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Les Franchises de l'historien - Étude philosophique et judiciaire

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142 pages

Notre temps a le goût des études historiques ; c’est là qu’il doit trouver, dans l’ordre des travaux intellectuels, l’un de ses titres de gloire. Chacun s’en occupe de son côté : les buts sont différents, les méthodes diverses, les pensées disparates ; tel court sur les sommités (), tel autre veut sonder les abîmes. Pour l’un, c’est un travail de recherches et d’érudition, la découverte de documents inédits ou ignorés, plus ou moins authentiques, anciens ou récents, dont la publication ne plaît presque jamais à tout le monde ; pour l’autre, moins innocent, c’est la suite d’un parti pris, le désir de faire prévaloir un système et, comme le disait déjà Montaigne (), « d’incliner l’histoire à sa fantaisie.

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À propos deCollection XIX
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Pierre-Aubin Paillart
Les Franchises de l'historien
Étude philosophique et judiciaire
Une première esquisse de ce travail a paru en 1861, dans le recueil publié à Nancy, sous le titre deVaria. On a pensé que plus développé et moins incomplet, il pourrait présenter quelque intérêt. La question, difficile e t délicate, à tous égards, de la diffamation envers les morts, sera probablement dis cutée plus d’une fois et l’importance en sera de jour en jour mieux apprécié e.
LES FRANCHISES DE L’HISTORIEN
Historia tantò robustior quantò verior.
QUNTIL., Inst. Orat. lib. II, C. 4. Notre temps a le goût des études historiques ; c’es t là qu’il doit trouver, dans l’ordre des travaux intellectuels, l’un de ses titres de gl oire. Chacun s’en occupe de son côté : les buts sont différents, les méthodes diverses, le s pensées disparates ; tel court sur 1 les sommités ( ), tel autre veut sonder les abîmes. Pour l’un, c’e st un travail de recherches et d’érudition, la découverte de documen ts inédits ou ignorés, plus ou moins authentiques, anciens ou récents, dont la pub lication ne plaît presque jamais à tout le monde ; pour l’autre, moins innocent, c’est la suite d’un parti pris, le désir de 2 faire prévaloir un système et, comme le disait déjà Montaigne ( ), « d’incliner l’histoire à sa fantaisie. » Pour un troisième, c’est la révél ation peu discrète de son propre cœur, le compte rendu de ses impressions extérieure s ou intimes, sa confession toujours adoucie, et, par circonstance, celle du pr ochain souvent aggravée. On écrit 3 l’histoire pour raconter, selon le précepte de Quin tilien ( ) ; on l’écrit pour discuter et 4 prouver, selon les vues d’Aulu-Gelle ( ) ; tantôt c’est l’histoire générale ou particulière ; tantôt c’est la Biographie, avec les réflexions naï ves de Plutarque, la biographie anecdotique, les menus faits et gestes d’un homme, les détails de sa vie, chose plus 5 essentielle qu’on ne veut le croire, même pour un r ésumé général ( ). Ceux-ci présentent un catalogue de librairie ou un inventai re en style notarial ; ceux-là se traînent dans les curiosités oisives et minutieuses , ainsi que l’écrivait un homme qui 6 n’a pas toujours su s’en préserver lui-même ( ), et qui donne aujourd’hui trop de place dans le jugement des faits, aux petites choses, aux incidents vulgaires. Nous pourrions ajouter que le roman s’est inspiré de l’h istoire ; et même à ce titre, le roman historique, si propre à charmer les esprits et à fa usser les souvenirs, est devenu 7 justiciable des tribunaux ( ). Des critiques éclairées, un examen sévère, de li bres discussions nous diront, mieux que tous les arrêts, si l’histoire n’a rien emprunté au roman, et si les historiens, comme l’a dit M. de Ch âteaubriand, ne mentent pas un peu plus que les poètes, en dépit de Cicéron qui a appe lé l’histoire « la lumière de la vérité 8 ( ). » On aurait tort, pour bien des raisons, de lais ser le vraisemblable usurper la place du vrai. Sur cette route si longue dont nul ne conn aît le terme, le progrès même des choses a marqué, pour ainsi dire, les étapes de l’e sprit humain selon le développement de ses facultés : à l’imagination des peuples enfants, à la mémoire et au jugement de ceux qui avancent dans la carrière, à l’esprit critique des peuples mûrs, répondent la légende, la chronique et l’histo ire. Ces documents si