L'Europe pèlerine

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L'Organisation mondiale du tourisme estime à 330 millions le nombre de voyageurs intéressés par les lieux de la foi. Les voyages vers des lieux de culte participent de la recherche d'une nouvelle spiritualité au sein d'une société fortement laïcisée. Mais les pèlerinages, phénomènes de mobilité contemporains, s'inscrivent aussi dans la continuité d'une histoire religieuse longue. L'ouvrage réunit une série de textes permettant d'aborder la diversité pèlerine européenne et les dynamiques contemporaines de transformation des pèlerinages.

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Date de parution 15 juin 2017
Nombre de lectures 9
EAN13 9782140040511
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0157€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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L’Europe pèlerine Sous la direction de
Religion et tourisme Laurent Sébastien Fournier et Fiorella Giacalone
L’organisation mondiale du tourisme estime à 330 millions
le nombre de voyageurs intéressés par les lieux de la foi. Les
voyages vers des lieux de culte participent de la recherche L’Europe pèlerine
d’une nouvelle spiritualité au sein d’une société fortement
laïcisée. Mais les pèlerinages, phénomènes de mobilité Religion et tourisme
contemporains, s’inscrivent aussi dans la continuité d’une
histoire religieuse longue…
L’ouvrage réunit une série de textes permettant
d’aborder la diversité pèlerine européenne et les dynamiques
contemporaines de transformation des pèlerinages.
Laurent Sébastien Fournier est enseignant-chercheur à
AixMarseille-Université, membre de l’IDEMEC UMR 7307 CNRS. Depuis
2016, président du réseau de coopération scientifi que en ethnologie et
historiographie européennes Eurethno.
Fiorella Giacalone est enseignante-chercheuse à l’Université de
Perugia (Italie), antenne italienne du réseau de coopération scientifi que
en ethnologie et historiographie européennes Eurethno.
Photographie de couverture : croix processionnelle, pèlerinage des Gitans,
Saintes-Mariesde-la-Mer (France)
(Cliché 2014, L. S. Fournier).
Ouvrage publié avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication (France).
ETHNOLOGIE DE L’EUROPE
ISBN : 978-2-343-12391-2 ETHNOLOGIE
DE L’EUROPE28
Sous la direction de
L’Europe pèlerine
Laurent Sébastien Fournier
Religion et tourisme et Fiorella GiacaloneL’Europe pèlerine

Religion et tourisme Ethnologie de l’Europe
Collection dirigée par Jocelyne Bonnet-Carbonell
La collection a pour but de témoigner sur le vécu culturel
des Européens, à partir de faits collectés, de documents
croisés et de comparaisons révélant continuité et
transformations. Collaborent à cette collection des
universitaires et des chercheurs francophones associés aux
recherches en ethnologie et en historiographie
européennes menées par le Réseau Eurethno, membre de
la fédération européenne des réseaux de coopération
scientifique du Conseil de l’Europe.
Déjà parus
Inventions européennes du temps - Temps des mythes,
temps de l’histoire, sous la direction de J.
BonnetCarbonell, 2004.
Fêtes et rites agraires en Europe : métamorphoses ? , sous
la direction de J. Bonnet-Carbonell et L. S. Fournier, 2004.
Malmorts, revenants et vampires en Europe, sous la
direction de J. Bonnet-Carbonell, 2005.
Peurs et risques au cœur de la fête, sous la direction de J.
Bonnet-Carbonell et L. S. Fournier, 2007.
Le « petit patrimoine » des Européens, sous la direction de
L. S. Fournier, 2008.
La fête du village. Continuités et reconstructions en
Europe contemporaine, sous la direction de L. S. Fournier,
2011.
Des bergers en Europe : pratiques, rites, représentations,
sous la direction de J. Bonnet-Carbonell, 2012.
Les jeux collectifs en Europe, transformations historiques,
sous la direction de L. S. Fournier, 2013.
Patrimoine vigneron européen, œnotourisme et partage du
vin, sous la direction de J. Bonnet-Carbonell, 2016. Sous la direction de
Laurent Sébastien Fournier
& Fiorella Giacalone





