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Piste

De
264 pages

« Quand on a 30 ans, tout paraît possible. L’aventure nous ouvre ses bras immenses et nous offre toutes les possibilités. Pour moi, le rêve, c’était le Sahara. Traverser le Sahara en voiture à cette époque relevait du défi. Ce récit de voyage, quarante ans plus tard, présente quasiment un intérêt historique. Et les mésaventures n’ont pas manqué d’être au rendez-vous. »


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-76782-0

 

© Edilivre, 2014

Piste

 

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« Nous les Touaregs, nous sommes faits pour chanter des poèmes et pour parcourir le désert. Les dunes de sable et les rochers hallucinants sont notre demeure… Nous sommes faits pour respirer le soir l’odeur du sable chaud et regarder les étoiles. » (Recueilli par Douchan Gersi)

« Mais que cherchent-elles, nos âmes, à voyager ainsi… ? » (Georges Seféris)

« Ils possédaient en leur âme l’aventure qui, plus que tout, peut souder et magnifier les hommes lorsqu’elle est affrontée en commun. » (Pierre Sabbagh)

« La beauté et la solitude sont le meilleur aliment des rêves. » (J.M. Tey)

« Le désert restitue à l’homme son contenu d’humanité. » (François Vergniaud)

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Préambule

Avant de commencer la lecture des pages qui vont suivre qui retracent les péripéties que nous avons connues au cours de notre traversée du SAHARA, ouvrez un atlas et regardez le continent africain : une grande partie de la zone située au nord de l’équateur est une immensité désertique : le SAHARA. Si vous voulez serrer de plus près la réalité, tracez au nord une ligne joignant AGADIR au MAROC à GABÈS en TUNISIE, et au sud SAINT-LOUIS du SÉNÉGAL à KARTHOUM au SOUDAN : vous aurez ainsi délimité approximativement un quadrilatère de 5000 kilomètres de l’est à l’ouest et de 2000 kilomètres du nord au sud, d’une superficie de plus de 8 millions de kilomètres carrés, c’est à dire environ 15 fois la France ; voilà le SAHARA, un univers à part, où les pluies sont extrêmement rares et où l’évaporation l’emporte de façon suivie sur les précipitations1.

images3Tout est extraordinaire au SAHARA et hors du commun des étendues de sable infinies édifiant de véritables montagnes, les ergs ; des déserts de pierres de plusieurs milliers de kilomètres, les regs ; et au cœur de cette contrée fantastique, une zone encore plus vide, le pays de la soif, le désert des déserts, le désert le plus absolu du monde, le TANEZROUFT. Extraordinaires aussi les températures relevées dans certaines régions : 58° à l’ombre en LYBIE en été, mais aussi des variations étonnantes entre le jour et la nuit atteignant fréquemment 36° l’été et 45° l’hiver, oscillant entre +35° et -10°.

Traversant cette immensité un mince cordon de vie : tout d’abord la route infiniment droite allant d’EL GOLÉA à IN SALAH ; et puis la piste menant à TAMANRASSET, épouvantable ; et enfin les traces dérisoires de quelques rares véhicules en direction d’AGADEZ, inscrites dans le sable et puis peu à peu effacées par l’harmattan2, la nature ici ne permettant plus à l’homme d’imprimer une quelconque marque indélébile.

C’est dans cet univers extraordinaire que nous allons vivre un mois durant. En allant d’ALGER à ABIDJAN en passant par le HOGGAR et d’ABIDJAN à ALGER par le TANEZROUFT, nous allons donc devoir affronter la réalité nouvelle d’une part de l’isolement, d’autre part de la chaleur diurne et du terrible froid nocturne ; et puis de la piste parfois très difficile et harassante qui nous fera souvent craindre le pire et que la fin du voyage était arrivée. À chaque instant, nous ne devrons pas perdre de vue qu’il ne nous faut compter que sur nous-mêmes ; il nous arrivera de rester deux jours sans apercevoir âme qui vive tout au long de la piste. Mais après avoir étudié la géographie, la topographie et la climatologie des régions du SAHARA que nous allons traverser, nous sommes confiants.

Nous préparons sérieusement ce voyage depuis un an et finalement, tout au long de cette préparation, chaque jour, je saisis que le plus difficile, l’essentiel en somme, est de prendre la décision de partir. Il faut tout planter là et partir. Car en cogitant trop longtemps sur les raisons valables et tout simplement sur l’aspect raisonnable d’un voyage, je suis persuadé que l’on ne découvre souvent que des raisons de ne pas agir, de ne pas partir.

