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Alter développements et développements altérés

De
209 pages
Les auteurs replacent la pensée du développement dans l'histoire des idées économiques, soulignent les réussites, les paradoxes, voire les chimères de certains aspects de cette quête, prolongent l'analyse de Jacques AUSTRUY, situent le débat avec les éclairages de l'actualité. La richesse de ce contenu fait que les décideurs et les opérateurs du développement y trouveront de nombreux sujets de réflexion : un regard critique sur les tentatives de décollage, les développements altérés, mais aussi des jalons pour des alter-développements dégagés d'utopies perverses ou de doctrines plaquées.
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AL TER DEVELOPPEMENTS & DEVELOPPEMENTS AL TERES

~L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-5681-6 EAN 9782747556811

Claude ALBAGLI
coordonnateur

AL TER DEVELOPPEMENTS & DEVELOPPEMENTS ALTERES

Hommage à Jacques AUSTRUY

INSTITUT CEDIMES
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ItaIia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection

Mouvements

Economiques

et Sociaux

Dirigée par Claude ALBAGLI

La collection «les Mouvements Economiques et Sociaux» présentée par L'HARMATTAN et l'INSTITUT CEDIMES se propose de contribuer à l'analyse des nouveaux aspects de la mondialisation en embrassant les phénomènes économiques, sociaux et culturels. Elle vise à faire émerger des recherches et des contributionsoriginales sur les mutations du développement et de la mondialisation.
Ouvrages parus ou en cours de parution

ALBAGLI Claude, « Le surplus agricole, De la puissance jouissance », L'Harmattan, ColI. M.E.S., 2001

à la

conspiratrice

DELIVANIS-NEGREPONTI Maria, « La », L'Harmattan, ColI. M.E.S., 2002

mondialisation

la direction) « Une mondialisation humaniste », Préface du Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie, Pierre-André WIL TZER L'Harmattan, ColI. M.E.S., 2003

RUBY Marcel (sous

RAJEMISON Sahondravololona et ALBAGLI Claude, « Mutations contemporaines et développement », Préface du Ministre de
l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, RANJIVASON, L'Harmattan, ColI. MES, 2003 Jean-Théodore

MAYOUKOU Célestin, ALBAGLI Claude, TORQUEBIAU Emmanuel et THUILLIER Jean-Pierre (Coordonnateurs), « Gouvernance du Développement local », CIRAD, L'Harmattan, ColI. M.E.S. 2003 ALBAGLI Claude, (Coordonnateur) «Alter-Développements, et développements altérés, Hommage à Jacques AUSTRUY », L'Harmattan, ColI. M.E.S. 2003

CEDIMES-UNESCO,
paraître)

« Corée

du

Sud,

modèle

de

développement, crise de 97 », ColI. MES, L'Harmattan, (à

ALBAGLI Claude (Coordination), «Cahier du CEDIMES, N°1 » avec Guy Caire, Jean-Paul Courthéoux, Colette Nême, Alain Redslob, Xavier Richet, Sergio Conti, Yves-Marie Laulan, ColI. MES, L'Harmattan, 2003 AUSTRUY Jacques, « L'Islam et le Développement» L'Harmattan, 2003 TREMBLAY L'Harmattan, Rodrigue 2003 «L'Amérique impériale» ColI. MES,

ColI. MES

DUPRIEZ Pierre et VANDERLINDEN Blandine

«Balises
L'Harmattan DUPRIEZ

pour
Pierre

le management
(sous

interculturel », ColI.

(sous la direction) MES

(En préparation) la direction)

américaines
L'Harmattan

du

management

«Perspectives latinointerculturel» ColI. MES

(En préparation)

DELIVANIS-NEGREPONTI Maria et ALBAGLI Claude (sous la direction) « Perspectives européennes », titre provisoire, AELF, Coll. MES, L'Harmattan (En préparation)

LISTE DES AUTEURS
HUGON Directeur

Philippe:

Professeur à l'Université du CERED/FORUM

Paris

X Nanterre, Economiques,

Docteur d'Etat ès Sciences HECKL y Christophe: Fonctionnaire International, OCDE GRELLET Gérard: Professeur à l'Université (Paris I), ancien directeur de l'IEDES NEGREPONTI-DELIVANIS Recteur de l'Université CEDIMES-Komotini

