//img.uscri.be/pth/45993acd1d944b047c4c9c07b0b3b1ecebd67954
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 25,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Regards interdisciplinaires sur les publics de la culture

De
272 pages
La question des publics constitue l’une des préoccupations principales de nombreux acteurs du champ culturel. Depuis une trentaine d’années, les efforts déployés pour que les productions culturelles rejoignent des publics plus nombreux s’avèrent considérables. La démocratisation culturelle, l’éducation populaire, les politiques culturelles, l’éducation à la culture et la médiation culturelle, notamment, ont engendré une certaine forme d’obligation de résultats. Le rapport à la culture s’en trouve modifié, tout comme ce que signifie « être public ».
Le présent ouvrage se compose de chapitres d’auteurs d’horizons variés et réunis par le Laboratoire de recherche sur les publics de la culture de l’Université du Québec à Trois-Rivières, qui regroupe des chercheurs et des étudiants des cycles supérieurs de plusieurs universités ainsi que des professionnels des milieux culturels et scolaires. Le lecteur découvrira ici la complexité et la diversité des relations entre les publics et la culture dans diverses sphères d’activités, de même qu’une série d’interrogations autour de la question des non-publics.
Il sera également amené à porter un regard sur les rapports entre culture et éducation, et sur l’évolution des pratiques de recherche dans ce domaine au carrefour de plusieurs disciplines.
Voir plus Voir moins
Sous la direction deAnik MeunieretJason Luckerhoff
La collection Culture et publics réunit des ouvrages originaux sur la culture et ses publics. Plus précisément, elle s’intéresse au champ desmédiations culturelles, c’est-à-dire à l’analyse des pratiques professionnelles des acteurs, aux méthodes qu’ils mobilisent et à leurs effets sur les différentes catégories de publics. Toutes les formes de la culture sont concernées, du spectacle vivant en passant par le patrimoine et les musées. L’emploi délibéré du motpublics au pluriel permet de souligner que cette collection accorde un intérêt particulier à toutes les formes innovantes de médiation de la culture qui se proposent de contribuer à la démocratisation de la culture élaborée. En contexte muséal, la notion demédiation culturellebien évidemment celle inclut d’éducation non formelle, c’est-à-dire les différentes formes de médiation des savoirs en dehors de l’école. Il s’agit notamment de celles mises en œuvre dans le patrimoine et les musées connues sous le nom d’éducation muséale.
La collection Culture et publics publie des ouvrages qui analysent les dispositifs originaux de médiation, d’interprétation et de communication, ou qui prennent appui sur des études de fréquentation ou d’autres enquêtes sur les pratiques culturelles et la muséologie. Elle propose des investigations théoriques, empiriques, historiques et conceptuelles ancrées dans les sciences humaines et sociales avec un intérêt particulier pour les approches proposées par les sciences de la communication, les sciences de l’éducation et la muséologie.
REGARDS INTERDISCIPLINAIRES SUR LES PUBLICS DE LA CULTURE
CANADA
FRANCE
BELGIQUE
SUISSE
Presses de l’Université du Québec Le Delta I, 2875, boulevard Laurier bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2 Téléphone: 418 657-4399 – Télécopieur: 418 657-2096 Courriel:puq@puq.ca– Internet:www.puq.ca
Diffusion / Distribution:
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand Boisbriand (Québec) J7H 1N7 Tél.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
Sofédis, 11, rue Soufflot 75005 Paris, France – Tél.: 01 53 10 25 25
Sodis, 128, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny 77403 Lagny, France – Tél.: 01 60 07 82 99
Patrimoine SPRL, avenue Milcamps 119 1030 Bruxelles, Belgique – Tél.: 02 7366847
Servidis SA, chemin des Chalets 7 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse – Tél.: 022 960.95.32
Diffusion / Distribution (ouvrages anglophones):
Independent Publishers Group, 814 N. Franklin Street Chicago, IL 60610 – Tel.: (800) 888-4741
La Loi sur le droit d’auteur interdit la reproduction des œuvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autorisée — le «photocopillage» — s’est généralisée, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la rédaction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L’objet du logo apparaissant ci-contre est d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit le développement massif du «photocopillage».
