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Pratiques en santé mentale Numéro 1 - Février 20015

De

Actes des journées de Lyon 2014. Nous sommes aujourd’hui face à un état des lieux contrasté et paradoxal. D’une part des avancées font suite aux lois de 2002 sur l’action sociale et médico-sociale et les droits des usagers, et à la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées qui a reconnu officiellement que les troubles psychiques pouvaient être à l’origine d’un handicap ; la notion de handicap psychique s’est imposée et il en est résulté notamment la création de dispositifs spécifiques aux personnes handicapées psychiques et de trois cents groupes d’entraide mutuelle (sachant que les besoins non satisfaits demeurent considérables). D’autre part, on constate, malgré le développement de conseils locaux de santé mentale et de réseaux, la persistance de cloisonnements sanitaire, médico-social et social, et une situation confuse et dégradée de la psychiatrie publique caractérisée par une absence de pilotage national et des disparités considérables de moyens, de répartition de ceux-ci entre l’intra et l’extrahospitalier, et de pratiques. Comment se fait-il qu’à population équivalente, les budgets attribués aux établissements publics varient de un à cinq selon les établissements ou les départements ? (données 2008, rapport Cour des comptes de décembre 2011). Comment se fait-il qu’à population égale les hospitalisations sur demande du préfet varient de un à neuf et les hospitalisations sur demande d’un tiers de un à cinq selon les départements ? (données 2007, Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques du ministère).


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Pratiques en santé mentale

N°1, février 2015

La santé mentale

Complexité du terme, perspectives d’avenir

Champ social éditions

Fédération d’aide à la Santé mentale

Présentation

Actes des journées de Lyon 2014. Nous sommes aujourd’hui face à un état des lieux contrasté et paradoxal. D’une part des avancées font suite aux lois de 2002 sur l’action sociale et médico-sociale et les droits des usagers, et à la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées qui a reconnu officiellement que les troubles psychiques pouvaient être à l’origine d’un handicap ; la notion de handicap psychique s’est imposée et il en est résulté notamment la création de dispositifs spécifiques aux personnes handicapées psychiques et de trois cents groupes d’entraide mutuelle (sachant que les besoins non satisfaits demeurent considérables). D’autre part, on constate, malgré le développement de conseils locaux de santé mentale et de réseaux, la persistance de cloisonnements sanitaire, médico-social et social, et une situation confuse et dégradée de la psychiatrie publique caractérisée par une absence de pilotage national et des disparités considérables de moyens, de répartition de ceux-ci entre l’intra et l’extrahospitalier, et de pratiques. Comment se fait-il qu’à population équivalente, les budgets attribués aux établissements publics varient de un à cinq selon les établissements ou les départements ? (données 2008, rapport Cour des comptes de décembre 2011). Comment se fait-il qu’à population égale les hospitalisations sur demande du préfet varient de un à neuf et les hospitalisations sur demande d’un tiers de un à cinq selon les départements ? (données 2007, Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques du ministère).

Auteur : Collectif d’auteurs de la santé mentale. Directeur de la publication : Jean-Luc BRIÈRE, pédopsychiatre et président de la FASM.

L’émergence du concept de « santé mentale » dans les années 1940-1960 : genèse d’une psycho-politique

EXPOSE

Les nouveaux assemblages de la santé mentale, entre clinique, science et mouvement social

Exposé

Passer de l’asile à la Cité, de l’aliéné au citoyen : un défi collectif

ATELIER 1

img1.pngATELIER 2

Santé mentale, nouveaux outils, nouvelles technologies

img1.pngATELIER 3

Santé Mentale et Autonomie

 ATELIER 4

Santé mentale et insertion dans la Cité

ATELIER 5

Rétablissement, réhabilitation, réinsertion

img1.pngEXPOSÉ

La santé mentale en France et dans le monde : « Des hommes, pas des murs »

EXPOSÉ

La place de l’informel en psychiatrie

« VŒUX » issus des ateliers

« Gai Gai, marions-les ! »

img1.pngDÉBAT

Quelles perspectives pour la santé mentale dans 10 ans ?

