Analyse économique de l'éducation en Afrique subsaharienne

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Description

L'éducation est un secteur à la fois prioritaire et sensible en ce sens qu'elle constitue le moteur du développement dans toutes ses dimensions. Généralement, son étude a tendance à se réduire à ses aspects liés aux sciences humaines et sociales. La spécificité de cet ouvrage est d'élargir le champ d'études de cette matière aux sciences économiques, pour contribuer à rechercher l'équilibre entre l'offre et la demande, en quantité et en qualité, sur le marché du bien éducation. Une telle approche vise l'optimisation des politiques et stratégies d'éducation en Afrique subsaharienne.

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Date de parution 15 janvier 2017
Nombre de visites sur la page 9
EAN13 9782140027673
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ANALYSE ÉCONOMIQUE DE L’ÉDUCATION Joseph Y. Yao & Patrick K. N’GouaN
EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
L’éducation est un secteur à la fois prioritaire et sensible en ce sens
qu’elle constitue le moteur du développement dans toutes ses dimensions.
Or, généralement, son étude a tendance à se réduire à ses aspects liés
aux sciences humaines et sociales. Les approches faites de l’éducation en
ANALYSE ÉCONOMIQUE Afrique subsaharienne s’inscrivent bien souvent dans cette logique. La
spécifcité de cet ouvrage est d’élargir le champ d’études de cette matière DE L’ÉDUCATION
aux sciences économiques, pour contribuer à rechercher l’équilibre entre
l’ofre et la demande, en quantité et en qualité, sur le marché du bien EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
éducation. A cet efet, les analyses faites ici font ressortir les rapports
nécessaires de l’éducation avec la théorie du capital humain, l’indice du
développement humain et ses composantes, les conditions de production et
de distribution de ce bien, le fnancement et la planifcation de l’éducation,
les choix d’investissements etc. Une telle approche vise l’optimisation des
politiques et stratégies d’éducation en Afrique subsaharienne.
Joseph Y. Yao est Professeur Agrégé de Sciences Economiques et Ph.D
de Stanford University (Etats-Unis d’Amérique). Il a eu une carrière
professionnelle en Afrique, aux USA et en Côte d’Ivoire en tant que
Professeur d’Université, Directeur du Centre Ivoirien de Recherches
Economiques et Sociales (CIRES), Conseiller Technique ministériel et
consultant auprès de la Banque Mondiale, de la BAD et du PNUD.

Patrick K. N’Gouan est Docteur en Sciences Economiques de l’Université
de Paris 1, Panthéon-Sorbonne (France), Titulaire d’une Maîtrise de
Sociologie, Administrateur en Chef des Services Financiers, Enseignant
à l’ENA et Chercheur Associé au CIRES. Il a été Directeur des Finances
et des Investissements au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche Scientifque. Ex-leader de la société civile, il fut médiateur dans des confits
dans le secteur de l’éducation en Côte d’Ivoire.
Préface d’Edouard Firmin Matoko
Photo de couverture : © zimmytws - Thinkstock
ISBN : 978-2-343-10854-4
27 €
ANALYSE ÉCONOMIQUE DE L’ÉDUCATION
Joseph Y. Yao & Patrick K. N’GouaN
EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE





Analyse économique de l’éducation
en Afrique subsaharienne

Joseph Y. YAO & Patrick K. N’GOUAN







ANALYSE ECONOMIQUE
DE L’EDUCATION
EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE





Préface d’Edouard Firmin Matoko









L’Harmattan










Déjà parus chez le même éditeur :

Joseph Yao (2005) : Méthode d'études et de recherche en sciences
économiques et sociales, avec applications au contexte de l'Afrique
Noire

Patrick N’Gouan (2015) : Trésor public et politique financière en Côte
d’Ivoire, des origines à nos jours


















© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-10854-4
EAN : 9782343108544

AVANT-PROPOS

Ce livre d’analyse économique de l’éducation, avec applications au
contexte de l’Afrique Subsaharienne, s’adresse aux étudiants qui
s’initient à cette discipline, mais aussi aux professionnels de l’analyse
économique des ressources humaines, notamment de l’éducation.