divers occupent indistinctement la curiosité des esprits. Les uns bercent, par cette lecture, les loisirs inquiets et blasés d’une existence aléa toire. Les autres, ceux auxquels appartiendra l’avenir, y trouvent des lumières, des avertissements, des prophéties même, quand on sait les comprendre. Au fond, l’idée de la justice a peut-être, de nos jours, grandi théoriquement dans les esprits ; mais , dans la conduite, la prudence et le calcul ont pris une place, je n’ose dire plus grand e, je dirai seulement mieux déterminée, mieux connue par les observations et le s interprétations malignes du voisin. On peut écrire l’histoire en témoin impartial ; on peut l’écrire en témoin passionné 9 jusqu’à la violence comme Saint-Simon ( ), se lâchant à parler en bien ou en mal, sans ménager personne, définissant la charité « une sage, une nécessaire liberté de vie et de lumière » et ne permettant pas qu’on appo rte aux rudes devoirs de la vie « un
esprit de séminariste. » Nous savons, d’ailleurs, q ue par scrupule de conscience, il 10 avait consulté l’austère abbé de Rancé ( ). On peut l’écrire en narrateur prolixe, comme Tite-Live(Lactea ubertas, disait de lui Scaliger) ; en juge parfois indulgen t, comme M. Thiers, ou toujours sévère comme Tacite, d ésormais jugé et condamné en dernier ressort, sauf recours à la postérité, ou co mme ces esprits ingénieux et subtils, 11 déjà signalés par Montaigne ( ), « cherchant à obscurcir par des interprétations viles la gloire des belles actions. » Dans cette immense série de compositions, d’une val eur inégale, mais d’une utilité 12 certaine, que Pline le jeune aurait indistinctement goûtées ( ) et pour lesquelles nous venons aujourd’hui réclamer des franchises nécessai res, il convient de considérer d’une manière toute particulière les réhabilitation s imprévues, les paradoxes et les fantaisies historiques ; à ce terrible jeu des para doxes, en quelque genre que ce soit, la conscience humaine, publique ou privée, est touj ours exposée à perdre quelque chose ; le danger n’est jamais plus grand que dans ces travestissements inexplicables, dans ces lugubres caprices, dans ces apothéoses à contre-sens dont chacun peut facilement citer des exemples trop nomb reux depuis un certain nombre d’années. Ce scandale et ce fléau ne sont justiciab les que de l’opinion : laissons donc à l’opinion toute son indépendance. On devait croir e que des faits odieux, inhumains, avaient été définitivement condamnés par elle ; des hommes, que le malheur de leur destinée avait mêlés à de terribles événements, sou levaient une répulsion unanime. On ne parlait des uns et des autres que pour les ma udire. Qui voudrait donc supporter désormais ou l’intolérance armée ou la liberté sang lante ? Et pourtant, il a paru ou juste ou habile, et en tout cas opportun, d’entrepr endre une œuvre de réhabilitation. Ces faits qui se présentaient à nos souvenirs, envi ronnés de carnage et de deuil, ces exécuteurs implacables d’une justice mystérieuse et suspecte, ont changé tout à coup dans certaines appréciations ; leur aspect n’est pl us resté le même ; les éloges ont remplacé les malédictions. Nous étions accoutumés à déplorer des massacres, à flétrir des hommes qui avaient versé le sang, à rec onnaître en eux des passions monstrueuses ou des goûts ignobles, rien de grand, rien d’honnête ; tout à coup, des jugements contraires ont surgi de plusieurs côtés. On nous a proposé de voir en eux, non pas seulement (ce qui est peut-être quelquefois exact et n’en serait guère plus honorable pour notre espèce) des gens faibles, aveu glés, dominés ou séduits, entraînés à faire le mal sans malveillance, sans cr uauté, mais des apôtres désintéressés, des martyrs courageux pleins à la fo is de tendresse et d’énergie, dignes en un mot de toute notre admiration. Nulle l ouange n’a été trouvée au-dessus de leur mérite ; toutes les formules de sympathie o nt été épuisées en leur faveur. — C’est là un ordre de faits où les témoign ages ne manquent pas assurément ; sans y insister davantage, on peut se demander d’em blée quelle est l’influence de ces jugements, quelles suites ils doivent amener ; s’il n’y a pas là quelques périls ; quels pourraient être les remèdes contre cette admiration factice, les contre-poids à ces indulgences excessives, les préservatifs contre cet te indifférence qui ne sait pas condamner assez haut. L’influence directe, prochaine, infaillible de tell es œuvres serait de pervertir l’opinion publique. Il est permis d’affirmer que si les espri ts sensés, les cœurs généreux acceptent sans réserve, sans arrière-pensée, comme le droit commun des générations nouvelles, comme la seule garantie possible de tran quillité, de progrès et de perfectionnement, toutes les conséquences de la Rév olution, s’ils reconnaissent les grandes choses qu’elle a faites, bien peu consentir aient à recommencer les mêmes épreuves, à conquérir, par les mêmes moyens, les mê mes résultats. Ils les voudraient
