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Carnets d'un européen solidaire Tome 2

De
400 pages
Dans l'antre de la globalisation, l'Europe est condamnée à devenir fantôme, à moins qu'elle ne devienne l'Union des Etats solidaires dont l'esquisse se précise. L'auteur livre dans ce tome 2 quelques réflexions sur l'Europe en tâchant de se libérer des conditionnements que les institutions peuvent avoir sur nos grilles de lecture.
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&2345 657 829:;<57
-=42:<2>5 / / .5 =5<?52@ 65 4)%A9<5B<:75 0CA65 !CA7=:5A=5 / 1. 2. 3. Genèse des mythes Raison et mythes Articulation États — Entreprise Monde et mythes 0F6:9G2=9:CA7 / DH 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 IH 2.1 2.2 2.3 2.4 2.5 EH 3.1 3.2 3.3 3.4 3.5 .)58B<:75 65 4)@9CB:5 Financiarisation et développement — capitalisme cognitif Enjeux des réseaux Vie des métropoles — la Métropole Monde Profession artistes République des juges .5 3C@45?5<7585A9 657 2=9:?:9F7 Le cercle des étatsmajors L’occupation des espaces La productivité administrative La stratégie globale d’innovation Le global de l’intelligence .57 2==C8B2>A585A97 >FCBC4:9:J@57 Organisation de guerre Les enjeux économiques de la puissance l’intelligence en question La nonEurope provincialisante Relations internationales minières Les processus de gouvernement horssolK robotisés, informatisés 39 43 46 51 57 63 67 71 76 80 84 89 93 97 104 17 23 30 9 DE

LH 4.1 4.2 4.3 4.4 4.5

,5<7B5=9:?57 7C83<57 La science asservie L’écologie récupérée, hors l’homme, à son service Contreparties possibles Organisation du pouvoir, management libéralcapitalisme Conditionnement à la myopie *9CB<:785 / !4@3 65 .CA6<57 INLN 109 113 117 121 125 DIM !

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//

.2 8C3:4:729:CA 7@< O<CA9 65 >4C324:729:CA !CA7=:5A=5 //

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1. 2. 3.

L’éclosion des vérités Les contestationsmanifestationsconsternations Le cri étouffé politique 0F6:9G2=9:CA7 //

139 146 149

DH 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 1.6 IH 2.1 2.2 2.3 2.4 2.5 2.6

.57 =QC:R :8BC77:3457 65 7C=:F9F Production politique de technique et viceversa La parole du politique Indépendance du développement Effacer la mémoire du social Choisir l’emploi contre le social historique fiscal Santé et liberté .)QC885 5A=2<9F Bronx — Banlieue — Zone Paroxysme de la flexibilité Sécurité et changement — « change » management Progrès — conservation — déclin – #$%&'()*& &++&,% L’homosyndicalis La nouvelle offre d’emploi

161 165 169 173 177 181 185 189 193 196 200 203

6

EH 3.1 3.2 3.3 3.4 3.5 3.6 LH 4.1 4.2 4.3 4.4 4.5

.)F=CAC8:5 QC<7 65 42 7C=:F9F Travailleur monde Trahison — collaboration (ou résistance ?) Entreprise Empire versus coopérative solidaire Le solidaire des ONG et autres entreprises L’instrumentation du politique à deux faces Tous candidats à l’émigration '5 6CAA5< S 42 '=:5A=5 0CA65 Le financement de la main d’œuvre de recherche La production sélective de chercheurs Financezvous vousmêmes ou reconvertissezvous La relance économique par les projets de recherche ? Après l’énergie, l’eau et puis ? *9CB<:785 // .2 <F?C495 657 =CAA2:772A=57 02: INLN

209 212 217 221 224 228 233 236 240 243 247 IPE -..

///

.)2?;A585A9 65 4)*A:CA 657 -9297 7C4:62:<57 2?2A9 C@ 2B<;7 45 =CAO4:9 >4C324 !CA7=:5A=5 ///

IPM

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7.

Préférences communautaires de coopération Participation aux projets Monde : création et articulation des Unions des États solidaires Optimisation des efficacités dedansdehors ; les Unions des États solidaires Biodiversité — biopolitique diversifiée — cultures respectées et application à l’Union européenne Sécuriser la consommation ou sécuriser les hommes par sa maîtrise en solidaire Université réseau au centre de l’Union des États solidaires Nouvelle théorie de l’État dans la conception d’une Union des États solidaires

263 268 272 276 282 286 291

7

0F6:9G2=9:CA7 /// DH 1.1 1.2 1.3 1.4 IH 2.1 2.2 2.3 2.4 2.5 EH 3.1 3.2 3.3 3.4 3.5 LH 4.1 4.2 4.3 4.4 .):65A9:9F 7C4:62:<5 Les cycles de « l’Universel politique, économique, social » Démocraties de gestion publique et privée : retrouvées dans le solidaire L’intergénérationnel laïc et religieux solidaire Les desseins européens et mondiaux et l’identité solidaire .57 OC<=57 8C3:4:7F57 Remplacement des approches du Marché Monde par des approches Monde solidaire Changement de dimension : Erasmus Mundus revu et corrigé Solidaire dans l’ouverture et l’échange, enjeux politiques L’industriel s’invente micro, solidaire de l’homme La réingénierie sociétale du solidaire .)%@<CB5 <5=CA7:6F<F5 Bien être de souveraineté, en organisation solidaire Le temps long de l’élargissement solidaire Cohésion des cultures, principe de solidarité Expression solidaire dans l’Europe des sept régions Fonctionnement solidaire de l’organisation proposée ,4@<24:79:J@5 Globalisation pluraliste et solidaire Éthique universelle de l’Entreprise ou de l’État Service public mondial de l’information Gouvernance globale, à proscrire ou à encourager ? *9CB<:785 /// !CA79:9@2A95 5@<CBF5AA5 U V@:A INLN 299 303 304 314

321 324 328 331 335 339 342 349 354 357 362 366 370 374 ETD !/!

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La construction européenne suppose de dépasser la réponse à la question : que peutelle et doit apporter aux États membres et au monde ? Elle fournit l’opportunité de repenser la société pour qu’elle puisse offrir l’élan de participation suffisant aux populations. Chaque contribution à apporter à l’édifice doit susciter des interrogations spécifiques, mais aussi portant sur l’ensemble de l’architecture. Dans le Tome I des « Carnets d’un Européen solidaire », la perspective nous a permis de recenser les questionnements auxquels nous avions été soumis dans notre exercice professionnel et dans notre vie de citoyen, avide de curiosités et résolu à ne pas rester inactif. Les actions méditées (méditactions) ne couvrent pas exhaustivement les problématiques qui devraient concerner l’Europe mais recouvrent un spectre suffisant pour stimuler la conscience européenne des Européens et en premier lieu la nôtre. Nous avons regardé en face les évolutions et les organisations des forces dans le champ de « la gnose de l’Entreprise Monde », d’ailleurs en « crise » (Chapitre I), comme ne manquent pas de nous le rappeler les guerres économiques et militaires, en éruption locale ou systémique. Nous avons tenté, dans « l’être en mal de souveraineté » (Chapitre II), de comprendre et d’analyser la perte d’espérance des populations, leurs désillusionrésignationjouissance dans l’instant, non sans essayer d’identifier les actions qui peuvent y contribuer, en proposant même responsabilité oblige, des pistes de recherches de solutions pour en corriger les effets dans un contexte particulier et restreint (chapitre II). Dès ce stade, nous avons acquis la conviction que la construction européenne était subie et qu’elle ne permettait pas de corriger le déterminisme. Elle condamne à la globalisation en cours et pour y faire face, remobilise les velléités d’empire intra et extraeuropéen, en poursuite de postcolonisation européano centriste, voire occidentale. L’Europe, au travers des discours blairistes mis au goût du jour, n’est plus que marchés et instrument de conquête de ces marchés mondiaux dont la dimension permet d’être plus à même, directement sinon par l’entremise des institutions internationales révisées à l’occasion, d’entretenir le système en mutualisant les risques, « en réponse aux États en faillite, aux régions en perdition et aux nouvelles instabilités », sans oublier bien sûr les annulations de la dette des pays pauvres, en soutien du commerce mondial1. Le Traité de Lisbonne est alors admis suffisant pour les dix prochaines années sans nécessité de nouvelles réformes institutionnelles, les options « $0% » possibles concédées au RoyaumeUni, de pouvoir être hors des cadres de la justice, de l’immigration, de l’euro, de Schengen prouve s’il en est encore besoin, que l’Europe s’est liquéfiée dans les processus de globalisation. Par rapport aux volontés de
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Gordon Brown, 1*& 203$4& '$*5)67& 4&0% ,86*9&3 7&: ,8$:&:, Propos recueillis par Éric le Boucher, Arnaud Leparmentier et Marc Roche, Le Monde, 27 mars 2008

