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DU LIBÉRALISME OU DE LA LOI DU PLUS FORT À L'ÉCONOMIE POLITIQUE

De
256 pages
Faisant suite aux deux ouvrages précédents " La théorie économique dominante : un siècle d'imposture " et " Les Principes de l'économie salariale ", ce troisième ouvrage a pour objectif de démontrer que le libéralisme tel qu'il est préconisé actuellement est fondé sur des exigences qui ne respectent pas les principes de l'économie. Ce que les Libéraux néoclassiques entendent par " laisser-faire ", c'est en fait " laisser tout faire ". En fait, ce libéralisme défend les intérêts d'une classe et, pour mieux la servir, recommande la mondialisation. Là alors l'économie politique a un rôle à jouer.
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Du libéralisme
ou de la loi du plus fort
à l'économie politique Collection Logiques Economiques
dirigée par Gérard Duthil
Dernières parutions
GUÉVORKIAN Kariné, L'économie «non enregistrée», 1998.
PICHAULT, WARNOTTE, WILKIN, La fonction ressources humaines
face aux restructurations, 1998.
MÉHAUT Philippe, MOSSÉ Philippe (coord.), Les politiques sociales
catégorielles, Tomes 1 et 2, 1998.
DUTHIL Gérard, PAQUET-VAULTIER Estelle, Le chômage des jeunes,
1999.
MICHEL Sandrine, Education et croissance économique en longue
période, 1999.
AUDIER Florence, GAZIER Bernard, OUTIN Jean-Luc (coordonné par),
L'économie sociale t.1, 1999.
L'économie sociale t.2, 1999.
1999. SADIGH Elie, Principes de l'économie salariale,
N'KODIA Claude, L'intégration économique : les enjeux pour l'Afrique
centrale, 1999.
BAREL Yvan, Les interactions entre la stratégie, le manager et son
équipe, 1999.
VIDAL Jean-François, Dépression et retour de la prospérité, 2000.
LEHMANN Paul-Jacques, De l'ange gardien du franc au bâtisseur de
l'euro. Histoire et évolution des banques centrales, 2000.
MAHIEU François-Régis, Ethique économique. Fondements
anthropologiques, 2001. Elie SADIGH
Du libéralisme
ou de la loi du plus fort
à l'économie politique
L'Harmattan L'Harmattan Inc. L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique 55, rue Saint-Jacques Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris Montréal (Qc) CANADA 1026 Budapest 10214 Torino
France H2Y 1K9 HONGRIE ITALIE Du même auteur :
MONETA E PRODUZIONE (1988) ; ouvrage collectif. Giulio
Einaudi Editore. Collection Scientifica Einaudi.
LA RENTE FONCIERE (1990) ; ouvrage collectif. Ed. adef
(Association des Etudes Foncières).
CRISE ET DEPENSE DU PROFIT (1994) ; préfacé par
Augusto GRAZIANI, professeur à l'Université de Rome. Ed.
LATEC. Centre national de la recherche scientifique, Université
de Bourgogne.
LA THEORIE ECONOMIQUE DOMINANTE :
UN SIECLE D'IMPOSTURE (1998). Ed. L'Harmattan
PRINCIPES DE L'ECONOMIE SALARIALE (1999) ;
Ed. L'Harmattan A mes enfants Introduction générale
La satisfaction des besoins constitue le principal objectif
économique d'une société. Ainsi la science économique est-elle
fondamentalement une science de la production et de la répartition.
Elle est une science de la production en ce sens qu'elle permet
de savoir comment organiser la production, selon les moyens dont
chaque société dispose, afin de satisfaire au mieux les besoins
économiques de chacun. Dans une société organisée, ces besoins
ne peuvent être satisfaits que grâce à la production réalisée par les
membres de cette société.
Elle est une science de la répartition en ce sens que, pour
acquérir les produits qui résultent de la production, il faut avoir un
revenu. Ainsi se pose un premier problème qui est celui de savoir
d'où vient le revenu, quelle est sa source et selon quelle règle il est
réparti entre les membres de la société.
Pour satisfaire au mieux les besoins humains, il faut connaître
les éléments qui permettent la réalisation et l'augmentation de la
production. En outre, il est indispensable de connaître la cause de
la production pour la distinguer des éléments techniques qui
interviennent dans sa réalisation. Nous pouvons d'emblée affirmer
que le travail constitue la cause de la production, même s'il est vrai
que l'utilisation du capital, qui est un élément technique, permet
d'augmenter la production. L'association du capital au travail
permet d'améliorer la productivité du travail et, par conséquent,
d'augmenter la production avec l'emploi d'une même quantité de
travail. Mais, à la différence du travail, le capital résulte de la
production, et son achat est financé par la dépense du revenu qui
trouve sa source dans la production. La rémunération du travail
n'est pas un achat mais une formation de revenu ; le système dans
lequel le travail peut être acheté est le système esclavagiste. 8 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
Le perfectionnement des travailleurs et le progrès technique
améliorent la productivité du travail et, par conséquent, le niveau
de la production ou la croissance économique. La satisfaction des
besoins exige la division du travail, son perfectionnement et
l'accroissement du capital. Le perfectionnement des travailleurs
passe par l'éducation et la formation, qui font partie des
attributions de l'Etat dans une société démocratique dont le but est
d'accorder à tous une certaine égalité des chances, au moins au
départ. Ce sont aussi les travailleurs (au sens large) qui se trouvent
être à l'origine du progrès technique.
