Vousêtes naïve madame le juge - Prison, délinquance, récidive... Ces mots qui font peur
126 pages
Français

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Description

" Vous êtes naïve, Madame le Juge ! " Voilà l’apostrophe d’un commissaire de police à Isabelle Rome alors jeune juge d'application des peines (JAP). Coupable, à ses yeux, d'avoir accordé trop légèrement une liberté conditionnelle, elle ne cessera pourtant jamais de considérer les criminels comme des êtres humains. Son témoignage est une véritable immersion dans le quotidien d'un juge. On a rarement eu accès, en effet, au face-à-face intime d'un magistrat avec détenus et victimes. Dans cette galerie de portraits – qui, la défendant ou la défiant, sont autant de visages de la justice - Isabelle Rome évoque même les doutes qui l'ont parfois habitée. Ici le meurtrier d'une jeune femme, là un enfant violenté le jour de Noël. Ou encore le criminel nazi Klaus Barbie en prison VIP, qui voulait une grâce médicale, et le terroriste longtemps recherché par toutes les polices du monde, Khaled Kelkal... C’est, en fait, toute la question du sens que la société veut donner à la sanction qui se trouve au cœur de ce récit, comme le souligne Boris Cyrulnik dans sa Préface : " Que ressent un juge quand il doit juger une mère infanticide qui a tué un enfant du même âge que le sien ? " Punir autrement que par l’incarcération systématique, continuer de traiter les mineurs comme des enfants même s'ils ont commis un délit : autant de pistes de réflexion qu'Isabelle Rome propose et défend sans détour.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 octobre 2018
Nombre de lectures 4
EAN13 9782356443229
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0300€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Conception couverture : Marie Dortier Réalisation couverture : Comandgo Crédit photo : Charlotte Schousboe
ISBN : 978-2-35644-322-9
© Éditions du Moment, 2012 Tous droits réservés - © Enrick B. Éditions, 2018, Paris www.enrickb-editions.com
En application des articles L. 122-10 à L. 122-12 du code de la propriété intellectuelle, toute reproduction à usage collectif par photocopie, intégralement ou partiellement, du présent ouvrage est interdite sans l’autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie. Toute autre forme de reproduction, intégrale ou partielle, est interdite sans l’autorisation de l’éditeur.
À Anne-Sophie, ma fille.
À Jacques, mon frère, en souvenir de notre papa qui nous a tant transmis.
Nul ne peut être arbitrairement détenu. L’autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi.
Article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958.
Sommaire
Titre
Copyright
Dédicace
Exergue
Avertissement de l'auteur
Préface de Boris Cyrulnik
Avant-propos
Prologue. Soif de justice
Lyon, 1987-1993 - Juge de l'application des peines
I. Le pari de la réinsertion
II. Gaston, l'homme abandonné
III. Momo, la balle perdue
IV. Hervé, un troublant face-à-face
V. Brahim, en quête d'un regard
VI. Un monsieur très correct
VII. Jérôme, alcool, délinquance et barbituriques
VIII. Manuella, qui aime le bon pain et un bel Italien
IX. Éric, irrécupérable, le braqueur ?
X. Khaled, lycéen modèle, ennemi public numéro un
XI - ABDEL, « L'ÉCROU » ET LA CULTURE
XII. Maurice et « la puce »
Lyon, 1993-1995 - Juge pénal
XIII. Neutralité et impartialité
XIV. Christine, la rage de vivre
Lyon, 1996-1998, Amiens, 2003-2006 - Juge d'instruction
XV. Traquer la vérité
XVI. Laetitia, ou le poids de la honte
XVII. Chloé, une histoire d'adolescence
XVIII. Sylvie, une liberté en question
XIX. Marie-Claude, une souffrance conjugale
XX. Joanna, le déni mortel
XXI. Rémi, des larmes insupportables
XXII. Robert et l'erreur judiciaire
XXIII. Marie, proviseur, mon amie
Pontoise, 2007-2012 - Juge des libertés et de la détention
XXIV. Mission impossible ?
XXV. Théo, Lisa et les autres…
XXVI. Ils sont vingt, ils sont cent…
Épilogue
Mot de l'auteur
Glossaire
AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR

Les prénoms qui identifient les personnes citées dans cet ouvrage ont été changés afin de préserver leur anonymat. Ne sont mentionnées sous leur patronyme que les personnalités connues du public.
PRÉFACE

Être juge, ça donne une curieuse et passionnante expérience de la vie. À la fin d’une carrière, on a probablement entrevu, cherché à comprendre et jugé les aventures les plus difficiles .
Comment endurer le suicide de celui qui vient d’être libéré et n’a pas supporté sa propre liberté ?
Comment entendre la femme qui a eu quatre enfants avec son propre père et qui accuse la juge d’avoir brisé sa famille en condamnant le «  papy  » qu’adorent les petits ?
Comment encourager la femme violée qui souvent a honte de porter plainte ?
Jamais vous ne pourriez imaginer les situations invraisemblables et pourtant vraies qu’un juge doit soumettre à la loi .
 
