La Guinée Équatoriale, un pays méconnu

La Guinée Équatoriale, un pays méconnu

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Date de parution 01 janvier 0001
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EAN13 9782296267329
Langue Français

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MAX LINIGER-GOUMAZ
LA GUINÉE
ÉQUATORIALE
Un pays méconnu
Librairie - Editions l'HarnJattan
18, rue des Quatre- Vents
75006 PARISDU MÊME AUTEUR
Géographie .- Histoire .-Économie - Politique
(Le self-service en Suisse et dans le monde. Prix Edouard Folliet ».
Université de Genève, 1953.
Les Anniviards. Essai de géographie humaine d'une vallée suisse
(Miméo). Genève, 1958.
Réflexions sur l'antiféminisme suisse. Les Editions du Temps. Genève,
1959.
Jean-Jacques Rousseau au Val d'Anniviers ou Les Lettres sur le
Valais. Les Alpes. Berne, 1959.
L'orange d'Espagne sur les marchés européens. Le problème oranger
espagnol. Les Editions du Temps. Genève, 1962. Epuisé.
La Suisse, sa neutralité et l'Europe. Les Editions du Temps. Genève,
1965.
,(Méthodologie de l'enseignement de la géographie. Prix Arth'lr de
Claparède ». Mémoires de 1'1.P.N., n° 1. Kinshasa, 1966. Eçuisé.
De l'Eurafrique. Utopie ou réalité? Les métamorphoses d'ulle idée.
Les Editions CLE. Yaoundé, 1972.
The Congo basin and adjacent regions, in African geography for
school, A handbook for teachers. Unesco Source Book.
Longman/UNESCO. Londres, 1975.
Africana. L'Afrique d'hier et demain. Les Éditions du Temps.
Genève, 1977.
Equatorial Guinea. An African HistoriaI Dictionary. Scarecrow Press.
Metuchen, N.J., 1979.
Poésie. Reportages
Soliloque logogriphe d'un géographe enseignant. Plaquette (Emmanuel
von Kirchendorf). Dessins de Gil Pasteur. Les Editions du Temps.
Genève, 1967.
La Pigale fédérale ou Les gaietés du Cameroun. Album illustré
(Emmanuel von Kirchendorf). Les Editions du Temps. Genève,
1970. Epuisé.
Voyez la technique, La ronde des métiers du Cameroun. Album
illustré (Emmanuel von Kirchendorf). Les Editions du Temps. Genève,
1971. Epuisé.
Suivez la mode, La ronde des métiers de Côte-d'Ivoire. Album illustré
(Emmanuel von Kirchendorf). Les Editions du Temps. Genève,
1976.
Bibliographies
Pygmées et autres races de petite taille. Bibliographie générale. Les
Editions du Temps. Genève, 1968.
Vil/es et problèmes urbains de la République démocratique du Congo.
Les Editions du Temps. Genève, 1969. Epuisé.
Préhistoire el protohistoire de la du Congo.
Les Editions du Temps. Genève, 1969, Epuisé.
Eurafrique. Bibliograhie générale. Les Editions du Temps. Genève,
1970.
Bibliographies africaines, I. Energie - Politique - Population -
Transports. Les Editions du Temps. Genève, 1971.
Henry Morton Stanley. Les Editions du Temps. Genève, 1972 (en
collaboration avec Gerben Hellinga).
Bibliographies africaines, Il. Frontières - Légendes
Orographie-Population. Les Editions du Temps. Genève, 1974.
Guinea Eeuatorial, I. Bibliografia general. Commission nationale
suisse pour l'UNESCO. Berne, 1974 (I 782 titres).
Guinea Eeualorial, II. general. nationale
suisse pour Berne, 1976 (2 010 titres).
Kivu~Maniema (République du Zaïre). Bibliographie générale. Les
Editions du Temps, Genève, 1977.
Guinea Eeualorial, III. Bibliografia general. Commission nationale
suisse pour l'UNESCO. Berne, 1978 (1 218 titres).
Guinea Ecualorial, IV. general. nationale
suisse pour Berne, 1980 (1 112 titres).
@ L'Harmattan, 1979
ISBN 2-85802-132-5A Santiago Ndongo Abeso*
* Sculpteur. Le masque d'ébène qui illustre la couverture est
sa dernière œuvre: «Lutte obstinée du peuple de Guinée
équatoriale pour sa libertê» (Collection privée, Lausanne). S. Ndongo
Abeso, un des auteurs de la tentative de coup d'État
antiMacias Nguema de juin 1974, a été fusillé avec 26 autres patriotes
victimes de la dictature du clan fang des Esangui, à l'âge de 24
ans.0 50 100 200 Km.
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La Guinée équatoriale
6Introduction
Voici le premier livre qui paraisse en français sur la Guinée
équatoriale (ancienne Guinée espagnole), hormis des travaux
bibliographiques et quelques brochures, et qui prenne en
compte l'ensemble des connaissances géographiques, historiques,
économiques, politiques, etc., disponibles. Aussi devrait-il
combler une lacune et servir largement à diffuser une meilleure
connaissance d'un pays que seule la littérature scientifique et
journalistique espagnole avait jusqu'à présent décrit.
La Guinée équatoriale est le seul pays hispanophone
d'Afrique Noire, ce qui ajoute encore à son isolement et explique
pourquoi il est pratiquement négligé par les ouvrages les plus
divers portant sur l'Afrique contemporaine. De plus, il est un
des derniers à avoir accèdé à l'Indépendance (12 octobre 1968).
L'instauration, depuis 1969, d'un régime dictatorial à forte
tendance népotique a jeté une cape de silence sur cette petite
par. tie de l'Afrique centrale, silence que le mutisme complice des
Organisations internationales, des grandes puissances, des
voisins n'a fait qu'encourager. En dépit de la chute du tyran
début août 1979 et de son exécution fin septembre 1979, ce
sont la plupart des bénéficiaires du népotisme antérieur qui
coiffent les principaux postes de l'État.
La Guinée équatoriale occupe une infime partie du continent
africain, avec ses 28051 km2, soit 0,09 % de la superficie de
l'Afrique (approximativement l'équivalent de la Belgique). Elle
est située à la latitude de l'embouchure de l'Amazone et du lac
Victoria, et se compose de deux provinces nettement séparées:
la continentale, Rio Muni (26 000 km2), l'insulaire, Fernando
Poo (2 034 km2) et Annobon (17 km2). Il s'agit là des restes
d'un territoire de quelque 800 000 km2, hérité par l'Espagne au
Traité du Pardo (1778), lorsque le Portugal échangea avec elle
ses droits dans le Golfe de Guinée, entre estuaires du Niger et
Cap Lopez, contre des territoires espagnols du Rio de la Plata.
Les voisins de la Gùinée équatoriale sont: le Nigeria (33 fois
plus grand), le Cameroun (17 fois), le Gabon (10 fois), la.
République de Sâo Tomé et Principe (29 fois plus petite).
Il s'agit d'un pays compartimenté par les lignes de rupture
NE - SW, bordé au nord par le Graben de l'Afrique
occidentale qui, du Tibesti à Sainte-Hélène, est marqué par les Monts
7Mandara, le Mont Cameroun, Fernando Poo, Sao Tomé et
Annobon. Au Rio Muni, comme en Angola, on rencontre deux
domaines différents du point de vue tectonique: l'intérieur
précrétacique (surtout pré-cambrien non différencié), avec des
ruptures peu apparentes ou colmatées par des roches magmatiques,
et une plate-forme occidentale post-crétacique, avec des lignes
de rupture plus marquées par les derniers mouvements
tectoniques. Alors que l'Est (contre-forts des Monts de Cristal) se
présente sous forme de plate-forme d'érosion à peine inclinée
(altitude 650 m) que dominent des Inselberge (Mont Alen, Piedra
de Nzas, etc.), la moitié ouest est composée par une suite de
plates-formes de 600, 400 et 200 m, et s'achève par une terrasse
fluviale. La majeure partie du Rio Muni est constituée de
roches éruptivo-métamorphiques, panachée de zones éruptives.
A l'intérieur, les sols sont souvent épais de 10 m, formés
d'argile friable et de sables ferrugineux; plus près des côtes, en
raison des variations du niveau de base, ils sont plus
complexes. Dans le Sud-Ouest, au large de l'estuaire du Muni, se
trouvent les îles basaltiques d'Elobeyes, Corisco, Mbane,
Cocotiers, Conga. Alors que les formations crétaciques des côtes
semblent avoir favorisé la genèse de pétrole, J'intérieur de la
province fournit des promesses d'étain, d'or, de titane,
d'uramum.
Fernando Poo est une île complètement volcanique, formée
de trois massifs soudés, à composition basaltique (de texture
très variée), issue de phases hawaïennes et stromboliennes. Au
nord domine le Pico de Santa Isabel (3 007 m), au sud le
Massif du Sud, avec la grande Caldère de San Carlos; entre deux,
un ensellement à plus de 1 000 m, avec des paysages de
pâturages alpins. Tous les sols sont volcaniques: ceux des régions
basses ont une origine alluviale, ceux du haut sont nés de la
décomposition in situ. Le type dominant est le braunlehm.
Quant à Annobon, il s'agit également d'un piton basaltique,
émergé du socle profond, avec au centre-nord le Pico de
Mazafin.
Les différentes parties du pays présentent un modèle de
climat équatorial ou sub-équatorial, caractérisé par l'uniformité
des oscillations, les fortes précipitations, l'humidité constante,
l'alternance des saisons sèches et des pluies, de violents orages
accompagnant ces alternances, le tout dosé en fonction de
l'altitude et de la latitude, ainsi que de l'éloignement de
l'Océan. Annobon présente une tendance au climat tropical
humide. La température moyenne du pays est de 25-26°C, avec
une oscillation annuelle de 30. L'humidité relative se situe vers
85-90 % (l'explorateur espagnol Iradier disait du pays: «On
marche dans l'eau, on respire dans l'eau, on vit dans l'eau »).
La nébulosité est respectivement de 224 et 213 jours à
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Fernando Poo
9nando Poo et Annobon, de 297 jours à Bata, au Rio Muni.
Face à la mousson de l'Atlantique, le front occidental du
Massif du Sud, à Fernando Poo s'avère être une des zones les plus
pluvieuses du monde: plus de 10 m à Ureka, presqu'autant
qu'au Cap Debundja, au pied du Mont Cameroun (+ 11
m/an).
Rien d'original pour l'hydrographie: si tous les grands
cours d'eau du Rio Muni viennent du Gabon, aucun offre une
bonne voie d'accès. Les principaux fleuves à avoir favorisé la
pénétration sont, du nord au sud, le Campo (Ntem), le Benito
et l'Utamboni. Le premier et le dernier font en partie frontière
avec le Cameroun et le Gabon, l'Est étant pratiquement limité
par la rivière Kyé, affluent du Ntem. Les cours d'eau de
Fernando Poo, en raison de la courte distance entre les sommets
et l'Océan, ont tous le caractère de torrents.
La Guinée équatoriale s'inscrit complètement dans la zone
de la forêt dense humide, caractérisée par la permanence du
feuillage. Les variations altitudinales ne sont marquées qu'à
Fernando Poo où, comme sur les autres sommets d'Afrique, on
rencontre les seneçons géants, les ombellifères, etc. Sur les
côtes du Rio Muni s'étend une savane arborée, avec des
mangroves dans les estuaires. Parmi les arbres du Rio Muni, les
plus appréciés sont l'okoumé (monopole avec le Gabon), les
divers acajou, l'ébène. La végétation d'Annobon est marquée
par l'éloignement du continent: alors qu'à Fernando Poo on
compte 826 espèces significatives du point de vue
biogéographique, à Annobon on n'en relève que 117.
La chasse, longtemps à peine contrôlée, a éléminé des
espèces jadis nombreuses: éléphants, gorilles, lamentins, léopards;
les excès de la pêche industrielle ont fait pratiquement
disparaître les baleines de l'estuaire du Muni et des environs
d'Annobon.
Les diverses populations de la Guinée équatoriale
appartiennent toutes aux Bantu du nord-ouest (Pygmées et Fernandinos
exceptés). Il s'agit: sur Fernando Poo, des Bubi, venus du
continent voici de nombreux siècles, des Fernandinos,
communauté créole issue de manœuvres et d'esclaves libérés, venus du
Liberia et du Sierra Leone, de Fang d'immigration récente;
au Rio Muni, dans les zones forestières de l'intérieur, des
Fang, groupe ethnique le plus nombreux, qui s'étend largement
sur le Cameroun méridional et le nord du Gabon, parvenu
dans la région dès le XIIIe siècle, mais replié vers l'intérieur
sous les menaces esclavagistes; sur les côtes du Rio Muni,
arrivés dans le même temps que les Fang, des Ndowe, et le long
du Rio Campo quelques familles de Pygmées. Sur Annobon,
déjà dans l'hémisphère sud, subsistent des descendants de Bantu
d'Angola amenés par les Portugais, via Sao Tomé. Signalons
encore une petite colonie Hawsa à Santa Isabel et à Bata. Les
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11Européens, essentiellement espagnols, se montaient à
l'Indépendance (1968) à 8 000 personnes (2000 au Rio Muni), dont il
restait moins de 200 en 1977 et moins d'une centaine milieu
1979. Quant aux 45 000 Nigérians, établis en majorité à
Fernando Poo, le gouvernement du Nigeria en a retiré 25 000
début 1976..' Le pays n'a jamais connu de véritable recensement.
Actuellement, la population sur place peut être évaluée à
quelque 24~ 000 (densité 8,7 h/km2, Cameroun 12,6, Gabon 1,8) à
laquelle il sied d'ajouter les 125 000 Guinéo-Equatoriens
réfugiés l'étranger pour des raisons politiques ou économiques.~
Une fois ces réfugiés rentrés au pays, la Guinée équatoriale
retrouvera une densité proche de celle du Cameroun (env. 12,5
h/km2).
Durant tout le XIX. siècle, dans l'esprit du Gouvernement
espagnol, la Guinée espagnole c'était surtout Fernando Poo.
L'intérêt pour la partie continentale ne se marqua qu'après les
explorations d'Iradier, alors que commençait à se défaire
l'empire espagnol aux Antilles et en Extrême-Orient. Même
Fernando Poo ne fut géré par les Espagnols qu'à partir de 1858,
étant depuis 1827 gouverné par des Britanniques, tel Owen et
Beecroft. Longtemps, Fernando Poo ne servit qu'à accueillir
des déportés cubains et andalous, après avoir été une des bases
de la lutte contre la traite des Noirs. Ce n'est que vers 1880
que commencèrent à se développer les grandes plantations de
cacaoyers et de caféiers, le plus souvent créées par des créoles
Fernandinos et quelques rares pionniers espagnols. Le désintérêt
pour les possessions continentales - dont s'occupaient avec
profit des factoreries allemandes, anglaises, belges et françaises,
ainsi que des Missions protestantes américaines - stimula la
convoitise du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de la France,
qui grignotèrent ces terres, au point qu'à la Conférence de
Berlin, en 1884-85, on ne reconnut à l'Espagne que 200000 km\
dont elle ne sauva, à la Conférence de Paris, entre la France et
l'Espagne (1900), que la portion congrue: 26000 km2.
C'est en 1904 que le gouvernement espagnol et l'Eglise
catholique prirent sérieusement en mains la colonie, y créant de
véritables administrations et un évêché, alliés dans un même
paternalisme face aux indigènes. Alors qu'avec de la
maind'œuvre du Liberia, Cameroun et Nigeria commençaient à
prospérer les « fincas » de cacao et de café, à Fernando Poo,
le Rio Muni ne fut ouvert, hormis l'exploitation forestière
côtière, que durant la dictature de Primo de Rivera, en 1926,
principalement en raison de la forte résistance des Fang.