conquêtes perpétuées, il nous fallait réagir et proposer un tout autre modèle, car les perspectives démographiques de neuf milliards d’habitants qui satureront la planète en 2030 obligent que la terre, les biens matériels et immatériels soient accessibles à tous, non plus conquis, mais répartis. Stimuler les réussites des conquêtes, les rivalités, ne peut que conduire à la constitution de rentes, à des abus et gaspillages mettant en péril l’homme et son environnement. Nous avons alors vu émerger les contours d’espaces et reliefs d’espaces solidaires, les Unions des États solidaires avec l’Europe pour exemple. Le refus est clairement contre la conquêteasservissement économique. Le choix est celui du progrès de l’homme reprenant en main sa destinée. Le chapitre III du premier tome des « Carnets d’un Européen solidaire » a ainsi pour objet de montrer les bifurcations possibles de l’Europe avant qu’il ne soit trop tard, pour préserver les acquis de l’expérience. Mais il ne fallait pas sousestimer pour autant naïvement, les risques de récupération possible, d’autant que le pressentiment de malaise règne. Le péril de la montée des inégalités, retenue tant bien que mal par les encouragements au sacrifice émanant des nantis, devenus tout disposés à donner une deuxième chance, menace l’horizon d’une ou deux générations. Dès lors, la responsabilité oblige à comprendre plus avant les rouages et les mécanismes de l’intérieur et de se défaire de l’accoutumance aux méthodes de gouvernement actuel de l’Europe, en lien avec ses États membres. Il faut reconnaître que les citoyens ont été conviés à n’être que spectateurs de représentations qui se jouent sans eux, dans l’élaboration des directives et des programmes, avec pour décors le minimum de politiques. L’objet du second tome (Tome II) des « Carnets d’un Européen solidaire » est d’aider à être davantage dans la peau des personnages, de « l’intérieur » afin de cesser d’être instrumentalisés à notre insu, pour plus de participationadhésion ou de résistanceproposition. Les thèmes de méditation se structurent de la même façon que dans le premier tome, mais les chapitres se transforment. « La gnose de l’Entreprise Monde » oblige à scannerradiographier le « cerveau de l’Entreprise Monde » son émetteur (Chapitre I). Son efficacité et ses effets secondaires, dépresseurs ou psychostimulants, sur « l’être en mal de souveraineté », trouvent un terrain tout disposé à la « mobilisation sur front de globalisation » (Chapitre II). L’espérance en un monde meilleur reste néanmoins possible, « l’avènement de l’Union des États solidaires » (Chapitre III) devient raison et foi, en interaction avec l’homme, acteur au centre, responsable de son passé, mais enfin libéré pour son avenir. La conversion d’un monde à l’autre est fondamentale. La gouvernance de l’Entreprise Monde qui permet le règne des « Pilates » doit être abolie pour le règne de la véritésolidarité… La fiscalité, qui en est pour 10

partie l’expression avec le don, redevient affaire de justice et non plus invitation à l’évasion fiscale, pour la conquête de privilèges ou la corruption… Fini le recours inévitable aux discriminations positives, en refus de reconnaître l’égalité et la fraternité universelle ; les services publics redeviennent organisés pour réduire le risque, l’anxiété, l’angoisse, pour permettre de concevoir et de construire en solidaire et donc avec plus d’efficacité globale, sans rivalité, sans stress… Alors que le social avait été partout marchandisé pour moins d’États, plus d’individualisme, plus de concentration de l’accumulation des richesses, il est reconnu partie intégrale de l’avenir de la planète et de l’univers, de la durabilité et de la soutenabilité. Il ne disparaît pas sous couvert de flexibilité, employabilité, faible ou forte, première, seconde ou dernière chance… Pour être convaincu de l’évidence, il faut en référence à Pascal et d’autres scientifiques préoccupés de l’homme et de l’univers,2 dérouler simultanément deux démarches, indispensables mais interactives, celle de la compréhension de la condition des plus modestes dans les anciens pays communistes et dans nos pays libéraux socialistes, et celle de l’étude pluridisciplinaire et pluraliste des philosophes, des arts et des techniques. L’occasion heureuse nous en a été fournie par la vie professionnelle et personnelle et la croyance intime s’est approfondie autour de l’idée que les connaissances soient mises au service de la société et surtout pas par l’inverse, à un moment où il est craint que des entrepreneurs de l’écologie, provoquent avec leurs solutions bioénergie, sinon des famines du moins l’assèchement des pouvoirs d’achat et que d’autres, du secteur de la distribution, investis dans la mission de sauvegarde des pouvoirs d’achat, paradoxalement généralisent 7$;<,$:%: mais aussi 7$;<3&=&*0:. À son comble est cette situation qui piège le système fondé sur la consommation, l’oblige à remettre de force celleci en cause et à la réduire ; d’autant plus qu’il avait organisé la spécialisation du monde et la répartition internationale du travail, en castrant dans les pays non élus les talents, sous prétexte qu’ils ne trouveraient plus de débouchés. Le problème est que nous n’aurons peut être plus le temps de mettre en œuvre l’Union des États solidaires, sous la pression de la mobilisation globale, avant que n’éclate le conflit global (universel, avonsnous entendu prononcé le mot, pour mieux le distinguer des précédentes guerres mondiales) ! Qu’importe, n’estce pas pendant les épreuves que s’élaborent plus avant les plans et les programmes mais surtout les contre mobilisations, pour mettre en cause les conflits en cours et préparer le monde meilleur en profitant que les opinions sont rendues à la raison et à la foi. Toujours estil que dans l’expectative, les encore puissants de ce monde s’emploient à construire une légitimité de leurs engagements dans le futur conflit. Ils entreprennent la préparation du Gouvernement mondial doté du
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Dominique Lambert, >?)%)*@36)3& :4)3)%0&7 5& A&$39&: >&'6B%3&, Ed. Lessins, 2007

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Fonds monétaire international, en observatoire de la financiarisation et de ses crises, de la Banque mondiale, en correcteur de la surpopulationsurpollution des pays pauvres et des pays riches, des Nations Unies en étatmajor policier contre les États voyous, les banlieues et le terrorisme. Le gouvernement sera désigné par le Sénat du monde, dont les membres représenteront la diversité de l’autoritarisme au démocratique en usage ; tous cependant sans exception, intéressés à adhérer au capitalisme et au marché de l’Entreprise Monde. Les forces d’intervention sont recrutées pour des sites d’opérations de plus en plus nombreux, sur la carte des ressources et consommations de la planète ou du cosmos. Elles nécessitent le cofinancement de la sécurité du monde que ne peuvent plus supporter seules, les puissances dominantes et leurs alliés. L’insécurité absorbe les avantages « coûts » retirés des délocalisations, le chômage continue de croître et avec lui, l’exclusionbanlieuerisation solidarisation. Solidarisation avonsnous dit, pour bien faire entendre la voix des démunis, qui devra à maturité se transformer en cette Solidarité que la République avait pourtant promise depuis longtemps, faite de liberté, de justice, d’égalité, de fraternité et de paix…

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DH X5A;75 657 8Y9Q57
Pour bien mesurer l’emprise de la gnose de l’Entreprise Monde, aidonsnous de l’analyse d’Alain Besançon3 : « La gnose devient un péril plus mortel que l’hérésie et réclame pour son extirpation les mesures les plus extrêmes… Dans la foi, c’est le savoir qui échappe au contrôle et c’est l’assentiment qui relève de la volonté libre. Dans la gnose, c’est le savoir qui est contrôlé, puisque le gnostique n’adhère qu’à ce que lui présente comme évident son propre entendement, mais c’est l’assentiment qui lui échappe, lequel dépend de circonstances objectives incontrôlables, tant du moins que la gnose n’aura pas été reçue… Deux propositions : 1\ la gnose est une corruption de la foi par spéculations et de la spéculation par la foi. L’attitude gnostique peut être adoptée sans gêne, en dehors des régions de la foi ; mais la présence simultanée de la gnose et de la foi corrompt l’une et l’autre et crée ce mixte redoutable que l’orthodoxie essaie de conjurer sous le nom de gnose. 2\L’idéologie est une corruption de la gnose par la science et de la science par la gnose. Elle ne peut naître qu’à l’époque moderne et sur la base de succès prodigieux de l’entreprise scientifique et technique. Alors, une fraction des courants gnostiques se détache du tronc commun pour aller dans la science chercher le principe de certitude et le secret de l’universalité… L’idéologie n’est pas une autre religion, ni même directement la corruption de la religion. Entre celleci et l’idéologie, il y a le degré intermédiaire de la gnose. C’est pourquoi l’idéologie peut facilement renier la religion et se proposer de la détruire, là où la gnose se contentait de la pervertir… » La gnose, nous avons tenté de la visiter comme l’on fréquente une fête foraine ; elle nous a montré et fait participer à ses manèges. Mais il était nécessaire de la découvrir de l’intérieur pour comprendre sa magie, ses effets spéciaux, ses fantômes combinés, séquencés les uns aux autres pour se maintenir en haleine. Il fallait essayer de comprendre le cerveau et sa neurobiologie comme les scientifiques tentent de progresser pour encore de longues années d’efforts. Il ne s’agit pas de réduire les explications, comme si le cerveau n’était qu’une boîte noire à laquelle imputer la responsabilité globale des phénomènes, en invoquant quelque théorie du complot surtout pas, mais d’utiliser toutes les possibilités de scanner les fonctions et les circuits, les neurones, leurs synapses et les influx nerveux, les entreprises, leurs étatsmajors et leurs échanges, pour essayer de dépasser la mesure des manifestations extérieures et de mettre à jour les simulations, les collusions, les ententes, les influences, cachées par l’en face et qu’il faut pénétrer de l’intérieur.