SYNTHÈSE

Drôle de synthèse ...

Actualités

Propositions de Santé Mentale France (AGAPSY et FASM Croix Marine) sur le projet de loi de santé

A propos

Nécrologie

L’Autre Regard dit adieu à Bernard

Lectures

Les équipes mobiles en psychiatrie et le travail de disponibilité

Obscure Clarté Schizophrénia

 

Éditorial

LASANTÉMENTALE:COMPLEXITÉDUTERME,PERSPECTIVESD'AVENIR

Jean-Luc Brière

Président de la FASM Croix-Marine

Paris (75)

Je veux saluer Bernard Durand, président sortant de la Fédération d’Aide à la Santé Mentale Croix-Marine, et la qualité du travail qu’il a réalisé depuis 2004 avec un engagement et une force de conviction remarquables. Sa détermination a tenu une place importante dans le processus de rapprochement puis de fusion avec la fédération des Associations Gestionnaires pour l’Accompagnement des personnes handicapées PSYchiques (AGAPSY)qui a été rejointe par le réseau Galaxie. La fusion donnera prochainement naissance à Santé Mentale France, et même si, juridiquement parlant, la nouvelle fédération n’existe pas encore, elle a commencé dans les faits à fonctionner.

Les journées de Lyon, avec ses ateliers animés par des membres de Croix-Marine, AGAPSY, et Galaxie, en sont la démonstration. J’ai pu me rendre compte au cours de ces deux journées de la diversité, de la richesse des actions menées et des partenariats engagés d’un bout à l’autre du territoire, de la réflexion et de l’intelligence collective qui en résultaient. Mieux faire fructifier et partager ces expériences, renforcer et faire évoluer notre dispositif de psychiatrie et d’insertion des personnes handicapées psychiques, gagner en lisibilité et représentativité tant au niveau national qu’au niveau local auprès des Agences Régionales de Santé et des Conseils généraux, tels sont les enjeux principaux de Santé Mentale France.

Nous sommes aujourd’hui face à un état des lieux contrasté et paradoxal. D’une part des avancées font suite aux lois de 2002 sur l’action sociale et médico-sociale et les droits des usagers, et à la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées qui a reconnu officiellement que les troubles psychiques pouvaient être à l’origine d’un handicap ; la notion de handicap psychique s’est imposée et il en est résulté notamment la création de dispositifs spécifiques aux personnes handicapées psychiques et de trois cents groupes d’entraide mutuelle (sachant que les besoins non satisfaits demeurent considérables). D’autre part, on constate, malgré le développement de conseils locaux de santé mentale et de réseaux, la persistance de cloisonnements sanitaire, médico-social et social, et une situation confuse et dégradée de la psychiatrie publique caractérisée par une absence de pilotage national et des disparités considérables de moyens, de répartition de ceux-ci entre l’intra et l’extrahospitalier, et de pratiques. Comment se fait-il qu’à population équivalente, les budgets attribués aux établissements publics varient de un à cinq selon les établissements ou les départements ? (données 2008, rapport Cour des comptes de décembre 2011). Comment se fait-il qu’à population égale les hospitalisations sur demande du préfet varient de un à neuf et les hospitalisations sur demande d’un tiers de un à cinq selon les départements ? (données 2007, Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques du ministère).

Je m’en voudrais de ne pas mentionner la suppression brutale en 2013 de la Mission nationale d’appui en santé mentale qui apportait sur le terrain une aide aux ARS et aux établissements. Ses interventions qui consistaient en une aide au changement de l’organisation de la psychiatrie et de la santé mentale dans une institution ou un territoire donnés étaient efficaces, reconnues et appréciées.

