La désunion française

La désunion française

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260 pages
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Qu'en est-il de l'unité de la nation fondée sur l'assimilation des différences lorsque le modèle ne fonctionne plus et s'égare dans la stigmatisation des "communautarismes" ? Ce livre vient dénoncer l'illusion jacobine d'une société tournée contre la différence visible, qu'elle soit issue de l'immigration ou de nos vieilles nations basque, corse, occitane ou bretonne... Pour se soustraire au délitement, il importe de refaire l'unité avec, et non plus contre "l'autre".

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Ajouté le 01 mars 2012
Nombre de lectures 63
EAN13 9782296484160
Langue Français
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LA DÉSUNION FRANÇAISE
En couverture : peinture de Gaëlle Le Bris. © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.f ISBN : 978-2-296-55986-8 EAN : 9782296559868
Yvon OLLIVIER
LA DÉSUNION FRANÇAISE Essai sur l’altérité au sein de la République
Préface de Jean Ollivro
Questions Contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot et D. Rolland Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions Contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Derniers ouvrages parus Joachim MARCUS-STEIFF,La société sous-informée, 2012. Mikaël LACLAU,Le Grand Plan : nouvelles stratégies de la globalisation capitaliste, 2012. Michel JUFFÉ,Quelle croissance pour l’humanité ?,2012. Daniel ESTEVEZ,Représenter l’espace contemporain, Projets et expérimentations architecturales dans les aéroports, 2012. Stéphane JACQUOT, en collaboration avec Yves Charpenel,La justice réparatrice, 2012. Emilie PICOU,Démythifier la maternité. Concilier foi chrétienne et droit à l’avortement,2012. Lukas STELLA,L’invention de la crise. Escroquerie sur un futur en perdition, 2012. André ORTOLLAND,Rétablir les finances publiques, garantir la protection sociale, créer des emplois,2012. Linda CHAIB,Citoyenneté, droit de vote local et immigration, Les expériences nord-américaine et française, 2012. Alain CLUZET,Le climat sauvé par les villes ? Vers une solution européenne, 2012. Bernard LEGRAND,Être chômeur aujourd’hui, 2012. Vivien PERREC,Les Témoins de Jéhovah. Analyse psychosociale, 2012. Mustapha Baba-Ahmed,Le néomonétarisme, stade suprême du capitalisme, 2011. Catarina CAMARINHAS,L’Urbanisme de Lisbonne, 2011.Marc DELEPOUVE,Une société intoxiquée par les chiffres, 2011. André ROPERT,La gauche en France. Historique d’un enlisement, 2011. Kilien STENGEL,Un ministère de la Gastronomie ? Et pourquoi pas !, 2011. Gilbert DELAGRANGE,Le citoyen et le système politique, 2011.
À ma famille, pour le temps volé.
Avec tous mes remerciements à ceux qui m’ont conseillé ou accompagné dans cette démarche singulière : Per Bihan, Jean Bothorel, Véronique Burban, Jean Cevaer, Alain Fenet, Bernez Galerne, Angèle Jacq, Bernard Jestin, Gaelle Le Bris et Patrick Malrieux.
E koun an aotrou Jean Groix.
Préface La France est un pays étrange qui oublie sur ses propres terres ce qu’il clame haut et fort à l’échelle universelle. Pourquoi le soi-disant « pays des droits de l’homme » fait-il largement fi sur son territoire des droits les plus basiques accordés ailleurs aux minorités ? Quelles sont surtout les conséquences d’une vision citoyenne « indivisible » qui nie une réalité structurelle et connue : la fantastique diversité des peuples et cultures d’un État charnière né au barycentre des peuples de l’Europe du Nord, de l’Est, du Sud et de l’Atlantique. Dès 1905, de grands géographes comme Vidal de La Blache évoquent cette réalité comme « constitutive », et de multiples auteurs ont démontré que « l’unité de la France n’allait pas de soi » (D. Teysseire), le pays étant « un agrégat anthropologique radicalement éclaté » (P. Chaunu) voire « un agrégat inconstitué de peuples désunis » (Mirabeau). La France s’est construite progressivement en agrégeant des peuples et des sociétés composites. Une fois ses frontières stabilisées, la mosaïque accueille encore des populations cosmopolites qui renforcent sa pluralité. Cette biodiversité humaine, nettement plus forte que dans d’autres pays, fait l’originalité de la France. Ce pays dispose donc d’un potentiel pour tout dire fantastique qui pourrait valoriser ici la singularité des approches, là des actions de mixité, ailleurs des échanges féconds et parfois contradictoires entre des populations non clonées. Face