Panthéon-Sorbonne

Maria: Professeur Emérite, ancien de Théssalonique (Grèce), Directeur du Neuchâtel CEDIMES,

GERN Jean-Pierre: Professeur honoraire, Université (Suisse), Président du Conseil Scientifique de l'Institut Directeur du CEDIMES-Neuchâtel

ALBAGLI Claude: Président de l'Institut CEDIMES, Université Panthéon-Assas (Paris Il), ancien Directeur de l'Institut Universitaire de Gestion des Entreprises PENOUIL l'Université LATOUCHE Marc: Professeur Emérite, Montesquieu (Bordeaux IV) Serge: Professeur à l'Université Ancien Président de

de Sceaux,

Paris XI

AUSTRUY Jacques « Structure Economique et civilisation, Egypte et le destin économique de l'Islam », Préface d'André Marchai, SEDES, 1960, 366 pages. AUSTRUY commun» AUSTRUY Ouvrières, Jacques «Le (en collaboration) Jacques 1961. « financement DUNOD. Islam face des entreprises au développement et la marché », Editions (en

AUSTRUY Jacques« Les formes modernes collaboration avec Pierre Morau) Gauthier-Villars, AUSTRUY Jacques « Les contemporains» (en collaboration) AUSTRUY 1968. AUSTRUY pages. Jacques « Le Scandale grands L.G.D.J.,

de la concurrence» 1962.

problèmes 1963.

économiques », Marcel Rivière, 1971 1992, 219

du Développement

AUSTRUY Jacques Jacques

« Le Prince et le Patron », Cujas, «La Chenille et le Papillon

», Cujas,

INSTITUT

CEDIMES

Réseau Francophone d'Economistes Président d'Honneur Fondateur:

et Gestionnaires

Jacques AUSTRUY

Président: Claude ALBAGLI SecrétaireGénéral: Célestin MA YOUKOU
ALGERIE: AUSTRALIE: BELGIQUE: BULGARIE: CAMEROUN: CANADA: CHINE: CEDIMES-ORAN Abdelkader DERBAL

CEDIMES-SYDNEY CEDIMES-BRUXELLES CEDIMES-SOFIA CEDIMES-DOUALA CEDIMES-QUEBEC

Tim DYCE Pierre Zhelyu DUPRIEZ

VLADIMIROV BEKOLO

Claude

Yvon GASSE
Jian Hua ZHANG FE de BOGOTA Jean-Raymond Alain REDSLOB REUNION Ricardo ROMERO

CEDIMES-KUNMING CEDIMES-SANTA CEDIMES-BRAZZAVILLE CEDIMES-PARIS Outre-Mer: CEDIMES-LA

COLOMBIE: CONGO: FRANCE: FRANCE GRECE HONGRIE: ITALIE: JAPON:

DIRAT

Christian DA VE

: CEDIMES-KOMOTINI CEDIMES-BUDAPEST CEDIMES-TURIN CEDIMES-TOKYO Sergio

Maria NEGROPONTI-DELIVANIS

Jeno
CONTI

KOLTAY

Seiji YOSHIMURA Yerengaïp Ibrahim Mileva OMAROV GUROVSKA RAJEMISON

KAZAKHSTAN: LIBAN: MACEDOINE MADAGASCAR MALI: MAROC: POLOGNE: ROUMANIE: SUISSE: SYRIE: TUNISIE: TURQUIE: UKRAINE: VIETNAM:

CEDIMES-ALMATY

CEDIMES-BEYROUTH

MAROUN Sahondravololina

(ERY) : CEDIMES-SKOPJE :CEDI MES-ANTANANARIVO Issa SACKO

CEDIMES-BAMAKO

CEDIMES-MARRAKECH CEDIMES-WROCLAW CEDIMES-TÂRGOVISTE CEDIMES-NEUCHATEL CEDIMES-ALEP CEDIMES-TUNIS CEDIMES-IZMIR CEDIMES-KIEV CEDIMES-HANOï Hassan

