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ACTEURS DE L'INNOVATION ET L'ENTREPRISE

De
272 pages
Consacré à l'innovation dans les entreprises, cet ouvrage s'inscrit dans l'actualité des recherches en sciences sociales par son caractère pluridisciplinaire et international. Au moment où se constitue un nouvel espace européen et où l'innovation constitue un enjeu majeur pour la compétitivité entre entreprises et entre pays, il représente une contribution à la réflexion collective sur la transformation des entreprises et des systèmes productifs.
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Les acteurs de l'innovation et l'entreprise

France- Europe-Japon

Collection Dynamiques d'Entreprises
Dernières parutions

LELEU Pascal, Le développement du potentiel des managers. La dynamique du coaching, 1995. RIFAI Nabi!, L'analyse des organisations. Démarches et outils sociologiques et psychologiques d'intervention, 1996. SIWEK J., Le syndicalisme des cols blancs, 1996. MARTIN D., Modernisation des entreprises en France et en Pologne: les années 80, 1996. REGNAULT Gérard, La communication interne dans une P.M.E. Outils et comportements pour travailler ensemble, 1996. MARQUIS F. Xavier, La technologie aux portes des PME, 1996. HENRIOT Christian, La réforme des entreprises en Chine. Les industries shanghaiennes entre Etat et marché, 1996. LACHAT Salomé & LACHAT Daniel, Stratégies de rupture et innovations de l'entreprise, 1996. PONSSARD Jean-Pierre (ed.), Concurrence internationale, croissance et emploi, 1997. BAUER Michel et BERTIN-MOUROT Bénédicte, L'ENA: est-elle une business school ?, 1997. ALET Dominique, Les enjeux actuels du management, 1997. REGNAULT Gérard, Les relations sociales dans les P.M.E., 1997. VIALE Thierry, La communication d'entreprise. Pour une histoire des métiers et des écoles, 1997. FROIS Pierre, Entreprises et écologie, 1997. ALTERSOHN Claude, La sous-traitance à l'aube du XXIè siècle, 1997. FABRE Claude, Les conséquences des restructurations, 1997. BADOT Olivier, L'entreprise agile, 1997. BOIRY A. Philippe, L'entreprise humaniste, 1998. MAVOUNGOU Jean Kernaïse, Privatisations, management et financements internationaux des firmes en Afrique, 1998. MILLIOT Eric, Le Marketing symbiotique. La coopération au service des organisations, 1998. LAURIOL Jacques, La décision stratégique en action, 1998. BELET Daniel, Education managériale, 1998. LE PERLIER Daniel, Entreprises: les hommes de la qualité, 1998. PASCAIL Laurent, L'effet joueur, 1998. REGNAULT Gérard, Les relations cadres-entreprises, 1998. ELDIN François, Le management de la communication, 1998. GUILLET de MONTHOUX Pierre, Esthétique du management, 1998. 1998 ISBN: 2-7384-7184-6 @ L'Harmattan,

Caroline Lanciano, Marc Maurice, Jean-Jacques Silvestre, Hiroatsu Nohara (eds.)

Les acteurs de l'innovation et l'entreprise

France-

Europe-Japon

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y IK9

REMERCIEMENTS

Les éditeurs de cet ouvrage adressent leurs remerciements les plus vifs aux personnes et aux entreprises dans différents pays sans le soutien desquelles la publication de ce livre aurait été impossible. Par ailleurs, ces remerciements vont également à Eliane Cadeau, Nicole Giner et Marie-Adèle Bouissière qui, au Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail, ont assuré la réussite de l'ensemble du processus.

1-----

A V ANT-PROPOS

Une équipe du LEST (Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail) s'est engagée, à partir de année 1989, dans "l'analyse sociétale de l'innovation" sur la base de comparaisons entre la situation des entreprises françaises et japonaises. Les résultats de ces recherches ont été ensuite diffusés auprès de chercheurs français et étrangers, de consultants et de responsables d'entreprises, donnant lieu à un débat collectif. Cet ouvrage présente les textes que les chercheurs du LEST ont sollicités auprès de divers participants à ces débats. Au moment où se constitue un nouvel espace européen et ou l'innovation technique constitue un enjeu majeur pour la compétition entre entreprises et entre pays, l'ensemble des textes qui suivent représentent une contribution certaine à la réflexion collective en particulier entre chercheurs et responsables d'entreprises. Les thèmes traités -organisation et gestion de la Recherche/Développement (RIO), mobilisation des compétences au sein des projets, rapports de l'entreprise et de son environnement, choix et politiques d' innovation- s'enrichissent par la confrontation d'expériences nationales diverses notamment au Japon, en Grande~ Bretagne, en Allemagne, en Italie et en France. L'introduction de cet ouvrage reprend les différents aspects significatifs de la recherche de l'équipe du LEST tant du point de vue des résultats de l'étude que du développement de la problématique au moment où les discussions ont été commencées. Le corps de l'ouvrage est constitué des contributions rassemblées lors de ces débats, et dans la conclusion, l'équipe du LEST tente de dégager une problématique d'ensemble intégrant les principales questions qui sont apparues lors de ces journées.