Jusqu'à l'Indépendance - en particulier durant le régime
franquiste - la colonie accrut fortement sa production de bois,
cacao et café, sous la conduite intéressée de la Présidence du
Gouvernement, en l'occurrence de Carrero Blanco.
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Annobon
13Alors qu'à Fernando Poo la population autochtone Bubi
resta en marge de ce développement, au Rio Muni les Fang et
les Ndowe participèrent à l'économie de plantation. Toutes ces
populations bantoues, converties au catholicisme par les efforts
d'une armée de missionnaires Clarétiens et de sœurs
Conceptionnistes, depuis 1883, étaient toutefois, hormis quelques
privilégiés, considérés comme non-évolués et de capacité mentale
limitée. Au Rio Muni plus qu'à Fernando Poo, les structures
rigides des sociétés africaines permirent de résister aux
contraintes d'une hispanisation qui alla s'intensifiant encore après
l'entrée de l'Espagne aux Nations Unies, en 1955.
Parallèlement, un grand nombre de colons et de fonctionnaires
espagnols ponctionnaient les revenus de la colonie, les
réinvestissements sur place étant relativement faibles.
Devenues provinces espagnoles, en 1959, Rio Muni et
Fernando Poo jouirent dès 1964 d'un statut d'Autonomie, avec
Conseil des Ministres et Parlement à forte représentation
africaine - même aux Cortès espagnols - qui les amena à
l'Indépendance le 12 octobre 1968. Ce rapide développement ne fut
possible que sous la pression des Afro-Asiatiques des Nations
Unies et de nationalistes tels qu'A. Mane, E. Nvo, A. Ndongo
Miyone, E. Bosio Dioco, etc., etc. (tous liquidés, soit par la
Garde civile espagnole, soit après l'Indépendance par la
dictature de la famille Macias Nguema). Depuis l'élection de ce
dernier, fin septembre 1968, après une conférence constitutionnelle
qui réunit Espagnols et Guinéo-équatoriens en 1967-68, les
relations de la jeune République avec l'ex-métropole se tendirent
rapidement. et en mars 1969 7 000 des 8 000 Espagnols vivant
dans le pays s'enfuirent. Malgré l'assistance internationale
(D.N.U., O.U.A., Banque mondiale, Chine, Cuba, etc.), et la
coopération technique espagnole, le pays a connu une
détérioration économique constante, qu'aggrave le régime de terreur mis
en place par le Parti Unique National des Travailleurs
(P.U.N.T.) et un Président à vie, «seul miracle de la Guinée
équatoriale », à la tête du plus népotique gouvernement
d'Afrique.
Les villes de Santa Isabel et Bata, jadis prospères,
redeviennent des villages; avec les déportations dues au travail forcé
institué en 1975, le retrait en 1976 de 25 000 ouvriers agricoles
nigérians, et le tiers des citoyens exilés, le pays sombre dans le
marasme. Le niveau de vie naguère le plus élevé d'Afrique
centre-occidentale n'est plus que de 70 $ U.S. per capita; Ie
réseau routier naguère excellent est à l'abandon et pratiquement
utilisé seulement encore par les patrouilles de la Milice du
P.U.N.T. et de la Juventud en marcha con Macias (Jeunesse
du parti unique) ; les écoles, naguère nombreuses, périclitent, le
corps enseignant et les cadres du ministère de l'Education ayant
14été décapités par un pOUVOIr qui interdit jusqu'à l'emploi du
terme « intellectuel ».
A l'extérieur, quelque 125 000 Guinéo-Equatoriens exilés -
soit un tiers des ressortissants du pays - sont regroupés dans
huit Mouvements de Libération de la Guinée équatoriale avec
siège au Gabon, Cameroun, Nigeria, en Espagne et dans
d'autres pays européens, ainsi qu'aux Etats-Unis, en Union
soviétique, etc. Le mouvement le plus actif, le seul à
représenter plus que ses fondateurs, avec une large assise dans tous les
continents ainsi qu'à l'intérieur du pays est l'Alianza Nacional
de Restauraci6n Democrdtica (A.N.R.D.). Celle-ci - outre la
conscientisation des populations de l'intérieur - veille à
prévenir les visées des pays voisins sur le territoire guinéo-équatorien
(en particulier du Gabon), et s'efforce, enfin, de secouer
l'indifférence de l'opinion internationale - notamment
africaine devant cet autre Uganda. La persévérance de
l'A.N.R.D. aux côtés de la Commission des Droits de
l'Homme des Nations Unies a donné ses premiers fruits en
mars 1979, une résolution. étant adoptée ordonnant une enquête
sur les violations des Droits de l'Homme à Fernando Poo, au
Rio Muni et à Annobon.
L'impossibilité de se rendre en Guinée équatoriale peut
expliquer certaines lacunes que comporte ce livre, l'auteur
n'ayant pas été en mesure d'effectuer les vérifications normales
sur place en raison d'une censure implacable renforcée par la
terreur. Les mouvements de libération ne disposent pas non
plus d'une documentation suffisante qui permettrait de suppléer
l'inconvénient de la fermeture des frontières à toute
investigation scientifique ou simplement journalistique. De plus, la
censure imposée entre 1970 et 1977 par l'ex-métropole, l'Espagne,
sur les nouvelles en provenance de son ex-colonie, n'a pas non
plus facilité les recherches. Nombre d'intérêts
guinéoéquatoriens et étrangers, souvent opposés, parfois complices,
influencent l'information dans le sens de leurs espoirs ou de
leur avidité, et orientent le chercheur sur des sentiers
hasardeux. Ce n'est que le 7 août 1979 que pour la première fois
depuis plusieurs années des journalistes ont pu entrer librement
dans le pays, suite à la destitution de Macias Nguema par son
neveu Teodoro Nguema Mba N'zogo, son bras droit à la tête
de la Garde nationale, le 3 août. Le 10 août 1979, l'A.N.R.D.
posait des conditions pour la participation à la restauration du
pays, faisant état toutefois de doutes sérieux quant à la
crédibilité de la junte militaire. Macias Nguema arrêté, fut conduit
à Bata puis à Sante Isabel. Après un procès militaire il a été
condamné à mort et exécuté le 29 septembre 1979, avec six co-accusés
mineurs, l'ensemble des vrais complices de l'ex-dictateur restant
impuni ou, mieux, occupant jusqu'aux plus hautes fonctions du
15pays. Ainsi, trois neveux de Macias Nguema sont respectivement
Président et Vice-Présidents de la République.
Il faut ici faire la lumière sur certains aspects de la
toponymie guinéo-équatorienne récente. En août 1973, le Congrès du
Partido Unico Nacional de Trabajadores (P.U.N.T.) qui
consacra le Président Macias Nguema comme « Inlassable et Unique
Miracle de la Guinée équatoriale », divers noms de lieux ont
été modifiés. Au Rio Muni, seule la localité de Rio Benito (qui
ne compte plus les victimes de la terreur), a été changée,
devenant Mbini. Sur Fernando Poo, non moins de six noms ont été
remplacés (mesure abrogée en août 1979, sauf pour Ela
Nguema) :
Macias Nguema Biyogo, dès août 1979,Fernando Poo
Bioko.
San Fernando Ela Nguema, banlieue de Santa Isabel,
d'après un neveu de Macias Nguema,
ex-aide de camp, décédé en Espagne en
1971.
Santa Isabel Malabo, la capitale, d'après le roi Bubi
(1904-1937) complice des Espagnols.
San Carlos Luba, localité de l'ouest de Fernando
Poo, d'après un chef Bubi qui s'opposa
aux excès de la colonisation espagnole.
Concepcion Riaba, localité à l'est de Fernando Poo,
d'après un chef Bubi.
Punta Fernanda Punta de la Unidad Africana, pointe
orientale de la baie de Santa Isabel.
Mais c'est Annobon qui a souffert la modification la plus
significative, devenant Pagalu, ce qui, en créole de l'île, veut
dire « papa coq»; or, le coq était l'emblème de Macias
Nguema lors des élections présidentielles en septembre 1968.
C'est au moment où le gouvernement de Macias Nguema venait
de refuser l'assistance à la population d'Annobon durant une
épidémie de choléra que cette modifiation fut introduite, les
survivants étant déportés dans les plantations de cacao de
Fernando Poo.
Toutes ces fantaisies toponymiques sont rejetées par les
125 000 réfugiés equato-guinéens, pour qui seule une
consultation démocratique pourrait conduire à des changements de
toponymes.
Hormis les données scientifiques, les informations sur les
événements récents et les hommes qui en sont - ou en ont été
- les protagonistes (et souvent les victimes), proviennent toutes
d'une longue collecte de renseignements diffusés à l'échelon
mondial par les organes de presse les plus variés (quotidiens,
hebdomadaires, Bulletins des Mouvements de Libération,
communiqués radiophoniques, etc.). Toute cette littérature se trouve
16classée dans les quatre volumes de Bibliograjia General de
Guinea Ecuatorial que nous avons été en mesure de publier entre
1974 et 1980 grâce à la Commission Nationale Suisse pour
l'UNESCO. Il va de soi que les éventuels défauts d'éclairage
ou les erreurs d'interprétation qui pourraient être relevés dans
le présent ouvrage échappent totalement à la volonté de
l'auteur.
Milieu novembre 1979 sont parus les termes des accords
hispano-guinéens : recherches pétrolières par Hispanoil,
recherches minières par l'lnstituto geografico, intensification des vols
d'lberia depuis les Canaries, remise en route de LAGE avec
des Fokker-27, création d'une banque mixte entre Banco
Exterior de Espana et Banco de Deposito y Desarrollo de Guinea
Ecuatorial pour stimuler les cultures d'exportation, envoi de
conseillers pour l'économie, la santé, l'éducation. Un prêt de 19
Mo de dollars portera sur l'infrastructure électrique,
l'équipement du secteur exportation, et l'achat de biens de
consommation. Enfin, «afin de garantir l'actuel processus politique,
face à d'éventuels groupes déstabilisateurs » (!), le
Gouvern~ment examine l'envoi de 1 200 hommes de la Légion
étrangère espagnole stationnée aux Canaries. Mais face à cette
recoIonisation, les Cortès espagnols s'agitent.
Pendant ce temps, le président Giscard d'Estaing reçoit
à Paris le vice-président Ela Nseng, ministre de l'économie
et des finances - neveu de Macias Nguema et ancien
responsable des prisons trop fameuses du Rio Muni. La France
octroie une aide de 2 Mo de dollars. En outre, le contingent
marocain, chargé en compagnie de policiers espagnols de
protéger le Gouv~rnement militaire dictatorial des Esangui,
est augmenté en décembre 1979 à 300 hommes. Le roi
d'Espagne, Juan Carlos, fait une visite officielle en Guinée
Équatoriale, du 13 au 15 décembre, peu après la parution du
Rapport de la Commission Internationale des Juristes et du
F.I.E. U. sur le procès Macias Nguema:
«Il est trop tôt de conclure que des faits positifs comme
la convocation d'un Tribunal Militaire Spécial, et d'y déférer
Macias et quelques-uns de ses collaborateurs, marque un
changement réel dans l'histoire de ce pays. Mais ce qui ne saurait
être ignoré, c'est qu'un nombre important de réfugiés, qui ont
échappé à l'oppression implantée par Macias, refusent de
rentrer en Guinée Équatoriale par peur que l'engagement du
gouvernement du Lt-Col. Teodoro Obiang Mba [= Nguema Mba
N'zogo], côté démocratie et respect des Droits de l'Homme,
soit moindre que. ce que laisse penser le fait d'avoir organisé
un procès public. De telles craintes ne peuvent être écartées
si on se rappelle que le Lt-Col. Obiang fut ministre des Forces
Armées et Gouverneur militaire de la province de Bioko
[Fernando Poo] jusqu'au moment du coup d'État dirigé par lui...
17seuls quelques-uns des coupables de délits, durant l'ère Macias,
ont été jugés et, par ailleurs, le Comité Militaire Suprême
n'est pas encore disposé à tolérer les activités politiques.
Les antécédents de ceux qui occupent aujourd'hui le pouvoir,
sont également un motif de préoccupation parmi les exilés
Equato-Guinéens. »
18Chronologie sORun.aire
-500 Prétendue découverte par le navigateur carthaginois
Hannon décrite dans le « Périple d'Hannon» où il mentionne
un volcan sur la «côte libyenne}) dans lequel d'aucuns
ont voulu voir le Mont Cameroun.
1200-1300 Arrivée probable des premiers Fang dans la région de
Muni.
1469-1474 Explorations de la Baie du Biafra par Lope Gonsalvez et
Fernando Poo, navigateurs portugais.
1471 Découverte d'Annobon par les navigateurs portugais Juan
de Santarem et Pedro Escobar, le 1er janvier, d'où le nom
de « Anno Born ».
1472 Découverte de l'île de Fernando Poo, baptisée «
Formosa », La Belle.
1480 Traité de Tolède. Le Portugal demande à l'Espagne des
dédommagements pour les esclaves chassés sur ses
territoires du Golfe de Guinée.
1493 Le GOl~verneur de Sao Tomé reçoit juridiction sur
Fernando Poo.
Env. 1510 Le Portugais Ramos de Esquivel crée des plantations à
San Carlos.
1592 Un Sous-Gouverneur et un instituteur sont envoyés à
Annobon par Philippe II.
1600 ? Luis Ramirez érige un fort portugais à Fernando Poo.
1613 Visite d'Annobon par une expédition hollandaise dirigée
par le général Reinst.
Le chroniqueur-voyageur hollandais Pieter van de Broecke1619
visite Annobon.
Des marins hollandais commettent des déprédations à1623
Annobon et sont arrêtés par la population locale.
1641 Les esclavagistes hollandais établissent un contrôle de facto
.
sur Fernando Poo.
1642 . Antonio de Maria Carneiro décrit Fernando Poo comme
étant bien peuplée par une population belliqueuse refusant
tout arrangement avec le Portugal.
1642-1648 Les Hollandais utilisent Corisco comme station pour leur
commerce d'esclaves.
1648 Les Hollandais s'attribuèrent la côte du Golfe de Guinée
19durant le conflit hispano-portugais, mais la cèdent à
nouveau au Portugal en 1648.
Des capucins italiens arrivent à Annobon.1654
1740 Les Portugais reprennent le contrôle de facto de Fernando
Poo.
1759 Le Père Fransisco de Fonseca, missionnaire à Annobon,
est forcé d'abandonner l'île en raison de l'hostilité de la
population.
1777 Traité de San Ildefonso entre l'Espagne et le Portugal.
1778 Traité du Pardo. L'Espagne reçoit du Portugal les droits
sur Annobon, Fernando Poo et la Côte du Golfe de
Guinée, contre la restitution de la Colonie du Sacrement et de
l'île de Santa Catalina, dans le Rio de la Plata, sous
souveraineté portugaise. Le comte de Argelejos proclame la
souveraineté de l'Espagne sur Fernando Poo, dans la baie
de San Carlos, durant une mission navale envoyée depuis
Montevideo. Mort de Argelejos.
1779 Expédition militaire portugaise à Annobon pour y imposer
l'autorité européenne. Expédition de Guillermo Carbonell
sur les côtes de Fernando Poo. Primo de Rivera crée une
base à Concepcion, qui devra être abandonnée fin octobre
1780.
