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RUGBY

De
128 pages
C'est toute une philosophie qui s'exprime dans cet ouvrage….L'idée de voir cette philosophie disparaître avec la récente naissance du professionnalisme dans le rugby est présente en permanence. Faut-il pour autant refuser l'évolution et continuer à regarder derrière ou faut-il au contraire essayer d'avancer en mettant les pare-feu utiles pour conserver au rugby son identité tout en gérant le changement ? La question est posée.
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UNIVERSITÉ

Michel POUSSE

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Collection « espaces et Temps du Sport »

ÉDITIONS L'HARMATTAN 5-7, rue de l'École polytechnique 75005-Paris

UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION

15, avenue René Cassin -

BP 7151

97715 - Saint-Denis messag Cédex 9

Cet ouvrage a été réalisé grâce au soutien financier

de

L'Université de La Réunion et du Conseil Général de La Réunion

Couverture:
Bernard REMY CYCLE

Maquette-mise
Sabine T

en page:

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UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION,

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2001

Can1pus universitaire du Moufia 15, avenue René Cassin - BP 7151 - 97 715 Saint-Denis Messag cedex 9 1'PHONE: 02 62 93 85 85 - 1'COPIE: 02 62 93 85 00 SITE WEB : http://www.univ-reunion.fr
@ ÉDITIONS L'IIARMATIAN, 7, rue de l'École Polytechnique

2001
- 75005 Paris

La loi du Il mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite pa.r quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite.
@ L'Harmattan, 5-7, 2001

rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Saint-Jacques, Canada H2Y Inc. Montréal lK9 (Qc)

55, rue

L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-1952-X

~

Aux éditions de L'Harmattan: Nehru, ou la naissance d'une nation (coédition avec M. Polenyk), 1989 R.K. Narayan, romancier et témoin, 1992 Inde, études et images (éditeur), 1993 Inde, cinquante ans de mutations (éditeur), 1998

~

Chez: Peter Lang, New York, USA: R.K. Narayan, A Painter of Modern India, 1995

COMITÉ SCIENTIFIQUE DE LA FACULTÉ DES LETTRES ET DES SCIENCES

HUMAINES

M. Alain COÏANIZ, Professeur (7e s.); M. Yvan COMBEAU, Professeur (22e s.) ; M. Alain GEOFFROY, Professeur (lIe s.); M. Jean-Louis GUÉBOURG, Professeur (23e s.) ; M. Michel LATCHOUMANIN, Professeur (70e s.); M. Serge MEITINGER, Professeur (ge s.); M. René ROBERT, Professeur (23e s.); M. Jacky SIMONIN, Professeur (71es.).

;4 ma mère
qui, cliaque dimanclie que durait Ca saison, cuisinait: - un premier repas pour son fiCs joueur, - un deuxjème pour son épo~ dirigeant,
-

un troisièmepour tous Ces autres. . .

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nn art de vivre, une philosophie

En devenant officiellement sport professionnel, le rugby n'a pas simplement opté pour un nouveau statut: il a subi une métamorphose. Ce n'est pas seulement l'esprit dans lequel le jeu était joué qui a évolué, c'est aussi la façon de jouer qui a été affectée. Cette mutation s'est opérée avec une brutalité telle que même l' afficionado le plus averti a du mal à en saisir la profondeur. Pendant un siècle, le rugby a évolué avec une lenteur que dictait la sagesse des légistes. Entre continuité et changement, c'est la continuité qui faisait loi. Et voilà que soudain un rugby nouveau nous est arrivé, rugby transgénique, résultant non plus d'une évolution naturelle mais de la projection d'une vision idéalisée du jeu. Ce rugbylà a tué l'ancien. Le rugby professionnel ne prolonge pas l'amateur, il lui succède. Il ouvre les portes d'un univers différent. Pendant un siècle les terrains de rugby ont vu nobles et pouilleux partager des combats qui relevaient d'un même idéal. Dans notre pays latin tout au moins, la lutte pour s'approprier le ballon aux rebonds impertinents se jouait de la hiérarchie sociale. Tel notaire ou professeur en semaine s'effaçait devant un cheminot ou un cantonnier lorsque venait l'heure des joutes vespérales du dimanche. Parce qu'elle n'est pas de sang, mais acquise, la noblesse sportive se plaît à créer le désordre dans les valeurs sociales, à moins que l'on n' y mette bon ordre en élevant des barrières artificielles telles l'argent. Aujourd'hui déjà et demain plus encore, le professionnalisme sera le dénominateur commun et la raison sociale de tous les joueurs. Le rugby est né de l'acte rebelle d'un collégien irlandais. Dans une Public School anglaise à la fin du XIXe siècle, il va de soi que seul