7

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION:

L'ANALYSE SOClE TALE DE l'INNOVATION Caroline LANCIANO, Marc MAURICE, JeanJacques SILVESTRE, Hiroatsu NOHARA (LEST-CNRS) 13 18 23 31 38 43

I. La construction de l'espace d'innovation 11.Espace éducatif et mobilité Ill. L'espace industriel et la stratégie des acteurs économiques IV. L'espace de RID et l'ouverture/fermeture de l'entreprise sur son environnement. Conclusion ... PREMIÈRE

PARTIE: LA CONSTRUCTION DES ACTEURS DE L'INNOVA TION, SA SPÉCIFICITÉ, SON ÉVOLUTION 47

CONTRIBUTION A L'ANALYSE DES PROFESSIONNALITÉS DES INGÉNIEURS-LOGICIELS: Martine BLANC I. Comment devient-on ingénieur logiciel ? II. Quels schémas d'apprentissage ? Ill. Fragilité du modèle de professionnalité : composition mixte des équipes et positionnement dans l'activité logicielle IV. Positionnement, hiérarchies et modèle de carrière Conclusion LA "DÉPROFESSIONNALISA TION" DES CHERCHEURS: PROPOS SUR LA FIN DE LA RÉGULATION PROFESSIONNELLE DE LA RID : David COURPASSON I. La rid comme système professionnel... 11.La fin de la régulation professionnelle traditionnelle 111.Vers une nouvelle coordination sociale de l'espace d'innovation dans l'entreprise Conclusion

51 52 56 63 65 67

71 72 74 79 83

9

GESTION DU DÉVELOPPEMENT DES PRODUITS ET DE LA MOBILISA TION DES COMPÉTENCES D'INGÉNIEURS: UNE COMPARAISON ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE ET LE JAPON: Alice LAM I. Introduction II. Méthodes de recherche et échantillon III. Organisation du travail: division des tâches et partage des connaissances spécialisées IV. Intégration du cycle de production-Relier R/D et fabrication V. Les ingénieurs et le commerce: rapports avec le marketing et les clients VI. Organisation du travail, formation sur le tas et innovation VII. Sommaire et implications

87 87 88 91 94 97 99 102

DÉROULEMENT DE CARRIÈRE ET DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES AU NIVEAU DU PERSONNEL DE R/D DANS LES ENTREPRISES JAPONAISES': KOICHIROIMANO I09 I. Marché de l'emploi du personnel de R/D I09 II. Organisation de la recherche et du développement et modèles de déroulement de carrière II2 III. Politique de développement des ressources humaines pour les nouvelles recrues 116 IV. Système de formation pour les C/I... II8 Conclusion 120 LA CONSTRUCTION SOCIALE DE L'INNOVATION ET DES INNOVATEURS EN ALLEMAGNE ET EN GRANDE BRETAGNE: Arndt SORGE I. Introduction et schéma théorique II. La construction des professions techniques en Allemagne et en Grande-Bretagne III. La "socialisation" de l'innovation technique: conception et production de produits incorporant de la micro-électronique IV. Résumé et interprétation

125 125 129

137 142

10

DEUXIÈME PARTIE:

L'ACTION DE L'ENTREPRISE COMME LIEU INNOVANT CHANGEMENT ORGANISATIONNEL ET POLITIQUE D'INNOVATION 145

INNOVATION ET AUTORITÉ LÉGITIME DANS LA GRANDE ENTREPRISE: Michel BAUER, Bénédicte BERTIN-MOUROT I. Introduction II. Problématique III. Quelques résultats d'analyses Conclusion L'ÉVOLUTION DE LA PLACE DES INGÉNIEURS DANS LE PROCESSUS DE CONCEPTION DE RENAULT: Géraldine DE BONNAFOS I. De la mise en place de l'organisation par projet à la réflexion sur les conditions d'acquisition de la professionnalité II. La nécessaire évolution du contenu des métiers et de leur articulation Conclusion INGENIEURS ET TECHNICIENS, ACTEURS ET OBJETS DU CHANGEMENT ORGANISATIONNEL DANS DES ENTREPRISES ELECTRONIQUES ITALIENNE: Francesco CONSOLI... I. Des acteurs de l'innovation à l'innovation des acteurs II. De l'innovation technology driven à l'innovation user driven III. Les effets sur l'organisation et la professionnalité IV. La carrière comme apprentissage et comme gestion de l'entreprise V. Les dilemmes de la gestion par les carrières

151 151 152 161 167

169

l71 179 182

185 185 187 188 190 193

TROISIÈME

PARTIE LA NOTION D'ESPACE D'INNOVATION: L'ENTREPRISE ET SON ENVIRONNE-MENT, POUR UNE APPROCHE DYNAMIQUE 195

LE POlDS DE L'HISTOIRE : L'HÉRITAGE DE L'INGÉNIEUR CONTEMPORAIN: André GRELON I. En France, l'ingénieur est d'abord un haut fonctionnaire Il

