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Atouts et limites du tourisme durable dans la Caraïbe micro-insulaire

De
674 pages
Dans cette "Méditerranée américaine" nommée la Caraïbe, les petites îles ont été longtemps tenues à l'écart de la manne touristique. Aujourd'hui, le voyage est à la mode aux Antilles. Le modèle touristique actuellement développé à Saint John, une Ile Vierge américaine, dépasse celui des autres unités insulaires dans la Caraïbe. La Dominique possède les atouts nécessaires pour se développer à partir d'un tourisme vert. La Guadeloupe est l'archipel qui révèle le plus d'intérêt en matière de biodiversité.
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Atouts et limites du tourisme durable
dans la Caraïbe micro insulaire
L’écotourisme




























© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13100-2
EAN : 9782296131002
Virgile IREP
Atouts et limites du tourisme durable
dans la Caraïbe micro insulaire
L’écotourisme
L’Harmattan Sommaire
Première partie : Approche d’une aire éclatée et
complexe dans le cadre du tourisme durable : la
Caraïbe 9
Chapitre I : Présentation géographique de l’ensemble caribéen 11
Chapitre II : Les caractéristiques des Petites Antilles au sein de la
Caraïbe 45
Chapitre III : Tourisme et écotourisme dans la Caraïbe,
convergences ou dissymétries 65
Deuxième partie : Tourisme et durabilité en
Guadeloupe 101
Chapitre I : Un bilan ambigu du tourisme en Guadeloupe 107
Chapitre II : Les atouts de la Guadeloupe en matière touristique 127
Chapitre III : Les bases d’un écotourisme en Guadeloupe 161
Chapitre IV : Des obstacles multiples au développement durable à
partir du tourisme 207
Chapitre V : Le patrimoine touristique de l’archipel, entre valorisation
et conflits 225
Chapitre VI : Tourisme et appropriation du secteur en Guadeloupe 247
Chapitre VII : Vers une diversification des points d’intérêt touristique
en Guadeloupe 315 Troisième partie : Tourisme et durabilité dans deux
Antilles étrangères : Saint-John et la Dominique 359
Saint- John : l’île-parc des Îles Vierges américaines 361
Chapitre I : Le poids de la croisière aux Îles Vierges 371
Chapitre II : Un sanctuaire du tourisme dans un archipel très fréquenté 393
Chapitre III : Le fragile équilibre terre-mer dans un espace ténu 453
La Dominique : l’île-nature 495
Chapitre I : La valorisation de la nature montagnarde et forestière de la
Dominique 503
Chapitre II : Un écotourisme voulu et promu pour un sauvetage
économique de la Dominique 545
Chapitre III : Une valorisation peu maritime du tourisme dans l’île de
la Dominique 579
8PREMIERE PARTIE : Approche d’une aire
éclatée et complexe dans le cadre du
tourisme durable: la Caraïbe Carte n° 1 : La Caraïbe, un archipel situé entre les deux Amériques
Carte n° 2 : La Caraïbe dans le monde
10Chapitre I- Présentation géographique de l’ensemble
caribéen
La Caraïbe, un espace à la fois continental et insulaire
Recentrage lexical pour une approche de territoires déséquilibrés et
divisés
La Caraïbe constitue une zone épi-continentale compartimentée, située
entre deux grandes puissances économiques mondiales : les États-Unis et le
Brésil. C’est un monde à part entière composé d’un gigantesque chapelet
d’îles et d’îlots ainsi qu’en grande partie de terres continentales. Dans la mer
des Caraïbes, les unités insulaires se disposent en arcs (les arcs interne et
1externe) reliant les deux masses continentales américaines. Sur les différentes
cartes du bassin l’archipel s’étale sur près de quatre mille kilomètres. En fait,
elle n’occupe qu’une faible place, si l’on s’en tient à une appréciation
d’échelle continentale ou mondiale. La zone Caraïbe est fortement peuplée,
référence faite à l’évaluation du nombre d’habitants du bassin qui se situe
autour de 240 millions.
Si l’on met à part les Bahamas et les Bermudes, dans les Grandes Antilles, qui
emontent jusqu’au 27 degré de latitude, globalement les îles dont il est
equestion s’échelonnent entre le 10 degré (Trinidad, 10°2) et le Tropique du
eCancer 23° de latitude (Cuba), et de 59°30’ (Barbade) au 85 degré de
longitude ouest.
L’archipel constitue une guirlande qui se recourbe du Cap San Antonio à
l’ouest de Cuba, jusqu’à l’île d’Aruba face au Venezuela. Sa superficie totale
est d’environ 236 387 Km², avec une population évaluée à environ 40 millions
d’habitants (36 millions en 2000), au sein de laquelle un individu sur trois est
Cubain. S’agissant des grandes îles, signalons que la population de Cuba
s’élevait à 11 141 997 habitants en 2000 (source : the Wold Factbook 2000,
CIA). Dans le même temps, la Jamaïque comptait 2 652 689 habitants, Haïti
6 867 995 habitants, la République Dominicaine 8 442 533 habitants et Puerto
Rico 3 915 798 habitants. Les densités sont souvent supérieures à 200 hab/km²
pour culminer à 600 hab/km² à la Barbade et à 1242 hab/km² aux Bermudes

1 Positionnement plus ou moins accentué des îles des Petites Antilles dans l’océan
Atlantique : par exemple la Barbade, la Guadeloupe font partie de l’arc externe, tandis que Ste-
Lucie et la Martinique se situent dans l’arc interne.
11(source : Burléon). Par contre, elles restent faibles par exemple dans la petite
île de Barbuda (-10 hab/km²).
Les Antilles sont un cocktail d’îles qui évoquent une même image, sans
pour autant qu’aucune des unités ne ressemble à sa voisine par la géographie
ou le vécu. Le mot Antilles vient de Ante (avant) et islas (îles): Les îles avant
2l’Amérique (appellation donnée à l’archipel par les Européens après la
découverte par leurs navigateurs de ce nouveau monde). Dans la Caraïbe
insulaire et plus particulièrement dans les Petites Antilles, on se trouve en
présence de beaucoup d'îles peuplées de moins de 200 000 habitants, ayant
une superficie qui n'excède généralement pas 2000 km² et présentant des
caractères d'insularité très marqués.
Pour résumer, les Petites Antilles représentent donc une mosaïque de
densités territoriales très diversifiée où se côtoient des entités qui sont souvent
des états insulaires ou bi-insulaires, des archipels divisés ou déséquilibrés, des
3îles bi-étatiques , etc. Ajoutons pour compléter que les risques naturels y sont
très présents.
Ce sont des terres de contraintes et de catastrophes qui font encore partie
des rares endroits au monde où les éléments se combinent assez bien pour
provoquer de temps à autre d’importants dégâts. Cet espace représente une
zone de grande instabilité de l’écorce terrestre à cause du volcanisme qui
constitue une menace permanente, des séismes très fréquents (rappel: les
derniers évènements catastrophiques en date ont débuté dans l’archipel des
Saintes en Guadeloupe, le 21 novembre 2004), des cyclones et dépressions, de
4même que la houle marine qui peut même quelquefois évoluer en tsunami . A
cet égard, on peut mentionner les épisodes cycloniques de septembre et
octobre 2004 qui ont provoqué d’importants dégâts dans l’archipel.
Nous aborderons au fil de l’ouvrage la grande complexité d’ensemble de
ces petits territoires ouverts sur le monde mais qui bénéficient en réalité de
très peu de marge de manœuvre sur le plan économique malgré toute la
modernité qu’on a bien voulu leur apporter jusqu’à maintenant. Afin de cerner
au plus près les avantages et les divers problèmes que ces îles connaissent au
quotidien, nous évoquerons globalement quelques traits du caractère naturel
de trois petites destinations touristiques (la Guadeloupe, la Dominique et
Saint-John) à travers une étude diachronique des éléments constitutifs de
l’espace des Petites Antilles.

2 Les Îles avant (c'est-à-dire avant celles que les navigateurs des XVe et XVIe siècles
cherchaient : par exemple Cipango ou le Japon et Cathay la Chine). Par la suite le terme a servi
à désigner les terres situées avant l’Amérique.
3 Îles avec un gouvernement unique pour deux unités insulaires proches (exemple : Antigua
et Barbuda ou Trinidad et Tobago).
4 Raz-de-marée provoqué par un tremblement de terre ou une éruption volcanique.
12Site et situation de la Caraïbe, une entité intégrée au tourisme
mondial
L’espace caribéen : organisation d’une aire géographique à géométrie
variable
On parle souvent de la Caraïbe, mais aussi de « pays de la Caraïbe ».
A ce titre et comme préalable à l’évocation des principaux traits de caractère
de cet espace, il nous paraît tout à fait judicieux de préciser que l’appellation
couvre une réalité à la fois flexible et mouvante au regard de la géographie et
de l’histoire.
D’un point de vue strictement géographique, le bassin caribéen qui
5s’étend dans la partie sud du Golfe du Mexique , intègre tous les territoires
baignés par la mer dite des Caraïbes (qui représente l’un des deux horizons
des petites îles), de la Floride au nord jusqu’au sud-ouest du Venezuela en
Amérique du Sud, soit l’intégralité du chapelet d’îles plus ou moins grandes
qui s’étire de la Floride au nord d’une part, au Venezuela au Sud-ouest d’autre
part.
On peut aussi retenir que dans la pratique, cette acception large de la
Caraïbe n’est pas souvent utilisée. La définition la plus courante exclut les
6pays d’Amérique centrale (sauf Belize ), la Colombie et le Venezuela mais
inclut les Guyanes (Surinam, Guyana). Au total on dénombre 39 États. Si l’on
7se réfère aux Accords de Lomé , la Caraïbe comprend 15 États
indépendants dont la Jamaïque, Trinidad et Tobago, la Dominique, la Barbade,
Antigua et Barbuda, Ste-Lucie…
Concernant l’espace français de la Caraïbe, certains faits très contrastés
sont pour le moins surprenants et continuent à nous interpeller : la Guadeloupe
et la Martinique, pourtant géographiquement bien situées au sein du Bassin
caribéen, sont le plus souvent traitées à part dans leur environnement
immédiat! Il en est de même de la Guyane française. Même dans le cadre des
compétitions sportives, les DFA sont exclus de certains grands tournois qui se
déroulent dans la Caraïbe à cause de leur statut difficilement lisible (le
Tournoi Shell devenu la Digicel cup est accessible aux trois DFA seulement
depuis 2006 et la Guadeloupe a disputé la phase finale par deux fois).

5 Golfe du Mexique.
6 Ex-Honduras britannique.
7 Accords de Lomé devenus Accords de Cotonu pour les pays ACP.
13Enfin, ajoutons encore une petite note positive pour nos DOM et plus
particulièrement pour la Guadeloupe qui nous intéresse plus que tout autre
dans ce cadre précis: l’AEC inclut aussi bien Porto Rico que les départements
Français d’Amérique mais pas Cuba ! Ceci, avouons-le, s’avère tout de même
un peu curieux. Nous proposons dans cette première partie une mise au point
basée sur une différenciation des îles pour la clarification du concept d’Arc
des Antilles.
D’ores et déjà, il s’avère indéniable que l’archipel caribéen présente un
certain nombre de caractères originaux qui témoignent de ses potentialités à
caractère économique. L’ensemble joue également un rôle stratégique par
rapport à la position relative des îles mais aussi, comme nous l’évoquerons
plus loin dans un autre chapitre, sur le plan géologique où l’image de son
originalité se révèle déterminante en matière de tourisme. En effet, le double
arc des Petites Antilles, né il y a 25 millions d’années, se positionne sur la
zone de subduction de la plaque atlantique qui glisse sous la plaque caraïbe,
faisant de la zone un point majeur de l’instabilité tectonique des Amériques.
Les îles calcaires basses et tabulaires de l’arc externe, comme Barbade,
Antigua, la Grande-Terre de Guadeloupe ou Anguilla, s’opposent violemment
aux îles hautes et volcaniques, montagneuses de l’arc interne (Saint-Vincent,
la majeure partie de la Martinique et la Dominique, les Îles Vierges
américaines, etc.).
Le caractère montagneux très prononcé de ces dernières tient davantage à
la rareté des zones planes (10% à 15% de la surface totale), à l’importance des
dénivelés qui les caractérisent et à la vigueur des pentes, qu’aux altitudes
somme toute modérées (1500 m au maximum).
Aujourd’hui, dans la définition de cet espace caribéen, le consensus porte
sur une approche d’abord géographique de l’ensemble qui englobe toutes les
terres bordières de la mer des Caraïbes et du Golfe du Mexique, auxquelles on
adjoint sans hésitation les Bahamas toutes proches et la seule exception
d’origine historique : les Guyanes.
Parallèlement, en partant du critère évoqué plus haut, il est assez aisé
d’observer que les facteurs de diversité peuvent, somme toute, se révéler très
nombreux et assez déterminants dans le domaine du tourisme (surtout ceux
qui revêtent un caractère historiques ou encore relèvant du milieu naturel).
En effet, de l’ensemble de ces extraordinaires combinaisons, résulte un non
moins spectaculaire mélange de diversité de paysages terrestres, de types de
peuplement, de populations mélangées, d’activités économiques. Ceci
engendre, au possible, une mosaïque d’unités géographiques relativement bien
14 définies, presque partout visibles de façon identique et qui nous permettent de
tirer des enseignements sur la vie des territoires. La mer centrale (mer des
Caraïbes proprement dite : 2,7millions de km²), dont le nom se confond avec
celui de l’ensemble régional désigné, lui donne en fait sa cohérence première.
Dès le XIXe siècle, le géographe allemand Alexandre de Humboldt avait déjà,
par analogie, qualifié de « Méditerranée américaine » cette étendue liquide
semi fermée qui impose sa présence massive au cœur de la région.
Dans ces parages, les fonds marins reflètent le jeu des forces tectoniques
colossales à l’œuvre au sein de la zone.
Ainsi, l’arc insulaire est bordé sur sa face atlantique par de profondes
fosses, à l’instar de celle de Porto Rico, qui soulignent le plongement de la
plaque atlantique. Le fond très tourmenté de la mer des Caraïbes est haché de
failles dessinant un jeu complexe de bassins : bassin de Grenade (3000 m),
bassin du Venezuela (5 500 m), pour ne citer que les plus connus d’entre eux.
A partir de ces éléments naturels, peut-on alors questionner la structure
physique et les éléments bioclimatiques pour tenter une approche alternative
de la région, dans une perspective qui renvoie à ce qu’il convient de désigner
sous le vocable de développement durable à partir du tourisme? De toute
évidence, tourisme et environnement conservent leurs destins conjointement
liés dans cette Caraïbe qui, plus que jamais, évoque une destination
paradisiaque du « Sud » pour celui qui rêve d’y passer ses vacances (bien
évidemment avec toutes les conséquences catastrophiques que nous
appréhendons et sur lesquelles nous reviendrons plus loin).
S’agissant maintenant de l’archipel des Antilles, disposé en arc de cercle
dont l’extrémité nord occidentale se trouve, rappelons-le, à moins de 200 km
8 9de la Pointe du Yucatan et, à partir de Trinidad , à quelques 30 km des côtes
vénézueliennes, on peut s’apesantir quelques peu sur la singularité de ses
caractères originaux pour mieux appréhender les deux groupes d’îles qui s’y
individualisent : les Grandes Antilles d’un côté et les Petites Antilles de
l’autre.
Sur le plan géomorphologique, les Grandes Antilles, qui dominent
largement l’espace insulaire de la Caraïbe, sont à rattacher au système andin.
Les îles de l’archipel sont occupées par des chaînes de montagnes de direction
est/ouest comparables à celles que l’on rencontre au Venezuela. Pour ce qui
concerne l’archipel dans son ensemble, à l’image de la topographie observée
dans l’État vénézuélien, il s’agit plutôt de l’héritage d’une succession de blocs
soulevés et affaissés qui accusent le compartimentage. Ajoutons que les très
petits territoires, étudiés dans le cadre de nos recherches, font partie des

