Double manuel de médiation

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Français
236 pages
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Description

Lorsque surgit un différend entre des personnes ou des groupes, la médiation est une alternative rapide et peu coûteuse aux tribunaux. Elle demande la présence d'un tiers – le médiateur – et une véritable collaboration des parties. Cet ouvrage aborde le procédé de deux manières différentes: la première vise l'efficacité occidentale, la recherche du résultat, la structuration de la démarche, la rigueur des étapes, la précision de l'intervention; la seconde évoque la globalité orientale, le recul utile pour ne pas être dupe, la richesse et la profondeur que peuvent y trouver ceux qui la pratiquent... Les auteurs, tous deux médiateurs agréés, pensent qu'il convient de maîtriser deux approches apparemment inconciliables pour offrir aux "médiés" les moyens de dépasser leurs difficultés. Leurs méthodes s'emboîtent ici de manière harmonieuse, conciliant le juridique au psychologique. Mêlant réflexions et conseils, voici un «Double manuel de médiation« bien pensé et original.

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Informations

Publié par
Date de parution 20 décembre 2012
Nombre de lectures 45
EAN13 9782748399363
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Double manuel
de médiation
Daniel Courbe – Louis Genet










Double manuel
de médiation

Regards croisés pour une justice en mouvement


















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IDDN.FR.010.0117802.000.R.P.2012.030.31500




Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2012




Introduction



Nous savons qu’il est impensable de transmettre un
savoir-faire technique par la voie d’un livre. Il en va de la
médiation comme de la conduite automobile, sa pratique
ne s’apprend pas dans un livre. Néanmoins, il est possible
de transmettre un certain nombre d’informations qui nous
ont paru importantes dans l’exercice de la fonction de
médiateur et qui sont au cœur de notre pratique. Toute
pratique se fonde en effet sur une théorie et, comme aimait
le répéter Kurt Lewin, il n’y a rien de plus pratique qu’une
bonne théorie !

Notre approche formelle (deux textes différents qui se
confrontent page de gauche et page de droite) peut
surprendre puisqu’elle est double. Approche double, d’un
côté d’un avocat qui, ayant nourri sa pratique durant de
nombreuses années dans le rapport à la loi, en a aussi saisi
les limites. Il est alors allé chercher du côté de la
psychanalyse et de la philosophie orientale des référents qui
permettent à chacun d’entendre et pas seulement
d’écouter. De l’autre, un praticien des ressources
humaines élevé à la souplesse des méthodes
psychosociologiques et de la relativité anthropologique qui, lui, a
cherché à fournir un cadre structurant à ce moment parfois
très difficile qu’est la médiation. Le premier a donc fait
éclater un cadre de référence classique de la médiation, le
second en a ramené un autre.
Suite du texte sur la page impaire 9Mais aussi…

Le médiateur travaille avec des parties en relation : c’est
notamment en cela qu’il se différencie d’un thérapeute. Le
médiateur ne travaille pas avec une seule personne
confrontée à elle-même : cette approche – qui tend à
explorer et à comprendre la structure d’une personnalité
dans un dispositif intervenant/client – est du domaine de
la thérapie.

Le médiateur ne travaille pas avec une seule personne
mais au moins avec deux parties qui sont en relation : les
conditions pour que ce travail s’initie sont donc plus
exigeantes que celles imposées au thérapeute parce que, si la
démarche thérapeutique individuelle n’est pas facile à
entreprendre, la combinaison de deux volontés implique à
tout le moins l’accord des parties en présence de
s’inscrire dans ce processus.

Il faut en fait trois conditions : il faut que les parties
soient d’accord de constater
- qu’il y a une difficulté,
- que cette difficulté dépasse leurs capacités
naturelles de résolution et
- que cette difficulté soit reconnue par les parties
comme entrant dans le domaine de compétence du
médiateur.

Mais la distinction entre le travail thérapeutique sur
une personne et le travail sur la relation entre des
personnes est en réalité ténue : comment travailler sur la relation
sans mobiliser les personnalités en présence. Qu’est-ce
d’ailleurs qu’une relation sinon la rencontre et le dialogue
de deux ou plusieurs personnes.
Suite du texte sur la page paire 10Ce livre est donc la rencontre improbable de deux
praticiens de la médiation qui ont aussi chacun une pratique
de la formation et qu’a priori tout éloigne. Tout sauf une
claire vision qu’aucune méthode – de quelque qualité
qu’elle soit – ne peut répondre de manière univoque pour
ne pas dire totalitaire au foisonnement des situations
humaines et des souffrances qu’ils ont rencontrées dans leur
fonction de médiateur.

Tout comme une partition musicale se lit sur plusieurs
portées, ce livre a, au choix du lecteur, une vocation
instrumentale pour ceux qui veulent améliorer leur outillage
technique et leurs schémas procéduraux. Il ouvre aussi la
possibilité d’une réflexion sur son choix méthodologique
en relation avec sa philosophie de la vie.

En effet, les auteurs sont convaincus que la médiation,
en plongeant ses racines dans la nuit des temps, n’est pas
le phénomène passager que certains imaginent ou
redoutent. La fonction de socialité qui lui est sous-jacente, cette
nécessité impérieuse du « vivre ensemble » et de fixer
chacun ses droits et ses limites se reconstruit sans cesse et
a fait en sorte au cours du temps d’y trouver des acteurs
capables d’en être les tiers catalyseurs.


Suite du texte sur la page impaire 11
Le médiateur doit donc réussir ce tour de force d’être
le « thérapeute » de la relation de deux ou plusieurs
personnes à la fois.

