//img.uscri.be/pth/f04978e7eaaf5dd722cecfa46f91fb3ca17e4a5d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB - PDF

sans DRM

Dix ans de Camino - Tome III

De
300 pages

Marcher sur le Camino, c'est s'offrir une parenthèse, ouvrir une porte qui donne sur une nouvelle perception de notre monde extérieur et intérieur. Le Camino est un fleuve où circulent des millions de gouttes d'eau venant de tous les coins de la planète et se rendant au même endroit : Santiago et Fisterra, le bout des terres.
Une énergie magnifiquement positive remplit ce chemin des étoiles, que l’auteur nous invite à parcourir, à la rencontre des autres, de soi, de la Terre et du ciel.


Voir plus Voir moins

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-73997-1

 

© Edilivre, 2015

Chapitre I :
Camino de la Plata 2008

C’est déjà l’été ! 4 saisons sont déjà passées depuis notre dernier Camino… Il est donc temps de repartir, et cette fois, ce sera direction le Sud, l’Andalousie, Séville, ville magique, départ du Camino de la Plata. Chemin rempli d’Histoire, où se mélangent les Romains, les Maures… et mille ans de pèlerinage vers Santiago.

Lundi 07 juillet 2008

Arrivée à Séville vers 9H du matin… ça y est ! Nous foulons le sol de l’Espagne, et nous sommes sur le Camino de la Plata, 3ème Camino officiel espagnol… Après le Camino Frances et le Camino del Norte, via Camino Primitivo, voici le moment tant attendu de marcher sur le Camino de la Plata…

On nous avait prévenu, « faut pas le faire en été… Trop chaud ! »… Trop chaud ? Michèle garde sa polaire… Presque froid… Bernard ne transpire pas… Trop chaud ?…

Mais où sont les flèches jaunes ? Où sont les pèlerins ? Patience…

Nous nous dirigeons vers l’office de tourisme, puis posons nos affaires dans le couvent, l’hospederia Santa Rosalia, Calle Cardenal Spinola 8…… Qui accueille les pèlerins de Compostelle…

Pour l’instant nous nous mêlons aux touristes nombreux dans la capitale de l’Andalousie, la magie de Séville opère vite son charme… La cathédrale et sa tour « la Giralda », emblème de Séville, minaret de l’ancienne grande mosquée construit au XIIème siècle, dans le style almohade, à l’instar de la Koutoubia de Marrakech. La tour est surmontée d’une lanterne au décor plus chargé, édifiée au cours du XVIème siècle.

Giralda, ou girouette, désigne la représentation de la Foi qui tourne au gré des vents au sommet de l’édifice. Il ne subsiste rien de la grande mosquée, à l’exception de la cour des Orangers (patio de los Naranjos). La cathédrale est un sanctuaire gothique tardif d’une taille gigantesque. Il fallait démontrer la suprématie du Christianisme sur l’Islam vaincu… A la croisée du transept les voûtes atteignent près de 60 m de hauteur…

Tombeau de Christophe Colomb… Nous cherchons les références Jacquaires… ça y est ! Une chapelle Santiago, à l’intérieur de la Cathédrale, dédiée à l’Apôtre et aux Chevaliers de l’ordre de Santiago. Saint Jacques y figure en grand « Matamores » (le tueur de Maures) – le lieu s’y prête – … Mais ça me dérange toujours autant. Le paradoxe du Chemin de Compostelle… Certains fanatiques chrétiens vénèrent Santiago pour ça ! Rien que pour ça, je m’arrêterais de marcher sur ce Chemin… Et pourtant je continue…

Cet antagonisme entre Christianisme et Islam, va nous poursuivre tout le long du chemin… Rajouté à cela, le passage des Romains… Ce Chemin s’annonce différent des autres… La mémoire de la violence des luttes est restée.

En parfaits touristes, nous montons tout en haut de la Giralda, d’où nous pouvons contempler Séville sous tous ses angles (à chaque palier, une trentaine, au total, Séville se découvre au Sud, au Nord, à l’Est, à l’Ouest).

