzou, poste en plein bled entouré de
barbelés.
Afin d’attendre paisiblement la naissance à venir, nous décidâmes de passer
les vacances de Noël à Alger en toute quiétude à l’hôtel de l’Oasis. Du balcon
de notre grande chambre la vue sur la mer est superbe et grandiose.
Après être retournés dans nos postes respectifs de la montagne kabyle, nous
nous retrouvons à Tizi Ouzou le 16 février 1961 au matin et prenons un taxi
pour Alger où nous arrivons à 18h30, toujours à l’hôtel de l’Oasis. La future
mère entamait son congé de maternité et devait prendre l’avion pour la France,
afin d’attendre tranquillement à Pignan, chez ses parents, la naissance de
l’enfant. La nuit fut courte, car à 2 heures du matin une ambulance escortée
d’une voiture de police vint la prendre seule, en raison du couvre-feu, pour la
conduire à la clinique située au 9, avenue Claude Debussy, anciennement rue de
l’Oriental, pendant que je terminais la nuit seul dans cet hôtel.
C’est ainsi que Benoît naquit à Alger le vendredi 17 février 1961 à 18
heures des mains du professeur Jahier, consulté auparavant. Alors que
j’attendais dans cette maternité l’heureux événement, plutôt inquiet, mais
ragaillardi par la présence à mes côtés de mon cher et honorable cousin le
général Jacques Moulinier, ancien polytechnicien, commandant le service du
matériel de l’armée de terre en Algérie, qui m’expliquait pour me rassurer qu’il
avait eu lui-même huit enfants, sans problème, tout en tenant à la main un
magnifique bouquet d’anémones, fleurs préférées de la future maman. Nous
fûmes alors autorisés à la voir heureuse alors qu’elle rentrait dans sa chambre,
ainsi que l’enfant tout petit né avant terme, mais bien formé et très beau.
Du coup je transfère nos éphémères pénates de l’Oasis vers l’hôtel Djamila
Palace, 1 rue Louise de Bettignies, situé tout près de la clinique, où je puis y
faire de nombreuses visites. Au cours de l’une d’elle, sans me lasser chaque fois
d’admirer la mère et l’enfant, je suis sorti sur le balcon de la chambre, et à ma
grande surprise je vois sur le mur d’en face écrit sur quatre lignes en grosses
lettres lisibles, hormis les trois premiers et deux derniers mots: «Travail,
1
Famille, Patrie. Je compte sur les légionnairespour restaurer la France.
Maréchal Pétain ». J’ai pris en photo ce placard inattendu qui m’a rappelé mon
enfance dans l’Etat Français. Ils sortent de la clinique le 25 février, jour qui
nous voit réunis tous les trois dans la chambre n°11 de cet hôtel pour quelques
jours encore.
Nous profitons bien de ce temps durant lequel je rencontre dans la rue
Michelet une cousine, Monique Misset, qui comme nous transite à Alger et
vient ensuite nous rendre visite à l’hôtel. Curieux hasard! La famille est
prévenue, les faire-parts de naissance imprimés dès le 23 février sont envoyés
progressivement, mais une réflexion nous trouble et agite l’esprit d’un père


1
Ils’agissait à l’époque des anciens combattants tous regroupés dans la Légion française des
combattants créée par la loi du 29 août 1940.