à cette réalité, l’ouvrage d’Yvon Ollivier est une analyse indispensable qui ne se satisfait pas de souligner les retards actuels de la France en termes de droit, mais décrypte bien plus en amont les tenants et les aboutissants de cette « désunion » entre la France et ses cultures. Le sujet est fondamental. Pourquoi les principes fondateurs de la France affirmant de manière objectivement magnifique « la liberté, l’égalité et la fraternité » sont-ils au quotidien battus en brèche par une foule de décisions et d’actes s’établissant à leur encontre ? Comment expliquer que ce pays « indivisible », et donc présenté comme uni, soit au contraire une société de défiance, de tensions et, pour tout dire, un espace qui ne parvient pas à fertiliser sa diversité ? Et si l’union naissait non seulement de la tolérance mais aussi de la valorisation de l’autre ? Et si la France renouait avec sa diversité constitutive ? Pour lors, on en est loin. Les exemples foisonnent dans cet ouvrage pour montrer comment le pouvoir parisien lamine les libertés les plus élémentaires. On en arrive même parfois à se demander si la France est une réelle démocratie. En fait, Yvon Ollivier nous démontre tout simplement que
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le pays fait fausse route, simultanément coupable d’actes intolérables de discrimination envers les « étrangers » et capable de décisions surréalistes visant à laminer ses différences internes. Or, quand l’on cherche à détruire sa diversité constitutive, n’est-on pas en train de se détruire soi-même ? L’analyse est puissante et le style incisif. Le nœud gordien de l’affaire tourne autour du couple unité-désunion, avec du côté de l’État de généreux principes qui ne bernent plus grand monde, et du côté de notre auteur une démonstration radicale par des faits, par la mention d’actes multiples et avérés qui prouvent comment la France est entrée dans une spirale de trahison à l’égard de ce qu’elle prétend être. D’un côté donc, les principes nébuleux. Le « pays des droits de l’homme ». La « démocratie ». Sur le fronton de toutes nos mairies, une devise objectivement exceptionnelle, sans doute une des plus belles du monde, affichant la liberté, l’égalité et la fraternité. À l’intérieur, le revers de la façade, décodé par l’auteur. Où sont les espaces de liberté quand l’utopie précédente se heurte au mur d’une « France une et indivisible » ? Quand on se situe dans un territoire qui fait de l’altérité son cheval de bataille, où se situe le respect de la singularité humaine ? En fait, la France n’est pas adulte et a peur d’elle-même. Pierre Chaunu nous disait que si l’État était si centralisé, c’était précisément parce que « sous peine de mort », il devait assurer « la survie d’un système anthropologique décentralisé ». Comme le prouve Yvon Ollivier, la France s’est donc unie contre et non avec. Mais ce temps n’est-il pas révolu ? Dans l’ouvrageLa Société de défiance, Yann Algan et Pierre Cahuc nous rappellent comment la France vit finalement un fantastique jeu de dupes, une forme de poker menteur. D’un côté, un État prétend que la valorisation des sacro-saintes différences de la France permet aux citoyens d’avancer ensemble et d’être unis sur un projet. De l’autre, cet État est une main de velours dans un redoutable gant de fer qui rejette ses différences comme pouvant être constitutives d’un autre projet de société. Les institutions internationales condamnent régulièrement l’État français pour ses « manquements aux droits de l’homme », et les citoyens ne sont pas dupes. La confiance qu’ils accordent aux hommes politiques n’a jamais été aussi basse. La France « unie » multiplie les tensions, précisément car elle ne laisse pas les différences s’exprimer. En amont, le nerf de la guerre nous semble être des questions de pouvoir et d’argent. Si la France vante tant l’indivisibilité, c’est précisément parce que Paris est de plus en plus loin de la France. Ce concept d’indivisibilité est l’écran de fumée masquant l’incroyable « divisibilité » de la France. Alors que le pays compte plus de 8 millions de pauvres qui en quatre ans ont vu leurs revenus augmenter de 4 %, Paris concentre 63 % des Français les plus riches qui ont dans le même laps de temps vu les leurs augmenter de 40 %. L’indivisibilité est sans cesse prônée, érigée en réel dogme, afin de masquer cette fracture de plus en plus béante entre le pouvoir et son peuple. Le
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