Répétition, répétitions : le même et ses avatars dans la culture anglo-américaine
232 pages
Français

Répétition, répétitions : le même et ses avatars dans la culture anglo-américaine

Description

Le foret (ou la sonde, ou le trépan) est toujours le même, mais les gisements découverts, les couches, les strates, les filons sont toujours nouveaux, toujours autres. Au terme de chaque avancée ou creusement, on croit le sujet épuisé et l'auteur condamné à se répéter indéfiniment. Mais plus il creuse, plus il fore, et plus jaillit la nouveauté, à la fois semblable à ce qui précède et tout à fait spécifique. La théorie mimétique repose sur un principe reçu comme simple, mais qui permet paradoxalement de mettre au jour la complexité des choses humaines et surtout le paradoxe fondamental de cette complexité, à savoir que l'Autre est aussi essentiellementmon semblable, que l'homme, sitôt né, est affronté à des sortes de doubles qui sont à la fois pour lui jumeaux et étrangers, modèles et rivaux, rivaux entre eux, rivaux par rapport à lui, rivalisés par lui.


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Date de parution 01 juin 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782869064584
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Répétition, répétitions : le même et ses avatars dans la culture anglo-américaine
Jean-Paul Régis (dir.)
DOI : 10.4000/books.pufr.3712 Éditeur : Presses universitaires François-Rabelais Année d'édition : 1991 Date de mise en ligne : 1 juin 2017 Collection : GRAAT ISBN électronique : 9782869064584
http://books.openedition.org
Édition imprimée Nombre de pages : 232
Référence électronique RÉGIS, Jean-Paul (dir.).Répétition, répétitions : le même et ses avatars dans la culture anglo-américaine.Nouvelle édition [en ligne]. Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 1991 (généré le 09 juin 2017). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782869064584. DOI : 10.4000/books.pufr.3712.
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© Presses universitaires François-Rabelais, 1991 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Le foret (ou la sonde, ou le trépan) est toujours le m êm e, m ais les g isem ents découverts, les couches, les strates, les filons sont toujours nouveaux, toujours autres. Au term e de chaque avancée ou creusem ent, on croit le sujet épuisé et l'auteur condam né à se répéter indéfinim ent. Mais plus il creuse, plus il fore, et plus jaillit la nouveauté, à la fois sem blable à ce qui précède et tout à fait spécifique. La théo rie m im étique repose sur un principe reçu com m e sim ple, m ais qui perm et paradoxalem ent de m et tre au jour la com plexité des choses hum aines et surtout le paradoxe fondam ental de cette com plexité, à savoir quel'Autreest aussi essentiellem entm on sem blable,que l'hom m e, sitôt né, est affronté à des sortes de doubles qui sont à la fois pour lui jum eaux et étrang ers, m odèles et rivaux, rivaux entre eux, rivaux par rapport à lui, rivalisés par lui.
SOMMAIRE
"Une répétition à variations" : René Girard, Shakespeare et le désir mimétique
La rephotographie comme pédagogie de la photographie : quelques réflexions surDust Bowl Descent Jean Kempf La répétition comme projet sociolog ique : l'effet-document L'effet-citation : la répétition comme projet photog raphique La rephotog raphie comme essence de la photog raphie : l'effet de mort Vers un retournement de l'effet de mort
Richard Lindner : comparaison/comparution/approximation Pierre Fresnault-Déruelle PRESENTATION D'UNE OEUVRE A L'AUTRE ANALYSE II
Le même et l'autre : sur un tableau de Terence Cuneo,The Captain's Dinner(Blackheath Royal Golf Club, Eltham) Michel Costantini Remerciements
Le jazz et la répétition : contraintes formelles et esprit d'invention Bernard Jacquin
Théorie de la citation et théorie du roman : l'exemple de Tristram Shandy Alexis Tadié Les modalités de la citation Théories de la citation L'articulation au roman
Apropos d'une erreur de titre : variations philologiques, pragmatiques et (post)modernistes sur un mécanisme élémentaire de la répétition textuelle Daniel Ferrer