L’Europe pèlerine

Religion et tourisme












Que soient remerciées les institutions et les instances
territoriales qui ont soutenu cette publication :
Regione Umbria
Comune di Perugia
Città di Assisi
ADISU
Università degli Studi di Perugia, Dipartimento di Scienze
Politiche
Conseil de l’Europe
IDEMEC UMR 7307 CNRS-Aix-Marseille-Université
Ministère de la Culture et de la Communication (France)
Nous remercions vivement Jocelyne Bonnet,
présidentefondatrice du Réseau FER-Eurethno du Conseil de
l’Europe, professeur émérite d’ethnologie européenne à
l’Université Paul-Valéry de Montpellier, d’avoir dirigé le
comité scientifique du colloque qui fut à l’origine de cette
publication.
eLe 28 colloque international Eurethno, réseau de
coopération scientifique en ethnologie et historiographie
européennes s’est tenu à Pérouse et Assise (Italie) les 12,
13 et 14 septembre 2014. Son titre fut : Le tourisme
religieux en Europe. Saints, pèlerinages, visites et
itinéraires interreligieux.
© L’HARMATTAN, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12391-2
EAN : 9782343123912 En hommage à Kincsö Verebélyi, Professeur émérite
d’ethnologie européenne à l’Université Eötvös Löränd de
Budapest, spécialiste d’ethnologie hongroise et de
folklore. Présidente du Réseau Eurethno pendant de
nombreuses années, elle a su conjuguer les héritages
intellectuels de l’Est et de l’Ouest de l’Europe.
Sommaire



Fournier, L. S., Avant-propos ................................................... 9
S., Introduction : l’Europe pèlerine .................... 11



I. Diversités pèlerines ............................................................ 15



Lombardi Satriani, L. M., Itinerarium corporis in Deum ....... 17

Alaggio, R., Développement de l’économie locale et pratiques
dévotionnelles dans quelques localités des Pouilles au
MoyenÂge .......................................................................................... 25

Piselli, F., Lourdes de Zola ou le « rêve prodigieux » ............ 43

Spera, V. M., Thérapie de la hernie infantile : petits pèlerinages
familiaux en Basilicate ............................................................ 57

Simonsen, F., La Fête de Saint Olaf en Norvège et aux îles
Féroë. Du culte médiéval au festival moderne ....................... 81

Kuźma, I. B., Sainte Rita, guérisseuse de maladies modernes.
Du tourisme religieux à caractère « thérapeutique ». Exemple
du culte de Sainte Rita à Cracovie .......................................... 95






7
II. Pèlerinages transformés .................................................115
Giacalone, F., Le culte de Sainte Rita entre pèlerinage et
dynamiques transnationales .................................................. 117
Resta, P., Patrimoine culturel et sentiers des Pèlerins en
province de Foggia ................................................................ 145
Etienne, G., Du faux dévot au vrai pèlerin : Représentations des
diversités dans un pèlerinage diocésain ................................ 167
Loiseau, G., Sara « gitanisée », Sara globalisée. Itinéraire d’une
figure instituée par les Gadjé ................................................ 189
Radulovic, L. B. & Kovac, S., Mapping médiatique des lieux
saints et interprétations populaires des pèlerinages en Serbie
............................................................................................... 217
Lamothe, M., Un syncrétisme sportivo-religieux original : la
chapelle Notre-Dame-du-Rugby et autres chapelles sportives
landaises ................................................................................ 237
Fournier, L. S., Rivalités et batailles rituelles dans les
pèlerinages locaux ................................................................. 261
8 Avant-propos


Laurent Sébastien FOURNIER
Président du Réseau Eurethno

Ce volume rassemble un ensemble de textes initialement
e présentés à l’occasion du 28 colloque européen francophone
organisé par Eurethno, réseau de coopération en ethnologie et
historiographie européennes de la Fédération Européenne des
Réseaux du Conseil de l’Europe.

Depuis 1988, Eurethno est une école francophone
d’ethnographie, d’historiographie et d’ethnologie comparée
formée d’universitaires de différents pays d’Europe qui se
rencontrent chaque année en atelier pour échanger leurs
résultats sur une recherche thématique donnée et pour en
publier les Actes.
9
Comité de lecture
Dans le cadre du réseau Eurethno :
J. Bonnet-Carbonell, Université Montpellier III,
K. Verebelyi, Université de Budapest,
L. S. Fournier, Université Aix-Marseille,
M. Simonsen, Université de Copenhague.
Extérieurs au réseau Eurethno :
C. Amalvi, Université Montpellier III,
C. Rivière, Université Paris V Sorbonne,
E. Lyle, Université d’Édimbourg,
I. Bianquis, Université de Tours.
Ouvrage publié avec le concours du CNRS et du Ministère
de la Culture et de la Communication (France), la mise en page
définitive a été réalisée en 2017 par Marie-Véronique Amella
pour le compte de l’IDEMEC, UMR 7307 CNRS-AMU.
Le manque de signes diacritiques a empêché les
translitérations nécessaires dans certains articles, le lecteur
voudra bien nous en excuser.
Les textes publiés le sont sous l’unique responsabilité de
leurs auteurs.
10 Introduction : l’Europe pèlerine


Laurent Sébastien FOURNIER
IDEMEC UMR 7307 CNRS et Aix-Marseille-Université
(France)