8 Presqu’île du Yucatan : pont terrestre ou territoire intermédiaire entre les Amériques,
étroite bande de terre formant un isthme au Panama.
9 Ou Trinité : État des Antilles (4827 km²) associé à Tobago, situé à proximité du
Venezuela ; île découverte en 1498.
15Petites Antilles qui sont elles-mêmes constituées des sommets émergés d’une
chaîne sous-marine orientée grosso modo nord/sud et située dans la mer
Caraïbe.
Du point de vue topographique, les montagnes, appelées « mornes » en
Dominique (voire même en Guadeloupe), atteignent parfois plus de 1000 m
d’altitude dans cette partie de la Caraïbe et des Antilles où sont localisées des
îles comme la Guadeloupe, St-Kitts, la Dominique et la Martinique, les Îles
Vierges… D’ailleurs, il a déjà été prouvé par un certain nombre d’auteurs et
de chercheurs dans des domaines autres que la géographie, que les Petites
Antilles dans leur ensemble sont installées sur la zone de subduction de la
plaque atlantique. Dans leur grande majorité, ces îles volcaniques, dont la
formation a débuté voici bientôt 25 à 30 millions d’années et qui se poursuit
encore actuellement, possèdent des ressources marines dont l’exploitation
demeure conditionnée par la largeur du plateau continental (réduite bien
souvent à quelques kilomètres en bordure des zones côtières montagneuses,
comme c’est le cas dans la partie orientale de la Dominique ou en Basse-
Terre, mais elle est beaucoup plus large ailleurs au sein de l’archipel). Les
nombreuses « soufrières » qui parsèment les îles rappellent aux habitants que
les plaques sont dynamiques, les éruptions brutales mais non plus
imprévisibles (Montserrat en 1997, 1998, 2006 et 2008). Saint-Kitts, Nevis,
Redonda et Montserrat (dans les îles sous le vent situées au nord de la
Guadeloupe), la Dominique, Saint-Vincent, Sainte-Lucie et la Grenade (dans
les îles au vent) appartiennent à l’arc interne des Petites Antilles. Cet arc porte
un grand nombre de volcans récemment éteints ou encore en activité, et offre
volontiers un relief très montagneux (1450 m au Morne Diablotin, en
Dominique ; 1210 à la Soufrière de Saint-Vincent ; 1160 m au Mont Misery, à
Saint-Kitts.
Nevis, 1090 mètres au Piton des Neiges et Redonda (300 mètres) de forme
parfaitement circulaire sont deux volcans surgis de la mer (comme ce sera très
certainement le cas avec la prochaine construction volcanique sous-marine qui
est en cours d’édification et dont l’émergence future est attendue par les
vulcanologues dans le sud de Sainte-Lucie).
Le potentiel climatique exploitable pour le tourisme constitue également
une originalité en lui-même. La Caraïbe correspond à un domaine chaud et
humide : le climat tropical régulé par la masse océanique et le flux de l’alizé
de nord-est soufflant durant plus de 300 jours par an, donnent à l’ensemble du
bassin une certaine unité (voire une unité certaine). Les températures sont
élevées (25-27°C en moyenne) et les amplitudes thermiques faibles
(seulement de quelques degrés).
Ces îles montagneuses sont dans l’ensemble bien arrosées, ce qui facilite la
culture de la canne à sucre, de la banane et du café sur les piémonts ou les
hauteurs. Les caféiers se cultivent sur les terres volcaniques à forte pente (de
16même que les cacaoyers, les agrumes et les bananiers, soit un ensemble de
cultures communes à l’ensemble de la Caraïbe et qui ont fait jadis la
réputation des îles).
Dans la réalité des Antilles, les îles basses et calcaires comme Antigua,
Aruba et Barbade sont réputées beaucoup plus sèches que les autres qui sont
marquées par un rythme climatique tropical humide plus intense. L’humidité
constitue aussi une caractéristique majeure de la région dans son ensemble.
Par ailleurs, malgré cette humidité, il nous faut préciser que ce type de climat
lumineux et bien ventilé se révèle plus propice au tourisme qu’à la grande
culture. Pourtant, chacune des îles des Petites ou des Grandes Antilles tente de
faire cohabiter ces deux piliers de l’économie (tourisme et culture de la canne
ou de la banane), voire d’autres produits générant de l’activité économique
durant toute l’année.
En tout état de cause, dans toutes les Antilles, on oppose généralement
« les îles basses aux îles hautes » par rapport aux altitudes moyennes déjà
signalées, à l’importance des plaines et bassins qui dessinent des paysages aux
nuances variées. S’ajoute à tout ceci un phénomène majeur qui doit
sérieusement être pris en considération dans tout projet de développement
durable : l’archipel des Petites Antilles retient de plus en plus l’attention des
promoteurs mondiaux en tourisme qui sont à la recherche d’espaces exotiques.
Ce grand intérêt se concrétise par les marques suivantes:
- Un afflux de capitaux américains, européens et asiatiques, voire sud
américains. Ainsi, pour le vérifier aisément, on n’aura qu’à se référer
aux différentes enseignes visibles partout dans les îles, ou encore au
nombre impressionnant d’entreprises qui sont montées.
- La construction d’hôtels, de terrains de golf, de casinos, de shopping-
centers, etc.
A priori, tourisme et Caraïbe (ou Antilles) forment un couple solidement
constitué, désormais uni pour une longue destinée (malheureusement, c’est du
symbole de l’image idéelle des « 3 s » qu’il s’agit ici). Toutefois, à ce propos,
signalons qu’il semble bien qu’une forme d’inquiétude règne de plus en plus
au sein des populations caribéennes ; et beaucoup savent sans doute le
pourquoi sans oser dénoncer.
Aujourd’hui, cet espace des Caraïbes fréquenté par plus de 80 millions de
touristes chaque année (il s’agit de la Caraïbe au sens large), délimite l’une
des plus grandes aires de récréation mondiale et l’on ne peut s’empêcher de
focaliser sur son évolution future. Justement, s’agissant du tourisme comme
base de développement durable, le phénomène qui constitue le véritable objet
de notre étude sur cet espace, nous avons pu observer au cours de nos
17recherches que certaines rivalités se font encore vivaces à travers l’activité que
ce secteur génère, ce qui conforte en quelque sorte l’image d’exclusion d’une
bonne frange de la population.
Ces tiraillements semblent très bien orchestrés au plan mondial, mais dans
les Antilles on dénote certaines velléités qui existent depuis fort longtemps
entre les États plus imprégnés que d’autres de tourisme. Concernant le
contrôle stratégique de l’espace touristique des Antilles où existent pourtant
d’autres types de richesses encore intacts, on peut simplement revenir sur la
relation entre Cuba et les États-Unis dans les années 1960 pour illustrer le
problème.
En effet, il faut malgré tout relativiser ou nuancer les avis lorsque l’on
traite du tourisme dans la Caraïbe, précisément en raison de la très grande
diversité des situations et du fait que le choix de ce secteur économique en tant
que base de développement ne peut en aucun cas être considéré comme un
acte neutre. En fait, ceci revient tout simplement à formuler une mise en
garde : il faut absolument tenir compte des habitudes culturelles des gens
avant d’entreprendre quoi que ce soit dans les îles.
En outre, l’on accepte déjà plus facilement l’idée que tout ce qui peut
constituer une démarche d’engagement en direction de ce créneau porteur
moderne reste valable lorsque l’on affirme parallèlement que le tourisme
englobe un secteur bénéficiaire d’une grande dynamique mondiale et qu’il
concerne l’ensemble de la zone caraïbe : on peut l’affirmer en tenant compte
de l’importance des masses d’argent qui circulent et qui constituent une
tentation.
Dans la réalité, il est vrai que l’activité ne touche que certains pays, en
particulier ceux dans lesquels la situation politique est déjà pacifiée de longue
date. Finalement, à l’analyse, on observe que tout ceci correspond à des choix
politiques basés sur la démocratie ou la dictature à la solde des États-Unis ; les
autres états étant, du moins pour le moment, pratiquement exclus de ce secteur
(par exemple Haïti ou les toutes petites îles comme Barbuda).
Globalement, au cours de nos différents déplacements dans les Antilles,
nous avons constaté que les formes de tourisme proposées sont très
diversifiées, allant du balnéaire classique à l’écotourisme en passant par le
tourisme rural, le tourisme de santé,... Toutes y trouvent leur place, bien que le
caractère marginal de certains tourismes mérite, plus que jamais, d’être pointé
du doigt ici (par exemple, du fait de la petite taille des équipements, de
l’origine souvent locale des décisions, etc.). Bref, on décèle, par ci par là, un
certain manque d’envergure de la part de certaines destinations, mais est-ce
vraiment un mal dans un espace aussi fragile ?
18Avant nous, les géographes ruraux ont trouvé facilement leur compte dans
l’étude du type de phénomène qu’illustre le tourisme vert ou écologique qui en
principe, doit venir au secours du monde paysan, (en France par exemple, aux
États-Unis ou en Allemagne ou pourquoi pas dans la Caraïbe !). Cette activité
miracle a été considérée par certains esprits comme un ultime recours pour
10sauver les campagnes en déclin d’Europe depuis la PAC (concrètement, il ne
s’agit que d’un complément de revenus réalisé par une population disposant
déjà de moyens propres voire suffisants).
S’agissant des îles et archipels tropicaux de la planète, on n’ignore
nullement que le tourisme de nature (plus particulièrement le tourisme rural)
ne représente parfois qu’illusion pour ce qui concerne les retombées directes.
Subséquemment, ce délicat sujet du tourisme conduit les géographes (ainsi
que les autres spécialistes d’ailleurs) à se poser bien des questions à caractère
épineux sur le plan épistémologique.
Pourtant, bien que nous sommes amenés à faire preuve d’une extrême
circonspection en nous penchant sur l’argumentation de ceux qui
promotionnent le tourisme sous toutes les formes que nous lui connaissons au
début de ce XXIe siècle, nous aboutissons inévitablement à la conclusion qui
suit: tous les investissements dans l’espace caribéen semblent répercuter des
effets bénéfiques pour le tourisme (du moins pour le moment).
En effet, ceux-ci génèrent un certain nombre d’aspects idéologiques
nouveaux, de même qu’une inévitable remise en cause des concepts. Pourtant,
nous savons qu’en d’autres temps ces concepts ont fait du bien à de
nombreuses populations dans le monde. Pourquoi alors ne pas continuer à y
croire dans le cadre de leur application dans la Caraïbe micro insulaire ?
Sur le plan économico-social, personne ne conteste que depuis environ une
vingtaine d’années le tourisme récepteur soit devenu très à la mode dans les
Petites Antilles et qu’il a même étouffé les autres secteurs d’activités.
Cependant, nous retenons volontiers que ces îles demeurent dans la réalité un
espace encore secondaire du tourisme mondial, ne serait ce que par le nombre
de visiteurs qui reste assez moyen dans l’ensemble.
L’avancée touristique peut aussi se vérifier dans les milieux ruraux qui
vivaient autrefois de la monoproductivité des plantations de canne à sucre : le
tourisme a déjà largement contribué au maintien d’un niveau de vie acceptable
dans les territoires à fort niveau de vie gonflé artificiellement, il est vrai
comme en Guadeloupe, par une politique d’assistanat qui n’existe pas chez ses
consoeurs antillaises. Retenons du même coup que cette situation ne fait pas le

10 La Politique Agricole Commune mise en place dans les années 1960 par la CEE.
19bonheur de tous les Guadeloupéens et qu’il est prouvé que certains cherchent
malgré tout à obtenir un emploi durable qu’ils ne trouvent pas.
Dans l’ensemble, a priori dans nos îles une volonté d’échange social se fait
jour à la croisée des chemins, à l’endroit même où tout semble pourtant
opposer ces voyageurs venus d’autres lieux de la planète aux sociétés locales :
leur couleur de peau et leur origine géographique, leurs activités et leurs
niveaux de vie, leurs cultures et leurs pratiques culturelles.
Cependant, cette altérité suscite une envie réciproque qui, à n’en point
douter, provoque à son tour un besoin radical d’échange social. Pour mieux
nous conforter dans nos propos, nous avançons que lorsque le local est limité
par l’obstacle linguistique, il s’exprime par un sourire, un accueil chaleureux,
quelques mots bien rôdés pour vanter son artisanat, sa culture, son circuit ou
ses compétences voire même proposer les meilleurs prix à un étranger défini
par nature riche mais méfiant.
Dans sa quête permanente d’harmonisation de la Caraïbe en matière de
politique du tourisme, c’est précisément cette attitude que le CTO demande
aux populations d’adopter pour attirer les visiteurs dans le bassin.
Malheureusement, la majorité des populations dans la Caraïbe ne fonctionne
pas sur ce modèle relationnel visiteur/visité, somme toute très inégal (surtout
référence faite aux populations amérindiennes d’Amérique centrale ou des
grandes îles des Antilles : Cuba, Saint-Domingue, Puerto Rico qui vivent
misérablement, alors qu’il existe un tourisme pour nantis dans leur propre
pays, ce qui constitue le comble !).
Dans le courant des années 1980-90, la grande Caraïbe insulaire (ou, si l’on
préfère le dire autrement les Grandes Antilles) a connu une assez forte
croissance relative dans le domaine économique, progression attestée par
différentes statistiques accessibles ou mises à disposition des gens par les
11 12 13institutions compétentes (INSEE , CTO , IEDOM ), ou encore à travers des
ouvrages sur papier glacé.
14 Durant cette période, le tourisme de masse commençait déjà à s’imposer
en tant que secteur de substitution à l’industrie de la canne à sucre, à
l’exploitation de la banane ou à celle de la pêche dans l’ensemble de
l’archipel. Il s’agissait surtout d’un tourisme toujours très centré sur les
littoraux (ce qui n’a pas manqué de provoquer quelques graves problèmes de
droits de propriété et de servitude de passage dans les zones touristiques
phares situées dans la plupart des îles de l’archipel des Antilles).

11 Institut National des Statistiques Économiques.
12 Caribean Tourism Organization.
13 Institut d’Émission des Départements Outre-mer.
14Il est caractéristique des pays et des populations où le taux de départs en vacances est
élevé (plus de 50% de taux de départ).
20Précisément, à la suite de ce constat, nous soulignons que la définition de
15la ZTDC (Zone de Tourisme Durable de la Caraïbe) par l’AEC date
effectivement de cette période de bouleversement, c'est-à-dire la décennie
1990 (plus exactement durant l’année 1994).
Dans tous les cas de figure qui sont présentés, cette zone caraïbe que le
monde regarde actuellement avec un intérêt grandissant (une sorte de
succédanée à l’Afrique, le Moyen-Orient devenus instables ou l’Asie du sud
dévastée par les tsunamis), semble assez profondément engagée dans le début
d’un processus d’intégration économique d’un type nouveau, même si l’on se
16souvient de temps à autre que la CARICOM qui date de1973 continue à
17ignorer les DFA et les Îles Vierges malgré les soi-disant efforts d’intégration
entrepris depuis tantôt. Peut être que très prochainement, à l’horizon 2010, les
pays de la Caraïbe risquent d’être intégrés dans cet autre système plus large, la
18ZLEA si chère aux États-Unis et contestée par les altermondialistes à l’instar
de Hugo Chavez le Président du Venezuela (ce qui risque d’en faire à terme
une sorte de laboratoire plus vaste que Saint-John).
De même, s’agissant des nouvelles relations avec les deux grands blocs de
19la Triade que sont l’Amérique du Nord et l’Union européenne, on peut y voir
tous les symboles des conséquences de l’histoire ou de la proximité
géographique. Avec le Japon et le reste de l’Asie orientale, l’autre pôle
mondial, les relations paraissent beaucoup plus timides ou sont en cours
d’amélioration et de concrétisation. La Russie ne veut surtout pas être pointée
absente du terrain après avoir joué un rôle prépondérant durant la Guerre
froide (1960 - 1991): elle se repositionne à Cuba actuellement et s’installe au
Brésil (projet futur de lancement de satellites).
Quoi qu’il en soit, un réel bilan spatial s’impose pour mieux comprendre la
diversité des situations et l’enjeu que représentent ces petits territoires. En fait,
on sait que la mosaïque caraïbe insulaire se caractérise généralement par la
diversité ou la petitesse de taille des territoires qui la constituent. A la suite de
l’analyse amorcée plus haut, l’on se rend bien compte, à travers les différentes
statistiques déjà abondamment déployées autour des échanges, que dans cette
région d’Amérique qui se trouve confrontée à la globalisation, les bonnes

