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Analyse sectorielle

De
197 pages
Economistes et gestionnaires produisent chaque année de nombreuses analyses de secteur. Pourtant, il n'existe pas d'ouvrage facilement accessible présentant la manière dont sont conçues ces études. Ce livre tente de combler cette lacune en proposant une méthode d'analyse de secteur. Son objectif est de fournir une présentation des outils de l'analyse sectorielle et d'articuler leurs relations de manière à développer une méthodologie générale. La seconde partie de l'ouvrage analyse : l'industrie informatique, le secteur des services informatiques et enfin l'industrie du logiciel.
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@L'Harmattan,2004 ISBN: 2-7475-6785-0 EAN 9782747567855

ANALYSE

SECTORIELLE

Collection « L'esprit écononrlque

»

fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l'apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L'esprit économique» soulève le débat, textes et images à l'appui, sur la face cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production et d'échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s'adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu'aux experts d'entreprise et d'administration des institutions.

La collection est divisée en cinq séries: Economie et Innovation, Monde en Questions, Krisis, Clichés et Cours Principaux.

Le

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d'économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l'étude des ressorts fondamentaux de l'économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire de la pensée et des faits économiques. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s'adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage plus long voyage commence par le premier pas ». chinois: « le

Christian GENTHON

ANALYSE

SECTORIELLE

Méthodologie et application aux technologies de l'information

INNOV AL 21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France Éditions L'Harmattan L'Harmattan Hongrie 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique Hargitau. 3 75005Paris 1026Budapest FRANCE HONGmE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino

ITALlE

Merci aux collègues du CEPSE et du LEPII (ex IREPD) qui ont bien voulu se pencher sur tout ou partie de ce travail. Merci particulièrement à Marianne Clerc et à Vincent Plauchu qui ont relu tout le manuscrit.

INTRODUCTION

GENERALE

Ce livre est issu d'une pratique, celle de l'analyse sectorielle et d'une ambition, celle de chercher des fondements à cette pratique. L'analyse sectorielle est aujourd'hui largement répandue et est principalement utilisée comme instrument d'aide à la décision par les acteurs économiques - entreprises, administrations, banques, syndicats professionnels. Précisons. Les entreprises réalisent des analyses sectorielles dans deux cadres distincts: chaque démarche de type stratégique inclut une analyse sectorielle notamment par l'analyse des menaces/opportunités de l'environnement et de même les analyses marketing doivent intégrer des éléments d'analyse sectorielle, ne serait-ce que pour quantifier le marché et faire des proj ections. Les administrations ainsi que les syndicats professionnels réalisent également des études sectorielles, les unes pour définir les politiques industrielles publiques, les autres pour éclairer leurs membres et aider leurs activités de lobbying. Les organismes financiers effectuent eux aussi des études sectorielles: d'abord pour eux-mêmes, pour valider leurs décisions de prêts aux entreprises, et ensuite pour conseiller leurs clients particuliers en matière d'opportunité de placements, ceci en évaluant les perspectives de résultats des entreprises et des secteurs en terme de rentabilité financière et boursière. Les organisations internationales telle l'OCDE publient, elles aussi, des études sectorielles. Nombreuses sont donc les analyses sectorielles, plus ou moins approfondies, qui sont élaborées chaque année dans de nombreux secteurs. Pourtant, il est difficile, voire impossible de trouver un corpus théorique à ces travaux empiriques. Les différents praticiens empruntent qui à l'économie industrielle, qui aux outils marketing et stratégiques. L'ouvrage classique de M. Porter (Competitive Strategy, 1980) est aujourd'hui daté. Le propos se focalise trop sur la stratégie des firmes qui n'est