Suite du texte sur la page paire 12












La mètis est bien une forme d’intelligence et de pensée,
un mode du connaître ; elle implique un ensemble
complexe, mais très cohérent, d’attitudes mentales, de
comportements intellectuels qui combinent le flair, la
sagacité, la prévision, la souplesse d’esprit, la feinte, la
débrouillardise, l’attention vigilante, le sens de
l’opportunité, des habiletés diverses, une expérience
longuement acquise ; elle s’applique à des réalités fugaces,
mouvantes, déconcertantes et ambiguës, qui ne se prêtent
ni à la mesure précise, ni au calcul exact, ni au
raisonnement rigoureux. (…) l’individu doué de mètis, qu’il soit
dieu ou homme, lorsqu’il est confronté à une réalité
multiple, changeante, que son pouvoir illimité de polymorphie
rend presque insaisissable, ne peut la dominer, c’est-à-dire
l’enclore dans la limite d’une forme unique et fixe, sur
laquelle il a prise, qu’en se montrant lui-même plus
multiple, plus mobile, plus polyvalent encore que son
adversaire.

DETIENNE (M.) et VERNANT (J.-P.), Les ruses de
l’intelligence : La mètis des Grecs. Paris, Flammarion,
1974.
Suite du texte sur la page impaire 13


Chapitre I.
La médiation



Ce chapitre a pour objectif :
- de définir la médiation
- d’en dresser l’environnement et ses conditions
d’émergence
- d’en définir les techniques essentielles
- d’en souligner les limites
Définition.
La médiation
Processus de coopération en vue de la résolution d’un
différend dans lequel un tiers impartial est sollicité par les
protagonistes pour les aider à trouver un règlement
amiable satisfaisant
I. L’évolution du contexte et le cadre conceptuel.
« La loi, c’est moi ! »
Les tâches et les rôles professionnels changent
fondamentalement dans deux cas de figure, soit dans les
situations où les institutions sont fortes et imposent des
modèles d’action (ex : Les Corporations,…), soit lorsque
les institutions sont en décomposition.
Suite du texte sur la page impaire 15Dimension « objective » ou « subjective » de
l’intervention du médiateur
Les tenants de l’intervention « objective » diront que le
travail du médiateur n’est pas thérapeutique parce qu’il se
limite aux difficultés concrètes rencontrées par les parties
en présence. L’intervention du médiateur se limiterait,
selon les tenants de l’objectivation du conflit, à la
recherche de solutions à des problèmes « terre à terre » tels que
des troubles de voisinage, le partage de droits ou la
réparation de dommages ou encore l’organisation de
l’hébergement des enfants ou le calcul des parts
contributives.

Mais dans tous les champs investis par les médiateurs,
que les parties en présence aient vocation à poursuivre
des relations obligées comme dans le cas de voisins ou de
couples avec enfants ou que la relation soit destinée à se
terminer à bref délai, la composante relationnelle est
systématiquement prédominante.

Les difficultés – même celles qui n’ont pour terrain que
l’évaluation financière d’un dommage ou l’équilibre d’un
contrat – prennent toujours racine et se résolvent sur base
de la dimension relationnelle des parties en présence.

Il y va systématiquement de l’interaction entre les
personnes en présence, l’une réagissant aux actes de l’autre
et réciproquement.

Suite du texte sur la page paire 16Nous sommes fondamentalement dans cette deuxième
situation qui se caractérise par une époque de «
désinstitutionnalisation ».

Nous ne pouvons en effet nous empêcher de remarquer
par exemple :
1. Un affaiblissement généralisé des normes et des
modèles :
Par exemple la famille :

D’un modèle unique longtemps sacralisé, nous
trouvons aujourd’hui des couples mariés ou non, des familles
monoparentales, des familles homosexuelles parfois avec
enfants.

Par exemple l’école :

Son rôle dans l’apprentissage est sévèrement battu en
brèche. D’un lieu unique de savoir, elle se retrouve placée
en concurrence avec d’autres acteurs dans bien des
domaines tels que l’apprentissage professionnel, les stages de
langues, les technologies électroniques de communication.
Son statut et sa légitimité sont remis en question.

Par exemple la justice :

Placée régulièrement sur la sellette médiatique, elle fait
l’objet d’un processus de réformes non encore abouti. Des
commissions d’enquêtes impensables il y a trente ans
mènent un « travail d’instruction » parallèle.


Suite du texte sur la page impaire 17La relation n’est cependant qu’une des données qui
font partie de la situation des personnes en médiation : le
succès de la promotion de la systémique résulte de cette
spécificité. Aborder la relation comme un système est
évidemment profitable mais la modélisation sous forme de
système n’est possible qu’après avoir situé la position de
chacun des protagonistes dans le système.

Il y a donc un impératif qui est premier : comprendre la
position de chacun ou pour mieux dire, arriver à « se
noyer dedans ».

Cette prémisse étant accomplie, le dévoilement d’un
système peut être envisagé mais nous verrons que bien
souvent, cette reconstruction imaginaire sera superflue.

Suite du texte sur la page paire 18D’une manière générale, d’un modèle institutionnel
unique, nous passons aujourd’hui par un double
phénomène d’éclatement et de complexification, à une société
dans laquelle il est demandé aux institutions d’être plus
pertinentes (capable de s’adapter à la situation à traiter)
que cohérentes (capable de répondre globalement de la
même manière à toutes les demandes).
2. Un affaiblissement de la référence au cadre légal :
La loi n’apparaît plus à beaucoup que comme une
« théorie » discutable et le foisonnement des
réglementations et des conflits d’intérêts se révèlent une source
permanente d’arrangements particuliers envisageables.
Alors que précédemment, la valeur dominante était
l’égalité de droit devant l’universalité des règles, la valeur
actuelle est celle de la performance considérée comme la
définition de normes pragmatiques liées à la résolution de
cas particuliers.
3. Une montée des intérêts individuels :
Dans la logique économique du consumérisme, chaque
acteur dans la société s’efforce d’utiliser à son profit les
institutions de manière temporaire, stratégique et limitée.
En bref, il s’agit alors de maximiser ses profits à court
terme et de minimiser voire de nier le long terme tant dans
ses coûts que dans ses objectifs.