Le manuel suppose une connaissance de base en économie,
spécialement en microéconomie et en économie publique. Il étudie les
problèmes d’allocation efficace de l’éducation en tant que bien public
dans l’économie nationale, avec pour objectifs, la croissance et le
développement. Il choisit de faire usage d’instruments d’analyse
économique que sont l’exposition mathématique de base et les
graphiques simples. Il met l’accent sur l’analyse de l’allocation du
bien éducation comprise comme tout autre bien qui doit être produit et
demandée par des individus, des collectivités publiques ou l’État.

Pour ce faire, les conditions de la production et de la demande sur
différents types de marchés sont étudiées. La division micro-macro
sert ici également de cadre d’analyse. L’exposé privilégie l’usage
d’instruments graphiques ou algébriques, par rapport à l’exposé des
faits ou des phénomènes d’éducation. Certains thèmes abordés sont
approfondis dans d’autres ouvrages spécialisés.

Ce manuel a bénéficié de la relecture du manuscrit par Dr William
Ehouman, des membres de l’Unité de Recherche Macroéconomie et
Modélisation (URMM) du Centre Ivoirien de Recherches
Economiques et Sociales (CIRES), ainsi que par des doctorants du
Programme de Troisième Cycle Interuniversitaire (PTCI) de la
Conférence des Institutions d’Enseignement et de Recherche
Economiques et de gestion en Afrique (CIEREA).

Qu’ils soient remerciés !







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PRÉFACE

L’éducation est un puissant moteur de l’émergence et du
développement des nations. Elle a la particularité d’être un concept
qui a une forte charge de sciences humaines et sociales. En effet,
l’éducation a été, jusqu’à un passé récent, le champ d’études exclusif
de spécialistes de sciences de l’éducation (linguistes, didacticiens,
sociologues, philosophes, psychologues...). Ici, comme dans d’autres
domaines, les sciences humaines et sociales vont montrer que leurs
champs d’études de l’homme et de la société se rejoignent, seuls la
méthode et l’objectif visé par les analyses peuvent diverger.
L’économiste recherchera alors, dans l’éducation, en plus de ses
richesses philosophiques, humaines et sociales, un contenu
éminemment économique qui en fait un bien comme un autre auquel
on peut appliquer les outils traditionnels d’analyse; d’où la nécessité
de connaître la nature réelle de ce bien qu’est l’éducation.
Sans créer de rupture avec les méthodes habituelles d’étude de la
problématique, cet ouvrage fait une approche complémentaire de
l’éducation sous les angles tout à la fois microéconomique,
macroéconomique et d’économie publique.
Plusieurs références sont faites aux théories originelles d’économie
ou d’éducation qui fondent l’économie d’éducation aujourd’hui. Les
aspects de la théorie qui soutiennent l’approche économique ou de
l’éducation sont exposés au fur et à mesure qu’ils éclairent les
différentes analyses.
L’économie de l’éducation constitue le thème central du livre.
Cependant, les deux premiers chapitres situent ce thème dans le
contexte historique et général des ressources humaines et abordent la
nouvelle problématique du développement humain, notamment
l’indice de développement humain (IDH).
Les chapitres de l’ouvrage s’achèvent sur des études de cas
d’économie de l’éducation et servent à illustrer le thème abordé. Ces
études sont rapportées en annexes des chapitres.
Le lecteur ordinaire de l’analyse économique pourra y trouver des
applications à la problématique de l’éducation.

Les deux auteurs, en tant qu’universitaires et fonctionnaires, nous
font partager ici leurs riches expériences accumulées dans
l’enseignement, la recherche et l’administration publique. Par la
recherche constante de l’équilibre entre l’offre et la demande sur le
9
marché du bien éducation, cette œuvre peut favoriser notablement une
coopération fructueuse entre les acteurs du système éducatif que sont
l’État, le secteur privé, les enseignants et les apprenants. De manière
particulière, l’ouvrage présente un intérêt pour les services étatiques
en charge de l’éducation, à savoir les ministères de l’Éducation
Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche
Scientifique, de lent Technique et de la Formation
Professionnelle, de l’Économie et des Finances, du Plan et du
Développement, etc.

Nous espérons que l’intérêt de ce livre apparaîtra avec évidence
dans l’appréhension de l’éducation, un domaine d’analyse désormais
incontournable dans tout débat économique et social, notamment en
matière de politiques et stratégies de développement humain durable
en Afrique.

Edouard Firmin Matoko,
Directeur Général Adjoint, Département Afrique de l'UNESCO.