Depuis plusieurs siècles, un problème important préoccupe les
économistes, il s'agit de savoir quel cadre politique, le libéralisme
ou l'interventionnisme, garantit les conditions de la réalisation des
meilleures satisfactions des besoins économiques. Un autre débat
important oppose les auteurs libéraux aux autres. Pour les
Libéraux, la maximisation du bien-être collectif est l'objectif
prioritaire, même si cela se traduit par la détérioration de la
situation de certaines catégories ou par l'enrichissement d'une
seule catégorie. Pour les autres, la croissance économique doit
profiter à tous selon la participation de chacun à la réalisation de la
production. Nous serons amené à démontrer que la réalisation de la
première proposition se fait dans le non-respect des principes de
l'économie. L'un de nos principaux objectifs est de déterminer si le
libéralisme tel qu'il est prôné par les Libéraux néoclassiques
constitue le meilleur cadre pour réaliser la meilleure satisfaction
des besoins économiques de chaque individu.
S'il est vrai que ces problèmes économiques ont toujours
préoccupé les responsables de groupes ou de sociétés, il est vrai
aussi que ce sont les philosophes qui, les premiers, se sont posé des
questions à ce sujet et ont essayé d'expliquer le fonctionnement
économique d'une société.
Certes les philosophes grecs, chinois, perses, arabes et autres
ont essayé, à diverses époques, d'expliquer le fonctionnement
économique d'une société, mais il est important de remarquer que
le développement de l'analyse économique scientifique proprement
dite est un élément du processus de la prise de conscience
intellectuelle qui a suivi la révolution scientifique du 17 ème siècle. Introduction 9
En effet, avec l'évolution de la réflexion philosophique, le
concept de « loi naturelle » a été remplacé, selon les auteurs, par
les principes des Utilitaristes et, avec l'évolution de la réflexion
dans ce domaine, par les lois ou principes de l'économie.
Les Utilitaristes soutenaient que les organisations sociales ne
devaient être jugées qu'en fonction de leurs effets et, pour cela, un
seul critère devait être retenu : ces organisations contribuaient-elles
au « plus grand bien du plus grand nombre ? »
C'est ainsi qu'apparut une première rupture radicale avec la
conception théologique de l'existence, qui est fondée sur la loi
naturelle et qui aboutit, en économie notamment, au droit naturel.
Pour les partisans de la loi naturelle ou de l'ordre naturel, ou
encore du droit naturel, l'économie est représentée, à l'instar des
sciences de la nature et de la biologie, comme un ensemble de lois
ordonnées, un ensemble cohérent qui prend le nom d'ordre naturel
ou de loi naturelle. Cette analogie entre les sciences de la nature et
celles de l'économie et de la politique amène les partisans de la loi
naturelle à dire que le monde moral et le monde social et
économique, comme le monde physique, sont soumis à des lois
supérieures. Ces lois sont voulues par l'Etre suprême, le créateur
de la nature, pour le bien des hommes.
Or, cette façon de fonder les lois économiques et sociales a
deux limites et elle appelle une remarque, limites et remarque qui
permettent de mettre en évidence son caractère non scientifique et
injuste.
Première limite : Les lois qui sont établies par analogie entre la
science de la nature et la science économique ne peuvent pas être
acceptées car ces deux sciences n'ont ni les mêmes fondements ni
les mêmes objectifs.
Deuxième limite : Si l'on accepte l'application des lois
naturelles dans les domaines économique et social, on accepte une
vision déterministe de ces sciences, ce qui est contesté et
légitimement contestable. En effet, l'action de l'Homme constitue
le fondement de l'évolution économique et sociale. Autrement dit,
s'il est vrai que l'action de l'Homme n'a pas d'effet sur la loi de
l'attraction universelle, en revanche, il n'est pas vrai que l'action
de l'Homme n'a pas d'effet sur l'enrichissement d'une société, elle
en constitue même le fondement. 10 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
Enfin, une remarque : Dans les domaines économique et social,
les « lois naturelles » sont censées avoir été voulues par l'Etre
suprême. Mais, en réalité, elles sont imposées par ses
« représentants » sur la terre, c'est-à-dire imposées par les
seigneurs et les rois. Elles sont imposées par les plus forts. De ce
fait, elles ne peuvent plus être considérées comme des lois de
nature sur lesquelles l'action de l'Homme n'a pas d'effet. Dans ces
domaines, la loi naturelle est un prétexte servant à justifier la loi du
plus fort.
L'histoire nous apprend que ces lois naturelles (ou droits
naturels) sont, le plus souvent, établies au profit de ces
« représentants » au détriment de l'intérêt de la majorité de la
population. Ce résultat découle du fait que les lois dites naturelles
ne respectent pas les principes de l'économie.
Un exemple tiré du Traité Théologico-politique de Spinoza
permet de mieux comprendre le véritable sens de la loi naturelle ou
droit naturel. Spinoza dit : « Les poissons utilisent l'eau et mangent
les poissons plus petits par un droit naturel qui est purement et
simplement l'expression de leur être déterminé », et il en conclut
que le droit naturel est imposé par la puissance ou la force. Mais
la force nous devons ajouter, avec Spinoza, que ne fait pas droit.
