ONU et ordre mondial : réformer pour ne rien changer
284 pages
Français

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Description

Cet ouvrage s'attache d'abord à constater et expliquer la crise de l'ONU : une crise ancienne et multidimensionnelle liée tout particulièrement au malaise des Etats à trouver en permanence dans l'Organisation les moyens de satisfaire leurs intérêts nationaux et à faire aboutir leurs préférences. Les réformes qui tendent à être prescrites aux pays en développement peuvent demeurer sans effet si elles ne cadrent pas avec leurs réalités.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2006
Nombre de lectures 118
EAN13 9782336260877
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait












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Questions Contemporaines
Collection dirigée par J.P. Chagnollaud,
B. Péquignot et D. Rolland

Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les
« questionscontemporaines »n’ont été aussi nombreuses
et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection
« Questions contemporaines» est d’offrir un espace de
réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou
praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées
neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion
collective.

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Aziz
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Du même auteur :

Les mouvements de libération nationale et le droit
international, Editions Stouky, Rabat, 1981.
Commerce et protectionnisme. Quel avenir pour les
échanges internationaux?, Sochepress, Casablanca,
L’Harmattan, Paris, 1989 (en collaboration avec Saïd
Ihraï).
Théories des relations internationales, L’Harmattan, Paris,
2004.















www.librairieharmattan.com
harmattan1@wanadoo.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

© L’Harmattan, 2005
ISBN : 2-7475-9736-9
EAN : 9782747597364














A Zohra, Ferdaouss, Ibtissam et Marouane



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Introduction................................................................... 11

Partie I : L’ONU, une Organisation en crise .................. 25

I- La nature complexe de l’ONU................................ 29
II- Réforme et longévité de l’ONU............................. 57

Partie II : Réformer l’ONU............................................ 69

I- Les impasses de la démarche réformiste................. 73
II- Nouvelles perspectives : prégnance de la fonction
conservatrice de la réforme....................................... 89
III- Portée du débat sur la réforme de l’ONU.......... 139

Partie III : Les ersatz du changement : réforme et adversité
Cas de la Méditerranée et du Moyen-Orient ................ 153

I- La Méditerranée, un espace d'adversité ? ............ 159
II- La compétition euro-américaine en Méditerranée et
au Moyen-Orient..................................................... 165
III- Potentialités régionales et sous-régionales : quels
correctifs possibles ? Cas du Maghreb.................... 217

Conclusion : Réformer pour ne pas changer le monde ?241

Notes........................................................................... 251












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a question de la réforme de l’ONU est devenue
siPgnifie pas qu’elle constitue une nouveauté. Elle a été
insistante avec la fin de la guerre froide. Ceci ne
posée depuis la création de l’Organisation ; des procédures
sont incluses dans la Charte de l’Organisation afin d’en
amender ou réviser le contenu. Par ailleurs, et
curieusement, l’ONU a survécu à la guerre froide malgré
l’opposition radicale de l’URSS, durant cette période, au
reste de la coalition des vainqueurs de la Seconde Guerre
mondiale qui avaient rédigé et imposé la Charte de l’ONU
au reste du monde.
Malgré la fragilité du compromis entre les cinq
puissances initiatrices de l’Organisation et les critiques
étouffées des autres pays participant à la conférence de
1
San Francisco, le texte de la Charte subira peu de
changements. Cependant, cette longévité s’explique par
une série de faits qui ont contribué à déplacer la
concertation sur des questions vitales aux intérêts des deux
blocs de l’ère bipolaire hors de l’enceinte de l’ONU.
Celle-ci allait devenir un lieu de rencontre qui, tout en
maintenant le dialogue entre les Etats de ces deux blocs,
servira pour diffuser l’idéologie des deux camps et prendre
le monde pour témoin de la volonté proclamée par les uns
et les autres de vivre en paix et de respecter les règles de
droit international, et pour imputer au camp adverse toute
intention et tout bellicisme susceptibles de troubler la paix
et la sécurité internationales, sachant que l’équilibre de la
terreur allait définitivement dissuader les grandes
puissances de s’affronter directement.
C’est à l’ombre de cette adversité bruyante que
l’ONU développera d’autres fonctions, parmi lesquelles
celle de la promotion de la décolonisation et de la cause
des Etats issus de ce mouvement et venus grossir les rangs
de l’Organisation et modifier quantitativement la majorité
au sein de son Assemblée générale, l’organe délibératif,

14ONUet ordre mondial
mais ils ont également contribué à élargir le camp de la
misère et de la marginalisation. Ce qui amènera
l’Organisation à développer une nouvelle fonction de plus
en plus absorbante, en l’occurrence une lutte vaine contre
le sous-développement.