sans aucun doute, mais ils les voudraient autrement . — A force d’entendre glorifier, au nom même de leurs excès et de leurs violences, les hommes et les choses, les agents et les actes, cette répulsion s’efface. Plus de tro is générations nous séparent déjà des grandes tempêtes révolutionnaires. Des récits conte mporains, des impressions domestiques ont pu, de bouche en bouche, arriver in tacts à un certain nombre d’entre nous, montrer à nos yeux tout ce qu’il y avait de m auvais dans la plupart de ces hommes, nous expliquer à peu près comment à cette é poque, plutôt gigantesque que grande, abaissée et vulgaire par plus d’un côté, il s’est créé, par l’audace du crime, par la complicité de la faiblesse, un régime de sil ence chez un peuple parleur, un régime de terreur chez une nation courageuse. Les f antômes, dans nos crises révolutionnaires, tiennent encore plus de place que les réalités. Ne voulons-nous laisser à nos enfants ou à nos petits-fils que ces monuments de partialité ou de dérision qui faussent les idées, en mettant le bien à la place du mal, et qui proclament des jugements iniques, des appréciations complaisan tes, une moralité de convention ou de circonstance ? S’il est vrai que plusieurs d’ entre ces hommes fameux ont été. comme on l’a dit, exécutés et non jugés, raison de plus pour que le tribunal de l’histoire, le jury universel, entende l’accusation et la défense les témoins à charge et à décharge. Il n’y a d’obscurité, disait un maître, q ue pour les contemporains. Monarques ou sujets, grands ou petits, corps ou ind ividus, prêtres ou laïques, juges et accusés, nous réclamons pour tous les temps et p our tout le monde, pour tous et contre tous, les franchises de l’historien. Nous re vendiquons les droits de la postérité, 13 que Caligula lui-même voulait faire respecter ( ). Nous demandons qu’aucune main ne mette les scellés sur nos annales. Si vous appor tez le moindre obstacle à la vérité indépendante (qu’elle vous blesse ou non, la questi on n’est pas là), vous livrez l’avenir aux adulations, aux réticences, tandis qu’il faudra it en défendre même le présent si cela était possible.
1..... Summa sequens fastigia rerum.
2Essais, II, 10.
3Scribitur ad narrandum, non ad probandum. (Instit., Orat. X., 1.)
4Scribere bellum eaque co libro quæ in bello gesta sunt iterare ; non prædicare autem intereà quid senatus decreverit, aut quæ lex rogati ove lata sit, nequequibus Consiliis ea gesta sint iterare,ribere. (AUL. id fabulas pueris est narrare, non his — torias sc GELL., V, 18.)
5 « La dignité de l’histoire » pauvreté que répètent sans cesse les mauvais historiens..... Il y a beaucoup d’anecdotes et de p etits faits particuliers qui peuvent éclairer l’histoire (MACAOLAY, Essàis historiques e t biographiques, traduction de M. Guizot, 135, 136, 137.) La biographie a droit, dans notre siècle, plus que dans tout autre, d’entrer hardiment dans l’histoire. (M. SAINT-MARC-GIRARDIN, Origines de la question d’Orient.Revue des Deux-Mondes, LIII, 720.) e 6M. MICHELET,le Peuple,3 partie, ch. 8,in fine.
7arrêt de Paris, 18 janvierHéritiers d’Epinay Saint-Luc, C. Alex. Dumas (  Les 1848). — La Fille Pleignier, C. Mary - Lafon (voir les journaux et recueils judiciaires, 1865.)
8 Historia memoriæ, magistra vitæ, nuntiaest testis temporum, lux veritatis, vita vetustatis. (Cic., lib. II, de Orat.)
9Le stoïque est une belle et noble chimère, je ne m e pique donc pas d’impartialité ; je le ferais vainement. (Mémoires, édition Hachette, X X, 91.) er 10Idem,nt-Simon, Tome I , introduction, XL. — Et Passim. — M. CHÉRUEL ; Sai considéré comme historien de Louis XIV, 68 et 69.
11Essais. I, 36.
12Historia quoquo modo scripta placet.
13 ... Ut factaquœqueER, les posteris tradantur. (SUETON, Caligula, XVI.M. ZELL Empereurs romains, 71.)