L’organisation mondiale du tourisme estime à 330 millions
le nombre de voyageurs intéressés par les lieux de la foi. Les
voyages vers des lieux de culte participent de la recherche
d’une nouvelle spiritualité au sein d’une société fortement
laïcisée chez des populations souvent urbanisées et déracinées.
Mais les pèlerinages, phénomènes de mobilité contemporains,
s’inscrivent aussi dans la continuité d’une histoire religieuse
longue. L’intérêt de leur étude réside dans ce qu’ils forment des
lieux centraux de la circulation des idées et des savoirs. Dans le
contexte traditionnel, le pèlerinage est un voyage accompli par
dévotion et permettant de réaliser un vœu. Il faut bien des
sacrifices, sur des routes souvent dangereuses, pour se rendre
dans un lieu saint. La tradition pèlerine de l’Europe, ancrée
profondément dans le culte des saints, déborde les frontières du
catholicisme et connaît des équivalents dans d’autres mondes
religieux. Mais la relation de sympathie entre le fidèle et le saint
vers lequel il se rend en pèlerinage demeure. Elle est construite
sur le constat de la corporéité du saint, dimension hautement
humaine, et sur la vénération des reliques conservées dans les
lieux sacrés. Elle constitue ainsi un moyen de médiation entre
l’abstraction des représentations religieuses et le caractère
concret et profane des activités dévotionnelles qui les
accompagnent. Avec le pèlerinage, action concrète de
déplacement dans l’espace, le sentiment religieux s’inscrit dans
le corps du fidèle qui éprouve ainsi par les sens la force du
sacré.
Si le monde protestant a lutté durablement contre le culte des
saints et des reliques, il ne faut pas oublier que c’est en
eAngleterre que fut inventé le tourisme. En Europe, au XVIII
siècle, le « tour d’Europe » rituel des aristocrates modernes
11
redécouvrant les hauts-lieux de l’Antiquité remplace la tradition
pèlerine. Les reliques archéologiques et le culte de l’esprit des
lieux renouvellent, avec la naissance du sentiment patrimonial,
les anciens voyages religieux. En dépit des changements
sociaux qui touchent l’Europe, la pratique du pèlerinage
demeure, sous un sens parfois métaphorique mais qui n’en
garde pas moins une forte intensité émotionnelle pour les
personnes engagées dans ces multiples déplacements. Le
voyage touristique, espèce nouvelle de pèlerinage, s’étendra
e eprogressivement au cours des XIX et XX siècles pour toucher
l’ensemble du corps social.
À l’époque contemporaine, il est ainsi possible de parler
d’une métaphorisation du pèlerinage et de sa transformation en
activité profane. De nos jours, les icônes du rock’n’roll comme
Elvis Presley ou Jim Morrison font l’objet de pèlerinages qui
amènent leurs « fans » vers leurs tombeaux ou vers les
hautslieux de leurs carrières artistiques. Mais ces bouleversements et
cette extension importante de la notion de pèlerinage ne doivent
pas cacher la persistance de formes plus anciennes, grands
pèlerinages chrétiens qui continuent d’exister et de se
confronter au présent, ou pèlerinages villageois plus modestes
revitalisés après quelques décennies d’abandon.
La réflexion sur les rejoint ainsi celle qui
concerne les fêtes et des rites traditionnels, dont quelques
volumes de la présente collection ont déjà traité. Alors qu’ils
semblaient condamnés par l’urbanisation et le lent processus de
sécularisation qui a touché l’Europe, les pèlerinages
traditionnels ont souvent été remis au goût du jour après une
période de relative désaffection. Ravivés par la volonté des
fidèles, ils se sont aussi adaptés à la modernité. Ils s’inscrivent
dans des dynamiques de valorisation des territoires, offrant la
possibilité de créer des « chemins » et des « itinéraires
culturels » à fort potentiel touristique. Ils s’adressent à des
foules de plus en plus diverses, interculturelles, où les migrants
participent et donnent des significations nouvelles aux rites
traditionnels. Comme d’autres occasions traditionnelles de