Mohamed Léon

EL FAIS

OLSZEWSKI Ion CUCUl

Jean-Pierre HAZZOURI Abderrazak Neçati Petro

GERN

ZOUARI

TASKIRAN

SAPOUN

Vu Luan PHAM

PRÉFACE

C'est un redoutable honneur et un vif plaisir que de réaliser une préface pour un ouvrage en forme d'hommage à Jacques AUSTRUY, fondateur du Centre d'Etudes du Développement et des Mouvements Economiques et Sociaux, connu sous l'acronyme CEDIMES.Ce fut de retour d'un poste à l'Université d'Antananarivo à Madagascar, en 1972 qu'il créa ce centre au sein de l'Université Panthéon-Assas (Paris II). Près de deux cents docteurs y furent formés avec l'appui dynamique du regretté Professeur Luc Bourcier de Carbon et la participation énergique du Recteur Christian Labrousse. De cette collaboration se développa un troisième cycle original intitulé « Développement et Civilisations ». L'ouvrage fondateur «Le scandale du développement» était un façon bien propre à Jacques Austruy pour exprimer les paradoxes du développement et mettre en lumière ce que dissimule l'usage. Non décidément, dans l'histoire de l'humanité, ce n'était pas le «développement» qui était la norme, mais bien au contraire d'autres constructions sociales. Le scandale était alors causé, au-delà de ces habitudes profondes et multi-millénaires, par l'émergence soudaine de cette industrialisation et une conversion de populations toujours plus nombreuses aux séductions consuméristes, sans nécessairement pouvoir y participer. Depuis deux siècles, le monde ne fonctionne plus sous l'emprise des mêmes règles, ni des mêmes valeurs. Devant ce constat, le développement ne pouvait être que l'apparition protéiforme d'un phénomène complexe mettant en jeux des mécanismes économiques, mais aussi des considérations d'ordre sociologique, des valeurs propres à chaque culture dans laquelle il s'enchâssait,

des enjeux en étroites relations avec le contrôle du Pouvoir. On mesure comment aujourd'hui ces idées conservent une actualité persistante et cela explique aussi pourquoi nous avons pu republier, plus de vingt ans après la première édition, le texte in extenso du« Scandale du développement». Mais à ce classique succédaient deux petits volumes intimement liés l'un à l'autre. Nous voulons parler du « Prince et du Patron» et de « La chenille et du papillon». Ces ouvrages font le bonheur des étudiants, car ils permettent en quelques pages d'obtenir une grande densité d'analyses illustrées par de multiples références, traduisant la grande expérience internationale de leur auteur. Ils rapportent des faits et des expériences dans des contrées difficiles d'accès mais où, aujourd'hui, les tours opérateurs conduisent volontiers des escouades de touristes. La Chine, Cuba ou l'Albanie, encore à peine entrouverts à quelques incursions, nourrissaient l'expérience diversifiée de Jacques Austruy qui l'avait mené à traverser les Amériques de part en part du Nord au Sud ou à parcourir les mondes arabe et perse. Autant dire que ses analyses ne se fondaient pas sur une approche conduite au fond d'un bureau, mais reposaient sur une pratique du terrain. Mais cette démarche visant à partir à la rencontre des civilisations se doublait d'une perception pénétrante pour saisir les dynamiques, les rapports ou les paradoxes qui se cachaient sous l'écume évènementielle. Les lecteurs ont souvent été déstabilisés par cet art percutant de la formule lapidaire qui au travers de quelques mots ciselés, révélait l'essence d'une situation, d'une analyse ou d'un comportement. Souvent les auditeurs se trouvaient ébranlés par cette façon de reprendre à rebrousse poils des exposés convenus. Passés ces premiers moments qui faisaient perdre bien des repères référencés, on réalisait que l'on venait d'ouvrir de nouvelles fenêtres sur le monde, pour lire son actualité, tirer ses leçons du passé et engager les perspectives de son devenir sans pour autant glisser sur les dérives rituelles consistant à dénoncer un bouc émissaire ou à dresser des avenirs utopiques. Au-delà de l'idée que le problème du développement est un phénomène qui ne peut être appréhendé sur la seule base d'un - 10-