L’Alcazar, le fleuron de Séville, est fermé le lundi… Désolation… Regrets… Mais demain matin nous partirons sur le Camino… Amis Pèlerins, n’arrivez pas un lundi à Séville !

Nous nous rattrapons par la visite de la Plaza d’Espagne (nous en verrons beaucoup, beaucoup d’autres, mais celle-là fait partie des plus belles). Nous assistons à la représentation de danseurs et danseuses de Flamenco, sous un ciel bleu et grand soleil… Complètement envahis par leur danse… Observons un genre de grand palais en demi-cercle, démesurément vide… Malgré sa beauté…

Nous nous laissons perdre dans les rues de Séville, nous imprégnions du mouvement, de l’ambiance sévillane…

Séville, point de départ vers la Gallice, vers le tombeau de Santiago, vers le bout du vieux monde à Fisterra, est un vrai cadeau, on prétend qu’elle fût fondée par Hercule, mais on dit aussi que les Phéniciens et les Grecs l’occupaient déjà. Capitale du royaume Wisigoth, elle devient arabe en 712. Plus tard, les expéditions vers l’Amérique s’embarquent depuis les rives du Guadalquivir (rives que nous aurons l’occasion demain d’admirer longuement… Mais ça, on ne le savait pas encore…).

Malgré la chaleur, nous faisons les fanfarons en ne cessant de comparer Séville avec Nîmes, où il y fait bien plus chaud… Nous paierons cette arrogance dès le lendemain…

Christian, ne regrette pas ton choix, même si tu nous manques !

Ce soir nous découvrirons le gazpacho et nous nous goinfrerons de nouilles avant de passer une nuit réparatrice.

Mardi 08 Juillet

Séville – Guillena (officiellement 22.7 km… En réalité, et spécialement pour nous, un petit détour de 15 km nous est offert sur les rives du Guadalquivir = 37.7 km)

Démarrons à 6H45, frais comme des gardons, confiants en l’avenir, avec le traditionnel café froid (petites doses achetées à Inter avant de partir, soit une quarantaine de doses dans le sac… Ingrédient très très précieux pour démarrer une journée de marche dont on ne sait jamais à l’avance ce qu’elle nous réserve), lait chocolaté et gâteaux secs dans le ventre.

Respectant les consignes du Livre (guide « le Chemin de la Plata » de Jean Yves Grégoire aux éditions Rando), attendons sereinement de voir apparaître le pont Triana, tout en longeant le Guadalquivir, il fait bon, les espagnols font leur jogging, ou du vélo, walkman sur la tête, de 7 à 77 ans.

Les tags sont magnifiques, la vie est belle, mais 1H30 plus tard, le pont Triana refuse toujours d’apparaître…

Le doute s’installe. Nous demandons « a donde està el puente Triano ? »… Et cruelle déception, c’était celui qui s’appelait Isabelle II, juste à la sortie de Séville, soit 1H30 plus tôt, soit 7.5 km avant…

Ce n’était qu’une petite mise en jambe dit Bernard, toujours positif…

Le climat étant doux à souhait pour marcher, nous retournons sur nos pas, rencontrons la première flèche jaune et le 1er pèlerin, 2 h plus tard. La vingtaine gaillarde, en forme, qui fait ce camino par petits bouts de 2 ou 3 étapes, car il doit travailler.

La chaleur commence à pointer le bout de son nez.

Après une bifurcation qui nous fait traverser un parking de camions, accessoirement camp de gitans, le petit jeune prend son envol et nous sème allègrement… Nous marchons si lentement ????