J. K. GALBRAITH dans La république des satisfaits
(Paris, Seuil, 1993) n’hésite pas à écrire : « La leçon plus
vaste n’est pas douteuse : fortunés et privilégiés, de toute
évidence, ne pensent pas et n’agissent pas en fonction de
leur propre intérêt à long terme. Ils réagissent, et
puissamment, pour défendre leur confort et leur
Suite du texte sur la page impaire 19Les causes et la gestion des conflits – tentative de
théorisation

Un champ d’énergie s’est constitué au fil de
l’accumulation de la douleur provoquée par le conflit :
l’égo se nourrit de sa souffrance.

Dans l’alchimie constitutive de la personne, parmi la
place et le poids
- des relations familiales,
- des relations amicales,
- du stress causé par le travail,
- des préoccupations financières,
- de l’ennui,
- de l’enthousiasme dans ses activités,
- du plaisir de vivre,
- du sens qu’il a trouvé à sa vie,
- etc.,

Quel rôle et quelle importance a le conflit dans lequel
le médiateur intervient ?

Le point conflictuel est douloureux : ce nœud irradie
ses rougeurs sur la totalité des pensées et l’esprit se
focalise sur ce dysfonctionnement, le grossissant par une sorte
d’envahissement obsessionnel.



Suite du texte sur la page paire 20 contentement immédiats. C’est l’état d’esprit dominant. »

À la limite, ce droit revendiqué à la négociation
perpétuelle, à la flexibilité de normes perpétuellement
révisables, renvoie les juges à entériner les rapports de
force et à ne plus être le garant que de l’indisponible
(partie Droit pénal et Droit civil).
4. L’accélération du virtuel et du technologique :
Pour la première fois dans l’histoire, la richesse est
dans le non-matériel donc dans le virtuel. Par exemple, le
programme informatique coûte plus que l’ordinateur.
L’économie devient de plus en plus immatérielle et
diversifiée de même que le patrimoine. L’argent physique
devient de plus en plus virtuel. La vitesse de
communication permet une information très rapide et des décisions de
transferts immédiats peuvent être prises par les acteurs
sans intermédiaires. De manière générale, l’immédiateté
de la satisfaction des désirs est valorisée.

II. Quelle action envisager ?
Cette montée de la complexité est difficile à entendre
par les institutions qui essaient tant bien que mal :
- de colmater les brèches (« cela va s’arranger »)
- de chercher la solution simple et définitive («
ditesnous ce que vous voulez une fois pour toutes ! »)
Suite du texte sur la page impaire 21Dans son langage intérieur, la personne parcourt
sempiternellement le récit des raisons de son opposition, en en
renforçant chaque jour un peu plus sa représentation
intime.

En exprimant ses pensées et en racontant le conflit au
médiateur, la personne se livre au tribunal de l’autre et
modifie par cette seule expression sa représentation : elle
ne lui appartient plus en propre et à son adversaire, elle
est partagée par un tiers neutre. « Je » n’est plus un
étranger pour l’autre.

Mais pour pouvoir dire les choses, il faut pouvoir les
éprouver une nouvelle fois : les paroles décollent alors
l’émotion de l’événement et permettent de mettre à
distance l’affect et l’objet. Du coup, l’affect peut être géré
autrement.

Celui qui dit « je pense, donc je suis », opère une
cassure dans le collapse du réel : le niveau de réflexion de
celui qui pense n’est plus le niveau de celui qui dit qu’il
est. La conscience d’être ne fait pas partie du flot de
pensées qui a permis à la personne de dire qu’elle existe.

Dire son histoire réconcilie le moi intime et le moi
social. L’historisation est donc thérapeutique par le seul fait
de l’élaborer.
Suite du texte sur la page paire 22Dès lors, faute d’un modèle d’organisation qui pourrait
donner du sens à la vie en société, on se rabat soit sur la
violence soit sur des négociations permanentes. Il s’agit là
d’un risque important, d’un tonneau des danaïdes, avec
comme caractéristiques une perte de référents communs et
l’émergence de la multiplicité des points de vue érigés en
normes absolues. Poussé à l’extrême, il n’y a plus de
principe d’universalité des règles.

Cette utopie de la liberté totale se fracasse dans sa
contradiction même. Dans le domaine économique, la
libéralisation de l’économie en Russie conduit à sa reprise
de contrôle par la mafia locale. Chez nous, chaque crise
amène les acteurs économiques les plus soucieux de leur
indépendance totale à faire des appels incessants aux
pouvoirs publics pour jouer le rôle de régulateurs des tensions.

Au-delà de la question de l’identité et du rôle des
pouvoirs publics sur lesquelles un auteur comme P. DELMAS
(Le maître des horloges. Modernité de l’action publique.
Paris, O. Jacob, 1991.) porte un regard intéressant, c’est
sans doute davantage, à l’aube d’un nouveau millénaire,
d’un nouveau contrat social dont il s’agit avec en
corollaire la question du « Qui a droit à quoi ? »

L’autonomie d’un sujet ne pourra jamais se construire
que dans le cadre de relations sociales dont chacun doit
payer le prix, condition sine qua non de la création et du
maintien de liens sociaux.


Suite du texte sur la page impaire 23L’équilibre des forces
Dans notre mode de pensée occidentale, nous appuyons
nos raisonnements et nos comportements sur des paires de
contraires : bon/mauvais, noir/blanc, mâle/femelle,
paradis/enfer, honnête, malhonnête, etc.,… Ce sont les deux
absolus opposés qui structurent nos réflexions.

Sur une ligne qui va de 100 % d’un pôle à 100 % de
l’autre pôle, on peut régler le curseur soit aux extrêmes,
soit sur un moyen terme qui « coupe la poire en deux » et
tente de concilier les positions contraires.