Or, nous savons que dans le domaine social et économique,
dans une société démocratique, tous les hommes sont égaux et ont,
par conséquent, les mêmes droits. Toute prétendue loi naturelle sert
les intérêts des pouvoirs, et elle s'impose et ne se maintient que par
la force et/ou par la ruse et donc au mépris de tout droit. Ainsi
l'application d'une prétendue loi naturelle (ou d'un droit naturel)
dans le domaine économique va à l'encontre des principes de la
démocratie, des droits de l'homme et des principes de l'économie
elle-même.
Néanmoins il ne suffit pas de poser la question, comme le font
les Utilitaristes, de savoir si les organisations sociales contribuent
au plus grand bien du plus grand nombre. Il faut savoir selon quels
principes le résultat de la production se partage entre ceux qui ont
participé à sa réalisation.
Il s'agit de savoir si le libéralisme, qui a le vent en poupe
actuellement et qui domine non seulement l'enseignement et les Introduction 11
politiques économiques de la plupart des pays, mais aussi les
organisations internationales, permet d'écarter la loi du plus fort et
d'appliquer les principes de la répartition selon la participation de
chacun à la réalisation de la production. En effet, le libéralisme est
apparu pour combattre les pouvoirs qui subordonnaient à leur
propre profit l'intérêt de l'individu. Pour atteindre son objectif, la
doctrine libérale préconise, dans le domaine politique, les libertés,
dont la liberté de conscience. Ce sont ces deux premiers éléments
qui fondent les conditions d'existence d'une société libre. Le
libéralisme économique préconise la liberté de travail, la libre
concurrence et il exige que le libre jeu de l'entreprise ne soit pas
entravé par l'intervention de l'Etat.
La libre concurrence qui aboutit au laisser-passer est une
réaction au protectionnisme des Mercantilistes, orchestré par l'Etat
sous l'influence des classes de marchands, de financiers et
d'industriels, tandis que le libre jeu de l'entreprise qui aboutit au
laisser-faire est une réaction à l'intervention de l'Etat. Par leurs
exigences, les Libéraux souhaitent distinguer l'action politique de
l'action économique. La liberté d'action et d'échange est certes
hautement souhaitable, mais elle doit s'exercer dans le respect des
principes de l'économie, comme nous serons amené à le
démontrer. L'un des objectifs de ce travail est, en effet, de
démontrer que les Libéraux, surtout néoclassiques, par leurs
exigences qui ne tiennent pas compte des principes de l'économie
et même les écartent, imposent paradoxalement (en contradiction
avec leurs principes de liberté) des règles de fonctionnement à
l'économie. Cette mise à l'écart des principes de l'économie et
l'application de leurs propres exigences aboutissent à des
conséquences néfastes et créent les conditions de la réapparition de
la loi du plus fort, qui engendre une répartition injuste, en créant
des conditions favorables à des prélèvements indus ou illégitimes.
Cette mise à l'écart devient l'une des principales causes de
l'apparition du dysfonctionnement économique et de la précarité
des travailleurs sur le marché de l'emploi. Autrement dit, est-ce
que ce libéralisme, par ses exigences, n'aboutit pas à subordonner
l'intérêt de l'individu au profit de la classe la plus forte ? 12 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
Depuis longtemps, une importante controverse est apparue
quant au rôle de l'Etat dans les domaines économique et social. Les
Libéraux néoclassiques considèrent néfaste toute intervention de
l'Etat dans ces deux domaines. Ils contestent toute intervention de
l'Etat en économie, car ils interprètent le laisser-faire comme le
laisser tout faire. Adam Smith pense que la main invisible joue un
rôle régulateur important dans l'économie. De ce fait, les Libéraux
néoclassiques font confiance au marché, de telle sorte qu'ils
construisent leur analyse en la fondant sur l'économie de marché.
Mais s'il est vrai que le marché représente un élément important,
apte à guider les agents économiques, il est non moins vrai qu'il est
incapable de détecter, et par conséquent d'écarter, les causes du
dysfonctionnement et de l'injustice sociale. Par exemple, le marché
ne distingue pas la dépense du revenu sur le marché des produits de
la dépense de la monnaie nouvellement créée sur le même marché,
ou encore il ne peut pas distinguer la monétisation de la production
par la monnaie de la monétisation de la production par un pouvoir
d'achat positif. La première distinction permet de déterminer l'une
des causes de prélèvements indus ; la seconde, de déterminer l'une
des causes du dysfonctionnement de l'économie. Ainsi
l'interprétation du laisser-faire par le laisser tout faire va à
l'encontre des lois ou des principes économiques. Montesquieu
dit : « La liberté est de faire tout ce que les lois permettent. » En
économie, le laisser-faire doit se réaliser dans le respect des
principes de l'économie ; le non-respect de ces principes engendre
son dysfonctionnement et/ou l'injustice sociale.