Marchons jusqu’à Santiponce, des orangers tous les 5 mètres sur les trottoirs… Dépaysant…

Passons près du site romain Italica que nous ne visiterons pas pour cause de détours matinaux qui ont permit à Râ de s’élever dans le ciel et de nous chauffer la tête…

Nous faisons quand même une pause sandwich bière avec le chorizo le pire du monde, et repartons à 13 H, heure la (presque) plus chaude…

Ronds-points d’autoroutes, passage sous des ponts d’autoroute… (sympa le Camino !)… pour déboucher… Enfin sur un chemin fléché de 13 km… Tout droit, dont de longs km sur une piste interminable sans aucune ombre (« la sombre », en espagnol)… Les hispaniques ont un sens de l’humour un peu particulier… Il y a des moments où l’on a envie d’être sombre (sobre ?)… Oui, parce que la bière avec 40 °, Ce n’est pas conseillé…

Donc le soleil brille en Andalousie… La chaleur s’installe +++…

Trouvons la première ombre 2 heures plus tard… Michèle rougit et s’allonge…

Bernard tente de boire de l’eau de la bouteille, et regrette de n’avoir pas apporté des sachets de thé, tellement l’eau est chaude.

Autour de nous, des champs de tournesols, de maïs, de pommes de terre, d’oliviers… A perte de vue.

Michèle dérougit… Mais pas ses pieds : ampoules à l’horizon. Nous repartons passablement assommés par la chaleur qu’un petit air traître nous empêche de réaliser pleinement. C’est, arrivés à Guillena, à 16 H avec personne dans les rues, que nous mesurons la puissance de la chaleur.

Allons à la police, comme indiqué sur le guide, nous renseigner pour l’albergue : une salle de sport très rudimentaire, d’après le jeune pèlerin espagnol que nous retrouvons dans un bar. Il semble insister lourdement pour nous signifier que ce n’est pas pour nous.

Non, mais pour qui nous prend-il ? Nous avons fait 2 caminos déjà ! Ah ces jeunes ! Nous allons quand même voir, et effectivement ce n’est pour personne. Le gardien nous prévient d’un air écœuré que c’est pas top… Nous rentrons… CHOC !

Cabinets infâmes, sans porte, donnant sur le vestiaire, donnant sur des ersatz de douches qui coulent sur des matelas pourris, éventrés. Le sol est sale, les murs sont sales… Après quelques brefs instants de concertation, nous décidons d’aller à l’hôtel.

A peine rentrés dans la chambre, nous cherchons la clim… Elle que nous avons toujours refusée jusqu’alors. La chaleur est étouffante, nous devons nous allonger d’urgence ! Avons le contrecoup de la journée, ce qui ne nous empêchera pas de bien manger et boire, en savourant un bon menu pèlerin. Prenons des forces pour demain.

Mercredi 09 Juillet

Guillena – Castilblanco de los Arroyos (officiellement 19 km, en réalité 19 + 5 de détours = 24 km)

Nuit reposante, malgré grosse cania !

Partons au lever du soleil à 7H15 avec un café con leche gentiment offert par la serveuse. Vraiment sympa ! Serions-nous sur le Camino de Santiago ? Merci !

Quittons le village d’un pas alerte, il fait doux à 7H15 ! Evitons de peu un 1er détour grâce à un espagnol en tracteur qui nous fait signe d’aller dans l’autre sens… Serions-nous sur le Camino de Santiago ? Merci !

Nous descendons dans le lit du rio Rivera de Huelva (presqu’à sec), puis nous trompons encore de pont et plus d’anges pour nous remettre sur le bon chemin… cqfd… Petit détour de ¾ H… On s’améliore ! Demain sera encore mieux !

Le soleil s’est levé, il est 8H, il nous éblouit en pleine face. Bernard refuse toute crème solaire et lunettes ! Je le dirai à Marion !

Michèle enfile ses lunettes de glacier jusqu’aux oreilles, chapeau… Et nous retrouvons enfin les flèches jaunes.

Nous poursuivons une piste sur 2 km, puis un chemin de terre tantôt bordé d’oliviers, de figues de barbarie, d’orangers… Sur une quinzaine de km… Nous franchissons un portail où sont censés nous attendre des vachettes, qui heureusement étaient absentes.

Un peu de route pour finir, sur environ 5 km, puis arrivée à Castilblanco vers 13H30… OUF !

Il fait très chaud !

Le village fait penser tantôt à l’Amérique du Sud par ses églises, tantôt à la Tunisie par l’architecture des maisons (petites maisons blanches, carrées, décorées de sortes de vases en faïence sur la terrasse qui fait office de toit).