15Association des États de la Caraïbe qui a été créée le 24 juillet 1994 à Carthagène en
Colombie. Elle comprend 25 pays membres et trois pays associés. Le 16 et 17 Avril 1999, s’est
tenu à Saint-Domingue en République dominicaine le 2ème sommet des Chefs d’États et/ou de
gouvernement des États, pays et territoires de l’AEC.
16 Conférence de Chaguaramas à Trinidad en 1972.
17 Départements français d’Amérique.
18 Zone de libre échange des Amériques.
19 Groupe constitué par les trois pôles économiques les plus développés dans le monde :
États-Unis, Europe, Japon.
21raisons pour s’unir et réfléchir ne manquent pas, ceci quels que soient les
systèmes économiques et politiques en présence desquels on se trouve.
La plupart du temps, il s’agit de toutes celles qui visent à lutter contre
l’étroitesse des marchés intérieurs ou la petitesse spatiale. Néanmoins
actuellement, l’important pour la population antillaise qui s’est lancée dans la
recherche d’une stabilité et d’un meilleur niveau de vie global, n’est-il pas de
s’occuper de sa survie et de sa reproduction ? C’est bien pour cela que le
tourisme apparaît comme un vecteur incontournable dans le cadre du
développement durable de ces minuscules entités.
22La grande complexité géographique de la Caraïbe
insulaire
L’espace caribéen insulaire, une aire en mutation vers l’intégration
à l’écotourisme
La Caraïbe, les Caraïbes, la Grande Caraïbe, les Antilles sont autant de
termes de la sémantique soulignant les multiples hésitations lorsqu’il s’agit de
désigner une région dont la réalité plurielle s’affiche comme une évidence au
regard de sa très grande fragmentation physique. Quant au sujet lui-même
« l’écotourisme et le développement durable », il nous invite fatalement à
dégager une problématique un tant soit peu exhaustive, sinon à étudier à fond
une série de questions paradoxales qui interpellent. Bien entendu, du point de
vue démonstratif, notre sujet s’appuie largement sur ce que l’on sait déjà au
niveau des théories véhiculées parfaitement en rapport avec l’activité
touristique dans le monde.
Il semble évident que l’on ne peut parler d’espace touristique que si le
tourisme y est dominant ou encore a tendance à le devenir (comme c’est
aujourd’hui le cas dans la grande majorité des pays de la Caraïbe et plus
particulièrement dans les Petites Antilles). En effet, l’urgence ne consiste- t-il
pas d’emblée à ouvrir au tourisme de nouveaux territoires dans des espaces où
il était jusqu’ici exclus ? (du moins au niveau des intentions).
Notre hypothèse de départ, qui constitue à l’évidence l’une des difficultés
majeures de cette analyse, s’appuiera donc sur un postulat : celui-ci consiste à
considérer que l’industrie du tourisme se révèle un secteur très salutaire pour
les populations de la Caraïbe micro-insulaire, ou plus largement de la Caraïbe
dans son intégralité (un espace qui représente actuellement un pôle mondial
dans ce domaine après les États-Unis et l’Europe).
Comme autre élément structurant du discours, avancée pour étayer notre
démonstration, nous adoptons par commodité le terme de Caraïbe servant à
bien identifier la réalité d’un espace complexe qui se résume à la fois dans des
faits vécus collectivement au cours des périodes historiques, ainsi que dans la
représentation d’une entité géographique terrestre et maritime plurielle dans
laquelle un élément d’unité, la mer s’affirme par son omniprésence.
Au plan général, il n’est pas du tout superflu de rappeler que la Caraïbe
appartient au domaine de l’Atlantique et s’étend du Mexique au Venezuela.
Dans son acception socio-économique, elle se présente comme un groupe de
pays en voie de développement situés sur la façade est de l’Amérique centrale,
23englobant l’archipel des Antilles avec lequel on a parfois tendance à la
confondre. Au sens étroit du terme, les pays caraïbes sont désignés souvent
comme étant les Antilles, d’où l’on exclut systématiquement la façade
méridionale de la mer des Antilles, c’est à dire toute la partie continentale
intégrant le Venezuela. Un important courant géographique déjà bien implanté
au plan international met régulièrement l’accent sur les caractères particuliers
ainsi que l’organisation de cet espace étiré et morcelé.
Nous insistons aussi sur le fait que dans cet ensemble territorial émietté,
somme toute très modeste par sa superficie, mais souvent désigné par certains
esprits comme carrefour- mondial au sens large, on a coutume d’inclure par
mode, non seulement les Antilles et la façade septentrionale de l’Amérique du
sud, mais aussi l’est de l’Amérique centrale (plus précisément la partie
orientale de la presqu’île du Yucatan et le sud du Mexique).
Ainsi, l’espace caribéen se situe dans une bonne position géographique par
rapport au reste du monde, ce qui explique qu’il peut à ce point attirer les
touristes : omniprésence d’un domaine à la fois tropical et maritime mais aussi
prégnance des liens culturels avec l’Europe et l’Amérique qui constituent
l’une des clés du système qui s’est édifié au fil du temps.
De même, l’attrait de la Caraïbe est attesté sur le plan géographique, ne
serait-ce qu’en établissant comme préalable la relation, voire la comparaison
avec les très nombreux espaces vides qui ont de plus en plus tendance, dans
l’archipel, à se remplir avec des équipements d’ « activités douces »
rationnellement organisés sur la base de critères de rentabilité,
malheureusement établis ailleurs que dans la Caraïbe elle-même (ce qui est dit
ici reste également valable pour l’ensemble des territoires y compris pour les
Îles Vierges, les Bahamas, etc.).
Quoi qu’on en dise, présenter la Caraïbe n’est pas chose facile, justement
au moment où le tourisme en tant que phénomène économique et social se
développe à grande vitesse dans ces sociétés multidimensionnelles, tandis que
la géographie se renouvelle à un rythme accéléré au gré de l’évolution globale
de l’urbanisation et de la littoralisation imposée par la mondialisation.
Toutefois, on est en droit d’ajouter que le cloisonnement ancien de la Caraïbe
est en train de s’estomper, ou du moins s’aperçoit-on ici ou là que certaines
tentatives qui visent à provoquer ce résultat ont tendance à s’ébaucher.
En tout état de cause, de nos jours, la recherche de l’unité constitue un
objectif primordial pour tous les Caribéens (on n’a qu’à observer la
prolifération des initiatives de rencontres sur tous les sujets sensibles qui
préoccupent dans le cadre du développement durable).
Malgré toutes les difficultés rencontrées pour tenter de l’appréhender dans
sa complexité à l’heure actuelle, il s’avère qu’avec la Caraïbe, nous restons
24dans le cadre d’un espace de diversité que l’histoire, l’économie ou la
politique n’ont pas encore réussi jusque là à fédérer intégralement, bien que
les récentes tentatives d’intégration régionale dont elle fait l’objet suscitent de
l’espoir.
La réalité et l’histoire, c'est-à-dire surtout le passé colonial qui a généré
des cultures et des langues différentes dans cet espace, font demeurer la
Caraïbe, en dépit des obstacles du « cadre légal », dans la situation d’une
région du monde où l’idée de coopération fait lentement son chemin (peut-être
un peu trop mollement, vu les menaces de la globalisation qui risquent de
prendre en étau ces petits territoires). A ce propos, il faut peut-être regarder de
plus près la portée des évènements sociaux ou d’ordre sociétal qui se sont
20déroulés en Guadeloupe au début de l’année 2009 (action du LKP ).
De même, on peut signaler que les Antilles ont connu dans le passé de
nombreuses expériences d’intégration régionale avec des issues plus ou moins
heureuses: l’une des plus importantes, à propos de laquelle on peut s’accorder
le droit d’insister, concerne une dizaine de petits territoires anglophones qui se
fédérèrent en 1958 à l’initiative du Royaume Uni sous le nom de West Indies
Federation. Elle disparaît en 1962, après le retrait de la Jamaïque et Trinité-&-
Tobago qui accèdent à l’indépendance.
Malgré cet échec, en 1965, trois États : Antigua-&-Barbuda, la Barbade et
le Guyana signent le premier accord de l’Association Caribéenne de Libre-
échange (CARIFTA ou Caribbean Free Trade Association). En 1973, le traité
de Chaguaramas crée la Communauté du Marché Commun de la Caraïbe (The
Caribbean Community and Common Market : CARICOM constituée de 15
membres).
En 1981, des anciennes petites Antilles britanniques de la CARICOM se
regroupent afin de défendre leurs intérêts particuliers en tant que pays moins
développés (PMD) au sein de l’OECO (Organisation des États de la Caraïbe
Orientale ou Organization of Eastern Caribbean States - OECS -). Les 38
territoires de la Caraïbe ont des statuts très divers : les Départements français
d’Amérique ou DFA font partie intégrante de la France et de l’Union
européenne, alors que les territoires britanniques et néerlandais sont dotés
d’une très large autonomie.
L’espace Caraïbe compte de nombreuses institutions régionales auxquelles
les « territoires non indépendants » ne sont que peu associés : le niveau de
développement, des influences étrangères fortes, notamment celle des
anciennes métropoles (France, Angleterre, Pays-Bas), ainsi qu’une répartition
inégale des richesses naturelles ont engendré des processus de développement
originaux.

20 Lyanaj kont profitasions, mouvement de revendications sociales et économiques né en
Guadeloupe en janvier 2009
25Les obstacles à l’intégration demeurent nombreux pour les îles de la
Caraïbe. Par exemple, l’on constate que l’insularité joue en tant que facteur
d’isolement supplémentaire qu’il convient de prendre sérieusement en
considération. La tendance au morcellement demeure tout aussi perceptible à
l’intérieur de la Caraïbe, mais pas forcément à partir d’une vision extérieure à
celle-ci : c’est le cas pour ce qui concerne les touristes qui viennent visiter ces
destinations et qui s’attendent à une continuité dans tout. C’est bien pour
toutes ces raisons réunies que les visiteurs ne comprennent pas toujours
pourquoi ils ne peuvent aller facilement d’un territoire à l’autre dans l’archipel
des Antilles.
Pour mieux apprèhender la portée touristique des paysages naturels ou
construits des îles, qui sont l’un des seuls éléments communs non contesté à
l’ensemble des Antilles dont la préservation peut symboliser à elle toute seule
la base d’une recherche inéluctable de coopération (voire bien au-delà), on
peut faire référence à la lente genèse ou plus précisément à la métamorphose
récente des espaces ruraux et urbains dont l’évolution globale s’avère
particulièrement lente, il est vrai, comparativement au reste du monde
développé (on ne peut certainement pas l’ignorer).
Mais encore, nous soulignons qu’au plan de la communication au sens
large du terme, les langues parlées sont nombreuses dans la zone des Antilles :
l’Anglais, l’Espagnol, le Français, le Créole ou patois (parlé dans différentes
îles qui composent les Grandes et les Petites Antilles). En somme, cette
situation s’apparente bien au-delà à l’élément révélateur du blocage ou du
cloisonnement culturel.
A propos des accords de coopération entre les différents pays et pour
mieux illustrer l’aspect qui vient d’être évoqué auparavant, l’on peut tenter
d’identifier quelques progrès au vu des différents et récents regroupements
anglophones, hispanophones ou francophones, voire néerlandophones qui sont
déjà réalisés ou en cours de concrétisation dans la région.
De ce fait, nous soutenons tout simplement que pour asseoir leur
développement économique, les pays de la zone caraïbe structurent à cadence
accélérée des alliances économiques régionales (nouvelles ou réactualisées).
Ces accords sont essentiellement destinés (du moins en grande partie), à
stimuler les échanges commerciaux.
Enfin, la relative position stratégique de la Caraïbe insulaire, ainsi que la
composition géomorphologique et humaine de l’archipel des Antilles sont
également à prendre en considération pour la justification de l’intérêt
touristique de cette zone de transition idéalement positionnée entre les deux
Amériques.
26Des milieux marins et littoraux très attractifs, lieux fixateurs du
tourisme international
En observant les fortes densités de population dans les îles de l’archipel
caribéen, on se rend compte que l’impact humain sur les zones côtières a
globalement tendance à s’alourdir au fil des années, surtout dans les Petites
Antilles. Ceci demeure valable même dans des îles comme la Dominique qui
n’ont pas l’avantage de disposer en abondace de belles plages de sable blanc
recherchées par les touristes.
Lorsqu’ils sont très poussés, le développement touristique et son dérivé le
besoin de foncier transforment certains points du littoral en univers
concentrationnaire avec, pour corollaires, une forte pression spatiale ainsi que
des dégradations liées à une intense urbanisation. Tout cela se fait souvent au
prix d’une spéculation foncière et d’une pression sur l’environnement qui
multiplient les conflits d’usage et tendent à évincer du paysage littoral les
activités traditionnelles (agriculture, pêche). A ce propos, il est bon de retenir
que le littoral est généralement désigné en tant qu’espace reconnu comme le
plus riche et le plus sensible du point de vue des patrimoines naturels et de la
biodiversité.
Les littoraux, quels qu’ils soient, correspondent universellement à des
bassins de vie qu’on qualifie sur le plan international de catégorie « littorale »,
selon le zonage adopté par les professionnels lorsqu’il s’agit de l’emploi dans
le tourisme. Dans ces espaces dont le peuplement est somme toute attesté
comme assez récent, les plus fortes capacités d’hébergement et de restauration
se situent dans les communes ou bourgades classées en espace littoral ou en
bassins de vie urbains (Gosier et Saint-François en Guadeloupe, Portsmouth
en Dominique, Cruz Bay à Saint-John sont des exemples à reternir).
La présence du tourisme et de l’écotourisme dans les espaces côtiers et
maritimes, ainsi qu’à l’intérieur des îles, s’est accrue rapidement durant les 30
dernières années du XXe siècle, conjointement avec le champ de l’explosion
touristique. Pour faciliter la prise d’activités découlant du tourisme dans les
zones littorales, on a tenté de rendre plus accessible et de stabiliser le trait de
côte par l’implantation d’infrastructures dont on maîtrise parfois très mal les
conséquences à moyen ou à long terme.
De même, on peut essayer de saisir les différences et les similitudes qui
caractérisent les activités dans ces deux environnements littoraux et marins ;
ainsi on peut tenter de répondre aux problématiques suivantes :
- En quoi ces deux précédents environnements diffèrent-ils des autres sites
d’implantation de l’écotourisme dans les îles?
- Quelle est la distribution spatiale de l’écotourisme côtier dans la
Caraïbe insulaire ?
27Dans un premier temps, nous insistons sur le fait que ce schéma réalisé par
21des auteurs américains (C. CARTER et E. CARTER) montre de manière très
simplifiée à quel point dans le contexte local, c'est-à-dire dans un
environnement géographique correspondant à un territoire somme toute assez
limité (le petit archipel des Antilles), l’ensemble des activités pratiquées dans
le cadre de l’écotourisme et du tourisme global peuvent avoir des effets
opposés, donc qui s’annulent.
Ensuite, la figure nous permet d’observer comment l’écotourisme marin,
qui représente environ 1/5 du tourisme naturel lié à cet environnement, joue le
rôle de tremplin pour les autres activités qui quelquefois n’ont rien à voir avec
l’écotourisme lui-même ou qui, malheureusement, peuvent même aller à son
encontre (scooter de mer, compétition de bateaux à moteur, plongée avec
bouteille dans les zones colonisées par les coraux, plongée avec fusil pour
déloger les langoustes, etc.).

21 Auteurs américains.
28Figure n°2
Toutefois, au fil de l’ouvrage, nous tenterons d’évoquer brièvement ces
différentes activités très en vogue en faisant attention à ne pas trop nous
étendre sur la fascination qu’elles exercent sur les masses de touristes en
provenance du monde entier (ceci pour éviter de faire l’amalgame avec le vrai
écotourisme qui coûte très cher).
Malgré tout, il est d’ores et déjà admis par un grand nombre de personnes
qu’elles constituent une valeur sûre pour le développement durable par le
tourisme donc, désormais on ne peut plus les exclure totalement du système
mais plutôt chercher à les intègrer. Ceci appelle tout naturellement une
exploration du rôle des acteurs de la planification, du financier, du marketing
et du produit du développement. En parallèle, il nous est offert à travers cette
tentative de cadrage une excellente opportunité d’attirer l’attention de nos
lecteurs sur une vue d’ensemble complète des sources de pollutions marines
29dans le bassin Caraïbe et sur ses différents effets négatifs induits. Il reste un
élément à ne pas du tout négliger : c’est le fait, enfin, que nul n’est sans savoir
que durant toute l’année, les Petites Antilles bénéficient de températures
élevées et que ce phénomène contribue à la très forte attractivité touristique de
l’ensemble archipélagique.
Au plan climatique mondial, c’est l’hiver des régions tempérées qui
s’identifie à la grande saison touristique (l’été dans ces régions correspond à
la saison des pluies). Dans ces territoires, le phénomène de l’alternance
climatique est marqué par les deux saisons de la zone tropicale humide,
22connues respectivement sous les noms de Carême et Hivernage .
Dans ce milieu insulaire ténu, les eaux tropicales moyennes sont chaudes
(21° à 27°C) en surface; l'amplitude demeure toujours inférieure à 6°C, voire
souvent à 2°C. Elles sont d'une grande pauvreté en vie, étant donné que sous
l'influence de la lumière les microorganismes végétaux (costituant le
phytoplancton) ont tendance à pulluler, si bien que les sels nutritifs de la mer
(nitrates et phosphates) sont vite épuisés, d'où un appauvrissement du plancton
et de la chaîne alimentaire qui aboutit finalement aux poissons.
D'autre part, les eaux tropicales marines sont généralement peu riches en
carbone : elles sont donc pures, transparentes et bleues. En conséquence, la
baignade constitue un immense plaisir des vacances surtout par temps bien
dégagé (ce qui justifie les records d’affluences observés dans ces îles très
convoitées par les touristes). A cause de tous ces facteurs considérés à juste
titre comme avantageux, la croisière s’est beaucoup développée aux Antilles
(à partir du continent américain : surtout de la Floride - Ports de Miami, Fort
Lauderdale et Tampa -).
Les Caraïbes concentrent plus de 80% du marché mondial du tourisme de
croisière. Des navires spéciaux, équipés de ponts multiples largement exposés
au soleil et dotés de tous les équipements de distraction, sont mis en service
(Compagnie Cunnard, Festival, Costa).
On a pu aussi observer que l’âge moyen des passagers a beaucoup baissé
et que la clientèle, surtout américaine, utilise régulièrement les forfaits
croisière (croisière/ avion). Elle embarque généralement à Miami promue
capitale de la croisière pour des voyages de courte durée (voir travaux du
Professeur J.P CHARDON). Les grandes destinations dans la Caraïbe sont les
Bahamas (1,9 million) puis la Jamaïque, Saint-Martin, la Guadeloupe et la
Martinique.