L’adversité entre les deux blocs sera exploitée par
les nouveaux Etats pour proclamer un non-alignement qui
s’avérera plus une opportunité pour certains d’entre eux de
monnayer leur alignement sur l’une ou l’autre
superpuissance, qu’un mouvement de fond qui aurait pu
modifier les rapports internationaux à un moment où les
grandes puissances étaient fragilisées par leur rivalité.
Mais un tel changement des rapports de forces avait peu
de chance d’aboutir, car la rivalité entre grandes
puissances pouvait à tout moment se muer en alliance
objective contre tout mouvement de mise en cause de leur
position sur l’échiquier international. L’URSS s’était ainsi
retrouvée alliée de fait des Etats-Unis contre une Chine
maoïste bruyamment opposée à l’impérialisme américain
comme au « social-impérialisme » soviétique.
La fin de la guerre froide a mis les Etats et
l’Organisation dans une nouvelle dynamique. Désormais,
et à la faveur de certains événements comme l’invasion du
Koweït par l’Irak et la guerre du Golfe, l’ONU va donner
l’impression de servir de lieu de naissance d’un « nouvel »
ordre international plus équilibré, plus juste et plus
solidaire. cette embellie sera cependant de courte durée,
puisque l’Organisation fera l’objet de critiques de la part
des grandes puissances, et surtout de la superpuissance
épargnée par la fin de la guerre froide, les Etats-Unis
d’Amérique. Elle va connaître une crise financière
étouffante du fait du non-paiement de leurs cotisations par
certains Etats-membres, et particulièrement le principal
d’entre eux, l’Amérique, principal débiteur des Nations
2
Unies . Cette situation va inscrire de manière insistante et

Introduction15
menaçante la question de la réforme de l’Organisation à
l’ordre du jour de celle-ci.
L’ONU a été, depuis, mise au défi de changer pour
continuer à fonctionner. De nombreuses propositions ont
été émises. Certaines réformes techniques ont été
introduites. La plupart d’entre elles répondent à des
critiques et à des récriminations américaines. Elles
résultent toutefois d’une fuite en avant, transformant la
réforme en sanction d’une organisation qu’on a des
difficultés à contrôler ou qu’on cherche à maîtriser et à
instrumentaliser encore davantage. Mais les réformes
techniques n’ont ni altéré l’équilibre fondateur, ni mis un
terme aux critiques contre l’Organisation, ni encore moins
renforcé celle-ci.
L’économie générale des réformes entreprises
révèle, en effet, leur caractère éminemment conservateur.
La tendance est de chercher à résoudre techniquement des
problèmes dus à des mutations profondément politiques.
Car la crise de l’ONU n’est autre que celle de l’ordre
international établi. Celui-ci est l’objet de plusieurs
revendications contradictoires. D’un côté, les nouvelles
puissances économiques tentent de s’introduire dans le
clan des Cinq qui disposent du veto au sein de
l’Organisation et maîtrisent le multilatéralisme à leur
profit. Il s’agit de l’expression traditionnelle des rapports
de forces dans les rapports internationaux, largement
rendue par la doctrine réaliste des relations internationales.
De l’autre, la majorité des autres membres qui, au nom de
l’équité, revendiquent la démocratisation des relations
internationales et un ordre mondial équitable qui corrige
les effets néfastes de la mondialisation. Ils considèrent que
seul un multilatéralisme ouvert et démocratique leur
permettrait de jouer un rôle au niveau international,
puisque leur majorité quantitative au sein de l’Assemblée
générale ne leur a pas servi pour satisfaire leurs attentes,
qu’ils ne disposent plus de la possibilité d’alliance
alternative comme à l’ère de la guerre froide et que leurs