16

inexpérimenté, plutôt habitué à marcher en bon fantassin, même en zone
dangereuse, au niveau du sol: ce bébé si petit pourra-t-il résister à un vol en
avion à haute altitude ?
Dans le doute, nous décidons qu’il sera baptisé avant de s’envoler, ce qui
er
fut fait le 1mars en l’église du Sacré Cœur, rue Edith Cavell, tout près de
l’hôtel, sans tambour ni trompette, les seuls assistants étant le prêtre bien sûr, le
sacristain représentant le parrain François Couderq oncle maternel et la
marraine Anne-Marie Grison tante paternelle tous les deux bien évidemment
absents, bref presque déjà le solo intégral !
Le lendemain matin, le général Moulinier toujours aussi aimable et
affectueux à notre égard vient aux aurores nous cueillir, pour nous mener à
l’aéroport de Maison-Blanche, d’où à 9 heures nous voyons avec regret et
inquiétude s’envoler l’avion “Caravelle” qui mènera Benoît et sa mère jusqu’à
Marseille.
Et c’est ainsi que Benoît âgé seulement de quelques jours goûte sans s’en
rendre compte les joies de l’altitude, en toute quiétude, malgré sa petitesse,
grâce à sa robustesse et aux soins attentifs de sa mère et des hôtesses de l’air.
Arrivés ainsi à bon port à Marseille-Marignane, ils y sont accueillis par Jean et
Germaine Grison lui le plus jeune des quatre frères dont mon père est l’aîné et
qui vient de prendre sa retraite de directeur de l’E.D.F. du sud-est de la France
et elle qui est ma marraine. Ils prennent la mère et l’enfant pour les conduire en
auto à Pignan.
Ce village de l’Hérault situé à 10 km à l’ouest de Montpellier est la patrie
des ancêtres maternels de Benoît, dans laquelle ses grands-parents occupent une
e
grande et imposante maison du XIXsiècle avec écurie et grenier à foin
construite par le bisaïeul de son grand-père, deux générations de vigneron et
négociant en vin et aussi maire de Pignan.
Benoît passe ainsi son premier printemps sous le soleil du Languedoc
choyé, nourri et admiré dans son berceau de famille par sa mère, ses
grandsparents et même son arrière grand-mère maternels.
Puis le 12 mai Benoît et sa mère reviennent à la SAS de Bou Assem, via
Alger et Tizi-Ouzou, pour terminer l’année scolaire. Pendant la classe, une très
gentille jeune fille kabyle Fatima s’occupe de Benoît qui découvre ainsi la vie
militaire et administrative au sein de cette SAS accolée à un poste militaire,
avant de reprendre l’avion pour les vacances, lesquelles se passent en juillet
tous les trois réunis, à Pignan, à Sens chez les grands-parents paternels et à
Paroy-en-Othe, location où nous voulions nous retrouver un peu seuls au calme.
Et là, durant plusieurs nuits Benoît nous réveille par ses cris perçants, jusqu’à ce
qu’on se rende compte qu’il avait tout simplement faim et qu’il fallait le nourrir
plus souvent !
Alors que je prends l’avion à Orly pour rejoindre mon poste en Algérie,
Benoît et sa mère continuent leurs vacances à Sens, Barcelonnette et Pignan,

17

d’où ils iront à Marseille prendre également l’avion pour Alger, afin de
rejoindre le poste de Bou Assem le 28 septembre 1961.
Une nouvelle année scolaire commence avec les petites filles kabyles et
Fatima qui veille sur Benoît. Ce premier trimestre se termine paisiblement au
sein d’une population kabyle qui aime la France, dans un lieu montagnard
austère à 800 mètres d’altitude, contrefort du massif du Djurjura qui se dessine
majestueusement à l’horizon, avec un été chaud et un hiver froid venteux,
pluvieux ou neigeux. C’est dans ces conditions hivernales que Benoît célèbre en
Algérie son premier Noël avec sa mère, le lieutenant de la SAS, son personnel
et ses moghaznis, sans oublier Fatima. Durant cette période Benoît apprend tout
seul à se déplacer d’abord sur un tapis : en allant d’un bout à l’autre il roule à
toute vitesse sur lui-même, dos ventre, dos ventre. Puis à dix mois, à l’insu de sa
mère qui s’en aperçoit à peine, après s’être mis debout, il va d’un meuble à
l’autre, d’un fauteuil à une chaise-longue, toujours affairé à découvrir quelque
chose de nouveau. Pour lui, ces déplacements étant tout naturels, il ne le montre
pas. Puis le 30 décembre 1961, ils quittent Bou Assem pour Marseille, via
Alger, et Pignan, probablement sans grand espoir de retour ?
En effet, le 14 mars 1962, je commande moi-même les larmes aux yeux la
dernière cérémonie des couleurs pour amener le drapeau français. L’armée
quitte définitivement cette belle région et cette population sympathique qui,
fidèle à son Pays, est cependant trahie et abandonnée par un gouvernement
français dirigé par des hommes pervers.
Auparavant, bénéficiant d’une permission, nous nous retrouvons tous les
trois en février 1962 au Sauze près de Barcelonnette dans l’hôtel “L’eau Vive”
récemment construit. Benoît y découvrit la neige et pour fêter son premier
anniversaire, voulut montrer sa façon originale de faire ses premiers pas,
prémices d’un don insoupçonnable à l’époque ! La porte de notre chambre étant
ouverte, Benoît s’en échappe à quatre pattes pour se rendre dans le couloir de
l’hôtel. Après un certain temps, ne le voyant pas dans la chambre et ne
l’entendant plus, on se précipite dans le couloir et l’on voit Benoît debout face
au mur marchant très sérieusement en se tenant par les mains à la plinthe dont la
hauteur est à peu près celle de ses épaules! Quelques jours après cette
démonstration impromptue d’équilibre, il se mit à marcher sans s’aider de la
plinthe.
Alors que je commande à Alger une compagnie d’infanterie, la famille
er
s’agrandit avec Denis qui naît à Montpellier le 1juillet 1962 probablement
pour me distraire ou me consoler de la funeste indépendance de l’Algérie
proclamée le lendemain.
Puis à Noël 1962, nous nous retrouvons tous les quatre réunis à
ClermontFerrand dans un appartement d’un petit immeuble neuf, alors que l’hiver est
glacial et qu’on manque de charbon et même de coke pour alimenter la
chaudière de l’appartement. La température extérieure descendant la nuit à
-30°C, elle ne monte à l’intérieur qu’à +5° ou 6° C, ce qui ne semble guère