L’albergue est parfaite ! Nous y retrouvons notre jeune espagnol, qui reprendra le bus dans l’après midi pour retourner à Séville, une dame qui écrit tout le temps, la 45aine, et un couple d’autrichiens, dont Monsieur au bord de l’apoplexie, rouge sec, dès le début de l’après midi.

Déménageons dans l’autre dortoir où nous rejoint une jeune et jolie allemande, même pas rouge ! Alors qu’elle est arrivée à 16H, heure à laquelle le soleil est de plomb…

Jeudi 10 Juillet

Castilblanco de los Arroyos – Almadén de la Plata (29.6 km)

Démarrons à 6 H pétante, lampe de poche téléchargée solairement en activité, assistons à l’aurore.

Il fait bon, c’est agréable malgré 17km de goudron sans pause et sans détour ! (on devient bon !), peu de voitures, des milliers de chênes lièges. Ça commence à monter (qui disait que le Camino de la Plata était plat ?).

On attaque la sierra del Norte.

Courte pause au pied d’un chêne liège à l’entrée du parc forestier du Berrocal : nectarine, barre de céréales et c’est reparti pour 13km dans la savane africaine.

Chemins bordés de cistes aux arômes enivrants et d’eucalyptus. Dans des endroits marécageux magnifiques, des lauriers roses sauvages égayent ce paysage aride, sec et vallonné. Sur les hauteurs, des superbes palmiers… Parce que ça monte… En plus !… Et ça descend ! (faudra se renseigner sur la signification de Plata… Y a un truc qui a dû nous échapper).

Ce parc forestier est immense, on ne croise personne, sinon 2 pèlerines qui ont l’outrecuidance de nous doubler alors qu’elles sont parties ½ h après nous !

Soyons humbles !

La nature est très dépaysante, l’étape n’est ponctuée d’aucun village, d’aucune ferme, NADA !

On est prêt pour l’Afrique !

Petite surprise, 2km avant l’arrivée, une montée très raide avec la chaleur qui s’est installée depuis quelques heures : Michèle impose un 2ème arrêt pour reprendre des forces. Mais pas trop longtemps, car plus on attend, plus la chaleur sera insoutenable.

Dynamisés par les fruits secs, nous gravissons ce col pour arriver à un panorama superbe, le Mirador « Cerro del Calvario »… En effet, cette montée ressemblait bien à un calvaire !!!

On aperçoit le village d’Almadén de la Plata… Descente paradisiaque de part la perspective et la beauté du village : maisons blanches avec 2 minarets. On se croirait en Tunisie…

Albergue propre et agréable, nous retrouvons nos acolytes : le couple autrichien dont la femme marche parfois avec la hollandaise qui écrit tout le temps (mais on sait pourquoi depuis ce soir : elle a perdu son guide, et chaque soir, elle recopie les indications pour l’étape du lendemain ou surlendemain, sur le guide de l’autrichienne). Son mari semble faire le trajet soit en lévitation, soit en car, soit en voiture, car il est toujours le premier arrivé…

Apprécions une longue douche, et allons boire une bière, manger nos similis sandwichs, puis siesta !

C’est Bernard qui réveille Michèle !!! Il y a inversion des pôles, c’est sûr !

On est prêt pour la piscine municipale : un régal après cette journée ! Piscine découverte sur fond de montagne. Même pas besoin de serviette : séchons sur place, faisant fi des regards quelques peu surpris mais gentils. Tous les espagnols sont très gentils depuis le départ, beaucoup plus que sur le Camino del Norte, mais nous ne retrouvons quand même pas cet engouement très particulier au Camino Frances pour Santiago.

Repas pèlerin, le plus gras du monde, et bruyant… Mais on est frais ! Michèle vomirait bien, mais ce n’est pas le lieu…

Vendredi 11 juillet

Almadén de la Plata – El Real de Jara (15.7km)

L’étape proposée par le guide va jusqu’à Monesterio (36.2km), nous partons dans l’idée prudente de la scinder en 2 pour cause de chaleur excessive, et démarrons à 6h30.