Reflets, dédoublements et redoublements dansThe Black Princed'Iris Murdoch Claude Peltrault Emboîtements et réflexivité Circularité chiastique : la répétition qui tue La répétition bancale De Shakespeare à Goya : la raison estropiée
Variations sur le même et l'autre en anglais : constructions et opérations Gérard Deléchelle
1. Même 2. (the) same 3. Even 4. Pronoms réfléchis et emphase 5. Les pronoms réciproques 6. Each, every, all, ever, any, both 7. Pour conclure
Autour de l'opérateur re-Anne-Marie Santin
The Recognitionsde William Gaddis : le "carnaval de la répétition" Brigitte Félix La "rététition" et la "tépétition" La répétition et le carnaval de la différence La répétition carnavalisée Le carnaval répété La répétition comme carnavalisation des références culturelles
Le même et l'autre : figure de la gémellité dans l'écriture de John Barth Françoise Sammarcelli
Les figures et les enjeux de la répétition dansSpanking The Maidde Robert Coover Philippe Plumecocq 1- Le recommencement 2- L'emploi répété 3- La reproduction 4- Une répétition et une leçon
La dialectique du nouveau et du même dansGod's Gracede Bernard Malamud Martine Chard-Hutchinson Le nouveau, "c'est le monstre" De l'histoire ancienne Question de g râce
La transparence : métaphore réflexive du double dansTransparent Thingsde Vladimir Nabokov Christine Raguet-Bouvart Jeux de perception Les jeux spatio-temporels Le paradoxe du passag e La révélation de l'écrivain
Le retour de la dramaturgie médiévale dans le théatre parallèle contemporain britannique : le personnage Elisabeth Angel-Perez Un personnag e non réaliste Le personnag e : un haut lieu de la théâtralité
"Une répétition à variations" : René Girard, Shakespeare et le désir mimétique 1
Bernard Vincent : Plutôt que de présenter René Girard (tâche larg em en t inutile), je voudrais, pour ouvrir ce débat sur la répétition dans Shakespeare, vous parler de la répétition chez René Girard. Je tiens à parler de cela, car c'est l'un des g rands r eproches qu'on fait à son oeuvre, le reproche de toujours redire la m êm e chose, de faire m écaniquem ent du Girard, bref de tourner en rond et de se répéter toujours, de pag e en pag e, de livre en livre, com m e si son outil théorique ne perm ettait qu'un seul discours, qu'une seule et m êm e ritournelle, que le sujet soit Proust ou les dieux ou l'Em pire rom ain o u Shakespeare. Ceux qui lui font ce reproche (et je ne doute pas de leur bonne foi) con fondent l'aspect thém atique de la pensée de Girard et la puissance g énératrice de l'outil ap parem m ent sim ple qu'il utilise – l'outil, apparem m ent sim ple, du m écanism e m im étique, de la triang ularité dynam ique du désir qui fait surg ir la com plexité de cela m êm e qui est étudié. Je com parerai volontiers l'entreprise de René Girard à une entreprise de forag e. Le foret (ou la sonde, ou le trépan) est toujours le m êm e, m ais les g isem ents découverts, les couches, l es strates, les filons sont toujours nouveaux, toujours autres. Au term e de chaque avanc ée ou creusem ent, on croit le sujet épuisé et l'auteur condam né à se répéter indéfinim e nt. Mais plus il creuse, plus il fore, et plus jaillit la nouveauté, à la fois sem blable à ce qui précède et tout à fait spécifique. La théorie m im étique repose sur un principe reçu com m e sim ple, m ais qui perm et paradoxalem ent de m ettre au jour la com plexité des choses hum aines et surtout le paradoxe fondam ental de cette com plexité, à savoir que l'Autre est aussi essentiellem ent m on sem blable, que l'hom m e, sitôt né, est affronté à des sortes de doubles qui sont à la fois pour lui jum eaux et étrang ers, m odèles et rivaux, rivaux entre eux, rivaux par rapport à lui, rivalisés par lui. Le livre de René Girard se term ine, dans sa dernière pag e, sur une m ise en abîm e étonnante où Prospero-Shakespeare-Girard disent ensem ble adie u à la théorie m im étique, affirm ant qu'il faut en finir avec "cette sem piternelle chron ique de passions séniles" et cette "reng aine" qui ennuie la jeunesse à m ourir : "Miran da, note l'auteur, Miranda endorm ie par le désir m im étique !" La répétition g irardienne enlacée à la répétition shakespearienne est-elle m orte ou enterrée, ou bien s'apprête-t-elle à renaître ?