Mais on peut imaginer une autre approche, une autre
manière de penser, qui intègre et laisse coexister les deux
pôles, à égalité. L’un n’existe pas sans l’autre en toutes
hypothèses : le blanc sans le noir n’existe pas comme les
mâles n’existent pas sans les femelles.

Il n’y a donc pas lieu de penser un pôle sans l’autre
mais il convient de penser les deux pôles comme une
combinaison de forces qui constituent une entité.

Comment préparer son esprit à cette vision holistique ?

D’abord par des stratégies d’évitement de l’absolu : ne
pas affronter l’un ou l’autre pôle mais, dès qu’on aperçoit
l’absolu, passer à côté, comme pour réduire la différence.
Ne pas vouloir passer en force, frontalement, mais
évoquer les choses comme flexibles, en les faisant pencher de
l’un, puis de l’autre côté.
Suite du texte sur la page paire 24Au vu de ce qui précède, le professionnel n’a donc
plus la légitimité de l’expertise, de celui qui fournit un
modèle de solution puisque ce dernier est devenu
inexistant. Le « client » voulant être acteur de ses choix et sujet
reconnu comme tel, le professionnel de la médiation a
lui pour rôle d’aider les acteurs à se doter de
ressources pour réaliser leurs scénarios et leurs projets.

La difficulté la plus répandue est sans aucun doute,
devant les émotions et valeurs véhiculées par les parties et
corollairement ce qu’elles véhiculent dans nos propres
affects, de cesser de vouloir jouer les sauveteurs d’une
partie vue comme victime de l’autre, considérée elle
comme étant le bourreau. Une voie ouverte consiste
notamment à passer du problème au projet, par exemple
dans le cas d’un divorce avec enfants de passer de la
conjugalité à la parentalité. Il s’agit là d’un moyen de
recadrage afin de resituer les acteurs dans un nœud de
relations sociales indispensables.

Travail difficile certes, travail qui engage notre
responsabilité professionnelle mais surtout personnelle.

Aristote écrivait déjà « Tels sont les hommes ! En effet,
ce qu’il y a d’absolument agréable chez eux doit être
défini en termes de but et de temps. »
ARISTOTE, Éthique à Eudème. Paris, Rivage, 1994
Suite du texte sur la page impaire 25Cela implique de réduire nos convictions, voire de les
annihiler car elles constituent des blocs solides sur
lesquels on peut se heurter.

Le roseau plie et se remet en place après avoir essuyé
la tempête : revoilà le flexible droit…

Un autre moyen est d’enrichir la parité d’un tiers et les
quatre directions (nord, sud, est, ouest) d’une cinquième –
le centre – de manière à éviter la création et
l’affrontement d’une bi-polarité.
La part d’inconnu dans la maison
La personne en médiation peut être perçue comme une
somme de difficultés existentielles : parmi ces difficultés,
se trouvent celles qui interagissent dans la relation qui
font le différent.

Une attitude peut consister à dépister ces points
d’accroche et à retenir ceux qui sont à la base de la
demande de médiation.

Mais une autre attitude pour le médiateur consiste à ne
pas s’arrêter au caractère opératoire dans la relation des
éléments dépistés. La personne n’est pas seulement agitée
par des émotions identifiables ou générée par le conflit :
elle n’est pas seulement tordue par les nœuds affectifs qui
la font souffrir.

Elle est confrontée comme tout humain à l’absolu, à
l’éternité, à l’infini : c’est notamment par son rapport à
l’inconnaissable qu’elle structure sa personnalité. Elle
gère ce rapport par le refoulement – en se noyant dans le
travail ou sa famille par exemple, par la foi, par
l’accomplissement quotidien de rituels auxquels elle s’est
Suite du texte sur la page paire 26III. La fonction de la médiation
Au vu de la définition produite, deux grands axes sont à
privilégier, à savoir que le résultat de la médiation doit
obéir à deux impératifs :
- produire une solution juste, équitable pour chaque
partie
- produire une solution qui satisfasse chaque partie

En effet, quelles que soient les intentions de chacun,
dès le moment où l’exécution de la convention repose sur
la volonté des intéressés, la double condition ci-dessus
repose sur un subtil dosage de patience et de précision
dans le travail mené. Trop souvent en effet, on assiste à
des solutions boiteuses rapidement ficelées qui sont
injustes (une des parties dicte ses conditions à l’autre en
maniant par exemple mieux le langage que l’autre ou en
étant moins timide dans ses prétentions). Une vérification
en finale du respect de ces deux impératifs – qui sont
potentiellement contradictoires – est à considérer comme
importante.
IV. Le médiateur
Dans le règlement du conflit, le médiateur ne tire son
autorité que de la volonté expresse des parties en présence.
Il n’a en effet aucun pouvoir arbitral lui permettant de
désigner celui qui a raison ou tort.
Suite du texte sur la page impaire 27affiliée et ce mode de gestion est indissociable de son
rapport aux autres.

Un bourreau du travail ne réagira pas comme un
épicurien et un bouddhiste cherchant la sérénité organisera
son rapport à l’autre d’une autre manière que l’athée
angoissé, le fidèle obnubilé ou le matérialiste mystique.


Non que le médiateur doive aborder ces questions
intimes avec les personnes en médiation mais il est évident
que ces positions ontologiques structurent le rapport à
l’autre.

Approcher la place de l’autre dans le champ de
pensées de la personne en médiation est un peu comme de
placer un curseur sur une ligne qui va de l’égo à l’autre.
Si l’individu est comparé à une tarte, son égo mangera-t-il
le quart, la moitié ou les trois quarts de la pâtisserie : le
rapport à l’autre en dépend étroitement.

De même, si l’individu est une chose qui pense, qui
sent, qui voit et qui goûte, quelle est sa capacité à affecter
l’usage de ses sens à l’amour, à l’altruisme, bref à
l’ouverture sur l’autre et au décentrement.