22 Appellation donnée aux saisons dans les Antilles.
30 Cependant, on peut souligner que l’apport de la croisière à l’écotourisme
reste faible ou est quasi inexistant à cause du mode d’organisation particulière
de celle-ci et des destructions provoquées par les bateaux sur l’environnement
marin, sans aucune compensation possible, ni programme de prévention ou de
protection durable pour ces terres.
- L’importance des littoraux tropicaux de la Caraïbe s’avère
fondamentale dans un contexte d’espace sensible.
L’on observe actuellement que, presque partout dans l’archipel caribéen,
les littoraux constituent des espaces attractifs remodelés en permanence,
limités en termes de superficie. Ce sont des supports d’une forte pression
anthropique où se focalisent tensions, conflits d’intérêts et problèmes de
voisinage ou de souveraineté. Ils correspondent majoritairement à des sites-
ressources où les densités d'occupation humaine demeurent les plus fortes
(cette observation est valable à l’échelle planétaire).
On remarque tout de même que dans ces territoires-interfaces, une certaine
diversité des formes d’occupation de l’espace sur les rivages existe. Au plan
mondial, la configuration est presque toujours la même dans les avant-pays
littoraux, voire même lorsque l’on pénètre plus en retrait dans les arrière-pays
23faisant partie de l’oekoumène .
On n’insistera jamais assez sur le fait qu’au niveau régional (tous pays
confondus dans la Caraïbe insulaire), les littoraux constituent la première
destination touristique. Ainsi, les visiteurs les choisissent généralement à
partir de critères climatiques et de leurs aptitudes balnéaires, plutôt que de leur
valeur topographique. En effet, dans la Caraïbe ces espaces sont généralement
très peu nombreux à offrir une topographie hostile à l’occupation touristique
surtout dans les Antilles.
Les bons critères qu’on leur attribue suffisent largement au tourisme: des
sables de bonne granulométrie, une mer bleue sur les rivages, des zones
abritées pour la baignade ou le mouillage des bateaux, etc.). Notons que le
caractère hostile d’un territoire naturel peut déjà constituer en lui-même une
puissante source de motivation touristique et générer ainsi de la valeur ajoutée.
Tous les littoraux doivent donc être compris en tant que système de
ressources faisant partie de la zone littorale terrestre ou continentale, donc
divisés en sous-systèmes parfaitement distincts: par exemple, constitués de la
zone située au large (souvent délimitée par des récifs ou des îlots), la plage, le

23 Ensemble des terres émergées de la planète où les conditions climatiques et
topographiques permettent la vie humaine permanente.
31bassin adjacent (aménagé ou non), etc. La forme d’un littoral, voire son allure
générale, sont toujours en relation avec les actions marines érosives ou
d'accumulation. L'érosion littorale demeure peu active en zone tropicale, l'eau
ne disposant pas de projectiles efficaces pour modeler les matériaux. Les
littoraux touristiques sont identifiés comme zones fragiles, étant donné leur
très forte anthropisation, l’urbanisation excessive (voir le nombre des riviéras
qui s’y développent), les pollutions de toutes natures qui les affectent (eaux
usées, déversements de produits phytosanitaires agricoles, de déchets
industriels, dégats causés aux coraux).
Nous choisissons ici de privilégier l’étude de deux types de littoraux afin
de bien mettre en exergue l’importance du concept de fragilité. A l’origine,
ces espaces proches de la mer présentent des conditions naturelles favorables
souvent mises à profit par l’homme qui les transforme, puis se préoccupe de
leur protection ! Leur approche explicative par la géographie physique qui
s’attache aux paysages est alors largement mise à contribution. Dans tous les
cas, il apparaît évident que les formes de mise en valeur des côtes autant que
leur gestion sont au centre des préoccupations premières de tous les
utilisateurs des territoires.
On sait également que les multiples potentialités naturelles avancées et
développées dans les espaces littoraux contribuent à leur originalité par une
bonne exploitation économique. La valeur naturelle des littoraux existe donc,
sous des formes très variées : il est vrai que celles-ci peuvent aller des
tempêtes, érosions et inondations, aux vagues et au vent (exploités par
l’homme).
Cependant, l’homme lui-même cherche à se protéger, à se défendre de ce
potentiel qui peut parfois être dangereux, voire catastrophique. Il cherche
aussi, dans le même temps, à préserver certains aspects (esthétiques, culturels
et marchands), à les conserver ou à les protéger pour une meilleure mise en
valeur de ces territoires. Les individus concernés au premier chef se
préoccupent de la gestion quotidienne des faits humains et des activités à
caractère économique (plages, écotourisme, survie, etc.).
Ensuite aujourd’hui, chacun semble prendre conscience du fait que le
problème du comportement éco-citoyen constitue désormais l’une des
priorités de l’ambition durable qui est à l’ordre du jour dans toutes les sociétés
contemporaines (y compris celles qui vivent dans la Caraïbe).
Enfin, pour revenir sur un aspect strictement géologique, nous répétons
dans le sillage des géologues et des autres spécialistes des littoraux, que les
traits de côtes dans la Caraïbe sont jeunes et fragiles, quant à leurs formes
actuelles générées par la remontée de la mer depuis la dernière glaciation et à
ses effets continus.
32Ce point nous amène tout naturellement à établir une typologie
relativement simple et somme toute assez classique des littoraux, qui exprime
de nombreuses variantes et fragmentations à l’intérieur de ce type d’espaces :
Les formes d’ablation représentées par les côtes rocheuses et à falaises.
Dans ce cas précis, les éléments du paysage sont constitués par :
24- des plates- formes d’abrasion marine (platier , à plature rocheuse),
25- des falaises au contact desquelles les accumulations de blocs, galets,
sables marquent la lente destruction de l’abrupt ; elles sont généralement
inhospitalières.
Les ports de pêche sont nombreux et bien abrités dans les découpures de la
côte (voir la région Côte sous le vent en Guadeloupe, du côté de Malendure ou
de la Plage Caraïbe). Les courants rapides ne favorisent pas la navigation sûre,
mais bien au contraire, dans ces zones, on compte de nombreux naufrages.
On trouve, gisant au fond de la mer, de nombreuse épaves de bateaux qui
fournissent aux prestataires de sorties en archéo-plongée d’excellents supports
d’activités. De nombreux touristes fréquentent ces abrupts originaux qui sont
de véritables merveilles de la nature (des falaises de calcaire ou de basalte). Ce
sont, à l’évidence des éléments probants des patrimoines naturel et culturel des
îles de la Caraïbe (préservés par le décret du 20.9.89 de la loi littorale du 3 /01
26/ 86 dans les DOM américains ou DFA) .
Les formes d’accumulations littorales :
Supports d’activités touristiques très diversifiées, elles concentrent de
fortes densités humaines partout dans la Caraïbe (zone de Soufrière en
Dominique où le littoral est parsemé de galets comme à la Désirade ou à
Vieux-Habitants en Guadeloupe).
Ce sont plus particulièrement les plages, dunes et lidos issus du jeu entre la
masse des éléments disponibles dissipés par la mer lors des marées ou des
tempêtes, à l’exemple de l’Îlet blanc dans le Grand Cul-de-Sac marin au large
de Sainte-Rose (édifice insulaire formé dans des conditions identiques après le
passage de l’ouragan Hugo qui, rappelons-le, a ravagé la Guadeloupe en
1989).

24 Platier ou platier corallien : récifs coralliens formés par des colonies de madrépores
(animaux marins des mers chaudes).
25 Escarpement littoral plus ou moins abrupt dû à l’action érosive de la mer.
26 La loi littorale se présente davantage comme un outil de protection que d’aménagement
ou de développement : inconstructibilité d’une bande de 100 mètres à compter de la limite haute
du rivage. Le Conservatoire du littoral créé en 1975 vise à renforcer la portée de la directive de
1979 en leur donnant une valeur législative et en les complétant.
33
xx- Le problème de la disponibilité des ressources de la mer aux abords
des îles
Les masses d’eau agitées par de puissants tourbillons cycloniques et
anticycloniques (Atlantique et mer des Caraïbes) appartiennent au domaine
maritime tropical. Elles se caractérisent par la faiblesse des variations
saisonnières de températures et une stratification thermique générant une
thermocline (véritable barrière physique et biologique pour de nombreux
animaux marins). Dans ces conditions, les rendements halieutiques y sont
faibles (moins de 800 kg/km²/an), mais peuvent s’élever à plus de 2 tonnes
dans certains secteurs privilégiés qui se trouvent à l’embouchure des grands
fleuves continentaux.
Pour des pays insulaires tel qu’Haïti, qui vivent dans un état de très grande
pauvreté (moins de 200 $/hab/an), les disponibilités en produits de la mer sont
faibles (moins de 5 kg/hab/an) en raison de la faible productivité des eaux
côtières, mais aussi du caractère rudimentaire des moyens de capture, de
l’insuffisance des équipements (glacières, transports, etc.).
Dans les petits pays vivant sous la dépendance d’autres états (Saint-Kitts,
Porto Rico, Guadeloupe), la pêche est très active et diversifiée, mais elle se
limite à la frange côtière en raison, là aussi, de l’insuffisance des équipements
et de la faiblesse des capitaux, ce qui empêche l’armement d’unités plus
puissantes capables de s’écarter des eaux côtières déjà surexploitées.
Cependant, on assiste de plus en plus à l’installation de sociétés étrangères qui
disposent de gros budgets.Toutefois, pour répondre aux nouvelles habitudes
prises par les populations, le recours aux importations permet une
consommation plus élevée en produits de la mer (supérieure à 30 kg /hab/an).
34Les littoraux sablonneux, vaseux ou marécageux dans
l’espace caribéen
Les plages de la Caraïbe
Elles sont très nombreuses et réputées pour être les plus belles du monde
(celles de Saint-Thomas, de Saint-Martin, des Grenadines, de la Guadeloupe,
des Bahamas, d’Antigua, de la Martinique, des Îles Caymans, de Saint-John,
les Turks et Caïcos, etc.). Les formes littorales dont il est question dans ce
passage de l’ouvrage correspondent à des côtes basses dites d'accumulation,
très variées sous les tropiques.
Celles-ci sont généralement situées dans les fonds de baie, les flèches
littorales et les cordons littoraux. Leur profil transversal se présente en général
sous une forme très raide, ce qui correspond à la pente naturelle du gros sable
issu des altérites et débarrassé des grains fins par le triage perpétuel de la mer
et du vent. La plus grande partie des sédiments est formée de carbonate de
calcium provenant de la fragmentation des coraux ou encore, elle peut être
constituée d'autres minéraux mobilisés à partir de l'intérieur des terres (le
quartz et le feldspath).
Les plages de la Caraïbe sont différenciées d’une île à l’autre par des
nuances subtiles (par exemple entre le noir profond et des gris clairs), même
si, au demeurant l’impression offerte aux potentiels visiteurs de la Caraïbe
tend vers une uniformité de ce type de paysage (en tous cas, c’est l’impression
qu’ils ont presque tous quand ils consultent les divers documents).
Les principaux éléments de différenciation sont donc constitués par la
couleur grise du sable, la nature des débris de roches volcaniques ou calcaires
et des fragments coralliens. Sur la plupart des plages, la forêt littorale
originelle a disparu, et la couverture végétale actuelle est bien souvent le fruit
de l’usage et de la fréquentation des lieux.
On trouve ainsi des plages étroites en contact direct avec des zones
agricoles ou urbanisées, tandis que d’autres qui présentent un profil plus
ouvert sont considérées comme sauvages. Certaines sont encore bien
préservées dans les Petites Antilles, tandis que bon nombre d’entre elles
demeurent accessibles depuis la route, faisant l’objet d’aménagements divers.
L’on retient que dans ce dernier cas précis, la végétation herbacée est souvent
piétinée ou a déjà disparu à cause du tourisme.
3527Les mangroves à palétuviers : des espaces reliques à préserver
En zone Caraïbe, le littoral est souvent bordé de mangroves rendant l’accès
difficile à la mer. Dans les îles que nous étudions dans le cadre de cet ouvrage
(la Guadeloupe, la Dominique et Saint-John), particulièrement dans la zone
dite des « 50 pas géométriques » ou ses équivalents ailleurs, les responsables
considèrent les mangroves comme domaine maritime, ce qui permet ainsi de
reporter toutes les mesures de développement à l’arrière de ces zones
marécageuses.
Ce type d’espace aquatique, généralement en réserve, offre une formidable
opportunité pour le développement du tourisme par le biais d’une incitation à
l’écotourisme intelligent. On retiendra que les paysages de mangrove sont
constitués en général de trois niveaux correspondant aux différentes strates
végétales. Le rôle des mangroves est d’abord de servir de niche écologique en
hébergeant de nombreuses créatures marines (crustacés, mollusques, éponges,
poissons,…) et terrestres (insectes, reptiles, oiseaux, mammifères). Elles sont
probablement les aires qui offrent le plus d'aspects de la vie sauvage, sans
oublier la relation à l’homme. A l’échelle du Globe, on parle du biome
mangrove. De même, on distingue quatre types de paysage depuis la mer
jusqu’à la terre ferme:
- Tout d’abord la « mangrove de bord de mer » ou mangrove littorale
(végétation buissonnante et arbres morts).
- Puis, la mangrove arbustive correspondant à la zone dite des « étangs
bois secs » salés, parsemés d’arbres morts très attractifs pour les oiseaux.
- La mangrove haute sur sols vaseux au dessus du niveau de la mer, où se
28développent les palétuviers rouges et blancs (Avicennia ).
- Enfin, en arrière du littoral, dans l’eau saumâtre voir douce qui la borde,
pousse la forêt marécageuse dominée par le Mangle médaille (Pterocarpus)
qui se maintient sur le sol meuble grâce à ses racines aux larges contreforts.
Les mangroves littorales sont communément classées dans la catégorie des
côtes basses à vasières et subissent des marées maritimes dites à mangrove.
Dense et varié, ce type de forêt littorale s’est adapté à pousser dans l’eau de
mer ou l’eau saumâtre ainsi que le long des rivages.
Nous nous sommes plus particulièrement intéressés à cette mangrove de
bord de mer qui, parmi les 4 ensembles formant les milieux littoraux, constitue

27 Terme qui vient de l’Anglais et qui a été emprunté au Portugais Mangue qui signifie
palétuvier, mais aussi au sens large il désigne le milieu dans lequel se développe le Palétuvier.
Ce mot vient en fait du Malais Mangi-mangi qui désigne l’Avicennia.
28 On appelle ainsi les arbres inféodés aux marées maritimes. Dans certains pays de langue
créole, ils sont désignés par le terme de mangliers ou mangles.
36l’espace qui supporte le plus grand nombre d’activités touristiques ; les deux
autres types de mangrove sont en général confondus dans l’arrière-pays. Ces
formations végétales spécifiques se situent dans les marais maritimes et
correspondent à des forêts tropicales basses implantées dans les vasières de la
zone de balancement des marées, là où l'eau est salée ou saumâtre, et les
vagues atténuées.
La structure des marées maritimes a déjà été largement étudiée dans le
monde par de nombreux spécialistes passionnés par ce sujet. L’originalité, par
opposition aux récifs coralliens, est bien évidemment en relation avec les
29formes de particules. Précisons au passage que les sols sont appelés slikke .
La mangrove, forêt littorale marécageuse toujours verte des zones tropicales
dont les fonctions sont essentiellement écologiques, intervient dans le cycle de
purification de l’air et des eaux. Elle protège l’environnement végétal et
30animal, assure l’équilibre et le renouvellement de l’écosystème associé.
Les arbres des mangroves ou palétuviers rouges et blancs, résistent à
l'asphyxie soit en se haussant sur des racines à échasses (Rhizophora
31 32mangle) , soit en émettant des racines respiratoires, les pneumatophores
(Avicennia, Bruguiera, Laguncuria, Sonneratia). La pression osmotique de la
sève très forte, plus forte que celle de la saumure, permet aux palétuviers de
résister aux sels marins (effet de refoulement du sel qui ne passe pas dans la
sève).
Les excrétions de sel se font par des glandes spéciales ; il y a donc un
filtrage du sel qui s’opère au niveau des racines (arrêt du sel) et une
pénétration d’eau adoucie dans le système d’où une succulence foliaire
(succulence des feuilles ou vernis). Notons que les feuilles ne respirent pas,
donc cela génère une faible évaporation et un faible pompage de sel.
Une autre conséquence de ce phénomène climatique est la viviparité
végétale ou une adaptation particulière à ce milieu. Les hauts fonds peuvent
être colonisés par ces arbres qui constituent alors des îlots-mangroves qui
s’accroissent parfois au point de se rejoindre et d’obstruer partiellement
certains estuaires ou bras de mer (La Gabarre, Vieux-Bourg, Sainte-Rose,
Port-Louis, Petit-Canal dans l’archipel Guadeloupéen sont autant d’exemple
de lieux). A cause de la turbidité de l’eau, les végétaux immergés ne peuvent
se rencontrer qu’à de faibles profondeurs : les algues sont le plus souvent
fixées à l’extrémité supérieure des racines des palétuviers et les herbiers de