10
CHAPITRE 1 : INTRODUCTION A LA PROBLÉMATIQUE
DES RESSOURCES HUMAINES DANS LA CROISSANCE
ET LE DÉVELOPPEMENT

L’Économie des Ressources Humaines se distingue de l’étude de la
gestion des ressources humaines. C’est une science qui n’a été
développée que très récemment. Ce n’est qu’à partir des années 60 et
80, que l’on s’est rendu compte que la croissance économique et la
réduction de la pauvreté dépendent en grande partie des ressources
humaines, notamment de l’éducation.
L’économie des Ressources Humaines est différente de la Gestion
des Ressources Humaines, activité dévolue au responsable des
Ressources Humaines dans l’entreprise ou dans l’administration.
Celui-ci est chargé généralement de la gestion du personnel
c’est-àdire d’une allocation efficace des différentes expertises des personnels
qui existent dans l’entreprise, abusivement appelés ressources
humaines.

1.1- Les ressources humaines (RH) dans la croissance et le
développement

Les ressources humaines sont importantes pour la croissance et le
développement pour trois raisons :
- les ressources humaines constituent des inputs nécessaires à la
croissance et au développement ;
- l’histoire de la pensée et des faits économiques indique que les
pays qui ont connu une certaine croissance et développement ont
également réalisé des performances au niveau des ressources
humaines ;
- les nouvelles théories de la croissance, notamment celles de la
croissance endogène, mettent l’accent sur les particularités des
ressources humaines dans une croissance basée sur les dotations
intrinsèques des pays.

1.1.1- Les ressources humaines, inputs de la croissance et du
développement

Traditionnellement, la croissance économique est évaluée à partir
de la fonction de production Y = f (K, L, T), avec K, le facteur capital,
L, le facteur travail et T, la terre. Le facteur L, le travail, peut être
11
décomposé en différents éléments qui améliorent sa qualité. Ce sont
l’immigration, la nutrition, l’éducation et la santé.
Cependant, le travail n’est pas le seul facteur de production qui est
influencé par les RH, il y a également le capital K ; le facteur capital
est généralement décomposé en capital physique (immobilier et
machine-outil) et en capital circulant qui peut être financé ou acquis
technologiquement. La formation du capital physique comme du
capital circulant est tributaire d’une bonne qualité de Ressources
humaines, notamment de la main-d’œuvre. La technologie est
maîtrisée et générée par les hommes bien formés (par l’éducation
formelle et informelle).
En conclusion tous les inputs de la production et donc de la
croissance sont influencés par les Ressources humaines.

1.1.2- L’expérience des pays en matière de ressources humaines

La classification des Etats, par le PNUD depuis 1990, selon le
niveau de l’Indice du Développement Humain (IDH), permet
désormais d’apprécier différemment le développement.
Les pays peuvent être regroupés en quatre catégories : ceux qui ont
beaucoup de ressources humaines, mais peu de ressources naturelles,
ceux qui disposent de beaucoup de ressources naturelles, mais peu de
Ressources humaines, les pays qui n’ont aucune de ces ressources et,
enfin, les pays qui disposent des deux. Le tableau 1.1 qui suit donne
quelques exemples de ces pays.

12
Tableau 1.1 Répartition de pays par ressources humaines et ressources
naturelles

Beaucoup de ressources Peu de ressources
humaines humaines
Beaucoup de USA Nigeria, RDC,
ressources France Indonésie
naturelles Australie, etc. Arabie Saoudite, etc.
Peu de Japon Pays sahéliens
ressources Suisse Côte d’Ivoire
naturelles Corée du Sud Haïti

Au vu de ce tableau, les pays qui sont dotés de Ressources
humaines importantes jouissent également d’un niveau de bien-être et
de croissance relativement élevés. En revanche, les pays dotés en
ressources naturelles, sans niveau suffisant de ressources humaines, ne
connaissent pas de développement. Le développement est donc lié aux
ressources humaines.
L’histoire des faits économiques montre que les ressources
humaines constituent le facteur unifiant qui commande le
développement ou non de ces pays. En mettant en relation
l’investissement en ressources humaines dans tous ces pays avec leur
croissance économique, on constate que les pays qui ont une forte ique ont tous investi plus de 10% de leur PIB dans
la recherche-développement c’est-à-dire dans le développement des
Ressources humaines plutôt que dans des investissements
improductifs.