1783 Retour à Montevideo des 26 survivants (sur 150) de
l'expédition Argelejos. Bullen et Lawson font la première
tentative pour placer les Bubi dans la sphère d'influence
britanique.
1810 Six soldats britaniques sont tués par les Bubi après avoir
touché terre à San Carlos.
1817 Accord anglo-espagnol en vue de l'établissement d'un port
destiné à la lutte contre la traite des Nègres, sur Fernando
Poo.
Après les tentatives de Bullen en 1817, nouveaux essais du1819
capitaine Robertson d'établir des relations anglo-bubi.
1827 Les Anglais transfèrent à Fernando Poo le quartier général
de la Commission mixte de suppression de la traite des
esclaves, initialement établi en Sierra Leone, sans avoir
obtenu l'assentiment espagnol.
1829 Une chapelle protestante est édifiée à Clarence (Santa
Isabel).
1830 Une tentative britanique de colonisation dans la Baie de
San Carlos échoue. Les frères Richard et John Lander
visitent Fernando Poo. Richard Lander sera enterré à
Clarence en 1834.
1831-1834 L'Espagnol Marcelino de Andrés explore les côtes du
Golfe de Guinée.
1834 Les commissaires britaniques chargés de la lutte contre le
commerce d'esclaves sont retirés, et la base navale est
évacuée sur ordre de l'amiral Fleming.
20Voyages de l'Espagnol José de Moros y Morellon aux îles1836-1839
du Golfe de Guinée.
1839 Le Gouvernement anglais offre 60000 livres pour l'achat
de Fernando Poo et d'Annobon.
1840 Les Anglais détruisent des factoreries espagnoles sur
Corisco qui auraient servi au commerce d'esclaves.
1841 Le Gouvernement espagnol retire son accord pour la vente
des îles du Golfe de Guinée.
1842 La France est autorisée à établir une base navale à
Fernando Poo dans le cadre de la lutte anti-esclavagiste.
1843 Lerena réaffirme à Clarence la souveraineté espagnole sur
Fernando Poo. Il baptise Clarence: Santa Isabel. John
Beecroft est nommé premier Gouverneur espagnol de
Fernando Poo.
1845 Expéditions Manterola et Guillermo de Aragon en Guinée
espagnole. Les derniers toponymes anglais sont hispanisés.
1850 Début de l'œuvre missionnaire presbytérienne à Corisco.
1854 Mort du Gouverneur Beecroft.
1855 Un décret papal crée la Préfecture apostolique de
Fernando Poo, Annobon et Corisco. Arrivée du premier
Préfet apostolique: Martinez Sanzo Publication de la première
grammaire benga par un missionnaire presbytérien.
1856 Première Eglise presbytérienne organisée à Corisco.
1858 Premier Acte organique pour la Guinée espagnole
promulgué par le Ministre de l'Outre-Mer espagnol, O'Donnell.
Chacon est nommé premier Gouverneur espagnol. A
Corisco, Munga repousse une tentative française
d'occupation de l'île. Les Jésuites arrivent à Santa Isabel.
1860 Le Presbytère de Corisco et lié à celui du New Jersey
(U.S.A.).
1860-1861 Les prétentions de souveraineté sur Corisco formulées par
la France sont rejetées par l'Espagne.
1862 250 déportés cubains noirs arrivent à Santa Isabel.
L'Espagne autorise près de Santa Isabel un dépôt de charbon par
l'Angleterre.
1865 Début d'une mission protestante près de Rio Benito.
1866 Importation de plants de caféiers et de cacaoyers à
Fernando Poo, en provenance de Cuba et de Sao Tomé.
Arrivée de 19 déportés politiques espagnols et de 176 exilés
cubains.
1868 Iradier fonde « La Exploradora ». Le premier timbre poste
de Fernando Poo, de 20 centimes, porte l'éfigie d'Isabelle
II.
1869 Arrivée de 250 nouveaux déportés cubains et de colons
espagnols. 37 Cubains s'échappent de Fernando Poo, dont
Balmesada, qui publie ses mémoires aux Etats-Unis.
1870 Le Gouvernement espagnol adresse au Gouvernement
français des documents attestant des droits espagnols sur les
côtes du Golfe de Guinée.
211870-1871 Arrivée des premiers missionnaires méthodistes à Fernando
Poo (Rev. Burnett, Roe et May1ott).
1872 Départ des Jésuites espagnols.
1874-1875 Iradier effectue une expédition de 834 jours, à Fernando
Poo et dans la partie méridionale du Rio Muni.
1875 Installation de la première imprimerie, à Fernando Poo,
par la Primitive Methodist Mission.
1880 Arrivée à Santa Isabel de 267 Nègres cubains déportés.
Création du Consejo de Vecinos de Santa Isabel.
1881 Arrivée de 259 colons espagnols provenant d'Algérie.
1883 Ouverture de l'église presbytérienne de Bata. Arrivée des
premiers missionnaires clarétiens à Fernando Poo.
1884 Seconde expédition d'Iradier. Tentative française
d'occupation d'Elobeyes et de Corisco. Stanley visite Elobey. Le
Gouvernement espagnol confère aux Clarétiens la
responsabilité de l'enseignement primaire dans toute la colonie.
1885-1886 Près de 500 affidavits signés avec des chefs africains par
Iradier, Ossorio et Montes de Oca.
L'Espagne réclame l'ensemble des terres entre la côte du1886
Golfe de Guinée et l'Ubangui.
1888 Le premier petit vapeur espagnol arrive à Santa Isabel.
1890 Travaux hydrographiques effectués par des Français au Rio
Muni.
Accord hispano-français pour soumettre à l'arbitrage du1892
roi du Danemark leur différend territorial.
1897 Des déportés cubains sont apportés à Fernando Poo par
une compagnie de fusiliers marins espagnols.
1898 Insurrection Bubi à San Carlos. Dans le cadre de la guerre
hispano-américaine, constitution d'une milice volontaire de
Fernandinos.
1899 La première machine à écrire arrive à Fernando Poo. La
première imprimerie espagnole est installée sur l'île.
1900 Le Traité de Paris est signé le 27 juin, après plusieurs
mois de négociations entre l'Espagne et la France, qui fixe
les frontières définitives du Sahara et de la Guinée
espagnols.
1901 Une commission mixte hispano-française détermine sur
place les frontières exactes. Le chef de la délégation
espagnole commet le suicide.
1903 Le Saint-Siège décrète l'autorité exclusivement espagnole
sur la Guinée continentale et ses îles. Création du
Patronato de Indigenas afin de développer «la moralité et la
culture» parmi les Guinéens, ainsi que leur adhésion à
l'Espagne.
1904 Elévation de la Préfecture de Fernando Poo au Vicariat
apostolique.
1906 Premier administrateur civil espagnol à Annobon.
1908 Création de la Garde coloniale pour le maintien de l'ordre
22dans la colonie, en remplacement de l'Infanterie de
Marine. Les Espagnols des grades inférieurs sont remplacés
par des Africains.
1910 Seconde insurrection Bubi dans le sud de Fernando Poo.
1911 Expéditions scientifiques et administratives des Dr Schultze
et Mildbread, et du Gouverneur général Barrera.
1912 Début du service radio-télégraphique sur Fernando Poo.
1914 L'Espagne et le Liberia signent un traité pour la fourniture
illimitée de manœuvres libérians à Fernando Poo.
1914-1918 Quelque 50000 réfugiés (troupes allemandes et Africains)
sont internés au Rio Muni, transférés à Fernando Poo puis
rapatriés.
1917 Le Gouverneur colonial désarme les Bubi: env. 1 000
armes à feu et un million de cartouches sont saisis.
1919 La Mission catholique française de Bata est abandonnée.
1920 Publication du premier et seul livre jamais publié en
anglais sur la Guinée espagnole.
1924-1925 Envoi à Fernando Poo de 330 et 700 Liberians recrutés de
force.
1925 Début de l'électrification de Santa Isabel.
1926-1927 Construction de la route de Bata à Mikomeseng et
contrôle effectif des frontières.
1929 Ordination du premier prêtre catholique guinéen: J .-P.
Sialo.
1930 La Société des Nations enquête sur le prétendu commerce
d'esclaves liberians pour le Gabon et Fernando Poo; le
recrutement cesse.
1932-1933 Des anarchistes espagnols sont déportés à Santa Isabel.
1937 Création du Comité Sindical deI Cacao chargé de la
commercialisation du cacao.
1940 Début du service aérien Bata-Santa Isabel.
1942 Divers auteurs espagnols préconisent l'annexion par
l'Espagne deCalabar et du Gabon. Accord hispano-nigérian
pour le recrutement d'ouvriers agicoles nigérians.
Premiers vestiges néolithiques mis à jour sur Fernando1946
Poo.
1948 Carrero Blanco effectue son premier voyage en Guinée
espagnole.
1950 Premier recensement dans l'ensemble de la colonie.
1954 Révision de l'Accord de 1942 avec le Nigeria.
1957 Nouvel Accord Hispano-Nigérian: salaires plus élevés et
sécurité sociale.
1958 Assassinat du nationaliste guinéen Acado Mane. Des
centaines de Guinéens s'exilent au Cameroun et au Gabon.
1959 Fernando Poo et Rio Muni sont déclarés Provinces
espagnoles. Protestation des nationalistes guinéens auprès des
Nations Unies. Fondation des premiers partis
(MONALIGE, IPGE). Suppression du Patronato de Indigenas.
23Assassinat d'E. Nvo au Cameroun (ou au Gabon selon
d'autres sources).
1960 Le Fernandino W. Jones Niger devient le premier maire
africain élu à Santa Isabel. Des Africains deviennent
Procureurs aux Cortès espagnols.
1962 Carrero Blanco, chef du Gouvernement espagnol, effectue
un second voyage en Guinée espagnole.
1963 Fondation de l'Ecole normale d'instituteurs (Magisterio).
La Guinée espagnole se voit accorder un statut d'
Autonomie administrative. Nouvel accord de travail
hispanonigérian. Fondation du MUNGE.
1964 Elections pour les conseils municipaux. Chaque province
est dotée d'un Gouverneur civil.
1966 Les Nations Unies recommandent l'indépendance.
1967 Fondation de l'Union Democràtica Fernandina et de
l'Union Bubi. Début de la Conférence constitutionnelle à
Madrid, avec 41 représentants guinéens; la Conférence est
interrompue en raison de disputes idéologiques entre
Uuinéens.
1968 Seconde Conférence constitutionnelle (avril-juin). Un projet
de constitution est soumis aux Cortès. Début de la
télévision à Santa Isabel. Constitution approuvée par le peuple
le Il août. Elections parlementaires et présidentielles en
septembre. Macias annonce le premier gouvernement.
Proclamation de l'indépendance le 12 octobre.
1969 Février: Des discours enflammés de Macias provoquent la
mise en alerte des troupes espagnoles encore stationnées
dans le pays; les points stratégiques sont entre leurs
mains.
Mars: le 3, le Gouvernement déclare l'état d'urgence; le
5, un prétendu coup d'État par Ndongo Miyone échoue. A
la fin du mois quelque 7 000 Espagnols ont quitté le pays.
Avril: assassinat de Ondo Edu, Président de
l'ex-Gouvernement autonome.
1970 Création de la « Juventud en Marcha con Macias ».
Congrès de fondation du P.U.N.
1971 Le Gouvernement espagnol déclare « materia reservada»
(censurée) toute information sur la Guinée équatoriale. La
Société française des Dragages commence des grands
travaux et la Société (française) Forestière du Rio Muni
débute.
Mgr Nzé Abuy, évêque de Bata, s'exile. Début du projet1972
UNESCO de Centro de Desarrollo de la Educacion.
Macias se proclame Président à vie. Signature d'accords
culturels, techniques et économiques avec l'U.R.S.S.,
Cuba. L'armée gabonaise occupe les îles
guinéoéquatoriennes de Mbai'l.e, Conga et Cocotiers. L'O.U.A.
tente la conciliation.
1973 Nouvelle constitution. Modification de toponymes. Le
24représentant résident des Nations Unies est expulsé avec
son personnel et sa famille. Un dixième de la population a
pris le chemin de l'exil.
1974 Fondation de l'Alianza Nacional de Restauracion
Democratica (A.N.R.D.). Echec d'une tentative de coup d'État par
les pensionnaires de la prison de Bata (l18 morts). Le
coordonnateur P.N.U.D./Unesco déclaré persona non
grata.
1975 Nouvelle détérioration des relations avec l'Espagne.
Nombreux assassinats. L'expert en chef de la BIRD expulsé.
1976 Janvier: le Nigeria retire 26000 de ses ressortissants.
Mars: occupation de l'Ambassade de Guinée équatoriale,
à Madrid, par des étudiants.
Juin: Fin de l'assistance civile cubaine; 300 miliciens
restent pour la garde de Macias Nguema; l'A.N.R.D.
présente le Dossier Garcia Trevijano.
Octobre: levée de la « materia reservada » en Espagne.
Décembre: arrestation par T. Nguema Mba, puis
assassinat d'une centaine de Hauts-Fonctionnaires ayant demandé
une modification de la politique économique.
1977 Janvier: des étudiants du Centro de Desarrollo de la
Educacion sont envoyés aux travaux forcés avant la fin de
leurs études; plusieurs s'exilent au Gabon et au Cameroun
Septembre: Visite officielle de Macias Nguema au Viêtnam
et en Chine populaire. A Pékin, Hua-Guofeng annonce la
fin de l'assistance chinoise.
Octobre: publication d'un Décret royal espagnol facilitant
aux réfugiés guinéo-équatoriens l'acquisition de la
nationalité espagnole.
Novembre: le Président Bongo, du Gabon, cherche l'appui
de l'Espagne pour l'occupation des îles de Guinée
équatoriale en échange de la reconnaissance par le Gabon de
l'hispanité des Canaries (selon la presse espagnole).
Décembre: les experts UNESCO du Centro de Desarrollo
de la Educacion sont retirés par décision du Directeur
général.
Janvier: la presse espagnole répand la fausse nouvelle de1978
la fuite de Monica Bindang, épouse de Macias Nguema.
Mars: départ des derniers enseignants espagnols.
Avril: l'hélicoptère français d'Elf-Erepca fait un
atterrissage forcé à Fernando Poo avec cinq passagers; ils sont
libérés après paiement d'une rançon. L'A.N.R.D. publie le
na 4 de la Voz dei Pueblo pour protester contre l'attitude
du Gabon, de l'Espagne et de la France à l'endroit de la
Guinée équatoriale.
Mai: Macias Nguema déclare la Guinée équatoriale Etat
athée.
Juin: Macias interdit la pratique du culte catholique.
Juillet: la Guinée équatoriale participe à la Conférence des
pays non alignés de Belgrade; six prêtres Espagnols sont
expulsés après paiement d'une rançon.
25Août: devant la Sous-Commission des Nations Unies pour
la Prévention de la Discrimination, le représentant de
l'A.N.R.D. est accusé de subversion par un envoyé de
Macias Nguema (la Commission rejette l'accusation) ; Grey
Molay préside à Genève une Conférence nationale des
réfugiés de Guinée équatoriale.
Décembre: la Commission Internationale des Juristes
accuse le régime Macias Nguema d'atteintes graves aux
Droits de l'Homme; la C.E.E. cesse ses relations avec
Macias Nguema.
Janvier: la Confédération Mondiale du Travail évoque la1979
complicité du gouvernement Giscard d'Estaing avec le
régime Macias Nguema.
Février: le Chef du Protocole des Affaires étrangères se
réfugie au Cameroun.
Mars: la Commission des Droits de l'Homme des Nations
Unies décide d'organiser une enquête sur la situation en
Guinée équatoriale.