René Girard :
Cette question est très difficile. Vous avez très bien défini ce que je dirais m oi-m êm e sur la répétition. Le vrai m ystère, précisém ent, réside dans la nature du désir m im étique, ce qu'il vient faire chez des écrivains aussi divers que Cervantes, Shakespeare et Dostoïevski. Y a-t-il une unité ? Est-ce que cette unité est celle des ra pports hum ains ou de la littérature ? Ma réponse à cette question est double. C'est à la fois une unité des rapports hum ains et de la littérature. Il est bien évident que l'écrivain, du m oins le type d'écrivain qui m 'intéresse, est un obsédé du désir m im étique. Existe-t-il des désir s non m im étiques ? Pour ce g enre
d'écrivains, c'est une question qui n'existe pas, qui ne peut pas exister, qui est hors de leur sujet. Elle n'est pas tout à fait hors Shakespeare puisque, dans les dernières pièces, il y a effectivem ent des personnag es qui sont hors désir m im étique : Cordelia à la fin deKing Lear. Dans m on livre sur Shakespeare, j'essaie de développer la notion d'hyper-m im étism e, c'est-à-dire une notion qui ne relèverait pas du dom aine de la patholog ie. Freud lui-m êm e disait qu'il en avait fini avec la discontinuité entre le patholog ique et le norm al. Je pense que cela n'est pas tout à fait exact, et son attitude vis-à-vis de la littérature en particulier le m ontre. Il y a chez Freud une volonté d'écarter le littérai re. Et d'ailleurs lorsque Freud recourt au littéraire, il recourt essentiellem ent à des écriva ins de "second rang ", quoique cette expression soit dang ereuse. On s'en aperçoit partic ulièrem ent dans son article sur Dostoïevski, lorsque, après avoir évoqué Dostoïevski, Freud oublie tout de suite celui-ci pour passer à Stefan Zweig qui lui convient, au fond, bien m ieux. Je pense que la théorie du désir m im étique élim ine le patholog ique, m ais elle ne dit pas que la vie des hom m es est sem blable à une quintessence de désirs m im étiques. Donc, la notion d'hyper-m im étism e perm et de révéler sur la vie des aspects fondam entaux que l'expérience norm ale ne voit pas et que ce type d'expérience repère en les exag érant. D'une certaine m anière, le problèm e de l'expression littéraire est liée à cette exag ération. Ann Lecercle : Vous dites au début du livre sur Shakespeare que ni les psychologues, ni les polémologues n'ont conçu quoi que ce soit d'approchant cette conception. Ce qui me vient tout de suite à l'esprit, quand je vous lis, c'est l'importance du modèle mimétique, puis l'agressivité qui en est engendrée. Votre premier livre date de 1963. Or, au début des années 1950, Lacan a commencé sa relecture de Freud et a publié entre autres "le Stade du miroir", ce qui pour certains est à peu près le seul concept qui vaut d'être retenu, et peu après "l'Agressivité en psychanalyse" qui est une exploration des aspects "agonistiques" liés à l'image en miroir. D'autre part, la formule "le désir de l'homme et le désir de l'autre" semble, en tous cas, se rapprocher de ce qui vous intéresse et je me demand ais si votre propre agressivité à l'égard de la psychanalyse ne peut pas s'expliquer par le fait que votre théorie du désir mimétique et la relecture lacanienne de Freud doivent s'interpréter comme des frères ennemis, la similarité engendrant paradoxalement la distance. Toutes les deux ou trois pages, dans votre livre, il y a des réflexions sur la psychanalyse que vous contestez de façon très affir mée. Est-ce que votre attitude à l'égard de la psychanalyse est celle de Greenblat, shakespearien américain très respectable qui vient de publier un essai intéressant intitulé Renaissance Theory and Psychoanalysis of the Renai ssance Text, visiblement écrit contre la psychanalyse américaine. Or, il y a quelques lignes à la fin qui remettent en question tout son article : "Il se peut qu'il y ait, en France, actuellement, une psychanalyse plus adaptée à Shakespeare qui serait la psychanalyse de type laca nien, parce que le sujet n'est pas vu comme un mélange complexe de symptômes et d'un moi, mais est vu en termes d'aliénation par l'écriture même du désir". La question serait donc la suivante : jusqu'à quel point faites-vous une différence entre la psychanalyse telle qu'elle existe aux Etats-unis et telle qu'elle est combattue, par exemple par Lacan et la psychanalyse lacanienne ?