« C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis entre dix et treize ans qui donne ainsi l’envie de tout planter là… Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons ; et l’on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait comment nommer ce qui vous pousse ; quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon. Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. » (Nicolas BOUVIER)

Je fais un voyage parce que tout de même quelque chose me pousse à l’entreprendre : il y a donc une cause et un but, celui-ci étant la cause de celui-là ! Si je crée le voyage, le voyage me fera aussi ; je découvrirai des causes subtiles et des motifs inconscients émergés à la conscience par l’action d’un révélateur, le SAHARA. Le rêve, la soif d’aventures, l’influence des lectures, ont suscité en moi un attrait irrésistible lorsque la première fois, j’ai découvert la lisière du SAHARA : c’était en 1968 au SAHARA ESPAGNOL (RIO DE ORO). Tout cela n’a connu la maturation, l’aboutissement que par l’action d’un virus qui est en moi, le besoin du voyage.

« Cette drogue, ma drogue, c’est le voyage. Le vrai. Celui dans l’espace, dans le rêve, dans les visages, dans les yeux. » Avec DOUCHAN GERSI, absorbons cette drogue à haute dose « puisqu’elle fait vivre quand on en use, et elle tue lentement quand on en est privé. » Le voyage pour le voyage, tout simplement.

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1. On considère généralement qu’une zone est désertique si la pluviométrie est inférieure à 150 mm par an.

2. Vent d’est, chaud et sec, venant du désert.

Départ

LUNDI 17 décembre 1973. Nous quittons REQUISTA (Aveyron), mon ami le boucher du village, Jean-Jacques Schmidt et moi par une matinée grise et pluvieuse. La Range Rover et la 2cv se suivent de près. Le brouillard nous engloutit rapidement et nos amis silencieux nous perdent aussitôt de vue. ABIDJAN est si loin ce matin-là ! Et nombreux sont ceux qui sont persuadés de ne jamais nous revoir, « balayés par un vent de sable et enfouis à jamais sous une dune… » Un dernier regard aux quelques requistanais venus sur le pas de leur porte pour assister au grand départ… et en avant pour Marseille, première étape, pour rejoindre mon ami Dany Albar  hôtelier à PARIS et mon cousin Alain Bourjault professeur à BESANCON.

Je dois avouer bien humblement que tout au long de ces 300 jours de préparation minutieuse du voyage, matériel, véhicules, équipages etc…, le moment du départ ne m’est pas venu à l’esprit. En effet, c’est un moment terriblement exaltant et angoissant tout à la fois ; la machine mise en branle pour la réalisation du voyage est le moteur du départ. Une préparation psychologique serait presque nécessaire pour affronter le moment du départ pour cette grande aventure ; c’est là en définitive que la décision prend vraiment corps et commence à montrer sa véritable dimension. On peut préparer des quantités de voyages et ne jamais partir. Mais là, nous partons vraiment ! Nous sommes en train de partir ! Terrible émotion : je laisse mon épouse et mes trois enfants…

Nous passons notre première nuit à 40 kilomètres de MARSEILLE, sur un parking, dans la cabine couchette sur le toit de la Range, qui s’avère extrêmement confortable et isolée du froid de l’hiver.

MARDI 18 décembre.

Réveil à 6 heures. Un vent glacial nous paralyse au sortir de la cabine.

À 7 heures 45, nous retrouvons Dany à la gare Saint Charles. Il est tout heureux de sentir l’aventure se profiler… À 8 heures 30, nous retrouvons Alain devant la Samaritaine ; il arrive en voiture de BESANCON. La veille, à peine sorti du cours de maths qu’il vient de donner au lycée, il est parti avec sa sacoche et les copies des élèves, avec un ami qui l’a déposé là après avoir roulé toute la nuit pour arriver à l’heure à MARSEILLE.

Ultimes vérifications : l’équipage est à présent au grand complet. Tout est prêt. Un dernier bon gueuleton au Suffren avant de partir au port.