multiplicateur d'investissements, Jacques Austruy a présenté une idée majeure et centrale dans son approche: les relations déterminantes du Pouvoir et du Développement. Il s'agit de transgresser un Pouvoir incarné par le Prince dont les caractéristiques sont celles d'être agreste, rentier et tribal pour accéder à une recomposition que symbolisera le Patron, celui de l'entreprise. Les caractéristiques de ce nouveau Pouvoir seront alors d'être industriel, financier et urbain. C'est dans le renversement de cette logique de l'exercice de la puissance que se nichent la difficulté et l'enjeu d'une réorientation de la société pour une démarche favorable au développement. La contradiction est que le Développement doit prendre appui sur un Pouvoir qui, s'il le met en place, sape par la même occasion toute la légitimité de son autorité et les sources économiques de sa puissance. C'est dans cette ligne que se sont placés certains travaux du CEDIMES en montrant à travers la transformation de la rente agricole, les liens entre celle-ci et le cycle des civilisations. Il a tenté d'exposer les rapports complexes entre le Pouvoir, l'organisation sociale et le système de valeurs et leur cohérence imbriquée dans une même structure où l'économie n'était qu'une de ses composantes, qu'un des paramètres. Il en découlait une collection de ruptures nécessaires pour aborder le processus de développement et non pas la mise en place d'une simple structure technique plus performante dans ses rendements pour accroître des tonnages céréaliers ou minéraliers. Tout le mérite des analyses de Jacques Austruy est de ne pas s'en tenir à une collection de paramètres dont le résultat le plus certain est de brouiller toute ligne opérationnelle en passant d'une analyse trop épurée à une approche trop référencée, mais à mettre en évidence les liens étroits et fonctionnels entre ceux-ci pour donner une intelligence de l'action. Loin de réduire son métier d'économiste à celui d'un technicien expérimentant de multiples hypothèses sur la base d'un modèle strictement quantifié, Jacques Austruy a appris comment savoir prendre dans la technique toute l'utilité et la force qu'elle peut apporter, mais en puisant résolument des racines dans une histoire, une philosophie, des rapports sociaux, des pouvoirs. Il put apprendre à de - Il -

nombreuses générations d'étudiants à savoir regarder et tirer parti de l'expérience et du fruit des contacts avec les autres cultures pour tenter de faire percevoir ce qu'elles ont d'irréductibles et d'inquantifiables qu'il faut et qu'il faudra nécessairement prendre en compte. L'idée de base de cette approche est alors que les individus, quelque soit le mode de référence culturel, agissent avec une même rationalité liant l'effort à l'intérêt (la loi austruyenne de i/e). Il n'y a pas de comportement fondé sur les bases d'une irrationalité ou d'une a-rationalité. Ce sont les paramètres d'analyses qui peuvent ne pas être les mêmes entre l'observé et l'observateur. Il faut donc rechercher d'abord la grille de lecture pour se livrer à une analyse correcte et peser éventuellement sur la transformation sociale. Si les groupes agissent d'une façon qui n'est pas conforme aux réactions attendues, c'est que certains éléments d'analyse n'ont pas été pris en compte par l'observateur. Il est nécessaire de se mettre en quête de ces paramètres. Si l'attitude est jugée aberrante, comment pourrait-on induire par la suite, une nouvelle logique à des sociétés qui en seraient totalement dépourvues? C'est cette façon de voir qui au tout début de ce qui ne s'appelait pas encore «la mondialisation », séduisit les invités étrangers dans notre laboratoire. Et au début des années quatrevingt-dix, plusieurs de nos collègues émirent le souhait de créer chez eux un CEDIMESrelevant du même esprit d'analyse. Cette internationalisation n'avait pas été programmée. Elle nous prit par surprise, mais se plaça exactement au moment où l'on date aujourd'hui le phénomène de la globalisation. Il y a sans doute là plus qu'un simple hasard, une véritable intuition. La première réunion que je conduisais au sein de l'Université Panthéon-Assas (Paris II) dans la salle voûtée de l'un de ses sous-sols, ne regroupait que sept personnes représentant toutefois cinq nationalités. On y trouvait outre deux français, des ressortissants du Congo, du Liban, de Madagascar et du Maroc. Les bases de l'initiative étaient intéressantes, mais les fondations restaient très modestes. Les étudiants du DEA de « Développement et Civilisations» se mobilisèrent avec enthousiasme pour donner corps à cet élan qui prit appui sur quelques idées simples qui ne - 12 -