Paysages somptueux et montagneux… Nous ne comprenons toujours pas qu’on ait pu appeler ce camino ainsi « Plata »… Quelques dénivelés dignes du Camino del Norte, avec la chaleur en plus…

Traversons quelques fermes, cheminons avec chèvres et vaches, cochons noirs… Et arrivons à 10 h30 tout surpris à El Real de Jara (tout le parcours s’est fait à l’ombre).

Un château surplombe le village.

Hésitons un moment à continuer l’étape, demandons à la dame de l’office de tourisme son avis : dégoulinante de sueur à 10h30, elle nous déconseille sérieusement de continuer à cause de la chaleur… Et visiblement préfère avoir 2 pèlerins de plus dans l’albergue municipale.

Ceci dit, superbe albergue, chambres arrondies comme des caves, 3 dortoirs de 4 lits, quasi chambre individuelle.

Nous retrouvons Bertie, la hollandaise qui carbure aux poivrons, carottes, pistache, mais s’est fait du jamon pois chiches pour ce soir. Elle a entre 45 et 50 ans, 5 enfants, et a déjà fait le Camino Frances et le Norte (les gens croisés sur ces chemins, ont déjà tous quasiment fait le Camino Frances, mais ont été « refroidis » par le nombre de pèlerins toujours croissant, et préfèrent ces chemins moins fréquentés).

C’est vrai que le Camino Frances est très fréquenté (certains parlent de l’autoroute des pèlerins), mais le Camino Frances reste pour moi le plus passionnant, de par ses rencontres, son émotion liée aux rencontres et à sa symbolique (la meseta – qui nous paraît aujourd’hui toute petite, par rapport à celle traversée sur le Camino de la Plata), la Cruz de Hierro, où l’on peut déposer ses « valises », en les confiant précieusement au Ciel vers lequel s’élance cette croix si fine, si frêle… Le Cebreiro, dernière épreuve avant d’atteindre la Terre Promise, la Galice et la Ville Sainte, Santiago.

Mais chaque Chemin a sa propre histoire, et chaque Chemin mérite d’être foulé… On arrive toujours au même endroit : Santiago et sa cathédrale incomparable à aucune autre, et Fisterra, le bout des Terres, là où le soleil meurt chaque soir dans l’océan… Clou du spectacle dont je ne me lasse pas… mourir, renaître, mourir, renaître…

Mais pour revenir à Bertie, elle nous intrigue, de par sa vivacité, elle marche plus vite que nous (peut-être marchons-nous lentement ?), sans chapeau… Ils sont fous ces Hollandais !

Allons visiter le château au bout de la colline et apercevons un second au loin : Castillo de lasTorres, œuvre des chevaliers de Santiago, château aux 3 Tours, qui délimitait la frontière entre l’Andalousie et l’Extrémadura.

Ratons l’expédition de la tente en France, car la Poste n’ouvre qu’entre 10h30 et 11h30 ! Oui, car la décision était prise : renvoyer la tente, pour s’alléger en vue des longues étapes qui nous étaient annoncées, sans villages, sans manger, et surtout sans eau… Le camel back de 2 litres ne suffira pas ! Il faudra prendre une bouteille de plus (soit 1.5Kg de plus, du moins au départ)… Pas question d’augmenter le poids des sacs ! Alors on s’allège…

Nous nous mijotons nouilles + boulettes de viande + rioja, et préparons le même repas pour le sac à puces de chat qui miaule à la mort devant la porte de l’albergue.

Panorama magnifique du balcon de l’albergue : Nous sommes en hauteur et avons une vue sur le village et ses alentours dont le château, coucher de soleil derrière la colline…

Samedi 12 Juillet

El Real de Jara – Monesterio – Fuente del Cantos 21 + 22 = 43 km)

Démarrage à 6H30 en fourrure polaire pour Michèle ! La température a chuté…

Faisons d’abord 21km dans un paysage de chênes, quelques oliviers, quelques fermes avec des cochons noirs très sociables, qui feront le si bon jamon du coin !