1.1.3- Les enseignements de la théorie de la croissance endogène

Dans les années 1980, les ressources humaines ont eu un regain
d’intérêt avec la théorie de la croissance endogène développée par
Romer (1983 ; 1990), Lucas (1988), etc. Cette théorie met en exergue
l’importance des ressources humaines dans la croissance économique.
Elle voudrait expliquer les différences existant dans la croissance
économique dans le monde, par des facteurs autres que ceux
traditionnellement retenus et qui permettent d’expliquer les
différences dans la croissance, même dans les pays développés. Selon
cette théorie, la croissance économique n’est pas uniquement liée à
13
des facteurs exogènes comme le capital, la technologie, comme
précédemment soutenue; mais aussi à des facteurs endogènes aux
pays. Ces facteurs expliquent la non-convergence attendue du fait de
la mondialisation et de la mobilité des facteurs de production. Ces
facteurs intrinsèques aux pays portent généralement sur les taux de
croissance des ressources humaines énumérées qui n’entraient pas en
ligne de compte dans l’explication traditionnelle de la croissance.
Ils peuvent aussi inclure le nationalisme, la religion, le consensus
autour d’un idéal national, des valeurs traditionnelles du pays,
l’obéissance, l’acharnement au travail, le respect de la propriété
d’autrui, etc. Ce sont ces facteurs qui expliqueraient, en partie, les
différences dans les taux de croissance entre pays. Ces facteurs
expliqueraient les différences dans les taux de croissance entre pays
européens ou entre pays d’Asie du Sud Est et ceux d’Afrique.

1.2- La nature des ressources humaines

1.2.1- Définitions

Les ressources humaines sont un ensemble de facteurs objectifs (ou
qui peuvent l’être) qui tendent à accroître ou à améliorer la qualité du
facteur travail de façon à modifier le comportement de l’homme dans
la recherche de bien-être et pour les nations, dans la croissance et le
développement.
On retient généralement dans les ressources humaines les variables
naturelles qui affectent la population ou qui sont le résultat d’une
politique sur cette population. On peut parler des facteurs endogènes
tels que la fécondité, la santé, la nutrition, la mortalité ou des facteurs
exogènes tels que les dotations initiales du pays. Mais, il y a des
résultats de politique économique qui affectent les ressources
humaines à travers les politiques de l’emploi, de la nutrition ou de la
réduction de la pauvreté.

14












Graphique 1.1. : Décomposition entre les facteurs des ressources
humaines

Les ressources humaines affectent le bien-être des populations à
travers le capital humain, facteur qui améliore la productivité du
travailleur comme le montre le graphique 1.2. Une productivité
élevée, selon la théorie économique néoclassique, conduit à un
accroissement de la production par unité du facteur travail et donc du
salaire.
Cependant, d’autres groupes de variables peuvent également
affecter simultanément le salaire. Le graphique 1.2 retient comme
vecteurs de variables les dotations naturelles de la région
géographique de travail et les politiques en faveur de la population du
pays, notamment en matière de sécurité sociale. Les politiques
volontaristes en faveur de l’immigration d’un pays peuvent conduire
les travailleurs d’un autre à saisir les opportunités offertes. Les
politiques de santé, de nutrition, d’éducation et le capital social sont
autant de facteurs qui améliorent la productivité du travailleur et
conduit à des salaires plus élevés.

15
















Graphique 1.2. Interrelations entre salaire, productivité
et capital humain

Les ressources humaines se différencient du capital humain et du
développement humain. Alors que les ressources humaines renferment
un ensemble de caractères et de phénomènes acquis ou subis (cf. la
classification ci-dessus), le capital humain se réfère à un ingrédient
(facteur) précis que l’on peut accroître par l’investissement en vue
d’améliorer la productivité, partant, le niveau de revenu individuel ou
collectif. En d’autres termes, le capital humain tel que défini par la
théorie, est l’investissement réalisé en l’homme en vue d’accroître ses
capacités d’amélioration de sa productivité et donc de son revenu.
Le développement humain, quant à lui, se réfère à une notion
définie par les Nations Unies (PNUD), qui a pour objet de montrer
que le développement est mu par le développement global de
l’homme, notamment par le revenu, la santé et l’éducation. Ce
développement humain peut être calculé à partir de l’Indice du
Développement Humain qui est un indice composite comprenant un
ensemble d’indicateurs relatifs à l’homme portant sur la santé,
l’éducation et le revenu. Les ressources humaines acquises
s’apparentent finalement au capital humain alors qu’il est des
ressources humaines qui sont naturellement ou génétiquement
formées.
16
Les influences de ces deux types de ressources humaines peuvent
être directes ou indirectes de même qu’il existe des ressources
humaines qui sont difficilement altérables dans une génération et qui
proviennent d’origine génétique. Les autres types de ressources
humaines peuvent être influencés dans le court terme par des
politiques appropriées, comme le montre le graphique 1.2.