Rugby. Les enjeux de la métamorphose

un Irlandais pouvait oser transgresser les règles. Contrairement à ce que l'on croit trop souvent, ce jeune homme n'a pas péché envers le règlement en prenant le ballon dans les mains. Ceci était tout à fait permis à une époque où le football n'était encore que mal défini, où les règles se négociaient d'un commun accord entre capitaines juste avant que ne débute la partie. La faute fut de courir « avec un beau mépris des règles» (ainsi qu'il est gravé sur le marbre commémorant l'événement, apposé sur le mur de l'école de Rugby) vers les buts adverses, ballon en main, alors que la balle aurait dû être bottée ou passée. Le sport qui porte le nom de la ville anglaise qui l'a vu naître a donc pour père un Irlandais dont la tombe se trouve près de Menton, dans le sud de la France. L'Irlandais est passionné, le Français fantaisiste, l'Anglais calme et réfléchi. Dans le périple de sa vie, w.w. Ellis, pasteur de son métier, a enserré la diversité d'un jeu qui mêle passion, fantaisie et contrôle de soi. Le romantique Mac Orlan et le philosophe Jean Giraudoux ont chanté le rugby qui unit dans la passion qu'ils lui portent le comique Patrick Sebastien et le politique Jean-Jacques Chaban-Delmas. Seul peut-être le cyclisme, autre sport de légende auquel il manque toutefois l'estampille de la noblesse anglo-saxonne, peut se vanter d'avoir des chantres aussi atypiques. Le rugby n'est pas simplement un sport; il est un art de vivre. En ce sens, on ne quitte jamais les crampons, ni lorsque la partie est finie, ni quand sonne l'heure de la retraite sportive. «Je viens de rencontrer un Anglais qui m'a dit quelque chose de prodigieux. Il était question d'un ingénieur et cet Anglais l'a décrit comme étant cent pour cent sûr... le genre rugbyman». C'est Jim Mac Carthy, troisième ligne de l'équipe d'Irlande qui a rapporté à Andy Mulligan cette phrase qu'il a lui-même introduite dans le paragraphe d'ouverture de son livre consacré au rugby des années soixante Ouvert l'après-midi. Cette phrase présente les rugbymen d'une certaine époque de façon plus réaliste que celle, bien plus célèbre et