20 I

d'Etat II. L'ingénieur industriel. Le modèle de l'X plus écoles d'application III. La montée en puissance des gadzarts IV. La seconde industrialisation et les nouvelles écoles d'ingénieurs V. La législation concernant le titre d'ingénieur diplômé VI. Le statut de cadre VII. L'émergence des techniciens supérieurs LA CONVENTION CIFRE COMME INDICATEUR DES CARACTÉRISTIQUES DES PROCESSUS D'INNOVATION AU SEIN DU SYSTÈME PRODUCTIF FRANÇAIS: Michel QUERE I. Introduction II. "L'efficacité" du système de formation initiale français à travers une analyse des conventions CIFRE III. Les ingénieurs et les processus d'innovation IV. Quelques enseignements tirés des conventions CIFRE pour qualifier une politique publique adaptée au soutien à l'innovation technologique Conclusion ACTEURS DE L'INNOVATION ET RÉSEAUX DE COOPÉRATION: Dominique VINCK, Philippe LAREDO I. Introduction II. Connexion d'acteurs III. Production d'un nouvel acteur.. Conclusion CONCLUSION GÉNÉRALE: Caroline LANCIANO, Marc MAURICE, Jean-Jacques SILVESTRE, Hiroatsu NOHARA (LEST-CNRS) I. L'analyse sociétale de l'innovation renvoie à une "théorie" de l'entreprise dans la société II. L'interdépendance des acteurs et des espaces de l'innovation

20 1 203 205 207 209 211 212

217 217 218 222

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256 261

INTRODUCTION L'ANALYSE SOCIETALE DE L'INNOVATION
Caroline LANCIANO, Marc MAURICE, Jean-Jacques SILVESTRE, Hiroatsu NOHARA (LEST -CNRS)

Différents documents (rapport et synthèses des résultatsl) ont déjà présenté le cadre de la recherche Innovation: acteurs et organisation; les ingénieurs et la dynamique de l'entreprise menée par l'équipe du LEST (Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail) au début des années 1990. Son objet était l'étude des processus par lesquels se génère et se développe "la fonction technique" de l'entreprise considérée comme participant à la dynamique industrielle et à la compétitivité des entreprises; autrement dit, il s'agissait de s'interroger sur la fonction et sur la place des ingénieurs, en tant qu'ils sont, à la fois, potentiel de connaissances, de savoirs et de savoir-faire et acteurs principaux de l'innovation2. La comparaison avec le Japon se justifiait alors, non seulement par l'apport de connaissances sur un pays qui étonne les experts, mais parce qu'une telle stratégie de recherche permettait de mieux répondre aux questions sur l'avenir des politiques économiques et sur la capacité des entreprises d'être à la fois innovatrices, productrices de richesses et compétitives sur le marché international. La recherche effectuée, tout en contribuant au développement de l'approche sociétale elle-même, a permis de saisir et donc de définir une conception particulière des phénomènes d'innovation. La première question que s'est, en effet, posée l'équipe de recherche a été son positionnement par rapport aux différents apports théoriques dans le domaine, de comprendre en quoi ses recherches antérieures lui permettaient des perpectives de recherches nouvelles, c'est-à-dire d'expliciter le pourquoi d'une analyse sociétale de l'innovation.

LANCIANO Caroline, MAURICE Marc, NOHARA Hiroatsu, SILVESTRE JeanJacques (1992), INNOVATION.' Acteurs et Organisation. Les Ingénieurs et la Dynamique de l'Entreprise. Comparaison France-Japon. Résumé de la Recherche LEST/CNRS. La méthodologie choisie a permis de mettre en relation les données recueillies au niveau macro-économique (en particulier, les analyses statistiques de la population des salariés techniques de haut niveau dans les deux pays) avec celles recueillies "sur le terrain" au niveau micro-économique des entreprises (monographies de deux entreprises françaises et japonaises réalisées par couple dans l'électromécanique et dans la chimie à partir d'un cadrage économique et social général de l'entreprise, et d'entretiens avec les responsables de haut niveau comme avec les ingénieurs et techniciens des services de recherche, de développement et des études techniques.) 15

INTRODUCTION:

Itinéraire de recherche

Vers le milieu des années 80, une équipe de chercheurs du LEST s'est peu à peu constituée à partir de recherches comparatives impliquant des entreprises françaises et japonaises. Ces premières recherches s'inspiraient largement de l'approche de "l'effet sociétal" mise en œuvre vers la fin des années 70 à partir de comparaisons d'entreprises françaises et allemandes. La première recherche France-Japon, comme la précédente recherche France-Allemagne, prenait comme champ privilégié d'observation les ateliers de production et les services directement associés (méthodes, entretien, planning). Il s'agissait alors d'analyser les modes d'appropriation d'une technologie nouvelle la mécatroniquel - par les différents acteurs de l'entreprise (ouvriers, maîtrise, techniciens et ingénieurs de production). Dans cette recherche, on retrouvait sans doute les principaux acquis de la comparaison France-Allemagne: interdépendances entre modes d'utilisation des technologies, formes de socialisation des acteurs, formes de division et d'organisation du travail. Cependant, confrontée à un nouvel "espace social", la comparaison dans ce cas faisait apparaître des formes nouvelles d'arrangements sociaux dans les entreprises observées, certains des traits des entreprises françaises déjà relevés prenant même une signification nouvelle face à leurs homologues japonaises, comme si la comparaison, par son pouvoir heuristique, mettait en évidence de nouvelles formes de relations de similitude ou de différence entre des dimensions en elles-mêmes universelles telles que l'organisation, la technologie, la socialisation, l'apprentissage. Ces arrangements sociaux particuliers semblaient s'inscrire eux-mêmes dans des stratégies, des temporalités et des dynamiques industrielles, renvoyant à des types de rationalité propres à chaque pays. En effet, cette première comparaison avec le Japon prenait davantage en compte la dynamique de changement des entreprises engagées dans des processus d'innovation, qui ne se limitaient pas aux seules dimensions technologiques, que dans la recherche France-

Notion d'ailleurs inventée par les entreprises japonaises pour traduire la fusion de deux technologies pré-existantes : la mécanique et l'électronique. 11s'agissait des machines-outils à commande numérique. 16

Allemagne. On observait alors des formes complexes d'apprentissage collectif, à la fois organisationnel, relationnel, technique sans que l'on puisse identifier dans chaque cas quel en était l'élément déterminant, alors que dans la comparaison France-Allemagne, la notion d'espace de qualification permettait de spécifier dans chaque pays des processus de développement d'identités et de capacités professionnelles associées tendanciellement à des formes de stratification (dans le cas des entreprises françaises) et de coopération (dans le cas de l'Allemagne). La comparaison avec le Japon mettait, quant à elle, en évidence l'importance de l'espace industriel saisi comme l'ensemble des relations qu'entretiennent entre eux les différents acteurs d'un même champ d'activités, au-delà même des "frontières" d'une entreprise particulière (qu'il s'agisse de sous-traitants, de filiales ou d'agences privées ou publiques)]. D'autres observations directes de plusieurs entreprises japonaises, grandes et petites, dans le secteur de l'électronique, devaient nous mettre sur la voie de l'analyse sociétale de l'innovation. Partant de la recherche sur la mécatronique plus centrée sur les formes d'apprentissage de technologies nouvelles dans les ateliers de production, ne devait-on pas remonter en amont pour saisir l'ensemble des processus contribuant à la conception ou au changement des technologies elles-mêmes? N'était-ce pas dès lors prendre en compte la "fonction technique" de l'entreprise par rapport à laquelle "l'ingénieur" apparaissait comme figure emblématique ou acteur privilégié? Mais pouvait-on se limiter à ces "objets" relativement bien identifiés dans l'entreprise française des années 70 (celle observée dans la recherche France-Allemagne), alors que l'on s'interrogeait au milieu des années 80 sur les nouveaux "modèles productifs" et sur les "nouveaux ingénieurs" ? En effet nos premières observations dans les entreprises japonaises bousculaient ces mêmes catégories, qu'il s'agisse du découpage classique des "fonctions" de l'entreprise (selon la logique de Taylor et de Fayol) ou de la catégorie d'ingénieur dont le statut est fortement fondé en France sur le système des Ecoles qui le produit.

Ce qui permettait une compréhension plus globale des formes d'existence de "l'entreprise" qui, en particulier au Japon, ne peuvent être saisies qu'en y incluant les relations de sous-traitance. 17

De telles questions conduisaient à un dépassement de ces catégories ou plus simplement à leur reformulation: ce que la notion d'espace d'innovation, telle que nous la concevions, permettait. Dès lors la recherche se donnait comme objectif l'analyse des processus concourant à la construction sociale de l'espace d'innovation, quitte à souligner dans chaque pays les similitudes et les différences dans l'agencement ou la combinatoire des éléments d'une telle construction, elle-même inscrite dans une dynamique et dans des temporalités spécifiques. I - LA CONSTRUCTION DE L'ESPACE D'INNOVATION

On ne reprendra pas ici les implications théoriques et méthodologiques de la démarche de l'analyse sociétaleI. Le schéma qui sera présenté ci-après permet d'illustrer l'application de cette démarche à l'analyse de l'innovation. Cependant, pour mieux comprendre la signification de ce schéma, il est nécessaire d'abord de préciser la conception de l'innovation qu'il implique; ensuite seront présentées ses principales composantes et leur dynamique. Quelle conception de l'innovation? L'innovation, loin de se réduire au seul contenu technique ou technologique, qualifie un ensemble de processus complexes techniques, organisationnels, relationnels et cognitifs. Ceux-ci contribuent dans notre cas au développement du "système productif', notion plus large que celle de l'entreprise qui en constitue cependant l'un des acteurs privilégiés. Une telle définition permet de rendre compte des changements, mutations et restructurations que toute une littérature des sciences sociales contemporaines tend' à centrer de manière contestable autour de la notion de "Modèle" (taylorien, fordiste, néo-, post-), comme si l'avenir de l'entreprise ou du système productif était déjà inscrit dans des cycles inéluctables ou prédéterminés de transformation ou d'émergence.
Cf. notamment M. MAURICE, "Méthode comparative et analyse sociétale : les implications théoriques des comparaisons internationales", Sociologie du travail, 1989, n° 2. 18