18

gêner Benoît alors que son frère Denis, plus jeune d’un an il est vrai, résiste
moins bien.
Leur mère allait les promener dans ces très beaux sites de volcans du
Puyde-Dôme. Elle raconte qu’un jour s’étant arrêtés en haut d’une planèze qui était
longue, assez large, sans aucune végétation mais bordée des deux côtés par la
forêt sombre, et qui descendait en pente douce pour remonter ensuite avec une
jolie courbe sur le volcan suivant, Benoît est parti seul sur cette planèze, tout
droit, loin, loin… Je surveillais cette petite silhouette de 4 ans qui s’éloignait
d’un pas régulier sans se retourner et qui diminuait… Il a dû parcourir à peu
près un kilomètre, puis ayant fait demi-tour il est remonté vers nous tout aussi
tranquillement !
Après la naissance à Clermont-Ferrand en avril de Jérôme, deuxième frère
de Benoît, la famille se retrouve à Paris en septembre 1965, à proximité du
boulevard Exelmans où réside leur arrière grand-mère maternelle, troisième
génération de propriétaire de la maison de Pignan, avec sa fille tante Renée,
deux couturières à domicile de lingerie de luxe. Au milieu des épingles qui
jonchent le sol les enfants font des batailles avec les rouleaux de cartons qui
enveloppaient les tissus, parfois aussi déguisés en s’enveloppant de coupons
d’étoffe.
Cette période de 1965 à 1970 se caractérise essentiellement pour la famille
par cinq déménagements qui ne semblent pas trop affecter les enfants, pas plus
que les événements de mai 1968 à Paris où nous demeurions boulevard
Masséna dans un appartement de six pièces comportant un grand couloir d’une
largeur moyenne et faisant un angle.
Et là, jouant le premier de cordée avec ses deux frères plus jeunes, Benoît
parcourt le couloir en haut au plus près du plafond en se mettant en opposition
sur les murs ou s’aidant des chambranles des portes et de toute aspérité qu’il
pouvait rencontrer sur ce parcours plafonné qui doit bien sûr être exécuté sans
toucher le sol.
C’est à cette époque que se situe la première lettre de montagne, si l’on peut
dire, que Benoît écrivit à sept ans à son oncle François Couderq qui est aussi
son parrain.