3

Alain Besançon, C3$): %&*%6%)$*: 56*: 7?D97):&, Ed. Calman Lévy, 1996

L’approche neurobiologique du cerveaumonde transpose en les ajoutant, celles qui tentent de modéliser le cerveau humain à des fins thérapeutiques contre la souffrance, pour le plaisir au point de la servocommander de l’extérieur en réduisant son autonomie de conscience. Slavoj Žižek dans son ouvrage « La parallaxe »,4 développe la mainmise de l’argent sur le processus qui devient théologie du matérialisme pour, si cela était encore possible, restreindre l’homme et sa liberté… Notre intuition est que l’Entreprise Monde s’organise neurobiologiquement pour créer et satisfaire le marché subjectivisé autant que matérialisé en profitant des avancées scientifiques. « En mai 2002, on rapporta que des scientifiques de l’Université de New York ont fixé sur le cerveau d’un rat une puce informatique capable de recevoir directement des signaux, si bien qu’ils pouvaient contrôler le rat (déterminer le sens dans lequel il allait courir)… Pour la première fois, la volonté d’un agent animal vivant, ses décisions spontanées quant aux mouvements qu’il allait accomplir, étaient prises en charge par une machine extérieure ». Les institutions internationales, européennes, nationales, désormais à la solde de l’Entreprise Monde cherchaient à s’équiper en lecture de cartes à puce pour mieux diligenter les flux, tandis que l’on passait « d’un principe organisateur, qui à travers l’exploitation et la subordination, est greffé sur la logique des mondes semiautonomes à un principe qui structure activement la réalité matérielle même de la production de l’échange et de la circulation »4. Les institutions oubliaient que la réalité matérielle n’est pas tout… La gnose de l’Entreprise Monde met à son service les mythes auxquels l’humanité a traditionnellement recours pour faire face à une situation menaçante et imprévue. L’homme avait recours à la magie dans les domaines où les moyens techniques ne pouvaient plus rien. Cette situation s’applique aussi e aux conditions de vie politique développée. Le XX siècle nous a montré précédemment que les théories du héros ou de la différenciation des capacités des races de Gobineau, nées bien avant, pouvaient être mises en applications dans un contexte d’effondrement complet comme celui dans lequel menaçait de sombrer l’Allemagne, malgré les tentatives législatives et diplomatiques de la République de Weimar. Alors que l’organisation mythique de la Société semblait avoir été dépassée par l’organisation de la Raison, dans cette période critique les possibilités de résister à des conceptions mythiques archaïques se sont avérées fragiles. Ernest Cassirer nous rappelle que l’homme était homomagu avant de devenir homofaber et qu’il faut considérer les mythes politiques modernes comme agissant dans les deux dimensions grâce à un gnosticisme irrationnel et mystérieux, « tout en procédant très méthodiquement dès qu’il s’agissait de
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Slavoj Žižek, >6 4636776E&, Fayard, 2008

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défendre et propager cette religion… le réarmement militaire n’a été qu’une conséquence du réarmement mental introduit par les mythes politiques… on trouve à notre grande surprise, non seulement une transvaluation de toutes nos valeurs éthiques, mais également une transmutation du langage humain »5. La gnose de l’Entreprise Monde mérite d’être approfondie sous cet angle, car elle constitue une enveloppe commode pour contenir tous les mythes possibles, utiles à la poursuite des différents modes d’exploitation de l’homme et des ressources de l’univers. Elle combine à sa merci les modes d’organisation de l’économie de marché et de l’économie planifiée, le soutien et l’intrusion des régimes politiques correspondants, les enrichissements des propriétaires privés ou publics, le recours à la force des embargos et des armes… Elle est ainsi capable de réveiller des idéologies dormantes à son profit, s’excusant d’emblée en disant « les affaires sont les affaires ». Devant elle, l’individu ressent la liberté plus comme un fardeau auquel il préfèrerait la dépendance, tant il lui faut travailler pour satisfaire ses envies de consommation. Elle peut en effet s’imposer, en décidant des mécanismes d’inclusionexclusion, autant alors tout faire pour lui plaire… Dumézil avait pour sa part identifié chez les conquérants indoeuropéens une vision tripartite du monde – le système des trois fonctions – où s’articulent selon un ordre hiérarchique : la souveraineté magique et juridique, la force physique et principalement guerrière, la richesse tranquille et féconde. Cette classification leur a permis de mettre de l’ordre dans l’ensemble de l’Univers : d’organiser les habitants du ciel, d’en déduire les prophéties, les rituels et sacerdoces, de charpenter l’essentiel des phénomènes, productions et discours humains6. Pour la conquête de la globalisation, les mythes toujours présents conservent leur appartenance aux trois fonctions, mais dès lors qu’interviennent toutes les populations de la planète, un grand opérateur est nécessaire, l’Entreprise Monde. Elle est pour cela assistée par l’impossible gouvernement du monde, jouant le rôle mythique d’intégrateur des trois fonctions. Cassirer a raison également de dire qu’en conséquence, l’individu se trouve déchargé, mais simultanément délivré de toute responsabilité personnelle5. Il faut ajouter que le système est entretenu pour démontrer en permanence la lourdeur du fardeau et justifier tout l’intérêt de la dépendance. Vénérer les dieux et se mettre entre leurs mains. Ils sont d’ailleurs monétarisés et financiarisés… Il y a donc production de mythes qui pour le fonctionnement de l’économie doivent avoir leurs équivalents techniques entretenus dans la modernité. C’est alors que l’on parle de la communication et de l’accès aux savoirs, de la société à énergie propre, de la guerre propre même… autant de Services Monde
5 6

Ernst Cassirer, >& 'F%8& 5& 7?D%6%, Gallimard NRF, 1946/1993 Georges Dumézil, GF%8& &% D4$4@& HI HHI HHHI Gallimard, 1995

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qu’il faut coordonner pour le meilleur des mondes. Ces mythes « relookés » marketing, répondent à l’angoisse née de l’évolution et des bouleversements rapides qui rendent les risques imprévisibles, hautement dommageables et systémiques mais si divers, qu’il faut à l’homme toute l’intercession de l’Entreprise Monde et de son esprit, le gouvernement mythique du Monde, pour atteindre les Dieux correspondants. Le retour s’effectue en prophéties, pour entretenir l’obéissance. Il s’agit des risques de ralentissement de la croissance voire, de la croissance hypothèse zéro, de la pénurie des ressources possibles, de la migration forcée des peuples, sous effet de réchauffement de la planète, etc.… De cela, l’Entreprise Monde va en traduire des recommandations comportementales, érigées en valeurs suprêmes pour répondre aux mythologies élaborées. Aidetoi, le ciel t’aidera, travaille plus, sois responsable de ta progéniture, sois flexible, respectueux de l’ordre, de l’identité, de la nation comme de ton père ou ta mère… Autant de production de religieux que l’on appelle retour, pour peu qu’il vienne s’ajouter aux traditions et finalement, ne plus se différencier sauf à susciter l’intégrisme et le traditionalisme. Car il y a le gouvernement mythique du Monde qui dans sa fonction ne peut être que « police » de la démocratie globale en cours de définition. Il doit en effet, obliger des choix compatibles aux niveaux décentralisés, qu’ils soient composés des États ou de ses propres organisations ou agences. Se reproduit à l’échelon global ce qui est connu au niveau des associations d’États, comme le Mercosur ou l’Union européenne. En bout de course, les États ne peuvent proposer des programmes à leurs gouvernés que si les dirigeants ont la conviction de les voir approuvés ou acceptés par les autorités de l’Union et, dans le cas qui nous concerne, par le gouvernement mythique du Monde, messager de l’Entreprise Monde. Des allers et retours entre instances s’imposent et se justifient. Il faut aller vite, car la période de validité des mesures envisagées en pleine autonomie est restreinte. Passée la date, les gouvernements n’auront plus l’avantage de l’initiative et risquent d’apparaître aux yeux de leurs citoyens, mis en état d’obligation et de fait accompli.La démocratie globale met ainsi sous contrainte la démocratie de proximité et en restreint l’expression, ceci venant conforter le déchargement de fardeau des administrés et le dégagement de leur responsabilité. Il est toujours plus facile de dépendre des autres que de penser, juger ou décider, d’autant qu’en fin ne compte que l’accès possible ou non, à la consommation. Cette dernière se trouve invitée à changer fréquemment et engage à son tour les changements des programmes politiques nationaux et globaux. Les mythes ainsi générés par l’Entreprise Monde, le sont pour entretenir la satisfaction de la consommation qui rendra possible le gouvernement national et global. Toutefois, avec l’aide de René Girard, il ne faut pas oublier les rivalités mimétiques et leur propension à engendrer les conflits pour disposer de ce dont l’autre dispose. « Autant les sociétés non