Même si l'on admet l'hypothèse de changement et de transformation (le nouveau paradigme productif s'inscrivant lui-même dans de la continuité), encore faut-il se donner des instruments pertinents pour en rendre compte. L'analyse sociétale de l'innovation représente à cet égard une contribution parmi d'autres pour un tel objectif. Dans notre perspective d'analyse, et compte tenu du contexte socio-économique à la fois national et international, l'innovation ne peut plus être conçue comme une qualité particulière à telle ou telle entreprise ou organisation dont elle représenterait à la fois une ressource et un objectif. Elle est plutôt considérée ici comme inhérente à la dynamique du système productif dont elle constitue le fondement. En ce sens, si l'on accepte l'hypothèse de l'émergence d'un nouveau système productif, l'innovation en représenterait la rationalité, innervant l'ensemble des fonctions de l'entreprise et des relations que celle-ci entretient avec son "espace industriel". Toutefois, cela ne traduit pas une nouvelle forme de déterminisme, comme si l'innovation était désormais inéluctable. Comme la comparaison France-Japon le met en évidence, il existe à cet égard plusieurs façons pour une entreprise de participer à cette rationalité, et à des degrés divers. L'innovation ainsi conçue contient d'ailleurs une sorte de paradoxe que traduit la notion de "créativité organisée", notion complémentaire, on le verra, de celle d'l'espace d'innovation". Autrement dit, il s'agit de rendre compte de la tension entre une relative stabilité ou inertie des acteurs et des structures, et l'effet déstabilisant que représente la dynamique d'innovation portée cependant par ces mêmes acteurs et par les "espaces" dans lesquels ils interagissent. En ce sens, la créativité organisée représente l'innovation au travail portée par l'ensemble des acteurs de l'entreprise ou du système productif, et s'incorporant aux espaces (de travail, d'organisation, de professionnalité, de savoirs et de savoir-faire) qu'elle transforme dans sa propre dynamique.

19

1. L'espace d'innovation

et ses composantes

La construction de l'espace d'innovation est au coeur du schéma triangulaire qui suit et renvoie à un ensemble de processus à l'œuvre qui traduisent les formes d'existence de l'entreprise (et du système productif lui-même) dans un espace sociétal donné. Soulignons d'abord qu'un tel schéma peut induire une vision trop statique de notre démarche, qui, au contraire, met en évidence les processus d'interdépendance entre acteurs et espaces comme vecteurs de la dynamique d'innovation, ce que traduisent les relations multiples, d'une part entre les trois pôles du triangle, et d'autre part entre le triangle "externe" (figurant l'espace sociétal) et le triangle "interne" représentant l'entreprise. Ces relations dans leur ensemble sont constitutives du "système productif" au sein duquel se construit et se "socialise" l'espace d'innovation lui-même. Les trois pôles retenus (qui se correspondent d'un triangle à l'autre) renvoient à trois types d'espace à la fois ressources et produits: espace scientifique et technique (ou de RIO) ; espace industriel; espace de socialisation des acteurs et des objets. Ces trois "espaces" correspondent à la fois à des acteursinstitutions (système de RIO, système industriel, système éducatif) et à des systèmes d'acteurs contribuant, à des titres divers, à la construction de l'espace d'innovation aussi bien dans l'entreprise qu'au niveau sociétal. Ainsi, même si l'entreprise et les salariés qui y interagissent constituent l'acteur central jouant le rôle moteur dans la dynamique innovatrice, l'analyse de l'innovation ne peut faire abstraction des relations d'interdépendance que celle-ci entretient avec les diverses institutions. L'innovation s'appuie, en effet, sur l'ensemble des arrangements institutionnels au niveau macro-social entourant l' entreprise et définissant, à des degrés variables, ses comportements. Il va sans dire qu'une forme donnée de sa configuration représente à la fois des contraintes qui pèsent sur l'entreprise et des ressources que celleci tente de mobiliser à bon escient pour innover. Autrement dit, l'échange entre l'entreprise et l'environnement structuré par ces arrangements institutionnels est producteur d'interdépendance et révèle la qualité de ces relations. Une telle interdépendance entre 20

micro et macro crée, pour chaque société et à une période donnée, une certaine cohérence qui forge les formes particulières de professionnalité des acteurs et légitime la présence des institutions. Sans préciser ici l'ensemble des relations qui s'établissent entre ces divers acteurs (ou catégories d'acteurs), soulignons plutôt la logique qui sous-tend l'analyse sociétale de l'innovation et la démarche comparative qui lui est associée.
Politique de RID Espace scienrifique et technique

de l'entreprise: rapports avec les fournisseurs, les clients, les soustraitants/et rapports avec le Polirique industrielle Espace industriel Note'

.. marché

.