î ð

15 août 1968
Cher oncle François,
Maintenant je sais nager, je vais à la grande piscine.
J’aime beaucoup Barcelonnette, je suis allé à la Croix de l’Alpe et deux fois au
1
refuge .
2
Avec Manou , nous sommes allés aux cascades pour manger des omelettes et
nous sommes revenus par Bouzoulières.
J’aime beaucoup grimper sur les rochers.Benoît

Durant cet été, nous fîmes de nombreuses promenades en montagne en
famille, enfants, parents, oncles et tantes et grands-parents, notamment au
refuge du Chambeyron, lieu mythique pour la famille maternelle de Benoît. En
effet, la mère de Benoît avec frères, sœurs et amis restaient souvent naguère
plusieurs jours l’été dans ce refuge non gardé. D’ailleurs elle y monta avec
Benoît et Denis pour y coucher, pendant que je fis moi-même avec mon jeune
beau-frère Pierre Couderq et le guide Michel Langeron l’ascension des
Aiguilles du Chambeyron le 11 août puis le Brec du Chambeyron le 14 août,
deux courses qu’il était très conseillé d’avoir à son actif, si l’on voulait se
montrer digne d’appartenir pleinement à la gens Couderq !
Après ce séjour en montagne, les vacances vont se poursuivre en plaine
jusqu’à la mi-septembre à Loreux situé à 10 km au nord-est de Romorantin.
Mais avant d’atteindre ce village, la route familiale franchit plusieurs
sympathiques étapes, chez la tante maternelle de Benoît, Denise Boutin à
Coublevie, chez de bons amis beaujolais, les Groussole à Pommiers, chez sa
tante Marie-Claire Tillon à Charolles. Bref, après 48 heures on arrive à Loreux,
village solognot dans lequel le grand-père paternel de Benoît, Pierre Grison,
possède une ferme, les trois quarts en terres cultivées et le quart en bois. La
petite maison de vacances à deux cents mètres de la ferme est l’ancien café de la
gare de Loreux, bâtie peu après 1900 par le trisaïeul de Benoît, lorsque fut
construite la ligne de chemin de fer à voie étroite du Blanc à Argent qui
fonctionne toujours entre Salbris et Valençay.
Aux montagnes lointaines sur ciel d’azur provençal qu’il faut atteindre par
les forêts de mélèzes et roubines, aux torrents impétueux et aux cueillettes de
génépi ou d’edelweiss, se substituent de proches horizons formés de champs, de


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Refuge du Chambeyron.
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Grand-mère maternelle de Benoît.

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chênes, pins ou bouleaux, dont les cimes paraissent rejoindre de blancs nuages
souvent immobiles dans le ciel, les promenades dans les bois, les travaux de la
terre et les cueillettes de champignons ou de mûres. A l’atmosphère type
“Gaston Rébuffat” fait place celle du genre “Maurice Genevoix” qu’admire le
grand-père de Benoît, Solognot par sa mère, lui qui chassa ici presque chaque
année, notamment avec son propre aïeul, puis revient à présent tous les ans
passer une quinzaine de jours sur ses terres avec ses petits-enfants durant les
vacances d’été.
Dix années vont désormais s’écouler avant que Benoît fasse connaissance
avec Chamonix. Il va aux louveteaux et apprécie la vie au grand air et les feux
de camp. Durant cette période la vie s’écoule normalement, ainsi que celle de
ses deux frères, au gré des déménagements qui vont s’arrêter après une année à
Poitiers en 1969-1970, puis l’arrivée en octobre 1970 dans l’Essonne à
SaintMichel-sur-Orge, où ils rentrent en classe avec un mois de retard.
En cette fin d’année, les vacances de Noël avec la messe de minuit à la
cathédrale se passent à Sens, résidence du grand-père paternel de Benoît,
lieutenant-colonel d’artillerie en retraite, qui occupe la demeure des ancêtres
Jacquillat de sa femme, la grand-mère de Benoît décédée en 1964, dont le père
ancien polytechnicien fut aussi colonel d’artillerie. Ses ancêtres lointains étaient
à l’origine vignerons à Chablis, et cette grande maison à un étage du genre hôtel
e
particulier, possède une cave voûtée du XIIIsiècle dans laquelle le vin se
conserve à merveille. Elle est imprégnée de souvenirs militaires avec un bureau
bibliothèque dont les murs sont tapissés de fusils divers, surtout arabes avec
crosse incrustée de nacre, de sabres, épées, lances de cavaliers avec leur flamme
de tissus rouge et leur fer pointu comme une aiguille, douilles d’obus en laiton
jaune de différents calibres alignées en ordre décroissant, casque à pointe, képis,
tableaux d’ancêtres, etc.
On rentre dans cette maison par un grand portail arrondi fermé par une
solide porte en bois à deux vantaux et donnant sur un jardin d’agrément avec à
gauche un grand if majestueux à quatre troncs en haut duquel Benoît est
naturellement monté, se tenant pour finir fièrement droit sur un tronc étêté, le
haut du corps émergeant du sommet de la ramure de l’arbre, sous le regard
affolé de Camille la fidèle gouvernante de son grand-père, et pris en photo par
son frère Denis de la lucarne du grenier. A l’arrière, on accède par une impasse
à une cour pavée entourée par l’écurie, le poulailler, la volière, les lieux
d’aisances, le lavoir et les portes de la cave, de la cuisine et de la salle à manger.
La description plus poétique de cette maison fut faite par l’oncle de Benoît le
lieutenant Paul Grison avant de partir pour l’Indochine où il y mourut pour la
France en 1953.
Plus prosaïquement, aidé peut-être par l’âme militaire des lieux, Benoît qui
est l’aîné organise des batailles avec ses frères et cousins, équipés de casques,
képis, ceinturons, calots, etc. Les armes sont des pistolets fabriqués avec des
rails de jeux “Légo” qui envoient sur l’adversaire des élastiques, lesquels sont