29 Ce sont des sols colonisés par la mangrove qui exigent des caractères thermiques
particuliers (eau + air). Ils doivent être salés ou saumâtres.
30 Unité écologique de base, formée par le milieu et les organismes animaux, végétaux et
bactériens qui y vivent. Cette partie de l’espace terrestre est caractérisée par des éléments
physiques et des formes de vie particuliers.
31 Rhizophora mangle ou mangle rouge : nom du palétuvier rouge.
32 Pneumatophores.
3733Phanérogames marines dont l’Herbe-à-tortue (Thalassia Testudinum), ne se
développent que sur les hauts fonds. La mangrove de Guadeloupe confère à
l’archipel un cachet d’exception au regard des autres petites îles de la Caraïbe
qui en sont peu pourvues. De nombreux animaux habitent ce milieu : vers,
éponges, palourdes grises (Phacoïdes pectinatus), crabes fouisseurs qui vivent
au niveau de la vase; les huîtres (Crassostrea rhizophorae et Isognomon
alatus) qui s'accrochent aux échasses. Parmi les curiosités de la mangrove, le
Periophtalmus est un poisson amphibie qui grimpe aux branches.
Les poissons sont nombreux : les « Calli » (Harengula humeralis),
34« Pisquette » (Anchoa lyolepis), Mulet (Mugil curema ). Les espèces se
répartissent selon un double zonage :
- Le long de la côte et des cours d’eau, leur répartition reste essentiellement
liée à l’influence des eaux douces.
- Verticalement on remarque un étagement des principaux groupes
zoologiques qui dépend de la fréquence des émersions.
Plusieurs espèces d’oiseaux choisissent les îlots de mangrove pour
s’installer et protéger leurs colonies des rats. Le Héron garde-bœuf (Ardeola
35ibis ) est une espèce en pleine expansion qui s’est récemment établie dans la
Caraïbe (de la famille Ardéidés, espèce Bulbucus ibis ; autres noms :
Détiqueur, Kio blanc). Il vit dans les savanes près des bœufs et dans les
champs fraîchement labourés, gagnant les bois et la mangrove le soir). Il niche
dans des îlets tels que l’Îlet Christophe au large de Morne-à-l’Eau (l’île aux
oiseaux), dans le Grand Cul-de-Sac Marin de Guadeloupe qu’il utilise comme
dortoirs. D’autres hérons choisissent cet endroit : la Grande aigrette
(Casmerodius albus), l’Aigrette neigeuse (Egretta thula), et le Petit héron vert
36ou « Kio » (Butorides striatus). On peut également observer dans les
37 38mangroves de la Caraïbe le Petit héron bleu , la Frégate (Fregata
magnificens) et le Pélican brun (Pelecanus occidentalis).
La mangrove se révèle encore d'une grande utilité car elle protège les
rivages tropicaux des coups de mer, elle donne son bois... Autrefois, le bois
était utilisé pour faire fonctionner les fours à chaux comme certains modèles
qui restent encore visibles à l’Îlet Fajou en Guadeloupe ou dans le sud de la
Martinique dans les environs de Sainte- Anne. Le rôle de cet écosystème est à
la fois physique et géologique. Grâce à la mangrove, dans sa lutte contre la

33 Embranchement comprenant les plantes se reproduisant par fleurs et graines, telles que
les angiospermes et les gymnospermes.
34 Poissons qui vivent dans la mangrove.
35 Aigrette de la famille des ardéidés.
36 Butorides striatus, oiseau qui fréquente les marais, mangroves et rivières.
37 Aigrette Florida caerulea.
38 Grand oiseau marin à bec crochu et à pattes palmées vivant dans les mers tropicales.
38mer qui le grignote inlassablement, le rivage tropical lance ses conquérants
feuillus, les palétuviers.Véritables haubans, les racines arc-boutées des
palétuviers retiennent les sédiments et les rejets de la marée, les feuilles, les
bois morts, qui vont s’entasser sur le fond meuble et vaseux. Le Palétuvier
rouge ou Mangle rouge, « Palétivié wouj » en créole (la langue régionale dans
39les Antilles françaises) , de la famille des Rhizophoracées dont l’espèce
Rhizophora mangle est l’arbre symbolique pionnier de la mangrove aux
Antilles avec ses racines aériennes en échasses soutenant un tronc droit se
ramifiant en hauteur.
Les feuilles sont simples, opposées, elliptiques, épaisses et coriaces de 8 à
16 cm, groupées aux extrémités des rameaux. Les fleurs sont réunies en
courtes inflorescences ; c'est à dire des corolles blanc-jaunâtre à quatre pétales.
Les fruits se développant sur la plante mère (phénomène de viviparité),
deviennent plantules qui se détachent à maturité, tombant dans la vase ou
flottant à la surface de l’eau. L’écorce est riche en tanin, exploité autrefois en
tannerie. Le bois du palétuvier est imputrescible, utilisé jadis en charpente et
comme bois de chauffage.
Cependant, la mangrove reste un milieu très fragile et son ennemi le plus
redoutable est l'homme. Traditionnellement, cet espace était utilisé pour
40pêcher ou pour les cueillettes (poissons, huîtres, palourdes, crabes) , pour le
prélèvement du bois de chauffage et pour la construction des bateaux.
Description d’un animal de mangrove présent sur les marchés de vivres : le
« crabe à barbe »
La carapace ovale fortement bombée de couleur jaune est ornée sur le dos
d’un « H » sombre. Son abdomen, rabattu sur le céphalothorax, est rattaché à
10 longues pattes violacées. La première paire est transformée en pinces
inégales. Le bord inférieur des quatre autres paires des mâles portent de
longues soies, d’où le nom créole de « krab à bab ». Chez les femelles les
soies sont beaucoup plus courtes. Ce crabe se rencontre sur la côte proche de
la mer, creuse son terrier dans la vase molle sous les palétuviers ou dans des
lieux à découvert. Les terriers profonds de 70 cm atteignent toujours la nappe
d’eau. Il se nourrit à la fois de végétaux et de matières en décomposition,
tandis que sa période de mue se situe entre juin et août.
Comment a lieu sa reproduction ? De sexes séparés, au moment de la
reproduction, les crabes courent dans toutes les directions à la recherche de
partenaires. Lorsqu’elles sont pleines, les femelles portent leurs œufs
accrochés à leurs appendices abdominaux et vont pondre en mer. Les larves
nageuses se transforment en petits crabes et rejoignent la mangrove.

39 Arbre des mangroves.
40 Crabe à barbe, famille Ocypodidae, espèce Ucides cordatus. Autres noms : Babèt, Krab a
bab (créole).
39La mince lisière de mangrove constitue des paysages quasi identiques dans les
unités insulaires de la Guadeloupe, de Saint-John et de la Dominique. Elle
forme un espace-enjeu politique économique et social dans un archipel aux
dimensions réduites où les espaces plats sont rares. A ce titre, elle génère de
nombreux conflits d’occupation de l’espace pour l’exploitation des ressources
du foncier : présence de zones d’habitat, de zones industrielles et
commerciales, d’espaces de loisirs et d’infrastructures de communication
(exemple : routes, extension du port et de l’aéroport de Pointe-à-Pitre). On la
rencontre également dans des dimensions plus réduites au fond des baies de
Port-Louis, à Sainte-Rose sur la côte caraïbe, dans l’espace du Grand Cul-de-
Sac Marin, etc.
La situation de menace grave dans laquelle se trouve la mangrove reste
préoccupante. Soulignons que malgré les destructions, quelques zones de
mangrove subsistent de Goyave à Gosier/Sainte-Anne sur la côte atlantique de
la Guadeloupe, sur la côte nord-ouest de Marie-galante, à la Désirade, etc.
Quant à l’île de Saint-John, elle possède quelques « tâches » ou « bouquets »
de mangroves qui n’ont rien de comparable avec les étendues qui se
développent sur les littoraux de la Guadeloupe. Toutefois, retenons qu’elles
font l’objet d’une surveillance particulièrement draconienne de la part des
41rangers .
Pour terminer sur ce point par une note positive de prévention, précisons
que dans sa thèse Jean-Michel Le BIGRE a montré que les formations à
mangroves et les marées maritimes sont très sensibles aux variations
climatiques, d’où la nécessité d’une très grande vigilance à l’égard des milieux
littoraux tropicaux au moment où l’on parle beaucoup de réchauffement
climatique (la mangrove constitue, au même titre que les récifs coralliens, une
barrière de protection pour les habitants de nos îles et archipels).
Enfin, notons que pour les déplacements dans le cadre de l’écotourisme
aujourd’hui, on peut opter pour la découverte de ce milieu avec un impact
minimum, en utilisant par exemple le vélo de mer, un outil privilégié pour se
faufiler dans les chenaux de la mangrove. Il permet d’approcher les colonies
sans provoquer l’envol des oiseaux. Grâce à son hélice relevable, l’engin peut
naviguer au-dessus des eaux peu profondes sans dommage pour les coraux.

41 Agents et moniteurs dans le Parc national de Saint-John.
40Les autres types de côtes dans la Caraïbe insulaire : atouts
supplémentaires de séduction des îles
Les côtes coralliennes
Que sont les coraux ?
Le corail est un animal à l’aspect plus végétal que minéral dont la fragilité est
très grande. C’est une « fleur » marine ou polype qui vit le plus souvent en
colonies formées de milliers d’individus, prenant des formes surprenantes :
dures, souples, gélatineuses. Tous ces organismes se regroupent sous le nom
de Cnidaires.
Les coraux vivent dans la partie des fonds marins où la lumière du soleil
pénètre l’épaisseur de l’eau. Ils s’alimentent la nuit à partir des éléments du
plancton transportés par les courants marins. Ils apportent des substances
nutritives aux algues qui leur fournissent en contrepartie un certain nombre
d’éléments. En fait, le corail est un animal marin inférieur de taille
millimétrique, de l'embranchement des Coelentérés ou Zoophytes. Il vit dans
un squelette externe appelé calice, constitué de carbonate de calcium pur ou
associé au carbonate de magnésie.
On compte 35 espèces de coraux dans l'Atlantique (700 dans l'océan Indo-
Pacifique). Des récifs spectaculaires, comme ceux des îles Maldives,
véritables paradis pour les plongeurs, sont parmi les plus célèbres, mais aussi
ceux de la Caraïbe qui sont très réputés au plan mondial.
Les coraux sont des organismes fixés et grégaires: ils croissent, juxtaposés
ou soudés l'un à l'autre. L'accumulation des polypiers finit par constituer des
masses très volumineuses. En réalité, les coraux sont associés à d'autres
espèces: foraminifères, milleporas, éponges, serpules, bryozoaires, oursins,
mollusques, etc., et à des végétaux marins: filaments verts, algues
zooanthelles, algues calcaires.
Le récif corallien est donc une biocénose intertropicale d’une merveilleuse
beauté qui attire incontestablement les touristes. L'écologie des coraux révèle
une grande complexité car ces animaux réclament de la chaleur (entre 25 et
30°C), mais surtout une chaleur qui soit constante. L'amplitude tolérée ne doit
pas dépasser 3 à 4°C durant toute l’année. Ils sont également exigeants
concernant la lumière, puisque leurs carbonates requièrent le carbone extrait
du gaz carbonique par les algues: ils ne peuvent se développer normalement
au-delà de 80 mètres de profondeur, l'optimum se situant un peu en deçà de 25
mètres. Sur les récifs de l’archipel des Antilles, le meilleur développement des
coraux est réalisé côté sous le vent. Enfin, généralement ils préfèrent les fortes
salinités et les eaux pures et claires (c'est-à-dire sans polluants). C'est pour
cette raison qu'ils fuient les débouchés des fleuves. Ils ne supportent pas non
plus l'effet mécanique des vagues. A cause de l’ensemble des facteurs
41précédemment cités, la mer des Antilles constitue réellement un paradis pour
les polypiers. Mais pour encore combien de temps va-t-elle conserver ce
caractère si exceptionnel?
Dans le cadre du développement touristique multimodal qui semble être la
priorité actuelle, les récifs de corail offrent un paysage spectaculaire aux
plongeurs sous-marins car ils abritent certaines espèces rares de poissons, des
oursins, langoustes, tortues, lambis, etc. qui attirent incontestablement les
amateurs.
Néanmoins, on ne peut s’empêcher d’insister sur le fait que le récif
corallien représente un écosystème original et irremplaçable en équilibre
extrêmement fragile. A partir de ce constat, on en arrive à déplorer que les
aires du monde marin n'aient pas été davantage protégées à l'instar de ce qui se
fait beaucoup plus couramment pour la nature purement terrestre.
Les récifs coralliens dans la Caraïbe, des formations naturelles à
placer sous haute surveillance
Le cas des récifs-frangeants retient encore plus notre attention dans le
cadre de cette étude: sur le platier ou plateau sous-marin côtier, à un mètre de
profondeur environ, des colonies de polypes bâtissent des massifs au bord des
côtes. Très vite, les coraux ont atteint la surface et se développent vers le
large, formant au gré du relief marin un front récifal. Véritable vivier, les
abords de ce type de récif subissent les effets des pressions anthropiques, des
pollutions, de l’urbanisation, quand ce ne sont pas ceux de la surexploitation
pure et simple ou de l’eutrophisation des eaux (nitrates + phosphates).
Les récifs-barrières : quand le platier s’étend vers le large sur plusieurs
centaines de mètres, la partie comprise entre le front récifal et la côte évolue.
L’eau circule moins librement, les coraux disparaissent et sont remplacés par
des herbiers (c’est le cas vers Bois Jolan à Sainte-Anne en Guadeloupe). En
général, le récif-barrière est une ceinture récifale qui peut être longue de
plusieurs centaines de mètres voire des kilomètres. Sa pente externe peut
dépasser 100 mètres de profondeur. Le plus connu en Guadeloupe est celui du
Grand Cul-de-Sac Marin. Citons aussi celui de Capesterre de Marie-Galante
beaucoup plus petit. Pour désigner ces formations, on utilise le terme de
42Caye (ou cay en Anglais).

42 Vient d’un mot de vieux français passé dans le créole désignant les formations
coralliennes ou rocheuses sous marines très proches de la surface de la mer.
42 Suite à la précédente réflexion, ajoutons que l’incidence du tourisme sur la
pêche s’avère catastrophique dans les régions où vivent les coraux.
Aujourd'hui, les touristes qui visitent n'importe laquelle des îles des Petites
Antilles s'attendent à ce que le poisson et les fruits de mer tiennent une place
de choix sur le menu (on comprend alors mieux pourquoi cet engouement
pour la cuisine créole !).
Ils expriment couramment leur déception face à la rareté des langoustes,
crevettes et coquillages et à leur prix élevé. Pour celui qui veut observer les
fonds marins, l'absence de réserves dans les espaces marins constitue un
handicap.
Il s'agit, en fait, d'une grave lacune même si quelques parcs naturels marins
ont été créés çà et là dans la Caraïbe micro insulaire (à la Guadeloupe, Saint
Thomas, Sainte-Lucie, Saba, la Dominique ou Saint-John,...), mais le nombre
reste très insuffisant. Soulignons que la chasse et la pêche sous-marine sont
interdites dans ces lieux là. Cependant, il est clair que ces aires ne sont pas à
l'abri de toutes les pollutions d'origine extérieure, notamment celles qui sont
provoquées par l'immersion de déchets au large et les rejets de carburant des
bateaux de croisière en océan Atlantique et dans la mer des Caraïbes.
D’autre part, on assiste depuis quelques temps, au pillage systématique des
littoraux sous la forme de prélèvements de coraux morts qui servent à
l’artisanat de décoration alimentant les boutiques pour touristes dans les
différentes stations balnéaires de l’archipel. Vu la tendance à la forte
amplification du processus enclanché (par rapport à la demande croissante),
nous devons nous demander s’il n’y aura pas une extension très rapide aux
récifs coralliens, eux-mêmes déjà mis à mal par les bateaux de croisière ou
autres plongeurs avec bouteille (ces derniers sont de plus en plus nombreux et
quelquefois très maladroits). Toujours est-il que la Dominique et Saint-John
mènent actuellement des expériences originales sur lesquelles nous
reviendrons dans l’ouvrage.
On peut parfois se réjouir du fait, que la plupart des insulaires ainsi que les
touristes qui visitent la Caraïbe, ne pratiquant aucune activité en relation avec
la mer, restent dans l'ignorance des merveilles aquatiques. Ceux-là ont
uniquement droit aux activités de la plage. Est-ce tellement plus mal ?
Précisons aussi que, malheureusement, les produits vivants ou morts issus
de la mer ne présentent parfois pour le grand public des îles qu'un intérêt
gastronomique, voire de bimbeloterie décorative (on ramasse des coquilles
vides, des bouts de bois pour la maison, des algues, etc.). Cela aussi doit être
interdit si l’on veut vraiment apporter des solutions de développement et ne
pas faire perdurer la dépendance économique. Enfin, il est bon de rappeler
qu’en France, l’amende encourue par un touriste qui ramasse des coraux est de
9000 euros, tandis qu’en Guadeloupe personne n’est sanctionné !
43A l’intérieur des Parcs et réserves de la Guadeloupe, de la Martinique, la
Dominique ou des Îles Vierges, l’on propose quelquefois aux touristes des
formules de découverte du monde sous-marin à partir de la plongée (baptême
de plongée avec masque et tuba, perfectionnement, obtention de diplômes,
plongée avec scaphandre, visites en sous-marin, archéo-plongée).
Actuellement, le projet de créer une option archéo-plongée dans un lycée de la
Côte sous le vent est à l’étude et pourrait peut-être sous peu, voir le jour (si
toutefois les initiateurs y donnent véritablement suite !). Cependant, nous
insistons encore sur le fait que la plongée représente un certain danger pour les
récifs coralliens, surtout à l’occasion des baptêmes au cours desquels les
touristes non habitués donnent de grands coups de palmes dans les coraux ou
encore se tiennent debout sur les récifs ! Le mouillage est le plus souvent
interdit ou contrôlé (autour de l’îlet Pigeon situé à Bouillante dans la Réserve
43Cousteau , près de Tintamarre à Saint-Martin). Toutefois, chacun sait à quel
point la lutte demeure serrée entre les différents usagers de la mer, les
responsables des aires protégées ainsi que les collectivités pour lesquelles le
tourisme se révèle providentiel.
Certains échouages ne manquent pas, de temps à autre, de défrayer la
44chronique : l’épisode du Hual Troubadour dans la rade de Pointe-à- Pitre a
été révélateur des dégâts importants provoqués sur les récifs coralliens du
Petit Cul-de-sac marin. En complément des problèmes graves évoqués,
ajoutons comme conséquence liée au tourisme banal, les prélèvements de
corail qui s’amplifient de jour en jour : pour le moment, on compte de
nombreux boutiques et magasins « haut de gamme » qui vendent des bijoux en
corail noir à Saint- Martin, à Porto-Rico ou aux Îles Vierges (surtout à Saint
Thomas dans la rue principale de Droningen Gade où les commerces sont
45détaxés ).
Depuis quelques temps déjà, ces bijoux sont également proposés dans les
rues des villes et villages des Petites Antilles du sud de la Caraïbe par des
individus peu soucieux du respect des réglementations qui protègent ces
créatures exceptionnelles qui font de nos îles des petits bouts de paradis.
Ce phénomène ne concerne pas uniquement le corail, puisque de nombreux
prélèvements de coquillages sont aussi opérés dans le même but lucratif, au
risque de compromettre sérieusement le caractère d’exception de nos îles tel
que nous l’avons mentionné plus haut.