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modernes, prétend Jean Pierre Dupuy7 gèrent la violence humaine en l’expulsant hors d’ellesmêmes, sous la forme du sacré et du sacrifice, qu’en estil des sociétés modernes en voie de désacralisation ? Qu’estce qui leur donne la capacité de résister à l’indifférenciation croissante du monde et à l’exacerbation des phénomènes mimétiques qui en résultent ? » Le mouvement recèle aussi la contagion panique, comme des moutons de Panurge, il lui fait barrage, mais il l’a en lui. Le Dieu qui en a la charge exerce dès lors la première fonction, la souveraineté magique et juridique. Il faut lui faciliter l’exercice du pouvoir, en reconnaissant la fonction d’inégalités pour qu’il puisse fonctionner, d’où la justice sociale introuvable qui en découle8. L’accumulation première, celle des capteurs de rente de monopoles est reconnue d’utilité pour la création du marché, d’autant qu’il cesse d’être avant tout de marchandises ou de services, pour les dominer tous par la finance. Le Dieu marché devient désormais chargé de la finance, ce qui lui occasionne un rôle hiérarchique confirmé sur la troisième fonction : la richesse tranquille et féconde dont nous parlait Dumézil. Sauf, qu’il n’y a plus à proprement parler de réelle tranquillité et fécondité. La consommation même est orientée finance par les crédits bons marchés qui permettront droits de tirage, =$0*,8&3:, :%$,( $4%)$*:, acquisitions pour revente, positionnement et privilège sociaux, opérations spéculatives. Le Dieu marché est devenu Dieu de la souveraineté financière, magique et juridique. Sous ses ordres directs, sont placés les techniciens de la logistique et de la grande distribution. Peuton alors parler marché en dehors de ce qui concerne la finance, stricto sensu ? Il s’agit désormais de produire pour la finance en s’assurant a minima l’adhésion des consommateurs par abandon de fardeau contre dépendance. L’Entreprise Monde est désormais le règne de la finance et conduit son activité en s’assurant que le plus rentable ne soit pas entravé ou grevé par l’inévitable (les 8&59& +0*5: voire le microcrédit), l’obligatoire à l’entretien du système. Le Dieu devient celui des riches et non plus celui des pauvres, il leur devient d’ailleurs inconnu ce qui justifie l’abandon de leur droit à la liberté éthique recommandée par Kant. Notre siècle connaît une restructuration fondamentale des mythologies. Sous l’ère industrielle, les crises ont donné vie aux vieux démons qui sont à l’origine des totalitarismes créateurs d’illusion pour maintenir l’emploi et la société en fonctionnement. Sous l’ère postindustrielle, nous connaissons la spécialisation des mythes sur la finance globale et le laisserfaire sous l’emprise de la
Jean Pierre Dupuy, >& :6,3)+),& &% 7?&*=)& ; >& 7)J@367):'& 60E 43):&: 6=&, 76 K0:%),& :$,)67&, Calmann Lévy Fondation SaintSimon, 1992 ; >?&*+&3 5&: ,8$:&: L M&*@ A)3635 &% 76 7$9)N0& @,$*$')N0&I Seuil, 1979 8 J. Rawls, 2,$*$'), O0:%),&, Penguin, 1973 et R. Nozick, P*63,8FI Q%6%& 6*5 1%$4)6, Rowman & Littlefield, 1981
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consommation et de son pouvoir enivrant pour seule croyance ou religion. Les vieux démons peuvent resurgir avec les risques financiers sur lesquels repose la globalisation. Ils seraient les seuls autres mythes mobilisateurs restants, d’autant que les deux fonctions dès lors fusionnées, la souveraineté financière magique et juridique et la richesse tranquille et féconde ne manqueront pas de jouer de la fonction : force physique et principalement guerrière pour faire respecter ses droits auprès des nations, sous l’étendard de l’une ou l’autre d’entre elles ou du gouvernement mythique du monde. Les colères du monde s’en trouveraient exacerbées jusqu’au faussement tribal, faute d’espérance ou d’autres horizons possibles. La Renaissance avait connu le dégagement d’un hiérarchique religieux. La prochaine ne peut éviter celui du financier. La science pouvait et pourra trouver sa place. Il lui faut aussi se libérer de son asservissement financier orchestré par l’Entreprise Monde. Il existera donc une sphère supérieure, audessus de l’esprit objectif (à recouvrer avec plus d’indépendance visàvis du financier) incarnée par l’État conçu comme pouvoir spirituel et par là, généreux… Il aura à cet égard pour devoir de ne jamais tenter de supprimer les autres énergies spirituelles, mais au contraire de les reconnaître et de les laisser libres9. Le fait de cultiver l’art et la science et de parvenir à un degré correspondant à l’esprit d’un peuple est le plus haut point qu’un État puisse atteindre. Il s’agit là du principal but d’un État, mais d’un but qui doit jaillir de luimême et non d’un travail extérieur.

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Hegel, >&R$*: :03 76 48)7$:$48)& 5& 7?S):%$)3&, Paris, Vrin, 1987

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IH #2:7CA 59 8Y9Q57
La démocratie dans l’entreprise n’est pas un concept facile à développer. Mais l’exercice mérite d’être tenté pour comprendre son comportement subsumé de l’Entreprise Monde et les implications consécutives sur celui de l’Entreprise Monde. Le mythe unificateur est la « culture d’entreprise » qui contient l’illimitation en deçà de la démesure pour que l’efficacité interne soit préservée, en compatibilité avec l’image projetée en externe. Il se veut bâtisseur de traditions tout autant que gardien des expertises et savoirsfaire, au service de la compétitivité et donc des performances promises. Il est normalisateur, non pour unifier les comportements, mais pour leur offrir la réflexivité jugée nécessaire. L’initiative est à la fois stimulée et canalisée, appréciée ou rejetée. Le mythe ainsi adoré autorise bien des exercices du pouvoir. Certes, la forme dictatoriale des négriers ou des féodaux n’est répandue que sur des territoires où l’exigence sociale est faible, mais elle existe fortement sous des configurations diverses plus qu’elle ne subsiste. Peuton oser affirmer que dans les démarches contemporaines il n’y ait plus de totalitarisme, sous des masques de la nouvelle collection de Hitler, Staline, Mao, Hussein… Non, il y a le retour des droites extrêmes, des intégrismes, des impérialismes économicopolitiques et le « parcellitaire » « qui tend à transformer toute chose, tout être, toute pensée en parcelles soumises à la loi du mouvement brownien des particules élémentaires, qui se greffe sur l’idéal démocratique, s’en empare, prétend le pousser à son paroxysme et le réaliser intégralement pour, en définitive s’en nourrir et le vider de son sens et de sa force. Il représente une perversion de l’idéal démocratique symétrique à sa perversion totalitaire »10. Le mythe de la culture d’entreprise crée sous ses hospices, les laboratoires de développement du « parcellitarisme » qui valoriseront les colporteurs d’expérience d’entreprise, au sein des cultures d’administration et de gouvernement afin de les rendre compétitives et donc équivalentes. Collaborent dans ces lieux de « parcellisation », des porteurs d’idéologies fort différentes mais l’objet des cultures dont on parle, n’estil pas de les dissoudre ou de les externaliser afin qu’elles n’aient plus prise sur la réalité ? Pour cela, leurs mythes « culture d’entreprise » doivent entretenir la remise en cause permanente des process, des produits, des organisations, des structures de pouvoirs, des schémas financiers. « Le capitalisme est devenu à lui même sa propre opposition révolutionnaire permanente »10. Ils doivent, les mythes aussi, à force d’usage du terme gouvernance, « laisser entendre que personne n’a eu ou ne détient le pouvoir, que toute décision est issue des nécessités objectives de la situation, que tout part en principe d’en bas. En aucun moment dans l’entreprise (ni au sein de l’appareil d’État) n’est structurée une situation de débat où s’affronteraient des conceptions opposées du bien commun.
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Alain Caillé, 1* %$%67)%63):'& 5@'$,36%)N0& T U$*I 7& 463,&77)%63):'&V W0&77& 5@'$,36%)& =$07$*:<*$0: T #)X,&: 4$03 0* 5@J6%, La Découverte, 2006

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Tout est contractuel, négocié, accepté. Ce que nous vous imposons, c’est ce que vous avez voulu. Qui nous ? Qui vous ? Personne »11. Les mythes doivent pouvoir se raccrocher aux « prométhéismes »12 en vogue : la société de la communication, la survie de la planète, les malades ou la mort même vaincue… les choix étant apportés par les études qui permettront de lever la finance et de toucher en même temps, dans une communauté de pensée sinon d’intérêt, les consommateurs. Ainsi, sont les consommateurs alliés aux financiers, actionnaires ou simples autoaspirants de portefeuilles, tous pour un même combat autour duquel il faudra d’ailleurs rassembler le plus large public possible. Les cultures d’entreprises se rejoignent, car elles concernent « l’homme nouveau »11 tant celui qui est recruté que celui qui est servi, qui n’a plus d’identité que celle qui le rattache à l’entreprise. Il bénéficie d’une citoyenneté qui lui apporte des avantages, de plus en plus sans frontière, sans obligation par rapport à ses origines, à sa nationalité. Il n’est plus immigré mais attaché, membre à part entière de l’entreprise, à quoi bon lui exiger des conditions propres à tel ou tel pays, sous prétexte qu’il devrait contribuer à une identité nationale plutôt qu’à une autre. Il est homme nouveau au service de la promotion de l’homme nouveau, celui qu’il faut parvenir à convaincre, sous peine de ne plus exister soimême. La grande aventure de la finance peut être résumée ainsi, dans le soutien à l’entreprise qui reliera les hommes nouveaux. On croit reconnaître l’une des formules prémonitoires du capital à risque. Il n’y a pas création de fiction, il y a d’ores et déjà exercice dans un monde miréel, mivirtuel, car il faut bien réaliser les business plans et générer la croyance confiance pour satisfaire Prométhée avec l’homme nouveau, d’où l’obligation en interne, mais aussi en externe, de révolution permanente. En effet si le consommateur n’était pas associé à cette révolution, il ferait perdre toute légitimité aux mythes, bien qu’il accepte de se défaire d’une culture d’entreprise pour une autre, ceci faisant d’ailleurs partie de sa propre révolution… À la suite de ce constat, il est bien obligé d’admettre que l’entreprise n’est guère un véhicule de la démocratie, car elle offre la possibilité d’existence à une multitude de foyers du totalitarisme qui est soutenue par une propagande qui atteint des dimensions de plus en plus extravagantes du fait qu’elle est ressource même des innovations qui font la cohésion du système. Jamais les mythes n’ont eu une telle audience, grâce aux technologies de l’information et de la communication. Ces dernières, à leur tour, ne sauraient connaître l’expansion de leurs marchés sans les Prométhées et les mythes d’entreprises associés. C’est d’ailleurs par là que se constitue l’Entreprise Monde, qui agit en coordinateur des thèmes prométhéens pour construire la
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Alain Caillé, 1* %$%67)%63):'& 5@'$,36%)N0& T U$*I 7& 463,&77)%63):'&V W0&77& 5@'$,36%)& =$07$*:<*$0: T #)X,&: 4$03 0* 5@J6%, La Découverte, 2006 12 J. Le Goff, >6 5@'$,36%)& 4$:%<%$%67)%6)3&, La Découverte, 2002