Isabelle Rome a toujours eu le goût de l’engagement. Peut-être a-t-elle acquis cela auprès de son père, un noble instituteur qu’elle admirait. Elle n’a pas eu à se venger de son enfance, elle, parce que, bien entourée, très travailleuse, elle est devenue juge à vingt-trois ans !
En fait, Isabelle, attendrie par les cabossés de l’existence, voudrait témoigner pour eux et les aider. Pourquoi, se demande-t-elle, tant d’illettrés parmi les condamnés, tant de difficultés dans leur développement affectif et mental, tant de souffrance dans leur enfance ? Il faut certainement une prévention sociale avant d’envisager la punition des agresseurs ? Le juge s’étonne du mystère de ces femmes affolées d’amour pour un délinquant ou un alcoolique. Un homme rangé, serait-il pour elles une eau tiède engourdissante ? Est-ce la même émotion qui pousse des braqueurs à récidiver ? Le stress est souvent pour eux une drogue euphorisante dont ils deviennent parfois dépendants. C’est peut-être ce que ressent Khaled, le bon élève qui soudain découvre l’exaltation du terrorisme .
Je me suis demandé pourquoi Isabelle Rome avait éprouvé le désir de nous faire partager son expérience de juge. Bien sûr, c’est un document extraordinaire qui permet de décrire un aspect de la condition humaine. Ça permet de témoigner, mais aussi de sublimer .
Il y a beaucoup d’études sur la dépression professionnelle liée à l’épuisement des soignants. Les métiers d’aide sont douloureux. On rentre souvent chez soi entamé par ce qu’on a essayé de régler pendant la journée. Les juges sont faits de la même étoffe que nous, ils sont sensibles, émotifs et parfois fatigués. Quels sont leurs sentiments quand ils doivent juger une mère qui a tué son enfant, du même âge que le leur ? En médecine, on sait que les praticiens qui se protègent derrière la technicité – excès de médicaments, examens inutiles ou refuge dans les dossiers administratifs – souffrent moins de dépression que ceux qui s’engagent auprès de leurs patients. Est-ce le même phénomène pour les juges, les éducateurs ou les visiteurs de prison désirant aider ces blessés d’une existence qui les a menés en prison ?
Isabelle Rome nous pose tous ces problèmes avec un style clair et une grande chaleur humaine .
Boris CYRULNIK
AVANT-PROPOS

L’amour de la démocratie est celui de l’égalité.
M ONTESQUIEU , De l’esprit des lois

Impossible pour moi de présenter la seconde édition de Vous êtes naïve, Mme le Juge , sans me référer, une nouvelle fois, à ce philosophe qui m’a amenée, avec Jean-Jacques Rousseau, au métier de magistrat que j’aime toujours aussi passionnément, après trente ans…
La découverte du Contrat social m’a fait comprendre le droit, celle de De l’esprit des lois m’a donné l’envie d’être juge.
Une magistrate ou un magistrat restera toujours, à mes yeux, un acteur du contrat social, au service d’une loi conçue pour être l’expression de la volonté générale. La loi est aussi cet outil qui rend possible la vie en société. Dans une démocratie comme la nôtre, elle doit faire une large part à l’égalité.
Mme la ministre de la Justice vient de me nommer haute fonctionnaire à l’égalité femmes-hommes. Elle m’a confié la mission de mettre en œuvre et de coordonner toutes les actions en ce sens. C’est avec détermination que je m’engage dans cette nouvelle tâche et que je m’efforcerai de faire vivre ce concept d’égalité de manière plus effective.
Depuis 2012, date de la première édition de cet ouvrage, la France a été atteinte dans sa chair par le souffle noir des attentats terroristes. Des barbares ont aveuglément tué des dizaines de ses filles et de ses fils. Ils ont voulu faire vaciller la liberté, l’égalité, la fraternité. Ils ont tenté de déstabiliser notre République pour la faire reculer sur ses propres fondements que sont les grands principes de l’État de droit. Certains responsables politiques, prompts à céder, n’auraient pas hésité à les brader définitivement, trouvant justification dans les circonstances d’une exceptionnelle gravité. Les gouvernements successivement en place ne les ont pas suivis. Face à la menace, ils ont néanmoins décrété un état d’urgence temporaire, conformément aux exigences constitutionnelles. Celui-ci a été maintenu plusieurs mois, il a expiré à ce jour. Plusieurs lois visant à améliorer la sécurité ont aussi été votées. Restreignant les libertés individuelles, elles ne sauraient cependant être considérées, à mon avis, comme remettant en cause les fondamentaux de notre République. Aucun gouvernant ne s’est, jusque-là, autorisé à passer outre le contrôle du Conseil constitutionnel ou même à réviser la Constitution afin d’avoir les mains libres pour mettre en œuvre une répression arbitraire et liberticide.
Mais la vigilance reste de mise. Les discours de haine et de rejet de l’autre n’ont, en effet, pas disparu. Véritables antiennes, ils expriment tous la volonté de démolir à coups de marteau-piqueur le socle de notre État de droit. Ils veulent en extirper la notion de liberté. Ils rejettent celle d’égalité comme s’il s’agissait d’un accessoire inutile. Sans hésitation, leurs auteurs sacrifient la fraternité pour lui préférer le repli sur soi. Loin de s’éteindre, ces discours amers viennent hélas de s’imposer chez plusieurs de nos voisins européens et ont amené au pouvoir des dirigeants peu scrupuleux qui bâtissent leur popularité sur le rejet de l’autre. À celui-ci s’ajoute une défiance des institutions, qu’ils accusent de freiner leur action par une attitude irresponsable ou laxiste.
Au moment où j’écris ces lignes, les cendres de Simone Veil sont transférées au Panthéon. Dans le discours qu’il a prononcé en son hommage, j’ai entendu le chef de l’État dire qu’« elle croyait en ce destin qu’on appelle nation ».
Une nation se construit toujours sur une communauté de destin. Jamais sur des clivages ou sur des scissions. Jamais sur des haines. Sinon, elle se délite.
C’est pourquoi nous devons, plus que jamais, défendre notre État de droit et tous les grands principes qui le fondent. Mon père, instituteur, me les a inculqués dès le plus jeune âge. Il est parti aujourd’hui. Mais les valeurs qu’il m’a transmises me sont restées chevillées au corps.
Prologue
SOIF DE JUSTICE