16ONUet ordre mondial
propres forums se sont révélés inaptes à cette fin. Mais la
revendication d’un nouvel ordre, dont la satisfaction
dépend de la bonne volonté des grandes puissances,
participe de ces utopies que l’humanité se fait de ses
capacités de s’autoaméliorer. Or le monde semble s’être
durablement organisé autour de l’intérêt et de la puissance.
L’évocation des valeurs morales n’a de rôle que celui de
rendre la réalité intellectuellement moins brutale.
Par ailleurs, la parade des grandes puissances contre
ces revendications a ouvert, volontairement ou
involontairement, la voie à la naissance d’un mouvement
de remise en cause de l’ordre interne de ces nouveaux
Etats en leur imposant des conditionnalités de toutes
sortes, et en développant ainsi un interventionnisme
multidimensionnel dans leurs affaires intérieures. Ceci a
renforcé la naissance d’un embryon de société civile
interne et internationale qui va mettre l’accent sur les
droits de l’homme, la démocratie, l’Etat de droit, etc. et
qui ne va pas manquer d’accentuer la pression sur les Etats
faibles.
Cependant, le fait d’imposer un ordre à ces Etats ne
constitue pas une réponse valable aux revendications des
peuples qui contestent l’injuste sort qui leur est réservé. Si
la colère de ceux-ci s’adresse principalement à leurs
gouvernants, la parade du monde développé consistant à
occuper le monde sous-développé dans ses propres
problèmes a de faibles chances de mettre un terme à cette
vague de fond qui commence à toucher de plein fouet les
pays industrialisés. La mondialisation fait de la
contestation un phénomène global qui touche tout le
monde :immigration clandestine, terrorisme, trafics de
tous ordres, etc.
Le train de conditionnalités qui a été
progressivement imposé aux pays en quête de soutien
international va certes affaiblir davantage ces Etats dont
les revendications ont essayé d’adoucir la rigueur de
l’ordre établi, mais il va aussi permettre au système des

Introduction17
Nations Unies de développer une prétention
supranationale dans le domaine socio-humanitaire. Ceci a
fait des émules au niveau des sociétés civiles de par le
monde qui s’organisent de plus en plus en mouvements de
lutte contre certains phénomènes globaux générés ou
censés l’être par la mondialisation, constituant ainsi un
3
début de société civile internationale. Mais cet état de fait
a également créé un mouvement plus radical de lutte
contre la marginalisation des populations des pays
pauvres, contre le monde industrialisé qui, non seulement
empêche l’avènement d’une justice économique
internationale, mais tend aussi à travestir l’identité des
peuples non occidentaux en leur imposant un modèle et
une pensée uniques. Cette contestation, qui est menée
principalement par des acteurs non étatiques, a tendance à
employer la violence et pose un véritable défi à la société
interétatique. Elle a tendance à constituer le fléau le plus
grave et le principal souci de la société internationale en ce
début du XXIè siècle. C’est désormais autour de la lutte
contre le terrorisme international que celle-ci essaie de se
réorganiser.
Le mot d’ordre de la réforme des institutions
s’inscrit désormais dans cette dynamique, qu’il s’agisse de
l’ONU ou des Etats faibles qui sont considérés comme le
ventre mou de la société des Etats. La réforme est
aujourd’hui au cœur de la lutte contre le terrorisme
international.
La crise de l’ONU cache ainsi une situation plus
grave. Il reste à savoir si la réforme de celle-ci est
susceptible d’apporter une réponse convaincante à cette
situation. Si la réforme est censée constituer une solution,
de quelle réforme s’agira-t-il, sachant que les réformes
purement techniques n’ont pas pu clore le dossier de la
crise de l’ONU ? Faut-il adopter une démarche qui sauve
l’équilibre initial sur lequel a été échafaudé l’édifice
onusien ?Cet équilibre est-il encore viable? Quelle
réponse fournir alors aux remises en cause de plus en plus