qu'un élément de l'analyse sectorielle. De son côté, l'économie industrielle a suivi depuis 20 ans des chemins, modélisation et théorie des jeux, qui l'éloignent du champ empirique. Les outils marketing et stratégiques sont, quant à eux, centrés sur la firme et ne sont pas utilisables tels quels pour l'analyse de secteur, cette dernière étant fondée sur une analyse du collectif des firmes en concurrence dans un secteur et non sur des cas particuliers. Une réflexion méthodologique semble aujourd'hui attendue sur cette pratique largement répandue. Quels sont les instruments à la disposition de l'analyste ou du chercheur et comment les intégrer pour comprendre la réalité complexe d'un secteur? L'objet de cet ouvrage est donc de proposer et présenter une méthodologie d'analyse sectorielle ainsi que ses outils associés. Elle est ensuite appliquée, pour éprouver sa validité à l'analyse de trois secteurs. En conséquence, ce livre comprend deux parties. En premier lieu, la méthodologie et les outils de l'analyse sectorielle sont exposés en intégrant chaque fois que nécessaire des exemples. Le principal concept développé est celui de régime de concurrence d'une industrie, concept qui synthétise l'organisation industrielle d'un secteur. En seconde partie, ces instruments et cette méthodologie sont utilisés pour analyser trois secteurs des technologies de l'information: l'industrie du matériel informatique, l'industrie des logiciels informatiques et l'industrie des services informatiques. Le choix de ces trois secteurs permet de considérer des exemples de biens matériels, de biens immatériels et de services, les deux derniers prenant de plus en plus d'importance dans l'économie contemporaine. La méthodologie appliquée à l'industrie informatique permet de montrer que cette industrie a vécu, en cinquante ans, deux régimes de concurrence distincts. Un double résultat est ainsi obtenu: une meilleure compréhension du secteur et une validation empirique de la méthode utilisée. La méthode se mettant en jeu dans la seconde partie, les exemples de la première partie sont, par construction, descriptifs et techniques. Ils ne sont pas analytiques. Ce choix induit que la globalité de la méthode n'est pas facilement compréhensible à la seule lecture de la première partie. Il en résulte que les analyses sectorielles de la seconde partie sont nécessaires à la compréhension de la méthodologie et des outils présentés dans la première partie.

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PREMIERE PARTIE
METHODOLOGIE ET OUTILS

INTRODUCTION

L'objectif de cette première partie est de fournir un cadre méthodologique ainsi que de décrire les outils à utiliser dans ce même cadre méthodologique. L'analyse sectorielle est une discipline située au croisement de l'économie industrielle classique - Bain (1956), Mason (1957), Scherer ( 1980) - et des analyses marketing et stratégiques. A l'économie industrielle classique, elle emprunte la plus grande partie de ses concepts. Elle tire des analyses marketing et stratégiques un certain nombre de techniques de recherche d'informations empiriques ainsi qu'une attention à la plausibilité des hypothèses émises et à la prise en compte de la réalité économique observable. Mais si l'analyse sectorielle emprunte à d'autres disciplines la plupart de ses outils et une partie de sa méthodologie, c'est pour les adapter à son objectif. Elle pourrait être légitimée par son utilisation généralisée dans les décisions économiques. Mais elle prétend aussi aspirer à une légitimité théorique en plus de sa légitimité empirique. En effet, l'analyse sectorielle part d'une hypothèse forte qui est que le secteur, rapidement défini ici comme le regroupement de firmes en concurrence directe (produisant des biens ou services semblables) est un champ légitime pour comprendre le monde de la production des biens et services. L'argument principal est que toutes les entreprises d'une industrie obéissent à des logiques fonctionnelles similaires et partagent des connaissan-

ces et des pratiques communes. Entre micro-économie et macro-économie, le secteur est un niveau d'analyse pertinent que l'on désigne parfois par le terme de méso-économie. A ce propos, méthodologie et outils doivent permettre d'appréhender le régime de concurrence d'une industrie. Cette première partie comprend cinq chapitres: le premier est dédié à la méthodologie et les quatre autres sont réservés à la présentation détaillée des quatre champs de l'analyse sectorielle que sont les conditions de base, la concurrence, les stratégies et les performances. Chaque champ inclut un certain nombre d'outils qui seront abordés de manière détaillée.

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CHAPITRE I
METHODOLOGIE

Ce chapitre a pour but de présenter les principes méthodologiques à partir de trois axes principaux. Tout d'abord, il sera procédé à l'identification du champ d'analyse c'est-à-dire le secteur. Ensuite sera présentée la méthodologie d'analyse de secteur. Enfin, un troisième paragraphe explicitera certains des choix d'exposition. Cette méthodologie ne prendra évidemment tout son sens qu'après la présentation détaillée des outils.
1) DEFINITIONS DE BASE