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globalisation. Elle opère par l’entremise des organisations qu’elles supportent en propre ou partagé, les ONG et en leur sein les BINGO’s (Y0:)*&:: H*%&3*6%)$*67 U$* A$=&3*'&*%67 Z396*):6%)$*:), organisations privées à vocation économique (comme les syndicats patronaux), mais aussi les CONGO’s qui servent directement les intérêts des États qui participent au financement. On réalise les pressions osmotiques qui interviennent dans ce mécanisme, pour une convergence publicprivé. S’il y a accord global sur les thèmes prométhéens, on voit mal les États contester leurs défenseurs, bien au contraire, ils sont courtisés pour qu’ils offrent leur gage et leur caution en les déclarant États de progrès, avec pour épitaphe la globalisation reconnaissante ! Il y a production du Nouvel État, en accompagnement de l’Homme Nouveau. Un État qui n’hésite pas à entraver l’économique par du politique mais qui au contraire, le considérant comme une donnée se met à son service. C’est là qu’intervient la Raison, non pas celle qui prétend conjurer et maîtriser les mythes, mais celle qui respecte leur espace d’autonomie pour en tirer le meilleur profit. Il y a de quoi la satisfaire en constituant l’État, libre de tout attachement à des entreprises, en choisissant la flexibilité maximale et en l’adaptant au gré de l’évolution de l’Entreprise Monde. Il est en effet concevable d’être un État « porteur » de l’Économie Monde, à la condition de maîtriser les services aux mythes et leur financement. C’est une façon d’envisager devenir le siège (social) du monde. Cet État devient naturellement pourvoyeur d’immobilier, spéculateur impliqué pour attirer ceux qui font la substance de l’Entreprise Monde et qui revendiquent l’intéressement aux opérations, in fine tout financiers. Eugène Ionesco y aurait représenté le théâtre de l’absurde, dans lequel l’Entreprise Monde aurait fini par rendre la Raison… Celleci ne conserve ses positions que par la finance : la Raison suprême pour qui ne compte que l’accumulation et sa rentabilité, en évaluateur des mythes présents partout, en instrument de la croissance et du totalitaire. L’image mythique des entreprises et celle de l’Entreprise Monde en sont les véhicules principaux, qui favorisent les pulsions d’adhésion et de consommation, la démocratie qui en résulte, même lorsqu’elle est qualifiée de participative, ne connaît que les pulsions et non les projets. La connaissance n’est plus appréciée parce qu’apatride, unifiée, générique et finalement anonyme, portée par tous, accessible sur Internet et non nécessaire. La Raison et la démocratie, l’une n’allant pas sans l’autre, sont donc fragiles et les risques de prise en masse du totalitaire non négligeables. Intuitivement, le monde le pressent, il organise la défiance et les systèmes d’alerte, car l’appréciation des risques encourus et qui se confirment, est le plus sûr moyen d’étudier et de mettre en place des parades. Est créé ainsi un Nouveau Monde, celui des risques avec comme objet, leur maîtrise. Le monde croîtra d’autant plus que l’on pourra couvrir plus de risques parce qu’ils seront maîtrisés. Les principes de précaution ne font que donner plus de temps pour préparer les populations à des thérapeutiques, bien que cellesci 25

pour les mêmes raisons, s’avèrent discutables. La finance s’équipe pour ce Nouveau Monde en se dotant d’outils spécifiques à hauteur de risques avec la rémunération bien entendue accrue en conséquence. Et c’est le coût du risque qu’il faut finalement répercuter à tous les échelons. L’individu doit s’assurer des risques encourus, mais le paroxysme est atteint lorsqu’il s’agit de garantir l’accumulation qui ne peut supporter aucun risque sans mettre à mal le Nouveau Monde. Rien de nouveau dironsnous, il y a bien eu les années 30, mais on sait ce qu’il en advînt et la globalisation n’était à l’époque que très loin de celle qu’on nous promet… Nous avions recours à Ernst Cassirer pour savoir comment donner plus de place à la Raison, la réponse avec référence à Hegel était de travailler sur l’État, dans la situation que nous connaissons, il faudrait porter l’effort sur l’entreprise et sur son agencement au sein même de l’Entreprise Monde. Estil possible de concevoir un gouvernement démocratique de l’entreprise et de bénéficier ainsi de sa construction multinationale voire globale, pour parvenir à une démocratie monde par l’Entreprise Monde ? Si l’hypothèse se révélait plausible, il suffirait de s’assurer du concours des ONG dans leur situation de variété que l’on sait, pour espérer une cohérence d’action démocratique en symbiose avec les États. Pour progresser dans cette direction, il faudrait que les gouvernances des entreprises et celle de l’Entreprise Monde s’accordent sur ce qu’il faut faire pour empêcher les plus puissants de basculer dans « l’illimitation ». La finance étant aux commandes, il faudrait déterminer les règles d’autolimitation. Nous serions tentés d’affirmer que ceci ne serait possible que si les systèmes politicoéconomiques, qui doivent être mis en place, sont moins intensifs en capitaux et proportionnés en valeur travail et capital pour garantir les besoins légitimes de l’homme sur la planète considérée le plus possible dans son ensemble. Nous n’échappons pas au difficile débat sur la répartition des richesses et la justice qui pourrait être une base crédible préalable à tout Davos remis en cause et ne célébrant plus les champions de « l’illimitation ». Alors pourraiton espérer s’entendre sur la démocratie à promouvoir et qui n’existe pas en acceptant provisoirement la définition d’Alain Caillé : « la démocratie est ce type de régime politique et social dans lequel l’aspiration à la manifestation de soi et le conflit entre les humains ne sont pas déniés, supprimés, confisqués par une autorité spirituelle, par un groupe de guerriers ou de possédants, mais reconnus légitimes et posés au contraire comme constitutifs de la communauté politique et aménagés de manière à permettre à tous de participer à la détermination de l’histoire collective dans le plus grand respect possible de la singularité des histoires individuelles »13.

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Alain Caillé, 1* %$%67)%63):'& 5@'$,36%)N0& T U$*I 7& 463,&77)%63):'&V W0&77& 5@'$,36%)& =$07$*:<*$0: T #)X,&: 4$03 0* 5@J6%, La Découverte, 2006

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À la différence d’autres approches, telles celles de la lutte des classes, de la politique conservant la maîtrise de l’économique même si une interdépendance forte est instaurée, celle que nous avons choisie avec le managérial répond à l’essor du formatage des actions quels qu’en soient les contextes, les configurations des dispositifs, les idéologies sousjacentes désormais rendues équivalentes et relativisées. On ne parle plus que de méthodes, qu’il s’agisse de gérer le séculier ou le régulier, partout il faudra s’instruire de la gestion des ressources humaines et autres, des qualités et performances à l’aide d’indicateurs liés et impératifs financiers et comptables. Les analyses plus ou moins théoriques restent valables, que les universitaires et chercheurs s’en rassurent car les gestionnaires, en premier lieu ceux des entreprises, s’en servent au besoin en les édulcorant et en les adaptant aux exigences médiatiques, allant jusqu'à participer à la promotion des nouvelles philosophies, sciences, arts, économies pour les commercialiser. C’est donc bien de cette opération de conditionnement, dont il fallait parler d’autant que s’est constitué un langage hors culture traditionnelle qui envahit tous les espaces par toutes voies et tout moyen de commercialisation. Le directeur14 s’était, pour « montrer que persistait une hiérarchisation de la hiérarchie », démultiplié par les managers, jouant le rôle d’anaphorisant de hiérarchie, mais pas explicitement associé à la hiérarchie du plus haut niveau. « L’objectif de la professionnalisation des managers est que les cadres dirigeants soient capables de finaliser, d’organiser et de contrôler les activités qui leur sont confiées… en définitive une dynamique doit être créée » pour que les ordres ne soient pas discutés encapsulés dans une enveloppe de doctrine cérébro et gastro résistante… « C’est dans le dessein de privilégier l’action et donc de donner à tout responsable qui le souhaite d’être reconnu par son équipe comme un véritable manager » et comme un fusible pour maintenir le courant hiérarchique15 alimentant la gestion, libéré de l’animation. « La tâche du management est d’obtenir un résultat collectif en mettant l’accent sur l’importance de la gestion des ressources humaines dans l’obtention d’un résultat global »14. Elle sera facilitée par un management par projet qui permet d’exclure tout questionnement en cours de route, sur le fond et sur la technique et surtout, de mobiliser les ressources humaines mises à disposition en simulant le déroulé du projet… La généralisation du managérial du privé au public, de la productiondistributioncommercialisation à l’administration, privilégie l’homogénéité dans les méthodes de management des projets et donc des ressources humaines pour obtenir une convergence des efforts entretenus en tension durabilité, environnement, par des discours unificateurs. À titre d’exemple, les hôpitaux ou les prisons appartiennent désormais au secteur de l’entretienréparation de la santé et à celui de l’industrie de la punition. Les équipements souvent privatisés doivent offrir une rationalisation suffisante pour
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Fabienne CusinBerche, >& '6*69&'&*% 463 7&: '$%:, L’Harmattan, 1998 Mathias Klotz, film >6 N0&:%)$* 80'6)*&, 2007