Division du travail Marché du travail Mobilité interne/externe

.

olitique éducative Espace de socialisation

Le triangle le plus englobant représente le contexte sociétal de l'entreprise; celle-ci est figurée par le triangle interne avec en son centre l'espace d'innovation; ce dernier est produit par les interdépendauces entre le développement de la "professionnalité technioue" (celle des ingénieurs en particulier) et de la "créativité organisée".

La comparabilité se fonde dans ce cas sur des ensembles ou espaces dans lesquels se socialisent et s'organisent les objets et les acteurs de l'innovation. Ainsi sont prises en considération à la fois la généralité qu'impliquent ces processus (socialisation, organisation) et la spécificité des conditions et des contextes dans lesquels ils se développentl. Autrement dit, les objets et les acteurs ne deviennent

En fonction des caractéristiques (historiques, culturelles, socio-économiques) de . chaque société. 21

comparables qu'en tant qu'ils sont saisis et analysés à travers leur rapport social à l'ensemble sociétal avec lequel ils coexistent!. L'analyse sociétale tend aussi à reformuler les notions d'environnement de l'entreprise, de niveaux macro et micro d'analyse, ou celles d'intériorité ou d'extériorité de l'entreprise. Autrement dit, il serait erroné d'interpréter les relations entre les acteurs-institutions (ex. système éducatif) et les acteurs-entreprises comme si les premiers étaient considérés comme extérieurs aux seconds ou constituant l'''environnement'' ou le "contexte" de l'entreprise. Ces relations traduisent des rapports sociaux d'interdépendance, interprétés analytiquement de manière endogène. L'importance accordée à cette construction conjointe des acteurs et des "espaces" renvoie, en effet, à des principes d'explication endogènes à l'entreprise, et non pas exogènes comme le serait l'appel à l'histoire, à la culture, ou encore à un principe de rationalité universelle tendant à "dé-socialiser" les phénomènes observés. Ainsi l'analyse sociétale, plutôt que de prendre l'histoire ou la culture comme point de départ de l'explication des faits de socialisation et d'organisation observés dans l'entreprise, se fonde sur les mécanismes ou processus sociaux qui contribuent à les produire et à les dynamiser. Cette conception de l'innovation conduit alors à s'interroger sur la construction de l'espace d'innovation des entreprises à travers ses relations avec l'espace éducatif, l'espace industriel et l'espace de RIO. Les acteurs de ce processus ne se réduisent pas à des effets de structures macro, à des acteurs-institutions ou à l'acteur-entreprise même si cette notion est centrale. L'espace d'innovation se construit, d'une part, de façon concomitante et dans la durée, d'autre part, en interaction avec l'ensemble des acteurs, c'est-à-dire à travers les individus existant socialement dans cet ensemble, à travers les institutions, les entreprises, les branches d'activités, les organisations syndicales ou professionnelles..

En ce sens, les relations entre acteurs et espaces (à travers des médiations multiples) constituent et expriment aussi bien des formes de rapports sociaux. Notons à ce sujet que les "cohérences" nationales ainsi mises en évidence n'excluent pas une dynamique de changement. Elles permettent au contraire une meilleure compréhension de celle-ci. 22

Cette construction interactive et dynamique des espaces et des acteurs nécessite donc de revenir analytiquement sur le schéma triangulaire et sur les différents "espaces" qui le constituent. II ESPACE EDUCATIF ET MOBILITE Dans le cadre de cette recherche, la relation entre l'espace d'innovation et le marché du travail est décrite à partir du processus de construction de ressources humaines spécifiques, celles des hauts niveaux de qualification en France et au Japon. Par ressource humaine de haut niveau, nous entendons toutes les catégories de mainsd'œuvre qui vont de la fin de la scolarité secondaire jusqu'au doctorat. Notre questionnement s'appuie sur deux constats préalables: l'un quantitatif, l'autre qualitatif. En France comme au Japon, la densité des actifs ayant un niveau de formation supérieur au baccalauréat est très comparable. La part des titulaires d'un diplôme d'ingénieur ou d'un niveau Bac+4 ou Bac+5 est de 2,9 % de la population active en France et de 2,3 % au Japon. La différence essentielle entre les deux pays réside dans le fait qu'en France la population titulaire d'un diplôme de Bac+2 est particulièrement nombreuse, alors qu'elle est pratiquement inexistante au Japon. Il en va de même, bien qu'à un degré moindre, pour les titulaires d'un doctorat: ceux-ci sont plus nombreux en France qu'au Japon. Il résulte de ces tendances que la main-d'œuvre de haut niveau est beaucoup plus stratifiée et segmentée en France qu'au Japon. Les entreprises françaises ont à déployer une énergie assez considérable pour spécifier et coordonner une main-d'œuvre a priori hétérogène, tandis qu'une telle mobilisation d'énergie destinée à une meilleure coopération est moins nécessaire au Japon. Il en résulte que la professionnalité des ingénieurs se développe de façon différente

-

dans les espaces d'innovation des deux pays.
1. Les processus de construction d'une ressource humaine spécifique dans les deux pays

.