1987. Lyon.
J’ai vingt-trois ans.
On dit alors que je ressemble à Karen Cheryl.
J’aime le ski, la planche à la voile et le tennis. Véronique Sanson, Michel Berger. Chopin et ses préludes.
Mais aussi Jean-Jacques Rousseau, le promeneur solitaire, l’inventeur du « contrat social ».
Et je réalise ce matin, alors que je presse la dixième sonnette en dix minutes, que c’est bien sans doute la «  faute à Rousseau  » si je me trouve là, aujourd’hui, dans cette prison, le nez pointé entre les grilles de la grosse porte du bâtiment H. Impatiente, agacée par la lenteur et la lourdeur qui « plombent » ces lieux, impassible sous les regards moqueurs ou méfiants de certains surveillants que ma jeunesse paraît déranger. Soucieuse d’aller rencontrer en à peine trois heures les quinze détenus qui m’ont demandé audience.
Mais fière d’être enfin juge, d’avoir choisi la magistrature. Telle est ma vocation, je pense. Suscitée dès mon plus jeune âge par l’apprentissage du partage. Directeur de l’école dans un petit village de la Bresse, mon père se levait chaque matin avant 6 heures pour remplir les poêles, corriger les cahiers et préparer les leçons. Dès que je l’entendais dans l’escalier, je descendais le rejoindre au fond de la salle de classe et m’asseyais à une table d’écolier. Je restais là sans bouger jusqu’au réveil de ma mère vers 8 heures. C’était un moment de douceur. De calme. J’étais tout près de mon père. Nous ne nous parlions pas. Il était là, écrivait des mots, traçait des lignes sur le grand tableau noir. Je regardais, lisais tout. Et je découvrais ainsi chaque matin la phrase qu’il inscrivait comme une formule d’accueil pour ses élèves. Il l’empruntait souvent à Alain, Victor Hugo ou Jules Vallès. Parfois, c’était lui qui l’inventait. Cette phrase était à la fois un enseignement moral et une incitation à la réflexion. Je crois que le mot «  tolérance  » est celui que mon père a le plus souvent cité. Il répétait également la formule «  respect des autres  ».
Voilà comment j’ai appris à rechercher toujours ce qui peut contribuer à mieux vivre ensemble, au-delà des différences, et à travailler à une résolution pacifique des conflits. La lecture à l’université des œuvres de Rousseau et de Montesquieu m’a ensuite révélé le sens et l’importance de la loi au sein de la société. J’ai acquis la conviction que je devais être magistrat. Dire le droit, c’est travailler au respect du contrat qui nous lie les uns et les autres, servir ce pacte essentiel qui nous protège de l’agression que constituent toutes les violences. Nous rendons la justice au nom du peuple français, en application de lois votées par les représentants qu’il s’est choisis. N’est-ce pas une noble fonction démocratique ?
En ce matin de janvier 1987, je suis donc fière d’être ce juge de l’application des peines, un JAP, chargé de garantir les libertés au sein des prisons de notre pays. Un juge qui a pour mission de considérer chaque détenu comme un individu et d’aménager sa peine pour l’aider à se réinsérer dans la société.
Ce qui ne m’empêche pas d’être déjà attristée que ma fonction soit si souvent suspectée de « démolir » les décisions longuement élaborées par les tribunaux correctionnels ou les cours d’assises, et de favoriser une « érosion » des peines. C’est un juge qui «  inquiète  », alors que le procureur 1 «  rassure  », ainsi que me l’a expliqué un directeur de maison d’arrêt lorsque j’étais auditrice de justice. Voilà donc un juge qui relâcherait de manière inconsidérée de dangereux criminels ?
Jeune femme à qui la vie a plutôt souri, je découvre la réalité quotidienne de la prison et la surpopulation carcérale. À Lyon, en 1987 : quatre détenus dans une cellule de dix mètres carrés. Lits superposés. Matelas à même le sol. Une écœurante cuvette de toilettes à l’entrée. Un lavabo ébréché et encrassé.
Promiscuité insupportable. Manque d’hygiène. Tension inévitable. Face à cette situation, le directeur régional de l’administration pénitentiaire et le procureur général près la cour d’appel* nous incitent même, en un torride été, à attribuer de manière anticipée des réductions de peine aux détenus afin de libérer de l’espace. Comment ne pas comprendre cette mesure dictée par un impératif évident de sécurité et de salubrité publiques ? C’est en prison que l’on trouve le plus grand nombre de personnes illettrées et sans diplôme. La prison, lieu de toutes les souffrances… De toutes les propagations : la tuberculose sévit dix fois plus qu’à l’extérieur, le virus HIV et les hépatites C touchent particulièrement les détenus… De toutes les dépendances : dans les prisons d’Europe, selon les estimations, au moins 75 % des personnes incarcérées avaient un problème de toxicomanie ou d’alcoolisme au moment de leur arrestation… De tous les troubles : près de la moitié des détenus ont besoin d’un suivi psychologique ou psychiatrique, alors que, la plupart du temps, aucune permanence de soins n’est assurée – sur les 188 établissements existants, seuls 26 d’entre eux sont dotés d’un service médico-psychologique… De la mort aussi : les suicides sont de plus en plus nombreux dans les prisons françaises. Plus de cent en 2015.
La population carcérale n’a pourtant cessé de croître tout au long de ces dernières années. Les établissements pénitentiaires ont aujourd’hui un taux d’occupation de 116 % 2 . En mars 2012, 66 000 personnes 3 sont détenues alors que les prisons ne disposent que de 58 000 places. Cette inflation n’est pas liée à l’état de la délinquance. Si les prisons se remplissent, ce n’est pas parce que la criminalité augmente. Depuis trente ans, cette dernière demeure, en effet, stable, oscillant autour de 60 pour 1 000 habitants.
Qui ignore pourtant que la prison peut être l’école du crime ? Plusieurs études 4 démontrent que 63 % des détenus risquent d’être de nouveau condamnés dans les cinq années suivant leur sortie de prison, lorsqu’ils ont effectué leur peine dans son intégralité. En revanche, ils ne sont que 39 % parmi ceux qui ont bénéficié d’une libération anticipée, sous la forme d’une libération conditionnelle. Cet aménagement qui peut intervenir à mi-peine, ou aux deux tiers en cas de récidive légale, peut être prononcé par le juge ou le tribunal de l’application des peines, lorsque le détenu justifie de garanties de réinsertion, comme un projet de travail ou de formation, un hébergement stable, une vie de famille, la mise en place d’un suivi psychologique à l’extérieur, des efforts d’indemnisation en faveur de la victime. Il implique un contrôle du juge de l’application des peines et du Spip – service pénitentiaire d’insertion et de probation – pendant toute la durée de la peine restant à effectuer, et soumet le condamné à certaines obligations, notamment se soigner, travailler ou indemniser la victime. Si une seule de ces obligations n’est pas respectée, la libération conditionnelle est révoquée. Le condamné doit alors retourner en prison pour y purger le reliquat de sa peine.
Ce constat met en évidence aussi la nécessité d’un solide travail éducatif. Entre les murs d’abord, pour maintenir un lien social et préparer la sortie, puis à l’extérieur, dans le cadre du contrôle imposé au condamné et dans l’accompagnement pour sa réinsertion.
Pourtant, l’effectif des personnels sociaux pénitentiaires demeure bien faible : 5 000 agents des services d’insertion et de probation doivent se répartir la prise en charge des 170 000 personnes suivies en milieu ouvert et des 82 000 personnes sous écrou 5  !
Chercher d’emblée à établir la faute de ces travailleurs sociaux, incriminer le laxisme des juges, comme s’empressent de le faire certains responsables politiques lorsque de malheureux faits divers impliquent des récidivistes, paraît donc trop simple.
Trop aisé également de faire voter des lois d’urgence au Parlement, en réaction à un émouvant fait divers ! Il est moins spectaculaire, en effet, d’affecter des femmes et des hommes pour suivre les adultes placés en libération conditionnelle ou sous contrôle judiciaire, ou encore condamnés à des peines d’emprisonnement avec sursis et mise à l’épreuve. Il est tout aussi peu médiatique d’en prévoir pour accompagner des enfants sur le plan social et pénal… Il faut parfois plusieurs mois avant qu’un éducateur ne soit désigné pour ce travail !
 