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accroître les capacités d’accueil à coûts améliorés, mais qui obligent un recrutement accru des malades et des prisonniers réduisant d’autant le besoin de prévention . La formule (en analogie avec l’hôtellerie [$3'07& ), est basée sur la standardisation pour le meilleur rendement financier, indépendamment de traitement en amont et en aval, en ne considérant que les actes privatisés, assurés en interne aux établissements, indépendamment de ceux pratiqués en plus par des vacataires non gouvernementaux dès lors que le retrait du service public est total. Pourquoi y atil autant des malades, autant de détenus ? La pérennité du système n’est garantie que par les platesformes de taille suffisante qui dictent le rayonnement, les dépistages et les contrôles. Les industries doivent se justifier par ellesmêmes et leurs cultures du résultat en concurrence ouverte. Elles commandent l’entièreté des systèmes auxquels elles ne devraient qu’appartenir, car il n’y a plus de gestionnaire de systèmes, ceuxci ayant été éclatés en entreprisesprojets. Que les meilleures gagnent ! C’est la règle qui commande les réorganisationsrestructurations prévisibles des marchés. Pour se donner bonne conscience, les institutions concernées et surtout leurs tutelles financières réclament le refoulement et la chasse aux étrangers non solvables pour moins devoir les traiter en clientèles spécifiques (et ne pas être accusées d’enfreindre les réglementations contre les discriminations). « À quoi cela rimetil ? À une sorte de siège. Les frontières internes sont affaiblies, mais cet affaiblissement est compensé par un renforcement du contrôle interne au moyen d’une police armée, investie de l’autorité pour traverser les frontières nationales ; l’élément essentiel est un système d’information commun de contrôle beaucoup plus efficace aux frontières externes. Le rideau de fer est tombé, la place est libre pour le rideau des visas »16. Les sorts des systèmes de santé et de punition, au travers de l’intérêt de leurs entreprises sont effectivement liés lorsqu’il s’agit de lutter contre les risques de pandémies, entre autres de tuberculose dont on sait qu’elle est devenue résistante aux thérapies existantes, dans les prisons de l’Est. On l’aura compris tout au long de nos ouvrages, il est urgent de redécouvrir les véritables raisons d’agir et pour cela il est indispensable de se débarrasser ou pour le moins, la mieux comprendre de la gangue managériale pour retrouver les logiques de choix, comprendre les buts poursuivis, faire apparaître les agonismes et les antagonismes à différents niveaux, dans le champ du réel et du virtuel, dans différents horizons de l’espace et du temps. Les problématiques sous jacentes sont complexes au sommet d’une hiérarchie réelle ou virtuelle, forcée de gérer les risques dans l’action et la réaction, comme par exemple pour assurer la survie de la Planète. Certains déjà dénoncent la compensation de l’augmentation inévitable des pollutions, résultat de la croissance, par la création d’activités de réduction de pollution en contrepartie équilibrée. Nous avons tenté d’en faire émerger d’autres, moins évidentes et moins schématiques en allant au
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Nils Christie, >?)*50:%3)& 5& 76 40*)%)$*, Ed. Autrement, 2003

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delà des projets techniques, organisationnels, scientifiques, tous en définitive économiques et sociaux. La crainte est chaque fois apparue d’avoir été embarqué dans des desseins aux caractéristiques funestes, voire totalitaires. Le managérial est devenu le conditionnementforceps des comportements et le politique, désormais managé au point de n’être plus qu’un management politique, rendu unique par mimétismes successifs. L’intéressant est de revisiter les essais sur le politique comme celui proposé par Claude Lefort17 et d’envisager les effets du managérial sur le politique en montrant qu’ils sont loin d’être neutres. Si « les sociétés démocratiques modernes se caractérisent entre autres, par la définition d’une sphère d’institutions, de relations, d’activités qui apparaît comme politique, distincte d’autres sphères qui apparaissent comme économiques, juridiques… », que deviennentelles si les gestions finissent par rendre uniformes les institutions et les profils de leurs managers ? « Il s’avère impossible de réduire la démocratie à un système d’institutions. Elle apparaît comme une forme de société et la tâche s’impose de comprendre ce qui fait sa singularité et ce qui en elle se prête à son renversement, à l’avènement de la société totalitaire ». Sous l’emprise d’une gestion généralisée des ressources humaines, étendue de la culture d’entreprise au multiculturel globalisant, et d’une gestion marketing des clientèles qui entretient l’intérêt d’être consommateur avide d’innovations de plus en plus fréquentes, cette société devient marché avec sa réglementation en propre, nécessairement asymétrique entre entrepreneurs et employés, fournisseurs et consommateurs, malgré toutes les volontés d’améliorer les relations. Reconnaissons que le managérial laisse libre champ et libre cours, aux mythes, qu’il devient essentiel de faire adorer sans trop de questions par modes et campagnes de communication successives. L’Étatprovidence devient État promoteur des temples de la consommation auxquels il invite ses citoyens à s’adresser, à se rassurer, à s’assurer. Il réduit lui même ses attributions pour rendre le marché libre de toutes contraintes en abusant de l’aide du « fantôme de la toutepuissance de l’opinion ». Mais les mythes naissent et périclitent vite, « c’est la mort de l’immortalité » en période d’allongement de la durée de vie et d’obsolescence rapide des idées et des choses. Il ne faut pas oublier que notre modernité « a divinisé quelques tyrans, jusqu'à embaumer le corps de certains après leur mort » et à Claude Lefort de rappeler la nouvelle de Nabokov : « l’extermination des tyrans comme une incantation qui doit permettre d’exorciser sa servitude ». Le managérial multiplie des introductions possibles de tyrans et leur facilite la tâche pour la réalisation de leurs fins, rendues banalement techniques et donc assimilables à volonté. La société est devenue un projet standard qui n’est plus à discuter, ni plus ni moins qu’à exécuter en toute docilité à moins que l’on reste critique à l’égard des manuels de gestion (avec le totalitarisme pour résultat…). Ceci ne veut pas dire qu’il n’y ait pas besoin de réfléchir sur les modes opératoires. Non, mais qu’il
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Claude Lefort, 2::6) :03 7& 4$7)%)N0& \H\ ] \\ :)X,7&, Seuil, 1986

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faut dénoncer le managérial devenu fin plutôt que moyen, produit de consommation pour société de consommation.

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L’Entreprise Monde cristallise les aspirations de ses membres pour une reconnaissance apostolique hors frontières de ses produits à vendre. Les barrières sont nombreuses, aussi les relations internationales sontelles intrinsèquement vitales. Il y a besoin d’intermédiations jusqu’au moment où les nouveaux territoires deviennent familiers et apprivoisés. La conquête des Amériques est permanente, il faut épouser les mythes locaux ou en imposer d’autres. La trilogie commerce, religion, armée se tient toujours prête à la confrontation dans les deux sens. La parade est le multiculturalisme, non pour l’acceptation des différences, mais pour la création de nouveaux mythes qu’il faut légitimer. La globalisation en fait partie, elle véhicule le désir d’accéder à la différence par le marché, car il faut faire économie de guerre et de sacrifices autant que cela se peut. Les nouveaux objets deviennent nouveaux Dieux, par la consommation la conquête s’opère, il faut simplement vaincre les mythes anciens qui font le culturel et y substituer de nouveaux. On mesure l’importance de l’Entreprise Monde dans cette aventure qui devient de l’humanitaire, en créant et répondant au désir, gardant en réserve le religieux et le militaire grâce au mythe de l’Homme Nouveau et du Nouveau Monde. En réalité, il s’agit implicitement de leur associer un Nouveau Religieux et un Nouveau Militaire qui devraient hybrider les précédents, de l’avis de certains, les paganiser dépaganiser ou même pour les nitchéens, les réinventer. Ou bien « l’homme est l’avenir de l’homme » aurait dit Sartre ou bien, il est son passé aurait prétendu Foucault, humanisme radical ou contrehumanisme accordé au départ sur le thème de l’homme sans Dieu, puis sur le passage d’une morale conjonctive : « humanisme et terreur » à une morale disjonctive « humanisme ou terreur ». Guerre (humaniste) contre le terrorisme. Et avec Alain Badiou18 d’ajouter : « nous y sommes ». Après Sartre et Foucault, un mauvais Darwin. Après une touche « éthique » ou de quoi s’inquiéter à propos d’une espèce, sinon de sa survie ? Écologie et bioéthique pourvoiront à notre devenir « correct » de cochons ou de fourmis… La domestication est sousjacente à l’humanisme sans programme qu’on nous inflige… Disons que ce que les démocraties contemporaines entendent imposer à la planète est un humanisme animal. Relevons au passage la récupération par l’Entreprise Monde des angoisses de notre temps pour proposer un monde fictif, où les contradictions seraient résolues par abandon des philosophes, retour à l’anthropologie pure. « Il faut vivre dans notre « village planétaire », laisser faire la nature, affirmer partout les
Alain Badiou, >& :)X,7&I 5):463)%)$*: 5& 7?S$''& &% 5& ^)&0 < >?$353& 48)7$:$48)N0&, Seuil, 2005
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droits naturels, car les choses ont une nature qu’il faut respecter. Il importe de découvrir et de consolider les équilibres naturels, l’économie de marché par exemple est naturelle, on doit trouver son équilibre entre quelques riches, malheureusement inévitables et des pauvres, malheureusement innombrables ; tout comme il convient de respecter l’équilibre entre les hérissons et les escargots »19. Les États dans ce contexte, sont satisfaits de devoir moins entretenir le militaire et le religieux mais s’installent dans un double rôle, celui de contenir les opérations nationales pour leur faire accepter l’instauration du Nouveau Monde fait de globalisation d’une part et d’autre part, de provoquer l’adhésion méritée au Nouveau Monde… Il leur faut transformer chacun d’entre nous en supporters du mouvement pour éviter qu’il y ait à nouveau des confrontations entre des Bartolomé de Las Casas et des Juan Ginés de Sepúlveda20. Le débat s’il existe, ne porte plus que sur les modalités d’exportation de la conversion interne en externe. Il ne porte plus sur le fond car, comment les États accepteraientils de décrocher par rapport à la globalisation ? L’occasion doit être saisie pour en appeler au renouveau national, à l’abandon des autoflagellations ou autres repentances, pour en appeler aux valeurs qui ont permis les conquêtes. Il ne s’agit plus désormais d’agir par supériorité mais d’exister tout simplement, car les chiffres brandis de la richesse par habitant prouvent s’il en est encore besoin que la régression progresse. La tendance est donc plus à flatter la mondialisation par la prolifération des concepts « dents creuses » comme les désigne Deleuze, d’identité, de repentance, de sûreté nationale pour confondre les courants d’opinion et de pensée. Voici désormais le rôle des États, s’ils veulent que leurs pays ne déplorent pas que la préférence d’investissement soit donnée aux nouveaux pays émergents où le Nouveau Monde est implanté 93&&* +)&75. Ils sont désormais qualifiés en conformité par les jurys Davos. Les mythes ISO et autres normalisations, ouvrent à la libéralisation automatique des échanges, d’ailleurs appuyée par l’automaticité des marchés publics. Ils libèrent ainsi les États pour qu’ils deviennent disponibles à la nouvelle religion du Nouveau Monde. Leurs dirigeants en sont les grands prêtres qui, s’appuyant sur les religions de l’Histoire, vont les traduire en langues nouvelles, type espéranto pour une auto absolution, en bordure de laïcité. Les discours risquent d’être en permanence culpabilisants, revanchards, populistes, exaltés vers de possibles sursauts, probablement nationalistes… Le tout et c’est là une spécificité nouvelle, sous d’autres armes que celles engagées avec d’autres, sous couvert d’humanisme par exemple dans les conflits devenus onusiens, est exprimé sous la forme d’une éruption sournoise de nationalisme au
19 Alain Badiou, >& :)X,7&I 5):463)%)$*: 5& 7?S$''& &% 5& ^)&0 < >?$353& 48)7$:$48)N0&, Seuil, 2005 20 Y63%$7$'@ 5& >6: _6:6:, C8& 5&=6:%6%)$* $+ %8& H*5)&:. A brief Account, The Johns Hopkins University press, 1992