Les comptables nationaux ont, depuis longtemps, constitué des catégories intermédiaires entre l'économie globale (la macro-économie) et la firme (la micro-économie), catégories nommées industrie ou branche ou encore secteur, identifiées par une nomenclature. Branche, secteur, industrie Est appelé secteur, le regroupement de firmes ayant la mêl11e activité principale. Chaque firme appartient donc à un secteur et un seul. Toutefois, les entreprises ont, en général, plusieurs activités. Le secteur est donc impur en ce sens qu'il intègre les activités dites secondaires des firmes. En contrepartie, les données cOlnptables et sociales des entreprises sont utilisables. La branche regroupe l'ensemble des fractions d'entreprises (ou établissements) qui ont la même activité. En général, une grande firme appartient à plusieurs branches. La branche est pure mais on ne dispose que de peu d'informations (production et emploi uniquement). Les statistiques de branches, quand elles

existent, donnent de bonnes indications sur les quantités physiques produites et sur l'emploi par activité. En revanche, elles ne fournissent aucune indication comptable. Par contre, les statistiques de secteur contiennent toutes les informations comptables mais elles sont moins précises au niveau de l'activité que l'on mesure puisqu'elles incluent des informations appartenant à d'autres activités. L'industrie est un concept anglo-saxon qui correspond plutôt à la définition que l'on donne en France du secteur. Les statistiques de secteur sont appelées, aux Etats-Unis par exemple, Industry Data et celles de branche Product Data (US Industrial Outlook). En revanche, dans les analyses théoriques, de D. Ricardo à A. Marshall, le concept d'industrie recouvre plutôt le concept de branche. En analyse sectorielle, le terme industrie prend un sens générique et est utilisé que l'on parle d'un secteur industriel (production de biens matériels ou immatériels) ou d'un secteur des services (<< opération effectuée par un prestataire pour un client », Gadrey, 1996). On parlera par exemple de l'industrie des services informatiques. La définition précédente du secteur présuppose le découpage du système productif, partition de l'ensemble des activités économiques. En général, les catégories statistiques sont réalisées par agrégation de produits et services de niveau inférieur. Ces agrégations sont fondées sur des principes associatifs autour des activités (proximité des techniques de production) ou des produits (identité de fonctionnalités). Les unités de base de la nomenclature sont les biens ou services, couramment produits conjointement par les entreprises. Soit l'exemple du secteur de la chimie (INSEE, 2000) : 24 : industrie chimique 24.1 : industrie chimique de base 24.2 : fabrication de produits agrochimiques 24.3 : fabrication de peintures et vernis etc. Uusqu'à24.7) 24.1A : fabrication de gaz industriels 24.1 c: fabrication de colorants et de pigments etc. Uusqu'à24.1N) Au total, on dispose de 700 positions élémentaires pour l'ensemble du système productif français, dont environ la moitié concernent l'industrie (23% du PIB) et l'autre moitié concerne les services (730/0du PIB).

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Analyse de secteur et nomenclatures Les classes de la nomenclature sont-elles adéquates à l'analyse sectorielle? Celle-ci peut utiliser les agrégations déjà effectuées par les organismes publics ou construire ses propres agréga60ns. Un premier problème vient du fait que les nomenclatures officielles sont contraintes par leur principe de construction qui est celui de la partition: chaque entreprise doit appartenir à un secteur et un seul et l'agrégation des secteurs correspond au système productif dans son ensemble. Un second problème naît de la nature nationale de ces statistiques et de la faible compatibilité des nomenclatures des différents pays. En analyse de secteur, on se libère de la première contrainte car on ne réalise pas d'agrégations au niveau macro-économique. En principe, une entreprise peut appartenir à plus d'un secteur. C'est par exemple le cas de Microsoft qui appartient au secteur de l'industrie informatique par l'intermédiaire de ses systèmes d'exploitation et au secteur des logiciels par tous ses produits logiciels - incluant ses systèmes d'exploitation 1. D'autre part, tout secteur comprend aussi des institutions, publiques ou privées, qui ne sont pas des entreprises: syndicats patronaux et ouvriers, institutions de recherche, organismes de certification, organismes de standardisation ou de normalisation, publications spécifiques, etc. La plupart de ces institutions ne sont pas prises en compte par les nomenclatures officielles. On comprend donc que ces dernières ne soient pas toujours adéquates à l'analyse sectorielle. Quant à la nature nationale des statistiques disponibles, elle doit être contournée par la réalisation de bases de données spécifiques (Cf infra, seconde partie) lorsque le secteur est très internationalisé. Plus précisément quand l'espace géographique adéquat à l'analyse du secteur considéré est le monde ou un sous espace régional. Voilà donc la seconde raison pour laquelle les statistiques officielles ne sont pas toujours adaptées aux analyses de secteur. Notons enfin que l'on peut juger pertinents des découpages très différents selon que l'on insiste sur la proximité des techniques de production ou sur l'identification du besoin satisfait au niveau du consommateur. Ainsi par exemple: - en terme de techniques de production, le stylo à bille est plus proche du rasoir à jeter (plastique injecté et usinage d'aciers spéciaux) que du stylo feutre ou du crayon à papier
I Il faut imaginer les frontières des industries comme les frontières épaisses (marches) des empires anciens et non comme les frontières linéaires des Etats actuels. En langage ensembliste, l'intersection de deux secteurs n'est pas obligatoirement vide.