Mai: à Arusha (Tanzanie), durant la Conférence de
l'O.U.A. sur les Réfugiés d'Afrique, Eya Nchama
représente la Commission Internationale des Juristes; à Alger,
le Mouvement Panafricain de la Jeunesse condamne la
terreur pratiquée par le « fasciste» Macias Nguema.
Juin: l'A.N.R.D. organise à Santa Isabel une
manifestation antigouvernement des fonctionnaires; Macias fait
liquider des officiers venus réclamer leur solde, dont un
neveu.
Août: le 3, un Conseil militaire dirigé par divers neveux,
dont T. Nguema Mba N'zogo, destitue Macias; après une
semaine de luttes entre loyalistes et rebelles Macias
Nguema est arrêté; l'Espagne se flatte du changement et
noue des contacts avec la junte; l'A.N.R.D. publie ses
conditions et marque sa défiance devant la junte composée
de complices de Macias; divers mouvements de réfugiés
d'extrême-droite se dévoilent; le 25, un Gouvernement
militaire est désigné, composé à sa tête d'Esangui, neveux
de Macias; le 30, arrivée du nouvel Ambassadeur
d'Espagne.
Septembre: Maye Ela participe à la Conférence des
nonalignés, à La Havane; l'A.N.R.D. participe à la
Conférence des N.U. sur les Droits de l'Homme en Afrique, à
Monrovia; le 23 arrivent 180 soldats marocains, des
officiers de police et du matériel anti-émeute espagnols; du 24
au 29, procès Macias Nguema; le 29, Macias est fusillé
avec six co-accusés mineurs.
Octobre: le 12, onzième anniversaire de l'indépendance:
T. Nguema prête serment comme 2" Président Esangui et
proclame une amnistie pour les réfugiés chassés par la
terreur des siens; des cadres A.N.R.D. démontrent aux
U.S.A. et au Canada que le régime Macias Nguema est
toujours au pouvoir; le Ministre français de la
Coopération et la C.E.E. courtise les militaires; le 29, le roi
26Juan Carlos reçoit Ela Nseng; le gouvernement espagnol
signe un accord d'assistance, y compris militaire.
Novembre: du 1er au 15, mIssion de la Commission des
Nations Unies pour les Droits de l'Homme. Prêt de 19 Mo
de $ par l'Espagne pour des experts et fournitures; la
presse espagnole annonce l'envoi de 1 200 hommes de la
Légion étrangère espagnole. Le rapport de la c.l.J. et du
F.l.E.U. sur le procès Macias Nguema confirme que
seulement quelques coupables de la terreur «maciste» ont
été jugés et émet des doutes sur la crédibilité du
Gouvernement militaire.
Décembre: le 2, Ela Nseng est reçu par le président
Giscard d'Estaing; la France offre une aide de 9 Mo de
francs; du 13 au 15, visite officielle du roi Juan Carlos
et de la reine en Guinée Equatoriale; Nguema Mba N'zogo
demande la prise en charge de son pays par l'Espagne,
durant cinq ans. Un Ambassadeur politique espagnol est
désigné; le contingent marocain se monte à 300 hommes;
le 20, présentation des lettres de créance du premier
Ambassadeur de Guinée Equatoriale en France; le 28, le
Comité exécutif du Comité central de l'A.N.R.D. fait le
bilan de cinq mois de dictature de T. Nguema Mba
N'zogo et décide de poursuivre la lutte jusqu'à
l'indépendance réelle.
27I.JA GUINÉE
ÉQUATORIALE
DE A à ZA
ABACA. Chanvre de Manille (Musa textilis). Filasse fournie par une
sorte de bananier, servant à la fabrication des cordages. Seul textile à
fibre dure qui ait été essayé dans le pays: 1 031 kg de fibres à
l'hectare. Durant la Seconde Guerre mondiale, la firme Fabra y Coats
tenta un essai de quelque 200 ha qu'elle abandonna après 1945. En
1962, on produisait à Fernando Poo 870 t d'abaca. Deux usines de
traitement existaient alors, dont la principale à Musola.
Parmi les instruments de torture utilisés couramment par les
sol-dats de Teodoro Nguema Mba N'zogo figure la racine d'abaca,
dont les coups s'avèrent particulièrement « efficaces ». V. Torture.
ABAGA OBURU, Nemesio. Fang. Premier Secrétaire de l'Ambassade
au Cameroun jusqu'en 1976. Il se serait acquis une célébrité pour des
séquestres de réfugiés réexpédiés en Guinée équatoriale où ils étaient
liquidés (ainsi Edu Mbuy, Juan Mangue, etc.). Abaga Dburu a été
nommé en 1976 Vice-Ministre chargé du Plan et des Programmes de
Développement. V. aussi Esono Abaga.
ABAGA ONDJDlGUI, Bienvenido. Fang. A été entendu par les Nations
Unies, à New York, début 1968, dans le cadre des préparatifs de
l'Indépendance.
ABA ONDO, Eusebio. Fang. Epoux de Concepcion Nguema, nièce de
Macias Nguema. Aba Dndo était directeur de la Télévision en
19681969. V. Télévision.
ABBA. V. Bubi.
ABEME, Francisco. V. Frente de Libéraci6n de Guinea Ecuatorial.
ACCION NACIONAL DE LIBERACION DE GUINEA ECUATORIAL.
(ANALIGE) (Action Nationale de Libération de la Guinée Equatoriale).
Mouvement fondé à Andorre en août 1972 par Esteban Nsue Ngomo,
Justino Mba Nsue et Eduardo Bodipo. Ce groupe conservateur
droitiste, sans assise populaire, collabora avec l'extrême-droite espagnole,
appelée Bunker. Au moment de la fondation de l'Alianza Nacional de
Restauracion Democratica (A.N.R.D.), en août 1974, ANALIGE
éclata: la faction de Mba Nsué, la plus conservatrice, rejoignit
l'avocat Mariano Nsue Nguema, Antonio Masogo et Antonio Dndo
Mondo (fonctionnaire au Ministère du Travail). L'ANALIGE a
disparu; certains de ses membres ont fondé ultérieurement le
groupuscule néo-fasciste d'DNDRGE.
ACHILLE-FOULD, Aymar. Homme d'affaires et homme politique
français. V. Profinanco.
30ACUNACIONES ESPANOLAS S.A. Cette entreprise de numismatique,
sise à Barcelone, a émis en 1978, à l'occasion du xe Anniversaire
« de la montée au pouvoir du Président Masié» une série de pièces
d'or et d'argent, à l'effigie du dictateur.
ADJIA LIFIDA. Chef Fulbé de Ngaoundere (Cameroun) réfugié à
Fernando Poo avec les troupes allemandes, en 1916, et fixé à
PequenoBokoko. En 1919, il signa avec Charles Atangana et d'autres chefs
une supplique au roi d'Espagne afin de pouvoir retourner dans un
Cameroun administré par l'Allemagne.
ADMINISTRATION. Vu le manque d'intérêt pour Fernando Poo
manifesté par l'Espagne, le Gouvernement britannique fit occuper l'île par
l'expédition Owen, en 1827. Jusqu'en 1843, l'Île resta entièrement sous
autorité britannique, et même après la reprise en main de l'île par
l'Espagne, cette même année, c'est un sujet de Sa Majesté, John
Beecroft, qui continua jusqu'en 1854 à assumer les fonctions de
Gouverneur. V. Consuls britanniques.
Le premier acte administratif espagnol fut le Décret royal du 12
décembre 1858 (confirmé par le Décret du 26 octobre 1869), fixant le
premier statut administratif et organique: le budget prévoyait
annuellement 25 000 pesos pour le développement de Fernando Poo et 6 000
pesos pour la Compagnie de Jésus. V. Missions. Le Décret du 12
novembre 1868 reconnut la stérilité de ces efforts et annonça la
concession gratuite de 50 ha à tout Espagnol qui s'établira sur l'île;
simultanément, les droits d'ancrage, d'importation et d'exportation
furent supprimés. Du point de vue politique, on confia à l'Infanterie
le contrôle de la Colonie. Le chef de la Station navale de Santa
Isabel devint Gouverneur de Fernando Poo et des possessions adjacentes.
En décembre 1869 est créée une Junta de Autoridades consultative
pour étudier les réformes du régime gouvernemental, administratif et
économique de l'île. Un Décret du 26 octobre 1872 reconnut
nouvellement l'inefficacité du système de colonisation, mais toute
l'organisation existante fut maintenue. Un Consejo de Gobierno fut institué,
formé du Gouverneur, de fonctionnaires, de l'officier de Marine le
plus gradé, du secrétaire et du curé de la paroisse de Santa Isabel.
Durant la seconde moitié du XIX' siècle, la Guinée espagnole releva
de l'autorité du Ministère d'Outre-Mer; c'étaient en fait seulement
Fernando Poo et quelques comptoirs épars sur la côte du Rio Muni. Le
ministère d'Outre-Mer fut supprimé en 1899 (année de la mort du roi
Moka). Les Possessions espagnoles du Golfe de Guinée passèrent alors
jusqu'en 1901 sous la tutelle du Président du Conseil des Ministres,
puis par Décret royal sous celle du Ministère d'État (1901-1925). En
1902 est publié un Décret organique. La Direcci6n General de
Marruecos y Colonias voit le jour en 1925, et en 1926 l'intérieur du Rio
Muni fut enfin occupé, Bata étant élevée au rang de centre
administratif (sous-gouvernement), mais soumis à Santa Isabel. Le premier
Administrateur d'Annobon est désigné dès 1906. La Garde coloniale
étant chargée du maintien de l'ordre dans la colonie, la majorité des
Administrateurs territoriaux relevaient de ce corps. Un Décret du 22
mars 1938 confirma l'attribution de cette charge à des officiers de la
Garde coloniale. La petitesse des colonies espagnoles rendait non
rentable l'installation d'une Ecole coloniale. Pourtant, vers 1930 fut
pro31jetée à Barcelone la création d'un Instituto Colonial. La
nonpréparation des Administrateurs était patente au vu de la complexité
de leurs charges; aussi, dès 1926-1927, leur demanda-t-on d~s~occuper
par priorité de l'ouverture des routes. Mais l'idée d'un Institut
Colonial devait avorter, bien qu'ayant été évoquée en 1897 déjà par la
Revista de Geograjfa Comercial y Mercanti! de Madrid.
Les 'préférences de l'Administration espagnole allèrent toujours à
Cuba, puis au Maroc, plutôt qu'aux lointains territoires du Golfe de
Guinée. La Guinée espagnole fut placée de 1865 à 1910 sous l'autorité
de 65 Gouverneurs généraux, ce qui atteste de la médiocrité de
l'effort d'occupation réel des territoires. Avec les Lois budgétaires de
1902-1914, l'État espagnol passa de l'idée de colonie de peuplement à
celle de colonie d'exploitation. Simultanément, par la Loi du 12 mai
1902, le Ministre d'État se voyait obligé à présenter tous les deux ans
un Mémoire aux Cortès sur l'État des Possessions espagnoles
d'Afrique. Sous le Gouvernement Numez de Prado, durant la dictature de
Primo de Rivera, de nombreuses expéditions parcoururent le Rio
Muni, et la totalité de son territoire fut occupée par la Garde
coloniale. Dès 1928, la Direccion General de Marruecos y Colonias fut
chargée de l'attribution des concessions, alors que depuis 1905 le
Curador colonial et le Patronato de Indigenas veillaient à la
protection morale et économique des indigènes, plus particulièrement des
Bubi de Fernando Poo. Jusqu'en 1931 de nombreuses constructions
sont signalées grâce au budget spécial voté en 1926: routes, écoles,
postes sanitaires, etc. Mais dès l'instauration de la République,
l'indifférence du Gouvernement espagnol ralentit le développement. A la fin
de la République intervient une nouvelle distribution administrative:
trois circonscriptions à Fernando Poo, dix au Rio Muni, avec un
administrateur colonial à la tête de chacune (Delegado administrativo).
Par un Décret du 15 août 1935 (confirmé par un Décret du 22
décembre 1939) s'effectua la première grande organisation administrative,
créant douze démarcations territoriales (Districts) dont deux à
Fernando Poo (Santa Isabel, San Carlos), une à Annobon, 9 au Rio
Muni (Nord: Bata, Niefang, Micomeseng, Ebebiyin; Sud: Kogo,
Akurenam, N'sork; Centre; Rio Benito, Evinayong). La superficie
moyenne d'un district est de 2 043 km2.
Par une Ordonnance d'août 1938, la colonie est placée sous
l'autorité du chef de la Direccion General de Marruecos y Colonias,
responsable directement devant le chef de l'État espagnol. Ce n'est que dans
cette ordonnance qu'est articulée une appellation officielle de la
Colonie: Territoires espagnols du Golfe de Guinée. Après la guerre civile
espagnole, la séparation en deux territoires administratifs distincts fut
encore accentuée. En 1942, une réorganisation des districts tint compte
du développement de chaque région; au Rio Muni, trois nouveaux
districts apparurent: Mongomo, Aiiisok et Puerto Iradier (Kogo),
avec les Iles Corisco, Elobey Grande et Elobey Chico, et les îlots peu
peuplés de Mbafie, Conga et Cocotiers. A Fernando Poo, on ajouta
deux districts: San Fernando et Annobon. Etaient dotées d'un
Consejo de Vecinos les municipalités de Santa Isabel, San Carlos,
Annobon, Bata, Puerto Iradier (Kogo), Rio Benito. A la tête de chaque
district siègeait un administrateur, le plus souvent officier de la Garde
coloniale.
32Selon le Décret du 22 décembre 1939, les communes étaient
rassemblées en Demarcaciones (districts) dirigés par un Administrateur
(dès 1960 Délégués gouvernementaux), représentant l'autorité
administrative suprême, et ayant pour tâche: le maintien de l'ordre et du
droit; la protection économique et morale des indigènes; la
supervision des représentants de toutes les administrations; la levée de
l'impôt; la participation au Consejo de Vecinos, au nom du
Gouverneur. A partir d'avril 1944, les fonctionnaires indigènes devaient être
monogames. Par un Décret du 2 juillet 1946, l'Administration
territoriale fut revue dans son ensemble. Dès 1948, tout fonctionnaire ayant
presté ses services à l'Administration coloniale dix ans durant pouvait
obtenir gratuitement jusqu'à 30 ha de concessions.
Par un Décret de janvier 1959 (Provincialisation), les Territoires du
Golfe de Guinée sont divisés en deux Provinces espagnoles, Fernando
Poo (avec Annobon) et Rio Muni (avec Corisco, Elobeyes, Mbane,
Conga, Cocotiers); but de l'opération: respecter les particularités
naturelles et les coutumes d'outre-mer, mais sans renier la législation
métropolitaine. Le décret du 31 mars 1960 créa la Direcci6n General
de Plazas y Provincias Africanas, en remplacement de la Direcci6n
General de Marruecos y Colonias, la Présidence du Gouvernement
espagnol continuant à assurer sa gestion et administration.
Sur place, l'organisme central de l'Administration était le
Gouverneur général, placé sous l'autorité directe du Président du
Gouvernement espagnol. Il était assisté par deux Gouverneurs civils, un dans
chaque Province. Le Gouverneur général était secondé par un
Secrétaire général, chef direct des services publics, à l'exception de la
Justice et de l'Armée; il remplaçait le Gouverneur en cas d'absence ou
d'indisponibilité. Dans les grandes lignes, les deux provinces
équatoriales étaient identiques à celles de l'Espagne du point de vue des droits,
à l'exception du domaine de la Justice.