Interminable attente de trois heures pour embarquer. L’embarquement finalement aura lieu à 14 heures. Dans ce grand port de Marseille ouvert à tous les vents, nous attendons. Des papiers et encore des papiers à remplir ! Des fiches blanches, bleues, vertes qui ne serviront à rien mais qui donnent du travail à beaucoup de monde… Le mistral souffle en rafales et vient nous chercher jusque dans le hangar où nous sommes, provisoirement parqués avec les autres voitures. Nous grelottons de froid : l’hiver est bien là ! Comment imaginer que dans quelque temps, nous aurons certainement trop chaud… Nous remontons dans la Range, espérant y trouver un peu de chaleur. Nous habituer à cette voiture, avec laquelle nous devrons vivre pendant deux mois, pour le meilleur et pour le pire… Tout dépend d’elle, finalement… Nous commençons à trouver longues les minutes qui nous séparent de l’embarquement. Mais, nous essayons de les faire durer, pour savourer pleinement ces derniers instants ; les plus difficiles du reste. Tout est encore possible : faire demi-tour par exemple, abandonner, tout laisser tomber !! Comment taire cette angoisse qui surgit du plus profond de soi-même ? Réflexe d’autodéfense ou instinct de conservation peut-être ! À chacun de mes départs pour une aventure toujours plus ou moins difficile, cette angoisse est au rendez-vous. Mais je sais parfaitement, avec l’habitude que lorsque nous serons réellement partis, elle aura complètement disparu… jusqu’au prochain voyage !

Le port de Marseille est un véritable labyrinthe. Nous traversons des hangars, longeons des quais, franchissons des barrières, toutes les voitures à la queue leu leu. À peu près tous les vingt mètres, un employé nous donne une fiche à remplir, qu’un autre nous reprendra vingt mètres plus loin. Quelle organisation !! L’atmosphère est déjà changée : ce n’est plus tout à fait la France et pas encore l’Afrique.

Nous nous efforçons d’appliquer dès à présent les principes sur lesquels nous nous sommes tous mis d’accord il y a quelques heures : pour ne pas nous attirer d’ennuis de paperasserie inutiles, nous disons à chaque fois avec un grand sourire : « Bonjour Monsieur. Merci Monsieur. Au revoir Monsieur ! » Et dans la lancée, nous serrons toutes les mains. C’est extraordinaire le temps que l’on peut gagner ainsi.

Enfin voici le « Comté de Nice » ! La gueule béante, le transbordeur avale voitures et camions… tous en partance pour ALGER. Nous restons attentifs et observons avidement tout ce qui se passe autour de nous. Pour Alain, c’est une grande première : c’est la première fois qu’il prend le bateau !! Et il savoure !! Les voitures sont rangées les unes contre les autres, très serrées ; aucune place n’est perdue. On nous demande de laisser les clefs de contact sur le véhicule ; en effet, le débarquement sera effectué par l’équipage du « Comté de Nice ». Je n’aime pas tellement cela et quelques jours plus tard, nous nous apercevrons que je n’avais pas tort de m’inquiéter3.

L’exploration du bateau commence. Mais nous nous rendons vite compte qu’avec un simple billet « touriste », on ne peut pas se rendre partout. On nous indique notre emplacement : c’est une salle inférieure, sans hublot, mal aérée et probablement jamais nettoyée. Émergeant d’une odeur d’huile et de graisse, tous les sièges sont déjà occupés par des Algériens encombrés de volumineux bagages. Un peu déçus, nous nous élevons d’un étage : il y a là un bar autour duquel se presse beaucoup de monde. Des Français apparemment. D’un commun accord, nous décidons d’occuper une banquette, (il n’y en a que quatre pour tout le bar !!) que nous réservons en y déposant nos bagages.

16h30 : le ferry largue les amarres. Quelques instants plus tard, le port de Marseille s’éloigne très lentement. Le mistral impitoyable arrache un à un les passagers à leur contemplation. Seul sur le pont, un Algérien, l’oreille collée à un petit transistor. Il cherche déjà des yeux les côtes d’Afrique !!

Dès la sortie du port, la mer s’avère très houleuse.

Au bar, c’est maintenant l’affolement le plus complet. Bousculade et panique pour récupérer chacun un repas. Les futurs coopérants en grande majorité sur ce bateau sont servis en priorité. Nous devrons attendre le troisième service, pour avoir une soupe froide !!

Je passe la nuit sur le pont balayé par un vent glacial et humide, enfoncé dans mon sac de couchage. Il fait une chaleur suffocante à l’intérieur : impossible d’y dormir.