Certains auteurs reprochent aux Etats de ne pas avoir une
politique sociale assez développée. Ils souhaiteraient leur voir
jouer un rôle plus important dans ce domaine. D'autres pensent au
contraire que le rôle social des Etats est trop important, ils
proposent donc de le diminuer. Il s'agit en fait de savoir pourquoi
les Etats doivent intervenir dans ce domaine, et dans quels cas ils
doivent intervenir. Il s'agit de savoir si les dirigeants de ces Etats
ne sont pas responsables, consciemment ou inconsciemment, de la
misère réelle ou relative de certaines catégories de la population
qui participent directement à la réalisation de la production. Ainsi
non seulement serons-nous amené à étudier l'importance du rôle de
l'Etat dans les domaines de l'éducation, de la santé et de la retraite, Introduction 13
mais aussi à distinguer deux catégories d'individus qui bénéficient
du rôle social de l'Etat, soit pour obtenir un pouvoir d'achat, soit
pour préserver et améliorer leur pouvoir d'achat : ceux qui ne
peuvent pas vivre de leur travail et qui, donc, ne participent pas à
l'enrichissement économique de la société et ceux qui, par leur
travail, participent à l'enrichissement de la société. Il est normal
que la politique sociale des Etats s'intéresse au premier groupe ;
quant au second, concernant les personnes qui participent à
l'enrichissement de la nation, il relève de l'analyse économique qui
doit faire savoir pour quelles raisons ces personnes ne peuvent pas
vivre décemment de leur travail. Ce dernier cas relève d'un
problème de répartition injuste ou/et de prélèvements indus
engendrés par le non-respect des principes de l'économie. On peut
même dire dans ce cas que, soit les Etats sont complices d'une
répartition injuste et de prélèvements indus sur le pouvoir d'achat
des travailleurs, soit c'est par ignorance qu'ils se rendent complices
de cette situation. Autrement dit, il faut rechercher les causes de
cette pauvreté absolue ou relative des travailleurs dans le non-
respect des principes économiques. Nous serons amené à
démontrer que les Etats en sont responsables dans la mesure où ils
n'ont pas pris et appliqué toutes les mesures propres à écarter les
causes d'une répartition injuste et de tous les prélèvements indus
et/ou illégitimes. En effet, tous les individus valides qui participent
par leur travail à la réalisation de la production doivent pouvoir
vivre de leur travail. Il ne s'agit pas ici d'exiger l'intervention des
Etats dans l'organisation de la production et des échanges, mais de
les mettre face à leur responsabilité politique qui est de faire
respecter les principes de l'économie afin d'écarter les causes du
dysfonctionnement, de préserver la justice sociale et la dignité des
travailleurs.
Le but de la politique est l'organisation sociale de la Cité. Dans
une société véritablement démocratique, l'un des objectifs du
gouvernement doit être de tendre à la réalisation du bien de tous.
Pour l'atteindre, l'Etat doit user de ses attributions, au premier rang
desquelles figurent la justice et la justice sociale, qui consistent à
dire la vérité et à rendre à chacun ce qui lui est dû. L'un de nos
objectifs est d'établir le lien entre l'économie et la politique. Le 14 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
rôle de l'économie politique est de veiller au respect des principes
économiques, ce qui permet une répartition juste selon la
participation de chacun à la réalisation de la production, mais aussi
ce qui permet d'écarter les causes de prélèvements indus et/ou
illégitimes et les causes du dysfonctionnement de l'économie.
La connaissance des principes de l'économie artisanale et de
l'économie salariale est donc indispensable pour permettre à la
société de prendre les mesures qui s'imposent afin de faire
respecter ces principes et d'éviter qu'ils ne soient pervertis. En
effet, le but de l'économie est la satisfaction des besoins humains.
Dans une société véritablement démocratique, l'un des objectifs du
gouvernement consiste en la réalisation du bien-être de tous. La
justice et la justice sociale consistent à dire la vérité et à rendre à
chacun ce qui lui revient.
Non seulement le chômage représente l'une des causes
économiques de la pauvreté, mais il constitue une cause
d'aliénation pour les travailleurs. Les Libéraux néoclassiques
rendent les chômeurs responsables de leur sort et, de ce fait, ils
sont opposés à leur indemnisation. Pour étudier le problème de
l'indemnisation du chômage, il faut d'abord étudier les causes de
son existence et de son évolution en distinguant deux sortes de
pays, industrialisés et en développement (car si les causes du
chômage sont les mêmes dans ces deux groupes de pays, en
revanche, les possibilités pour réaliser le plein-emploi ne sont pas
les mêmes). Si nous partons de la relation selon laquelle, pour une
technologie donnée, le niveau de l'emploi et, par conséquent, le
niveau du chômage dépendent du niveau des investissements, nous
parviendrons à établir que l'insuffisance des investissements
représente la principale cause du chômage. Ainsi serons-nous
amené à démontrer qu'en ce qui concerne les pays industrialisés
qui ont connu une situation de plein-emploi (c'est-à-dire dans une
économie à dominante salariale), l'apparition et le développement
du chômage trouvent leur principale cause dans le non-respect des
principes qui fondent cette économie. Par ce constat, nous serons
amené une fois encore à établir la responsabilité des hommes
politiques qui, par négligence ou par ignorance, n'ont pas pris les Introduction 15
mesures qui imposent le respect de ces principes. Une fois que
nous serons parvenus à fonder analytiquement les affirmations qui
précèdent, nous pourrons déterminer les limites d'un certain
libéralisme fondé sur une interprétation du laisser-faire et du
laisser-passer. Partant du principe selon lequel la liberté constitue
l'un des éléments les plus importants de la vie sociale, nous
défendrons la liberté d'action en économie. Mais cette liberté doit
s'exercer dans le respect des principes économiques, afin que la
justice sociale soit préservée.
Nous défendrons aussi le principe du laisser-passer car il trouve
son fondement dans l'une des lois de l'économie selon laquelle les
échanges constituent l'une des principales causes de
l'enrichissement mutuel. Mais nous serons amené à exiger que
l'ouverture des frontières se réalise dans le respect des principes de
l'économie d'échange. Si la mondialisation des échanges a un sens,
en revanche, la mondialisation de la production n'a pas de sens tant
qu'existent des monnaies différentes, comme nous serons amené à
le démonter. Cette démonstration nous permettra d'ailleurs de
dénoncer le terme employé pour caractériser certaines entreprises
qui se disent multinationales.