S’inscrivant dans la continuité de Croix-Marine et d’AGAPSY, la nouvelle fédération Santé Mentale France ne manque pas d’objectifs. Dans les semaines qui viennent nous nous efforcerons d’obtenir des modifications à l’article 13 du projet de loi de santé, qui concerne « le service de santé territorial au public » appliqué à la psychiatrie, de telle sorte que, au-delà des principes affichés officiellement, l’organisation prévue puisse être le cadre d’une psychiatrie humaine, ouverte sur la cité,encoopération avec le secteur médico-social et social, ce qui correspond à la vision de la santé mentale développée au cours des journées de Lyon en théorie et en pratique.

EXPOSE

L’ÉMERGENCEDUCONCEPTDE « SANTÉMENTALE » DANSLESANNÉES 1940-1960 : GENÈSEDUNEPSYCHO-POLITIQUE

Claude-Olivier Doron

Historien et philosophe

Université Paris Diderot-SPHERE Centre Canguilhem

Paris (75)

Mots-clés:

Concept

Histoire de la psychiatrie

Organisation des soins psychiatriques

Prévention

Référentiel

Santé mentale

L’objectif de cet article est de revenir sur l’histoire du concept de « santé mentale ». Il n’est pas indifférent, en effet, que l’ensemble d’un champ de savoirs et de dispositifs pratiques prétende s’organiser, à un moment donné, autour de la santé mentale et non, comme ce put être le cas à d’autres périodes, autour de l’aliénation, voire autour de la prophylaxie des maladies mentales. Quelles sont les conséquences de ce choix relativement récent concernant l’organisation des politiques publiques autour de ce champ ?

LECONCEPTDE « SANTÉMENTALE » COMMERÉFÉRENTIEL

L’objectif de cet article est de revenir sur l’histoire du concept de « santé mentale ». Il n’est pas indifférent, en effet, que l’ensemble d’un champ de savoirs et de dispositifs pratiques prétende s’organiser, à un moment donné, autour de la santé mentale et non, comme ce put être le cas à d’autres périodes, autour de l’aliénation, voire autour de la prophylaxie des maladies mentales. Par exemple, le fait de centrer le problème sur l’aliénation a eu des effets théoriques (qu’est-ce qu’un sujet aliéné ? Est-ce uniquement celui qui a perdu la raison ? Ou tout un ensemble de sujets déterminés par des forces qui excèdent leurs volontés ? Quel est le rapport de l’aliénation à la responsabilité ?) et des effets pratiques (faut-il intégrer les idiots, les faibles d’esprits etc. dans la catégorie d’aliénés et les placer sous le dispositif de 1838 ?) De même, recentrer le problème sur la santé mentale, en faire le référentiel des discours et des pratiques, a tout un ensemble d’effets que ce soit au niveau des acteurs qui doivent être impliqués, des objets sur lesquels on va se concentrer, des missions qu’on se donne. On peut distinguer trois manières de faire l’histoire du concept de « santé mentale » :

La première traite de la « santé mentale » comme référent implicite d’une multiplicité de pratiques et de discours. Dans ce cas, on se donne une définition a priori de la « santé mentale » et on la projette dans le passé. On pourra alors faire l’histoire des asiles au XIXe siècle comme des institutions « de santé mentale », voire étudier les techniques d’hygiène de l’esprit très à la mode au XVIIe siècle comme des pratiques de santé mentale. Ce type d’histoire n’a aucun intérêt : elle nous empêche de saisir les spécificités de cette étrange notion : « la santé mentale ».