REGARDS INTERDISCIPLINAIRES SUR LES PUBLICS DE LA CULTURE
Préface de Bernard Schiele
Sous la direction deMàrie-càude LàrOuçhe, JàsOn LuçkerhOffetSTéphàne Làbbé
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Vedette principale au titre:
Regards interdisciplinaires sur les publics de la culture
(Culture et publics)
Textes qui découlent du colloque Recherches sur les publics de la culture: esthétique, communication et éducation, théories et méthodes, organisé par le Laboratoire de recherche sur les publics de la culture de l’Université du Québec à Trois-Rivières e (LRPC) lors du 84 Congrès de l’Association francophone pour le savoir, tenu à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en mai 2016.
Comprend des références bibliographiques.
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).
ISBN 978-2-7605-4843-5 ISBN 978-2-7605-4844-2 (PDF) ISBN 978-2-7605-4845-9 (EPUB)
1. Arts et société – Congrès. 2. Arts – Publics – Congrès. 3. Diffusion culturelle – Congrès. I. Larouche, Marie-Claude, 1963- . II. Luckerhoff, Jason. III. Labbé, Stéphane, 1970- . IV. Collection: Collection Culture et publics.
NX180.S6R43 2017
Révision François Roberge
Correction d’épreuves Christian Bouchard
Conception graphique Michèle Blondeau
Mise en page
306
C2017-941846-7 C2017-941847-5
Le Graphe
Images de couverture Bernard Schiele
e Dépôt légal: 4 trimestre 2017 › Bibliothèque et Archives nationales du Québec › Bibliothèque et Archives Canada
© 2017 – Presses de l’Université du Québec Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
Imprimé au Canada D4843-1 [01]
PRÉFACE VOUS AVEZ DIT CULTURE!
Bernard Schiele
Les travaux réunis dans cet ouvrage témoignent de la richesse et de la diversité d’un champ d’études en expansion. Prétextant une réflexion sur les publics de la culture, c’est en fait de la démocratisation de l’accès à la culture dont il était question dans le colloque organisé par l’Université du Québec à Trois-Rivières l’an passé. D’une part, ce colloque transdisciplinaire entendait réunir des chercheurs pour débattre tant des résultats de leurs travaux que des fondements théoriques et méthodologiques sur lesquels repose leur démarche. D’autre part, il s’agissait aussi pour les participants de s’interroger sur une possible convergence de ces résultats dans l’espoir qu’ils puissent être utiles aux acteurs 1 des milieux culturels et de l’éducation .
Ce questionnement participe d’un débat plus large sur l’accès à la culture.
Il est courant de déplorer le désintérêt culturel d’une large fraction du public. Le véritable défi, répètent les acteurs de la culture, est le maintien de notre capacité individuelle et collective de compréhension et, conséquemment, d’intervention dans une société sans cesse plus complexe à déchiffrer et à maîtriser. Ce leitmotiv mène à plaider inlassablement pour la reconnaissance et la valorisation de la diffusion de la culture, en faisant valoir sa nécessité et celle des moyens que sa mission requiert. C’était l’esprit du colloque de l’UQTR et c’est celui de cet ouvrage. Et cela d’autant plus, d’une part, que la culture, par les productions culturelles, est enchâssée dans le quotidien de la société moderne et contribue à la prospérité économique et que, d’autre part, si la culture est valorisée par beaucoup qui souhaitent que son accès soit facilité pour tous, pour de larges pans de la société, ces questions restent sans objet.
La question de la démocratisation de la culture et celle, corrélative, des moyens d’en faciliter l’accès pour la démocratiser ne sont pas nouvelles. Le raisonnement sous-jacent est le suivant: s’il est permis à plus de gens d’avoir l’occasion d’entrer en contact avec la culture, alors ils se l’approprieront plus facilement. C’est un peu la réflexion qui a guidé les organisateurs du colloque. Le problème posé est donc triple: il est question, premièrement, de l’élévation du niveau collectif de compétence culturelle, deuxièmement, du choix des moyens à mettre en œuvre pour assurer un accès à la culture et, troisièmement, de la garantie de son partage dans un contexte d’évolution sociale accélérée.
DES ANNÉES 1970 JUSQU’AUX ANNÉES 2000
Pour se mettre en état de comprendre les enjeux actuels, il peut être utile de se demander comment s’est posé le débat sur la démocratisation de la culture au tournant des années 1970, ne serait-ce que pour souligner à quel point les conditions actuelles sont différentes de celles qui prévalaient alors. Pour ce faire, rappelons brièvement les transformations matérielles qui se sont produites, puis les transformations sociales et culturelles, et enfin le débat sur la démocratisation.