Après douze années passées à travailler pour la réinsertion comme juge de l’application des peines, dans l’ombre des prisons mais aussi au cœur de la cité, à traiter de la délinquance la plus diverse et de la criminalité la plus grave, à découvrir aussi les visages de condamnés, parfois à de très lourdes peines, j’ai voulu réfléchir à la prévention et répondre à une question concrète : comment éviter la chute puis la rechute ? J’ai repris ainsi mes tout premiers pas dans la magistrature. Je m’étais impliquée dans des associations d’aide aux toxicomanes et de réinsertion. Avec des collègues et d’autres professionnels, nous avions monté à Vaulx-en-Velin une action intitulée Objectif Citoyen, proposant aux lycéens, aux jeunes adultes et à leurs familles une sensibilisation à la loi.
J’ai donc choisi de quitter les tribunaux en 1999 et de passer deux années à la Délégation interministérielle à la ville. J’y ai découvert les dispositifs dits de « la politique de la ville », les organes de décision, mais aussi les enjeux de pouvoir entre État et collectivités territoriales, Police et Justice, éducation et travail social, secteur institutionnel et associations… Autant de forces parfois contraires, autant de freins affectant la mise en œuvre concrète et rapide de mesures censées s’adapter à des lieux et des publics multiples. Voici ce que j’ai compris : même si les systèmes sont cohérents, voire perfectionnés, ils ne peuvent reposer que sur les personnes, sur leurs capacités à échanger, à œuvrer ensemble. Sans volonté partagée, les moules proposés restent vides. J’ai constaté que dans chaque ville, dans chaque département, dans chaque région, exercent des femmes et des hommes de grande compétence, pleins d’énergie et d’enthousiasme… Il faut seulement réussir à les faire se rencontrer. C’est possible. De nombreuses actions développées localement le prouvent. De ces initiatives dépend la qualité de la vie quotidienne de dizaines, de centaines d’enfants et de familles.
 
