Coco loco

Coco loco

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Livres
242 pages

Description

Comme beaucoup d'autres, Fabrice en a ras-le-bol de se crever tous les jours au boulot uniquement pour pouvoir payer ses factures. Persuadé qu'une vie meilleure est possible, il décide de tout plaquer afin de profiter pleinement de la vie et d'aller parcourir le monde. C'est le début d'une série d'aventures qui vont l’entraîner vers les grandes étendues enneigées du Canada au désert aride américain, des pyramides mayas aux temples d'Angkor, des majestueuses montagnes de l’Himalaya aux plages paradisiaques rythmées par l'univers psychédélique des soirées techno.

Un récit fourmillant d'anecdotes racontées avec humour où se mélangent aventure, spiritualité, sexe, drogues et techno.


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Publié par
Ajouté le 11 juillet 2016
Nombre de lectures 9
EAN13 9782334176484
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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C o u v e r t u r eC o p y r i g h t













Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-334-17646-0

© Edilivre, 2016C i t a t i o n


« Toutes les bonnes choses ont une fin et une prochaine fois. »
Fabrice PonsonnailleLégende Hindoue
Une vieille légende Hindouiste raconte qu’il fut un temps où tous les hommes étaient des
dieux.
Comme ils abusèrent de ce pouvoir, Brahama, le maître des dieux, décida de le leur retirer
et de le cacher dans un endroit où il leur serait impossible de le retrouver.
Oui, mais où ?
Brahma convoqua en conseil les dieux mineurs pour résoudre ce problème.
– Enterrons la divinité de l’homme, proposèrent-ils.
Mais Brahma répondit :
– Cela ne suffit pas, car l’homme creusera et trouvera.
Les dieux répliquèrent :
– Dans ce cas, cachons-la tout au fond des océans.
Mais Brahma répondit :
– Non, car tôt ou tard l’homme explorera les profondeurs de l’océan. Il finira par la trouver et
la remontera à la surface.
Alors, les dieux dirent :
– Nous ne savons pas où la cacher, car il ne semble pas exister sur terre ou sous la mer
d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour.
Mais Brahma répondit :
– Voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : Nous la cacherons au plus profond de
lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.
Et depuis ce temps-là, conclut la légende, l’homme explore, escalade, plonge et creuse, à
la recherche de quelque chose qui est en lui.1
Il est 5h10 du matin. L’Airbus A310 d’air Afrique en provenance de Dakar vient d’atterrir sur
le tarmac de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. J’attends dans le froid que mon avion montre
le bout de son nez. Autour de moi ça fourmille d’activités. Tout le monde est prêt à se lancer à
l’assaut. Le jour commence à peine à se lever. Je suis debout depuis quatre heures du matin
et j’ai la gueule dans le cul. Je me demande ce que je fous là. Dans ma tête des images se
bousculent. J’aimerais être au chaud, me la couler douce sur une plage paradisiaque en
sirotant un cocktail, traverser la jungle en me frayant un chemin à la machette, grimper les
montagnes enneigées de l’Himalaya, visiter les pyramides aztèques… je reviens vite à la
réalité quand mon avion est en approche. C’est à moi de jouer. Je lève mes bâtons lumineux
pour lui indiquer la direction à suivre. L’avion s’engage vers moi. Je bouge les bras de haut en
bas pour lui faire signe d’aller tout droit. Je lui fais faire une courbe de 90°, le tire encore un
peu sur 20 mètres et croise mes bâtons. Il s’arrête pile sur sa ligne.
Le défilé commence. Deux grosses plates-formes viennent se coller aux portes des soutes
que je viens d’ouvrir à l’avant et à l’arrière. À peine positionnés, les engins entrent en action.
L’avion vomit ses conteneurs à bagages qui disparaissent aussitôt dans les entrailles de
l’aéroport. Ensuite viennent les palettes de marchandises qui seront directement chargées sur
des camions, pour être ensuite dispatchées dans la zone de fret. Le tout sous ma supervision.
20 minutes après, l’avion est totalement vidé de son chargement.
Le prochain vol n’est que dans une heure, ce qui nous laisse le temps de descendre à la
salle de pose pour prendre un café.
Mes idées de voyages ne me quittent plus depuis pas mal de temps. Elles restent bloquées
dans ma tête, difficile de penser à autre chose. Je fais le bilan de ma vie actuelle : pourquoi
vais-je bosser ? Pour payer mon loyer, ma voiture, l’électricité, les impôts, acheter de quoi
manger, pour au final ne profiter de rien et finir tous les mois avec un compte en banque à
découvert. Ce n’est plus possible. Je ne peux pas continuer ainsi. C’est sûr qu’avec peu
d’argent, je peux faire beaucoup plus de choses intéressantes ailleurs et surtout profiter de la
vie dans un coin chaud du globe. Il faut que je trouve la solution.