Premièrement, les années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale prolongent l’«expansion des années de guerre». Elles se caractérisent par une «transformation de la croissance matérielle», un développement économique continu et une accélération du rythme des changements sociaux. Qualifiées de «Trente glorieuses»
(Fourastié, 1979; Marglin et Schor, 1989), ce sont des années de plein emploi et d’augmentation constante de la richesse collective. La société de consommation qui en est issue s’installe dans les mœurs, et les gouvernements adoptent des systèmes de protection sociale. Le rythme des changements techniques et des innovations culturelles s’accroît, notamment avec l’arrivée des médias, particulièrement avec celle de la télévision, laquelle va renforcer le divertissement privé au détriment des activités ou des loisirs collectifs. En parallèle, c’est aussi une période d’urbanisation massive et de développement de l’enseignement supérieur en réaction à l’évolution des activités professionnelles qui exigent désormais du personnel formé et qualifié.
Deuxièmement, ces changements entraînent un «bouleversement qualitatif de la vie» (Hobsbawm, 2003), marqué par une crise des valeurs. D’une part, une libéralisation des mœurs fait éclater le cadre traditionnel de la famille nucléaire. Les référentiels qui avaient jusqu’alors balisé les comportements volent en éclats. D’autre part, cette crise des référentiels se double de celle des générations. Précisons: dans les sociétés d’avant-guerre, la formation universitaire était réservée à une minorité, la majorité des jeunes 2 s’intégrant très tôt au monde du travail . Après la guerre, la jeunesse, qui accède en grand nombre à une formation supérieure, se mue en couche sociale autonome. Dès lors, les étudiants deviennent une force sociale et un facteur dans la vie culturelle (Hobsbawm, 2003). Il se crée donc rapidement une «culture juvénile spécifique et extraordinairement puissante [qui témoigne] d’un changement profond entre les générations» (Hobsbawm, 2003, p. 424). Cette culture jeune, matrice de la révolution culturelle pour E. Hobsbawm, s’approprie la culture populaire, peut-être pour affirmer son identité vis-à-vis de la génération précédente et ainsi s’en distancier. C’est pourquoi, dans un mouvement d’inversion culturelle, la culture populaire, jusqu’alors méprisée parce qu’elle était 3 considérée comme inférieure, se hisse au rang de culture légitime . Cette évolution transforme radicalement le rapport à la culture, particulièrement vis-à-vis de la culture dite cultivée qui doit coexister sur un même pied d’égalité avec les formes de la culture populaire. Le Pop art, par exemple, qui s’inspire dès les années 1950 de l’imagerie populaire, de la publicité et de la bande dessinée américaine, soit de tout ce qui meublait l’imaginaire duvulgus, incarnait ce mouvement de valorisation de la culture populaire autant qu’il y contribuait. Dans le même esprit, le succès du Musée de la civilisation à Québec consacre au Québec, pour ainsi dire, la légitimité de cette culture et donne la parole à ceux qui en sont les acteurs. Les critiques acerbes deMémoires, l’exposition permanente, proférées par les conservateurs, en disent long sur l’ampleur de l’inversion 4 culturelle à laquelle résistait encore et avec véhémence le champ muséal au Québec .
Troisièmement, en parallèle avec cette évolution, deux approches de démocratisation culturelle se déploient simultanément: décentralisation et participation. D’une part, décentraliser. Aller vers les gens et intervenir là où ils sont, dans les lieux qu’ils fréquentent. Dans cet esprit, démocratiser la culture, c’est délocaliser les manifestations culturelles (expositions dans les gares, sur les places publiques, festivals organisés ici et là), les sortir des lieux où elles se déroulent traditionnellement et les exposer volontairement à d’autres publics que les habitués des musées ou des concerts. D’autre part, susciter la participation du public, car il est posé que l’action culturelle vaut tant par la dynamique collective qu’elle crée que par le résultat atteint. Dans cet esprit, démocratiser la culture, c’est impliquer les gens dans un processus dont ils sont les acteurs. Donc, deux dynamiques de décentralisation et de participation sont simultanément à l’œuvre. Elles peuvent s’épauler ou être antagonistes au gré des circonstances.