rassemblement collectif, ils s’inscrivent dans les
12 problématiques de notre temps et changent sous l’influence des
médias et des nouveaux outils de valorisation numériques. Ils
témoignent dans un monde globalisé de la persistance de
références culturelles anciennes qui sont réinterprétées et
réorganisées par les nouvelles générations. Par ailleurs, les
croyances dans l’efficacité thérapeutique ou psychologique de
certaines figures religieuses contribuent au succès contemporain
des pratiques pèlerines. Chaque pèlerin peut, à son échelle
personnelle, s’inventer une relation originale au sacré dans les
pèlerinages actuels, et y trouver la source d’une efficacité
symbolique.
L’ouvrage est organisé en deux parties : « Diversités
pèlerines » et « Pèlerinages transformés. » La première partie
présente une série de contributions qui éclaire d’un jour
nouveau les pratiques pèlerines européennes. Le texte
introductif permet d’insister sur les dynamiques contemporaines
des pèlerinages italiens, rappelant le contexte dans lequel fut
imaginé cet ouvrage (Lombardi Satriani). Puis viennent deux
contributions qui replacent la notion de pèlerinage dans son
contexte historique, médiéval (Alaggio), et qui montrent
comment il a pu devenir source d’inspiration pour la littérature,
avec la description de Lourdes par Zola (Piselli). Les trois
textes suivants étudient divers pèlerinages dans différentes
régions d’Europe. En Italie du Sud ce sont de modestes
pèlerinages villageois consacrés à la guérison de la hernie
infantile qui sont documentés à partir de solides enquêtes
ethnographiques (Spera). En Norvège et aux Iles Féroë, le culte
de Saint Olaf démontre l’existence de pratiques pèlerines
anciennes dans des zones bien éloignées de l’Europe catholique
traditionnelle (Simonsen). Et en Pologne, l’étude du culte de
Sainte Rita à Cracovie montre les renouvellements d’un
pèlerinage devenu enjeu de tourisme thérapeutique (Kuzma).
La seconde partie de l’ouvrage apporte des témoignages qui
sont autant d’ouvertures pour mieux appréhender les
transformations contemporaines des pèlerinages en Europe. En
Italie, le culte de Sainte Rita de Cascia s’ouvre ainsi à des
dynamiques transnationales (Giacalone) tandis que dans la
13
province de Foggia les sentiers des pèlerins deviennent des
itinéraires culturels-touristiques contribuant à valoriser le
patrimoine régional (Resta). Les pèlerinages, aujourd’hui, sont
de plus en plus travaillés par des questions de tourisme et
d’interculturalité, comme en témoigne le culte de Sainte
Solange dans le Berry (Étienne). L’anthropologie des
pèlerinages doit alors intégrer la problématique de la
globalisation, surtout dans le cas de grands pèlerinages comme
celui des Saintes-Maries-de-la-Mer (Loiseau). Elle doit aussi
prêter attention au « mapping médiatique » qui transforme les
pèlerinages en nouvelles ressources touristiques et
patrimoniales, au risque de modifier leurs usages traditionnels
comme en Serbie (Radulovic et Kovac). Pour mieux
comprendre les évolutions contemporaines des pèlerinages, ne
faut-il pas alors se souvenir de leur très grande polysémie et de
leur plasticité ? Les deux dernières contributions de l’ouvrage,
chacune à leur manière, nous rappellent ces caractéristiques.
Les pèlerinages peuvent être étonnamment syncrétiques, à
l’exemple des pèlerinages « sportivo-religieux » des Landes
(Lamothe). Ils contiennent aussi des éléments inattendus, des
batailles rituelles et de la violence difficiles à valoriser par les
promoteurs du tourisme religieux (Fournier). Ainsi les
pèlerinages offrent-ils un sujet inépuisable d’interrogations pour
les ethnologues et les anthropologues. Nous faisons ici le vœu
que d’autres travaux pourront compléter cet état des lieux, en
élargissant la focale à des horizons comparatifs interreligieux
qui nous permettront de mieux comprendre les modalités
universelles du rapport pèlerin au sacré.
14 I.
Diversités pèlerines Itinerarium corporis in Deum