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récupérés au fur et à mesure sous le feu de l’ennemi. Le champ de bataille assez
vaste peut passer par l’escalier principal qui monte au grenier du second étage et
redescendre par le cheminement plus étroit et plus sombre de l’escalier de
service ou inversement, et se continuer dans les caves voûtées, jardin ou cour.
La description des lieux où Benoît a vécu avec ses frères peut paraître
fastidieuse au lecteur, surtout à celui qui aspire à des épopées alpines, mais il
m’a semblé utile pour mieux comprendre la vie de Benoît, d’indiquer les
caractéristiques principales des lieux où il vécut avec les personnes qui les ont
peuplés.
En effet, si la vie de famille normale s’est toujours déroulée dans de
nombreuses garnisons et des logements modernes étriqués de quatre ou cinq
pièces pour cinq ou six personnes, sans poste de télévision, les vacances, hormis
quelques rares camps de louveteaux ou montagne, ont toujours lieu
immuablement dans les grandes maisons et vastes espaces des familles
maternelles et paternelles de Benoît. Barcelonnette dans les Alpes, Pignan dans
l’Hérault, Sens dans l’Yonne et Loreux en Sologne. A ces lieux ancestraux
presque mythiques, s’ajoutera à partir de 1974 un studio de 20m² en haut de
l’Alpe d’Huez, acheté dans le même immeuble que les oncle et tante de Benoît,
les Boutin qui nous avaient fait connaître la station en nous invitant auparavant
dans leur propre studio. Encore une histoire de famille !
Après un séjour de ski à Pralognan-la-Vanoise, les vacances d’été de 1971
se déroulent à Barcelonnette d’où Benoît décrit ses activités à ses parents. Puis
en septembre après avoir assisté à Paris dans la cour des Invalides à la remise de
la Légion d’Honneur à son père, en présence de son grand-père paternel, ancien
e
combattant de 1914-1918, auquel il avait écrit pour son 82anniversaire, il
rentre en classe de sixième au collège Boileau de Saint-Michel-sur-Orge.

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Vendredi 14 mai 1971
Cher grand-père,
Je vous souhaite un bon anniversaire. J’ai passé l’examen du collège de
Saint-Cyr. Le matin nous devions faire la dictée, durée 30 mn coefficient 2;
étude de texte durée 1h15 coeff 9 ; arithmétique durée 1 heure coeff 6.
Aprèsmidi à 14 heures, épreuve psychotechnique durée 2h45 mn.
J’ai été fatigué par l’examen et le vendredi à l’école j’ai passé la
composition de calcul.
Bon baiser.Benoît


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Le 14 mai 1889 est la date de naissance de son grand-père Pierre Grison.

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