Remplaçant le Patronato de Indigenas apparaissent alors les
Municipalités (Ayuntamientos) et les Assemblées provinciales (Diputaciones).
Simultanément, les organes législatifs, exécutifs et judiciaires, de
Guinée espagnole voient s'élargir leurs attributions. La forte centralisation
de la métropole était assouplie en raison de l'éloignement
géographique des provinces équatoriales. L'Administration se subdivisait au
plan central et provincial en : Justice et Culte - Finances -
Enseignement et Education - Agriculture et Forêts - Postes et
Télégraphes - Travaux publics - Industrie. En fait, la Provincialisation ne
faisait que reconstruire avec les vieilles structures, Gouverneur général
et Secrétaire général se succèdant à eux-mêmes, les Délégués
gouvernementaux (Administrateurs territoriaux) étant généralement les anciens
Administrateurs, la plupart Officiers de la Marine. Tandis que le
personnel administratif restait en place, le nouveau statut innovait au plan
de la représentation populaire.
En 1964 prit place le statut d'Autonomie, sur la base de l'
argument qu'à l'expérience des années écoulées la vie municipale ayant
connu un important développement, et l'éloignement aidant, il
convenait d'arriver à l'autonomie interne. Celle-ci fut double:
administrative et économique. Dans l'esprit du droit constitutionnel espagnol, il
s'agissait pour la Guinée de réglementations portant sur la seule
politique intérieure, toujours sous le contrôle de la Présidence du
Gouver33nement, et ne comportant pas le droit de l'auto-détermination
politique. Il s'agissait seulement d'auto-administration locale. L'organe
exécutif le plus important était le Consejo de Gobierno (Conseil des
Ministres), doté des anciennes attributions du Gouverneur général.
Correspondait à ce Conseil, au plan législatif, une Asamblea general
interprovincial (Parlement). L'ancien Gouverneur général devenait
Commissaire général, avec de pures fonctions représentatives, doublé,
comme par le passé, d'un Secrétaire général, chef des affaires
administratives, et qui désignait les Délégués gouvernementaux et les
sousdélégués, dans les Provinces. L'autonomie fut acceptée par un
Référendum du 15 décembre 1963.
Les 22-24 avril 1966 eut lieu une grève des fonctionnaires
(demande d'augmentation des salaires) organisée par la clandestine
Union General de Trabajadores de Guinea Espanola (U.G.T.G.E.). Le
personnel des Administrations participa à cette grève. V. aussi
A.N.R.D.
Avec l'Indépendance, le 12 octobre 1968, entra en fonction le
Consejo de Ministros (Conseil des Ministres) doté des attributinns de
l'ex-Gouverneur général. A ce Conseil correspondait, au plan
législatif, une Asamblea de la Republica (Parlement), un Consejo de la
Republica faisant office de Sénat. L'administration proprement dite
reste très centralisée et rigoureuse. Dans chacune des deux Provinces,
un Gouverneur civil continue à représenter l'autorité politique centrale
et les divers départements ministériels. Le pouvoir du Gouverneur civil
du Rio Muni (Bata) émane directement de la Présidence de la
République. Pour contenter sa clientèle politique, Macias Nguema
distribuera dès 1968 les postes administratifs en prébende, ce qui fit
gonfler le déficit budgétaire de 1969 (426 Mo de pesetas/$ 6,5 Mo).
Après l'Indépendance, en trois mois on a assisté pratiquement à un
doublement de la Fonction publique. A Santa Isabel fonctionne depuis
une cinquantaine d'années la Escuela Superior Provincial qui, à côté
de la formation d'instituteurs et d'employés de commerce prépare
également des auxiliaires administratifs. Nombre de responsables de la
jeune République de Guinée équatoriale sont issus de cette Ecole.
Avec l'Indépendance, dans les deux Provinces les villages sont
regroupés en Municipios (Juntas Vecinales) : 146 au Rio Muni et 42 à
Fernando Poo.
Rapidement, le manque de personnel qualifié, en particulier
technique, se fit sentir gravement. En 1971, le budget national comptait
avec 6 692 fonctionnaires, dont:
Présidence, Assemblées. . . . . . . . . . . . . . . . . . 660
Affaires étrangères, Défense, Intérieur. . . . . . 3032
Ministères techniques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3660
dont
Travaux publics. . . . . . . . . . . . . . 1 336
Santé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 807
Education . 800
Finances. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 372
Agriculture .................. 120
Autres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225
Il faut leur ajouter quelque 2 700 employés des Administrations
34locales. Tous ces fonctionnaires ne jouissent pas de garanties de
carrière. Outre les retards de paiement des salaires, et les nombreuses
amendes sous forme de diminution de traitement, le niveau des salaires
n'a pas varié depuis 1968. Ces remarques ne concernent pas la Garde
nationale, ni la police.
Les observateurs s'accordent pour reconnaître que le Gouvernement
se soucie davantage de sauvegarder les intérêts de la nouvelle classe de
fonctionnaires plutôt que de s'intéresser à l'amélioration du niveau de
vie de l'ensemble de la population. Avec un chômage de 95-99 070de
la population active, les Administrations se gonflent d'une pléthorique
clientèle politique que la dictature récompense ainsi, et qu'elle tient à
sa merci pour obtenir des dénonciations de comportements et
d'attitudes anti-Macias. Rapidement, le pays s'enfonça dans une crise
économique aiguë; les magistrats et hauts fonctionnaires de Macias Nguema
qui tentèrent de la corriger furent liquidés fin 1976 grâce à son servile
neveu Teodoro Nguema Mba N'zogo, Chef de la Garde nationale
depuis la disgrâce du Lt-Col. Tray. Aussi, en mai et juin 1979,
l'A.N.R.D. a-t-elle été suivie immédiatement dans la manifestation de
mécontentement des fonctionnaires, ainsi que de soldats, qu'elle a
organisée dans le pays. C'est d'ailleurs ce pourissement de la situation
économique qui a provoqué la chute du Président Macias Nguema, le
3 août 1979, organisée par T. Nguema Mba N'zogo et ses cousins. Le
Gouvernement militaire proclamé le 24 août 1979 a ordonné le
paiement des arriérés de salaires avec le trésor accumulé par Macias
Nguema. T. Nguema Mba, Président de la République, s'est adjoint
comme ministre de la Présidence et responsable des Administrations le
Camerounais Federico Messa qui est en Guinée équatoriale depuis
1944.
ADOUAL. Société commerciale avec siège aux Canaries, dirigée par
Juan Cecin (Libanais). Depuis 1975, l'un des trois hommes forts du
régime guinéo-équatorien, Daniel Oyono Ayingono, neveu de Macias
Nguema, collabore avec la Société Adoual. Il s'agit de monopoliser
les importations de la Guinée équatoriale (en 1976 c'était notamment
le riz) ; ce faisant, ADOUAL concurrence directement la SIMED S.A.
de Garcia Trevijano, mise sur pied dans le même but.
AFFAIRE DES HAUTS FONCTIONNAIRES. Une centaine de hauts
fonctionnaires et magistrats décidèrent début décembre 1976 d'adresser
au Président de la République une pétition lui demandant de modifier
sa politique en raison de la grave crise économique, surtout depuis le
retrait par le Nigeria de 25 000 de ses ressortissants, ouvriers
agricoles, en janvier 1976. Le Commandant Teodoro Nguema Mba, neveu
de Macias Nguema, un des trois hommes forts du régime et Chef de
la Garde nationale, qui participait à la réunion, se chargea de
transmettre la pétition au Président qui se trouvait dans son palais de
Bata. A son retour, le Commandant Nguema Mba N'zogo arrêta tous
les signataires et leurs amis, et les fit transférer dans la prison de
Bata, dont Buenaventura Ochaga Ngomo, Ministre de l'Enseignement
populaire et Secrétaire général du P.U.N.T. (tué à coups de crosses -
officiellement « suicidé »), Jesus Oyono Alogo, Secrétaire de la
Présidence de la République, ex-Ministre des Travaux Publics (tué à coups
35de crosses - officiellement « suicidé »), Job Obiang Mba, Secrétaire
Général du Ministère de l'Enseignement Populaire, et Rvd Esono,
Inspecteur général de l'Enseignement, Directeur de l'Instituto Rey
Malabo, Ponciano Mbomio Nvo, Chef du Service de Planification du
Ministère de l'Enseignement populaire, ex-homologue de M. Louis. V.
Affaire. Certaines sources affirment que la plupart des hauts
fonctionnaires auraient été noyés, pieds et mains liés, dans l'océan Atlantique,
au large de Bata. Ces exécutions ont été orchestrées par l'un des
principaux tortionnaires du régime Macias Nguema, Feliciano Obama
Nsue Mangue, dit « Mbato ». Miguel Eyegue Ntutumu,
ex-VicePrésident de la République, fut placé en résidence surveillée et
remplacé par un cousin de Macias Nguema. Peu après T. Nguema Mba
N'zogo devint Commandant en chef de l'Armée. V. Coup d'État du
3 août 1979, Népotisme.
AFFAIRE MARCEAU LOUIS. Haïtien, né en 1914. Licencié en droit,
ex-directeur de l'Ensèignement de Haïti, écrivain, M. Louis, après de
longues années passées au service du Ministère de l'Education du
Zaïre, expert UNESCO de haut rang, œuvra dès 1970 comme
conseiller du Ministre de l'Education de Guinée équatoriale, avec comme
homologue Ponciano Mbomio. En 1972, il fut nommé Représentant
résident du P.N.U.D. En juillet 1973, alors qu'il était en mission à
Addis-Abeba, des documents d'un Mouvement de Libération de
Fernando Poo auraient été déposés au bureau des Nations Unies, à Santa
Isabel, avec des appels aux Chefs d'État voisins et aux Secrétaires
généraux de l'O.U.A. et de l'O.N.U. Cette documentation fut
« gelée» en attendant le retour du Représentant résident, mais
l'affaire fut probablement portée à la connaissance de B. Nguema
Esono, Ministre des Affaires étrangères, par une secrétaire nigériane
du bureau du P.N.U.D., qui comptait parmi ses amies. A peine Louis
fut-il revenu de Santa Isabel qu'on le convoqua au Palais présidentiel
pour exiger de lui la remise des documents, ce que le Représentant
résident refusa. Convoqué à plusieurs reprises les jours suivants, puis
accusé de complot contre la Guinée équatoriale, M. Louis fut
finalement conduit à l'aéroport manu mifitari, avec sa famille et les deux
fonctionnaires internationaux de son bureau, une Française et un
Allemand, encadrés de soldats de la Garde nationale commandée par le
neveu de Macias Nguema, Teodoro Nguema Mba N'zogo. Le groupe
a été expulsé vers le Cameroun. Simultanément, un des fonctionnaires
guinéo-équatorien du P.N.U.D., Placido Beaca Belope, chauffeur du
Représentant résident fut arrêté et déféré à la prison de Bata où il
fut mêlé en juin 1974, contre son gré, à la prétendue Tentative de
Coup d'État, sans que rien ne semble avoir été entrepris par l'O.N.U.
pour sa libération. Il a été condamné à la réclusion à vie et
probablement fusillé en 1975.
M. Louis, après avoir travaillé au Siège du P.N.U.D., à New
York, a été envoyé comme Coordonnateur de l'UNESCO en
République du Benin. Quelques mois après l'expulsion de leur Ambassadeur,
les Nations Unies envoyèrent en Guinée équatoriale le Colombien
Tamayo, pour renouer les relations Macias Nguema. Tamayo avait
déjà présidé la Commission onusienne qui, le 10 mars 1969, vint
36en Guinée équatoriale suite à l'appel de Macias après la déclaration
de l'Emergencia (État d'urgence).
AFFAIRES ÉTRANGÈRES. En neuf ans (mars 1969 à fin 1978), au
moins une dizaine de cadres du Ministère des Affaires étrangères ont
été assassinés par le régime Macias Nguema, dont des pionniers de
l'indépendance et de nombreux universitaires. Il s'agit notamment de :
Ministre:
Ndongo Miyone
Ambassadeurs:
Ateba Nsoh (aux Congo Brazzaville et au Gabon)- .
Castillo Barril (en Espagne)
Ibongo Iyanga (Nations Unies)
Nsué Angüe (en Ethiopie, y compris O.U.A.)
Watson Bueco (au Cameroun)
Hauts fonctionnaires:
Gori Molubuela
Mitogo Osa
L'Ambassadeur au Nigeria, de 1969 à 1971, puis en Ethiopie et
auprès de l'O.U.A. de 1971 à 1973, Samuel Ebuka, s'est réfugié en
Espagne, craignant d'être liquidé avec sa femme T. Morgades. Dès
1971, les Affaires étrangères sont devenues chasse gardée pour Macias
Nguema, grâce à son cousin Bonifacio Nguema Esono Nchama, qui,
à côté de la fonction de Ministre des Affaires étrangères a été
propulsé en 1976 Vice-Président de la République, après l'assassinat ou la
mise en résidence surveillée de ses deux prédécesseurs: Bosio Dioco,
le Bubi, Eyegue Ntutumu, le Fang. En avril 1978, le Chargé
d'Affaires de Guinée Equatoriale au Cameroun a demandé à ce dernier
l'asile politique, et en février 1979, c'est le Chef du Protocole, venu
en mission avec B. Nguema Esono, qui fit de même. Dans le
gouvernement militaire mis en place le 25 août 1979 sous la présidence du
Lt-Col. T. Nguema Mba N'zogo, les Affaires étrangères sont placées
sous l'autorité d'un parent Esangui de Nguema Mba, le Lt de
vaisseaux Florencio Maye Ela, qui assure simultanément, comme son
prédécesseur et parent B. Nguema Esono, la Vice-Présidence de la
République. C'est Maye Ela qui a dirigé la délégation de Guinée
équatoriale à la Vie Conférence des pays non alignés à La Havane (Cuba)
en septembre 1979. V. aussi Nka Manene, Esono Abaga Ada,
Diplomatie, et par pays.
AFRIPESCA. Société créée par la Société espagnole Frigopesquera. De
372 t produites en 1956, elle dépassait les 1 000 t en 1966. Afripesca
possède deux entrepôts frigorifiques (Santa Isabel, Bata) à-20°, de
1 440 m2, mais qui souffrent des ruptures de courant électrique
fréquentes depuis l'Indépendance. Depuis 1974 la Société est
pratiquement à l'arrêt; après le renversement de Macia Nguema, son
directeur, Jaime Aresce, est retourné à Santa Isabel début septembre 1979.
AGGOR. Société liée au Banco exterior de Espana. En fit partie un
temps le Gouverneur général Bonelli Rubio. Aggor possèdait à Rio
37M'Bane (affluent de l'estuaire du Muni) une plantation de palmiers à
huile de 500 ha, effectuée en 1959-1962 (Douro et Tenera),
fournissant 7 500 t/régimes/an. Les activités de la Société ont été arrêtées
par Macias Nguema en mars 1969. L'usine de traitement était hors
d'usage en 1974. AGGDR possèdait également une exploitation
forestière au sud-est de Rio Benito, avec deux lignes de chemin de fer
forestier et des caféières.
AGRICULTURE. Les principales cultures indigènes sont le manioc pour
les Fang et l'igname pour les Bubi, ainsi que le palmier à l'huile pour
les deux. Vers 1840-1850, les Baptistes introduisirent l'arbre à pain, le
manguier, l'avocatier, etc. Cacao et café arrivèrent à Fernando Poo
durant la première moitié du XIX' siècle, en provenance de Sao Tomé.
L'agriculture a toujours été prioritaire dans la politique de
l'Espagne face à sa colonie, et on la favorisait par des mesures fiscales.