J’ai ensuite été plongée, comme conseillère technique de la ministre de la Justice Marylise Lebranchu, au cœur de l’élaboration des lois et du fonctionnement de l’État. Un tourbillon de mots… notes à rédiger dans l’heure pour les séances de questions à l’Assemblée nationale et au Sénat… éléments de langage à préparer en vue d’une émission de radio à laquelle la ministre est invitée… circulaires à reformuler et nombreux discours à écrire. J’ai adoré cet exercice : trouver une introduction pertinente… permettre au ministre de s’approprier l’ensemble des termes… conclure en ouvrant sur des perspectives qui suscitent les applaudissements. Passionnant !
Mais dans ce tourbillon, si les mots restent parfois gravés dans des lois, bien souvent ils s’envolent, au gré de l’actualité ou de la dernière idée politique. Responsable de la prise en charge des mineurs, combien de fiches n’ai-je pas élaborées au sujet de la modification de l’ordonnance de 1945 sur l’enfance délinquante ou du retrait des allocations familiales aux parents « défaillants » ! Combien de réunions interministérielles stériles, de projets de lois mort-nés, de lois inappliquées !
J’ai donc mesuré l’illusion du pouvoir, ses capacités à changer et à améliorer la vie, et ses vanités. Les hautes sphères et les ors de la République ne valaient pas pour moi le contact direct avec la cité et le face-à-face avec les justiciables. J’ai voulu revoir leurs visages. Ce sont les individus qui me portent, qui me font avancer dans l’exercice de ce métier que j’aime tant, comme dans ma vie. En 2003, j’ai retrouvé les tribunaux, comme juge d’instruction, juge aux affaires familiales, puis juge des libertés et de la détention.
Tous les jours, s’incarnent devant moi la douleur, la souffrance, le courage, l’espoir. Des visages s’imposent à moi, qui se croisent, s’évanouissent et réapparaissent. Ce sont eux qui s’inscrivent dans ma mémoire comme une galerie de portraits, fondatrice de la personne que je suis devenue. Ce sont eux qui secouent le confort des habitudes, comme un rappel à l’ordre face à la tentation de l’indifférence, comme une sommation. Ces visages d’hommes et de femmes condamnés, prévenus, mis en examen ou accusés, que j’ai observés au fil des années, en tant que juge pénal aux assises ou en correctionnelle, juge d’instruction* ou juge des libertés et de la détention. Ces visages de femmes, de jeunes filles, d’enfants, victimes bien souvent. Ceux aussi de certains êtres exceptionnels, « passeurs » de justice et de vérité.
C’est cette idée de la justice que je défends, à laquelle je veux redonner de l’humanité, même si ma pratique suscite ironie ou sarcasmes. Je n’ai aucun goût pour la polémique ni pour le sensationnel. Ce sont donc des portraits que je propose ici, le récit de rencontres souvent douloureuses, parfois cruelles, toujours passionnantes et quelquefois rayonnantes. Pour témoigner de l’acte de juger.