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bien trop souvent citée, « le rugby est un jeu de voyous pratiqué par des gentlemen ». Tous les joueurs de rugby ne sont pas des gentlemen mais il est vrai qu'ils déçoivent rarement sur le plan humain, quelle que soit leur condition sociale. L'univers du rugby a longtemps été caractérisé par un continuum qui reliait non seulement les joueurs entre eux mais aussi les joueurs aux spectateurs et aux dirigeants. Cet univers était réservé aux initiés et le prosélytisme n'y était guère de mise. Pendant son premier siècle d'existence, ce sport est resté propriété de ses acteurs (bien qu'il faille reconnaître au rugby français quelques spécificités en ce domaine !). C'est ce fil ininterrompu du joueur au dirigeant qui lui confère son unicité et le différencie des autres sports. Jusqu'à récemment, tous les dirigeants étaient d'anciens joueurs, tous les grands dirigeants d'anciens grands joueurs. En Angleterre, Steele Badger, William Ramsay, Sir Wavel Wakefield furent aussi grands sur le terrain que dans la direction de la Rugby Union. Dany Craven fut un Springbok polyvalent, un dirigeant hors pair et un adversaire convaincu de l'apartheid. En France, René Crabos révolutionna le jeu des trois quarts et modernisa la Fédération Française de Rugby. Albert Ferrasse fut capitaine d'un grand club, arbitra au plus haut niveau et tint les rênes de la F.F.R pendant plus d'un quart de siècle. Dans son immense majorité, le public qui remplissait les travées de bois des tribunes de Lansdowne Road, de Twickenham, de l' Arms Park ou de Murrayfield était composé de joueurs encore actifs ou retraités. Dans les années soixante, les clubs écossais ne programmaient aucune rencontre les jours où l'équipe nationale jouait à Murrayfield pour permettre à tous ceux qui le souhaitaient d'aller vivre l'événement. C'est certainement dans cette communion entre joueurs qu'il faut trouver les raisons du fair-play de ce public et de son respect de l'adversaire. Loin d'être un ennemi, le porteur d'un maillot différent était avant tout un joueur, un membre de la grande famille. A ce titre, il avait droit au respect de tous ceux qui partageaient, à un niveau plus modeste, sa joie de jouer. Le Temple de

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Rugby. Les enjeux de la métamorphose

Twickenham est devenu un repère de vulgaires siffleurs parce que le public n'est plus de la famille. Il est public-acteur, aidant les siens à hue et à dia. Swing Low, Sweet Charriot, est un chant de supporters alors que des choeurs de l'Arms Park montaient des hymnes aux vertus ancestrales et au jeu. L'appel à ces vertus ancestrales transcendait les locaux sans insulter l'adversaire. Si le rugby a pu ainsi rester confiné à ses seuls pratiquants, ne s'entrouvrant que pour donner l'adoubement à quelques fidèles, c'est bien parce que le jeu générait sa propre philosophie et ses propres valeurs. Il est vrai cependant, contrairement à une idée trop souvent répandue dans le sud-ouest de la France, que nul ne « naît rugby» et que chacun peut le devenir. Il faut pour cela beaucoup de temps et de modestie! Cependant, naître «dans la famille» a toujours été un avantage car pour devenir « cent pour cent rugby» il ne suffit pas de connaître les règles et d'être à l'aise balle en main, il faut également acquérir une éducation extra sportive, liée au jeu mais qui affecte chaque moment de la vie. Ce n'est donc certainement pas le simple fait du hasard si le rugby, plus que tout autre sport, a fait éclore non seulement des fratries célèbres mais aussi des filiations illustres. Ceci est vrai des grandes nations rugbystiques mais également des plus jeunes. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple dans une liste qui serait longue, le père de Bergamasco, capitaine de l'équipe d'Italie qui disputa la dernière Coupe du Monde, commanda la première sélection Azurra qui eut 1'honneur de faire une tournée en Afrique du Sud. En ne comptabilisant que les seuls internationaux et en se limitant au rugby français, on recense treize fratries, six internationaux de père en fils et même deux grands-pères dont les petits-fils portèrent aussi le maillot frappé du coq. Avec l'entrée enjeu de J.B. Elissalde pour une sélection sympathiquement symbolique lors d'Ecosse-France 2000, c'est grand-père (L. Bidart en 1953), fils (J.P. Elissalde en 1980), et petit-fils qui eurent la poitrine frappée du coq gaulois. Au niveau des clubs, la liste est impossible à dresser tellement elle serait longue!