Après avoir retourné le problème dans tous les sens, je me décide : je vais retourner chez
mes parents. C’est le seul moyen possible pour économiser rapidement et préparer un projet
de voyage.
Un mois après, j’emménage chez eux. Ça me fait tout drôle. Je ne suis pas sûr qu’ils
prennent cette histoire de voyage au sérieux, mais je suis motivé à fond. C’est comme si mes
batteries étaient rechargées à bloc. Le matin, je suis heureux d’aller bosser, car maintenant j’ai
un but. Je passe mon temps à rêver devant la carte du monde imaginant tout un tas de routes
possibles. Par où commencer ? Il y a tellement de choses à voir.
Allez ! C’est décidé, ce sera le continent américain du nord au sud. Les grandes forêts du
Canada me font rêver. L’Ouest américain et ses paysages m’appellent. Boire de la tequila au
Mexique en criant « Viva Zapata ». L’Amérique du Sud et ses anciennes civilisations perdues
en pleine jungle. Ouais, ça me plaît tout ça. Je suis convaincu que c’est la bonne destination.
Je vais tout faire pour réaliser mon projet. Je ne pense plus qu’à ça. Chaque mois, je mets le
maximum d’argent de côté et sors peu pour réduire mes dépenses. J’étudie mes nouveaux
guides de voyages que je viens d’acheter, pour mieux préparer mon itinéraire. Je me
documente sur chaque pays que j’envisage de traverser et me procure aussi plusieurs livres de
récits de voyage pour avoir une idée de ce qui m’attend. Mon pote Christophe avec qui j’ai fait
un rapide tour d’Europe en voiture il y a quelques années, me donne des cours d’anglais. Dans
ma tête, j’y suis déjà. Je vais même faire un tour au salon du globe-trotteur à la rencontre de
routards pour tirer le maximum de conseils. J’y rencontre un couple qui vient de faire le tour du
monde à vélo, je leur explique mon projet et que j’ai l’intention de voyager en auto-stop. Ils me
jettent à la figure que c’est complètement idiot de voyager en auto-stop, que si je veuxrencontrer des gens, c’est à vélo qu’il faut voyager et pas autrement. Et patati et patata… OK,
suivant.
J’en rencontre un autre pas mal non plus, qui lui me soutient que si je ne parle pas
l’espéranto il est impossible de voyager. Pour appuyer son argument, il me montre comment
demander un œuf dans un petit village de campagne en mimant une poule en train de pondre.
C’est très amusant, mais je pense que les gens ont autre chose à faire que d’apprendre une
langue qui ne sert à rien et que personne ne parle. Cette journée ne m’aura rien apporté
d’intéressant. Je préfère me débrouiller tout seul.
Après huit mois d’économies, c’est le moment de poser ma demande de congé sabbatique
d’un an (qui est en fait de onze mois et non douze. Va savoir pourquoi). Le départ est prévu
dans quatre mois. L’idée, c’est de voyager pendant six mois et de profiter des cinq derniers
mois qu’il reste pour faire autre chose, peut-être en profiter pour trouver un autre boulot,
pourquoi pas. Je me doute bien que la réponse prendra du temps. Alors, j’anticipe un peu ma
demande. Loïc, mon chef d’équipe qui a toujours rêvé de s’installer au Québec, me propose de
m’accompagner pour tâter le terrain. J’accepte avec joie. Je me sens beaucoup plus rassurer
de ne pas commencer l’aventure tout seul.
Après un an de préparation, c’est enfin le grand jour.Q u é b e c
Le 12 avril 1997, c’est le grand départ. Tous les copains sont venus nous accompagner à
l’aéroport. Un grand moment d’émotions. Je suis tout excité et anxieux en même temps. Je
n’ai aucune idée de ce qui m’attend. Longues embrassades et un au revoir difficile pour ma
mère qui ne partage pas ma joie, trop inquiète de me voir quitter le pays. Aller ! Maintenant, il
est temps d’embarquer.
Dans l’avion, impossible de dormir. Il y a beaucoup de gamins qui font un bruit pas
possible, c’est infernal, je rêve d’en étrangler un ou deux pour les faire taire. Ma tête va
exploser. Je ne me suis pas encore remis de la fiesta bien arrosée d’hier soir avec les potes.
L’hôtesse me rapporte un Doliprane, mais rien n’y fait. Je prends mon mal en patience.