18ONUet ordre mondial
brutales de l’ordre international établi? La réforme de
l’ONU va-t-elle transformer celle-ci en une organisation
qui va défendre l’ordre des grands ou servir de caisse de
résonance à un nouvel affrontement entre deux blocs d’un
type nouveau et légitimer les interventions contre le
monde de la misère et du radicalisme? Le monde
développé est-il suffisamment cohérent pour adopter une
démarche consensuelle et définir des intérêts communs?
Le reste du monde, qui demeure entièrement désorganisé,
est-il en mesure de se frayer une place dans cette jungle de
l’équilibre de puissance? Bref, quel type d’organisation
cherche-t-on ? Quels objectifs et pour quelle utilité ?
Par ailleurs, les pays de faible puissance, qui ont
choisi la voie de l’insertion active dans l’ordre
international dans l’espoir de pouvoir peser sur celui-ci, ne
sont-ils pas en passe de caresser une chimère qui, tout au
plus, leur permet de se satisfaire à rêver d’un ordre idéal
en cherchant à supporter la fatalité de l’ordre réel? Du
reste, les Etats désireux de renforcer les Nations Unies
accepteraient-ils de le faire au détriment de leur
souveraineté ? C’est loin d’être sûr.
La réforme de l’ONU est ainsi sous-tendue par une
série d’enjeux qui ne sont pas toujours clairs, même pour
ceux qui cherchent à faire aboutir des changements. Car il
n’est pas sûr qu’un renforcement de l’ordre des grands au
sein des Nations Unies soit satisfaisant pour tous les
prétendants à la puissance, dans la mesure où les réformes
que les grandes puissances détentrices du veto seraient
disposées à accepter ne pourraient avoir pour objectif
d’altérer leur situation. Par ailleurs, le jeu de neutralisation
de l’Organisation n’est plus suffisant pour le nouveau jeu
de puissance à travers lequel la prétention à l’hégémonie
de la part d’une grande puissance ne peut se satisfaire que
d’une légitimation systématique de ses actions unilatérales
par l’ONU et son système. Or les Etats-Unis, qui sont les
mieux placés pour jouer ce rôle, sont aujourd’hui gênés au
sein de l’ONU, surtout par des puissances théoriquement

Introduction19
alliées qui ont bénéficié d’une certaine redistribution de la
puissance et de sa diffusion et qui prétendent désormais à
une position plus importante sur la scène internationale.
Sans oublier que le problème de la stratégie américaine en
matière de réforme des Nations Unies demeure posé : quel
est leur but et quels sont leurs moyens ? Ont-ils en réalité
une stratégie en la matière ?
Dans tous les cas de figure, les réformes purement
techniques sont utiles, mais pas suffisantes; la démarche
consistant à réformer pour ne pas changer l’ordre
international est, à terme, vaine; la transformation de la
nature interétatique de l’ONU est pour le moment une
chimère.
Que veulent donc les Etats ? Probablement maintenir
un multilatéralisme sur la nature duquel personne n’est
d’accord. Les uns veulent le contrôler contre tout dérapage
susceptible de modifier l’équilibre qui leur est favorable ;
les autres veulent un multilatéralisme délié de l’équilibre
de puissance, plus équitable et pouvant renforcer leur
capacité à répondre aux défis internes et internationaux.
Mais ils n’ont pas les moyens d’imposer des changements
de fond. C’est dire que la question de la réforme du
système international relève de la quadrature du cercle.
En effet, le changement de la réalité internationale,
telle qu’elle existe et qui relève d’un rapport des forces
avéré, nécessite d’autres démarches qu’une organisation
comme l’ONU ne peut que refléter ; n’étant pas capable de
le créer de toute pièce. Si les pays industrialisés, qui se
trouvent au Conseil de sécurité, et qui cherchent à mettre
en adéquation leur position internationale avec leur
puissance, peuvent se satisfaire d’un réformisme qui
prenne en compte leur puissance et s’accommoder d’une
démarche conservatrice, les pays pauvres n’ont d’autre
alternative que de subir le jeu des grands. A moins de
jouer sur le développement du multilatéralisme au niveau
régional, qui s’avère un multiplicateur de puissance
lorsqu’il est bien maîtrisé, comme cela se vérifie dans le