MERCREDI 19 décembre. 6 heures ; réveil par un temps pluvieux mais plus doux et une mer plus calme.

La nuit n’a pas été trop mauvaise. Un banc sur le pont m’a servi de lit, protégé du vent par un canot de sauvetage. Un peu dur, mais pas trop inconfortable.

Petit-déjeuner somptueux : café et croissants à volonté. Il est 8 heures et l’arrivée à ALGER est prévue pour 14 heures, heure française, ou 13 heures heure locale. À tour de rôle, nous faisons le guet sur le pont, en qualité de vigie. Nous consacrons ces derniers instants à la mise au point définitive de l’organisation du voyage.

Terre droit devant ! C’est la bousculade générale !! On aperçoit effectivement quelque chose caché derrière un rideau de brume, encore loin à l’horizon. Lorsqu’une heure plus tard la côte africaine apparaît plus nettement, le commandant ouvre le pont supérieur aux passagers. Nous pouvons alors nous placer juste à côté du poste général de commande et admirer les différentes manœuvres. Quatre hommes seulement qui donnent des ordres à l’équipage par l’intermédiaire de micros. Certains compulsent attentivement une carte, un autre surveille des cadrans qui semblent mystérieux au profane.

Enfin on peut apercevoir ALGER. Le spectacle est étourdissant. De loin, ce n’est qu’une ville miniature, un amoncellement de bâtiments blancs ou roses dont on devine les architectures méridionales. Et insensiblement, à ces images viennent s’ajouter des sons, des odeurs ; on distingue déjà les rumeurs habituelles des villes : klaxons de voiture, musique locale. Dans quelques instants, nous serons plongés dans cet univers inconnu ; ce sera la tempête !

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3. Il nous manquera quelques paires de chaussures… !

Algérie

Nous arrivons donc à ALGER vers 14 heures, après une traversée sans histoire, ennuyeuse même tant nous sommes impatients de fouler la terre d’AFRIQUE.

Une douceur printanière nous accueille au port d’ALGER et les collines entourant la ville blanche se découpent nettes sur le ciel bleu foncé. Il fait 25° et les pulls ont vite retrouvé les valises. Le printemps, cela se sent ; bien qu’il soit de courte durée chez nous, chacun a appris depuis son enfance à le sentir. Nous sommes le 19 décembre et Alger sent le printemps ! C’est un effluve irrésistible qui s’empare du bateau tout entier. Nous sommes dans un autre monde.

L’inexorable longueur des formalités à accomplir pour entrer en ALGERIE nous fait déchanter rapidement ; cela était prévu mais pas à ce point. Nous sommes dans un hall très grand, moderne, plus propre et mieux aménagé que celui de Marseille. Il faut faire la queue pour faire viser le passeport et déclarer les devises. Ensuite, il faut refaire la queue pour changer de l’argent. Toutes ces formalités se font très lentement et l’attente est pénible au milieu d’un brouhaha indescriptible. Comme toujours, que de papiers en double, en triple…. ! Il faut aussi prendre une assurance automobile spéciale.

Puis un Européen s’approche de nous et gentiment nous chuchote une question à l’oreille. Il faut lui faire répéter quatre fois avant de comprendre qu’il nous demande si nous sommes VSNA ! Ceux qui il y a quelques minutes étaient coopérants, deviennent brusquement « volontaires pour le service national actif » !!

images6Le moment est venu de récupérer les voitures. Les indications, sur le parking correspondant à notre bateau, n’abondent pas. Fort heureusement, en quittant ce hall bruyant, un Algérien, fidèle au poste, nous dit que c’est assez loin et qu’il est préférable de le suivre pour ne pas nous perdre. En fait, il n’y a qu’une centaine de mètres à peine. Je le remercie chaleureusement et lui glisse un billet. L’homme part sans demander son reste.

À la tombée de la nuit, vers 18 heures, après avoir récupéré nos deux véhicules, et tourné en rond dans le port à la recherche d’un préposé censé apposer son tampon sur nos passeports et documents divers, nous prenons la route de BLIDA, Dany et Jean-Jacques dans la 2 CV, Alain et moi dans la Range. Sortir d’ALGER de nuit n’est pas une sinécure et l’opération nous conduit à errer dans les rues et avenues, demander maintes fois notre chemin ; au bout d’un bon moment, nous découvrons enfin un panneau indicateur nous précisant la direction à suivre.