C’est de la mise au jour – par la parole du médié – de
cette alchimie entre l’égo – toujours présent – et la place
de l’autre, de sa découverte et de sa plasticité que dépend
le travail du médiateur.


Suite du texte sur la page paire 28Le professionnalisme du médiateur se mesure d’abord
et fondamentalement moins à ses outils de travail qu’à ses
attitudes qui traduisent ou non la maîtrise de ses émotions.

C’est E. H. PORTER qui dans les années cinquante a
fourni le premier cadre conceptuel permettant de classer
les attitudes. Les attitudes sont des prédispositions
permanentes à agir d’une certaine manière vis-à-vis
d’autrui. Cela signifie donc que notre personnalité, nos
valeurs (ce qui important pour nous, ce à quoi nous
croyons) et nos choix vont immanquablement interférer
dans le processus de communication que nous conduisons.

Dans le rôle de médiateur, rôle qui n’est en rien un
directeur de conscience, le premier risque consiste dès le
commencement de l’entretien à adopter des attitudes
contradictoires au but recherché.

Suivant E. H. PORTER, il est possible de définir
globalement sept grands types d’attitudes :

La décision/suggestion (plus ou moins ferme)

Indiquer à autrui ce qu’il convient qu’il fasse

Exemple : « Suivez la solution que propose votre
épouse ! »

L’évaluation
Porter un jugement de valeur sur l’autre

Exemple : « Votre comportement est puéril ! »

Suite du texte sur la page impaire 29L’intention du médiateur
Dans un premier temps, le médiateur tentera de
maîtriser les techniques (injonction paradoxale, déroulement de
la séance ou prescription de tâches par exemple).

Dans un deuxième temps, il sera attentif aux causes de
la situation dans laquelle il intervient.

Les succès le griseront et il sera heureux de son utilité
sociale.

Parfois le doute le surprendra quant à sa mise à niveau
technique ou quant aux limites de son intervention.

Puis, entre séances de médiation, stages de
perfectionnement et rencontres professionnelles, il constatera qu’il
se sert des difficultés des personnes qui le consultent pour
apprendre : apprendre ce qu’il ne faut pas faire,
apprendre par le miroir que lui tendent les personnes en conflit
dans ses propres résonances.

Mais cette énergie qui résulte du conflit dans lequel il
intervient n’est ni neutre, ni inactive : la part conflictuelle
des médiés reconnaît la part conflictuelle du médiateur.

Un transfert énergétique s’installe et le médiateur subit
cette pollution agressive. Une séance de médiation
« pompe » souvent beaucoup l’énergie du médiateur.
Suite du texte sur la page paire 30Le support (aide par don d’information)
Fournir à autrui des possibilités supplémentaires qui lui
permettront d’atteindre ses objectifs (sans nuance de
suggestion)

Exemple : « Si vous le souhaitez, vous pouvez
consulter Monsieur X. qui est à même de vous fournir
rapidement l’information que vous cherchez »

Le support (aide par réassurance de l’autre)
S’efforcer de rassurer autrui

Exemple : « Il ne faut pas vous décourager. Devant une
pareille épreuve, beaucoup de personnes sont
désemparées. Vous pouvez vous en sortir. »

L’enquête
Rechercher plus d’informations auprès de l’autre

Exemple : « Quelles sont les raisons pour lesquelles
vous souhaitez conserver la maison ? »

L’interprétation
Traduire les idées exprimées par autrui en expliquant ce
qui n’a pas été dit ou en dévoilant ce qui est resté caché

Exemple : « Votre refus de communiquer les factures
ne serait-il pas lié comme l’a dit votre épouse à votre désir
de tout commander dans votre ménage… »


Suite du texte sur la page impaire 31Peu de formations apprennent au médiateur à gérer
son équilibre, à s’accommoder des masses énergétiques
dans lesquelles il travaille.

Prenons une métaphore : une « prise de becs » entre
protagonistes consomme 100 unités énergétiques chez
chacune des parties. L’affrontement fait monter les
arguments – comme les armes en mode de dissuasion – et le
médiateur est confronté aux échanges verbaux qui
mobilisent de plus en plus d’énergies.

Faut-il réduire l’affrontement ? Faut-il mettre en œuvre
une action – mettons 1000 unités énergétiques – qui va
submerger les médiés et faire passer au second plan les
quelques unités qui les agitaient.

Illustrons le propos : les deux parties veulent la maison
mais ne veulent pas la payer trop cher. Les arguments
s’échangent : « j’ai investi beaucoup dans cette maison et
toi tu n’as rien fait » (valeur énergétique : 250), « je
pensais à nos enfants mais toi tu ne penses qu’à tes
maîtresses : 500), « mes parents y
ont beaucoup investi aussi, c’est une maison de famille »
(valeur 750), etc.,…

Le médiateur peut partir dans un long discours dans
lequel il va tenter d’équilibrer les énergies exprimées par
chacune des parties, puis évoquer le risque d’un procès en
le quantifiant de 10 fois les énergies évoquées jusque-là
pour réduire le gap entre les positions : il peut encore
sortir du cadre (vendre la maison) pour rendre le combat
inutile, bref, les pistes d’interventions sont nombreuses.

Suite du texte sur la page paire 32La compréhension
Réexprimer le plus fidèlement possible la totalité de ce
qui se passe chez autrui en respectant la manière dont il
ressent ce qu’il vit.

Exemple : « Vous me dites en soupirant que cette
proposition vous convient… »

Cette dernière attitude – appelée aussi par C. ROGERS
empathie –, est fondamentale mais peu pratiquée. Elle
ouvre la porte de la communication à l’autre, elle
l’entraîne à poursuivre sa réflexion personnelle. Elle se
fonde sur l’utilisation de techniques d’écoute, de
reformulation et de reflet.