1.2.2. La nature des relations entre ressources humaines

Le capital humain est un ensemble de ressources humaines qui sont
généralement acquises, mais que des politiques de ressources
humaines inappropriées peuvent altérer.
La notion de capital humain, dans son assertion moderne, nous
vient de Schultz (1958) qui a étudié l’importance de ce facteur dans le
secteur agricole. Cependant, on reconnait les travaux importants de G.
Becker (1964 ; 1971) et bien d’autres dans la formalisation, le
développement et les applications de ce concept au-delà du cadre strict
de l’éducation.
Les ressources humaines comprennent des facteurs acquis comme
l’éducation, la santé, la nutrition et la migration. Elles intègrent des
facteurs et politiques subis tels les politiques de population, d’emploi,
de fécondité et de lutte contre la pauvreté. Tous ces facteurs affectent
le capital humain.
Des facteurs génétiques, mesurés improprement par le « quotient
1intellectuel naturel » des individus ainsi que les caractéristiques des
individus, qui sont inaltérables, affectent aussi les ressources
humaines.
Les ressources humaines jouent un rôle très important dans la
formation du capital humain, point d’intérêt majeur de toute politique
moderne de croissance et de développement.

1.2.3. Les composantes des ressources humaines

L’analyse économique des ressources humaines retient
généralement les ressources humaines que l’on peut acquérir ou
altérer par une politique gouvernementale appropriée ou inappropriée.

1 Se référer à la littérature abondante qui a suivi la publication du « Coleman Report
», par James Coleman (1966) recommandant de prendre également en compte le
statut socio-économique de l’enfant dans la réussite scolaire
17
Ce sont l’éducation, la santé, la nutrition, la fécondité, la migration
et la population. L’analyse économique des ressources humaines
s’intéresse aussi à leurs effets dans les domaines suivants : l’emploi, la
pauvreté et la politique de population.

a). L’éducation.
L’éducation est un ensemble de compétences cognitives ou non
cognitives que l’on acquiert et qui sont de nature à améliorer le capital
humain. Marshall (1961) a dit qu’on n’a pas intérêt à investir dans
2l’homme. Pour Williams Petty (1623-1687), l’homme est comme une
autre machine qui a besoin de maintenance.

b). La santé
Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la santé est un
état de bien-être complet, physique, mental et social. Par opposition à
la santé, la maladie est un état de morbidité ressenti, diagnostiqué ou
objectif. Malheureusement, les maladies non diagnostiquées ne sont
pas prises en compte par les économistes. En général, l’analyse
économique de la santé est basée sur des indicateurs de santé qui
permettent de suivre le développement de cette santé dans le pays, les
types de maladies qui sont traités, les activités ambulatoires ou
hospitalières, le taux de mortalité, l’espérance de vie à la naissance, la
mortalité infantile, la mortalité prénatale. La maladie exerce deux
influences sur la productivité. D’une part, elle réduit la capacité de
l’individu et, d’autre part, elle oblige à une affectation importante des
ressources publiques ou privées aux soins des individus. Ainsi, la
maladie est non seulement un élément de consommation budgétaire,
mais aussi de décroissance de la productivité.

c). La nutrition
On parle de malnutrition quand il y a une insuffisance d’énergie
d’origine alimentaire et de protéine, laquelle est associée à plusieurs
formes d’infections. On parle aussi de malnutrition quand il y a un
manque de micro nutriment tels que l’iode, le fer, les vitamines, etc.
Les conséquences d’une mauvaise nutrition sont : un arrêt de la
croissance, une débilité mentale, le décès précoce, etc. Les sujets les
plus concernés par la malnutrition sont les enfants de moins de 3 ans,
les femmes enceintes ou allaitant. La nutrition influence la