La monnaie internationale joue un rôle important dans le
fonctionnement des échanges internationaux. Mais le choix de la
monnaie internationale n'est pas indifférent pour le bon
fonctionnement des relations d'échange. Nous serons amené, en
effet, à démontrer qu'aucune monnaie nationale ne peut être
considérée comme monnaie internationale, sous peine d'entraîner
des conséquences néfastes, ce qui nous permettra de dénoncer le
fonctionnement du système actuel et de proposer une réforme du
système monétaire international. Cette réforme permettra d'écarter
tout raisonnement en termes de liquidité internationale, elle
permettra de déterminer le taux d'intérêt de cette monnaie
indépendamment des taux d'intérêt des monnaies nationales, elle
permettra enfin d'écarter l'une des principales causes des
spéculations financières.
Par définition, les organisations internationales sont au service
de tous les pays membres de ces organisations. En contrepartie, ces
pays ont les mêmes droits et devoirs envers ces organisations. Les 16 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
organisations qui s'occupent des problèmes monétaire et financier
ont des moyens qui ne sont pas en rapport avec leurs ambitions, ni
pour monétiser les échanges, ni pour prendre en charge les
excédents et les déficits des différents pays, ni pour favoriser
l'intégration des pays en développement dans les échanges
internationaux. Mais, en outre, et cela est plus grave, ces
organisations prônent, au nom du libéralisme, la mondialisation
des marchés financiers, dont l'un des principaux objectifs est de
favoriser la multiplication des entreprises dites multinationales.
Cette tendance va à l'encontre des principes de l'économie et, de
ce fait, elle est néfaste au bon fonctionnement des économies. Nous
verrons, en effet, que ces organisations internationales telles
qu'elles fonctionnent actuellement ne sont pas au service des
nations mais au service d'une seule catégorie d'individus, les plus
forts. Le libéralisme qu'elles prônent, sous l'influence des
Libéraux néoclassiques, aboutit à imposer la loi du plus fort. CHAPITRE I
DE L'ETAT DE DROIT NATUREL (OU DE LA LOI DU
PLUS FORT) A L'ECONOMIE ARTISANALE PUIS A
L'ECONOMIE SALARIALE
Introduction
La façon dont chaque individu satisfait ses besoins
économiques n'est pas la même selon qu'il appartient à l'état de
nature ou à une société. Et à l'intérieur même des sociétés
organisées, elle dépend du mode de production de chaque société.
Ainsi, les principes qui donnent à chaque individu le droit de
satisfaire ses besoins économiques changent selon les rapports
qu'il entretient avec la nature ou avec la société économique à
laquelle il appartient. Ce sont ces principes qu'il faut déterminer
afin de connaître, d'une part, la place et le revenu de l'individu
dans chaque mode de production, d'autre part, les conditions du
fonctionnement harmonieux de chaque mode de production.
Si dans l'état de nature ce sont les lois de cet état qui imposent à
chaque individu les conditions de sa survie et de la satisfaction de
ses besoins économiques, en revanche, dans une société, la
satisfaction de ses besoins obéit à des principes économiques qui
découlent du mode de production de cette société. Pour déterminer
ces principes, il faut déterminer, en premier lieu, la cause de la
production ou de la valeur et, par conséquent, la source du revenu
qui détermine le droit de chacun sur la production. A cette fin, nous
devons distinguer la cause de la production des éléments
techniques nécessaires à la réalisation de la production, en tenant
compte de chaque mode de production. 18 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
I. De l'état de droit naturel à l'économie sans échange
La lutte pour la survie et la satisfaction des besoins humains est
significative de l'activité économique de l'homme. Dans l'état de
droit naturel, chaque individu est obligé de mener cette lutte pour
sa survie, mais il ne parvient qu'à satisfaire ses besoins de survie.
Dans cet état, ce sont les lois du droit naturel qui s'imposent.
Dans l'état de nature, le droit de chacun est proportionnel à sa
puissance. Dans cet état, chacun agit selon ses affections' et
mouvements de l'âme, ces éléments ne sont ni des vices ni des
vertus, ils sont une propriété de la nature humaine. En vertu de ce
droit naturel, chaque homme a sur la nature autant de droits qu'il a
de puissance. Dans cet état, par définition, il n'y a pas d'échange
puisque chacun vit de sa propre activité isolée. Du fait de l'absence
de relations entre les individus, il n'y a pas d'échange et, par
conséquent, cet état n'a pas besoin de règles concernant la
répartition.
Dans les communautés primitives, c'est un chef qui organise la
production et il partage le produit entre les membres de la
communauté selon les règles de la communauté à laquelle il
appartient. Dans ce système, il n'y a pas d'échange, et cela pour
une raison simple, il n'y a pas de surplus qui dépasse les besoins
des membres de cette communauté. En effet, pour qu'il y ait
échange, deux conditions doivent être réunies, d'une part,
l'existence d'une société organisée, d'autre part, l'apparition d'un
surplus, c'est-à-dire d'une quantité de produit qui dépasse les
besoins du producteur direct. Cette dernière exigence découle de
l'un des principes de l'économie d'échange : pour pouvoir acheter,
' Spinoza, à propos des affections humaines, dit : « J'ai aussi
considéré les affections humaines telles que l'amour, la haine, la colère,
l'envie, la superbe, la pitié et les autres mouvements de l'âme, non
comme des vices mais comme des propriétés de la nature humaine : des
manières d'être qui lui appartiennent comme le chaud et le froid, la
tempête, le tonnerre et tous les météores appartiennent à la nature de
l'air. » (Traité politique ; 1996, Ed.GF — Flammarion, P.12).