L'industrie de transformation n'était guère encouragée parce qu'elle
contribuait à aggraver encore le problème de la main-d'œuvre. Trois
facteurs caractérisent l'agriculture de la Guinée espagnole: la
stagnation au plan des concessions et la réglementation de la propriété, la
monoculture, le problème de la main-d'œuvre. V. Travail. Jusque vers
1960 la monoculture latifundiaire (fincas) était reine: cacao à
Fernando Poo, café au Rio Muni, et correspondait au concept
d'agriculture coloniale de l'Espagne, visant essentiellement l'approvisionnement
de la métropole. Toute autre plantation (manioc excepté) exigeait des
autorisations spéciales ou se voyait refuser les crédits nécessaires
(palmiers à huile, bananiers, etc.) La monoculture était risquée, surtout
pour les petits planteurs européens, pour qui la charge de
maind'œuvre étrangère s'avérait trop lourde, et qui ne subsistaient qu'à
coups de subventions.
Jusqu'en 1959, c'est le Patronato de Indigenas qui s'occupait
paternellement des masses non émancipées, surtout rurales, et en
particulier des Coopératives agricoles, en collaboration avec la Direction
de l'Agriculture (Jefatura agronomica). Dès janvier 1970, tous les biens
des Coopératives furent déclarés biens d'État par un Décret de Macias
Nguema. La Guinée équatoriale ne dispose pas d'un «Marketing
Board» pour l'écoulement de ses produits agricoles. En 1976, on
estimait la valeur d'une finca de 10 000 ha à 5 Mo de pesetas ($ 70 (00).
Le pays possède quelque 850 000 ha agricoles, auxquels il faut ajouter
encore environ 1,2 Mo d'ha pour l'exploitation forestière.
Durant l'Autonomie, le premier Conseiller pour l'Agriculture, Nsué
Nchama, fut destitué pour détournements; on le remplaça par Nve
Dndo Nchama. Tous deux ont été liquidés en 1969. Le premier
Ministre de l'Agriculture de la République fut, dès octobre 1968, A.
Grange Molay. En 1972, le Ministère passe à Dndo Alogo, puis en
1975 à Nsué Miko avec le titre de Vice-Ministre. En 1973, le
Ministère fut débaptisé en Ministère des Cultures de la Terre. Dès
l'indépendance c'est Macias Nguema lui-même qui s'est réservé les Affaires
forestières. Le Ministère de l'Agriculture ne dispose que de fort peu
de ressources: 1,8 070du budget de 1969, 1,4 0J0 en 1970, part tout à
fait disproportionnée compte tenu de l'importance de l'a$riculture
dans l'économie du pays. V. aussi Commerce, Concessions, Economie,
38Direccion de Agricultura, Forêt, Sindicatos et par noms spécifiques de
cultures.
AGUDO MENDEA, L. V. Profinanco.
AHIDJO, Ahmadou. Président de la République Unie du Cameroun. V.
Cameroun.
AKELENGUE. Localité située à l'extrême nord-est du Rio Muni, au
point de jonction entre les frontières du Cameroun, du Gabon et de
la Guinée équatoriale. Après la reconquête d'Ebebiyin, à la suite de la
destitution du Président Macias Nguema le 3 août 1979, le corps du
commandant militaire d'Ebebiyin, neveu de l'ex-Président, a été
exposé à Akelengue. De nombreux fugitifs avaient sauté sur des mines
posées par la Garde nationale dans cette zone.
AINLEY. Couple de missionnaires presbytériens américains. V.
Missions protestantes.
AKONOLINGA, Loc. V. Cameroun.
AKURENAM (du Fang Akut-Nnam = localité qui croît rapidement).
Localité située au centre-sud du Rio Muni, proche de la frontière du
Gabon, à 45 km au sud d'Evinayong, et à 65 km à l'ouest de Nsork.
Elle est reliée par une route de terre à Bata, via Evinayong et
Niefang. Dès le début du xx. siècle y fonctionnait une mission
évangélique anglaise, doublée d'une école (fermées vers 1973). En 1941, une
grande plantation de manioc y fut ouverte par I. Gorbefia. La localité
est dotée d'un Tribunal de District, d'une garnison militaire, d'un
hôpital, d'un collège-internat des Sœurs Oblates (dès 1960). Akurenam
compte de nombreuses victimes de la famille Macias Nguema.
AKWA. Chef Douala. V. Beecroft.
ALADA. Société anonyme espagnole ayant le monopole de la vente
des produits pétroliers en Guinée équatoriale. Liée au Banco espanol
de Crédito. En 1960-1964, son gérant, Cabrera y James fut député à
la Diputaci6n provincial (Assemblée) de Fernando Poo; comme Maire
de San Carlos il devint de 1964-1968 Procureur aux Cortès espagnols.
Il fut assassiné en 1970, ainsi que ses autres collègues d'Alada, Tomas
Obiang Ntutumu, Patricio Vidal.
ALBA. Duc de. Noble espagnol dont on disait qu'il possédait près de
la moitié de Fernando Poo. Quatrième latifundiaire d'Espagne.
ALBANIE. C'est le 1er décembre 1972 que la Guinée équatoriale et
l'Albanie ont noué des relations diplomatiques.
elaeis, palmier à huile). Sommet duALEN. Montagne (du Fang a/en =
Rio Muni, à l'Est de Niefang, à 1 100 m d'altitude. Au sud-ouest lui
fait face le Mont Chocolate. Entre les deux passe la route
Bata39Niefang-Evinayong-Akurenam. Diverses chutes d'eau dévalent de ce
relief et pourraient être utilisées pour la production d'électricité.
ALENA. (Compania Nacional de Colonizacion Africana). Société liée
au Banco Exterior de Espana, avec siège à Tarragone (Espagne), dont
Carrero Blanco fut le principal actionnaire avec plus de la moitié du
capital social. Alena opérait en Guinée espagnole depuis la fin du
XIX' siècle, surtout dans la zone du Rio Benito, recrutant alors de
préférence de la main-d'œuvre Fang. Alena possèdait plusieurs grosses
concessions forestières au Rio Muni, de part et d'autre du Rio
Vtonde, au nord, traversées par une ligne de chemin de fer forestier,
l'autre, également dotée d'une voie ferrée, au sud-ouest, dans
l'arrière-pays d'Etembue. Alena était simultanément propriétaire de
plantations qu'elle faisait gérer par des concessionnaires tel Andujar,
Caries y Perez, etc., plantations localisées notamment au Monte Bata,
Mofo, au sud du Rio Ekuko, Makou, à Makomo, d'autres au Rio
N'Bia, etc. Alena vendait du cacao en Espagne par l'intermédiaire
d'un consortium à Santander. A Fernando Poo, la compagnie
possédait une plantation de café de 500 ha, à Bolopé, et un élevage de
bovins, à Moka, créé par Bengoa, de plus de 3 000 ha. En 1926,
Alena racheta la Compagnie maritime Trasatlantica, monopolisant dès
lors le transport entre l'Espagne et sa colonie équatoriale. V.
Transmediterr{mea. Au moment de l'Indépendance, Alena avait à son
compte au Banco exterior de Espana, à Santa Isabel, un montant de
pesetas O. Fermée en 1969 par ordre de la Présidence, pour protester
contre la politique de l'Espagne au moment de la prétendue tentative
de coup d'État de A. Ndongo Miyone. La scierie d'Alena à Etembue
possèdait son propre groupe électrogène, de même que celle d'Utonde.
Alena exploitait jusqu'à fin 1971, à N'Colamvam, une plantation de
palmiers à huile et une petite huilerie appartenant à la Coguisa. Fin
1971, Alena cessa toute activité en Guinée équatoriale, passant par
pertes et profits un montant de 127 Mo de pesetas ($ 2 Mo ; certaines
sources donnent 171 Mo de pesetas, soit $ 2,8 Mo) dans l'espoir de
le récupérer par des bénéfices futurs. Ce ne fut pas le cas. Alena est
liée au Gabon avec le consortium Song (Société de l'Okoumé de la
Ngoumé, S.A.).
Des hommes comme Bonelli, Montes de Oca, Pittaluga, ont
appartenu à la Trasatlantica (donc Alena), et sont les auteurs de
nombreuses publications sur la Guinée espagnole. Parmi le personnel
guinéoéquatorien d'Alena, ont été assassinés après l'indépendance les gérants
Pedro Mba Ocuale et Damasco Nkulu.
ALGÉRIE. V. O. V.A.
ALIANZA NACIONAL DE RESTAURACION DEMOCRATICA
(A.N.R.D.) (Alliance Nationale de Restauration Démocratique). En
1971, Macias Nguema fit supprimer tous les partis politiques qui
avaient lutté pour l'Indépendance et créa le P.U.N. (devenu
ultérieurement P.U.N.T.) comme instrument de son pouvoir népotique. Parmi
les 125 000 réfugiés guinéo-équatoriens qui ont fui la terreur du
dictateur de Mongomo figurent des femmes et des hommes appartenant à
toutes les ethnies du pays, et dont de nombreux ont une solide
expé40rience politique. Face à l'autocratie qui règne au pays, ils ont fondé
en août 1974 l'Alianza Nacional de Restauraci6n Democratica. Cette
Alliance groupe les membres issus de toutes les masses opprimées de
Guinée équatoriale: paysans, ouvriers, cadres administratifs,
intellectuels, etc.
Après son Premier Congrès d'août 1974, l'A.N.R.D. eut à faire
face à l'arrivisme de certains membres, généralement d'extrême droite,
qui cherchaient à retrouver à travers l'A.N.R.D. les postes et privilèges
qui avaient été les leurs avant l'exil. Au 2e Congrès de l'A.N.R.D.
(25-30 mars 1975), les antagonismes entre l'idéalisme des uns et les
visées égoïstes des autres ne firent que s'accroître, et la frustation des
militants s'accrut dangereusement. Aussi, un 3e Congrès,
extraordinaire, fut-il convoqué en avril 1976 (I2-18 avril), qui devint le
Congrès de la clarification idéologique. Durant ce Congès, divers éléments
accusés soit d'inefficacité, soit d'être téléguidés par la C.E. I.A.
(Comunidad de Espanoles con Intereses en Africa) ont été exclus de
l'A.N.R.D., notamment: Mba Ada, Nsue Ngomo, Balboa Boneque,
etc. Le 3e Congrès put alors définir avec clarté les objectifs de
.l'A.N.R.D. (Art. 1 des Statuts généraux) :
« L'Alliance Nationale de Restauration Démocratique de Guinée
équatoriale (A.N.R.D.) est une organisation politique de lutte par le
peuple, avec le peuple et pour le peuple, pour l'anéantissement des
structures dictatoriales imposées par le régime absolutiste et tyrannique
du président Francisco Macias Nguema. Ses membres sont prêts à
lutter jusqu'à la mort si nécessaire. Voici ses objectifs:
Démocratiser réellement et effectivement le pays en rétablissant les
droits et les libertés fondamentales et en instaurant les droits
politiques du peuple.
Promouvoir la réconciliation nationale, en éliminant les
discriminations tribalistes, régionalistes et favoritistes fomentées et maintenues
par le régime actuel.
Établir l'égalité entre tous les Équato-Guinéens, supprimer les
oligarchies et établir une société fondée sur le travail. Promouvoir
l'éducation des masses populaires dans le sens de la lutte contre
l'oppression, le conformisme, la dictature et l'exploitation de l'homme par
l'homme.
Promulguer une planification mixte de l'économie nationale, en
socialisant les secteurs fondamentaux de la production.
Coopérer et vivre en toute amitié avec tous les peuples et adopter
)}un neutralisme positif de non-alignement sur les blocs.
Parmi ses objectifs à court terme, l'A.N.R.D. se propose de :
- stimuler et développer la conscience nationale et l'assise populaire
de l'Alliance;
- réunir les éléments les plus avancés du peuple et accentuer la
formation politique et économique des militants et des cadres, ainsi
que la conscientisation des masses;
- préserver le débat démocratique;
- s'opposer à toutes les formes d'oppression culturelle, économique,
politique.
41Le Comité central de l'A.N.R.D. est composé de 21 membres, dont
font partie les délégués des bureaux régionaux (Espagne, Gabon,
Cameroun, Nigeria, etc.), ainsi que les Secrétaires généraux de
l'O.M.G.E. (Organizacion de la Mujer de Guinea Ecuatorial), de
l'U.G.T.G.E. (Union General de Trabajadores de Guinea Ecuatorial),
de l'U.J.E.G. de Juventudes ecuato-guineanas). Le secrétaire
général de l'A.N.R.D. est le professeur C.-M. Eya Nchama. Siège
notamment au Comité central J. Grey Molay, ex-combattant de
l'Armée républicaine espagnole, ex-soldat des Armées alliées et
prisonnier du camp de concentration de Mathausen, réfugié à Paris où il
milite dans les milieux de la gauche française en attendant de
pouvoir retourner au ,pays.
L' A.N .R.D. a mis au point un solide programme de gouvernement
« qui ne sera dévoilé toutefois qu'en temps opportun ». L'examen de
ce document encore confidentiel montre qu'il s'agit de la seule analyse
politique et économique sérieuse tentée dans les milieux de réfugiés
guinéo-équatoriens.
Un des efforts de l'A.N.R.D. porte aussi sur l'information de
l'opinion mondiale. Depuis 1975, pratiquement toutes les nouvelles
sérieuses sur la Guinée équatoriale sont diffusées par l'A.N.R.D., en
particulier grâce à son agence de Presse APPGEL (Agencia de Prensa
Popular de Guinea Ecuatorial en Lucha). Ce rôle important, et très
honnêtement assumé, d'information est doublé d'une présence
physique de A.N .R.D. dans toutes les instances nationales et internationa-l'
les traitant des problèmes de réfugiés et de l'Afrique en général.
L'Alianza publie le seul périodique sérieux parmi les divers
mouvements de réfugiés: «La Voz dei Pueblo» (La Voix de Peuple), ainsi
que des compléments composés d'extraits de presse sur la situation
prévalant en Guinée équatoriale et sur les buts de l'A.N.R.D.
Fin 1975, l'A.N.R.D. a demandé à la C.E.E. d'exclure la Guinée
équatoriale de la Convention d'Association. En 1976, elle a présenté
aux milieux politiques espagnols un « Dossier Garcia Trevijano»
démontrant la collusion de ce dernier avec le Gouvernement Macias
Nguema. La même année, A.N .R.D. a créé l'Organisacion de lal'
Mujer de Guinea Ecuatorial (O.M.G.E.) pour la défense des femmes
guinéo-équatoriennes parmi lesquelles les Femmes martyres ne se
comptent plus. En mars 1977, devant la Commission des Nations
Unies pour les Droits de l'Homme, à Genève, le représentant de
l' A.N .R.D. a présenté la situation catastrophique régnant dans le
pays, mais son exposé a été interrompu par le délégué de l'Uganda
qui vanta les mérites du régime de la famille de Macias Nguema. Le
30 août 1978, devant la même sous-commission des Nations Unies,
Eya Nchama a été accusé par le délégué de la Guinée équatoriale
(Owono Asangono) d'agissements anti-démocratiques (!). En septembre
1977, dans l~ « Voz deI Pueblo », l'A.N.R.D. a accusé les Nations
Unies et ses Agences spécialisées de gaspiller les fonds en Guinée
équatoriale et de se montrer complice du régime népotique en place.