tardèrent pas à s'affirmer. D'un point de vue académique, le réseau afficherait une multidisciplinarité tout en privilégiant les disciplines de l'économie et de la gestion. Il se placerait sur trois niveau d'analyse: le premier celui du Développement pour y agréger celui de la transition. Mais ce thème s'élargit en amont d'un second axe à savoir celui de la mondialisation dont on ne peut faire abstraction pour se livrer à des analyses sur le Développement. Enfin, il s'ouvre en aval sur une troisième préoccupation, l'entrepreneuriat qui constitue la base même des mutations économiques. D'un point de vue structurel, le réseau des laboratoires ne seront pas des filiales du CEDIMEs-Paris,mais des partenaires, les directeurs de chacun des laboratoires reconnus par leur université d'origine constitueront le Conseil d'Administration et valideront les nouveaux membres parmi les candidatures, tous les laboratoires s'appelleront CEDIMESavec le nom de la ville d'implantation accolé. En ayant vocation à réunir les chercheurs francophones principalement en économie et gestion, il n'y aurait en principe qu'un seul CEDIMESpar pays. L'esprit qui caractérisait dès l'origine ce réseau, se fondait sur sa capacité d'écoute. Cet éveil aux différences de perceptions constituait l'un des fondements fédérateurs de ces membres pour mieux appréhender les approches de ceux qui sont dans d'autres conditions de richesses, de religions ou de cultures. L'idée fit son chemin, une dizaine d'années plus tard, c'est une trentaine de laboratoires qui ont été agréés par leur université d'origine et composent l'Institut CEDIMESavec près de six cents membres allant de personnalités scientifiques et académiques du plus haut niveau dans chacun des pays jusqu'aux jeunes chercheurs trouvant là le cadre d'une recherche stimulante et ouverte. Cette structure prolonge l'œuvre de Jacques Austruy par l'approche et l'esprit qu'il a insufflés dans les premières réunions et qui continuent à régner au sein de nos réunions académiques comme se plaisent à le faire remarquer les membres de ce réseau. Etabli sur les six continents, ramifié dans diverses

universités de chaque pays où le CEDIMES a été créé, les équipes
sont maintenant fréquemment conduites par des Recteurs ou des Doyens, consacrant ainsi le dynamisme de ce réseau qui a pu - 13 -

lancer en 2003 des partenariats avec les institutions de la Francophonie, l'Agence Universitaire pour la Francophonie, l'Université Senghor d'Alexandrie et qui vient d'être affilié en janvier 2003 au réseau de laboratoires «E2ABC » de la Banque Mondiale. C'est en mai 2002, à l'occasion du trentième anniversaire de la création du CEDIMES-Paris(1972), que nous avons voulu célébrer un Hommage à Jacques Austruy en se réunissant autour de lui au sein de l'Université Panthéon-Assas (Paris II). Cette manifestation réunissait anciens étudiants et nouvelles générations, collègues anciens et nouveaux du monde académique français, mais aussi représentants des autres CEDIMES. interventions des Les conférenciers ont été l'occasion de préparer deux ouvrages: d'une part celui-ci reprenant les réflexions sur le développement de huit économistes influents et d'autre part, un premier recueil des «Cahiers du CEDIMES illustrant une diversité thématique avec » les autres participants. Cet ouvrage-ci replace l'œuvre de Jacques Austruy dans les évolutions de la pensée sur le développement, aborde certains de ses prolongements et nourrit une critique méthodologique de la « praxis» du développement. En évitant les écueils d'une réalité outrancièrement épurée ou de constructions résolument utopiques, Jacques Austruy pouvait proposer cette maxime qu'il avait lui-même forgé: «Entre le possible et le probable, il y a le désespoir ou la compréhension et l'action».