De l'état de droit naturel à l'économie salariale 19
il faut vendre. Or, ces deux conditions ne sont réunies ni dans l'état
de nature ni dans les sociétés primitives.
II. L'économie artisanale
Dans une société organisée, l'effort collectif représente
l'élément qui permet aux membres de la société d'exercer un droit
supérieur sur la nature. Dans cette société, chaque membre se
spécialise et concentre ses efforts sur une activité afin de mieux
satisfaire les besoins de la société. Cette division du travail
représente l'élément fondamental de l'amélioration de la
productivité du travail, et par conséquent de l'enrichissement de la
société, l'apparition du surplus créant l'une des conditions qui
rendent possibles les échanges. L'importance de la division du
travail n'a pas échappé à A. Smith, qui consacre le premier
chapitre de La Richesse des nations à ce sujet : « Les plus grandes
améliorations dans la puissance productive du travail, et la plus
grande partie de l'habileté, de l'adresse, de l'intelligence avec
laquelle il est dirigé ou appliqué, sont dues, à ce qu'il semble, à la
division du travail. » (Smith ; 1991, P.71. Souligné par l'auteur.)
Dans une société où chacun est libre et maître de son travail, c'est
l'échange qui permet de répartir les ressources entre les membres
de la société et de mieux satisfaire leurs besoins. A la différence
d'une économie sans échange, l'économie d'échange exige des
principes qui gouvernent les échanges C'est ainsi qu'apparaît
l'économie artisanale dans laquelle l'artisan (nous considérons les
paysans comme les artisans de la terre) obtient son propre produit
et l'échange, directement ou indirectement, par l'intermédiaire de
la monnaie, contre d'autres produits. A travers cet échange,
l'artisan obtient l'équivalent de son produit, il est le plus souvent
propriétaire de ses moyens de production. Par conséquent, dans
cette économie, les artisans obtiennent les uns des autres des
produits qui leur permettent de satisfaire leurs besoins, grâce à leur
travail, grâce à leur participation à la production.
Le prix du produit, et donc le revenu de l'artisan, est déterminé
sur le marché au moment de l'échange. Le marché est le régulateur
de la production. Dans cette économie, l'artisan satisfait le plus
20 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
souvent une demande existante. Dans cette société, tant que les
marchandises s'échangent contre des marchandises, le rôle
principal de l'Etat est de préserver la justice, la sécurité et la paix
de la nation.
Dans une société organisée, chaque citoyen a d'autant moins de
droits que la société l'emporte sur lui en puissance. Dans cette
société, chacun ne peut rien faire ni posséder que ce qu'il peut
revendiquer en vertu des règles de la société ; cela signifie que, à la
différence de l'état naturel, une société organisée nécessite des lois
qui régissent son fonctionnement. Dans le domaine économique, la
revendication de chacun, pour obtenir sa part du produit, est limitée
par sa participation à la production. Ainsi, si dans l'état de nature la
liberté de chacun pour satisfaire ses besoins n'est limitée que par sa
puissance, en revanche, dans une société organisée, la liberté de
chacun est limitée par les règles de la société. Autrement dit, dans
l'état de nature, c'est le droit naturel qui prime pour chacun, tandis
que, dans la société organisée, le droit de chacun est limité par les
lois de la société, et, dans le domaine économique, les droits de
chacun sont limités par les lois économiques.
Il est vrai que l'individu à l'intérieur de la société n'a de droits
sur la nature que ceux que lui confèrent les lois de la société. Mais
il est vrai aussi que, si les individus s'accordent entre eux et
unissent leurs forces, ils ont davantage de pouvoir ensemble et par
conséquent plus de droits sur la nature que chacun d'eux ne peut en
1996, P.20). Dans avoir à lui seul. (Cf. Spinoza ; Traité politique,
le domaine économique, c'est donc le partage des tâches qui
permet de réaliser une production supérieure par rapport à l'état de
nature. Mais une société a besoin de règles qui déterminent le droit
de chaque individu sur la production. Le travail étant la cause de la
production, chacun obtient un droit sur la production selon son
travail. Dans une société, c'est le respect de ce principe qui permet
à chacun de satisfaire ses besoins économiques.
Mais il faut savoir que dans cette économie il existe des
individus qui, utilisant leur force ou les possibilités qu'ils
s'accordent grâce à leur position, effectuent des prélèvements
illégitimes sur le pouvoir d'achat des artisans ; ces individus
portent atteinte au principe de partage du produit. Dans une société De l'état de droit naturel à l'économie salariale 21
d'échange direct, les prélèvements illégitimes ne peuvent
s'effectuer que par la force, et par conséquent en entravant les lois
de la société. En revanche, ces prélèvements illégitimes peuvent
s'apparenter à un droit « naturel » à partir du moment où les
échanges s'effectuent par l'intermédiaire de la monnaie. En effet,
l'intervention de la monnaie, qui permet la monétisation des
échanges et facilite les échanges généralisés, peut, dans certains
cas, jouer un rôle important dans la répartition non justifiée des
ressources. Ce n'est pas l'intervention de la monnaie qu'il faut
mettre en cause, mais la façon dont elle est employée, qui entrave
le respect de l'un des principes fondamentaux de cette économie
d'échange, principe selon lequel les achats sont financés par les
ventes. En effet, nous avons vu que dans une économie d'échange
le droit de chacun sur le produit est limité par sa participation à la
production ; ce droit est limité par la production de chaque
individu. Pour qu'un individu ait le droit d'exercer un pouvoir
d'achat (pour qu'il ait un revenu), il doit avoir un produit (bien ou
service) à donner en échange. C'est en vendant son produit qu'il
obtient un revenu qui, lui, représente son droit sur les produits des
autres individus. Le problème est de savoir comment, du fait de
l'intervention de la monnaie, certains parviennent à entraver ce
principe en effectuant des prélèvements injustifiés.