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alors que l'effet de substitution joue bien évidemment uniquement sur les deux derniers. - en terme de besoin de l'utilisateur, café, café lyophilisé, cacao en poudre, chicorée soluble et thé à infuser sont substituables et constituent le marché des boissons du petit déjeuner alors qu'ils sont produits à partir de techniques extrêmement différentes. Frontières d'un secteur L'identification des frontières d'un secteur pose des problèmes théoriques assez semblables à ceux rencontrés par la définition du relevant market dans les politiques de la concurrence. On sait définir un marché comme un groupe d'acheteurs et de vendeurs échangeant des biens qui sont fortement substituables les uns aux autres et pour identifier cette substituabilité, on utilise le concept d'élasticité croisée de la demande. Mais cette élasticité croisée est évidemment un continuum et il n'y a pas de solutions a priori. Il faut aussi noter la difficulté de mesure de l'élasticité croisée ainsi que le caractère volatile d'une mesure qui peut varier très rapidement en fonction de faibles changements dans les caractéristiques des produits. En conclusion, un secteur est une agrégation de marchés dans lesquels des produits voisins sont vendus. Si un secteur comprend de nombreux marchés, il n'est pas toujours évident d'identifier ceux que l'on doit inclure. Par exemple, la Commission Européenne a interdit, dans les années 1990, à Aérospatiale de reprendre De Haviland, à travers sa filiale ATR, car sur le marché des avions régionaux, la fusion allait créer une firme avec plus de 50% du marché mondial alors que le secteur de l'aéronautique civile (incluant les marchés des avions régionaux, courts courriers, des moyens courriers, des longs courriers, des hélicoptères et autres) était dominé par Boeing avec plus de 80% du marché. Aujourd'hui, sur ce marché des avions régionaux, le leader est Canadair avec des avions à réaction alors qu'A TR en est restée à une technologie à hélice. En fait, la fusion était une fusion défensive et la Commission Européenne n'a pas compris cela ou n'a pas voulu le comprendre. Avions régionaux (à hélices) et courts courriers (à réaction) font partie du même marché et aujourd 'hui la technologie a réaction est en train de remplacer celle à hélices. Une manière empirique de tester les limites d'un secteur est de l'agréger à partir de sous-secteurs a priori plus homogènes dans le sens où ils seront définis par des produits en

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concurrence directe. Par exemple, on peut distinguer les soussecteurs suivants dans l'industrie informatique: - micro-informatique; - mini-informatique et stations de travail; - serveurs; - mainframes propriétaires; - systèmes d'exploitation; - périphériques. Micro-ordinateurs, serveurs mini et mainframes sont dans une concurrence indirecte de plus en plus forte. Aucun ordinateur n'est vendu sans système d'exploitation et périphériques. Le secteur informatique peut alors être défini comme l'agrégation des sous-secteurs précédents. Les problèmes d'identification des frontières d'un secteur sont en général résolus au cours de l'analyse mais de manière quelquefois précaire. Ces problèmes remettent-ils en cause la pertinence des analyses sectorielles? Pas nécessairement car tout travail empirique bute sur une réalité plurielle et complexe. La méthodologie présentée ci-après permet de résoudre en principe les problèmes d'identification des frontières du secteur: une classe de la nomenclature ou un sous-secteur appartient à un secteur s'ils partagent le même régime de concurrence. Il n'appartient pas à ce secteur si son régime de concurrence est distinct du premier.
2) METHODOLOGIE D' ANALYSE DE SECTEUR