Quand nous atterrissons enfin à l’aéroport de Québec City, ma première phrase en
descendant de l’avion est :
– Putain qu’il fait froid. Il y a de la neige partout. Grrr…
Je n’ai pas prévu de vêtements chauds. Je n’ai qu’une petite veste avec moi.
Au passage de la douane, un employé me demande de le suivre dans son bureau. Loïc, lui
doit m’attendre dehors. Il me demande quels sont mes projets au Québec et pourquoi je n’ai
pas de billet de retour. Je lui explique donc notre voyage, sors mes guides pour appuyer mes
arguments, je lui montre mes traveller’s chèques et cartes de crédit pour lui prouver que j’ai
suffisamment d’argent pour vivre le temps du séjour et de quoi me payer un billet de retour. Le
douanier est rassuré. Il me recommande quelques places à visiter et me souhaite la bienvenue
au Québec avec une chaleureuse poignée de main.
Les formalités terminées, l’aventure commence. Nous tendons le pouce pour rejoindre la
ville qui se trouve à plusieurs kilomètres de là. À notre grand étonnement, ça marche. La
première voiture qui passe s’arrête. Le conducteur nous explique qu’il vient de déposer son
patron à l’aéroport, qu’il lui a laissé sa voiture le temps de son voyage et qu’il serait très
heureux de faire visiter la ville à ses cousins français.
– Bienvenu au Québec !
Ces mots me réchauffent le cœur.
Après avoir fait une visite rapide de la ville, il nous dépose chez un ami qui doit sûrement
nous attendre. Avant de nous quitter, il nous laisse sa carte de visite au cas où mon pote ne
serait pas là. Chouette le gars.
Martin est un Québécois que j’ai rencontré lors de son voyage en France. Je lui avais
envoyé une carte postale quinze jours avant pour le prévenir de notre arrivée au Québec.
Heureux de nous accueillir, il nous invite à nous installer chez lui. Fatigués du voyage, nous
acceptons avec joie. Le lendemain, Martin découvre ma carte dans sa boîte aux lettres.
Aussi tôt remis du voyage, Martin nous emmène faire le tour de la ville et de ses environs.
Tout est sous la neige. On se croirait à la montagne. Devant leurs maisons, les gens ont
déblayé les entrées. Par endroits ça fait des murs de plus de deux mètres de neige dans les
allés. C’est impressionnant. Et bien évidemment le soir, on fait la tournée des bars et clubs de
la ville.
Quelques jours de fiesta plus tard, il est temps de quitter Québec City pour le nord en
direction de Chicoutimi. Pour nous faciliter la tâche, Martin nous dépose sur la route. Le stop
marche plutôt bien au Québec, les gens sont très heureux d’aider des « cousins français »
comme ils disent.
C’est dans un vieux pick-up que nous commençons le voyage. La route s’étend sur près de
200 kilomètres en pleine forêt enneigée. Je ne me lasse pas de ce paysage. Je me sens bien
et surtout libre.
À Saguenay, nous faisons une pause le temps de manger un morceau, et en profitons pourfaire un tour à l’office de tourisme qui se trouve juste à côté. Pour loger, on nous recommande
l’auberge de jeunesse de Jonquière, je les préviens de notre arrivée. Pour finir les quelques
kilomètres qui nous restent à parcourir, nous prenons le bus. À mi-chemin, une voiture nous
coupe la priorité et vient percuter le bus. Je reste surpris de la réaction des deux chauffeurs. Ils
s’engueulent avec un calme déconcertant. Même pas un haussement de voix. Peu de temps
après, tout finit par s’arranger. Nous rejoignons l’auberge de Jonquière dans un autre bus.
Devant la porte, tout le personnel de l’auberge et même les clients nous attendent pour nous
souhaiter la bienvenue. Je n’ai jamais été accueilli aussi bien que ça.
En cette saison, ce devrait être la fonte des neiges, mais cette année l’hiver n’en finit pas.
La bonne nouvelle, c’est que nous avons encore la possibilité de faire du traîneau à chiens sur
le lac gelé de Kénogami. Pas besoin de nous le proposer deux fois, c’est parti !