René Girard :
Les ressem blances dont vous parlez sont sans doute là sur le plan des thèm es. Je crois cependant qu'elles sont superficielles. Selon m oi, le désir m im étique n'est pas repéré, m ais il est aussi la chose la m ieux partag ée, la plus co nnue du m onde. Prenons par exem ple le type de conflit qui existe dansDeux Gentilshommes de Vérone : les deux adolescents ont les besoin d'approbation réciproque et sont toujours en train d'essayer de se convaincre
m utuellem ent de désirer la m êm e fille. L'un des deu x réussit, l'autre ne réussit pas. Il est bien évident que l'am itié est en continuité parfaite avec le type de discorde qui apparaît. Or la psychanalyse ne part pas du bon sens. Pour m a part, je préfère d'ailleurs le vrai Freud, le Freud orig inel. Ce qu'il y a de form idable chez lui , c'est qu'il part toujours du réalism e sim ple et vulg aire alors que Lacan a toujours une t hèse philosophique au départ qui l'em pêche de reconnaître certaines évidences de bon sens. Et l'évidence de bon sens, c'est que justem ent ce n'est pas l'im itation, ce n'est pas la m im ésis qui. est conflictuelle ; le conflit naît lorsque le m odèle désig ne un objet qu'il désire et que le disciple est capable de désirer. Il est bien évident que dans ce cas il y aura désir du m êm e objet et par conséquent rivalité et que cette rivalité va créer un processus de récipro cité. Plus Valentin désirera Silvia, plus Protée va la désirer. Mais, Protée, en la désirant, va renforcer aussi le désir de Valentin. Aucun stade du m iroir n'est nécessaire pour voir cela. Il s'ag it de ce que, en anthropolog ie, on appelle "réciprocité". Il existe une bonne réciprocité entre les hom m es : si je vous tends la m ain, vous m e la tendez aussi. Mais, si je refuse de vous tendre la m ain, vous refusez de m e la tendre. Nous allons alors vers la violence, et cette violence est aussi réciproque que la bonne réciprocité. Le désir m im étique est une chose extraordinairem ent sim ple – et com plexe seulem ent dans ses conséquences. Parce qu'à partir de ce point de départ, qui est trop com préhensible pour qu'on le fasse entrer en l ig ne de com pte, il est très facile de m ontrer que les sym ptôm es psychopatholog iques sont g énérés. Au fond, on est tellem ent loin de la psychanalyse, et tellem ent près, que c'est cela qui est très difficile à com prendre. Adm ettons que l'on ait un m odèle et que l'on désire dans un autre univers que lui : il est bien évident qu'il n'y aura pas de conflit. Don Quichotte n'est jam ais en conflit avec Am adis de Gaule. Il n'a pas de haine pour lui. En revanche , cet am i, le bachelier, l'intellectuel type qui veut g uérir Don Quichotte, trouve ridicules ces histoires de chevalerie. Que fait-il ? Il se dég uise en chevalier et va livrer com bat à Don Quic hotte, pour lui donner une leçon. Il a trente ans, Don Quichotte en a soixante, et Don Qui chotte va certainem ent se faire battre. Malheureusem ent, une petite pierre log ée sous les sabots du cheval donne la victoire à Don Quichotte. A partir de ce m om ent-là, le bachelier S am son Carrasco n'a plus qu'un désir, celui de se veng er de Don Quichotte. Il est entré e n chevalerie pour m ontrer à Don Quichotte la stupidité du jeu qu'il est en train de jouer et il s'y prend lui-m êm e. Ce phénom ène est shakespearien par excellence puisqu'o n le trouve dèsles Deux Gentilshommes de Vérone.ès de l'autre, désirer toujoursodèle, désirer le succ désirer à travers le m  Mais, auprès de celui qui réussit m ieux que nous, correspond à ce que les psychanalystes ou les psychopatholog ues appellent "désirer m on échec". Je ne désire jam ais m on échec, m ais je désire le succès de l'autre. Si je m e frotte de tro p près à cet autre qui réussit, je m e condam ne à toujours échouer. Les psychanalystes diront alors que je désire l'échec. C'est en fait inexact, je désire le succès de l'autre, et cela Lacan ne l'a pas vu. Selon Lacan, le désir du désir de l'autre est ainsi déform é. Lorsque Don Quichotte veut ouvrir la cag e des lions pour se battre avec eux, le dom estique qui s'occupe des lions lui dit qu'il est fou et lui sug g ère de déclarer une victoire au départ, puisqu'il n'y a pa s de spectateurs. Mais Don Quichotte ne veut pas en dém ordre, et sa folie est là. A partir du désir m im étique, il est très facile de m ontrer com m ent toute psychopatholog ie s'eng endre. Ainsi, prenons Pandarus, dans Troïlus et Cressida, ceoins neui néanm de sa "nièce" et q am oureux visiblem ent  personnag e rêve que de la jeter dans les bras de quelqu'un d'autre. La perversité paraît totale. Mais, si on reg arde de prèsDeux Gentilshommes de Vérone, les constate à quel point ces deux on adolescents ont besoin d'avoir l'approbation de leur am i dès qu'ils tom bent am oureux. A