20ONUet ordre mondial
cas de l’Europe unie. Ceci peut, peut-être, aider à
transformer l’ONU en une organisation des régionalismes
où chacun de ceux-ci serait représenté. Cela contribuerait
à faire actionner le multilatéralisme pour défendre des
intérêts concrets au lieu de chercher à utiliser les Nations
Unies dans une quête vaine d’un monde idéal où la
solidarité des riches viendrait subvenir aux besoins des
plus pauvres et où la sécurité collective viendrait protéger
les plus faibles. Car les Nations Unies, en dépit de leur
habillage idéologique, n’ont pas été créées pour cela. Elles
ont tendu à imposer un ordre au monde, celui de leurs
initiateurs, et ont continué à vouloir symboliser cet ordre
malgré les changements réels intervenus à l’échelle
planétaire. Elles sont désormais appelées à valider des
actions contre certains Etats qui ne répondent pas aux
standards du modèle dominant et, de ce fait, elles doivent
contrevenir à la règle qui sous-tend tout l’échafaudage
théorique de la société internationale, celle du respect de la
souveraineté étatique. Tout cela tend à approfondir la crise
de l’ONU et, partant, du multilatéralisme dont s’est dotée
la société internationale au lendemain de la fin de la
Seconde Guerre mondiale.
Mais, depuis longtemps, la crise est devenue un
mode normal de fonctionnement de l’ONU et de tout le
système mis en place en 1945. Elle a été gérée
différemment, selon son intensité et ses conséquences sur
les Etats-membres. La fin de la guerre froide a révélé la
fragilité de la situation de l’Organisation et il est légitime
de s’interroger sur les possibilités de sa réforme pour venir
à bout de ses problèmes qui semblent se situer au-delà
d’un simple remodelage technique de ses mécanismes.
Mais au-delà de la réforme de l’ONU, dont la nature
conservatrice est évidente, la démarche réformatrice
semble aujourd’hui devenir un instrument qui a tendance à
uniformiser le monde, à défaut de démocratiser les
relations internationales.

Introduction21
Le problème de la réforme de l’ONU est, de ce fait,
aussi ancien que complexe. Il est lié à la nature de
l’Organisation, mais aussi et surtout aux aléas de l’ordre
international et au mode de fonctionnement du jeu
multilatéral, lorsqu’on replace la réforme dans le cadre qui
tend à être le sien : la nécessité de changer le monde face
aux défis du troisième millénaire. Rendre compte de toutes
les dimensions de la réforme de l’ONU et des problèmes
qui la sous-tendent, constitue donc une tâche très
complexe. On peut cependant amorcer le débat en partant
des postulats suivants :
- La nature de l’Organisation supporte relativement peu les
changements de fond. La Charte de l’ONU n’a connu en
effet que quelques modifications en 60 ans d’existence ;
- Les aléas de l’ordre international ont contribué à
marginaliser et à dramatiser la démarche réformatrice. La
longévité de l’Organisation est essentiellement due à des
adaptations de fait qui ont altéré sa mission initiale et
handicapé ses actions ;
- Bâtie sur un rapport complexe entre puissance et équité,
elle a été ballottée entre l’instrumentalisation de la part de
ses membres les plus puissants et l’aspiration à jouer le
rôle de conscience du monde. Elle a tant bien que mal
rempli l’une ou l’autre fonction ;
- Mais elle demeure une organisation interétatique. De ce
fait, toute l’économie de sa réforme est fondamentalement
conservatrice. Ce qui explique que la démarche réformiste
est incapable d’apporter des réponses convaincantes aux
défis du monde d’aujourd’hui ;
- La difficulté de sa réforme montre aussi bien l’intérêt
tout particulier que l’ONU représente pour les Etats, que la
normalisation du compromis tacite sur sa marginalité.