Par ailleurs, ces dynamiques sont portées par deux discours auxquels elles recourent l’une comme l’autre. L’un prolonge l’idéal des Lumières: la démocratisation culturelle
consiste alors à faire en sorte que quiconque puisse se «resituer dans l’espace et dans l’histoire, […] comprendre ce qui [l’entoure] et au-delà […] agir sur son environnement» (Barbier-Bouvet, 1983, p. 13-17). L’être social visé par ce discours repose sur la «métaphore de l’intériorité», c’est-à-dire un «être doté d’un “intérieur”, lieu privé […] dont le contenu [détermine] la personnalité» (Breton, 1997, p. 54). Dans cette conception, l’individu est appelé à se dépasser en s’arrachant à sa condition d’origine, et la rencontre avec la culture – cultivée ou populaire – est vue comme un des moyens pour faciliter ce dépassement. Dans une perspective à la limite «psychologisante», l’autre discours, centré sur l’individu, entend «donner à chacun l’occasion d’exprimer les potentialités qu’il porte en lui, de participer peu ou prou à la création, oude s’investir dans la sensation» (Barbier-Bouvet, 1983, p. 16). L’enjeu, contrairement à l’autre discours, ne vise pas à un dépassement de soi, mais à la réalisation de soi. Démocratiser la culture consiste alors à permettre à chacun d’expérimenter et de ressentir pour être soi-même (voir Taylor, 1989, 1991).
LES CONDITIONS DEPUIS LES ANNÉES 2000
Le débat actuel fait fond sur ce paysage social revisité.
Premier plan.ne peut comprendre le programme de développement du parc muséal On entrepris à partir des années 1970 par la plupart des grandes villes en Occident si l’on ne prend pas en compte la croissance économique continue de cette période, la hausse du niveau de vie, l’urbanisation accélérée et l’élévation du degré de scolarisation de la population. Car, pour dire les choses simplement, le développement et le maintien d’un parc muséal ayant pour objectif de répondre aux besoins de loisirs culturels de la 5 population requiert: une concentration de visiteurs potentiels , scolarisés, disposant de ressources financières et de temps de loisirs suffisants. La ville de Montréal, sans compter ses petits musées, a jusqu’à aujourd’hui enrichi son parc muséal d’un Planétarium, d’un Biodôme, d’un Insectarium, d’un musée d’archéologie, d’un agrandissement du Musée des beaux-arts, d’un Musée d’art moderne, d’un agrandissement du Musée McCord et d’un Centre des sciences…
Second plan.développement accéléré des mass media, en phase et en Le coïncidence avec les idéaux de la culture jeune, va définitivement consacrer l’inversion culturelle, les modèles circulant désormais du bas vers le haut, légitimant ainsi la culture populaire. Ce sont ces modèles qui vont désormais donner le «ton» (Hobsbawm, 2003, p. 433) au marché de la culture. (Ouvrons une courte parenthèse: avec N. Elias [1995], nous considérons qu’il faut penser en termes de coïncidence et de convergence de tendances pour saisir la complexité d’un configuration sociohistorique donnée, et non pas chercher un facteur explicatif unique. C’est pourquoi nous parlons de «coïncidence» des effets du développement des mass media et des idéaux de la culture jeune.) Poursuivons avec 6 l’inversion des modèles. Les expériences de la «nouvelle muséologie » s’inscrivent dans la mouvance de cette inversion culturelle puisqu’elles ont pour «caractéristique commune le rapport résolument différent qu’elles génèrent avec la population à laquelle le musée est destiné» (Mairesse, 2002, p. 102). Participant du même mouvement de pensée que la culture jeune ainsi que de l’évolution de la télévision, la «nouvelle muséologie» installe l’être humain au centre du projet muséal. Ce sera aussi le parti-pris du Musée de la civilisation, qui souhaitera un musée sensible aux attentes de la population et non pas simplement à celles des habitués des musées (Arpin, 1992).
Troisième plan. Des deux discours, pour E. Hobsbawm, seul celui qui assure «le triomphe de l’individu sur la société a prévalu ou, plutôt, la rupture des fils qui, par le passé, avaient lié les êtres humains dans des tissus sociaux» (Hobsbawm, 2003, p. 437).