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Ceci peut s'expliquer par le fait que le rugby ne demande aucune qualité physique particulière ni ne nécessite aucun don. Les gestes purement techniques sont limités à l'art de la passe et à celui du placage avec, accessoirement, et pour certains seulement, la maîtrise du coup de pied. Par contre, le contact régulier avec un joueur de haut niveau, fût-il en activité ou non, est source d'enrichissement constant. On a souvent vanté les vertus éducatrices du rugby, sport formateur par excellence. « Le rugby n'est pas seulement un jeu, c'est une manière d'être» a dit Mulligan. La partie elle-même n'est qu'une composante de « l'univers rugby» dont la troisième mi-temps n'est que la pointe visible de l'iceberg. L'altruisme est certainement la qualité première du rugbyman car les qualités particulières de chacun ne peuvent s'exprimer que dans le cadre d'un collectif auquel tous doivent contribuer. Au rugby, tout joueur ne peut se réaliser qu'à travers les autres, ses équipiers. Les règles du jeu sont telles qu'elles cimentent un groupe dans lequel chacun se voit assigner une tâche bien particulière qui lui permettra de contribuer au mieux de ses capacités physiques et morales à l'objectif commun qui est la victoire. Antoine Blondin pense qu'à chacune des dispositions physiques d'un joueur correspondent des qualités morales particulières : remarque probablement fondée mais qu'il est bon de limiter au seul domaine sportif (Mussolini a encouragé la pratique du rugby dans l'Italie fasciste car il trouvait ce jeu plus viril que le football !). Les grands et forts ont pour rôle premier de gagner le ballon que les petits et malins utiliseront. C'est dans ces deux fonctions différentes qu'il faudrait trouver l'origine de la division des joueurs de rugby en deux grands groupes: ceux qui déménagent les pianos et ceux qui en jouent, pour reprendre l'image de Pierrot Danos, virtuose hors pair et sûrement pas déménageur! Si virtuoses et déménageurs ont pu s'égayer ensemble c'est parce que le rugby, dans sa forme traditionnelle tout au moins, ne mettait que rarement en contact les membres de chacun des deux groupes. La percussion appartenait aux

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avants, l'esquive aux trois-quarts. Certes il y eut toujours des exceptions à cette loi: A. Domenech, pilier, donnait dans l'esquive alors que «Pipiou» Dupuy, ailier, ne connaissait du cadragedébordement que le cadrage! Le rugby d'aujourd'hui, qui fait de la percussion un élément important du jeu des lignes arrières et qui fait intervenir les avants dans le champ traditionnel des arrières tend à uniformiser les types humains: les trois-quarts sont de plus en plus physiques et les avants de plus en plus rapides. Le déménageur et le virtuose jouent ensemble une pièce à quatre mains! Pour la photo d'avant match, les trois-quarts s'accroupissent. Les avants, fiers guerriers restent debout, poitrail bombé. C'est ainsi que les équipes de France ont posé pendant des décennies devant le mythique lierre de Colombes. Les Anglais s'offrent à l'objectif dans le plus grand désordre mais chacun peut cependant reconnaître sans difficulté aucune les avants des arrières. Tous les échantillons physiques que propose la nature humaine trouvent leur place dans une équipe de rugby, à quelque niveau que ce soit. Nul ne peut dire «j'étais trop petit, trop lent, trop lourd pour faire un bon joueur de rugby». Le rugby ne pratique pas la sélection par le haut comme font le basket et le volley. Il n'exclut pas les extrêmes comme font le football ou le handball. Bien au contraire, il se complaît dans les extrêmes. Ainsi, dans l'équipe de France qui remporta le premier Grand Chelem de son histoire, Walter Spanghero pouvait-il faire grimper un des frères Camberabero sur ses épaules et porter l'autre dans ses bras! A cette époque, «Peter Pan» Gachasin s'amusait, à ce viril sport de contact, à tourner en ridicule des avants deux fois plus lourds que lui. Dans les années cinquante, Alfred Roques, déjà alerte trentenaire, apparut dans l'univers du rugby et se vit rapidement promu incontournable « rock» de la mêlée tricolore. Pendant des années, le football, son premier sport, n'avait pu lui offrir qu'une place d'arrière dans un club de série départementale en raison de son physique d'armoire bretonne.

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