Trois semaines aux ambulances
60 pages
Français

Trois semaines aux ambulances

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Description

Profitant de quelques loisirs, et animé du désir de venir en aide à mes semblables, je quittai Bruxelles le 26 août 1870,,à 6 heures du matin, pour me rendre sur les champs de bataille. Je faisais partie d’un groupe de médecins et d’infirmiers volontaires enrôlés sous la bannière de la Croix rouge. Nous arrivâmes à Luxembourg vers midi. M. le Président de la Chambre grand-ducale, que nous eûmes l’honneur de rencontrer à Arlon, nous reçut avec beaucoup de bienveillance et nous engagea à nous rendre à Trèves, où 3000 blessés venaient d’être conduits.

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Date de parution 08 janvier 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782346031238
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
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Oger Laurent
Trois semaines aux ambulances
Impressions d'un infirmier volontaire, membre de la Croix-Rouge, année 1870
INTRODUCTION
LA SOCIÉTÉ DE LA CROIX ROUGE
* * *
En 1859, une guerre terrible éclata entre l’Autrich e et l’Italie. Un homme de cœur, M. Henri Dunant, avait assisté en simple spectateur à la bataille de Solferino. Sous l’impression des tristes tableaux qu’il avait eus d evant les yeux, il écrivit un livre intitulé :Souvenirs de Solferino. Le retentissement en fut immense. L’Europe entière frémit d’horreur en lisant ces pages saisissantes, où M. Dunant retraçait d’une main implacable les scènes affreuses dont il avait été témoin. Ce qui ressortait surtout de ce livre d’une si poignante réalité, c’était le cruel abandon dans lequel on laissait les malheureuses victimes de la guerre, qui restaient s ouvent plusieurs jours sans recevoir les premiers soins. Il fallait trouver un remède à ce mal ; M. Dunant l’indiqua : il consistait à créer des sociétés de secours dont les membres viendraient en aide aux médecins et aux infirmiers militaires. Mais cela ne suffisait pas ; il fallait encore que ces membres pussent accomplir leur tâche charitable en toute sécurité ; qu’il leur fût permis de se rendre sur les champs de bataille, san s craindre d’être tués ou maltraités dans l’exercice de leurs généreuses fonctions. On d écréta donc leur neutralisation : ils devaient se dévouer aux blessés des armées belligér antes sans distinction de nationalité. La solution de cette question était grosse de difficultés ; mais M. Dunant ne se rebuta point. Il s’adressa à tous les Souverains pour faire consacrer cette neutralisation. Le succès répondit à son attente. Dans une conférence internationale qui eut lieu à G enève, au mois d’octobre 1863, sous la présidence du général Dufour, quatorze puis sances se firent représenter. Une convention fut signée dans cette même ville, le 22 août 1864, pour l’amélioration du sort des militaires blessés sur le champ de bataill e. Bientôt chaque pays eut sa société de « secours aux malades et aux blessés mil itaires en temps de guerre. » Ces charitables associations prirent toutes pour emblèm e laCroix rouge, qui est le pavillon de la Suisse. Grâce à l’admirable dévouement du regretté docteur Uytterhoeven, secondé par son digne ami, M. van Holsbeek, et quelques autres phil anthropes, la Belgique a vu s’organiser chez elle cette utile association human itaire. Les grands et signalés services qu’elle a rendus au x malheureuses victimes de la terrible guerre qui vient de finir, ont été hauteme nt appréciés. Le drapeau de la Croix de Genève a flotté à Bruxelles et dans d’autres vil les de la Belgique, où Français et Allemands ont été soignés avec une égale sollicitud e. Le Comité belge de laCroix rouge ne s’est pas borné à recueillir les blessés dans l es ambulances établies dans les principales villes du royaume : il a enrôlé, po ur les envoyer sur le théâtre de la guerre, un grand nombre de médecins et d’infirmiers , qui y ont porté secours aux malheureux soldats des armées belligérantes.
CHAPITRE PREMIER
Départ pour le champ de bataille
Profitant de quelques loisirs, et animé du désir de venir en aide à mes semblables, je quittai Bruxelles le 26 août 1870,, à 6 heures d u matin, pour me rendre sur les champs de bataille. Je faisais partie d’un groupe d e médecins et d’infirmiers volontaires enrôlés sous la bannière de laCroix rouge.Nous arrivâmes à Luxembourg vers midi. M. le Président de la Chambre grand-duca le, que nous eûmes l’honneur de rencontrer à Arlon, nous reçut avec beaucoup de bie nveillance et nous engagea à nous rendre à Trèves, où 3000 blessés venaient d’êt re conduits. Le lendemain, à 9 heures du matin, nous descendions à Wasserbillig, d ernière station luxembourgeoise. Le chemin de fer avait été coupé par les Prussiens à la frontière, de sorte que nous fûmes obligés d’aller à Trèves en voiture. L’aspect de cette ville antique, d’ordinaire si pit toresque, avait quelque chose de sinistre, un air lugubre qui saisissait l’âme ; plu s de cent drapeaux de laCroix rouge flottaient sur les édifices publics et sur les mais ons particulières. Le silence qui régnait dans les rues nous frappa vivement : il nous sembla it que nous entrions dans un immense hôpital. C’est qu’en effet, comme on nous l ’avait dit, plusieurs milliers de blessés y avaient été transportés des bords de la M oselle. Nous fûmes reçus, peu de temps après notre arrivée, par M. le président du C onseil de Trèves, qui nous remercia de nos démarches ; il nous apprit que le service de ses ambulances venait d’être définitivement organisé, et nous dit que nous ferio ns bien de nous rapprocher des champs de bataille, ou les dévouements faisaient dé faut. Il nous remit ensuite des brassards au timbre prussien, ainsi que des cartes de libre circulation pour le théâtre de la guerre. Le président nous autorisa en outre à visiter les principales ambulances établies dans la ville. La première que je vis étai t celle de l’hôpital civil. La direction en avait été confiée à une grande dame de nos compatri otes. Mme la comtesse de R..... nous introduisit dans une vaste salle garnie de lit s en fer, sur lesquels étaient étendus une vingtaine de blessés. Tous ces visages contract és par la douleur, les cris que les souffrances arrachaient à quelques-uns de ces malhe ureux, la pâleur de la mort répandue sur leur figure, me causèrent une telle im pression que je me pris à sangloter j’étais frappé d’horreur et de pitié ! mais une mai n qui serra la mienne, me fit bientôt comprendre que je devais surmonter cette émotion, d ans l’intérêt même des pauvres soldats. Je fis un violent effort sur moi-même, et je distribuai des cigares aux moins souffrants, qui les acceptèrent avec un doux sourire de reconnaissance.