Sommes en pleine forme lorsque nous arrivons à Monesterio à 11H30…21 km sans pause…

On n’a pas dû voir les arrêts…

Le chemin est parfois tellement « prenant », qu’on oublie de s’arrêter

Pour se reposer…

Marcher, marcher…

Ou peut-être voler ?

(Santiago n’est pas à un miracle près).

Décidons de retenter l’expédition de la tente, Monesterio est plus important que le village de la veille, la Poste doit être ouverte.

Nous réexpédions donc non seulement la tente (980 g) mais aussi les matelas de sol (300 g chacun). Nous pourrons donc poursuivre notre chemin plus léger et aurons de la place pour quelques bouteilles supplémentaires pour les étapes futures qui s’annoncent difficiles.

Prenons bocadillos, coca pour Michèle et cerveza pour Bernard, qui ne peut se résoudre, malgré la chaleur à ne pas respecter la Tradition Houblonnesque…, du bon jamon + fromage qui arrachera le palais de Michèle pour un moment.

Croisons le couple d’Autrichiens qui s’arrêtera là pour aujourd’hui + Bertie et la jeune Allemande, qui continueront elles aussi.

Le ciel est d’un bleu magnifique et le soleil brille un maximum.

Un petit vent frais du nord nous donne des ailes… (Ce qui est peut-être normal, après s’être allégés…)

Nous entamons la plus belle étape de la semaine, et une des plus belles de ce Camino… Sur des plateaux ondulants avec des vues sans fin sur des collines qui ressemblent à des dunes. La Meseta du Camino Frances en encore plus grandiose : le désert sur 23 km… Rien… ni animal, ni végétal, ni ombre… Quelques fourmis et criquets nous tiennent quand même compagnie.

Les fourmis sont tellement nombreuses qu’il faut faire attention pour ne pas les écraser, toujours affairées en longues double lignes, celles qui partent de la fourmilière, et celles qui y reviennent, chargées de choses qui nous paraissent minuscules… Minuscules, c’est bien ce à quoi on doit ressembler nous aussi, vue d’en haut, perdus dans ce désert, écrasé de chaleur… On se sent reliés à ces fourmis.

Des champs de blé à perte de vue moissonnés ou non, toute une palette de couleur allant de l’ocre à l’or pur.

Un silence à la fois absolu et serein.

Assistons à quelques mini tornades de vent et de poussière, les éléments sont en harmonie, nous aussi… Quelque part entre la terre et le ciel.

On se dit qu’on est prêt pour l’Afrique…

Atterrissons à Fuente de Cantos, (malgré le nom, nous ne trouvons pas de fontaine qui chante, ni de fontaine tout court… Elles sont rares sur ce chemin, voire complètement absentes jusqu’à présent)… Dans un couvent qui fait albergue touristique (concept que l’on découvre sur ce chemin : afin de rentabiliser le système, vu le nombre insuffisant de pèlerins, ces albergues accueillent également les touristes, mais à un prix supérieur).

Monument historique, cadre superbe : l’albergue turistico de la Via de la Plata est installée dans le couvent franciscain San Diego, restauré récemment.

Le village, Fuente de Cantos est le village natal du peintre Zurbaran, né en 1598, mon ignorance en peinture ne m’avait pas permis de le connaître, mais visiblement, il est très connu, et il compte parmi les grands maîtres de la peinture espagnole.

Et… Surprise, surprise… Nous y rencontrons Enrique et Susana !!!! Avec lesquels nous avions marché et sympathisé lors du Camino del Norte l’an dernier avec Christian… INCROYABLE !

Sommes ravis de nous retrouver et improvisons un petit repas pèlerin entre nous dans une salle prêtée par le responsable de l’albergue. Enrique, a fait le Camino de la Plata au printemps (sous la pluie), et il voulait montrait à Susana, quelques endroits superbes où il s’était arrêté, dont ici à Fuente de Cantos. Ce qui a facilité la négociation pour la salle.

Enrique nous met sérieusement en garde à plusieurs reprises par rapport à la chaleur :

– ne pas refaire d’étapes de 43km, sauf si vraiment vraiment le temps le permet…

– boire 4 à 5 litres d’eau par jour.