Mais avant de parler de ce rôle de la monnaie dans la répartition
injustifiée, il est important de préciser que la monnaie joue un rôle
prépondérant non seulement pour faciliter les échanges mais aussi
pour les développer et pour les généraliser. Dans une société de
troc, les échanges sont difficiles et par conséquent limités. En effet,
le troc lie une vente à un achat. L'individu qui désire un bien
déterminé ne possède pas nécessairement le bien que le vendeur
souhaite obtenir en échange, ce qui signifie que doivent se
rencontrer à la fois un vendeur et un acheteur, qui a besoin du bien
du vendeur en même temps qu'il a le bien que le vendeur souhaite
obtenir en échange.
En outre, il convient de préciser que la nécessité d'un
instrument permettant de faciliter les échanges s'impose aux
échangistes. C'est ainsi qu'un bien qui peut se diviser facilement et
qui est accepté par tous, comme le blé par exemple, devient un
intermédiaire des échanges ou équivalent général. On échange un 22 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
produit contre ce bien (monnaie-bien) et on donne cette monnaie-
bien pour obtenir un autre produit. Les produits échangés par
l'intermédiaire de la monnaie sont équivalents, car les produits
achetés et vendus sont mesurés avec la même quantité de monnaie,
d'où le nom d'équivalent général donné à la monnaie. Nous
voyons apparaître ainsi la première forme de monnaie-bien, qui
devient monnaie métallique sous ses différentes formes, avant de
devenir monnaie de papier convertible, par la suite non convertible
et enfin sous sa dernière forme, la monnaie scripturale 2 .
L'intervention de la monnaie permet de scinder les transactions
en deux : le bien est vendu contre une somme de monnaie, qui
représente son prix, et avec la monnaie ainsi obtenue le vendeur
peut se procurer les produits qui lui sont nécessaires. L'importance
de l'intervention de la monnaie dans les échanges est évidente. La
pratique de la monnaie, du fait qu'elle facilite les échanges et
permet de comparer des produits différents, a modifié les structures
des sociétés et leur a ouvert les voies de l'évolution.
Il est important de préciser que la quantité de monnaie qui entre
dans les transactions par les échangistes ne modifie pas leur
pouvoir d'achat car, comme nous l'avons vu, dans ce cas le
principe de l'économie d'échange est respecté. Pour écarter toute
entrave à cette règle, il faut que seul le résultat des ventes finance
les achats. A cette fin, il faut veiller à ce que ce principe qui
découle de l'analyse de cette économie soit respecté. Etudions à
présent la cause de l'apparition des prélèvements illégitimes dans
une économie d'échange.
Tant que la monnaie, qui joue le rôle d'intermédiaire dans les
échanges, et qui entre dans les transactions par les échangistes, est
représentée par un bien-produit, il ne peut y avoir de prélèvements
illégitimes sur le pouvoir d'achat des échangistes, car les
échangistes ne peuvent obtenir cette monnaie-bien qu'en vendant
d'autres biens. Autrement dit, dans ce cas le principe de
l'économie d'échange est respecté : pour acheter, il faut vendre, et
les achats sont financés par les ventes. Le problème est de savoir si,
2 Nous avons étudié les problèmes que pose l'intervention de la
monnaie métallique dans les échanges ; cf. Sadigh, 1999. De l'état de droit naturel à l'économie salariale 23
dans une économie artisanale, il est possible qu'un individu (ou un
organisme), du fait de sa position, puisse acheter sans vendre, car
dans ce cas, il ne respecte pas la règle fondamentale de cette
économie, selon laquelle les achats sont financés par les ventes,
cela signifie que cet individu (ou cet organisme) s'accorde un droit
illégitime sur les produits, soit par sa position, soit par la force.
Dans un système à monnaie métallique, un droit de prélèvement
illégitime sur les produits apparaît, par exemple, lorsqu'un individu
ou organisme obtient le privilège de frapper ou d'émettre de la
monnaie. Il faut pour cela, soit avoir les métaux nécessaires à cette
opération, soit les obtenir de l'étranger grâce aux exportations
nettes ou par la force, la guerre. Etudions les causes de l'apparition
de prélèvements illégitimes en distinguant la frappe de monnaie
par un individu (le seigneur) et l'émission de monnaie par un
organisme (la banque).
1° Le privilège de frapper de la monnaie donnait un droit de
seigneuriage. Les seigneurs, du fait de leur position dominante,
imposaient leur monnaie dans les territoires sur lesquels s'étendait
leur autorité.