43 Réserve marine située en Côte sous le vent, lieu où le Commandant Cousteau a tourné des
scènes de son film documentaire devenu désormais célèbre : Le monde du silence.
44 Navire de commerce.
45 Saint-Thomas est un port-franc des Îles Vierges.
44Chapitre II- Les caractéristiques des Petites Antilles
au sein de la Caraïbe
La distinction entre Petites et Grandes Antilles, pour la
clarification du concept d’unités insulaires imbriquées
La chaîne des Antilles forme une guirlande d’îles qui s’amenuise dans
l’alignement méridien des Petites Antilles, relayée dans la partie nord, au-delà
de Trinidad par les Îles sous le vent qui s’égrenent au large du Venezuela. Ici,
il doit être précisé que ces terres ne couvrent que 233.135 Km² dans leur
ensemble, soit un peu moins que la moitié de la superficie de la France, mais
qu’elles portent une population de plus de 25 millions d’habitants, ce qui leur
donne une densité moyenne de 108 hab/km².
Dans la réalité caribéenne, à la subdivision déjà très compliquée qui existe,
il faut ajouter les deux notions d’îles « du vent » et d’îles « sous le vent ».
L’archipel Caraïbe qui demeure très marqué par l’émiettement et la
diversité, égrène sur 4700 Km ses 7000 îles et îlots. Quant à l’Arc antillais qui
ème èmes’allonge sur 1500 km entre le 10 et le 23 degré de latitude nord, il
compte plus d’une centaine d’îles, grandes au nord (les Grandes Antilles), et
petites au sud (les Petites Antilles dont font partie les trois unités
insulaires étudiées dans l’ouvrage: la Guadeloupe, la Dominique et Saint-
John).
L’une des interrogations majeures que suggère l’archipel caribéen nous
invite à tenter de dégager à quel ensemble géographique il se rattache
réellement au plan mondial : pont entre les deux continents américains ou
isthme dont il est l’une des composantes ?
La Méditerranée américaine par laquelle sont arrivés conquistadores,
colons, religieux, marchands et esclaves, pirates ou déportés, constitue
actuellement une vraie interface dans le cadre de la mondialisation, un lieu
d’échanges basés sur toutes sortes de produits de la globalisation, une grande
zone de passage. Les Antilles qui nous intéressent au premier chef, se situent
exactement au beau milieu de cet espace-tampon.
Cette mer intérieure, connue sous l’appellation de mer des Caraïbes,
continue à être sillonnée, depuis 1914, par des navires de toutes les flottes du
monde (surtout à partir de l’ouverture du Canal de Panama), survolée par les
transports aériens internationaux et régionaux, etc. Ajoutons que les États-
Unis, première puissance mondiale, pèsent de tout leur poids sur cet ensemble
éclaté qui se trouve en première ligne face à son hégémonie. Ceci s’avère
particulièrement vrai même pour certains États continentaux parmi les plus
45èmegrands d’Amérique du sud comme le Brésil (2 puissance régionale et pays
émergent du système-monde), la Colombie, le Venezuela (gros producteur et
exportateur d’hydrocarbures) qui y jouent également un rôle tout à fait
honorable.
L’espace circonscrit dans notre étude se situe donc entre le 15° et le 20°
nord ainsi que le 60° et le 65° ouest, au sommet de la partie externe de l’Arc
antillais. Il est éclaté en trois unités où existent des points de convergence
géographique, notamment topographique, hydrographique ou climatique mais
également il existe des éléments de dissemblance très prononcés dans les
paysages:
La Guadeloupe, la plus grande des entités par la superficie est située entre
les deux autres unités que nous avons retenues dans le cadre de notre étude: la
Dominique et Saint-John. Globalement, son territoire présente pour 70 % de
son ensemble un relief à caractère montagneux.
La Dominique, deuxième par la taille, localisée à une centaine de
kilomètres au sud de la Guadeloupe, est montagneuse à 95 % et très arrosée,
tandis que Saint-John au nord dans l’archipel des Îles Vierges est plus petite,
ramassée et massive sur toute son étendue.
Dans l’optique de réaliser une bonne assise de notre analyse géographique,
nous tentons aussi de porter une attention particulière au groupe d’îles qui
constituent les Petites Antilles, c’est-à-dire celles qui sont situées à l’extrémité
sud-est de l’arc et au nombre desquelles on trouve nos trois pays.
Globalement, il s’agit d’un ensemble de petites unités insulaires, situé face
à l’Amérique centrale, qui s’étend des Îles Vierges au Nord (appartenant aux
États-Unis et au Royaume-Uni) à la partie sud des Antilles néerlandaises
(Aruba, Curaçao, Bonaire), incluant les Îles du Vent et les Îles Sous le Vent.
On intègre sans hésitation dans ce groupe la Barbade, Trinité et Tobago.
Précisons au passage que les Îles Sous le Vent tirent leur nom de leur
46emplacement sous les alizés dominants qui, comme on le sait, soufflent de
l’est. Les principales îles faisant partie de ce groupe sont : Montserrat,
Antigua, la Guadeloupe, Saint-Kitts et les Îles Vierges (Virgen Islands).
Les Grandes Antilles comprennent quant à elles, Cuba, Haïti, la
République dominicaine et Porto Rico. Soulignons enfin que les Bahamas
n’appartiennent pas aux Antilles mais qu’on a pris l’habitude de les considérer
comme en faisant partie intégrante.

46 Vents réguliers qui soufflent constamment sur près du tiers de la surface du globe, des
hautes pressions subtropicales vers les basses pressions équatoriales. En Anglais, on utilise le
terme de Westerlies.
46Evolution récente des nouveaux comportements
démographiques dans les Antilles
Afin de mener à bien cette étude du tourisme, nous utilisons des éléments
de la démographie, s’agissant d’un espace où vivent depuis fort longtemps et
en grand nombre des hommes qui ont des comportements sans doute
particuliers.
Toutefois, il est nécessaire de préciser qu’au regard de l’histoire, l’évolution
démographique actuelle de la Caraïbe ne manque pas de susciter beaucoup de
controverses ou de querelles d’écoles. L’une des questions récurrentes qui sert
à animer les débats est la suivante : peut-on, à l’heure actuelle, parler de
génocide en remontant le cours de l’histoire, d’explosion démographique ou
de surpopulation dans une étude diachronique globale sur la population de
l’archipel caribéen ?
On sait que la quasi totalité des jeunes États de la Caraïbe (surtout ceux des
47Petites Antilles) sont en phase deux de transition démographique , voire en
fin de transition, ou encore l’ont abordée assez récemment (le nombre
d’enfants par femme en Guadeloupe et aux Îles Vierges américaines est de
2,2, à la Dominique 2,0, à la Barbade de 1,5, à Ste-Lucie de 2, 3, à Trinité-&-
Tobago et à Cuba de 1,6). Ces chiffres renvoient aux situations observées dans
le monde développé (appelé les pays du Nord).
Le cas des micro-entités que sont la Barbade, la Guadeloupe, la Dominique
ou Sainte- Lucie est tout de même assez parlant (baisse de la fécondité à cause
de l’éducation des femmes et de la nécessité de travailler, vieillissement
amorcé de la population, etc.). Par delà tous les facteurs communs, on observe
qu’il existe une grande diversité de situations démographiques qui touchent les
pays des Antilles.
Entre deux îles voisines, deux petits pays insulaires des Petites Antilles tels
que la Guadeloupe et la Dominique par exemple, ou entre la Martinique et
Sainte-Lucie, les taux de natalité et de mortalité, l’indice de fécondité
(témoignant de la relation forte entre le degré de développement et la baisse de
la fécondité), montrent des évolutions et des valeurs différentes.
Dans toute la zone caraïbe, sauf en Haïti (où le nombre d’enfants par
femme est égal ou légèrement inférieur à 4,0), on observe une baisse parfois
lente mais indéniable voire inexorable des taux de natalité et de fécondité. On
peut encore trouver d’autres points de rapprochement tels que la faible
mortalité en baisse ou même une certaine tendance à une espérance de vie plus

47 Théorie mise au point par les démographes pour expliquer le passage d’un régime de
fortes matalité et mortalité à un régime où natalité et mortalité sont stabilisées à un niveau
faible. Pendant cette transition, l’accroissement démographique est élevé.
4748longue . Toutefois, d’un avis presque unanime de la part de ceux qui ont
mené des recherches, la comparaison essentielle doit encore porter sur les PIB
et PNB, ce qui permet du même coup un recentrage sur la question des statuts
politiques et des choix économiques dans les îles.
Les fortes densités de population de l’archipel caribéen, accentuées par les
localisations littorales et l’urbanisation, la masse de jeunes arrivant sur les
marchés du travail (plus de la moitié ayant moins de 25 ans) où le nombre de
places à prendre reste très limité (voir les taux de chômage de 9,9 en 1994 à la
Dominique, de 17,9 à St-Vincent), ont poussé les états à promouvoir des
politiques qui visent à limiter l’accroissement démographique naturel qui se
49situe désormais à un niveau légèrement inférieur à la moyenne mondiale .
Comme on peut l’observer le plus souvent, les jeunes sont nombreux et
omniprésents dans les populations des îles (représentant parfois plus de 40%
des groupes d’âges). La tranche des plus de 65 ans demeure assez faible en
général mais a tendance à progresser.
Parallèlement, pour n’importe laquelle des unités insulaires considérées
dans la Caraïbe, on peut remarquer que le taux d’activité a connu une baisse
durant la dernière décennie. L’emploi, le sous- emploi ainsi que les formes
particulières d’emploi sont répartis de façon très déséquilibrée dans tous ces
pays où l’on constate que la parité homme/femme n’est pas du tout respectée.
L’espérance de vie se situe globalement au delà de 70 ans pour les hommes, à
plus de 72 ans pour les femmes, avec quelques situations critiques comme
pour Haïti et la République dominicaine.
Nous insiston volontiers sur le fait que les efforts pour enrayer les grandes
pendémies ainsi que l’état sanitaire global de la Caraïbe, contribuent
favorablement à allonger l’espérance de vie générale dans la Caraïbe.
Mais il y a très longtemps désormais, que l’occidentalisation a pris le
dessus et que les recherches médicales portant sur des maladies telles que la
malaria, les grandes grippes ou le paludisme ne sont plus d’actualité !
Enfin, le niveau d’alimentation, malgré les disparités qui existent d’un
territoire à l’autre, demeure satisfaisant, même s’il reste en certains lieux assez
déséquilibré au profit des tubercules et des céréales (le nombre de calories par
habitant variant d’une île à l’autre en fonction de la répartition des richesses).
50A titre de comparaison, le coefficient budgétaire concernant la
consommation d’un ménage en Guadeloupe (1984-1985) pour le poste de
dépenses se rapportant aux produits à base de céréales (pain riz) est de 4,1
tandis qu’en France hexagonale, cet indicateur correspond à 2,2. D’une

48 Indice statistique variable en fonction du niveau de développement du pays (IDH).
49 Accroissement démographique mondial (la moyenne).
50 Part en pourcentage des différents postes de dépenses dans le budget global.
48manière générale, ce coefficient pour toute la rubrique alimentation est
beaucoup plus élevé en Guadeloupe (29,8) qu’en France métropolitaine (22,8).
Comparaison des indices démographiques entre la
Guadeloupe, la Dominique et les Îles Vierges américaines
(1990-1998)
Territoires Taux de natalité ‰ Taux de mortalité ‰ Accroissement
(1999) (1999) naturel (%)
GUADELOUPE 18,0 5,8 1,3
DOMINIQUE 22,0 6,0 0,1
ÎLES VIERGES
16 5,0 1,6%
(E. U)
Source : Emergences caraïbes
Variation du taux de natalité pour la Guadeloupe 2002 : 16,0 ; 2003 : 15,8 ;
2004 :16,2
Taux de natalité pour les Îles Vierges : 1990 : 18,2 ; 1995 : 16,8 ; 2002 : 14,4
49Tableau du niveau comparatif de richesses et de
développement dans quelques pays de la Caraïbe.
Crois. + 0.25 + 0.25 + 0.25 + 0.30 +0,66 - 0,25 + 0.30 + 0.30 + 0,662
de
51l’IDH
en
1997
IDH en 0,743 0,463 0,878 0,738
2002
1750 800 à 1750 à 5000 310 à 310 à 5000 à 14000 à 800 à PNB en
à 5000 1750 5000 à 14000 800 800 14000 26 980 17501999
PIB/ha
52
5553 3291 8610 18770 1698 354 17177 18512 2077($US)
en
2002
Nb. de
touristes
383 66 507 460 1774 142 773 592 2882(en
milliers
en 2002)
1298 78 269 389 11262 8223 437 111 8611 Pop. en
milliers
253 104 626 345 101 296 256 319 177 Densité
hab/km²
68/74 71/77 75/80 75/81 75/79 49/50 74/81 74/82 64/69 Esp. de
vie H/F
(année)
PNB par habitant en dollars US
Source: Division de la Population et Comtrade-Nations-Unies, CTO,
INSEE, Banque mondiale, Instituts nationaux de statistiques.

51 IDH : moyenne mondiale en 1997 : 0,662. * Assimilé à l’IDH de la France métropolitaine
52 PIB : Produit intérieur brut
50
Trinidad
Dominique
Barbade
Martinique*
Cuba
Haïti
Guadeloupe*
Îles Vierges
E.U*
Rép.
DominicaineLe tableau ci-dessus permet d’observer en termes de richesses, le niveau
d’équilibre atteint par certaines petites destinations touristiques très
recherchées comme les Îles Vierges américaines, la Guadeloupe et la
Martinique : les revenus font partie des plus élevés de la Caraïbe. Cet élément
tend également à démontrer que par rapport au nombre de visiteurs qui
arrivent dans ces pays, l’activité touristique constitue un facteur de
développement majeur qu’il faut à tout prix maintenir.
51Une histoire de la Caraïbe insulaire où domine
l’extraversion consubstantielle
La distance entre les îles, variant de 40 à 100 km environ dans la Petite
Caraïbe (les Petites Antilles), cela constitue à l’évidence un atout intéressant
en matière de distribution humaine. Durant la préhistoire de cette région
somme toute très jeune à l’échelle de l’humanité, les hommes qui y vivaient
pouvaient aller d’une île à l’autre assez facilement, la grande difficulté se
53situant entre la Grenade et Trinidad à cause du courant Nord- Équatorial
(140 Km de distance à parcourir).
La Caraïbe fit partie du Nouveau monde, lorsque les Européens l’ont
54découverte en 1492 (Christophe Colomb) . Cette « naissance » fut d’ailleurs
l’occasion d’un début de traumatisme, un drame issu de la rencontre entre les
Européens et les Amérindiens, qui s’est matérialisé par des évènements
mémorables dont quelques-uns parmi les plus significatifs sont constitués par
la disparition des populations autochtones amérindiennes (Caraïbes,
55 56Arawaks) , surtout par la Traite des Noirs et l’esclavage.
Néanmoins, ne nous trompons pas de période, le peuplement de l’archipel
antillais demeure fort ancien : dans les Grandes Antilles notamment, il est
antérieur de plusieurs millénaires à l’Ère chrétienne. En République
dominicaine ont été découverts des sites dont le peuplement remonte à plus de
4000 ans avant Jésus-Christ. Il en est de même en Guadeloupe où les
archéologues ont daté des villages amérindiens de plus de 3000 ans avant
Jésus-Christ.
Le peuplement originel s’est effectué à la suite d’une série de migrations
qui ont eu pour point de départ l’Amérique du Sud, les Guyanes. Ces
migrations ne sont que secondaires par rapport à la grande migration qui, au
cours de plusieurs millénaires antérieurs à l’ère chrétienne, a conduit des
groupes d’origine mongoloïde, du nord-est de la Sibérie jusqu’aux extrémités
les plus méridionales de l’Amérique du sud en passant par le Détroit de Béring
situé dans le Nord-ouest canadien.
Le type physique des survivants des Arawaks ou des Caraïbes ou Kalinas
laisse peu de doute quant à cette lointaine origine mongoloïde. Des migrations
maritimes, par le Pacifique ne sont pas à exclure mais leur importance fut sans
doute minime.