Luigi LOMBARDI SATRIANI
Professeur d’Anthropologie
Université Suor Orsola Benincasa, Naples (Italie)


Résumé : Cette communication s’inspire de la célèbre expression
de Saint Bonaventure, itinerarium mentis in Deum, pour proposer
l’expression itinerarium corporis in Deum dans laquelle on peut
comprendre la synthèse des pèlerinages, qui rythme le temps et
l’espace des sociétés dans le Sud de l’Italie. Cette expression est
fondée sur l’expérience de recherche de délimitation spatiale
spécifique de l’auteur, qui a consacré à la culture traditionnelle de ces
régions plus de cinquante années de réflexion critique. Les pèlerinages
auxquels ce témoignage se réfère concernent des figures féminines de
la sainteté ; il s’agit principalement de madones et de saintes. Les
sanctuaires considérés se trouvent en Calabre, Sicile, Campanie,
Abruzzes, Molise. On prend aussi en considération des lieux de culte
d’autres régions étudiés par la littérature démo-anthropologique. À
côté de ce phénomène religieux complexe sont traités les cas de
mystiques, voyants, considérés comme sacrés par la religion
populaire, qui ont été l’objet d’événements particuliers et
« miraculeux » : stigmates, bilocation, communication avec les morts.
Le texte se concentre sur le cas de Natuzza Evolo, autour de laquelle
l’auteur a également produit de nombreux essais et documentaires
scientifiques. L’auteur identifie ensuite les besoins auxquels
répondent les pèlerinages : échapper à l’insécurité, au-delà du don,
transcender la solitude, personnaliser le rapport au religieux, sanctifier
la terre, besoin de recevoir et, en conséquence, nécessité de donner et
de consigner son corps à Dieu.