Les 50 km nous séparant de BLIDA sont parcourus très lentement : il nous faut nous adapter aux conditions de circulation routière du pays. La faim et la fatigue d’une rude journée riche en tracasseries administratives nous incitent à faire halte à BLIDA. Nous nous garons sur les bords d’un petit jardin public de la ville neuve, et aussitôt un attroupement de gosses se constitue, comme toujours dans ces pays, lequel nous préoccupe un peu ; nous craignons que nous ne soient dérobés quelques bagages situés sur le toit des véhicules. Peu de temps après, un policier vient nous dégager de la foule qui nous entoure et cela nous tranquillise quant à nos véhicules ; il nous rappelle que nous sommes en stationnement interdit, mais très gentiment et compréhensif, il nous accorde de rester là et se propose même de surveiller les alentours pendant notre absence.

images7Nous nous dirigeons vers le souk et immédiatement le charme arabe nous entoure tandis que nous nous enfonçons dans les ruelles grouillantes de monde de la médina. Nous cherchons depuis un moment un restaurant algérien qui nous puisse servir du couscous. Malheureusement, les deux premiers n’en ont pas au menu et le troisième n’en a plus ; au quatrième et au cinquième, grande est notre surprise de nous entendre répondre qu’il n’y a plus de couscous, avant même que nous ayons posé la moindre question : le téléphone arabe fonctionne… !

Finalement, après avoir erré longtemps et effectué quelques achats de fruits pour les jours à venir, nous entrons dans un petit restaurant sympathique, typique et avenant devant lequel une bonne odeur de cuisine nous a fait nous arrêter.

Après avoir englouti, (c’est bien le mot !) du poulet accompagné de riz et d’une sauce qui n’eut de piquant que le terme annoncé sur le menu, et des oranges, nous nous mettons en quête d’un lieu pour bivouaquer pour la nuit. Nous décidons dans ce dessein de revenir sur nos pas, car d’une part BLIDA est une trop grande ville et nous n’en aimons pas la proximité pour la nuit, et d’autre part nous ne connaissons pas le pays après BLIDA, qui s’annonce comme particulièrement montagneux.

Un vent extrêmement violent et tiède s’est levé et fait voler une poussière aveuglante dans BLIDA ; les arbres plient…

La place du village de BENI-MERED, situé à quelques kilomètres avant BLIDA s’offre à nous comme un emplacement idéal. Alors que nous cherchons « scientifiquement » la meilleure disposition à adopter pour les véhicules parmi les platanes pour couper un peu les bourrasques de vent, quelques villageois au sommeil tardif viennent nous souhaiter la bienvenue. L’un même de ces braves gens nous invite à entrer chez lui chercher de l’eau si nous en avons besoin. Un autre connaît bien le SAHARA pour y avoir conduit des camions pendant quinze ans sur toutes les pistes ; et il nous donne quelques conseils supplémentaires en nous faisant maintes recommandations comme si nous étions ses propres fils… La gentillesse de ces gens simples nous touche. Ici l’hospitalité est une loi sacrée et l’étranger, surtout français, est aussitôt un invité. Nous bavardons longuement dans la nuit mouvementée qui s’avance, les rafales ne cessant de s’abattre avec une violence inouïe sur notre campement, couvrant de milliers de feuilles mortes les bagages et les lits de camp de Jean-Jacques et Dany qui devant la difficulté de l’installation ont renoncé à monter la tente.

Et malgré le vent qui souffle en tempête toute la nuit durant, me faisant par instants craindre que la tente placée sur le toit de la Range ne s’envole ou qu’un arbre ne nous écrase, nous nous couchons vers 21 heures et trouvons le sommeil rapidement. Plusieurs fois au cours de la nuit, je me relève afin de vérifier que Dany et JJ sont toujours bien vivants (!) et qu’ils n’ont pas été assommés par une branche cassée ou un arbre déraciné. Dans la nuit claire, je distingue leur silhouette étendue couverte de feuilles mortes…

images8Jeudi 20 décembre. Il a plu au cours de la nuit ; et le temps est très doux lorsque les rafales de vent nous éveillent de bonne heure. A 8 heures, nous nous mettons en route au milieu de nuages de poussière soulevés par le vent, qui par endroits a déraciné des arbres le long de la route.