En matière de médiation, sauf en situation d’urgence ou
de danger, les deux premières attitudes sont évidemment à
éviter. Le travail de formation le plus important à effectuer
pour le professionnel se situe souvent dans l’acquisition de
la dernière attitude car la « compréhension » va à l’opposé
tant de la pratique courante de l’expertise qui nous pousse
à vouloir régler nous-même le problème de l’autre que de
la prise de temps nécessaire pour que l’autre identifie
luimême le problème, l’analyse et fournisse sa propre
solution…

Suite du texte sur la page impaire 33Mais au lieu de voir les choses par les solutions ou les
souhaits des médiés, voyons-les par les intentions : qu’est
ce qui pousse le médiateur à intervenir ?
- Son envie d’être sauveur ?
- Sa bonne conscience ?
- Son besoin d’être aimé ou reconnu ?
- Le traitement de sa culpabilité ?
- Sa soif de justice ?

Son intervention sert-elle son besoin ou son désir de
réussite ou veut-il endosser la problématique conflictuelle
pour former avec les médiés un trio de victimes –
sauveur ?
Le médiateur nocif
Le conflit a une fonction de protection : il fixe les
limites de chacun.

En aplanissant ou en gérant le conflit, le médiateur
peut contribuer à effacer la protection des protagonistes et
précipiter le déplacement du symptôme vers une limite
plus inconfortable.

Prenons par exemple l’interaction d’une personnalité
violente avec une personne victime : abaisser la tolérance
risque de reporter la solution soit vers une amplification
de la violence, soit vers le déplacement des symptômes
dans la dépression, la maladie ou le passage à l’acte.

Suite du texte sur la page paire 34V. Un substrat théorique pour la médiation
1. La difficulté
Au départ, le médiateur se trouve très souvent devant
un jeu de marmites à pression qui peuvent à tout moment
exploser… Il y a en effet très souvent des difficultés, des
rancœurs, des émotions telles entre les participants que la
raison a cédé le pas aux cris et aux larmes.
2. L’enjeu
L’enjeu du médiateur est d’abord de permettre aux
participants de vivre leurs émotions en les canalisant
suffisamment afin de pouvoir se parler franchement et
librement en limitant autant que faire se peut les
agressions mutuelles. Ensuite, lorsqu’une rationalité de discours
est envisageable, de proposer une méthode de travail
c’està-dire des étapes dans l’analyse des problèmes posés et
dans le choix d’une solution satisfaisante pour les parties.
3. Le choix théorique
Ces deux éléments de l’enjeu étant posés, nous avons
choisi deux lignes directrices fondamentales afin
d’avancer, à savoir d’une part les acquis de la
psychosociologie (école de la dynamique des groupes de K. Lewin
et de ses successeurs) et ceux liés à une vision dialectique
de résolution des problèmes (école de l’entraînement
mental – Peuple et culture).

Suite du texte sur la page impaire 35Il est donc parfois préférable de s’abstenir. De
considérer que le maintien de la situation conflictuelle est
préférable pour l’équilibre des personnes.

De supprimer le symptôme conflictuel risque de
pousser la cause à trouver une voie d’expression plus
inconfortable, voire plus dangereuse pour l’individu ou les
parties en litige.

La mode est hélas à l’agir, pas à l’abstention.

Les pleurs sont une thérapie, comme la colère, le repli
ou le silence ; rares sont ceux qui laissent pleurer, qui ne
parlent pas ou qui s’en vont.

L’intervention du médiateur comporte le risque de
bloquer la recherche autonome des voies de guérison : c’est
alors qu’il devient nocif. Parce qu’il refuse de se laisser
enseigner et ne peut s’autoriser à ne pas faire.

Le médiateur ne pourra jamais professer avec
enthousiasme malgré la confiance qu’il pourrait inspirer dans la
pratique de solutions : il devra toujours être humble et
rien ne le desservira plus que la prétention
d’accompagner les médiés dans l’accouchement de leurs
solutions.

Les choses viennent par surcroît, seulement : sans être
recherchées, ni voulues, elles émergent comme un
ordonnancement naturel qu’aucun médiateur, fut-il
extraordinairement doué, ne pourrait fabriquer
volontairement.


Suite du texte sur la page paire 36Ces choix théoriques peuvent paraître étranges tant ils
sont éloignés des schémas habituellement pratiqués. Ils ont
en commun une origine, ils sont issus d’une volonté de
résistance à la guerre et au totalitarisme. Savoir cela, c’est
déjà faire un pas. Nous allons revenir sur chacun d’eux.
4. Première avancée structurale : la psychosociologie
On doit à Kurt Lewin la découverte de la
psychosociologie, notamment par ses travaux sur la résistance au
changement. Juif allemand, il se réfugie aux USA dans les
années trente qui voient la montée du nazisme. Très vite, il
va s’intéresser aux stéréotypes, aux préjugés et va pour ce
qui nous intéresse plus particulièrement faire des
recherches sur la question centrale de la résistance au
changement. Il démontre notamment l’intérêt des
méthodes participatives. Par exemple, chargé notamment par le
gouvernement américain d’étudier la possibilité de
modifier la consommation alimentaire des ménages, il va
démontrer l’efficacité réelle de la participation des
ménagères dans le choix des aliments consommés. Avec ses
successeurs – dont plus près de nous en France certains
praticiens comme D. Anzieu et J.-Y. Martin (La
dynamique des groupes restreints, Paris, PUF, 1968 et svts) vont
être les vulgarisateurs, la théorie et les pratiques vont se
diffuser.

Suite du texte sur la page impaire 37C’est la loi naturelle de l’équilibre qui s’établit sans le
vouloir, simplement parce que les choses se mettent dans
un ordre d’où émerge sinon la beauté, à tout le moins une
homéostasie qui n’est pas nocive pour les médiés.

C’est que le conflit est une demande du corps social qui
nécessite un processus de transformation personnelle que
le médiateur ne peut accompagner que dans la mesure où
il a entrepris lui-même les transformations nécessaires.