La méthodologie d'analyse de secteur proposée ici est une adaptation du paradigme classique de l'économie industrielle (Scherer, 1980) et des analyses de Porter sur les forces de la concurrence (Porter, 1980). Elle consiste à étudier systématiquement et successivement pour un secteur, les conditions de base, la concurrence, les stratégies et les performances. Elle intègre les développements récents de l'économie industrielle (économie des standards et économie de l'information). A la différence de l'économie industrielle, l'analyse sectorielle porte une grande attention aux conditions de base. En effet, c'est ici que les spécificités de chaque secteur prennent naissance et sont les plus importantes. Ce qui explique aussi pourquoi l'économie industrielle, quelles que soient ses écoles, ne s'étend pas sur les conditions de base car elle recherche le non particulier, la règle générale.

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Définition Les principales hypothèses de l'analyse de secteur sont les suivantes. Quatre champs interagissent pour former une configuration spécifique à chaque secteur, appelée régime de concurrence du secteur:

-

(produit, technologie, processus de production, espace de production, etc.), caractéristiques de la demande (acheteurs, marché et dynamique du marché) et contexte institutionnel (réglementation, normes) ; concurrence (ou forces concurrentielles) et barrières à l'entrée; - les stratégies: stratégies des acteurs industriels et des Etats; secteur. L'objet de l'analyse sectorielle est de comprendre l'organisation du secteur, c'est-à-dire d'identifier les contenus des quatre champs et les relations entre ces derniers. L'hypothèse méthodologique est que dans chaque industrie existe, pour un temps donné, une articulation spécifique entre les quatre champs rappelés ci-dessus. On appellera régime de concurrence cette articulation. Ce régime de concurrence a les propriétés d'une structure et possède donc une certaine permanence temporelle. La stabilité dynamique du système est assurée par la cohérence de l'articulation des champs. Dans un univers en perpétuelle transformation et dominé par un temps irréversible, le régime de concurrence représente une stabilisation temporelle de l'organisation de l'industrie. Analyse de secteur et économie industrielle Contrairement aux différents courants de l'économie industrielle, aucune détermination causale n'est postulée entre un ou plusieurs des champs identifiés ci-dessus2. Dans l'analyse industrielle classique, celle de Bain et Mason, la structure détermine les comportements qui influencent les performances. La révision moderne de cette approche réalisée par Scherer introduit des boucles de rétroaction entre les parties. Mais elles sont très génériques et iI faut noter que les conditions de base sont oubliées dès que présentées. Les éconolnistes de l'école de Chicago, de manière un peu caricaturale, inversent la causalité: les stratégies déterminent les performances qui impliquent la
2 Pour une présentation Nguyen, 1995. des diverses écoles d'économie industrielle, voir Dang

les conditions

de base:

caractéristiques

de l'offre

-

la concurrence:

structure de l'industrie,

forces de la

- les

performances:

efficience

du secteur

et des firmes du

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structure. Partant de la remarque que les outils statistiques utilisés pour valider les hypothèses de la théorie classique ne peuvent indiquer le sens d'une causalité, ils renversent cette dernière. La nouvelle économie industrielle, quant à elle, met l'accent sur les stratégies des firmes qui impactent les trois autres champs d'une manière pas très bien explicitée. Enfin, pour la théorie des marchés contestables, ce sont les fonctions de coûts et les menaces d'entrée qui déterminent stratégies, structure et performances. Dans tous les cas, les conditions de base sont très largement oubliées3 et les analyses sont présentées comme s'appliquant à l'ensemble du champ productif. Dans l'analyse sectorielle au contraire, chaque industrie est considérée comme un cas particulier et c'est la pluralité des possibilités d'articulations entre les champs qui est privilégiée. Concrètement, dans certains cas, la structure va dominer les stratégies mais dans d'autres cas, ce seront les stratégies qui vont déterminer la structure. Dans d'autres cas encore, les conditions de base vont surdéterminer les autres champs, etc. Il n'est pas toujours assuré qu'une hiérarchie existe entre les champs, hiérarchie qui imposerait des contraintes aux champs dominés. L'hypothèse est que ces interactions sont spécifiques à chaque secteur. Le régime de concurrence d'un secteur identifie le jeu des relations entre conditions de base, concurrence, comportements et performances. Par rapport à l'économie industrielle encore, on ne suppose pas l'existence de relations invariantes dans le temps et l'espace mais on part de l'hypothèse que chaque secteur est l'objet d'une configuration spécifique. On pense que le régime de concurrence d'un secteur n'est pas intemporel et que sa durée de vie peut être limitée. Par exemple, dans l'industrie informatique, le régime de concurrence des années 1970 a été remplacé dans les années 1990 par un nouveau régime de concurrence (Cf infra, seconde partie). Le régime de concurrence identifie la stabilité d'une industrie sur une période donnée. Pourtant, cette stabilité n'est jamais définitivement assurée. L'innovation - qui est ici, comme chez Schumpeter, le nom donné à une modification du circuit économique - qu'elle vienne de l'intérieur ou de l'extérieur de l'industrie, peut remettre en cause l'organisation industrielle existante, ce qui entraîne une situation de crise suivie par la mise en place d'un nouveau régime de concurrence. La crise s'identifie à la performance des firmes entendue au sens large (disparition, nouveaux entrants, résultats économiques et financiers). Mais
3 La théorie des marchés contestables utilise les fonctions de coût dans une optique micro-économique rarement praticable dans une analyse sectorielle.

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toute innovation n'implique pas de remise en cause du régime de concurrence. En effet, une innovation peut être absorbée par le régime de concurrence et ne remettre en cause ni le contenu des champs, ni leur articulation. Les régularités se maintiennent4 et l'évolution du système se compare à une translation. Une innovation peut, au contraire, remettre en cause le régime de concurrence de l'industrie et cela se manifeste par la fin des régularités, par la disparition de la cohérence de l'articulation entre les champs et en fin de compte par une crise que l'on qualifiera de structurelle de l'industrie. La crise passée, un nouveau régime de concurrence se met en place. Cela se traduit par de nouveaux contenus et une nouvelle articulation entre les quatre champs. Mais cette séquence n'est pas généralisée et certaines industries ou services ont un régime de concurrence assez stable sur le long terme. Il faut enfin préciser l'espace de l'analyse sectorielle. Chaque entreprise est prise dans une double chaîne de relations: les relations horizontales qui définissent quel bien (ou service) produire pour un marché donné et par rapport à des concurrents en général identifiés et les relations verticales qui définissent comment produire ces biens (ou services). C'est la dimension horizontale qui est l'objet principal de l'analyse de secteur. Régime de concurrence d'une industrie Pour présenter encore ce que l'on entend par régime de concurrence d'une industrie, il est opportun de revenir sur la notion de branche. Cette dernière est mesurée par agrégation de produits ou services de base autour du critère « d'association ». Mais ce niveau empirique, mis en œuvre pour des raisons de structures de données statistiques de la comptabilité nationale, ne saurait donner un fondement à une telle segmentation. Il faut le chercher au niveau micro-économique, dans le jeu concurrentiel entre les entreprises. Pour Billaudot (1988), « la concurrence que (les entreprises) se livrent les conduit contradictoirement, d'un côté à différencier (nous soulignons) les articles qu'elles proposent à la vente et les conditions de production de ces derniers, de l'autre à s'imiter à ces deux niveaux. La division de la production en branches résulte de la coexistence de ces deux processus». L'identité du secteur naît de la confrontation produits/producteurs autour du couple différenciation/imitation. D'où le paradoxe qu'un secteur est constitué des produits ou services qui ne sont ni tout à fait
4 La mini-informatique n'a pas eu d'impact sur le régime de concurrence de l'industrie informatique. De même, l'innovation des biotechnologies n'a pas remis en cause le régime de concurrence de l'industrie pharmaceutique. 18