Cette question initiale peut paraître paradoxale si on considère le seul système éducatif. En effet, dans un pays donné, le système éducatif produit des ressources qui sont des ressources 23

génériques (ou générales) et l'interaction de cet espace avec les entreprises, en particulier, spécifie ces ressources. Les ressources génériques sont, en France, les diplômés des grandes écoles et les diplômés des IUT et BTS. Au Japon, ce sont pour l'essentiel des diplômés d'université de niveau enseignement secondaire plus 4 ans. Le système d'enseignement supérieur en France est caractérisé, en effet, par la stratification des filières. Différenciées nettement par la modalité de sélection, le contenu de l'enseignement et la valeur du diplôme, ces filières ont pour fonction de calibrer, former et normaliser des catégories spécifiques d'étudiants. Cette offre stratifiée de diplômés est une donnée qui conditionne la stratégie de l'entreprise en matière de gestion des ressources humaines, mais en même temps l'entreprise contribue à reproduire celle-ci en pratiquant la politique du personnel basée sur une forte distinction des statuts catégoriels. En l'occurrence, soulignons l'importance des Grandes Ecoles d'ingénieur et la force du "titre d'ingénieur" qui donne d'emblée à son titulaire une position (cadre, haut salaire,...) dans la hiérarchie. Dans le cas du Japon, les ingénieurs sortent d'un système d'université de masse. Il est caractérisé par un continuum, sans ruptures radicales, entre les différents niveaux, même s'il incorpore un mécanisme de calibrage en terme de hiérarchie des établissements. Contrairement aux effets immédiats de la hiérarchie des Grandes Ecoles en France, ces effets distinctifs se manifestent d'ailleurs très progressivement au cours de la carrière des ingénieurs. En tous cas, l'université japonaise n'a pas la capacité de spécifier les statuts futurs de ses étudiants et elle atteste simplement de leur potentiel. Dans un système organisationnel donné et daté, ces ressources génériques vont donc être spécifiées à la fois parce qu'elles sont "des ressources générales de qualité différente" et parce qu'elles se transforment dans l'entreprise à travers des "usages" différents. Ceuxci sont liés à la fois avec le type de ressources et d'entreprise (ou plutôt sa logique organisationnelle, son posi-tionnement sur les marchés, sa stratégie de RIO) dans deux pays différents. Ce n'est pas l'offre de travail qui est spécifique dans un pays donné, c'est le "bouclage" entre la socialisation de la main-d'œuvre dans le système éducatif et la façon dont elle est "qualifiée" dans l'entreprise. Cette qualification apparaît à travers ce que les titulaires de diplômes 24