1 . Les termes marqués d’un astérisque sont expliqués dans le glossaire à la fin de l’ouvrage.

2 . En juin 2018, ce taux est de 118 % (statistiques trimestrielles de la population prise en charge en milieu fermé, ministère de la Justice, direction de l’administration pénitentiaire).

3 . Elles sont 82 000 en juin 2018, pour un nombre de places qui s’élève à 59 871. On compte 1 409 matelas posés au sol.

4 . Kensey et Tournier, 2005 ; Kensey et Benaouda, 2011.

5 . Chiffres de juin 2018.
Lyon, 1987-1993
JUGE DE L’APPLICATION DES PEINES
I
LE PARI DE LA RÉINSERTION

Deux immenses bâtisses se dressent, juste à côté de la gare de Perrache. Leurs façades sont noircies d’un siècle de monoxyde de carbone, de poussière, d’attente et de tristesse. Elles forment la maison d’arrêt de Lyon, établissement censé n’accueillir que des personnes en attente d’être jugées. Dans les faits, à l’aube des années quatre-vingt-dix, 1 200 détenus y sont incarcérés. La moitié d’entre eux sont déjà condamnés et purgent des peines parfois longues.
Pendant six années, je m’y suis rendue une ou deux fois par semaine, comme juge de l’application des peines.
Je suis très souvent accompagnée de mon collègue Jean-Claude. Nous avons été nommés en même temps. Âgé d’une quarantaine d’années, ancien notaire en Haute-Loire, issu d’une famille d’hommes de loi, il vient d’intégrer la magistrature. Blazer marine et pantalon de flanelle, Le Figaro et le Herald Tribune sous le bras, enveloppé dès le matin d’un doux halo d’Amsterdamer échappé de sa pipe, il a le flegme londonien et l’humour grinçant de ceux qui préfèrent «  avoir à en rire plutôt que d’en pleurer  »…
Notre duo est surprenant ! Il sait rassurer le personnel pénitentiaire, surveillants et directeurs. Il est moins à l’aise avec les travailleurs sociaux, qu’il souhaiterait plus fermes dans leurs avis. J’étonne un peu les premiers par ma fougue et ma spontanéité mais gagne immédiatement la confiance des seconds.
Forts de notre complémentarité, nous décidons de ne nous déplacer et de n’intervenir que par deux lors des réunions au sein de l’établissement. Nous prenons le métro ensemble pour nous rendre à la prison. Au retour, nous marchons jusqu’au bureau. La rue Victor-Hugo, animée et commerçante, est notre sas de décompression après l’enfermement et la tension.
Discussions sérieuses, opinions partagées, fous rires… Nous retrouvons nos trois collègues, avec lesquels nous formons une équipe soudée et fraternelle, ainsi que l’ensemble des agents de probation, éducateurs et assistantes sociales de l’administration pénitentiaire, chargés du suivi des personnes dites « sous main de justice ». Avec joie. Extraordinaire chance que de pouvoir échanger dans un tel climat de confiance pour la jeune juge inexpérimentée que je suis ! C’est la période des apprentissages. Le contact quotidien avec la marge et la souffrance me fait découvrir brutalement la misère sous toutes ses formes, comme l’âme humaine en ses plus tortueux méandres. La réalité du monde se présente à moi avec toutes ses aspérités. Hors des codes, de la doctrine et de la jurisprudence.
La psychiatrie me passionne. L’école de médecine légale de Lyon est une référence en la matière. Les praticiens que je rencontre sont reconnus pour leur compétence et leur humanisme. J’ai soif de savoir, de comprendre. Les rencontres pluridisciplinaires avec des soignants et des travailleurs sociaux aiguisent ma réflexion.
Je deviens adulte à une vitesse qui s’accélère. Je deviens mère. D’une petite fille qui me fixe de ses immenses yeux noirs ! Et je deviens pleinement et définitivement juge.
II
GASTON, L’HOMME ABANDONNÉ