Le guide qui va nous accompagner nous prépare un traîneau pour deux. Nous insistons
pour avoir chacun le nôtre. Il est OK, car nous serons certainement ses derniers clients. Tous
les chiens hurlent leur envie de courir. Dès qu’il attrape l’un d’eux pour aller l’attacher au
traîneau, tous les autres chiens lui abois dessus fou de jalousie, pendant que l’heureux élu
avance fièrement la queue en l’air vers son attelage. Nous avons quatre chiens chacun. Un
crochet au bout d’une corde est planté dans la neige pour empêcher le traîneau de partir, car
les chiens tirent fort. Ils sont très impatients de courir. J’ai aussi un pied sur le frein par
sécurité. Loïc est enfin près. Hi ya ! C’est parti. Le guide ouvre la route. Loïc démarre à son
tour. Le départ est brutal. Les chiens sont ultras motivés. Ils tirent comme des fous pendant
que j’essaie d’attraper le crochet dans la neige. Pas facile, il est trop loin. Il faut que je garde
un pied sur le frein pour que les chiens ne partent pas sans moi. À moitié déséquilibré, je
réussis à le décrocher du bout des doigts. Le traîneau démarre d’un coup sec. Surpris, je fais
un vol plané en arrière et les chiens partent sans moi. Le crochet vole au-dessus du traîneau et
va s’emmêler dans un arbre. Les pauvres chiens sont stoppés nets. Je cours remonter dessus,
débloque le traîneau et c’est reparti.
J’ai beaucoup de mal à rester stable sur les minuscules patins. On fonce à toute allure en
pleine forêt sur un chemin tout cabossé qui tourne dans tous les sens. Mes pieds glissent, je
suis à moitié traîné dans la neige, il ne faut surtout pas que je lâche. Je remonte tant bien que
mal sur le traîneau et glisse encore. Je remonte dessus et reste en équilibre comme je peux le
temps de sortir de la forêt. Le traîneau arrive enfin sur le lac gelé. Là tout devient plus facile.
Trois heures de pur bonheur à se laisser glisser sur ces grandes étendues blanches. Nous
sommes en parfaite harmonie avec le paysage. Le pied total.
Nous passons les jours suivants du côté du lac St-Jean puis la réserve indienne de
Mashteuiatsh où nous croisons un jeune indien. Il lève la main et nous dit Hug ! Je n’en reviens
pas, trop cool ! C’est comme dans les westerns. Plus tard, j’apprends que c’était certainement
pour se foutre de nous. Nous finirons la nuit dans un bar à danser la country avec les filles du
coin.
À trois rivières, nous mangeons dans une de ces fameuses cabanes à sucre
recommandées par tout le monde. Chez Dany, l’ambiance est très familiale. Tout le monde
mange à la même table, ce qui facilite beaucoup le contact. En peu de temps, nous
sympathisons avec tout le monde. Tous les plats que l’on nous sert sont copieusement arrosés
de sirop d’érable. Un vrai régal si on ne se préoccupe pas ce sa ligne. Une fois le ventre plein
à craquer, place à la musique festive et à la danse. C’est vraiment le truc à ne pas manquer au
Québec.
À Montréal, il faut se familiariser avec la ville. Nous déposons nos bagages à l’auberge de
jeunesse et partons à la conquête de la ville carte en main. Même pas le temps de finir de la
déplier, qu’à chaque fois quelqu’un s’arrête pour nous demander quelle rue nous cherchons.
Après nous avoir renseignés, ils nous remercient tous d’être venus visiter leur beau pays. Les
Québécois ne cessent de me surprendre.Pour nous faire découvrir la vie nocturne de Montréal, l’auberge organise une grande
tournée des bars et clubs de la ville. C’est donc avec une quinzaine de personnes que nous
commençons la beuverie dans quelques bars sympas de la rue St Denis, puis continuons la
fête en discothèque dans une ambiance bien festive. Le retour fut assez laborieux, pas facile
de se repérer dans une grande ville la nuit quand on est bourré.
Pour Loïc, il est temps de rentrer en France. Il reviendra un an après pour s’installer
définitivement. Moi, je continue ma route seul toujours en auto-stop en direction de Toronto. Je
suis pris par un chauffeur routier canadien qui ne parle pas français. Dans ces conditions, pas
facile de faire la conversation. Après plusieurs kilomètres, en voyant les panneaux, je me rends
compte que nous ne sommes pas dans la bonne direction. Nous roulons en direction des
États-Unis. Trop tard pour faire demi-tour. Il me laisse à un kilomètre de la frontière, car il n’a
pas le droit de m’y déposer. Bonjour le détour. Je finis la route à pied. Côté Canadien tout le
monde a le sourire et tout ce passe bien. Côté Américain ça se complique. Ils ne comprennent
pas comment je suis arrivé ici. Ils me demandent d’où j’arrive. Avec le peu d’anglais que je
connais, ce n’est pas facile de leur expliquer. Alors je leur montre du doigt le côté canadien, en
leur disant en français avec un air bête.
– ben, de par là.