De longues formalités doivent être encore effectuées à BLIDA pour obtenir des bons d’essence avec réduction importante. Trois heures sont ainsi perdues pendant la matinée passée à la banque. Les fonctionnaires algériens sont d’un flegme et d’une lenteur exaspérants, auxquels il nous faudra nous accoutumer, quoi qu’il en soit.

Après avoir pris une collation, thé à la menthe et pâtisseries, pour nous remonter un peu le moral, nous prenons la route : il est 11 heures.

images9La route qui mène à MEDEA est très accidentée, serpentant dans les gorges de l’oued CHIFFA, rappelant certains paysages du Jura ou de la Suisse. La 2CV grimpe avec résolution les cols mais peine lorsque la pente est trop raide. De nombreux et importants chantiers de travaux d’aménagement de la route ralentissent notre marche et nous décidons dès lors de ne pas nous arrêter à midi pour déjeuner. Nous parvenons à MEDEA en fin de matinée : nous sommes quasiment à 1000 mètres d’altitude. Nous estimons que nous ne serons pas à LAGHOUAT ce soir comme il a été prévu initialement sur le tableau de marche ; car le vent très violent qui souffle de face ralentit considérablement notre avance et la moyenne horaire est tombée à 40 km.

Au cours de l’après-midi, nous sommes surpris par le premier vent de sable quelques kilomètres après KSAR EL BOUKHARI ; pendant plusieurs kilomètres, nous nous imaginons déjà dans le désert ; nous roulons tous phares allumés et sommes entourés de toute part par ce brouillard de sable que le vent projette sur les voitures. Et puis soudain, c’est l’accalmie complète, presque une désillusion : le macadam reparaît ; le nuage de sable a disparu et le vent glacial cette fois souffle sur les étendues caillouteuses des hauts plateaux où nous sommes à présent.

Nous arrivons à DJELFA vers 17 heures alors que la nuit d’hiver tombe rapidement par ce temps couvert et glacial. Il fait 7°, température indiquée par le thermomètre de bord, dans la rue principale de cette petite ville des hauts plateaux. Alain suggère que nous cherchions immédiatement un restaurant pour avaler une bonne soupe chaude et autre chose si possible. Nous échouons finalement dans un petit restaurant où l’accueil est très chaleureux ; le patron nous accueille comme ses propres fils et nous prépare un bon potage et un couscous copieux qui nous remettent d’aplomb ; et tout contre le poêle à bois, à moitié somnolents, nous écoutons ce brave homme nous raconter ses souvenirs de guerre dans la division Leclerc…

Nous avons à peine parcouru 250 kilomètres aujourd’hui en raison du vent ; il nous faudra donc nous lever très tôt demain matin pour tenter de combler le retard… Nous installons notre campement pour la nuit à quelque distance de DJELFA, sur une étendue déserte de terre séchée en bordure de route.

VENDREDI 21 décembre.

Au cours de la nuit, nous sommes réveillés par la tornade de vent et de pluie qui s’abat sur nous ; une humidité glaciale règne dans la tente qui heureusement pour nous se trouve sur le toit de la Range ; Dany et JJ sont moins heureux qu’Alain et moi, dans leur lit de camp au ras du sol. À 5 heures, je me lève pour constater que le thermomètre indique 4° C ! Le temps est couvert et il pourrait bien neiger ! Nous pataugeons pendant deux heures dans la boue pour plier la tente et préparer le petits-déjeuners : nos pieds pèsent au moins 10 kilos et ne sont qu’un bloc de boue…

Deux policiers algériens en tournée surviennent et nous demandent si nous avons passé une bonne nuit… ! Humour ou non ? Ils nous indiquent, mais un peu tard qu’il existe à DJELFA une sorte d’auberge de jeunesse et un camping qui nous auraient offert un asile un peu moins humide et froid, et moins boueux.

Enfin vers 7 heures, après avoir pris un bienfaisant petit-déjeuner, nous partons vers le sud. Le paysage a changé : aux régions forestières de la veille ont succédé des plaines herbeuses et puis à présent, la route traverse des étendues de cailloux mêlés à de la terre et du sable ; quelques rares touffes d’herbe parviennent à pousser dans cette sorte de désert de cailloux.

images10Au bout de quelques kilomètres, nous perdons une heure à colmater une petite fuite du carburateur de la 2CV. Le froid paralyse nos mains et retarde considérablement l’obtention d’un résultat satisfaisant nous permettant de repartir sans risque. La fuite est certes bénigne, mais il vaut mieux éviter de plus graves soucis en réparant de suite.