Il dit cela, mais ne rêve que d’enfiler ses chaussures de marche pour nous accompagner… visiblement Susana ne donne pas son accord…

Cette rencontre est quand même incroyable, ils ne faisaient que passer, ne devaient pas dormir ici (ce qu’ils ont fait finalement), on s’est rencontré dans les douches (j’étais en train de « lavar la ropa », et Michèle en train de se doucher), on n’aurait pu ne pas se voir, même en étant au même endroit au même moment… encore un mystère du Chemin…

Leur rencontre fût précieuse à plusieurs niveaux, car Enrique, prend notre guide, et nous propose un découpage différent, qui nous permettra de couper certaines étapes difficiles. Michèle est maintenant beaucoup plus rassurée sur la suite du Camino… Mais parfois les choses ne sont pas si simples, et l’avenir nous prouvera que rien ne sert de vouloir échapper à son destin… Mais ça, on ne le savait pas encore.

Dimanche 13 Juillet

Fuentes de Cantos – Zafra (25.8 km)

Départ 6H30, très frais, la polaire est de rigueur pour Michèle : 13°… (Sommes-nous bien sur le Camino de la Plata ?)

Pour la 1ère fois nous voyons des vignes, bien grasses, bien irriguées.

Pour la 2ème fois en une semaine, traversons un village en cours d’étape : personne à l’horizon, sauf 2 rapaces au-dessus de nous (je me demande Christian, si ce ne sont pas les mêmes que l’an dernier… Ils nous auraient attendus et retrouvés… La patience d’un rapace est terriblement efficace ! Mais nous ne nous laisserons pas faire !).

Pause à 9H30 : banane + gâteaux secs de la région + tarte de Susana.

Croisons la hollandaise et l’allemande sur une partie plus désertique, arrivons sur une voie ferrée avant Zafra, que nous aurions dû longer, mais moment d’inattention, nous la traversons (en faisant quand même attention aux trains qui n’ont pas l’air de se bousculer par ici).

Ça ne fait rien, arrivons par un autre côté de Zafra et profitons d’un marché local et gigantesque pour acheter 1kg de délicieuses tomates (0.50 €).

Arrivons à l’albergue à 13H30, une jeune fille sympathique, Ahuda, nous ouvre le cadenas qui ferme la chaîne de la porte d’entrée. Supers dortoirs pour nous seuls ! Génial !

Cadre magnifique : ancien Convento San Francisco, voûtes, plafonds incurvés, super patio !

Même sans « l’esprit camino », les gens sont profondément gentils dans cette région.

Et en plus, pour clore cette journée, nous finissons chez un chinois qui nous prépare un super plat de riz, poivrons, oignons, gambas ou viande, avec un moins super rosé… pour 3 francs 6 sous…

Lundi 14 Juillet

Zafra – Villafranca de los Barros (21.5 km)

Traversée d’un petit village « Los Santos de Maimona », cité déjà mentionnée à l’époque romaine sous le nom de « Segeda Augurina », aux confins de l’Empire à la frontière avec la Lusitanie.

Au Moyen Âge, le village était contrôlé par l’Ordre de Santiago, et son écusson est toujours composé d’une croix de Santiago, flanquée de deux coquilles Saint-Jacques. L’église paroissiale Nuestra Senora de los Angeles domine largement les maisons villageoises à façades blanches. Le porche, la « Portada del Perdon », reflète tout l’orgueil et la puissance des chevaliers de Dieu. L’actuel « ayuntamiento » (la mairie) est installé dans les murs de l’ancienne commanderie de l’Ordre… Nous sommes donc bien sur le Camino de Santiago… Et les anges nous accompagnent…

D’ailleurs, une ménagère, en train de faire son ménage, nous voyant hésiter sur la suite du chemin, nous indique, de loin, à grand renforts de geste, et sans un mot, le chemin pour suivre le Camino… Muchas gracias Senora de los Angeles !

Superbe lever de soleil !