Notre réflexion se place dans le cadre de
l’hypothèse générale ; unel’ONU est en crisesuivante :
crise ancienne et multidimensionnelle liée tout
particulièrement au malaise des Etats à trouver en

22ONUet ordre mondial
permanence dans l’Organisation les moyens de satisfaire
entièrement leurs intérêts nationaux et à faire aboutir leurs
préférences. Mais, pour les Etats, l’ONU constitue un
moindre mal qu’il faut maintenir, contrôler, voire
neutraliser en cas de nécessité. Les mutations
internationales ont cependant reposé la question de son
adaptation. Du reste, le fait de croire que l’ONU allait
cohabiter avec l’ordre post-bipolaire sans modification du
consensus qui lui avait donné naissance en 1945, s’est
avéré erroné. La manière dont répondront les grandes
puissances aux nouvelles interpellations conditionnera à
terme le devenir de l’Organisation.
Cependant, force est de relever que les modes
appliqués jusqu’ici à la gestion des crises de celle-ci sont
dépassés. La démarche réformatrice, telle qu’elle s’est
déployée, est peu susceptible de répondre aux attentes de
changement aussi bien au sein des Nations Unies que dans
la société internationale dans son ensemble.

Quant aux réformes qui tendent à être prescrites aux
pays en développement, elles peuvent demeurer sans effet
si elles ne cadrent pas avec leurs réalités. Si elles sont
conçues dans une démarche d’adversité à l’égard d’un
monde censé être le terreau de tous les radicalismes, elles
peuvent faire le lit des extrémismes de tous bords et
contribuer encore plus à élargir la fracture qui est en train
de créer une nouvelle bipolarité, celle opposant le monde
des nantis à celui de la misère et de la marginalisation.
De ce fait, si les pays, qui ont jusqu’ici fonctionné
sur la base d’un manque ou d’un déficit de démocratie et
de liberté, sont inexorablement inscrits dans la logique
implacable du changement pour pouvoir continuer à
exister, les réformes qu’ils sont appelés à introduire
doivent répondre aux attentes de leurs peuples respectifs.
Si on les pousse à changer dans un sens donné ou si le
changement répond plus à la volonté des grandes
puissances de neutraliser les menaces dont ces pays sont

Introduction23
suspectés ou accusés d’être la source, la question de la
réforme restera posée et tout échec peut être exploité par
les radicalismes réfractaires à la démocratie. Il reste aussi
à décomplexer la notion de démocratie qui n’est rien
d’autre qu’une quête légitime de liberté, de bien-être et de
sécurité que chaque peuple peut traduire selon les données
de ses propres réalités. Vouloir reproduire un modèle,
même le meilleur, en croyant échapper aux critiques ou
aux actions coercitives des puissances tutélaires, faisant fi
du fond au profit de la forme, constitue une erreur que
beaucoup de pays en développement ont commise sans
que cela ne les ait introduits dans le clan des démocraties
et ne leur ait donné un blanc-seing durable de la part de
leurs citoyens et des grandes puissances commanditaires
des réformes.
Par conséquent, les remarques que nous serons
amené à émettre à l’encontre des réformes démocratiques
« préconisées »de l’extérieur ne constituent pas un refus
en soi desdites réformes, mais une réflexion sur les
moyens de construire des modèles fiables qui tiennent
compte plus des besoins endogènes que des pressions
exogènes. Un modèle fiable n’est pas forcément un
modèle coupé des acquis universels, parce que les
traditionnelles spécificités que beaucoup de gouvernants
brandissaient contre les valeurs universelles se sont
avérées autant de subterfuges pour ne pas changer la
réalité locale. Le problème des réformes commanditées de
l’extérieur ne réside pas dans le contenu de l’une ou
l’autre valeur ou institution que l’on cherche à transposer,
mais dans la manière de le faire. Car la démarche
consistant à obliger les peuples à adopter un modèle clés
en main, moyennant menaces et pressions, vide la
philosophie de la réforme de son essence, en l’occurrence
la liberté de choix et la spécificité dans le montage du
projet de société et la vitesse de sa concrétisation. Le
caractère endogène ne réside pas forcément dans une
démarche qui cherche l’originalité dans une tentative

24ONUet ordre mondial
individuelle et vaine d’inventer chaque fois la démocratie,
comme si on était obligé de réinventer tous les jours la
« roue ».La démocratie existe et c’est un patrimoine
commun de l’humanité. Mais elle n’est qu’un ensemble de
principes qui doivent être assemblés selon la spécificité de
chaque groupement humain qui choisit de l’adopter. Elle
renvoie donc à plusieurs possibilités de montages qui
pivotent, cependant, autour de la liberté et la participation
des citoyens au choix de leur contrat social et à la gestion
de leur destin. C’est justement cette dimension qui est
évacuée par les réformes commandées de l’extérieur dans
l’intérêt de leur commanditaire.
