Après une brève halte à LAGHOUAT pour ravitailler en essence, nous repartons. Chaque kilomètre parcouru nous fait réaliser que nous approchons peu à peu du SAHARA ; il y a très peu de végétation et à perte de vue s’étendent des champs de pierres et de sable. Et puis derrière une colline, au creux d’une petite vallée, une tache verte apparaît, dessinée sur ce décor de sable : c’est l’oasis de BERRIANE qui nous accueille ; et nous en apprécions la douceur… Nous nous arrêtons un moment dans ce havre de paix et observons la vie traditionnelle de l’oasis. Un jeune garçon mène paisiblement son troupeau de chèvres, et plus loin de jeunes enfants nous font une haie d’honneur au passage. Partout la même gentillesse et le désir de nous parler.

Plus tard, une brise tiède fait frissonner les grands palmiers dattiers et nous continuons notre route… Nous retrouvons l’infini plateau et sa solitude, immense étendue jonchée de petits cailloux ronds, usés et polis par les vents de sable millénaires… Quelquefois, une dune de sable, magique, brise l’uniformité un peu sinistre de cette contrée en traçant un grand trait jaune à l’horizon.

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Ghardaïa

Dans l’immensité désertique des regs et des sebkhas4, on ne s’attend plus guère à rencontrer la vie. Pourtant, soudain, après avoir serpenté longuement aux flancs de collines abruptes et pierreuses, la route qui descend en lacets nous offre une vue splendide sur une des perles du SAHARA : voici GHARDAIA, la capitale du MZAB5 ; il est 15 heures et nous faisons halte.

images12En vérité, on aperçoit cinq villes, chacune sise sur une colline qu’elle coiffe de tous côtés de ses terrasses étagées, et dominée par son minaret de style soudanais qui s’élance haut au-dessus des petits cubes bleus et blancs que sont les habitations serrées les unes contre les autres à la recherche de l’ombre et de la fraîcheur.

L’arrivée à GHARDAIA nous plonge dans le rêve, dans le ravissement : c’est une vision magique, merveilleuse qui peu à peu se concrétise et se démystifie, émergeant à la réalité à mesure que nous approchons des premières habitations de la ville nouvelle.

L’histoire de GHARDAIA et des sept cités du MZAB est assez originale pour être rapportée brièvement. Les sept villes du MZAB ont été bâties au XIé siècle par une secte schismatique de l’islam qui s’était réfugié en ce lieu perdu et inhospitalier pour échapper aux persécutions et pouvoir méditer en paix. GHARDAIA fut fondée en 1050 : c’est la capitale de ces sept refuges ancestraux des mozabites, les marchands du désert. La plus ancienne cité est EL-ATEUF, fondée en 1010 ; la royale est MELIKA ; la lumineuse est BOU-NOURA ; la sainte est BENI-ISGUEN. Ces quatre cités sont groupées autour de GHARDAIA. Plus isolées au nord, BERRIANE et au nord-est GUERRARA. Historiquement, c’est la mort du Prophète qui a amené indirectement des populations étrangères dans ces contrées désertiques. En effet, à la mort de MAHOMET, en 632, se crée au sein de la communauté islamique un schisme ; celui de la secte des kharidjites, populations vivant sur les rives de l’EUPHRATE, en IRAK ; ces populations observent une obéissance si scrupuleuse et littérale du CORAN qu’elles en viennent à être considérées comme hérétiques. Les kharidjites sont obligés de fuir et migrent en Afrique du nord où ils convertissent les autochtones berbères. Les plus modérés des kharidjites constituent un groupe important, celui des ibadites qui s’installent dans le TELL algérien et fondent la ville de TAHERT au Xè siècle. TAHERT fut détruite par les Fatimides au cours de guerres sanglantes et les ibadites durent à nouveau fuir, mais cette fois vers le sud, au SAHARA. Ils s’installent à OUARGLA. Ils en sont chassés un siècle plus tard et un nouvel exode les emmène dans le MZAB, où ils vont vivre définitivement et prospérer. La doctrine ibadite est essentiellement représentée dans le MZAB, mais aussi un peu en TUNISIE, à DJERBA, et en LIBYE à DJEBEL NEFOUSSA. Actuellement, la population...