L’air grave, le douanier américain me demande où je compte aller. Toujours avec mon air
con je leur réponds en désignant le côté américain,
– Ben part là.
Cela ne les fait pas rire du tout. Ils me disent de faire demi-tour, que je ne peux pas
continuer ma route à pied aux États-Unis d’Amérique et blabla… Après 30 minutes de
négociation et l’aide des douaniers canadiens, ils finissent enfin par me laisser entrer à
condition que je prenne le prochain bus qui va en direction de New York. Ben voilà, avec de la
bonne volonté, on y arrive. Ouf !É t a t s - U n i s
Je descends au premier arrêt et reprends un autre bus pour Niagara Falls. Le temps de
prendre quelques photos de la cascade et je file sur Toronto. Cette fois, je décide de continuer
ma route en bus pour retourner aux États-Unis. L’auto-stop m’étant fortement déconseillé dans
ce coin-là.
Pour une fois, je prévois mon coup en achetant mon ticket de bus la veille afin d’être sûr de
ne pas arriver trop tard à Chicago. Mais au moment de prendre le bus, mon billet a disparu.
Pas de panique, ils doivent avoir mon nom dans leurs ordinateurs, et comme j’ai payé en carte,
ils ont forcément une trace. Ça ne devrait pas poser de problèmes pour avoir un autre billet.
Mon cul oui ! Pas possible de discuter avec eux. Des vraies têtes de cons. Au bout d’une
heure, je réussis à négocier un billet gratos pour Detroit qui est à mi-chemin sur la route de
Chicago. C’est toujours ça de gagner.
C’est en arrivant en pleine nuit à Detroit que je découvre que la station de bus est placée en
plein milieu d’un ghetto noir. Ça a l’air craignos dehors. J’ai l’impression d’être dans un film
américain. Pas motivé du tout pour mettre les pieds dehors, je file au guichet me renseigner de
l’heure du prochain bus pour Chicago. Le gros black du guichet me répond.
– OK man ! Le prochain bus pour Chicago est demain matin. Je te conseille de dormir ici,
car dehors c’est trop dangereux pour toi.
Sa réponse ne me plaît pas du tout.
– OK ! Je refais ma question. Il me faut un bus dans les 5 minutes. Pour n’importe où, je
m’en fous, mais je ne veux pas rester dans ce quartier pourri.
C’est comme ça que je me suis retrouvé à Saint-Louis dans le Missouri. Au lieu de Chicago.
À l’auberge de jeunesse de Saint-Louis, le type de l’accueil me donne un plan de la ville et
m’entoure au Stabilo jaune les endroits à visiter et au Stabilo rouge les coins dangereux à
éviter absolument. Pas très rassurant encore tout ça.
Comme Saint Louis se situe sur les bords du fameux fleuve Mississippi, ça me fait penser à
Tom Sawyer. Qui dit Tom Sawyer dit bateau à roue. Il faut absolument que j’aille voir ça.
Super ! Un vrai bateau à roue comma à l’époque. En plus, il s’appelle Tom Sawyer. Trop
génial ! C’est parti pour une balade. J’ai toujours rêvé de faire ça. Mais ma déception fut
grande quand je découvre le paysage. Il n’y a que des vieilles ruines d’usines désaffectées et
la roue du bateau ne tourne même pas.
De St Louis, je prends un bus et commence la conquête de l’Ouest américain par le
Colorado. En moins d’une journée de route, j’arrive à Glenwood Spring. C’est une charmante
petite ville qui borde la rivière du Colorado et qui est située entre les montagnes Rocheuses et
des canyons. Rien que le paysage vaut le déplacement. L’auberge de jeunesse ressemble à la
maison d’un vieux hippie. La déco et la moquette sont d’époque. L’odeur le prouve. Le dortoir
est très convivial et mes voisins de lit, très peace and love. Une vieille batterie d’époque et
plusieurs instruments de musique en fin de parcours décorent le salon. Une superbe collection
de vieux vinyles des années 70 est à la disposition de qui veut bien les écouter. Derrière, il y a
un petit jardin où tous les clients se retrouvent pour fumer un joint.
Je me sens bien ici. Cette auberge me semble être un bon point de départ pour aller à la
rencontre des Américains. Je décide d’aller m’installer au comptoir d’un bar du centre-ville pour
goûter cette fameuse bière « la Budweiser ». Bof ! Ça a le goût de flotte. Pas de quoi en faire
tout un plat. Devinant rapidement à mon accent que je ne suis pas du coin, la serveuse me fait
de grands sourires en me dévorant des yeux. Ce n’est pas vraiment le type d’Américaine dont
je rêvais. Celle-là doit faire 20 kilos de plus que moi. Mais je suis flatté que l’on s’intéresse à
moi. Ma bière presque finie, mon voisin de comptoir me propose de m’en payer une nouvelle
que j’accepte avec plaisir. Il me demande d’où je viens, qu’est-ce que je fais ici, combien de
temps je reste à Glenwood Spring et où je loge. Une fois sa curiosité comblée, il me tourne ledos et reprend sa discussion avec son ami.