Claude ALBAGLI Président de l'Institut CEDIMES

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INTRODUCTION
L'ouvrage que nous présentons ici tire parti d'un Colloque visant à rendre hommage à Jacques AUSTRUY dont on sait qu'il a été parmi la poignée d'universitaires français les plus brillants à proposer une analyse originale et stimulante des phénomènes du Développement. C'est pour cela que se sont réunis autour de lui de nombreuses personnalités. On retrouvait parmi les spécialistes sur ces questions Alain Cotta, Maria Delivanis-Negreponti, JeanPierre Gem, Gérard Grellet, Philippe Hugon, Christian Labrousse, Serge Latouche, Marc Penouil. D'autres contributions furent également présentées par Claude Albagli, Guy Caire, Jean-Paul Courthéoux, Jean Fericelli, Christophe Heckly, Célestin Mayoukou, Alain Redslob et Xavier Richet. Nous reprenons dans cet ouvrage huit contributions qui traitèrent du développement et lui donnent une très grande homogénéité et une très grande pertinence. L'ouverture est réalisée par Philippe Hugon qui s'interroge sur le renouveau de la pensée du développement. La question est d'autant plus pertinente que les échecs des approches du développement avec la persistance du dixième de la population mondiale avec moins de un dollar par jour et les bouleversements intervenus du fait de la mondialisation, nécessitent une mise en perspective. En plaçant l'économie du développement dans l'histoire de la pensée économique d'une part, et en situant les apports de Jacques Austruy dans ces courants, l'auteur clarifie par cette mise en perspective les apports féconds du fondateur du CEDIMES.

L'analyse qui suit se concentre sur l'analyse des pouvoirs, ceux du Prince et du Patron pour reprendre la terminologie de Jacques Austruy. Christophe Heckly rappelle le point commun entre les deux logiques, celui de susciter ou de ménager des déséquilibres temporaires exploitables. «Mais alors que dans la logique du marché - qui est une logique à court terme - le déséquilibre se résorbe en longue période, la logique du pouvoir s'efforce de perpétuer ces déséquilibres pour en tirer profit. » L'auteur en poursuit les applications dans les évolutions récentes pour en décrypter l'actualité et les dérives. Gérard Grellet s'intéresse également à la notion de Pouvoir abordée par Jacques Austruy, mais sous un autre aspect. Dans «Le Prince et le Patron », l'auteur avance que bien que le Pouvoir constitue le problème de base de l'économie politique, il est passé sous silence. En effet, «le marginalisme élimine la réalité du pouvoir ». De fait la théorie économique contemporaine s'est engagée dans une voie diamétralement opposée, celle de l'analyse des conditions de l'échange volontaire. Gérard Grellet montre alors tout l'intérêt de réintroduire les phénomènes de Pouvoir pour comprendre des comportements apparemment aberrants. Le Recteur Maria Delivanis-Negreponti aborde l'œuvre de Jacques Austruy du point de vue de la pensée économique en matière de développement et la replace dans les diverses phases qui se sont succédées depuis la Seconde Guerre Mondiale afin de mieux en faire ressortir la portée. M. Délivanis-Negreponti montre comment Jacques Austruy dans son analyse du développement, s'est ainsi érigé sans hésiter contre les doctrines de son temps qui persistaient à vouloir attribuer le sous-développement à un seul facteur et ne proposaient qu'une seule solution. Son œuvre tourne autour de la nécessité absolue de prendre en considération d'autres aspects dont les originalités sont ici inventoriées. Le Professeur Jean-Pierre Gern reprend les analyses de Jacques Austruy dans la démarche de l'histoire de la pensée économique et il souligne que l'un des mérites de son analyse a - 16-

été de placer les théories face à leur objet. Cette approche du développement est très exigeante pour la démarche scientifique, surtout en raison des aspects inéluctablement paradoxaux qu'elle engendre et que Jean-Pierre Gem soulève: - Comment mettre en relation le fonctionnement de l'économie et le changement des structures? - Quelle relation entre le développement et la croissance? - Comment concevoir un enchaînement structurel alors que les structures tendent à être prégnantes? - Quel lien entre la vocation des cultures à s'épanouir et le jeu des pouvoirs initiant le changement? - Comment le développement peut-il être compris seulement par rapport à son point d'arrivée, à sa finalité, alors qu'il est à luimême son propre critère? - Quelle relation entre un projet collectif national et «une conjonction rare et imprévisible de circonstances» ? Claude Albagli en reprenant deux éléments essentiels de l'approche de Jacques Austruy, à savoir les relations de Pouvoir et la rupture entre les sociétés agrestes, tribales et rentières d'une part, et les sociétés urbaines, bureaucratiques et financières d'autre part, propose de retenir le surplus agricole comme donnée clef. C'est en passant d'un surplus résiduel à un surplus significatif que les logiques changent, les pouvoirs basculent, les valeurs se transforment, et pour finir la société se recompose... Mais il aura fallu près d'une centaine de siècles pour que les sociétés agraires abandonnent l'idéal d'un état stationnaire pour une société consumériste de croissance. Marc Penouil se livre à une rétrospective sur les approches du développement en tirant parti de ce trentième anniversaire. Avec esprit vif et goût du paradoxe, s'écartant des utopies et des idéologies dont il dénonce les ravages sur les sociétés que l'on prétendait libérer, il brosse un vivant tableau de cette discipline du développement. En soulignant certaines de ses faiblesses, en dénonçant la chasse aux sorcières, il revient à des évidences qu'occultent souvent démagogie et vaines chimères. Impertinent, vif et élégant, le texte pourrait être relu avec profit - 17-