L'A.N.R.D. a été représentée fin 1977 au 1er Congrès (interdit) de
l'Association pour l'Étude du Tiers Monde, à Barcelone, qui a
constitué un Tribunal des Droits des Peuples (successeur du Tribunal
Russel). Fin janvier 1978 l'A.N.R.D., par sa « Hoja Informativa» n° 8
de sa section de Barcelone, a proclamé l'alerte générale à la suite des
42prétentions gabonaises sur le territoire guinéen et la décision parallèle
de l'Espagne d'accorder aux réfugiés la nationalité espagnole, deux
tentatives pour annihiler l'existence même de la Guinée équatoriale. Le
21-23 août 1978 le Comité Central de l'A.N.R.D. a tenu sa troisième
réunion. Le 25 et 26 août 1978 a eu lieu au Siège du Conseil
Œcuménique des Églises, à Genève, une « Conférence des Réfugiés de
Guinée équatoriale, avec une forte participation de l'A.N.R.D. Fin
1978, l'A.N.R.D. a fermement rejeté les propositions de Nsué Ngomo,
faites à Madrid, de création d'un front de « Salvacion (sauvetage) de
Guinea Ecuatorial ». 1978 a vu réapparaître au grand jour l'Union
general de Trabajadores de Guinea Ecuatorial (U.G.T.G.E.), dont Ie
Secrétaire général siège au Comité central de l'A.N.R.D. ;
simultanément a commencé à se restructurer l'U.J .G.E. (Union de Juventudes
de Guinea Ecuatorial).
Milieu mars 1979, à Genève, la Commission des Droits de
l'Homme des Nations Unies a décidé d'effectuer une enquête sur les
violations des droits de l'Homme en Guinée équatoriale. En mai 1979,
durant la Conférence Ministérielle de l'O.U.A. sur la situation des
Réfugiés en Afrique, à Arusha (Tanzanie), Eya Nchama, au nom de
la Commission Internationale des Juristes, a présenté une intervention
portant sur: 1. Le principe de non-refoulement des réfugiés, 2. Les
violations des droits de l'Homme, 3. Les « réfugiés économiques ».
En tant que Secrétaire général de l'A.N.R.D., Eya Nchama demanda
aux divers pays africains de rendre inconfortable la participation
d'envoyés du gouvernement Macias Nguema auprès de l'O.U.A.
Après la révolte le palais qui amena le 3 août 1979 la destitution
de Macias Nguema par une junte dirigée par le neveu Nguema Mba
N'zogo, le Comité central de l'A.N.R.D. a publié le 10 août 1979 un
communiqué. Après un historique des nombreuses activités de
l'A.N.R.D. pour éveiller l'opinion internationale, ainsi que des efforts
au pays même, l'A.N.R.D. pose les conditions suivantes:
- Libération de tous les prisonniers politiques;
- Retour au pays de tous les exilés et réfugiés, quelles que soient
leurs idées politiques;
Sauvegarde de l'indépendance nationale et de l'intégrité
territoriale;- Fixation de la date de la fin du régime militaire;
- du début du processus constituant;
- Création des conditions objectives rendant possible ce processus:
fin du travail forcé, abolition des procédés arbitraires, dissolution
réelle et effective de tous les organes de répression, mise en
jugement de chacun des responsables des atrocités du régime antérieur.
Le 14 août 1979, à Paris, le Prof. Eya Nchama, Secrétaire général
de l'A.N.R.D. a démontré qu'avec la junte dirigée par Teodoro Nguema
Mba N'zogo le régime Macias Nguema n'était pas encore
véritablement tombé. Milieu septembre 1979, l'A.N.R.D. a participé à la
conférence des Nations Unies sur les droits de l'Homme en Afrique, à
Monrovia, avec son secrétaire général.
Le 28 décembre 1979, le Comité exécutif du Comité central de
l'A.N.R.D. a achevé l'analyse de la récupération néo-coloniale de la
Guinée Équatoriale par l'Espagne et la France avec la complicité du
régime dictatorial Nguema Mba N'zogo, et a décidé de poursuivre la
lutte jusqu'à l'indépendance réelle.
43ALIMENTATION. L'alimentation des Fang est basée principalement sur
le manioc et la banane plantain, celle des Bubi sur l'igname,
complétée, chez les deux ethnies, par l'huile de palme. Une enquête de 1962
a montré qu'à Fernando Poo le régime alimentaire était de 2470
calories et au Rio Muni de 2 252 calories. La différence était due au
moindre apport de protéines animales et végétales. Avec la
dégradation des conditions économiques, après l'Indépendance, ces données
semblent avoir sérieusement diminué. La ration obligatoire pour les
ouvriers agricoles venus du Nigeria s'élévait à 3 347 calories par jour
(sans les fruits) selon la convention de 1951, reconduite en 1961. Le
rationnement drastique instauré en 1975 peut être pris pour une des
causes ayant provoqué le mécontentement de la main-d'œuvre
nigériane. La politique de terreur pratiquée par la famille de Macias
Nguema ajouta encore aux difficultés économiques et explique
l'évacuation massive de Nigérians début 1976. Au procès Macias, le
Président du Tribunal militaire, Eulogio Oyo, a prétendu qu'en août 1979
le Guinéo-Equatorien ne disposait plus que de 900 calories par jour.
ALLEMAGNE. République fédérale, République démocratique. Pour la
première, l'Ambassade se trouve à Yaoundé (Cameroun), pour la
seconde à Santa Isabel.
Durant la seconde moitié du XIX' siècle, diverses maisons de
commerce allemandes avaient une partie de leurs affaires au Rio Muni et
à Fernando Poo: Küderling, Randa-Steind, Moritz, s'occupaient
surtout, dans la partie continentale, de Bata et de son arrière-pays, alors
qu"e les Woermann et Stamers-Luders étaient surtout implantées dans
la zone de Muni. Jusqu'après l'indépendance la Hamburg
Woermann Linie desservait régulièrement Fernando Poo. A noter que
Hambourg est depuis le début du XX, siècle le marché mondial de
l'okoumé (1928 : 500 000 t) ; en 1932, sur 305 navires ayant accosté
en Guinée espagnole, 79 étaient allemands, suivis de 72 espagnols, 49
britanniques et 41 français.
En 1883, la National Zeitung annonçait que la Société Coloniale
allemande envisageait d'acquérir Fernando Poo pour ses activités. En
1886, O. Baumann commençait sur l'île une étude complète de la
société Bubi ; elle sera suivie, en 1923, par celle de G. Tessmann. Par
Décret royal espagnol de 1884, l'Allemagne avait été autorisée, à
l'instar des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni, à effectuer un
dépôt de charbon sur Fernando Poo (Playa Carboneras) pour ses
navires civils. Jusqu'en 1888, l'Allemagne et le Royaume-Uni furent
seuls à assurer un service maritime régulier avec Fernando Poo et Rio
Muni (Hamburg Africa Linie et Woermann, British Africa Steam
Navigation Company, etc.). Lorsqu'en 1884 Iradier et Ossorio
arrivèrent à Santa Isabel, Nachtigal venait d'occuper les côtes du Cameroun
au nom du Kaiser, et débarquant à Elobey Chico, les deux
explorateurs y virent flotter le drapeau allemand sur certaines factoreries.
En 1885, dans le cadre de la conquête coloniale, l'Allemagne tenta
de s'approprier Annobon. Le 20 juin 1885 elle communiqua à la
France que l'Espagne abandonnait ses droits sur les territoires situés
au nord du Rio Campo, et qu'en contrepartie l'Allemagne renonçait à
son tour à ceux situés au sud du fleuve. Mais le 24 décembre 1885,
en accord avec la France, l'Allemagne reconnaissait la limite entre
ter44ritoires français et allemands sur ce même Rio Campo. En 1911,
l'Allemagne reçut de la France le Woleu Ntem et une tranche située
au sud du Rio Muni, ce dernier étant alors totalement encerclé par les
possessions allemandes; ces territoires furent repris par la France en
1919. En 1913, l'Allemagne et l'Espagne avaient signé une Convention
empêchant la vente d'armes à feu aux populations du Rio Muni ce à
la demande de l'Espagne qui ne parvenait pas à occuper le Rio Muni,
en raison de la résistance des Fang.
En 1916-17, sous le Gouverneur général Barrera, plus de 60 000
personnes venues du Cameroun (6000 soldats africains, 83 officiers
allemands, 6 fonctionnaires, 5 médecins et quelques invalides) le reste
étant des cultivateurs camerounais. Entre 1916 et 1919, 24600 d'entre
eux ont été déplacés du Rio Muni à Fernando Poo, les troupes étant
logées près de l'ancien aéroport, dans la propriété de la Société
allemande Moritz, les civils à Bokoko, au-delà de Batete, plus
particulièrement à Pequeno-Bokoko, sur une vieille plantation de cacao, à côté
des fincas de Maximiliano Jones. Dans cette zone on trouvait des
villages ewondo, bassa, foulbe, etc. En 1919, les quelque 120 chefs de
ces villages ont demandé au roi d'Espagne de les aider à rentrer dans
un Cameroun qu'ils souhaitaient allemand. En 1915 arrivèrent
également à Santa Isabel 30 religieux allemands, suivis de 13 autres en
février 1916. Après la guerre, les Allemands, dont le Gouverneur
Ebermaier, ainsi que certains chefs camerounais, dont Atangana,
furent évacués sur l'Espagne.
A la suite de la Première Guerre mondiale, de nombreux
Allemands se sont installés au Rio Muni, notamment des forestiers, ainsi
que O. Krohnert, qui créa une plantation de palmiers à huile dans la
zone de Mikomeseng, qui subsiste encore. Une petite fille de O.
Krohnert, Frida, deviendra une des intimes de Macias Nguema.
Pendant les années cinquante, l'Allemagne fédérale fut un des
principaux acheteurs de bananes de la Guinée espagnole. Jusqu'en
1970, l'Allemagne fédérale était le second fournisseur non espagnol de
la Guinée équatoriale, avec 9,5 % des livraisons (389000 $), derrière
le Royaume-Uni (61 %). En 1970 elle acheta 1 533 t de cacao guinéen
(5,4 % des exportations) par l'entremise de l'homme d'affaires
allemand Pleuger, accrédité consul à Santa Isabel, et de sa femme qui
eurent des démêlés avec le Gouvernement guinéo-équatorien. La
République démocratique allemande a noué, elle, des relations
diplomatiques avec la Guinée équatoriale le 14 avril 1972. En 1972, grâce à son
agent Dieter Wendland, ce pays a acheté la production guinéenne de
cacao (8 000 t) à un prix de dumping. Certaines sources laissent
entendre que quelque 200 Allemands de l'Est feraient partie de la
garde prétorienne de Macias Nguema (ce qui semble peu
vraisemblable). En 1977, l'Allemagne fédérale a importé de Guinée équatoriale
4900 m3 de bois, principalement de l'okoumé, sous forme de grumes.
Aucune des deux Allemagne n'a de programme d'assistance particulier
avec la Guinée équatoriale.
En 1972, un marchand d'armes de Hambourg a été impliqué dans
le projet d'occupation de Fernando Poo et de destitution de Macias
Nguema par des mercenaires. V. Forsyth.
Les Allemands étaient appelés par les populations du Rio Muni
« Kopino » (ou « Cupini »), et décrits comme batailleurs.
45ALLEN, William. 1792-1864. Commandant de la Marine britannique.
Après ses services à Java, il accompagna R. Lander et R.A.K.
Oldfield dans leur expédition sur le Niger, en 1832, dont une partie se
réfugia à Fernando Poo en 1833. Il en a laissé une série de six
gravures en couleurs, dont celle de la Baie de Santa Isabel (Clarence City),
avec le Mont Cameroun, à 1800 de là où il se trouve en réalité. Allen
participa en 1841 à une mission à Fernando Poo du Capitaine H.D.
Trotter, dont il a laissé une relation. La West Africa Co facilita cette
expédition.
ALLOTEY, A. V. Cacao, Ghana, États-Unis.
ALMEIDA, Luis de. V. Annobon.
ALMONTE Y MURIEL, Enrique. 1858-1917. Auxiliaire des Mines, de
Cadix. Membre de la Commission mixte de fixation des frontières en
1901. Cartographe, géographe, naturaliste, explorateur, il passa une
partie de sa vie en Chine, aux Philippines et au Rio Muni. En 1906,
il fut chargé par le Ministre d'État espagnol de définir la limite du
Rio Muni avec le Cameroun allemand. On lui doit une dizaine
d'ouvrages, articles et cartes sur la Guinée équatoriale, ainsi qu'un
projet de chemin de fer transafricain qui, de Rio Campo, aurait
traversé la province du Rio Muni pour aboutir à Ouesso, sur la Sangha
(Congo), où il aurait été rejoint par une ligne venant de Libreville
(Gabon), puis via la République centrafricaine, devait rejoindre le lac
Victoria et l'Océan Indien.
ALOBARI. Frère du roi Bubi Malabo, auquel il succéda en 1937.
ALONSO ALONSO, Mariano. Gouverneur général du 5 mai 1942 au 18
octobre 1943. Après avoir tenté de se faire roi des Bubi, il fut
destitué. V. Annobon.
ALSTHOM, Société française. V. Communauté Economique
Européenne, France, Bata, Pétrole.
ALVAREZ CORUGEDO, Juan. Économiste espagnol. Nommé
responsable par la Comisaria deI Plan de l'exécution du Plan de
Développement de la Région équatoriale, pour la période 1964-1967. V.
Économie. Il a publié divers articles sur la Guinée équatoriale entre 1964 et
1972.
ALVAREZ GARCIA, Heriberto. De 1944 à 1955 Inspecteur général de
l'Enseignement et Directeur de l'Instituto Colonial Indigena (école
formant des instituteurs auxiliaires et des auxiliaires d'administration et
commerciaux). Auteur de la «Loi Alvarez» de réorganisation de
l'enseignement dans la colonie dès août 1944. Avec lui les études à
l'Escuela Superior Indigena (nouvelle appelation de l'Instituto
Colonial, ultérieurement baptisé Escuela Superior Provincial) devinrent une
sorte de baccalauréat élémentaire, après que, durant des années, on y
ait formé des instituteurs au rabais en six mois. La proposition
d'ajustement des salaires des instituteurs auxiliaires avec les autres
46traitements de la fonction publique, faite par Alvarez, fut repoussée
par Diaz de Villegas. Les idées libérales d'Alvarez lui valurent, ainsi
qu'au Gouverneur général Bonelli Rubio, d'être démis de ses fonctions
en 1948.
AMBAM. Ville du Cameroun méridional qui a joué un rôle dans
l'histoire pré-indépendance des mouvements politiques de la Guinée
équatoriale. I.P .G.E. (Idea Popular de Guinea Ecuatorial), avec à sa tête
Perea Epota, avait son siège à Ambam. Depuis 1969, Ambam a
accueilli des milliers de réfugiés guinéo-équatoriens fuyant la terreur
du régime de Macias Nguema. En 1974, les camps de réfugiés ont été
éloignés de la frontière, et déplaçés au nord de Yaoundé.
AMERICAN OIL COMPANY. V. Pétrole. STEEL V. Mines, États-Unis.
AMNESTY INTERNATIONAL. En avril 1975, cet organisme de défense
des Droits de l'Homme demanda à Macias Nguema de faire cesser les
tortures et les atrocités. Le rapport 1977 d'Amnesty International a
jeté de nouvelles lumières sur les excès du pouvoir népotique de
Macias Nguema; en mars 1978, la participation directe de Macias à
des assassinats a été annoncée dans le Monthly Newsletter, ainsi que
la pratique courante de la torture par la Guardia nacional commandée
par le successeur de Macias Nguema, T. Nguema Mba N'zogo, et dans
les prisons, en particulier à Bata. Dans un nouveau rapport du 24
juillet 1978, Amnesty International chiffre entre 200-400 le nombre
des prisonniers politiques en Guinée équatoriale, certains isolés sans
jugement depuis sept ans, tous vivant dans des conditions
désastreuses. V. aussi Droits de l'Homme, Népotisme.