Pas le temps de finir ma bière qu’un autre gars du bar vient m’en proposer une autre. Après
présentation, il me demande d’où je viens, combien de temps je vais rester ici, pourquoi je suis
là, me remercie et retourne s’asseoir à sa table. Une troisième personne me propose une bière
et me pose encore les mêmes questions. J’essaie de parler d’autre chose, mais il n’a pas l’air
intéressé. Dès que j’ai répondu à toutes ses questions, il retourne s’asseoir comme les autres.
Vraiment bizarre ces Ricains.
Fatigué de ces conversations inintéressantes, je me tourne vers la serveuse qui se fait un
plaisir de taper la discute avec moi. Elle s’appelle Wendy. Vite à court de vocabulaire, je sors
de ma poche un petit traducteur électronique que j’ai ramené de France. Grâce à cet objet
magique, j’enrichis mot par mot mon vocabulaire. Un de ses amis se joint à nous et m’offre une
bière. Cette fois-ci, la discussion est beaucoup plus amusante que les interrogatoires subis par
ses prédécesseurs. Mon traducteur l’amuse beaucoup. Il essaie de traduire quelques mots
pour mieux se faire comprendre puis toutes les insultes qui lui passent par la tête. Mais sans
grand résultat. Il a l’air déçu. Aller ! Cette fois, c’est ma tournée.
Quelques bières plus tard, nous profitons de cette belle journée ensoleillée pour nous
rendre au terrain de base-ball, supporter l’équipe du bar. Wendy demande à son ami de
conduire sa voiture à sa place pour pouvoir venir s’installer à l’arrière avec moi. Son regard sur
moi en dit long sur ses intentions. Absolument pas motivé, je fais mine de rien et esquive en
beauté l’affaire. Arrivé sur le terrain, je découvre une bonne équipe d’alcoolos qui joue au
base-ball cigarette au bec et pack de bières à leurs pieds.
– Ouais, allé les gars et vive le sport !
20 minutes plus tard, le ciel se couvre sans prévenir et une tempête de neige vient
interrompre le match. Tous aux abris ! 10 minutes après le ciel redevient bleu comme-ci de
rien n’était.
Dans l’ouest des États-Unis, l’auto-stop marche plutôt bien. Les gens aiment avoir de la
compagnie quand ils parcourent de longues distances. Mais pour ça, il faut pouvoir tenir une
conversation. Grâce à mon traducteur, je progresse vite. Au début, je fais mes phrases en
cherchant mot par mot leur traduction, puis pour bien tous les mémoriser, j’utilise le même
vocabulaire avec la voiture suivante. Quand j’en ai marre de me répéter, je cherche de
nouveaux mots. En plus, ça amuse tout le monde.
Ce que l’on ne peut pas reprocher aux Américains, c’est leur hospitalité. Je suis
régulièrement invité à manger chez eux. Ils adorent me faire l’inventaire de tous leurs biens
matériels. Un jour, j’ai été pris par un gars qui m’a emmené avec lui à la pêche. Avec une
glacière remplie de Budweiser à l’arrière du pick-up, on a pu tenir toute l’après-midi. La soirée
se finira chez lui dans un petit village de montagne, à manger les trois poissons que l’on avait
péché, puis me déposera sur la route du vertigineux Black Canyon.
Attendre sur le bord d’une route en plein désert sous un soleil de plomb qu’un pick-up
s’arrête pour y jeter son sac et admirer à l’arrière les cheveux au vent le paysage s’éloigner, a
toujours été mon rêve américain. Cette sensation de liberté qui vous fait pousser des ailes et
donne l’envie d’aller toujours plus loin en quête de nouvelles aventures.
C’est dans un vieux camion américain que j’arrive à Mohab dans l’Utah. Une petite ville
perdue au milieu de canyons plus impressionnants les uns que les autres. Mon préféré est de
loin Arches canyons. Un décore de western aride dans un labyrinthe de canyons. Des
colonnes de pierre aux formes très pittoresque sculptées par l’érosion donnent au paysage un
côté absolument saisissant. Les couleurs de la roche rouge, ocre et blanc sont fantastiques.