La réflexion théologique chrétienne a créé l’expression
Itinerarium mentis in Deum (Saint Bonaventure), pour désigner
l’itinéraire mystique ; en reprenant l’expression, on pourrait
affirmer que le pèlerinage représente un Itinerarium corporis in
Deum.
17
Institution centrale pour les trois grandes religions
monothéistes, le pèlerinage représente dans tous les cas une
tentative de rapprocher de Dieu son propre corps, en
s’identifiant en quelque sorte à lui.
Pour les Musulmans, le pèlerinage à la Mecque est un devoir
cultuel, comme on peut le constater en entrant dans n’importe
laquelle des innombrables mosquées, grandes ou petites, du
vaste monde islamique, où l’on voit les fidèles, absorbés dans la
prière et allongés par terre en direction de La Mecque. Dans cet
univers, les villes et les villages résonnent à la tombée du jour
du chant du Muezzin appelant les fidèles à prier, tournés vers la
Mecque.
Jérusalem est le point de convergence géographique et
religieux des confessions chrétiennes ; on y accomplit dans son
temple différents rites spécifiques, en toute autonomie de culte
et de modalités liturgiques. Ce temple est la destination des
innombrables pèlerins arrivant de tout le monde chrétien.
C’est aussi à Jérusalem que fait référence le nom de la
grande synagogue de Prague dite « de Jérusalem », construite
een 1906, et ainsi nommée en l’honneur du 50 anniversaire de
erl’empereur François-Joseph I d’Autriche. Elle est et a été la
destination de nombreux dévots, désireux de répondre à une
profonde exigence spirituelle à travers un pèlerinage de
pénitence.
Ces grandes lignes communes n’effacent en rien la
particularité des différents pèlerinages qui, de fait, sont
l’aboutissement d’éléments historiques, morphologiques et
culturels spécifiques à un territoire.
Nous prenons ici plus spécialement en considération les
pèlerinages qui, dans le temps et dans l’espace, ponctuent la
société du Sud de l’Italie. C’est en effet à la culture
traditionnelle de cette région que nous avons consacré plus de
cinquante ans de recherche et de réflexion critique.
Nous avons consacré nos travaux aux figures féminines de la
sainteté, pour la plupart des madones répondant à différentes
dénominations, ainsi que des saintes, vénérées dans des
sanctuaires de Calabre, de Sicile, de Campanie, des Abruzzes et
18 du Molise. Nous tenons compte également d’autres régions,
objets de recherche de la littérature démo-anthropologique qui,
ces dernières années, a produit d’excellentes monographies
anthropologiques, parmi lesquelles on se doit de rappeler celles
de Fiorella Giacalone, Impronte divine et Il corpo femminile tra
maternità e santità, publiées en 2012, ainsi que celles
d’Alessandra Gasparrone.
Parallèlement à une telle complexité de la phénoménologie
religieuse, on trouve des cas de femmes mystiques-voyantes,
proclamées saintes par la religion populaire. Protagonistes
d’événements « miraculeux » de leur vivant, elles portent les
stigmates, pratiquent la communication avec les défunts, ont le
don de bilocation et manifestent encore d’autres signes
thaumaturgiques. Nous retiendrons en particulier le cas de
Natuzza Evolo, à propos de laquelle nous avons réalisé de
nombreux essais, ainsi qu’un film.
Native de Paravati, une petite localité de la province de Vibo
Valentia en Calabre, cette femme était une voyante à demi
analphabète issue d’un milieu modeste. Depuis les années 1940,
elle a été au cœur de phénomènes exceptionnels qui, au fil du
temps, lui ont valu bien involontairement d’attirer des milliers
de personnes, toutes porteuses de requêtes spécifiques, mais
surtout désireuses de trouver un réconfort, une espérance. Entre
autres manifestations extraordinaires, le corps de Natuzza était
marqué de stigmates qui révélaient de manière évidente sa
participation aux souffrances du Christ durant la Passion. Cette
manifestation se traduisait aussi par une sueur de sang et par
des écrits, ou bien des dessins sacrés s’imprimant sur des linges
posés à même son corps.
Les requêtes que lui adressaient les fidèles concernaient
souvent leur santé, celle de leurs proches et les soins à adopter.
Sans vouloir remplacer les médecins, Natuzza prodiguait ses
conseils, et nombreuses sont les personnes ayant parlé à son
sujet de diagnostics exacts, formulés en termes savants, et
ultérieurement confirmés du point de vue scientifique.
Son rapport avec l’au-delà a ponctué ses relations avec les
personnes qui souhaitaient entrer en contact avec les défunts,
19
ceci afin que ses visiteurs reçoivent des conseils ou bien qu’ils
puissent adresser leurs requêtes, des messages en tout genre.
Il s’agit là d’un besoin fondamental de notre société, laquelle
« souhaite » à tout prix trouver des formes et des modalités pour
communiquer avec ses proches disparus, malgré la mort et
contre la mort.
Au fil des décennies, on a attribué à cet extraordinaire
personnage mystique d’autres caractéristiques, telles que
l’extase, et de prétendues apparitions simultanées à des endroits
différents, phénomènes qui ont fait de cette femme un point de
référence unique pour tous ceux qui cherchaient un secours.
Pendant plus de cinquante ans, par l’écoute et la parole, elle
aura aidé les gens à se sentir moins seuls. Natuzza était de fait
profondément fraternelle, ne s’encombrant d’aucune déclaration
rhétorique ou idéologique. Il faudrait s’arrêter plus longuement
sur tout cela pour mieux comprendre le réseau complexe reliant
chacun des aspects de son action à son engagement
providentiel.
On retrouve certains de ces éléments dans la tradition
mystique, de Sainte Rosa de Lima à Veronica Giuliani, de
Sainte Catherine de Sienne à Marie-Madeleine de Pazzi ; mais
aussi dans celle de la sainteté, de Saint Janvier de Naples à
Saint Louis, de Saint Pantaléon à Saint François d’Assise et
ainsi de suite, toujours en corrélation avec la valeur bienfaitrice
du sang versé par le Christ pour la rédemption de l’humanité.
Natuzza a elle-même voulu insérer son œuvre dans le cadre