53 Courant marin de dérive chaud.
54 Navigareur génois, découvreur de l’Amérique, le Nouveau Monde le 4 novembre 1492 au
nom de leurs majestés Reine et Roi d’Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon.
55 Amérindiens des Antilles.
56 Commerce d’esclaves originaires d’Afrique.
5357D’après J. Adélaïde Merlande ainsi que de nombreux autres historiens et
chercheurs, les premières populations identifiables de l’archipel ont été
qualifiées de « Pré-céramiques ». Elles ignoraient en effet la poterie et
vivaient de chasse et surtout de pêche. Des traces de leur présence ont pu être
relevées dans plusieurs îles ou archipels (à Trinidad, entre 5000 ans avant J.C.
58et l’ère chrétienne, à la Martinique - à la Savane des pétrifications - des
vestiges datant de 4000 ans avant J.C. etc.).
A la Guadeloupe, quoi que jusqu’à ce jour aucun site précéramique bien
caractérisé n’ait été décelé, la découverte de certains objets en pierre
travaillée, trouvés à l’intérieur des terres en Basse-Terre, à Marie-Galante et
en Grande-Terre, laisse fortement supposer un peuplement ancien de ces îles
èmepar la première migration (voir conclusions du 6 congrès d’Archéologie
59précolombienne). Les Pré-céramiques sont présentes dans les Îles Vierges
vers 500 av.J.C.
Ces populations que les Espagnols ont clairement identifiées au moment de
leur implantation dans les Grandes Antilles (fin XVe – début XVIe siècle),
60furent désignées sous le nom générique de Ciboneys , les « hommes de
pierre » dans le langage des Taïno.
Au cours de l’histoire de la région, la piraterie et la Course sont venues, par
la suite au XVIIe- XVIIIe siècle, conforter l’image d’un espace enjeu où
désormais les Européens s’affrontaient entre eux, dans le but de s’approprier
des territoires ainsi que l’or et l’argent de l’Amérique.
61 62On entend souvent parler des boucaniers et des flibustiers , et l’on sait
qu’ils avaient un de leurs principaux repaires à l’île de la Tortue au nord de
Saint-Domingue et d’Haïti (Hispaniola), mais aussi qu’ils fréquentaient Port-
Royal ou Saint-Thomas. On peut lire à ce sujet un certain nombre
63d’informations dans Oexmelin « la prise de Panama » ou « la traversée de la
grande forêt amazonienne du Pérou à l’Atlantique ». A Saint-Thomas, dans
les îles Vierges américaines, on peut encore visiter les Châteaux des fameux
64pirates Barbe bleue et Barbe noire qui abritent aujourd’hui de célèbres

57 Historien guadeloupéen.
58 Espace naturel situé dans le sud de la Martinique.
59 Se dit de cultures qui n’ont pas l’usage de la céramique, la poterie. Période correspondant
à l’occupation de la Caraïbe par des groupes de chasseurs collecteurs nomades qui, arrivés par
petits groupes du Venezuela via Trinidad, remontent vers le nord de l’archipel des Petites
Antilles.
60 Taïno ou Arawaks de Puerto Rico et des Îles Vierges.
61 Voir glossaire.
62 Pirates de la mer des Antilles aux XVIIe et XVIIIe siècles
63 L’un des premiers colons installés dans le Nouveau monde.
64 Célèbre pirate des Caraïbes.
54résidences hôtelières très prisées des gens fortunés (endroits privilégiés pour
65les lunes de miel). A la Jamaïque existent les vestiges du célèbre Port-Royal .
Par conséquent, nous constatons que des décideurs et des peuples venus
d’ailleurs (Européens, Asiatiques, Africains) ont façonné à travers le
métissage un des plus extraordinaires kaléidoscopes humains dans cet espace
exigu. Notons toutefois qu’au-delà de tout ce qui peut constituer le reste, un
élément important mérite d’être signalé: il est incontestable que la population
actuelle de la Caraïbe a été amenée sur place. S’agissant des origines
ethniques dans le Bassin caribéen, il est assez aisé de se rendre compte dans
cet univers en miniature, ce microcosme insulaire où s’est opérée une synthèse
de peuplement qui a abouti à un échantillonnage de peuples mêlés, que toutes
les pigmentations se rencontrent dans la population.
Mais, revenons encore une fois sur les populations Taïno ou Arawak.
Nous l’avons en quelque sorte déjà dit, de toute évidence le peuplement
amérindien remonte à la préhistoire ou encore à une Histoire de la Caraïbe où
66l’on distinguait ceux qui étaient les continentaux (Garifunas du Belize et du
67Guatemala) des insulaires (Arawak ou Taïno de Puerto Rico et de Saint
Domingue, Kalina ou Caraïbes des Petites Antilles).
Les premiers nommés ont accédé à l’arc antillais à pied sec par le Golfe de
Paria pour habiter les îles de Trinidad et Tobago, puis ont remonté vers le nord
des Grandes Antilles (Puerto Rico, île d’Hispaniola, une partie de Cuba, et
dans les Bahamas, la Floride).
Leurs migrations, le long de l’archipel antillais, ont laissé de nombreux
vestiges archéologiques qui portent à croire que certains noyaux de population
arawak auraient subsisté dans les Petites Antilles : ainsi, pour le peuplement
de Trinidad est pour l’essentiel arawak.
Parallèlement, les Caraïbes ou Kalina (dont les derniers représentants sont
installés actuellement dans les réserves de Dominique et de Saint-Vincent),
sont arrivés aux Petites Antilles juste avant les Européens en suivant
probablement un autre chemin (dans la réalité, certains chercheurs attestent
toutefois d’une arrivée antérieure de plusieurs siècles à celle des Européens).
Une relation attribuée aujourd’hui à un missionnaire jésuite, le Père Le
68Breton (à ne pas confondre avec le Père Breton ) fut rédigée dès le début du
XVIIe siècle sur ce sujet.
Les Caraïbes peuplaient les Petites Antilles, jusqu’à hauteur de Sainte-
Croix dans les Îles Vierges (on retiendra, cependant, qu’ils n’étaient pas

65 Port de la Jamaïque célèbre repaire de la flibuste au XVIe-XVIIe.
66 Nom des Caraïbes noirs originaires de Saint-Vincent.
67 Signifie les Nobles. Nom donné aux habitants des Bahamas et des Grandes Antilles à
l’époque de la découverte (1492).
68 Chroniqueur du XVIIe siècle qui a été l’un des premiers à signaler la présence de roches
gravées à l’embouchure de la rivière Carbet à Capesterre-Belle-Eau en Guadeloupe.
55présents à Saint-John). Ils étaient venus, comme les Taïno, d’Amérique du
sud. Les données archéologiques paraissent indiquer que les migrations
(d’une île à l’autre ou du continent vers telle ou telle île de l’archipel des
Antilles) se sont succédées à un rythme plus rapide aux alentours de l’an 1000.
Le Père Breton rapporte qu’une migration sous la conduite de Kallinago (le
« premier père ») un héros éponyme qui donna son nom au groupe, les aurait
69conduits de la terre ferme à la Dominique. Comme les Arawaks, les Kalina
utilisaient essentiellement un outillage de pierre polie.
Le terme Caraïbe n’a pas, comme on le pense souvent, de signification
ethnique ; il signifierait plutôt « homme redoutable ». L’Histoire montre que
les Caraïbes apparaissent comme des sortes de prêtres, dotés de pouvoirs
extraordinaires. Le Père Breton a bien précisé qu’à l’époque, le terme de
Caraïbe est utilisé par les Européens et non par les indigènes. Les Espagnols
ont entendu le terme Caniba, dont on fit par la suite cannibale, devenu
synonyme d’anthropophage (pour des raisons discutables).
Connues d’après des documents partiaux (voire dans le cas de la société
Kalina le plus souvent postérieurs de plus d’un siècle aux premiers contacts),
les sociétés amérindiennes des Antilles vont disparaître d’un archipel qu’elles
peuplaient depuis plusieurs siècles. Leur niveau technologique, leur
organisation, leur conception du monde les préparaient mal à résister aux
nouveaux venus qu’ils croyaient, en ce qui concerne les Taïno, « arrivés du
ciel ». Suite au contact, il y s’ensuit les conséquences néfastes du choc
biologique.
La période allant de la « Découverte » du Nouveau monde à la colonisation
correspond à la fin des Taïno (entre 1492 et 1519 !). Les Européens (surtout
eles Espagnols), implantés en tant que colons depuis le 15 siècle dans les
Grandes Antilles délaissent l’occupation permanente des Petites Antilles pour
70s’intéresser au continent sud américain (voir le débarquement de Cortès au
Mexique). Toutefois, après la « Découverte », ils ont réellement contribué à la
mise en valeur de l’espace par la colonisation, supplantant les indigènes
amérindiens qui devinrent au fil du temps minoritaires, puis disparurent.
On conclut donc qu’à la suite de la « Découverte », l’archipel antillais
passe de la pré-histoire à l’histoire au prix de la disparition de la majorité de la
population indigène.
En s’implantant dans les Grandes Antilles, les colonisateurs espagnols
fixent le destin ultérieur de l’archipel : ils laissent un vide dans la partie sud où

69 Terme contemporain à Christophe Colomb et aux premiers chroniqueurs, désignant les
populations des Grandes Antilles par le vocable d’«Indien » car on croit être au voisinage de
l’Asie, communément appelée les Indes à l’époque.
70 Conquistadore espagnol du XVIe siècle.
56viendront s’implanter d’autres puissances européennes (France, Hollande,
Angleterre).
L’origine africaine des populations est justement à mettre en corrélation
avec l’assujettissement du continent africain par les Européens. Les Noirs
constituent le courant de migration le plus intense à cause du commerce du
71Bois d’ébène .
72Bases avancées du commerce triangulaire par contraction de l’espace-temps,
des liens inégalitaires se sont affirmés dans la Caraïbe au profit d’un extérieur
en position de force. Les esclaves noirs venaient d’Afrique (essentiellement du
golfe de Guinée : de l’île de Gorée située au large du Sénégal, de la
Sénégambie, de la Côte de l’Ivoire). Ils étaient amenés pour travailler sur les
plantations ou habitations-sucreries, celles-là mêmes qui sont aujourd’hui
devenues des supports de visites dans le cadre de l’écotourisme (ironie du sort
dira-t-on !). Serait-ce là le signe d’une profonde mutation actuelle ou la
réminiscence du passé ?
A l’époque de cette première colonisation, il fallait trouver une main-
d’œuvre abondante et bon marché qu’alimentait le commerce triangulaire en
échange de pacotilles laissées aux chasseurs d’esclaves et aux chefs des
villages.
Dans le monde, on connaît à l’heure actuelle la portée et la passion qui
entourent des débats suscités par les historiens et les politiciens à propos des
réparations dues à l’esclavage des Noirs. Si la question est très à l’ordre du
jour en France et dans les DFA (commémoration annuelle dans l’Hexagone le
10 mai), mise en place d’un Comité de personnalités chargées de maintenir
vive cette mémoire, dédommagement ou compensation, voire même
réparation, etc.), on peut s’interroger sur les réactions des autres États de la
Caraïbe sur un tel sujet.
En tous cas, il semblerait que cela varie beaucoup d’un pays à l’autre :
erSainte-Lucie a décidé que le 1 août sera désormais retenu comme jour férié
et chômé. La Barbade et la Jamaïque ont mis en place une commission
73chargée de la réparation de l’esclavage en tant que Crime contre l’Humanité .
Après la période des abolitions de l’esclavage, l’immigration indienne
réglementée constitua un apport important pour sauver l’économie de
plantation.
L’indianité est désormais en bonne place en Guadeloupe, constituant ainsi
un pan important des valeurs culturelles que l’on montre aux touristes.

71 Nom donné à l’esclave africain par rapport à la couleur noire de sa peau.
72 Trafic maritime dans l’océan Atlantique basé sur des échanges entre les trois continents
Europe, Afrique, Amérique. Ce commerce consistait dans le troc de pacotilles d’Europe en
Afrique en échange d’esclaves noirs qui étaient vendus en Amérique. Les bateaux rentraient en
Europe chargés de produits tropicaux (sucre, café, tabac, épices).
73 Crime contre l’Humanité.
5774Rappelons qu’autrefois les Indiens ou Coolies étaient largement rejetés part
une frange importante de la population noire des Antilles.
Dans certains États de la Caraïbe comme Trinidad, ils forment depuis des
décennies déjà une élite intellectuelle, politique ou financière incontournable.
Signalons enfin, qu’à l’instar de l’archipel des Saintes en Guadeloupe, de
nombreuses régions du bassin caribéen ont reçu des populations d’origine
asiatique (des Chinois, Viet-namiens, Japonais, Indonésiens). Après
l’abolition de l’esclavage en 1848, La Guadeloupe a même accueilli des
contingents de travailleurs Madériens, des Nègres originaires du Congo, ainsi
que des Alsaciens et des immigrés du Bas-Rhin.
Les seuls à ne pas être venus pour l’exploitation de la canne à sucre sont
les Syro-Libanais, à partir de la décennie 1860 (sous le Second Empire).
Cependant, à cause de leur grande propension pour la pratique du commerce
(le colportage), ils en ont largement bénéficiée durant tout le XXe siècle, au
même titre que les Italiens et les Juifs.
Parallèlement, on peut dire, qu’en moins d’un siècle, les plantes et animaux
eux aussi venus d’ailleurs ont fait irruption et colonisé cet espace nouveau,
contribuant ainsi à sa mise en valeur. Nous retiendrons en priorité les plus
connues du monde végétal, qui ont servi de support à l’économie de
plantation (café, coton, cacao, canne à sucre, cocotier, arbre à pain, banane,
cannelle, muscade, poivre, gingembre et autres épices très appréciées,…).
Les plantations esclavagistes ont structuré l’espace par leur taille (100 à
200 hectares en moyenne) ; elles continuent à le faire aujourd’hui encore dans
le cadre du tourisme durable (bien qu’elles soient devenues plus petites par la
taille). Celles-ci s’opposaient jadis aux tenures vivrières périphériques par
leurs paysages, leurs modes d’exploitation, leur technicité et leur force de
cohésion sociale.
Aujourd’hui, nombre d’entre elles laissées en désuétude constituent un
complément dans les différents projets écotouristiques de la Guadeloupe, de
Saint-John ou de la Dominique, comme nous le verrons par la suite dans les
différentes études de cas.

74 Travailleurs considérés comme des forçats en Asie.
58Les contraintes liées à l’exiguïté de l’espace caribéen pour
la pratique de l’écotourisme (figures n° 1: cartes n° 1 et 2)
Il convient de souligner dans ce passage le constat alarmant établi sur une
limite supplémentaire au développement trop poussé des îles de l’archipel
caribéen en matière de tourisme. Nous avons déjà eu l’occasion auparavant,
d’insister sur le contexte géographique de la Caraïbe qui s’avère tout de même
très succinct. Rappelons que les terres émergées dont il est question ici sont
dispersées au sein d’une matrice commune : l’océan Atlantique.
Si l’on excepte Cuba, Hispaniola, la Jamaïque ainsi que Trinidad &
Tobago qui couvrent une superficie de l’ordre de 150.000 km² (Cuba 110.860
Km²), l’ensemble abrite une population totale de plus de 30 millions
d’habitants correspondant à toutes les Antilles.
L’archipel est essentiellement caractérisé par la présence de petits espaces
insulaires, voire d’îlots ou de récifs coralliens de dimensions très réduites, qui
sont quelquefois inhabités ou peu fréquentés.
Ajoutons que l’influence océanique joue un rôle primordial aux abords et à
l’intérieur de ces ensembles insulaires où les habitants gardent une relation
très étroite avec le milieu marin. Les conflits d’utilisation des espaces côtiers
sont, quant à eux très nombreux, apportant une justification certaine ou une
confirmation à cette primauté de la mer.
Cependant, il est aussi prouvé qu’ils génèrent une altération générale du
système qui menace les apports alimentaires de complément par pêche pour
les populations à faibles revenus (nous reviendrons sur cet aspect très
important dans l’étude plus ciblée des unités insulaires).
La valorisation économique des paysages dans le cadre du maintien de la
75biodiversité , notamment pour une évolution de l’écotourisme, ainsi que la
préservation du cadre de vie et des cultures traditionnelles à destination des
populations insulaires très dépendantes des milieux marins, constituent autant
de supports de projets basés sur le pragmatisme, d’expériences réalistes ou de
réalisations synonymes d’espoirs pour les sociétés qui se tournent résolument
vers le tourisme.
En revanche, on ne peut réellement différencier les écosystèmes dans ces
milieux ténus et tellement proches les uns des autres. Toutefois à leur sujet, à
travers notre approche explicative, nous tentons de nuancer quelque peu en
évoquant ce qui fait vraiment la différence entre eux et qui y attire les
nombreux touristes.