Il s’agit d’abord de se laisser enseigner par le conflit,
en suspendant le recours systématique aux recettes
apprises, en laissant de côté son orgueil et sa toute puissance
supposée, acceptant qu’il ne peut – et ne sait – rien faire.
Les techniques – réponses et non-réponses
Par rapport à quelqu’un qui parle, il y a 4 réactions
possibles :

1. l’approuver : « c’est bien », « je comprends »,
« d’accord » :
- cette réponse a pour effet de clore le sujet,
d’adresser un message qui veut dire « c’est
entendu » et donc de ne pas laisser la liberté au sujet de
le répéter, de le compléter ou de le préciser : cette
réponse présente le risque de bloquer la
communication puisque par l’appropriation du discours de
l’autre, aucune relance n’est possible sur ce sujet
car il y a fusion entre l’émetteur et l’auditeur,


Suite du texte sur la page paire 38Or, dans le cas de la médiation, le médiateur se situe
bien dans un groupe puisque l’on considère que celui-ci
naît à partir de trois personnes, c’est-à-dire au moment où
le nombre de canaux de communication dépasse le nombre
de personnes. Ce point de départ – plus le nombre de
personnes augmente de manière arithmétique, plus le nombre
de canaux de communication augmente, lui, de manière
logarithmique – est important car la recherche montre tout
l’intérêt d’une connaissance fine des phénomènes de
groupe qui s’y passent. Si les émotions sont décuplées
dans les foules, il n’en demeure pas moins que la
connaissance des phénomènes de ce que D. Anzieu et J.-Y. Martin
ont nommé dès les années soixante la dynamique des
groupes restreints est importante. Nous renvoyons
volontiers à leur livre de base pour nous concentrer sur la
question de la conduite de la réunion de médiation.
5. Deuxième avancée structurale : l’entraînement mental
Dans le maquis du Vercors durant la deuxième guerre
mondiale, la question cruciale est celle de la formation des
résistants. Pour être simple et caricatural, comment en
faire des soldats intelligents puisque capables de concevoir
leurs coups de mains, sabotages,…et de prévoir aussi bien
leur retraite que les conséquences prévisibles pour la
population des environs. Il fallait donc entraîner ces hommes
à la résolution de problèmes pratiques. C’était d’autant
plus important que les conséquences pouvaient être
graves… Les intellectuels qui les encadraient, et pas des
moindres, ont alors fait référence à deux fondements, à
savoir d’une part la méthode scientifique et, de l’autre,
l’entraînement sportif. Pour la première, il s’agissait de
démonter la manière dont les chercheurs travaillaient dans
les laboratoires universitaires afin d’en extraire les phases
Suite du texte sur la page impaire 392. le contredire : « ce n’est pas juste », « c’est
inexact » :
- cette réponse a pour effet d’enfermer le sujet dans
la défense de sa parole : non seulement cette
réaction hypothèque l’avenir puisque ce désaccord
laissera des traces mais elle risque d’arrêter le
décours du discours par la volonté de convaincre
l’interlocuteur,

3. demander des précisions, des éclaircissements :
« comment cela s’est-il produit ? », « à quel moment ? »,
« quels effets cela a-t-il eu ? » (Questions ouvertes ou
fermées) :
- cette réaction limite la liberté du sujet dans le
décours de son discours : il avait peut-être envie de
passer à autre chose, d’en faire un préalable ou un
test : il s’agit de l’atteinte la plus forte à la liberté
du sujet, car l’auditeur prend le pouvoir sur la
suite du discours

4. ne pas répondre ou manifester son écoute par un
grognement (le « oui » ou le « ah » va porter à
interprétation : le sujet va tenter de classer ce « oui » ou ce « ah »
dans une des trois attitudes décrites ci-dessus)
- ce silence laisse toute liberté au sujet de
développer son discours dans le sens qu’il souhaite, de le
répéter, de le compléter, de passer à autre chose :
rien ne le freine et l’auditeur est alors seulement
tout à fait neutre.

Suite du texte sur la page paire 40de travail. Dans la seconde, il s’agissait de réfléchir à
transmettre cette méthode de travail par phases, un peu à
la manière dont un entraîneur sportif choisit de travailler
tel ou tel muscle selon les nécessités.
VI. Les techniques
Sur le plan de l’outillage technique, le médiateur
travaillera dès lors particulièrement les aspects qui suivent :
- l’écoute
- la résolution de problèmes
- la négociation
1. L’écoute
Les techniques d’écoute renvoient immédiatement aux
capacités de :
- neutralité (égalité des parties sans parti pris)
- tolérance (acceptation des valeurs de l’autre)
- patience (laisser à l’autre le temps d’expliquer en
détail)
- observation (tous les sens en éveil pour capter la
communication verbale et non-verbale de l’autre)
- reformulation (être capable de restituer ce qui a été
dit, y compris dans les détails)
- synthèse (être capable d’organiser les éléments
épars de la communication à partir des axes
importants pour l’autre)

Suite du texte sur la page impaire 41Cette préférence pour le silence vient de la règle qui
veut que c’est d’abord l’émotion qui est créatrice :
si l’irrationnel l’emporte sur le rationnel et
l’émotionnel sur l’intellectuel, alors la structure du
sujet pourra se laisser entrevoir. On pourra même
espérer apercevoir l’os qui dysfonctionne ce qui,
comme une révélation, pourra éclairer les parties
sur ce qui les agit.

Il est généralement considéré que ce qui revient au
médiateur comme bénéfice secondaire pollue l’intention et
handicape l’avenir de la médiation.

Non seulement il ne doit pas procéder de connu en
connu selon la méthode déductive mais il doit proscrire de
se faire plaisir ou de faire plaisir. Et en plus, il doit
résister au risque de devenir nocif.

Du côté des protagonistes, leur souhait est-il
l’apaisement ? Quel sens a leur conflit alors qu’ils ont
connu une vie commune sinon sans nuages, en tout cas en
trouvant facilement des compromis.