du catholicisme, religion qu’elle a vécue dans la foi,
profondément et simplement. Ceux qui l’ont rencontrée ont pu
constater combien cette foi en Dieu et en l’amour des hommes
surgissait en elle telle l’eau d’une source, puis devenait objet
d’action, nourriture vitale. À chaque guérison attribuée à
Natuzza, celle-ci répétait n’y être pour rien, et déclarait n’être
que l’instrument de la volonté divine.
Ce qui domine dans la personnalité de Natuzza est sa
simplicité - déjà mentionnée -, mais aussi sa disponibilité dans
l’accompagnement de la douleur des autres, sa faculté de
l’absorber pour les en libérer ensuite tout en restant près d’eux.
20 Cette femme leur apportait une lueur d’espoir. Il est temps
maintenant de parler de l’expérience personnelle vécue par
l’auteur de ces lignes avec Natuzza.
Originaire du village de San Costantino di Briatico, situé à
quelques kilomètres de celui de Natuzza, nous avions entendu
parler d’elle dès l’enfance. Cette figure nous était donc
d’emblée familière. Au milieu des années soixante-dix, nous
avons commencé à nous intéresser à l’activité de Natuzza dans
le cadre d’une communication à présenter lors d’un congrès
international d’études démo-anthropologiques. Nous avons
ensuite parlé d’elle dans le livre Il ponte di San Giacomo, écrit
en collaboration avec Mariano Meligrana et qui traitait de
l’idéologie traditionnelle de la mort dans la société paysanne du
Sud.
Avec Maricla Boggio au milieu des années quatre-vingts,
nous avons décidé de consacrer un documentaire télévisé basé
sur des témoignages en lien à Natuzza ainsi qu’aux phénomènes
liés à sa personne. Les réalisateurs tenaient tout spécialement à
une participation active de sa part. Après avoir clarifié les
intentions et les modalités de leur projet, puis dissipé les
hésitations du mari de la voyante - Pasquale Nicolace -,
Natuzza consentit à participer à ce qui fut sa première
apparition à l’écran. Malheureusement, la surcharge de fatigue
crainte par son mari devint une réalité. Natuzza connut un gain
de notoriété et les personnes vinrent encore plus nombreuses lui
rendre visite.
Après tant d’années, nous regrettons encore d’avoir
sousévalué les conséquences de cette émission sur les
téléspectateurs, mais nous nous consolons à l’idée qu’un plus
grand nombre de personnes aura bénéficié du réconfort et de
l’affectueuse sollicitude de Natuzza.
Au fil des ans, nous avons plusieurs fois rencontré Natuzza,
également autour de questions personnelles et familiales. Elle
nous aura toujours accueilli avec générosité et une entière
disponibilité.
Chaque fois que nous repensons à elle et au timbre unique
de sa voix, nous prenons conscience d’une vie baignée de
21
simplicité et d’amour. Son exemple montre à quel point la vie et
la souffrance qui inévitablement l’accompagne peuvent être
adoucies. D’une manière ou d’une autre, tout ce qu’elle a fait
est lié à ces valeurs, caractéristiques d’une existence à la fois
tellement normale et exceptionnelle.
Dans cette communication, nous voudrions également
rappeler la croyance populaire, répandue dans le Sud - mais pas
uniquement -, selon laquelle on doit effectuer au moins une fois
dans sa vie un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Au
Moyen-Âge déjà, on se rendait généralement à pied dans cette
ville située aux confins de l’Europe et qui fut effectivement
longtemps considérée comme une finis terrae.
Il existe de nombreux carnets de voyage, écrits par des
pèlerins mettant parfois une année entière pour parcourir ce
chemin ; un chemin jalonné de magasins, de foyers de charité,
d’auberges, d’ateliers et même de maisons de tolérance, ceci
afin de satisfaire toutes les exigences spirituelles et matérielles
des pénitents.
Pour ceux qui n’avaient pas accompli ce pèlerinage, le
folklore traditionnel prévoyait une punition métaphysique, à
savoir la promesse d’une longue agonie. Leur âme devait
s’acheminer le long du chemin de Saint-Jacques constitué par la
voie lactée et bordé de lames acérées. L’âme s’y blessait et les
larmes qui souvent jaillissaient des yeux du mourant étaient
censées traduire cette souffrance profonde. Une fois accompli
ce pèlerinage métaphysique, le mourant pouvait s’éteindre en
paix. Ceci témoigne d’une grande piété paysanne. Dans un tel
cadre culturel, nous apercevons une tentative d’identification de
l’irréparable douleur de l’agonisant, en lui attribuant dans les
discours le sens et la valeur d’une transcendance.
Pour conclure cette communication, nous essaierons de
relever quelles sont les attentes et les espoirs des pèlerins, puis
de démêler la fonction culturelle que ces derniers puisent dans
le pèlerinage. Selon nous, il s’agit, dans les grandes lignes,
d’échapper à la précarité, d’aller au-delà de sa fragilité et de la
solitude, de personnaliser sa relation au sacré, de sacraliser le
22 territoire, du désir de recevoir et en même temps de donner,
d’offrir à Dieu son propre corps en le transposant dans un
espace et dans un temps autres.
Le fait de désirer se trouver en contact avec des corps de
saints et des reliques conservées dans les églises nous parle de
la volonté du pèlerin d’en acquérir la sacralité et le pouvoir
thaumaturgique, d’immortaliser en quelque sorte son propre
corps, ce véhicule transitoire.
À travers l’effort qu’il fournit dans l’espace pour accomplir
son pèlerinage, le fidèle effectue un voyage bien plus
déterminant dans le temps en associant le précaire à l’éternel.
Ces besoins et ces fonctions se mélangent et semblent trouver
leur stabilité dans des formes archaïques, obsolètes, mais qu’on
retrouve pourtant encore, sous diverses formes, en nos temps si
profondément tourmentés.
23
Références bibliographiques
ALIMENTI, Alessandro. 1993. « Quando Cristo passava per
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LOMBARDI SATRIANI, Luigi, MELIGRANA, M. 1983. I
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24 Développement de l’économie locale
et pratiques dévotionnelles dans quelques
localités des Pouilles au Moyen-Âge