ANANAS. V. Bijabijan.
ANDRES Y ANDRES, Marcellino. 1807-1842. Docteur en médecine, de
Valence. Il visita Fernando Poo et Annobon en 1831, en provenance
du Dahomey (Benin). Son herbier africain se perdit lors de son retour
du en Espagne.
ANDUJAR. V. ALENA.
ANGLO-SPANISH EMPLOYMENT AGENCY (A.S.E.A.). Agence de
recrutement de main-d'œuvre du Nigeria pour la Guinée équatoriale,
établie à Calabar dans le cadre des accords hispano-anglais. En 1953,
elle fut soumise au contrôle d'un Conseil directeur. Son représentant à
Fernando Poo était la Chambre syndicale. V. Travail.
ANGRA. V. Muni.
ANGOLA. Au sommet extraordinaire de l'O.U.A., de janvier 1976,
Macias Nguema a soutenu la cause du M.P.L.A.
Durant la guerre d'Angola, le port de San Carlos était utilisé
comme base de transbordement du matériel de guerre soviétique
des47tiné au M.P .L.A. Des navires soviétiques, ce matériel passait sur de
petites embarcations angolaises, avec la participation de personnel
cubain.
ANGUE BACALE, Luis. Accusé de complicité lors de la tentative de
coup d'État du 5 mars 1969 d'A. Ndongo Miyone. Condamné par un
tribunal militaire à dix ans de prison, en décembre 1970.
ANISOK (Du Fang a-ni = il entre, et Nsok = éléphant). Localité du
centre-nord du Rio Muni, sur le Rio Bimbiles, à 45 km au sud-est de
Mikomeseng, appelée longtemps Bimbiles, et dès 1936 Valladolid de
Bimbiles. Elle est reliée par une route à Nkué, qui se trouve sur l'axe
Bata-Ebebiyin. Dotée d'une centrale thermique, d'un hôtel, d'une
piscine, de divers bâtiments administratifs, avant l'indépendance d'une
entreprise de conditionnement de vin. En 1942 Aiiisok devint chef-lieu
d'un nouveau District administratif (Demarcaci6n), séparé de celui de
Mikomeseng. En 1962, les Sœurs Oblates y ont ouvert un
Collègeinternat. Après l'indépendance on y a construit des bâtiments pour
une école secondaire, grâce à l'aide espagnole, mais qui n'a
pratiquement pas fonctionné par manque de personnel.
ANNÉE POLAIRE INTERNATIONALE. V. Bonelli Rubio, Juan Maria.
ANNEXION. V. Cameroun, Gabon, Idea Popular, Nigeria,
Ouagadougou.
ANNOBON. lIe située à 160 km de Sào Tomé, à 355 km à l'ouest du
Cap Lopez (Gabon), et à quelque 600 km au sud de Fernando Poo.
Elle mesure six kilomètres sur trois, soit quelque 1 700 ha, dont
environ 300 cultivables, ce qui explique l'absence de colonisation
européenne. Il s'agit d'un piton basaltique qui émerge brusquement d'un
socle marin profond (- 4 000 m); quatre sommets surmontent l'île,
dont le Pico de Fogo (600 m) et le Pico de Mazofin (831 m) sont les
plus élevés, le second avec un lac de cratère de 400 x 600 m. La cape
d'humus est mince et rend les cultures difficiles. Les côtes sont
escarpées; une seule zone basse est localisée au nord, où se trouve le
village-capitale de San Antonio de Palé. L'île connaît deux saisons des
pluies (avril-juillet, octobre-novembre). Elle est couverte d'une
végétation équatoriale abondante qui varie en fonction de l'altitude. La
faune se caractérise par l'absence de serpents venimeux; seul y vit un
scorpion dangereux.
La population est composée de Bantu d'Angola, de Sao Tomé et
de Principe, voire de Bubi. La langue est un mélange de dialectes
bantu d'Angola et de vieux portuguais et fait partie des parlers
créoles issus de cette dernière langue.
L'île a été aperçue une première fois en 1471-1472 par Joào de
Santarem et Pedro de Escobar, mais il semble que c'est un certain
Ruy de Sequeiros, qualifié de Domestique du Roi (du Portugal) qui
foula le premier le sol de l'île, le 1er janvier 1474, d'où l'appellation
d'Anno Bom = Annobon. En 1592 fut envoyé de Sao Tomé un
Gouverneur subalterne, accompagné d'un instituteur et de quelques
Africains. Nommée capitanie, l'île devint la propriété de Jorge de Melo,
48qui revendit ses droits à Luis de Almeida pour 400 000 reales, et qui
peupla réellement l'île avec des Noirs amenés de Sao Tomé. En 1614,
le Gouverneur de l'île était Ferrero Velozo, originaire de Galice. Le
30 octobre 1623 arrivèrent à Annobon onze navires de l'expédition
hollandaise dite de « Nassau» dirigée par l'Amiral Jacques l'Hermite,
pour y faire de l'eau et aussi s'approvisionner en oranges (abondantes
sur l'île à cette époque, à en croire les chroniqueurs). En raison de
vols divers, le Gouverneur portugais de l'île dut faire arrêter quelques
officiers néerlandais. San Antonio comptait alors 400 habitants. Entre
1645 et 1647, et en 1654, des Capucins en route pour le Congo
tentèrent vainement d'évangéliser la population de l'île. En 1656, un essai
de colonisation par Diego Delgado, de Sao Tomé, avec la canne à
sucre, échoua. A la fin du XVII. siècle. Annobon servait de relais
pour les navires portugais faisant la liaison avec l'Angola et les Indes.
A la suite de déviations du catholicisme pratiquées sur l'île, deux
expéditions missionnaires furent organisées, en 1757 (avec le Frère Pinto
de Fonseca) et en 1770 (avec les chanoines A.L. Monteiro et G.
Martins das Neves, de la cathédral<;: de Sao Tomé), qui échouèrent toutes
deux en raison de l'hostilité des habitants de l'île. Et le 24 mars 1778,
par le Traité du Pardo, l'île devint espagnole, avec Fernando Poo et
les territoires s'étendant de l'embouchure du Niger au Cap Lopez.
Afin de prendre possession de ses nouveaux territoires, le
Gouverneur espagnol y envoya, en 1778 encore, depuis Montevideo,
l'expédition du Brigadier Comte Argelejos. Celui-ci fut probablement tué par
les Annobonnais résistant à l'invasion espagnole. Les historiens
espagnols situent la mort dans le bateau, sur le chemin de l'île. C'est
Primo de Rivera qui dut alors prendre en mains l'expédition (qui
échoua en raison d'une rébellion de marins).
Durant le XVII<et le xvm. siècles, les Annobonnais vendaient des
toiles de « coton» à Sâo Tomé, qui étaient probablement
confectionnées avec le produit des kapokiers (ceiba).
En 1827, vue le faible intérêt de l'Espagne pour Annobon et
Fernando Poo, le comte Ofalia proposa la vente (V. Cession) des deux
4,7 Mo de reales). En 1839, leîles au Royaume-Uni (50000 £ =
Gouvernement britannique fit une offre dans le même sens à laquelle
l'Espagne répondit favorablement, mais les Cortès, devant l'hostilité
de l'opinion publique, retirèrent le projet de loi de vente en 1841,
après qu'il eut paru au Bulletin Officiel. En 1831, l'île avait reçu la
visite du médecin naturaliste espagnol Andrés y Andrés.
gouvernéeEntre 1836 et 1839, J. Moros de Morellon visita l'île -
alors par un Noir, Pedro Pomba, qui croyait encore être sujet
portugais par trois fois et en fournit d'intéressantes descriptions.
Pombadécéda en 1838. Selon Allen, en 1841 le Gouverneur s'appelait Tom
Joe. C'est le 22 mars 1843 que Lerena, envoyé par Isabel II
d'Espagne pour reprendre possession de Fernando Poo et d'Annobon,
débarqua sur cette dernière île, habillant pour l'occasion le
Gouverneur africain d'un uniforme européen.
Ce n'est qu'en 1885 que s'ouvrit à Annobon la première école
missionnaire catholique espagnole (Clarétiens). La même année, le Père
Juanola empêcha, par sa seule présence, l'occupation de l'île par un
navire allemand. Dès 1887 Annobon fut dotée d'une mission
Clarétienne permanente. Jusqu' en 1907, les seuls représentants européens à
49Annobon furent six missionnaires, ce nombre restant le même jusqu'à
l'Indépendance, et un détachement de la Garde civile.
Dès le début du xx' siècle, des baleiniers anglais et norvégiens
(venant de Sao Tomé et du Cap Vert) commencèrent à décimer les
baleines aux environs de l'île. En 1902, Annobon reçut la visite du
naturaliste italien Leonardo Fea.
De 1907 à 1942, l'île forma un District administratif, puis elle fut
intégrée au District de Bata. Depuis la Provincialisation (1959) l'île
fait partie de la province insulaire de Fernando Poo. En 1911 arriva
sur l'île le père Clarétien Epifanio Doce, qui y resta jusqu'à
l'indépendance, et qui a publié un nombre respectable d'informations sur
Annobon.
Les habitants d'Annobon pratiquent la pêche à la baleine sur leurs
petites pirogues, à l'aide d'harpons. Faute de débouchés sur l'île,
beaucoup d' Annobonais ont travaillé sur des navires de pêche
industrielle étrangers (en 1936 six d'entre eux furent embarqués sur un
navire norvégien), ou comme ordonnances, chauffeurs, manœuvres,
soldats de la Garde coloniale.
En 1932, le botaniste anglais A.W. Excell, et l'entomologue
W.H.T. Tamus, du British Museum, effectuèrent une visite de l'île.
Fin 1932, un an et demi après avoir été nommé Gouverneur général
de la Guinée espagnole, le Gouverneur général Gustavo Sostoa y
Sthamer fut assassiné à Annobon par le sergent Castilla, de la Garde
coloniale, Administrateur territorial (Délégué gouvernemental) qu'il
venait de destituer en raison de ses convictions républicaines. Le
successeur de Sostoa y Sthamer, le Gouverneur général Lluesma Garcia
fut le protagoniste de la déportation à Annobon de 121 syndicalistes
catalans, une commission de Madrid étant même envoyée sur place
pour étudier la possibilité de l'installation d'un pénitentier, mais le
projet échoua. Dans les années 40, des Bubi furent déportés à
Annobon à la suite de la création, à Fernando Poo, d'une Société secrète
«( Les Filles de Bisila») destinée à resister au pouvoir espagnol, et
surtout aux prétentions du Gouverneur général Alonso et à empêcher
Alonso de devenir roi des Bubi (1942-1943). De 1939 à 1943, A.B.
Curror fit une exploration botanique à Annobon; ses trouvailles sont
déposées à l'Herbarium de Kew.
En 1967-68, à l'occasion de la Conférence constitutionnelle,
Annobon fut représenté à Madrid par Santiago Mun et V. Castellon Ntayo
qui, en 1968, à l'occasion des élections, présentèrent sur l'île une liste
du MUNGE, avec Ondo Edu comme candidat à la Présidence de la
République (Emblème: « baleine»). V. aussi Castillo Barri/.
En 1973, le P.U.N.T. proposa de donner à l'île le nom fantaisiste
de Pagalu, soit « Papa Coq », le coq ayant été l'emblème de Macias
Nguema aux élections de septembre 1969. La même année 1973 l'île
fut partiellement dépeuplée à la suite d'une épidémie de choléra parce
que Macias Nguema avait interdit d'y débarquer des vivres et des
médicaments fournis par les Nations Unies.
Fin 1976, suite à un Décret présidentiel sur le travail obligatoire,
tous les hommes vivant encore à Annobon ont été transférés à
Fernando Poo pour y travailler dans les plantations de cacao. Depuis,
l'île serait devenue une base d'approvisionnement de la flotte
soviéti50que, au même titre que San Carlos à Fernando Poo. Cette situation
a pris fin le 31 décembre 1979. V. aussi Broecke, Fonseca, Reins!.
ANTHROPOPHAGIE. C'est Paul du Chaillu qui a répandu le mythe
des Fang férocement cannibales. En 1926, Bravo Carbonel (<<Guinea
espanola ») affirma qu'il s'agissait là d'une légende due au fait que
les Fangs arrachaient naguère le cœur et les organes génitaux à leurs
valeureux ennemis vaincus, en mangeant parfois des parcelles. En
1946, Trujeda Incera signala que les sorciers (V. Fang) célébraient
fréquemment des réunions où l'anthropophagie joue un rôle
fondamental. L. Ramos-Izquierdo y Vivar, ex-Sous-gouverneur du District de
Bata, et ex-gouverneur général, a toujours réfuté catégoriquement ces
allégations, notamment dans son ouvrage de 1912, Descripci6n
geogrâfica: «je le nie rondement ». Sachant que chez les Fang le dépeçage
des cadavres après le décès est chose courante (selon des règles très
strictes), afin d'assimiler les qualités du défunt (ce que Frazer appelle
l'anthropophagie homéopathique), le gouvernement de la République
de Guinée équatoriale a limité l'accès aux cimetières.
Les sociétés de sorcellerie anthropophage (evu), dont les membres
s'appellent nten, sont en voie d'extinction. L'anthropophagie (il
faudrait dire plutôt «nécrophagie ») n'est pas une fin en soi, mais
répond à la conviction que par l'ingestion on assimile les vertus de la
chose ingérée (c'est là l'origine des interdits alimentaires). Les «
festins» anthropophages se faisaient avec des cadavres déterrés et
n'avaient que valeur symbolique. Chaque membre de la société devait,
à tour de rôle, apporter un cadavre; en cas de manque de morts
naturels, on faisait alors appel aux poisons (strophantus notamment),
la victime étant déterminée par le collège des membres de la secte. En
cas de non-réussite, le membre responsable doit se sacrifier lui-même.
On entre dans la secte après avoir absorbé de l'iboga, qui provoque
un phénomène d'hyper-excitabilité. L'admission d'un nouveau membre
nécessite la mort de quelqu'un.
En 1946, dans la prison de Bata, sur 73 détenus, 19 s'y trouvaient
pour délits d'« an(hropophagie », et à Santa Isabel, Il sur 82.
Les sacrifices humains du Bwiti et du Bieri n'ont rien à voir avec
l'anthropophagie.
Le mythe de l'anthropophagie du peuple Fang est une idée qui
s'est développée à l'époque de la traite des Noirs. Ce trafic d'esclaves
se faisait par l'intermédiaire des « midmen » qu'étaient les populations
côtières, qui inventèrent une série de tabous pour développer leurs
affaires en toute quiétude: afin d'éviter que les négriers européens
n'entrent en contact avec les Fang de l'intérieur, on les intimidait par
la menace d'être mangés; pour éviter les contacts directs entre chefs
Fang et Européens à la recherche de main-d'œuvre, on faisait savoir
aux Fang que les Blancs sont cannibales, de sorte que les Fang
confiaient leurs affaires E1.UX populations de la côte. Plus tard, lorsque les
Missionnaires rencontraient dans certaines maisons Fang des crânes
d'ancêtres, que l'on invoquait en tant qu'intermédiaires avec dieu, ils
interprétaient évidemment ces reliques comme étant les restes de cultes
anthropophages. Au même titre que le christianisme qui connaît la
consommation du sang et de la chair du Christ, dans les religions
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