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a crise institutionnelle a progressivement enserré le
mPondiale depuis sa création. Dès 1948, on peut relever
système onusien. En fait, elle a touché l’Organisation
l’expression des premières préoccupations quant à la
gestion des ressources de l’ONU et des institutions
spécialisées. Ceci avait amené l’Assemblée générale à
adopter un certain nombre de résolutions mettant l’accent
sur la nécessité de la coordination au sein de la famille des
Nations Unies, la concentration des ressources, la lutte
4
contre la dispersion et la recherche de l’efficacité, etc.La
normalisation de la situation de crise sera néanmoins
assurée à la faveur de la guerre froide qui a, en même
temps, dénaturé la mission de l’Organisation. Cependant,
celle-ci trouvera lentement un espace d’action dans les
failles ouvertes par les contradictions et les surenchères
des deux blocs rivaux, mais aussi dans les ambiguïtés des
dispositions de sa propre Charte.
La crise est devenue endémique dans les années 80,
à la suite de l’étranglement financier provoqué par la
diminution de la contribution des Etats-Unis et la chute de
la valeur du dollar américain.
Les critiques des pays industrialisés contre
l’inefficacité de l’Organisation irontcrescendo, en
fonction de la perte de leur contrôle sur ses organes. On lui
reproche de produire trop de papiers, de discours, de
résolutions, d’être politisée et de ne pas être capable de
mener des actions efficaces étant donné son gigantisme.
Les Etats-Unis sont particulièrement critiques à l’égard de
l’Organisation et de tout le système onusien.
Le Secrétaire général de l’Organisation porte
luimême un regard sévère sur elle. Dans une déclaration faite
lors d’une séance spéciale de l’Assemblée générale au
cours de laquelle il présenta ses propositions de réforme, il
fournit une description de la crise de l’ONU. Selon lui,
« …l’Organisation ne fonctionne pas comme elle le

28ONUet ordre mondial
devrait. Elle a été lente à prendre la mesure de l’évolution
des données géopolitiques. Loin d’être souple et capable
de s’adapter, elle a trop souvent été prisonnière de sa
bureaucratie. Elle s’est dans certains cas enfermée dans un
carcan rigide, agissant dans l’isolement en l’absence de
toute coordination ou presque au lieu de chercher à
dépasser les limites sectorielles et les frontières
institutionnelles. Là où elle aurait dû doter ses
responsables des moyens de leur action, elle n’a pas su
tirer le meilleur parti de ses ressources humaines ou
financières. Au lieu de donner aux fonctionnaires les
moyens de s’épanouir, elle les a asservis à une
bureaucratie. Elle se doit de libérer leurs compétences et
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leurs capacités. »
Les différentes crises ayant touché le système ont
impulsé des réflexions sur les solutions possibles. La
réforme a été souvent avancée comme le remède idoine.
Mais elle a joué un rôle secondaire par rapport aux
adaptations de fait. De nombreux rapports ont été faits à ce
propos, et le constat a toujours été peu amène pour
l’Organisation.
L’ONU a progressivement fourni d’elle-même
l’image d’une organisation déconnectée par rapport aux
problèmes du monde. Ceci lui vient de sa nature
complexe. La démarche réformiste apportera peu de
solutions à cet état de fait, parce qu’il s’avère que ses
membres les plus influents ont toujours cherché à
l’utiliser, et lorsqu’ils ont rencontré des résistances de la
part des autres membres, ils se sont arrangés pour la
marginaliser et pour l’étouffer financièrement.