De nombreuses arches sont creusées naturellement dans la roche, dont la fameuse Delicate
arch que l’on trouve en photo dans tous les magazines publicitaires de l’Ouest américain. Les
trois chemins de randonnée sont spectaculaires et la beauté du paysage aide à supporter la
lourde chaleur étouffante du désert. On s’attendrait presque à voir des Indiens à cheval nousobserver du haut d’un rocher.
Je reprends ma route en passant par le lac Powell et le Grand Canyon toujours en auto-stop
jusqu’à Flagstaff dans l’Arizona. C’est une petite ville très tranquille traversée par la mythique
route 66 et la voie de chemin le fer du Santa Fé. Là, je fais la connaissance de Marc. Un
Québécois qui voyage en Jeep à travers les États-Unis. Il me propose de faire un bout de
route avec lui. Ensemble, nous allons à Red Rock du côté de Sédona, voir un chouette petit
canyon de roches rouge, puis Montézuma Castle qui est un ancien village Troglodyte qui était
occupé par les Sinaguas entre 500 et 1300 avant de disparaître mystérieusement.
Nous continuons notre conquête de l’Ouest par la route 66 de Jeligman à Kingman. Encore
un vieux rêve qui se réalise. C’est une parcelle de la route qui passe dans le désert où l’on ne
croisera personne sur plus d’une centaine de kilomètres excepter les serpents à sonnette qui
bordent le long de la route. Il y en a partout. Ça donne froid dans dos et surtout pas envie de
s’arrêter pour pisser. Pour nous dégourdir les jambes, nous nous arrêtons dans un petit
magasin perdu au milieu de nulle part. Le propriétaire est un vieux hippie qui vit seul dans son
vieux bus aménagé en maison. Il fait partie de ceux qui luttent pour faire revivre cette route
historique. Pour vivre, il vend tout un tas d’objets trouvés sur la route, comme des enjoliveurs,
des plaques d’immatriculation, un pare-chocs, de vieux magazines et tout un tas d’objets aussi
farfelus. Il nous raconte quelques histoires passionnantes sur la 66 et nous avoue qu’avant
d’aller se coucher, il doit mettre dehors trois ou quatre serpents tous les soirs. Mais tout ça ne
nous a pas découragés de planter la tente le soir même en plein désert au milieu des
serpents, scorpions et mygales.
Le lendemain visite de Las Vegas. Une ville très surprenante avec tous ses casinos et ses
gros hôtels. On y croise la statue du sphinx et celle de la liberté, un bateau pirate, une réplique
du pont de Brooklyn, un grand huit qui zigzag entre les bâtiments, un hôtel qui ressemble au
château de la belle au bois dormant… tout est fait pour impressionner et surtout pour que vous
repartiez les poches vides. Personnellement, je suis plus impressionné par la beauté naturelle
de ce monde que par tout ce tape-à-l’œil créé par l’homme. On ne s’y attarde donc pas.
Nous prenons la route de Los Angeles en passant par la vallée de la mort. Un paysage
incroyable et très aride. On se croirait sur Jupiter. Pas un souffle d’air. La chaleur atteint
presque 50 degrés. Même avec la Jeep entièrement ouverte, on crève de chaud. Le plus
incroyable, c’est que l’on a trouvé un salon de coiffure au milieu de ce désert. Quel drôle
d’idée !
Arrivé à Los Angeles, je décide de reprendre ma vie de solitaire. Je pense qu’à une seule
chose, aller me jeter dans l’eau bleue de l’océan Pacifique. Mais là, je découvre avec horreur
que la couleur l’eau de la plage de Santa Monica est noire café. Ce n’est pas du tout comme à
la télé. Déçu, je pars visiter la ville. Je commence par Hollywood boulevard. Bof ! Je
m’attendais à mieux. Beverly Hills : belles maisons, mais ça ne m’intéresse pas plus que ça. Et
pour finir, Malibu beach. Alors ça, ça surprend. Je n’ai jamais vu une plage aussi pourrie. Elle
est toute petite, il n’y a personne et la baignade est interdite à cause de la forte pollution. Il faut
dire que les égouts passent en plein milieu de la plage. Dure à croire. Pour info, la série alerte
à Malibu n’a jamais été tournée ici, mais à Hawaï.
À San Diego, ça va beaucoup mieux. La mer est propre et les plages ne sont pas polluées.
Un truc super amusant à San Diego, c’est que l’on peut nager au milieu des phoques. C’est
trop cool ! Après la baignade, je m’installe au comptoir du Hard Rock café pour boire une
bonne bière fraîche, mais le serveur refuse de me la servir, tant que je ne lui présente pas une
carte d’identité.