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travers des politiques intérieures et extérieures. Tout se passe comme si l’on vivait une ère des appels à candidatures pour l’accès au mythe globalisation ; comme pour les Jeux Olympiques que l’on accepte ou non, avec éveil des nationalismes même si leurs organisations constituent des déflagrations mimétiques au sens girardien, qui en atténuent l’intensité. Les États doivent organiser au mieux leur présentation mobilisant l’unité requise, ce qui bien entendu, exige de juguler les querelles internes. Le ni droite ni gauche connaît son avènement quand l’intérêt supérieur de faire partie de la globalisation le commande. Dans le jeu des concours à candidatures, on n'est pas assuré de gagner à tous les coups, il appartient aux États de savoir gérer les manettes de l’inclusionexclusion à la globalisation pour répartir les avantages et les inconvénients des accès et nonaccès, tout en préparant les prochains jeux. Le besoin est de vénérer les Dieux du stade pour leurs bienfaits constitués de joies, d’antidouleur de psychotropes, de promotion sélective des symboles de la réussite. C’est la fin du culte de l’oisiveté et le retour applaudi du Dieu Travail. Mais il a fallu habituer les individus à la volatilité des activités, à la flexibilité nécessaire en conséquence. La participation à projets, d’ITER à l’organisation des jeux, n’est méritée que si les conditions d’accueil sont reconnues par tous comme étant les meilleures. Les États interviennent dans la guerre des normes et suscitent en conséquence la bataille des lobbies avec les possibles conceptions qui vont avec. Ceuxci s’organisent en fédération et suprafédération pour donner un aspect de neutralité et d’impartialité dans l’attribution internationale des activités ; pour certaines effectivement sportives et culturelles, pour d’autres concernant d’autres activités tout autant industrielles ou de services. En réalité, les normes fournissent l’occasion d’agir par influence pour exiger des efforts d’adaptation et donc créer la distance visàvis des interlocuteurs et au besoin, la dépendance. Ceci est démontré pour l’environnement, la santé, l’agriculture, le nucléaire comme cela avait pu être testé à propos du sport… L’articulation ÉtatsEntreprise Monde s’opère par les suprafédérations ce qui n’est pas sans produire de l’opacité démocratique car dès lors, les États ont tôt fait de réserver des sujets en confidentiel avec d’autres États ou fédérations et de prendre, hors consultation des populations, des décisions d’importance, critiques pour le futur. Dans ce contexte, la démocratie représentative sera en tout cas préférée à la démocratie directe pour mettre toutes les chances du côté des États. La démocratie devient non plus la règle mais l’exception. Ses principes ne sont pas plus au cœur des négociations qu’ils ne l’étaient dans le passé, car à l’impossible nul n’est tenu, sinon contourner la règle, autre façon de dire que la règle est faite pour être contournée… Il est possible ainsi que les asymétries démocratiques existant de par le monde se résolvent, mais malheureusement dans le sens d’un minima démocratique pour contredire les mythes du respect des droits de l’homme, des citoyens et des États. Eston crédible en bon Européen, de reprocher l’absence de démocratie parlementaire à la Chine du milliard 32

d’habitants, tout en reconnaissant dans notre cas, l’impossibilité d’organiser des consultations directes auprès de 500 millions d’habitants ? On s’envoie des invectives à la face, à coups d’insuffisances démocratiques mais le mythe qui en est fait, revêt autant de variations et de significations opportunistes qu’il existe d’États. On pourrait parler de progrès démocratique, mais faudraitil encore pouvoir en définir les normes, ellesmêmes élaborées par les suprafédérations (inclues les ONG), ce qu’il fallait démontrer. Il s’est constitué une barrière de protection, un rideau d’indifférence pour ne pas regarder ce qui se passe dans chaque État où chacun doit vivre l’illusion démocratique appropriée au contexte, qui devient élément de fierté nationaliste. Cette situation n’est plus le fait des États, mais résulte principalement de l’accès à la consommation organisée selon le bon vouloir financier de l’Entreprise Monde, avec le mécanisme de régulation inclusionexclusion dont seulement in fine, les États sont rendus responsables d’avoir ou non permis l’expression de l’Entreprise Monde. La « démocratie interne » privilégie en conséquence, la distribution et la promotion qui induiront la demande sociale. L’hyper marché (:$+% ou 8635 5):,$0*%) est au centre de la cité et de la vie du citoyen. Il rythme les pulsions exprimées dans une participation démocratique. Il n’y a plus qu’à écouter et prendre en compte pour en faire un produit politique, que l’on appellera celuilà « démocratie participative ». Elle sera plus directe que représentative, tant il faut privilégier la possibilité d’établir la liste la plus large de revendications, pour donner en retour la satisfaction le plus possible en une seule fois, avant d’organiser une nouvelle fois des urnes. Le citoyenconsommateur est instrumentalisé par l’Entreprise Monde visàvis des États. Il est prétendument autonome, mais le pouvoir de celleci s’exerce « par des machines qui organisent directement les cerveaux (par des systèmes de communication, des réseaux d’informations, etc.… ) et les corps (par des systèmes de crédit, d’assurances ou d’avantages sociaux, des activités de plus en plus commercialisées bien qu’encadrées) vers un état d’aliénation autonome, en partant du sens de la vie et du désir de créativité ». On perçoit la faiblesse des mobilisations pour les services publics, d’ailleurs bien souvent piratés par l’Entreprise Monde ; lui appartient désormais la société de contrôle dont parle Foucault, caractérisée par une intensification et une généralisation des appareils normalisants de la disciplinarité qui animent de l’intérieur nos pratiques communes et quotidiennes21. Les États se trouvent dès lors focalisés, cantonnés et renforcés dans leur rôle historique d’organisateur de la Société disciplinaire au travers d’institutions : maisons pénitencières et de redressement, police, écoles, universités, hôpitaux, asiles, d’ailleurs souvent concédées pour devenir acceptables commercialement parlant et être perçues plus efficaces.

On se référera en contraste à Michael Hardt et Antonio Négri, >6 43$50,%)$* J)$4$7)%)N0& 5&: '07%)%05&:, Ed. Amsterdam, 2007

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Les États sontils devenus les otages de l’Entreprise Monde avec la complicité des populations ? La mythologie s’en trouve bouleversée, mais Dionysos, Bacchus et surtout Cresus et Midas22 connaissent leur pouvoir renforcé. En effet, partout l’on assiste à une poussée aristocratique de l’enrichissement des dirigeants, oligarches, à l’Est comme à l’Ouest ou simples prétendants. Il faut être reconnu capable de participer aux tractations avec l’Entreprise Monde ou mieux, être ou devenir membre à part entière. Toutes les réformes constitutionnelles ne peuvent rien pour supprimer les côtés impériaux ou monarchiques. En assujettissant les États dans leurs rôles, l’Entreprise Monde s’affiche paradoxalement « contre cosmopolite »,23 si ce n’est par la régulation intégrationexclusion qu’elle leur demande de mettre en œuvre. En effet, outre le fait qu’elle ne vise pas à former une communauté internationale véritable dont elle aurait la responsabilité, elle n’ambitionne que de rendre les populations des États dépendantes par leurs consommations, sans les prendre en charge plus complètement, par exemple par l’emploi du fait que les produits sont de plus en plus importés. Son « universalisme » se réduit à l’uniformité. Jusqu’à un certain point, il ressemble à celui des fondamentalismes religieux américains pour lesquels « les églises et les exégètes viennent trop souvent s’interposer entre les croyants et la Bible (alors que) les Écritures saintes parlent fort bien d’elles mêmes… et à tout fondamentalisme de minorité, y inclus l’islamisme qui se propage globalement… (La majeure partie de la doctrine islamique régissant les relations entre musulmans et nonmusulmans a été élaborée au cours des siècles dans lesquels vivaient des minorités nonmusulmanes, alors qu’un tiers des musulmans d’aujourd’hui vivent dans les pays qui comptent une majorité de nonmusulmans) »Les fondamentalismes entrepreneuriaux n’ont eux aussi, que faire des différences culturelles... Par contraste avec le contrecosmopolite, le cosmopolitisme respecte la différence par la liberté de choix des individus. Il favorise l’enrichissement des cultures, en multipliant les apports d’horizons les plus variés. Il recherche le dépassement des croyances et des désirs, donc des traditions et des valeurs, par l’exposition aux autres cultures, par les « conversations » et plus encore, par la participation à construction d’une société globale interdépendante, mais plus juste et solidaire. L’analyse des différences n’est pas esquivée par le relativisme, elle conduit à aller au fond des choses par exemple, eu égard aux spécificités du monothéisme, du Livre, des devoirs religieux dans l’Islam et dans le judéochristianisme. Elle est conduite en quête de compréhension de l’Unité « différenciée » pour favoriser les relations mutuelles. Rien ne peut être résolu par la simplification, sinon l’endoctrinement
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Le peintre Paul Rebeyrolle que l’auteur a bien connu, a en particulier utilisé la mythologie pour réaliser ses séries sur le « Monétarisme » dont une toile importante se trouve au Ministère des Finances (Bercy). 23 Kwame Appiah, #$03 0* *$0=&60 ,$:'$4$7)%):'&, Odile Jacob, 2008