identiques, ni complètement différents. Dans la tradition schumpétérienne, les entreprises cherchent la différenciation par l'innovation, source de rentes de monopole. Mais elles savent également qu'il peut être moins coûteux et plus rentable d'imiter. C'est cette articulation entre innovation et imitation qui caractérise entre autres le secteur. Mais cette opposition est aussi conjonction. Les entreprises du secteur partagent une connaissance et un référentiel communs liés à la pratique répétée de la concurrence et des autres institutions les concernant telles qu'associations patronales ou syndicales. L'analyse présentée ci-dessus permet, de plus, de définir le secteur. Un secteur est un ensemble de produits / producteurs associés dans un régime de concurrence spécifique. L'économie industrielle classique cherche à découvrir des lois générales s'appliquant à toute industrie (ou secteur). Les analyses dites modernes (théorie des jeux, etc.) empruntent leur démarche à la micro-économie et à son individualisme méthodologique: l'unité d'analyse est la firme et seulement la firme. Dans ce cadre, la spécificité sectorielle ne peut exister. Les multiples modèles de concurrence oIigopolistique développés à partir de la théorie des jeux éclairent peu sur le fonctionnement des secteurs. En fait, l'individualisme méthodologique ne peut aider dans la recherche de méthodes et d'outils pour l'analyse sectorielle puisqu'il part d'une vision individualiste alors que cette dernière trouve ses fondements dans une approche à la fois individuelle et holiste et non pas uniquement individuelle comme la micro-économie5. Précisons que l'analyse sectorielle n'a pas les mêmes objectifs que l'économie industrielle. En conséquence, les critiques présentées aux différentes écoles de cette dernière ne concernent pas la cohérence de leur démarche. L'analyse sectorielle ne cherche pas à généraliser des résultats partiels provenant d'analyses de secteurs particuliers. Cette humilité lui évite un certain nombre d'écueils que doivent affronter les différentes écoles d'économie industrielle. L'analyse sectorielle émet I'hypothèse que chaque secteur possède la dimension d'une structure, c'est-à-dire d'un système d'éléments différenciés (les quatre champs) qui ne prennent leurs sens que dans les relations qui les relient mutuellement. Cette structure est le résultat d'une histoire et cette histoire est à jamais continuée, ce qui implique que cette structure peut être modifiée. Le secteur est le lieu de cette tension entre structure et mouvement.
5 L'analyse sectorielle ne prétend pas avoir résolu le problème de l'articulation entre l'individuel et le collectif. Mais elle ne le nie pas. 19

3) CHOIX METHODOLOGIQUES

La méthode analytique découpe le réel en catégories distinctes. Mais ce dernier ne se laisse pas si facilement partitionner et un certain nombre de recouvrements existent toujours. Ils ne sont pas escamotés dans la présentation. Les barrières à l'entrée sont incluses dans le champ appelé concurrence. Elles ont en général deux sources: des sources provenant des conditions de base et des sources liées aux comportements stratégiques des firmes. Les barrières à l'entrée font le lien entre conditions de base et stratégies: c'est la raison pour laquelle elles sont inclues dans le champ « concurrence ». Découlent de ces choix méthodologiques ainsi que de la volonté à une certaine exhaustivité, quelques répétitions concernant les contenus des champs. Soit l'exemple le plus significatif, celui de la différenciation. C'est une condition de base pour les produits complexes mais c'est aussi une stratégie de firmes pour augmenter les barrières à l'entrée dans certains secteurs. La différenciation sera donc présente dans les trois chapitres suivants: conditions de base, concurrence et stratégies. Mais il faut comprendre que c'est chaque fois un éclairage différent d'une réalité diverse. Par exemple, les brevets sont une condition de base de l'industrie informatique mais ne sont ni une barrière à l'entrée ni une stratégie. La situation est totalement différente dans l'industrie pharmaceutique où les brevets sont une dimension fondamentale de la stratégie des firmes. Divers encore est le cas du logiciel, traditionnellement protégé par le droit d'auteur. Mais l'office américain des brevets a accepté, à partir de 1981, les brevets logiciels. Une incertitude stratégique concerne depuis cette date les acteurs du secteur à ce sujet. Le secteur est un tout en perpétuel mouvement. La nature systémique et dynamique du fonctionnement du secteur est évidemment à considérer dans l'analyse. Chaque champ ne prend sens que confronté aux autres champs et ce sont les interactions entre champs qui déterminent le régime de concurrence d'un secteur. Les chapitres suivants présentent les outils de l'analyse sectorielle. Quand cela est possible, des "faits stylisés", assertions largement acceptées par la communauté des analystes et généralement validées empiriquement, seront introduits. Un corollaire aux hypothèses de base de l'analyse sectorielle est que les lois générales présentées sontfaibles au sens où il faut toujours les spécifier et les valider dans le contexte particulier du secteur analysé.

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