– C’est une blague ? J’ai l’air d’un ado ? Regarde-moi bien, j’ai 25 piges.
En plus, j’ai une barbe d’au moins 15 jours. J’ai beau lui expliquer que je reviens de la plage
et que je n’allais pas nager avec mes papiers. Pas possible de négocier. Je dois me contenter
d’un coca. C’est rageant !M e x i q u e
Cinq semaines se sont écoulées depuis le début de mon aventure. Il faut dire que je n’ai
pas traîné. Il y a tant de choses à voir et à faire. Mon excitation me fait enchaîner les étapes
avec impatience.
Pour aller au Mexique, le bus ne s’arrête pas à la frontière. Je ne suis pas étonné, on
m’avait prévenu que c’était facile d’y entrer. Une simple vérification rapide des passeports est
faite dans le bus côté Mexique, puis l’autobus reprend sa route jusqu’au le centre-ville de
Tijuana. Il règne dans cette ville une atmosphère d’insécurité. Ça pue l’embrouille et le trafic en
tout genre. Je ne m’attarde pas.
Je reprends immédiatement la route pour me rendre plus au sud, à Obregón. Le voyage est
long par rapport à la distance. La route zigzag beaucoup des montagnes que nous traversons.
Le ravin est à flanc de route et ce n’est pas rassurant. J’hallucine quand je vois le cimetière de
voitures entassées au fond du gouffre. Pensons à autre chose. Vient ensuite la traversée du
désert. Le paysage est jonché de cactus comme dans les BD de Lucky Luke. Pour nous
ralentir encore plus, une grande partie de la route est en travaux. Des camions la goudronnent
sur plusieurs kilomètres. Sans compter les multiples contrôles militaires qui luttent contre les
trafiquants d’armes et de drogues qui nous font perdre beaucoup de temps. C’est comme ça,
en voyage, il ne faut jamais être pressé.
Après de courtes escales à Obregón et à Guadalajara me voilà à Mexico. Cette ville me fait
penser à Paris avec plus de trafics et plus de bruits. Imaginez le bordel que ça peut être. La
pollution me pique le nez. C’est amusant de voir qu’ici tous les taxis sont des coccinelles
Volkswagen, il y en a partout. Je n’en ai jamais vu autant.
J’en profite pour me cultiver un peu en visitant le musée de l’archéologie et les ruines d’un
temple aztèque. C’est très intéressant, mais cette ville est trop grande pour moi. Je me sentirai
mieux dans les montagnes du Chiapas.
À Palenque, je m’installe sur un petit terrain de camping juste au bord de la jungle. Il est
situé entre la ville et le site archéologique de la cité Maya. J’ai à peine fini de fixer mon hamac,
qu’un Argentin vient me tendre son joint en me disant :
– Welcome man.
J’accepte son présent avec grand plaisir. Nous ne sommes pas nombreux et l’ambiance est
très cool. À la nuit tombée, les insectes commencent leurs musiques tous en cœur. Je me
sens comme dans le jardin d’Éden. Même le toit de mon abri se met à faire du bruit. Sûrement
des lézards qui s’y sont installés. Je suis allongé tranquillement dans un hamac la tête enivrée
par la marijuana, quand tout à coup un cri effroyable surgi du fin fond la forêt, me sort de mes
rêveries.
– Il y a un tigre ou quoi ? Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
– Pas de panique man, c’est un singe hurleur, me dit l’Argentin.
Ce primate d’environ 80 cm est capable de pousser un cri qui s’entend à plusieurs
kilomètres. Ce petit concert accompagnera mes songes durant cette nuit-là.
Le site maya de Palenque est l’un des plus impressionnants du Mexique. Il est situé en
bordure de jungle au pied des montagnes du Chiapas. Seule une partie de l’ancienne ville
Maya est visible, le reste est encore enfoui sous la végétation. Ce qui rend l’atmosphère
encore plus magique. Je passe ma journée à déambuler sur les chemins forestiers, de
pyramide en pyramide, bien décidé à ne rien rater et surtout en prenant bien soin d’éviter les
groupes de touristes de masse.
En m’enfonçant un peu plus dans la forêt, je découvre plusieurs ruines sur lesquelles la
nature a repris ses droits. On distingue seulement les marches d’un escalier caché derrière la
végétation. Juste derrière, je découvre une magnifique petite cascade. J’ai l’impression d’être
un explorateur qui vient de découvrir un site encore inconnu. C’est très excitant. J’en profitepour aller me rafraîchir un peu sous la chute d’eau.
Cette nuit-là, c’est un déluge de pluie qui me sort de mon sommeil. J’attrape ma lampe pour
vérifier que mon sac pausé...