2 Pour éviter de favoriser les concurrents qui pourraient l’employer.
18
productivité dans la mesure où une politique inappropriée en santé et
en nutrition affecte les groupes vulnérables dans leurs capacités à
produire. En revanche, l’amélioration de la nutrition a des
conséquences positives sur la scolarisation des enfants, la capacité
productive des adultes et donc l’atténuation de la pauvreté. La
nutrition reste un lien privilégié entre la politique de santé et la
politique d’éducation.

d). La fécondité
On mesure la fécondité de différentes manières : soit par le nombre
d’enfants désirés selon l’âge de la mère (on parle de taux de
fécondité), soit par le nombre d’accouchements d’une femme au cours
des cinq dernières années. Mais, il y a également le taux de fécondité
mesuré comme le nombre d’enfants désirés et obtenus par famille.
L’on utilise différents indicateurs de fécondité : (i) la fécondité
cumulée qui est le nombre d’enfants nés vivant au cours de leur vie
pour les femmes de 15 à 45 ans y compris les enfants morts après leur
naissance ; (ii) l’indice synthétique de fécondité qui est le nombre
d’enfants que mettrait au monde une femme qui vivrait jusqu’à la fin
de ses années de procréation. Le nombre d’enfants élevés tend à
réduire les capacités d’une famille à améliorer leur bien-être, en
particulier à investir dans leur éducation-formation. De sorte que l’on
parle souvent de choix entre le qualitatif et la quantitatif s’agissant des
enfants à mettre au monde et des enfants à éduquer et à soigner. Le
problème de choix entre le qualitatif et le quantitatif a été analysé par
3Gary Becker (1964 et 1971)

e.) La migration
On parle de migration lorsque l’on mesure au cours de l’année de
l’enquête, un lieu ou un pays de résidence des individus, différent de
leur lieu de naissance. Elle se décompose en émigration lorsque les
statistiques sont saisies du point de vue du pays qui voit ses habitants
quitter le territoire national pour l’étranger. Mais, lorsque les sont analysées au niveau de la nation en comptabilisant
ceux venant de l’étranger pour y résider pour plus d’un an, on parle
d’immigration. L’émigration comme l’immigration ont une grande
influence sur le calcul du PNB et donc pour les comparaisons au

3 Gary Becker (1964): Human Capital et Gary Becker (1971): Economics of Human
Behavior.
19
niveau international. En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire détient le
taux d’immigration le plus élevé avec près de 40% de la population.
Le Cap-Vert, en revanche, détiendrait le taux d’émigration le plus
élevé, avec plus de nationaux vivant à l’étranger.
Au sens strict des ressources humaines, la population comme la
pauvreté n’en sont pas des composantes en ce sens qu’elles résultent
des cinq principales ressources humaines citées plus haut. Cependant,
elles sont le résultat d’une politique de nutrition, d’éducation, de
fécondité, de santé ou de toute autre politique économique. Elles
constituent le résultat de politiques spécifiques entreprises vers les
composantes des ressources humaines.

f) La population
La population d’un pays est constituée par l’ensemble des individus
nationaux ou non nationaux qui vivent sur le territoire. La croissance
de cette population c’est-à-dire, le passage d’un nombre X à un
nombre Y d’une année tx à une année ty, est un instrument important
pour la planification économique. Pour ce faire, l’on a besoin de
connaître cette population tant du point de vue de la répartition par âge
que par sexe. La répartition par âge et par sexe permet de tracer une
pyramide des âges. Ainsi, lorsqu’un pays a une population jeune très
importante, nous avons une pyramide à corne très élancée. Alors que
pour une population très vieille, la pyramide est beaucoup plus évasée.
Le premier type de pyramide concerne les pays en voie de
développement et le deuxième les pays développés ou anciens pays.

g) La pauvreté
L’étude de la pauvreté en ressources humaines découle des
préoccupations de la théorie du capital humain qui suggère que
l’investissement en l’homme est de nature à accroître sa productivité
et donc à améliorer son niveau de vie et son bien-être. Selon les
prévisions de la théorie du capital humain, l’investissement en capital
humain dans un pays aura tendance à réduire les inégalités dans la
répartition des revenus et donc, à avoir un nombre plus important
d’individus qui ont accès aux ressources. Un corollaire de cette théorie
est que l’accroissement en dotations en ressources humaines des
individus accroît l’accès aux biens et services et donc réduit la
pauvreté. On parle de pauvreté lorsque la préoccupation de l’analyse
économique n’est plus désormais fondée sur une recherche d’égalité
entre les individus, mais met plutôt l’accent sur la recherche de
20
moyens pour soutenir et relever la proportion (généralement des 30%
les plus pauvres) de la courbe de répartition de revenu que synthétise
le coefficient de Gini.