quel m om ent com m ence la perversité ? A quel m om ent finit le norm al ? Ce sont ces questions qu'il faut se poser. Autrem ent dit, l'eng endrem ent de tout sym ptôm e psychopatholog ique est si sim ple que la psychanalys e reste sans voix. Des m ots com m e m asochism e, sadism e, doivent dem eurer par définition opaques : on a l'im pression que leur opacité est une explication. Dans le désir m im étiqu e, c'est le contraire. Tout s'eng endre im m édiatem ent, dans une clarté si forte qu'on ne la voit pas. Mais l'écrivain la m et en scène. Prenons la suite des com édies shakespearienn es : Valentin et Protée nous m ènent vers le personnag e de Troïlus par une série d'inter m édiaires. En fait, il s'ag it de tout autre chose. Un écrivain l'a perçu : Jam es Joyce, il a dé fini le "m aquereau cocu" com m e étant le personnag e principal de Shakespeare. Si on réfléchit à cette définition, "bawd and cuckold", on s'aperçoit que tout est là. Il suffit pour se g u érir de la psychanalyse de lire très sérieusem ent le chapitre d'Ulysseà la conférence de Stephen Dedalus sur consacré Shakespeare, où il est d'ailleurs fait allusion à F reud, celui-ci étant présenté com m e un certain "psycholog ue viennois" qui n'a pas les m êm e s idées que Joyce sur l'inceste en particulier, puisque celui-ci propose sur l'inceste une thèse thom iste que jam ais personne n'a prise au sérieux. Curieusem ent, elle ressem ble beaucoup à celle de Lévi-Strauss. François Laroque : Le personnage de Pandarus est tout à fait surprenant du point de vue du désir mimétique et de la relation triangulaire, mais n'y a t-il pas d'autre part une certaine perversité à faire de ce personnage, lui-même excentré, atypique dans une pièce atypique, excentrée et problématique de l'oeuvre de Shakespeare le coeur de votre interprétation ? L'autre paradoxe pour le lecteur de Shakespeare et de Girard que je suis depuis longtemps, c'est que j'étais resté sur l'impression très forte de votre lecture du théâtre grec (des Bacchantes) dans la Violence et le Sacré, et que j'attendais beaucoup plus de choses sur la tragédie, en particulier sur Ham let, surRoi Lear, le  sur les pièces historiques où la notion d'émulation paraît assez importante. Or, c'est une surprise, vous allez beaucoup plus du côté des comédies. On ne s'attendait pas à vous voir vous attarder sur lesm es de Vérone,Deux Gentilshom l'une des premières comédies, mal connue, peu jouée, peu lue en France. S'agit-il de votre part de quelque chose de délibéré ou de quelque chose qui, à partir de votre interprétation, fait apparaître cette pièce comme une pièce-clé, ce que le lecteur de Shakespeare ne saurait voir sans l'essai que vous proposez ?
René Girard :
Je parle de la rivalité du père et de l'oncle dans Hamlet,parle de la rivalité des filles de je Lear, m ais m oins long uem ent que de ces m êm es rivalités dans les prem ières com édies, car c'est le m êm e principe que Shakespeare fait jouer par la suite, et m on livre insiste surtout sur lespremièresform ulations édies sontdans l'oeuvre de Shakespeare. Je pense que les com des pièces-clés, en particulier les com édies du début, dans la m esure où l'on peut suivre les prog rès de Shakespeare dans l'apprentissag e des con fig urations du désir m im étique. C'est une répétition à variations – point et contrepoint des fug ues -, m ais il y a certains thèm es m im étiques qui apparaissent. Par exem ple, ce que j' appelle avec Jean-Pierre Dupuy le pseudo-narcissism e, Freud a créé cette fig ure du narcissism e et Freud s'im ag ine ou tout au m oins il nous donne l'im pression, en particulier ch ez les fem m es, qu'il y a une autosuffisance fém inine qui fait que le type de fem m e qui est possédée par cette autosuffisance n'a pas d'am our objectai au sens freudien. L'am our objectal, au sens freudien, c'est l'am our sérieux, l'am our vraim ent solide. C'est une espèce d'auto-érotism e. D'ailleurs, là, Freud assim ile les unes aux autres des choses aussi évidentes et nécessaires que l'instinct de conservation, qui est une form e d'ég oïsm e vital, avec les jeux du narcissism e au sens de