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pour la conquête. Il s’agit de construire ensemble, hors prosélytisme…24. C’est bien de cette primauté de la pratique à laquelle nous invite Kwame Appiah25 pour développer les coopérations transculturelles et rattacher les individus à l’Art par leurs identités, mais aussi, par la contribution à l’œuvre de l’humanité tout entière. Ainsi d’un côté, la gnose du managérial Entreprise Monde « contre cosmopolite » est aux prises avec des universalités religieuses et laïques potentielles et concurrentes, consuméristes ou au contraire en résistance alors que de l’autre côté, le cosmopolitisme recherche toujours plus de connaissances et de vérités pour ne pas enfermer les individus dans des États conformés ; mais les rendre plus autonomes, plus libres pour une démocratie en progrès réel… Mai 68 avait apporté l’espérance d’une internationalisation de la libération des expressions pour surmonter les conservatismes d’asservissement aristocratique, à l’Est tout autant qu’à l’Ouest de l’Europe, au Brésil, au Mexique comme aux ÉtatsUnis. Mais le mouvement avait été récupéré par les tenants du libéralisme, usant de la globalisation, portés par la vague pour tenter de rester maître des libertés. Ils avaient suscité le contrecosmopolitisme, sans bien se rendre compte qu’ils se condamnaient à ne plus pouvoir comprendre les évolutions26. Le contre cosmopolitisme l’avait emporté, en inscrivant « la relation politique entre gouvernements et gouvernés dans un ordre symbolique, largement partagé. Cet ordre est gouverné par deux sortes de pulsions : d’une part le désir illimité d’acquisition des biens et richesses (chrématistique) et de l’autre l’abrutissement de la jouissance (pléonexia). Ces deux pulsions (posséder, détruire et s’autodétruire) s’inscrivent dans une économie de la somptuosité et une politique de la volupté, héritées à la fois des imaginaires historiques coloniaux et ancestraux de gouvernement dont elles se nourrissent (du Nord au Sud et pas seulement en Afrique, de l’Ouest à l’Est)… L’enlacement dominantdominé est constamment masqué, ratifié et réitéré par le biais d’une civilité de type cérémonielle et d’une prosaïque de la coercition fort ritualisée… »27. La libération on le pressent, passe par l’acceptation du cosmopolitisme.

Jacques Ellul, H:76' &% K05@$<,83):%)6*):'&, préface par Alain Besançon, PUF, 2004 Kwame Appiah, #$03 0* *$0=&60 ,$:'$4$7)%):'&, Odile Jacob, 2008 26 Le Général de Gaulle rendait une visite officielle au dirigeant Ceausescu en plein événement de mai 68. 27 Achille Mbembe, ^& 76 4$:%,$7$*)& : 2::6) :03 7?)'69)*6%)$* 4$7)%)N0& 56*: 7?P+3)N0& ,$*%&'4$36)*&, Ed. Karthala, 2005
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L’une des origines majeures de la financiarisation réside dans la réalisation du développement, par pure croissance externe et plus seulement par croissance interne renforcée, entendue comme la poursuite autonome de l’exploitation des potentiels acquis au départ par un entreprenariat familial, avec ou noninvitation de tiers, sociologiquement proches à apporter leurs concours financiers. Dans ce cas, l’alliance avec une autre entreprise par fusion, concentration, quasi acquisition supposait des efforts de psychologie considérables pour créer des stimulations de synergie et non des inhibitions ou découragements, car l’objectif était de soutenir la croissance « interne » et la renforcer. Pas question dans ce cas de payer trop cher l’extension, car il fallait se référer aux rentabilités comparées et conserver les hommes en aménageant les organigrammes pour que chacun y trouve sa place avec un supplément d’âme. Peutêtre fallaitil à la limite prévoir de réduire les recrutements précédemment envisagés, en considérant les opérations décidées comme apporteuses de potentiels humains et démontrer leurs effets qui avaient été déjà prévus, grâce à une nouvelle ,$34$36%& 9$=&3*6*,& avec ce qu’elle suppose d’esprit d’équipe, de réflexions sur les différents inconvénients, ses solutions adaptées, sans rien renier, surestimer, sousévaluer. Il s’agissait davantage de définir les nouvelles approches que la taille rendait possibles et acceptables. Les méthodes de gestion étaient dès lors inventées ensemble, par réflexions autocritiques de dépassement. Elles étaient le produit des entreprises partenaires comme premier ciment de leur rencontre et action commune. Puis la croissance externe est devenue la règle, un jeu de quitte ou double, il fallait se résigner à atteindre à tout prix la taille définie comme absolument nécessaire pour rester compétitif sur son marché et pour conquérir les autres marchés déterminants afin d’améliorer les performances ou si cela était hors de portée, il fallait accepter de se démettre, de s’offrir aux plus offrants avec une préférence accordée aux acquéreurs étrangers, avides des positions occupées. La rareté des possibles acquisitions explique désormais les valorisations28. Les méthodes de gestion doivent être préfabriquées en externe, dans quelques instituts créés pour être les laboratoires de prise de contrôle, amicaux ou hostiles. Il faudra agir par abordage et donc imposer un régime et une administration nouveaux. Les hommes devront s’y convertir, à la condition d’être considérés capables, car il s’agit d’un nouveau départ qui doit être l’occasion de remettre en cause les positions acquises, faire oublier les mémoires
Alcon, achetée 230 millions de dollars par Nestlé en 1978 avec l’aide technique de Synthélabo, vendue en 2008 39 milliards à Novartis pour un chiffre d’affaires de 5,6 milliards de dollars et un résultat d’exploitation de 1,9 milliard.
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de l’Histoire, provoquer de nouveaux attachements et de nouvelles dépendances. Désormais, l’acquéreur dispose des techniques de reprise qui à elles seules permettront de payer plus que de raison et d’être compétiteur pour saisir la rareté en surenchère. Par garantie, il imposera ses hommes emprunts de la culture du résultat, encouragés par des stockoptions, prémunis par contrats et parachutes dorés. Bien souvent, il procèdera par endettement ou constitution de pools financiers et devra attirer des hommes mercenaires ad hoc. Il lui faudra se montrer persuasif et attractif pour vanter un radicalisme exempt de tout sentiment d’où le détachement qu’il doit avoir par rapport aux activités présentes comme futures et des hommes qui les constituent, en encourageant les principaux à se considérer en acteurs autonomes pour mieux s’en défaire et rester libre visàvis d’eux. Logique de considérer l’évolution comme essentiellement dictée par la financiarisation, les sociétés spécialisées en sont devenues instigatrices, entraînant les offres de services dans ce marché sans limites jusqu’au point même qu’elles dominent le processus, en devenant les opérateurs des entreprises qu’elles contrôlent, devenues exécutantes et dépourvues d’initiatives. Ce phénomène fut à l’origine du développement de la banque d’affaires et d’investissement, de la banque assurance universelle pour drainer l’épargne et la rendre mobilisable à court terme, des fonds de pension pour collecter au maximum l’épargne disponible. Mais ce fut dans la foulée l’inévitable volonté d’aller plus vite par le spéculatif en fixant des durées limitées aux opérations pour ne pas être entraîné sans possibilité de dégagement et risquer de ne pouvoir saisir d’autres opportunités encore plus profitables. Alors se multiplièrent les sociétés de capital à risque, de '6*69&'&*% J0F $0% et à l’apogée de leur évolution, les 8&59& +0*5:, aux aguets de toute plus value non encore identifiée, mais qui pourrait être saisie pour peu que l’opération soit ultra rapide et par surprise, avec les moyens financiers et humains nécessaires ; il faudra débarquer les anciens dirigeants ou propriétaires, car démonstration aura été faite qu’ils ne sont plus les créateurs de valeurs qu’ils auraient pu et dû être. Nous sommes insensiblement passés de l’analyse de la valeur, qui consistait dans les années 60 à détecter les survaleurs consacrées à une fonction, un objet, une technologie, maîtriser au plus près les allocations de ressources et les prix de revient par ce management de la création de valeurs tout au long de la chaîne depuis l’idéation jusqu’à la satisfaction des consommateurs. Tout doit être valorisé, quitte à décomposer, déconstruire, reconstruire, externaliser ou internaliser, licencier « )* » et « $0% », imaginer tout service aux consommateurs, toute appropriation des utilisateurs. La création de valeur devient synonyme de création de valeur ajoutée aux prix du marché. L’employé devient l’instrument opportuniste de cette création de valeur ajoutée, il doit désormais être exprimé en valeur financière. Il est alors possible de lui attribuer une contribution aux résultats auxquels dès lors il sera intéressé, bien moins certes que ceux à qui il est redevable de son insertion dans l’organisation de la chaîne des valeurs. 40