par bien des opérateurs et des tribuns... Mais il ne se départit pas d'un bel élan d'optimiste pourvu que l'on sache composer avec les réalités qu'il invoque. Serge Latouche dont on connaît l'approche iconoclaste, livre quelques pages de réflexions sur les contradictions entre le vent d'occidentalisation et la diversité culturelle. Il expose ainsi les enjeux essentiels entre les défis du développement et ceux de la mondialisation qui ne permettent plus de distinguer ce qui relève du progrès technique et de l'évolution sociale de ce qui appartient en propre à la civilisation américaine. Le désarroi a cependant quelques circonstances atténuantes tant la perception se perd sous un florilège de confusions. Les derniers mots seront laissés à Jacques Austruy.

- 18 -

CHAPITRE I

PEUT-ON PARLER D'UN RENOUVEAU DE L'ECONOMIE DU DEVELOPPEMENT DANS UN CONTEXTE DE MONDIALISATION?
Philippe HUGON
Université Paris X-Nanterre / CERED-FORUM

Les travaux de Jacques Austruy sont d'une grande actualité et, au delà des modes économiques, demeurent des analyses fondatrices de l'économie du développement Les apports des principaux ouvrages tels Le scandale du développement (1965), le Prince et le Patron (1971) ou La chenille et le papillon 1992) sont essentiels sur le plan méthodologique. Jacques Austruy analyse l'illusion de la mesure et les mécomptes des comptes qui conduisent à sur-évaluer l'Occident et à sous-évaluer les pays" sous développés". Il montre comment traiter le temps et transformer le flux hétérogène qui se déroule dans un temps historique, soit en flux homogène (modèle de croissance), soit en discontinu hétérogène (travaux historiques). L'histoire résulte d'une conjonction aléatoire de séries ou de séquences conduisant à une surdétermination. La question méthodologique du développement est celle de la

compréhension des lois de passage d'une structure en une autre structure et donc du déséquilibre diachronique. Ses travaux sont également essentiels quant à la compréhension des processus de développement et à l'exception de la trajectoire occidentale. Il y a une rationalité du non développement et le développement doit apparaître comme un scandale. Les choix économiques conduisant au développement supposent qu'ex ante la somme des coûts actualisés soit supérieure à la somme des rendements actualisés. Or les coûts immédiats sont élevés, les rendements sont incertains et la dépréciation du futur est forte. D'où le rôle des pouvoirs pour modifier le ratio coûts/avantages et aménager les déséquilibres du long terme pour les rendre productifs. La rationalité du politique ou du patron diffère du calcul de l 'homo oeconomicus qui maximise ou optimise à l'intérieur d'une structure. Dans la tradition perrouxienne, la décision est un pari sur les nouvelles structures. Enfin, les travaux de Jacques Austruy permettent de resituer l'économie et le développement au sein des cultures et des civilisations et montrent les limites d'une analyse économiciste. Cette communication se propose de restituer ces travaux au regard de l'évolution des théories du développement et du renouveau dans un contexte de mondialisation.

A - L'évolution des théories du développement
On peut différencier trois grandes périodes permettant de caractériser l'évolution de la pensée et des théories en économie du développementl.
1

La périodisation est liée aux grandes transformations, telles la reconstruction d'après guerre, la décolonisation, la crise des années 70, mais également aux histoires spécifiques de l'Afrique et des anciennes colonies francophones. Si certains débats liés aux conflits idéologiques sont permanents, ils émergent sur le devant de la scène en fonction des arrières plans socio-historiques. Cette périodisation est évidemment simplificatrice et de nombreux travaux chevauchent les périodes. - 20-