La réponse viendra de l’analyse de la fonction du
conflit dans l’histoire des médiés.

Suite du texte sur la page paire 422. La résolution de problèmes
Cette technique facilite l’écoute en l’inscrivant dans un
cadre structuré d’opérations logiques.

Ces opérations logiques visent à :
- identifier la situation de départ
- rassembler un maximum de faits
- récolter les opinions des parties sur les aspects
majeurs de la situation
- clarifier le problème en mettant en lumière la
contradiction née de l’opposition des thèses (la
problématique est cachée par essence, les parties
n’évoquant au départ que les symptômes qui leur
paraissent les plus apparents ou les plus importants
pour eux),
- identifier les causes et les conséquences de la
situation
- faire émerger des solutions
- retenir la solution la plus valide aux yeux des
parties.

Cet outil est la reprise de la boucle d’entraînement
mental qui peut être utilisée systématiquement.


Suite du texte sur la page impaire 43Tentative d’application concrète – la renonciation – la
méthode allusive – la métaphore – la maïeutique
Voilà un couple séparé avec un enfant. Il décide de
pratiquer l’hébergement alterné de leur enfant. Aucune
décision judiciaire ne vient conforter leur accord.

Le père est l’objet de reproches permanents de la part
de la mère qui réagit face au remariage de son ancien
compagnon.

Le père vit mal ces reproches et craint que la mère
remette en cause ce partage du temps d’hébergement de
l’enfant.

Quatre solutions apparaissent à la fin de l’entretien
entre le médiateur et le père :
- la saisine d’un tribunal pour officialiser le régime
d’hébergement de l’enfant : ceci est la demande
initiale du père qui imagine qu’une décision
officielle le mettrait à l’abri des reproches de la mère,
- la proposition d’une médiation entre parents en
vue de restaurer une communication pacifiée,
- l’acceptation par le père du mal-être de la mère et
l’adoption d’une attitude de surdité face aux
agressions dont il est l’objet de la part de la mère
et
- l’annonce de la possibilité d’abandon par le père
du système d’hébergement alterné, soit prêcher le
faux pour faire bouger le système.

Suite du texte sur la page paire 443. La négociation
Le champ de la négociation englobe généralement deux
grandes lignes directrices qui sont :
- la négociation compétitive (transfert de la violence
physique à la violence verbale) dans laquelle il
s’agit par des procédés de pression ou de séduction
d’atteindre le plus possible les objectifs que l’on se
fixe au détriment de l’autre partie. La négociation
compétitive joue gagnant-perdant.

- La négociation coopérative (recherche d’un accord
qui satisfait équitablement les parties) dans laquelle
il s’agit par des procédés d’échange d’informations
et d’analyse communs de satisfaire les deux parties
dans leurs besoins. La négociation coopérative joue
gagnant-gagnant.

La médiation se situe fondamentalement – et
idéalement – sur ce deuxième registre.

Pour qu’il y ait négociation, il faut rappeler que les
conditions qui suivent doivent impérieusement être
réunies :
- la présence d’un problème existant chez chacune
des parties

Si une des parties ne perçoit pas un problème pour elle,
pourquoi négocierait-elle ?
- la volonté de régler le problème chez chacune des
parties
Suite du texte sur la page impaire 45Deux questions méritent d’être soulevées :
- d’une part, le médiateur doit-il exposer ces
solutions possibles au père et
- d’autre part, quelle solution choisir.

Il est clair que les solutions ne doivent pas être
énoncées par le médiateur : il faut que ces possibilités soient
trouvées de manière autonome par le père. Le médiateur
peut aider à trouver ces solutions par la méthode
allusive : en grossissant les traits ou en déplaçant les éléments
du problème – évoquer la mort d’un proche, la maladie
d’un parent, le médié doit arriver à trouver seul les
solutions possibles.

Si le médiateur décrypte le système en place et expose
son analyse au père, la réaction classique est de contester
cette analyse et de refuser la réduction théorique à
laquelle le médiateur se livre.

L’on accepte avec plus de facilité ce qui vient de
soimême : c’est la méthode socratique qui permet de
fabriquer sa vérité. Ce travail de construction rend plus solide
la conviction du médié dans son explication.

Il faudra donc toujours se dégager des agencements
construits par l’entendement : c’est l’acte qui fait l’Être.

Et l’avenir du sujet ne dépend pas de sa nature – qui
n’existe pas pour l’autre et qui est en tout cas
inconnaissable – mais de ses actes.



Suite du texte sur la page paire 46Si une des parties décide de « vivre avec » son
problème, pourquoi négocierait-elle ?
- une marge de manœuvre

Si une partie vient avec sa solution et que celle-ci ne
peut être modifiée, il y a soit acceptation soit refus mais
jamais négociation.

En ce qui concerne la médiation, il s’agit d’une forme
particulière de négociation, les parties ayant recours à une
personne extérieure afin de mieux clarifier le problème et
permettre la circulation de la communication parfois
défaillante dans des situations à haut stress émotionnel.

L’art du médiateur consiste souvent d’abord à calmer la
tension émotionnelle par le soin qu’il porte à écouter
activement chacune des parties dans l’expression de ses
besoins. Il arrive régulièrement que, dans un premier
temps, le médiateur rencontre chaque partie séparément
afin d’obtenir une information suffisante et fiable et de
reclarifier pour chaque partie les règles de la médiation.
Ensuite, après avoir remis les parties en présence, à refaire
en se servant de la boucle de résolution de problèmes un
chemin d’analyse commun qui est très souvent
singulièrement perturbé.

L’acceptation de la médiation par les parties demande
dès le départ une clarification de son rôle par le médiateur
et l’acceptation par chacune des parties de celui-ci.

La médiation, lorsqu’elle réussit, se termine par la
rédaction d’une convention qui précise les modalités des
accords intervenus.
Suite du texte sur la page impaire 47