Mars 1987.
Dans le sombre tunnel de la prison de Lyon qui relie les quartiers Saint-Paul et Saint-Joseph, même les fresques aux couleurs exubérantes peintes par des détenus ne peuvent distraire du froid enveloppant et de l’humidité oppressante. Les fuchsias et les turquoises ne dissipent pas davantage la tristesse discrète et sourde qui me gagne, chaque mardi matin, lors de cette traversée. Parfois, un mulot, sorti de l’un des trous des murs épais, pointe le museau, comme pour me rappeler que la vie se manifeste ici d’une drôle de manière ! Le silence est de plomb. Je vais rendre visite aux détenus qui m’ont demandé audience. Dans deux lourdes valises noires cartonnées, portées à bout de bras, leurs dossiers.
Ce matin-là, celui de Gaston.
Date d’écrou : 12 janvier 1963… Gaston a été incarcéré avant même que je ne sois née !
Réclusion criminelle à perpétuité pour vol avec arme.
Dans son dossier, somme toute assez maigre au vu des presque vingt-cinq années passées derrière les barreaux, aucune trace de visite, aucun compte rendu d’entretien avec des travailleurs sociaux. Personne apparemment ne s’est soucié de sa situation privée et sociale, personne n’a sollicité le moindre permis pour le rencontrer. En revanche, des rapports disciplinaires et des placements répétés dans des antennes psychiatriques d’établissements pénitentiaires jalonnent son parcours. Crises de violence, transferts de prison à prison, de prison à hôpital de force, d’hôpital de force à prison comme seuls et uniques marqueurs de sa vie. Qui donc peut être Gaston ? D’aucuns le surnomment Elephant Man, d’autres me préviennent qu’il peut tout casser d’un moment à l’autre.
Dans la petite cabine du parloir avocats qui m’est attribuée pour rencontrer les détenus, je l’attends sans m’impatienter.
En prison, il faut toujours attendre. Attendre le retour de promenade, attendre l’appel par le surveillant, attendre que les détenus soient passés avant de s’engager dans un couloir, attendre la fin de la tournée d’un chariot, attendre l’ouverture de la porte…
Tenter de rester calme, alors que l’agitation est permanente, tenter parfois même de rassurer alors que l’angoisse en milieu carcéral est constante. En tant que juge de l’application des peines, je dois apporter un peu d’air extérieur dans ces lieux si confinés, et surtout dire le droit, repère indispensable dans un univers clos, parcouru par les rumeurs et soumis à la loi du plus fort. Dire le droit, traiter chaque détenu individuellement, envisager pour lui tous les possibles sur le plan juridique et social, comme tous les impossibles, parfois durs à « avaler ». Telle sera ma tâche avec Gaston.
Le voici qui se présente, accompagné d’un surveillant. Celui-ci, inquiet, me demande avant de refermer la porte et de me laisser seule face à lui : «  Ça va aller ?  » Je lui réponds d’un hochement de tête assuré. Gaston hésite à avancer. Brusquement, il s’assied et avance la chaise tout près de la petite table d’écolier qui nous sépare.
Son visage paraît cabossé, tiraillé par la tristesse, comme abandonné par la vie. J’hésite à fixer son regard qui semble ne rien exprimer, ne rien attendre non plus. On dirait qu’il ne sait plus tourner les yeux, que sa tête est devenue une grosse pierre lourde et immobile. Ses membres encombrants, longs, frêles, me font penser à ces figures mystérieuses montrées au théâtre en ombres chinoises.
Très vite, je constate qu’entrer en relation avec Gaston est une réelle difficulté. Il peine à prononcer quelques mots. On dirait qu’il n’a rien à dire. Plus rien à dire ou trop à dire ? En tout cas, il ne semble ce jour-là ni révolté ni revendicatif. Il est présent. C’est tout. Je comprends qu’aucune réinsertion n’a jamais été envisagée pour Gaston, qui n’attend d’ailleurs plus rien. Nous prenons congé sans nous regarder. Il s’éloigne, la tête légèrement penchée en avant, les yeux baissés.
Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’état de Gaston. Replié sur lui-même, il semble avoir perdu tout lien avec les autres. Je mesure aussi l’abandon de cet homme par la société tout entière.
Je décide de l’aider à entreprendre un processus de « réhumanisation » puis de réinsertion, même si celui-ci doit être long et tortueux. Avec le concours des fonctionnaires du greffe de la maison d’arrêt et d’une assistante sociale de l’établissement, nous travaillons dans un premier temps à obtenir de la Chancellerie une commutation de sa peine. Elle est ramenée, un peu plus tard, à une durée de trente années. Un suivi est mis en place par le psychiatre de la prison. Pierre, intervenant associatif bénévole, entoure Gaston et l’aide à reprendre contact avec l’extérieur. Des permissions de sortie sont progressivement organisées. Ainsi, une fois par mois, Gaston redécouvre peu à peu les bruits et les odeurs de la ville, les femmes, les hommes, les enfants qui l’animent. Pierre nous relate le vertige de Gaston dans la rue, sur un passage piéton, sur un trottoir : privé de tout contact avec la cité depuis vingt-cinq années, il ne peut plus se repérer, il ne sait plus se déplacer seul. Il ne parvient plus à regarder le monde. Pierre voit bien que Gaston en a peur aujourd’hui.
Pendant plusieurs mois, ces sorties encadrées se multiplient. Un stage de « remise à niveau » est proposé à Gaston. Mais à quel niveau le « remettre » ? Certainement pas à celui que définit l’Éducation nationale pour ouvrir la voie à un diplôme ou à des études approfondies. Il s’agit simplement de lui permettre de reprendre confiance et d’occuper à moyen terme un emploi aussi modeste soit-il. Une mesure de semi-liberté est prononcée. Gaston bénéficie, avant une éventuelle libération conditionnelle, d’un stage pendant la journée et il revient dormir à la prison le soir. Pendant les deux premières semaines, Pierre l’accompagne chaque matin à l’organisme de formation et l’aide chaque fin d’après-midi à retourner derrière les barreaux. La troisième semaine, Gaston prend seul le chemin. Pas d’incident. Pas d’accident. Ponctualité à l’école comme à la prison. Une quatrième semaine, une cinquième s’écoulent. Pierre voit toujours Gaston. Pour la première fois, il nous semble qu’il retrouve quelque désir.
Impression fausse, espoir vain. Lors d’un de ses crépusculaires retours à la prison, Gaston préfère s’allonger sur la voie ferrée plutôt que d’aller dormir dans sa cellule de Montluc. Le train l’a happé. Broyé. Définitivement emporté. Une grande tristesse s’empare de nous tous qui l’avons accompagné sur le chemin de la liberté. Nous pensions lui redonner dignité et espoir. Chargés d’une mission de réinsertion, nous ne pouvions laisser mourir Gaston à petit feu au fond de sa prison. Il n’empêche que nous avons le cœur lourd aujourd’hui de l’avoir peut-être précipité vers l’au-delà. C’est ainsi que je découvre qu’un homme délaissé par le « troupeau humain » peut perdre tout désir et couper le fil de vie en un dernier sursaut, préparé et délibéré.
Plus jamais je ne siégerai dans un procès de cour d’assises, où sont prononcées des peines forcément longues, sans penser à Gaston… Plus jamais je n’admettrai que l’on puisse condamner avec désinvolture à dix, douze, quinze, vingt, trente années de prison. Les années de détention, strictes et fidèles traductions de la loi, ne sont pas des chiffres couchés sur le papier. Même lorsque la gravité des faits justifie une lourde peine, l’acte de juger ne peut être ni aveuglément ni délibérément abstrait de la réalité et du poids de la sanction prononcée.
La loi n’est jamais une fin en soi.
Et si notre Parlement a décidé, en une belle journée de 1981, d’abolir la peine de mort, ce n’était pas pour la remplacer par un « laisser-mourir » en guise de sanction.
III
MOMO, LA BALLE PERDUE