75 La notion de biodiversité est largement utilisée dans les média, par le public. On assiste
du même coup à un appauvrissement de la biodiversité. Sa préservation est désormais un enjeu
majeur reconnu et partagé (causes avérées anthropiques ou non).
59Enfin, rappelons que la pression foncière sur certains territoires dans ces
îles constitue un obstacle majeur d’avancée autant qu’un frein à la mise en
œuvre de certains projets touristiques basés sur la nature.
On sait également, à cause de l’évolution des goûts, de la mode et des
mentalités, que le tourisme littoral commence à poser quelques sérieux
problèmes en Guadeloupe, en tous cas difficiles à résoudre par rapport
justement aux hésitations des responsables à propos du problème des 50 pas
76géométriques .
En effet, dans cet archipel auquel nous consacrons une grande partie de
notre ouvrage, plus de 6000 habitations sont construites en toute illégalité sur
cette portion de propriété de l’État, sans aucune véritable prise de décision à
caractère définitif de la part des responsables.
Au moment où nous avons commencé à rédiger ce livre, seuls quelques
640 dossiers avaient été déposés à la commission de validation des titres) !
Donc, à l’évidence les occupants du littoral constituent indéniablement une
population qui, pour le moment reste en sursis par rapport au statut juridique
du foncier.
Nous insistons vraiment sur le manque de dynamisme manifesté ou encore
le peu d’esprit de décision de la part de certaines collectivités qui ne tiennent
pas toujours compte de l’ignorance en la matière des populations concernées,
de leur isolement ou de l’insuffisance de l’information qui viserait à apporter
quelques améliorations à l’existant.
Depuis janvier 2001, la commission ad’hoc n’accepte plus de dossiers de
validation parce que la loi de 1996 stipulait que les personnes avaient deux
années pour se mettre en règle. A terme, c’est l’expulsion et la démolition des
constructions qui guettent les occupants, c'est-à-dire ceux qui justement ne
régularisent pas leur situation. Une campagne de sensibilisation invitant ces
mêmes personnes à régulariser a été lancée sur les ondes et dans la presse
écrite, au mois d’octobre 2002 : ses effets restent peu connus à ce jour.
Pour ce qui concerne les territoires français dans leur ensemble (y compris
les DFA), face à l’effritement touristique du littoral, l’AFIT propose un plan
d’action en trois points :
- L’amélioration de la connaissance de l’économie touristique du littoral
et l’aide à la mise en place de politiques touristiques issues de
démarches marketing ;
- une contribution à l’organisation des stations touristiques du littoral ;

76 Appelés également les « 50 pas du roi », se situent sur une bande de 81,20 mètres de large
délimitée à partir de la ligne atteinte par la mer lors des plus hautes marées et appartenant au
domaine privé de l’État. Sur cette bande, on installait autrefois les batteries et les poudrières
pour défendre le territoire.
60- une incitation à la création et à la commercialisation de produits
touristiques.
Tout ceci ne peut véritablement s’inscrire dans la durée que si l’on tient
compte des mises en garde faites par des spécialistes tous domaines
confondus, qui sont conscients de la fragilité de ces environnements littoraux
de plus en plus chargés sur le plan de l’urbanisation. Cependant, on est
également en droit de se demander à qui profitera la campagne de démolition
évoquée plus haut !
D’ailleurs, certaines formes de résistance restent encore d’actualité dans
l’île où, le plus souvent, on assiste à des procédures d’expulsion à deux
vitesses ! Certains particuliers qui développent une activité écotouristique sur
les zones littorales se voient signifier une mise en demeure de quitter les lieux
ou même quelques fois, assistent impuissants à la démolition de leurs locaux
(comme cela s’est passé dans la région de Vieux-Bourg Morne-à-l’eau pour
une société de pratique de pédalos de mer), alors même que des hôtels ou
résidences hôtelières continuent de s’implanter sur le littoral sud de la Grande-
Terre sans titre de propriété, ou encore régulièrement ces constructions privent
purement et simplement d’accès à la mer les habitants de l’île et les visiteurs
qui sont logés ailleurs.
De plus, nous ajouterons que les récents cataclysmes (ouragans, séismes et
inondations) qui n’ont pas épargné nos îles sont venus brutalement rappeler à
chacun ses responsabilités en la matière. Parallèlement, la limitation de
l’espace dans les îles des Petites Antilles a souvent encouragé le
développement de toutes les formes de tourisme ou d’écotourisme rencontrées
à travers le monde et que nous signalons dans notre ouvrage sans ordre
graduel d’exigence, néanmoins qui trouvent une forme d’adaptation par
rapport aux motivations de tout un chacun.
Par ailleurs, au quotidien quelques menus problèmes surgissent également
ça et là dans l’intérieur de ces îles, surtout en Guadeloupe encore une fois: par
exemple en 2004, le problème de l’accès au Saut de la Lézarde (dans la
commune de Petit- Bourg) devenu désormais payant a soulevé une polémique
77autour du droit de servitude sur le site.
En effet, comme on a souvent eu l’occasion de le constater sur le terrain,
beaucoup de lieux visités par les touristes se situent sur des terres privées dont
les propriétaires n’ont pas accordé préalablement l’autorisation de passage ou
de visite. Ou encore, lorsqu’ils l’ont donnée, ils attendent en retour un
paiement alors que les tour-opérateurs n’ont pas jugé utile d’informer les
touristes des dernières évolutions et de ce qui les attend sur place (surtout en

77 Droit de servitude : article 182 du code de propriété.
61les prévenant que les gens attendent de l’argent pour vivre de la part des
touristes).
En fin de compte, on retient que les termes génériques proposés pour
définir l’écotourisme dans la Caraïbe sont bien ceux adoptés communément
mais qui ne font pas encore l’objet de dénominations définitives.
Ceux-ci privilégient les concepts suivants:
1) de tourisme de nature : sensibilisation simple aux préceptes de base (voir
les campagnes de publicité faites par les responsables des DOM au Salon
de la randonnée en 2005 en France hexagonale ou encore au salon Top
Resa),
2) De tourisme responsable : les notions de citoyenneté et de responsabilité
sont mises en avant à tous les niveaux, à la fois pour le visiteur et l’hôte.
En tout état de cause, nous sommes à l’heure où chacun soutient que
l’écotourisme prend en compte l’espace dans sa globalité par le biais de la
biodiversité. Il est vrai que, même si certains repartent après leurs vacances
sans découvrir les véritables problèmes de la Guadeloupe, de Saint-John ou de
la Dominique, la majorité des touristes continuent à y venir parce que c’est la
tendance, la mode et par rapport aux tarifs compétitifs qui sont proposés. Il
s’agit, avant tout pour ces vacanciers, de connaître la réalité des ressources
culturelles « mortes » mais aussi celles qui sont actuelles dans nos îles. C’est
sans doute également pour eux, une manière de toucher du doigt les problèmes
économiques, sociaux et culturels des îles de l’archipel caribéen où justement
la monoactivité des îliens, comme tout un chacun l’imagine bien, est toujours
dangereuse suscitant une certaine fragilité de l’économie dans ces territoires.
Donc, on l’a bien compris, l’intérêt primordial pour le Caribéen consiste à
saisir toutes les opportunités offertes par le tourisme, et c’est bien là où se
situe pour lui le problème majeur (car il y en a trop d’un seul coup et il reste
très peu habitué à réagir aux changements de situations). Bien entendu, à
travers les différents exemples que nous traitons dans notre ouvrage (tout en
étant quelque peu provocateur), nous essayons de démontrer que
l’écotourisme à petite échelle, tel qu’il est déjà proposé aujourd’hui dans
certaines destinations, conviendrait davantage en tant que secteur lucratif,
dans le cas de l’espace littoral micro insulaire global de la Caraïbe.
Il est vrai que ce qui vient d’être démontré, tendrait plutôt à justifier la
littoralisation et la maritimisation des activités dans les îles de l’archipel
caribéen (ou encore à conforter le phénomène là où il existe déjà). Comme
pendant, on retiendra enfin que les signatures du tourisme littoral à la
62Guadeloupe et à Saint-John sont généralement beaucoup plus marquées dans
les paysages qu’elles ne le sont à la Dominique.
Toujours est-il qu’afin d’illustrer le phénomène et pour être encore plus
concret dans nos propos criblant la localisation des activités ou des
aménagements liés au tourisme insulaire, l’un des exemples que nous nous
proposons de porter à l’attention de nos lecteurs insiste sur la taille réduite de
la piste d’atterrissage de la Dominique.
En effet, cette petite piste doit son existence sur le littoral au manque de
terrain plat dans l’intérieur de l’île. Malgré tout, c’est bien elle qui a contribué
à la croissance lente du tourisme à l’intérieur de cette unité insulaire, et bien
au-delà, elle a encouragé le développement de niches de marché
écotouristique, davantage que le tourisme 3 S (dit balnéaire).
L’autre aéroport de la Dominique, celui de Melville Hall situé au nord-est
sur la façade atlantique, légèrement en retrait du littoral, se trouve assez
éloigné de Roseau (la capitale), ainsi que des autres centres d’intérêt de l’île.
A cause du retard pris dans le domaine du tourisme de masse, l’affluence par
voie aérienne se fait donc attendre pour le moment dans l’île mais l’activité
progresse peu à peu, conservant toujours son lieu privilégié d’accueil en
bordure de mer.
Soulignons que la France et le Venezuela ont consenti un prêt important à
la Dominique pour la réalisation d’une route reliant les deux aéroports de l’île
(Canefield et Melville Hall). Est-ce désormais la bonne solution à poursuivre
pour éviter les effets ravageurs du tourisme de masse dans cette île?
Quant à Saint-John, on sait qu’elle ne reçoit que très peu de touristes par
air (en pourcentage) à cause sans doute de sa proximité et de sa
complémentarité touristique avec Saint-Thomas et Saint- Croix. La plupart des
visiteurs s’y rendent en bateaux de plaisance (voiliers, bateaux à moteur ou
ferries), par hydravion, hélicoptère (mais ne nous trompons pas sur ce
chapitre : ce sont ceux qui disposent des moyens financiers les plus
confortables qui utilisent ce type de transports).
Il n’existe pas non plus d’aéroport de grande envergure dans cette petite île
plutôt montagneuse, tandis que sur le littoral les meilleurs sites balnéaires
régulièrement envahis par les touristes sont payants, ce qui justifie
parfaitement l’orientation écotouristique prise par l’île et le niveau élevé du
respect des sites. On sait aussi que les touristes originaires des États-Unis, et
d’une manière générale ceux qui proviennent d’Amérique du nord,
78privilégient comme mode d’hébergement le camping ou les lodges et que
Saint-John dispose d’excellents terrains de camping pour les accueillir sur le

78 Appartements d’un bon standing.
63littoral. Ceci explique parfaitement l’option choisie : laisser le littoral libre
d’accès et préserver l’environnement marin.
Concernant l’archipel guadeloupéen, nous nous référerons au petit
aérodrome de Saint-Barthelémy pour démontrer le rôle décisif de ce type de
structure dans le domaine touristique. En effet, cette minuscule piste située à
300 mètres d’altitude en bordure de mer, demeure l’une des plus difficiles
d’accès dans la région des Petites Antilles. Pourtant, c’est bien par elle que
l’essentiel de la vague de touristes nantis arrive dans cette île qui est
désormais devenue le havre de paix des acteurs de cinéma, des personnalités
du monde du spectacle ou des « people » (Jonhy Halliday, Michel Blanc, etc.).
64Chapitre III- Tourisme et écotourisme dans la
Caraïbe, convergences ou dissymétries ?
La clarification du concept d’écotourisme caribéen et
antillais
L’on se rend parfaitement compte, en observant les pratiques touristiques
dans la Caraïbe, que la définition de l’écotourisme varie en fonction du pays.
Autrefois « tourisme vert », puis « tourisme de nature » ou « écotourisme » en
fonction des modes idéologiques du moment, cette pratique demeure bien mal
cernée. Pourtant, un écotourisme bien maîtrisé pourrait constituer un puissant
facteur de développement et d’amélioration du bien-être des populations
locales dans la Caraïbe.
Si l'on se réfère à certains documents des parcs nationaux, l'écotourisme
n'est pas seulement le tourisme nature (autrement dit, bronzer idiot), c'est un
tourisme qui inclut à la fois la responsabilité de l'hôte et du visiteur. Il
constitue l’un des secteurs les plus dynamiques du marché mondial du
tourisme, requérant ainsi une protection particulière de l'habitat naturel et de la
vie sauvage, adossé à un impératif en matière d’éco développement.
L’une des caractéristiques particulièrement intéressantes de l'écotourisme
est symbolisée par la faible exigence en matière d'infrastructures pour son
commencement et son fonctionnement, à la différence du tourisme
traditionnel. Donc, il est vrai qu’il génère très peu d’investissements lourds, et
c’est beaucoup mieux ainsi dans la conjoncture de crise actuelle qui nous
touche.
A l’heure où les pays de la Caraïbe s’ouvrent en tentant plus ou moins de
se regrouper, où la CARICOM semble vouloir se démarquer de la tutelle des
États-Unis, il nous faut nous interroger sur la stratégie de développement qui
est mise en place en matière de tourisme durable dans les îles des Petites
Antilles. Pour ces unités territoriales de l’archipel, à partir de l’écotourisme
l’objectif à atteindre à long terme correspondrait à une intégration qui revêt
trois formes :
- économique, ce qui signifie une redistribution des richesses mondiales ;
- sociale : c'est-à-dire la rencontre des peuples ;
- culturelle : la découverte de cultures différentes de la leur et le partage des
connaissances de la part des touristes.
65En conséquence, les enjeux contemporains du tourisme et de l’écotourisme
revêtent une importance capitale pour la Caraïbe. L’écotourisme s’affirme de
plus en plus en tant que base d’un défi stimulant pour les opérateurs
touristiques qui visent l’appropriation d’un nouveau marché. C’est aussi une
alternative essentielle, dans les démarches de développement durable à partir
du tourisme global de chacune des unités insulaires des Petites Antilles.
L’écotourisme correspond aussi à une dynamique, une méthode, un modèle
de développement axé sur la compatibilité entre tourisme et préservation de
l’environnement. Aujourd’hui, on peut attester que c’est un modèle opératoire
qui répond aux exigences du plan marketing visant à mettre l’accent sur la
mission de développement pour la destination Antilles. Ainsi, se définit-il en
termes d’objectifs, de stratégie basée sur la vente d’un produit de découverte
et de loisir symbolisé par l’unité insulaire antillaise. Pour être complet, nous
soulignons avec force que les enjeux de l’écotourisme à moyen terme visent à
un rapprochement des unités insulaires caribéennes entre elles dans une
démarche de coopération régionale (que l’on peut qualifier de louable).
Toutes les subtilités des stratégies de regroupement annoncées comme
efficaces dans la Caraïbe se révèlent très appréciables, voire nécessaires au
demeurant. Elles méritent un tant soit peu du soutien pour une impulsion
sérieuse, ne serait-ce qu’au regard des données statistiques que fournissent les
prévisions les plus optimistes à ce sujet. Justement, selon les prévisionnistes
de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), la Caraïbe devait bénéficier
d’un flux touristique qui pourrait s’accroître et passer de 19 millions en l’an
2000, à 30 millions en 2010, soit un accroissement de près de 60 % pour la
période 1999-2000, et de 160 % pour la période 1992-2000 !
Selon ces mêmes prévisionnistes, le tourisme culturel se développera plus
vite que les autres formes en vogue et la demande s’orientera beaucoup plus
vers les produits nouveaux que nous évoquerons dans le cadre particulier de
chaque île. Précisons que ces dernières trouvailles seront surtout l’apanage du
tourisme culturel et de la préservation de l’environnement. C'est donc un e appelé à être très diffus dans le tissu local, conscient de son impact à
la fois éducatif et convivial, qui sera à l’ordre du jour dans l’avenir.
Donc, c’est bien de l’écotourisme dont il s’agit, à l’évocation de cette
forme d’activité. Peut-il en être autrement, alors même qu’un véritable cri
d’alarme s’élève par rapport aux dangers qui menacent la planète. Cette
nouvelle orientation de la demande touristique internationale, lorsqu’elle sera
sérieusement prise en compte, avantagera sans doute les pays en voie de
développement qui disposent d’un important patrimoine culturel, historique ou
66environnemental assez conséquent par la taille et le nombre de ses éléments
constitutifs mais quasi intact (la Dominique en principe fait partie de ceux-là).
Les pays de la Caraïbe et, par voie de conséquence, ceux qui forment les
Antilles micro insulaires, devront inexorablement procéder à une redéfinition
de leur stratégie d’offre touristique par rapport à la forte demande qui
manifestement sera exprimée. Sans vouloir jouer au prophète, disons que ceux
qui ne le feront pas dans un avenir très proche, subiront les conséquences
désagréables et néfastes des mutations de la clientèle internationale. On voit
bien que la démarche de coopération régionale dans le domaine touristique
constitue donc une réponse aux différents freins et barrages qui s’entrecroisent
dans la région Caraïbe. Il convient de multiplier les échanges et actions de
rencontre ou de découverte en direction des îles qui sont voisines et si
différentes les unes des autres. En substance, c’est bien ce qui se fait déjà entre
79la Guadeloupe et la Dominique (où de nombreuses chartes sont établies) .
Et puis, selon l’optique de la soutenabilité, le produit touristique doit être
élaboré et mis en place par les populations locales elles-mêmes, qui veillent
ainsi à valoriser les patrimoines locaux. L'écotourisme offre ainsi un nombre
d'avantages importants, tandis que dans le même temps il génère un impact
assez insignifiant sur l'environnement et la culture (il faut tout de même rester
vigilant). Il crée des bénéfices et des emplois dont les retombées financières
doivent être injectées en priorité dans l'économie locale.
Dans certaines parties de la Grande-Terre (l’une des composantes de
l’archipel de la Guadeloupe), après les difficultés survenues dans le secteur
agricole et suite à la rigueur des sécheresses que l’on connaît régulièrement
pendant le carême depuis une dizaine d’années, l’eau des barrages de Léteil et
de Gachet (dans la commune de Port-Louis située au nord), qui revient pour
les utilisateurs à un coût beaucoup plus bas que l’eau courante, permet
d’alimenter les robinets de nombreux gîtes ruraux (elle est ainsi utilisée pour
les douches, les toilettes, les piscines, etc.).Est-on toujours dans la logique du
développement durable ? Il en est de même pour l’électricité solaire
subventionnée par le Conseil général de la Guadeloupe et les éoliennes qui ont
surgi de terre dans la partie nord-est de la Grande-terre et à la Désirade
(équipement dont le financement a été assuré en partie par l’Union
européenne).

79 Voir partie consacrée à la Dominique.
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