Lorsque la monnaie était frappée par les seigneurs, ces derniers
avaient le privilège de prélever un droit de seigneuriage, il est vrai
en une seule fois, au moment de la frappe 3. Ce prélèvement
constituait, déduction faite des frais engendrés par la frappe, une
source de revenu pour les seigneurs. Ce cas constitue une première
sorte de prélèvement indu sur le pouvoir d'achat des artisans, car
tous les achats des seigneurs n'étaient pas financés par leurs
ventes. Ce prélèvement ne peut pas être considéré comme un impôt
car il ne pouvait pas constituer une source de revenu permanent. Il
était, en effet, uniquement effectué à l'occasion de chaque nouvelle
frappe de monnaie. Il est important de remarquer que la quantité de
monnaie qui monétise une économie artisanale étant indéterminée,
la quantité de pièces de monnaie qui peut être frappée par les
seigneurs (pour une quantité donnée de métaux précieux) est
3
Nous avons supposé, dans ce cas, que les métaux, qui étaient
transformés en pièces de monnaie, étaient produits dans la nation et donc
représentaient la marchandise de son producteur, qui les échangeait contre
d'autres produits directement dans leur état brut ou une fois transformés
en pièces de monnaie. 24 Du libéralisme ou de la loi du plus fort à l'économie politique
laissée au choix arbitraire des seigneurs. Cette possibilité leur
permettait d'exercer, plus ou moins, un pouvoir d'achat indu. Nous
étudierons les conséquences aggravantes de l'entrée de métaux en
contrepartie d'exportations nettes et du pillage des métaux, par la
force, dans d'autres nations, dans la partie consacrée au
mercantilisme.
2° Le problème est de savoir si l'apparition des banques écarte
toute possibilité de prélèvements illégitimes sur le pouvoir d'achat
des artisans, sachant qu'elle donne à une nouvelle catégorie
privilégiée le droit d'émettre de la monnaie et que, de ce fait, elle
ampute le privilège des seigneurs dans ce domaine. Si nous
parvenons à démontrer que c'est cette nouvelle catégorie qui, du
fait de son privilège, peut exercer des prélèvements illégitimes,
nous serons amené à faire apparaître la nécessité du contrôle des
banques pour éliminer toute possibilité de prélèvement illégitime et
à établir ainsi que l'émission de la monnaie doit être effectuée dans
le respect des principes de l'économie dans laquelle elle doit être
injectée.
L'enseignement de l'histoire nous permet de constater que le
privilège accordé à un organisme d'émettre de la monnaie lui
permet implicitement d'obtenir le droit, non légitime
économiquement, d'exercer un prélèvement illégitime, droit qu'il
pourrait étendre à d'autres.
S'il est important de préciser que l'apparition de la monnaie de
papier est une évolution importante, il est aussi important de
remarquer que c'est surtout pour des raisons pratiques (par
exemple les difficultés rencontrées par le transport des métaux
précieux) que la monnaie métallique a été représentée par la
monnaie de papier qui était convertible en métal. Dans un premier
temps la quantité de la monnaie de papier qui circulait devait être
limitée par la quantité de métaux précieux (marchandises
représentant la monnaie de papier) détenus par l'émetteur
représenté par les banques. L'émission de la monnaie de papier a
facilité l'apparition de conditions qui engendrent des conséquences
encore plus graves que celles engendrées par le système à monnaie
métallique, en ce sens qu'une quantité donnée de métaux pouvait De l'état de droit naturel à l'économie salariale 25
représenter des quantités différentes de monnaie de papier.
Autrement dit, une partie de la monnaie émise n'était plus
représentée par les marchandises or et argent selon la règle établie
pour émettre la monnaie de papier en contrepartie de ces métaux.
Nous constatons qu'il s'agit là simplement d'un transfert de
privilège des seigneurs vers les propriétaires des banques. En effet,
si une quantité de monnaie émise par les banques est prêtée à
d'autres qu'aux artisans et aux propriétaires des marchandises or et
argent, elle exerce un pouvoir d'achat illégitime dès qu'elle est
dépensée sur le marché des produits. Dans ce cas, le principe selon
lequel les achats sont financés par les ventes n'est pas respecté.
Cette situation s'est aggravée au fur et à mesure que la monnaie de
papier est devenue de moins en moins, puis plus du tout
convertible, et ensuite avec l'apparition de la monnaie scripturale.
Dans ce dernier cas, l'émission de monnaie n'était limitée que par
sa demande, le bon vouloir des banques et le souci de limiter la
hausse du niveau général des prix. Or, ces conditions qui
« limitaient » l'émission de la monnaie ne constituaient pas une
exigence fondée sur les principes de l'économie, principes qui,
eux, permettent d'établir la règle de la création de monnaie dans
une économie artisanale afin d'écarter toute sorte de prélèvements
illégitimes.
Nous avons vu que la monnaie qui entre dans les transactions
par les échangistes n'affecte pas leur pouvoir d'achat, car cette
façon de monétiser l'économie d'échange respecte le principe de
cette économie selon lequel les achats sont financés par les ventes.
Or il n'est pas certain que le système bancaire respecte ce principe
lorsqu'il émet de la monnaie. En effet, il est possible que le
système bancaire « prête » de l'argent (en émettant de la monnaie),
soit à lui-même, soit à des individus qui ne sont pas vendeurs.
Dans ce cas les bénéficiaires de ce « prêt » achètent sans vendre, ce
qui va à l'encontre du principe énoncé, selon lequel les achats
doivent être financés par les ventes.
Les développements qui précèdent nous permettent de dire qu'il
ne faut pas donner carte blanche au système bancaire dans son rôle
d'émetteur de monnaie.