Janvier 1988.
«  Love me tender, love me true…  »
Nous sommes réunis dans la grande salle dite de la Chapelle : directeur, surveillants, travailleurs sociaux, enseignants, bénévoles associatifs, détenus… Une estrade est dressée, des chaises disposées en demi-cercle, une brise de liberté souffle en ce soir d’hiver à la prison Saint-Paul. C’est l’assemblée générale de l’association socioculturelle, où siègent personnels, intervenants extérieurs et détenus. En ces lieux sombres et froids, les échanges se font avec une simplicité et une chaleur réconfortantes. Les rapports d’activité sont présentés. Un débat s’instaure autour des orientations de l’année à venir, un vote suit. Démocratique. Et place au spectacle !
Poésie : Henri déclame Le Dormeur du val . Frissons. Yeux embués.
Théâtre : «  On est souvent trompé en amour et souvent malheureux, mais on aime, et quand on est au bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé . » Étienne sait à peine lire. Menu, il se faufilait dans les maisons et repartait en courant, les poches emplies de bijoux et de billets. Il est condamné à une peine de quinze mois d’emprisonnement. N’empêche, Étienne s’empare aujourd’hui de la pièce de Musset On ne badine pas avec l’amour et nous en fait partager la tragédie.
Chanson : Momo aime Elvis. Une moustache à la Omar Sharif, une silhouette un peu alourdie par les mois d’oisiveté carcérale, une voix chaude et douce, il s’accompagne d’une guitare. Silence autour de lui. Oubli des barreaux.

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