Rosanna ALAGGIO
Université des Études du Molise (Italie)


Résumé : L’article concerne les pèlerinages dans la région des
Pouilles au Moyen-Âge, sur la route de la Terre Sainte. La
documentation historique met en évidence les relations entre foires et
lieux de pèlerinage, faisant apparaître les liens complexes unissant
économie, politique et religion.

Les Pouilles constituent un terrain d’enquête privilégié pour
l’étude du pèlerinage dans l’Occident médiéval. On trouve une
importante littérature sur ses lieux de culte, leur fréquentation
dévotionnelle passée et présente, ainsi que sur le rôle que ce
territoire a joué dans la pratique du pèlerinage par excellence,
vers la Terre Sainte. Les Pouilles sont donc doublement
impliquées dans le développement de ce phénomène. Terre de
forte attractivité d’une part, elle rayonne grâce à la présence de
sanctuaires et de lieux d’apparitions miraculeuses tel que
SaintMichel sur le Gargano, dont la réputation de sainteté s’est
diffusée bien au-delà des frontières du Royaume et selon une
chronologie particulièrement significative. D’autre part, les
Pouilles sont un espace de transit privilégié vers la Terre Sainte,
car elles sont traversées par quelques-unes des routes
hiérosolymitaines les plus fréquentées par la Chrétienté
1européenne depuis les derniers siècles de l’Antiquité . Mais le
débat historiographique s’est également développé autour d’un
autre aspect, celui du dynamisme économique de cette région
dont les communautés se sont très tôt impliquées dans les
échanges commerciaux, essentiellement du fait de la situation
géographique de ses places maritimes naturellement orientées
vers l’Orient byzantin et disposées le long des routes les plus
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fréquentées par les transporteurs spécialisés dans le commerce
2de produits agricoles, base des revenus fonciers de ce territoire .
Cette vocation commerciale spécifique définit certains ports des
Pouilles depuis le haut Moyen-Âge, mais c’est l’intégration des
plus importantes localités de la région au système des foires du
eRoyaume - au cours du XV siècle -, qui permettra une
croissance exponentielle des économies locales et leur
participation à un circuit d’échanges désormais international
3encouragé par le Royaume d’Aragon . Plutôt que de décrire ici
les relations entre flux commerciaux des ports de l’Adriatique
et localisation des centres d’échanges (comme cela a été fait
récemment sans toutefois apporter d’éléments nouveaux aux
conclusions formulées il y a plus de quarante ans par Alberto
Grohmann), il nous a semblé plus utile de réfléchir à la nature
du rapport entre l’événement économique qu’est la foire et les
manifestations religieuses qui, depuis les origines,
conditionnent son calendrier. Nous serons tout particulièrement
attentive aux implications politiques qui relient l’institution des
4foires et les lieux de pèlerinage .
Le rôle des Pouilles dans le système des foires du Royaume
de Naples
C’est à partir du règne de Frédéric II, et plus précisément à
compter de 1234 - année où l’empereur décréta l’instauration de
sept foires dans toute la partie péninsulaire du Royaume -, que
l’on peut parler d’un véritable système de foires
institutionnalisé, fruit d’une planification organisant la
répartition des événements selon un calendrier précis répondant
5à des impératifs fiscaux et économiques . Ces sept foires étaient
réparties de manière à ce que d’avril à octobre les différentes
zones puissent bénéficier de ces rassemblements sans se
retrouver en concurrence. Le choix des lieux devait articuler
viabilité interne et nœuds routiers incontournables, afin de
favoriser l’accès depuis les zones de production et donc faciliter
6la commercialisation de cette production . Ce n’est pas un
hasard si, parmi les sept foires instaurées par Frédéric II, trois
26 se déroulaient dans les localités les plus importantes des
Pouilles : Bari et Taranto, deux ports incontournables, ainsi que
7Lucera , le chef-lieu de l’arrière-pays domanial de la région.
Cette localité, fondée par Frédéric II, jouait le rôle stratégique
de marché où était écoulée la production du domaine impérial,
provenant essentiellement des grands latifundia de l’immédiat
arrière-pays exploités pour la culture du blé, denrée la plus
8prisée des marchés méditerranéens . La décision de l’empereur
confirme l’importance de la production agricole des Pouilles
dans les circuits d’échanges internationaux, importance qui va
s’accroître dans les siècles suivants, comme l’atteste l’intérêt
9grandissant des marchés étrangers pour ces places . Un
témoignage éloquent nous est fourni par la liste des foires
établie par Francesco Balducci Pegolotti dans son traité « Des
choses utiles que doivent savoir les marchands », rédigé autour
de 1350. Sur quinze foires signalées dans le Midi péninsulaire,
une bonne douzaine se tiennent dans les Pouilles et sont pour la
plupart qualifiées par le marchand florentin de « bonnes ou
convenables ». L’augmentation ultérieure du nombre de foires à
l’époque aragonaise, spécifiquement analysée par Alberto
Grohmann, confirme la même logique que celle qui semble
émerger à l’époque souabe : préférence accordée aux localités
les plus importantes, mieux desservies - le plus souvent des
escales maritimes -, et un calendrier précis tenant compte des
saisons pour la production agricole mais aussi des spécificités
locales. Sur 86 foires réparties dans toute la région, au moins 51
se déroulaient entre avril et septembre, selon un critère de
classification - principales ou secondaires - prenant en
considération le volume des échanges mais aussi le niveau de
participation. Peu de foires étaient consacrées au commerce du
bétail et plus de 80 % des rassemblements secondaires se
tenaient dans l’arrière-pays, à des dates complémentaires des
événements majeurs ou pour en amplifier la portée. Si l’on
observe ces dates, un lien étroit apparaît entre les périodes de
récoltes et leur commercialisation. La foire de Barletta par
exemple - événement majeur selon la classification de
Grohmann -, avait lieu en novembre (fête de Saint Martin) ;
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