Que des vignes irriguées et des oliviers, excepté un champ d’amandiers dans lequel les cigales ont érigées domicile et nous chantent leur chant lancinant, qui nous promet à cette heure précoce, une journée bien ensoleillée !

Pause au bout d’une quinzaine de km au pied d’un olivier.

Le soleil a cogné dès 8 H du matin, lunettes de glacier et chapeaux… Arrivée tranquille à 11H30 à Villafranca de los Barros, à la « Casa Perin », superbe Casa Rural (maison d’hôte) décorée total années 20.

Rencontre avec l’Association des Amis de Compostelle du Camino de la Plata, où l’on tamponne nos crédenciales et l’on se fait confirmer les dires d’Enrique, à propos de la chaleur et des découpages éventuels d’étapes.

Le responsable de l’Association est visiblement très heureux de nous accueillir, et de parler du Camino de la Plata, et des autres…

Il part dans quelques jours avec les autres membres de l’Association pour marcher sur le Camino Primitivo (Camino del Norte)… Ils ont déjà plusieurs Compostella spéciales pour les associations, affichées sur les murs… Un vrai Pèlerin ! Malgré son embonpoint… Et un agréable moment d’échange « compostellien », il nous rappelle d’ailleurs que nous sommes le 14 juillet, fête nationale en France…

Ah oui ? Et bien, on est bien mieux ici !

Sauf si on nous dit que la Bastille est sur le point d’être (re)prise, et le roi emprisonné par rapport à ces méfaits vis à vis du peuple, et des plus démunis en particulier…

Nouilles, vino tinto de la casa, préparation de sandwich pour demain… Et gros dodo…

Mardi 15 Juillet

Villafranca de los Barros – Torremegia (28,1 km)… Le 0,1 km après le 28, est écrit sur le guide, on veut bien le croire…

Départ 6H10, heure à laquelle l’espagnol extrémadurien se lève !

Il fait chaud (même sous les étoiles).

Nous croisons un cheval avec une carriole (et un espagnol dessus), et plusieurs tracteurs (avec des espagnols dessus également) sur la première partie de l’étape… Ils partent travailler à la vigne… D’ailleurs nous ferons 14 km de ligne droite au milieu des vignes (une pensée pour le Môle, et mon père qui doit à l’heure qu’il est, enfourcher son vélo pour se rendre, lui aussi à la vigne)…

Nous assistons à un magnifique lever de soleil…

Pause à 9H, barre de céréale.

Nous aurons alors tout le loisir de vérifier sur cette seconde partie, que la ligne droite est le plus court chemin entre 2 points.

Sachant que le court chemin est de 14 km sous une chaleur montante et sans ombre.

Arrivons fièrement à 11 H30 à Torremegia, où nous apprenons que le seul et unique lieu qui peut nous accueillir, l’hôtel « Millenium », est fermé ! (soupir)

Nous nous apprêtons à poursuivre sur 14km supplémentaires sans penser à nous réapprovisionner en eau, avec le thermomètre qui indique 38°…

Lorsque l’employé nous rattrape sur le seuil de la porte en nous disant qu’il nous fait la faveur de rouvrir une chambre pour nous.

Muchias Gracias Santiago !

Douche, sieste… Village inerte coupé par la nationale, construction comme des corons sans toits… Pourtant ce village est né de la Reconquête par les Rois Catholiques sur les Maures.

Le vrai fondateur de ce village, en 1480 est Don Diego (non ! pas « de la Vega ») mais, Don Diego Garcia (non ! pas le sergent) Don Diego Garcia Torres y Mexia, qui fit construire le palais du même nom abritant (soi-disant) l’actuelle albergue… (Elle était fermée pour cause, a priori de rénovation).

Nous sommes allés la voir quand même : l’encadrement du porche d’entrée est flanqué de coquilles, et le linteau comporte plusieurs blasons familiaux.

Savourons notre cervoise (fraîche) sous la pluie battante… Et oui ! Un orage vient d’éclater…

Ça sent le minéral très fort : la terre, le fer…

Mangeons à l’hôtel… Copieux, et vin offert… Ce qu’il nous faut.