acceptent et imposent dans un processus de mobilité où se forme un type d'excellence technique et de positionnement hiérarchique. Il faut insister en France sur l'importance du titre d'ingénieur qui donne d'emblée une position que reconnaît l'entreprise (niveau de salaire; position cadre,...) et à partir de laquelle se déroulent des carrières. Le détenteur du titre peut, en effet, avoir une réelle stratégie de mobilité entre des postes dont il négocie la succession même si son succès dans telle ou telle fonction est une exigence sans cesse renouvelée de "faire ses preuves". La réalité du statut et du titre d'ingénieur est reconnue a priori par la création d'un "titre générique" dans .le système éducatif à partir de laquelle se développent des apprentissages relativement individuels, par addition de missions dans lesquelles on réussit ou on échoue. Au Japon, les nouveaux diplômés d'université ne sont ni ingénieurs ni cadres: on devient ingénieur à travers un parcours où, semble-t-il, la hiérarchie et la direction de l'entreprise ont une force de proposition plus grande. Ce parcours s'organise primordialement pour permettre d'élargir la compétence des diplômés du supérieur considérés par l'entreprise comme un groupe homogène et possédant seulement le potentiel -non la capacité effective- de devenir professionnel. Le tri entre les personnes prend du temps: il faut plus de dix ans pour accéder à la position cadre. Ce long apprentissage construit plutôt qu'il ne défait comme en France un collectif de travail qui développe une certaine force inexistante au départ. Cette force est basée sur une compétence des complémentarités où le savoir est partagé. Le collectif est nécessaire, donc respecté et "travaillé" par les directions d'entreprise. En France, la créativité peut passer tendanciellement plutôt par une mise à l'épreuve plus rapide des personnes. Un jeune ingénieur peut, par exemple, être chef de projet. Cette créativité peut cependant être plus fragile si le risque d'échec ou de départ après un succès est plus grand, ce qui limite les postures privilégiant la longue durée. C'est là que l'entreprise, le type et le statut des diplômés, la mobilité des personnes, nous informent sur la façon dont les gens agissent ensemble -se coordonnent- mais coopèrent et/ou additionnent leurs compétences, développent du nouvèau, c'est-à-dire à la fois construisent et se soumettent à un type particulier de mise en œuvre d'un processus d'innovation.
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2. La coopération au sein du collectif de travail De la même façon, la recherche que nous avons menée dans les entreprises montre que la coopération au sein de l'espace d'innovation s'appuie sur des ressources génériques différentes en France et au Japon et produit donc une organisation collective particulière à chacun des pays. Ainsi, contrairement à la France, le système éducatif japonais n'a pas développé une population de techniciens supérieurs. Cette absence de "technicien" comme statut professionnel retentit naturellement sur la forme de professionnalité des ingénieurs et sur la nature de la dynamique de l'innovation dans ce pays. En effet, la main-d'œuvre de conception de haut niveau se coordonne avec la main-d'œuvre ouvrière pour s'informer, dialoguer et former une complémentarité qui va parfois jusqu'au chevauchement des compétences. Elles développent ensemble une forte cohésion professionnelle autour du passage de la conception à l'industrialisation et à la commercialisation des produits. Comme l'a déjà montré la recherche précédente sur la dynamique industrielle dans les secteurs des machines-outils et de l'électronique, les ingénieurs sont au Japon très rapidement soumis aux "demandes" de la main-d'œuvre d'exécution et à des comportements de coopération ou de mobilité. Ainsi, le système de travail des ingénieurs dans les entreprises implique que les jeunes diplômés de haut niveau (Bac + 4) exécutent des tâches qui correspondent à celles des techniciens supérieurs en France. Dans tous les cas, leur professionnalité comprend une part de connaissances largement "pratiques" associées à la production et tend à réduire sans les supprimer les limites de la division du travail entre conception et exécution. C'est sans doute une telle "compacité" dans la fonction technique qui constitue la base de la robustesse organisationnelle de l'innovation au Japon. Par contre, en France, il existe une population nombreuse de techniciens supérieurs qui sont différemment situés ou stratifiés par rapport aux ingénieurs dans la hiérarchie professionnelle. En effet, cette population est indissociable de la présence des ingénieurs, qui sont aussi des cadres. La réussite de l'opération recherche/ développement! production dépend souvent de la réussite de ce "couplage" ingénieurs/ techniciens supérieurs. Ce problème est prolongé, dans le cas de la France, par celui que pose l'articulation 26
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d'une fonction technique qui va de l'ingénieur des Grandes Ecoles, titulaire d'un doctorat, jusqu'à l'ouvrier qualifié qui a abandonné ses études en cours de préparation de CAP. La capacité inventive peut être forte au sommet et la progression de l'innovation réalisée, coûteuse, voire très faible. Comme sur les questions de mobilité des personnes, dans ce cas précis par rapport au Japon, on peut avoir en France une plus grande dispersion entre les situations de réussite et celles d'échecs. Au niveau très général, nous avons déjà mis en évidence une certaine faiblesse et un manque de cohésion de la maind'œuvre d'exécution, et spécialement de la main-d'œuvre ouvrière en France. Cette situation traduit un certain déséquilibre des forces dans la fonction technique: la main-d'œuvre d'exécution (techni-ciens, ouvriers) ne joue pas pleinement un rôle de "force de contreproposition" vis-à-vis des ingénieurs qui tendent à "para-chuter" leur invention dans l'atelier. Autrement dit, on ne voit pas se développer un large dialogue entre la conception et l'exécution et des compromis suffisamment exigeants entre "l'inventivité" technique et la faisabilité industrielle. Les ingénieurs, relativement limités à leur rôle de concepteurs, sont peu préoccupés par les problèmes élémentaires de reproductivité/ fiabilité/facilité de production et se déchargent sur les techniciens, les ouvriers et leur encadrement immédiat. Ainsi, la dynamique d'innovation s'avère plus aléatoire en France qu'au Japon, puisqu'elle dépend fortement de la réussite de coopérations entre acteurs qui développent des logiques professionnelles construites comme plus hétérogènes. Dans ce cas, on comprend mieux l'importance, en France, d'un outil de gestion comme l'organisation par projet. Une telle organisation est très rentable quand elle réussit: elle coordonne, à partir d'une réorganisation assez profonde du système de travail, des comportements professionnels dont la coopération exige un coût élevé. En contrepartie, sa réussite dépend de la capacité organisationnelle individuelle- des directeurs de projet, ce qui est aussi la source de sa fragilité. Dans le cas du Japon, l'organisation par projet est beaucoup moins utilisée et on met davantage l'accent sur la coopération entre responsables hiérarchiques dans une organisation qui n'est pas totalement bouleversée pour gérer le passage entre la recherche et l'industrialisation. 27