1.3- Les ressources humaines comme biens publics
particuliers

1.3.1. Les biens publics particuliers et les ressources humaines

Un bien public est un bien dont la production ou la consommation
ont des effets qui vont au-delà de ce qu’avaient prévu les agents
économiques. Ce sont des biens qui génèrent des externalités. Les
plans de consommation comme de production s’agissant des biens
publics ne coïncident plus en général avec les prévisions de départ.
Exemples de biens publics : l’éclairage public, l’armée, la police,
l’éducation, la santé, etc.
Les ressources humaines sont des biens publics particuliers parce
qu’elles sont incorporées dans leurs consommateurs. Il est donc
difficile de dissocier la consommation de ressources humaines de son
détenteur. Par exemple l’éducation et la santé sont incorporées dans
les individus qui les acquièrent.

1.3.2. Les particularités des ressources humaines comme biens publics

re1 particularité : les ressources humaines sont incorporées dans
l’homme et il lui est difficile de s’en séparer ou de les dissocier.

e2 particularité : la consommation du bien public ou
l’investissement réalisé fait souvent appel à une tierce personne qui est
l’État ou la collectivité publique. L’investissement dans ce bien public
dépend à la fois du bénéficiaire et de l’État ou des collectivités
publiques. En particulier, il n’est pas possible de réaliser
l’investissement dans les ressources humaines comme bien public sans
le consentement de ces individus. Pour certaines ressources humaines,
le refus d’investissements par les individus a des conséquences sur
l’ensemble de la société. Par exemple, un bien public comme
l’éducation a des externalités positives quand on accroît les
investissements. Un bien semi-public comme l’amélioration de la
santé a des effets négatifs si l’individu décide d’en consommer une
quantité minimum ou même s’il la refuse. Exemple, plus l’on «
21
consomme » la vaccination contre le choléra, moins il y aura la
contagion

e3 particularité : la consommation insuffisante de ce bien peut être
source d’iniquité pour l’ensemble de la population. C’est pourquoi les
ressources humaines sont souvent subventionnées par la puissance
publique.

4e particularité : les ressources humaines ont la particularité
4d’aider à la réduction des iniquités dans la société. Les iniquités
proviennent de l’incorporation des ressources humaines dans
l’individu lui-même et des dotations initiales qui peuvent varier d’un
individu à l’autre. À ce problème d’équité s’ajoute celui de
l’efficacité. Doit-on par exemple, par souci d’équité, recevoir tous
ceux qui achèvent leur scolarité primaire sans un concours de
sélection pour l’entrée dans les classes secondaires, quand l’État ou la
puissance publique ne peut pas assurer le financement de la formation
de tous ces enfants ? Il y a donc un choix à faire dans l’éducation des
enfants selon des critères d’efficacité c’est-à-dire d’une répartition
efficace (sans gaspillage) des ressources publiques, et d’équité,
c'est-àdire, sans injustice pour certains.
Les ressources humaines ont tendance à rectifier les inégalités
existant dans une génération pour que la société ne souffre plus du
problème dans les générations à venir. Pour mesurer l’efficacité et
l’équité, l’on a souvent recours à des indicateurs ou des échelles de
mesure de ces critères. Ainsi, l’on calcule des indicateurs
d’alphabétisation ou des indices de développement humain.
Les investissements en ressources humaines ne garantissent pas
que ceux qui les reçoivent en bénéficient toujours à la fin. Exemple, la
réussite au Baccalauréat et à l’entrée à l’université ne garantissent pas
toujours la sortie de tous les étudiants jusqu’à la maîtrise. De même,
tous ceux qui sont malades et qui reçoivent des soins dans un hôpital
ne seront pas toujours guéris. Le souci d’équité va au-delà de l’équité
d’accès pour incorporer l’équité de résultat.



4 On appelle équité, le souci de la morale républicaine de ce qui est juste et
acceptable (Voir Rawls, 1971)
22