La seconde consiste à s’intéresser à la question de la « santé mentale » comme objet désigné explicitement. En particulier depuis que la folie a été analysée comme une maladie mentale, au même titre que les autres maladies, il y a eu une réflexion explicite sur son opposé – la santé – et des efforts, par la thérapie, pour la rétablir. Mais ce qui frappe, lorsqu’on lit les ouvrages des aliénistes du XIXesiècle par exemple, c’est que cette réflexion explicite est rare. Autant la description, la définition, la distinction des différents types de maladies sont extrêmement détaillées, autant la problématique de la santé n’y occupe pas beaucoup de place. Souvent, elle se donne comme une évidence : on note que la « santé mentale » d’untel est troublée et qu’il faut la restaurer. Parfois, on s’efforce de préciser ce qu’on entend par là : l’harmonie de toutes les facultés (volonté, raison, instincts, etc.) ; souvent, et surtout à mesure que le XIXesiècle avance, c’est pour constater que les frontières entre l’état de santé et l’état de maladie dans la folie sont bien difficiles à tracer. Mais la santé ne se donne toujours ici que comme un objet en négatif, très secondaire par rapport au primat accordé à la maladie comme référentiel. Il existe néanmoins toute une littérature marginale de conseils d’hygiène et de régime pour la préservation de la santé mentale : littérature qui vise à vulgariser un certain nombre de connaissances scientifiques et à délivrer des règles d’hygiène à l’usage des individus ou des familles pour « préserver leur santé mentale », améliorer leur état mental etc{1}L’un des livres plus tardifs tout à fait représentatif de cette tradition est The Hygiene of the Mind de Thomas Clouston{2}. Si cette tradition mérite d’être relevée, c’est parce qu’on y trouve des éléments qu’on retrouvera ensuite systématiquement dès qu’on prendra la santé mentale pour référentiel : une focalisation sur la prévention et sur tous les facteurs qu’il faut prendre en compte pour préserver ou améliorer sa santé ; un impératif d’identification au plus tôt des plus légers écarts de santé ; et enfin une concentration sur toutes les phases du développement de l’individu (enfance, adolescence, âge adulte etc.), avec une focalisation spéciale sur l’enfance et l’adolescence. Mais ce qu’il faut noter, c’est que la préservation de la santé mentale ne se donne ici ni comme une mission de l’État, ni même comme un objectif de la psychiatrie ou d’une autre profession, mais comme une série de recettes à l’usage des individus et des familles. L’un des grands points de rupture sera le moment où l’on dira : 1) les États ont pour devoir la « préservation de la santé mentale » de leurs citoyens ; 2) la psychiatrie doit subordonner ses missions à cet objectif de protection et d’amélioration de la santé mentale (et aussi, notons-le, empêcher que ce domaine ne soit investi par d’autres professions moins qualifiées, problème qui hante la psychiatrie de la première moitié du XXesiècle).

Nous en arrivons ainsi à la troisième manière dont on peut faire l’histoire de la « santé mentale » : s’intéresser au moment où elle devient le référentiel des pratiques et des discours. À un moment historique bien précis (les années 1940-1960), la santé mentale devient un champ général, à partir duquel s’organisent des savoirs, des pratiques et des institutions. Cette notion de « référentiel » doit être prise au sens propre : un référentiel, c’est un système de coordonnées à partir duquel on situe des objets, des corps, des points etc. Si l’on change de référentiel, on fait apparaître de nouveaux points de vue sur les objets, voire de nouveaux objets. Ainsi, si pendant longtemps le problème de la santé mentale ne se donnait que comme un objet négatif marginal au sein d’un système dont l’aliénation ou la maladie constituaient le référentiel, à partir d’un certain moment, il devient le référentiel à partir duquel se découpent et se situent tout un ensemble d’objets plus ou moins nouveaux, y compris les maladies mentales. Evidemment, il faut se garder de penser ce changement comme une coupure brutale et immédiatement effective. Il reste d’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, très largement théorique. Il faut donc raisonner plutôt par effets de seuil que par grande rupture.

 Il semble néanmoins que les années 1940-1960 marquent un point de bascule très significatif à ce point de vue. En voici une illustration qui vaut surtout par son caractère spectaculaire et illustratif. Il s’agit de la progression des occurrences des termes « santé mentale » et « mental health » en relation avec l’ensemble des textes dans la base de données google.books.

Fig. 1 : évolution des termes « mental health » et « mental hygiene » dans les textes anglo-saxons entre 1800 et 2008 (selon la technologie ngram de google).

Fig. 2 : évolution des termes « santé mentale », « hygiène mentale » et « prophylaxie mentale » dans les textes français entre 1800 et 2008 (selon la technologie ngram de google).