Crises bancaires : comprendre pour mieux prédire

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Ce livre met en évidence l'inadaptation des mesures de prévention et de gestion face au caractère récurrent, coûteux et changeant des crises bancaires. Surtout, il démontre la nécessité vitale et urgente d'un travail en amont. A cet effet, plusieurs techniques de prédiction des crises sont avancées, analysées et approfondies. La mise en place d'outils de prédiction permettrait de prendre à temps les crises bancaires, de les éviter ou tout au moins de réduire leurs coûts de sauvetage.

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Date de parution 15 mai 2012
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EAN13 9782296491090
Langue Français

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CRISES BANCAIRES : COMPRENDRE POUR MIEUX PRÉDIRE
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.f ISBN : 978-2-296-96982-7 EAN : 9782296969827
Fouad MACHROUHCRISES BANCAIRES : COMPRENDRE POUR MIEUX PRÉDIRE
Collection « L’esprit économique » fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l’apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L’esprit économique » soulève le débat, textes et images à l’appui, sur la face cachée économique des faits sociaux : rapports de pouvoir, de production et d’échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s’adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu’aux experts d’entreprise et d’administration des institutions. La collection est divisée en six séries : Dans la sérieEconomie et Innovationpubliés des ouvrages sont d’économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l’accent sur les transformations économiques et sociales suite à l’introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L’innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. La sérieL’économie formellea pour objectif de promouvoir l’analyse des faits économiques contemporains en s’appuyant sur les approches critiques de l’économie telle qu’elle est enseignée et normalisée mondialement. Elle comprend des livres qui s’interrogent sur les choix des acteurs économiques dans une perspective macroéconomique, historique et prospective. Dans la sérieLe Monde en Questionspubliés des ouvrages sont d’économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l’étude des ressorts fondamentaux de l’économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La sérieKrisisa été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d’aujourd’hui liés aux métamorphoses de l’organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d’ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d’histoire de la pensée et des faits économiques. La sérieClichésété créée pour fixer les impressions du monde a économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d’une situation donnée. Le premier thème directeur est : mémoire et actualité du travail et de l’industrie ; le second : histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La sérieCours Principauxcomprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s’adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l’application du vieil adage chinois : « le plus long voyage commence par le premier pas ».
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Encore une crise bancaire, bientôt suivie de plein d’autres, est-ce une fatalité ou l’échec des pouvoirs publics à éviter les crises qui expliquent leurs réapparitions ? L’histoire bancaire témoigne que l’une des premières crises a été repérée aux États-Unis, il y a plus d’un siècle (1884). Depuis, elles ne cessent de se reproduire et de s’amplifier provoquant l’instabilité des systèmes bancaires, même les plus solides d’entre eux. Pourtant, l’arrivée des crises n’est pas un phénomène étrange ; suite au développement de l’économie mondiale, les banques voient leurs activités s’intensifier brusquement et durablement. De plus, ces banques doivent répondre aux exigences des épargnants en matière de rentabilité, elles sont obligées de s’adapter à la donne financière actuelle, caractérisée par une concurrence acharnée des nouveaux intermédiaires et des marchés financiers. Pour sauvegarder leurs marges, les banques s’engagent dans des activités de plus en plus périlleuses et ne cessent de s’aventurer dans des domaines de risques disproportionnés. Les banques sont sous pression, elles luttent pour continuer à exister, mais à quel prix ? Cet état de fait est constaté, particulièrement, dans les pays émergents qui affichent un besoin croissant de liquidité et une forte volonté de rattraper le retard qui les sépare des pays développés. Les crises bancaires ont toujours suscité l’intérêt des experts, mais ce n’est que vers les années 1990 où les travaux en la matière se sont proliférés (Dehove et al, 2004). Durant cette décennie, on a enregistré une multiplication de crises devenues de plus en plus coûteuses. Pour éviter ces crises, il ne suffit pas de connaître leurs origines, il faut aussi, comprendre leurs mécanismes. C’est dans ce sens que les différents travaux classent les crises bancaires en les intégrant à l’intérieur des crises financières. Ainsi, nous distinguons les modèles de crises de première, de deuxième et de troisième génération.
De quelle crise parle-t-on ? Crise des modèles de première, de deuxième ou de troisième génération ? Les crises ne répondent pas à la même définition et n’ont pas les mêmes origines. Traiter efficacement une crise nécessite par conséquent un diagnostic individualisé de celle-ci. Les modèles de première génération basés particulièrement sur les travaux de Krugman (1979), Flood et Garber (1984), puis Flood et Marion (1996, 1998) sont traités dans un cadre macroéconomique. Selon ces
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Introduction générale modèles, la survenance des crises est liée à de mauvaises politiques économiques qui entraînent une dégradation des fondamentaux (inflation, baisse du solde de la balance des comptes courants, etc.) et en particulier une croissance exponentielle des crédits intérieurs destinés au financement du déficit public. Les autorités publiques sont incapables de stabiliser leurs comptes et de maintenir un système de change fixe. Cette situation affecte négativement la confiance des investisseurs internationaux et entraîne la chute des systèmes de change en place. La capacité d’explication des modèles de première génération est difficilement transposable aux crises récentes, car, d’une part, ces modèles sont basés sur la dégradation des fondamentaux, d’autre part, ils traitent davantage des crises de change que des autres crises. D’où l’intérêt de faire appel aux modèles de deuxième génération. Les modèles de deuxième génération sont initiés par les travaux d’Obstfeld (1994) et Jeanne (1997). Ils mettent l’accent sur la présence d’équilibres multiples résultant d’un jeu de stratégies entre les autorités publiques et le marché. Les crises naissent des anticipations auto-réalisatrices des agents économiques qui doutent de la viabilité et de la garantie d’un système de change par les autorités monétaires. Parmi les fondamentaux qui constituent la base des modèles de deuxième génération, on trouve la croissance économique, l’emploi et l’inflation. Ces trois éléments utilisés par Obstfeld n’expliquent, toutefois, pas toutes les crises récentes. Dans la crise asiatique de 1997, les pays touchés disposaient de bons taux de croissance économique et ne souffraient ni d’un chômage de masse, ni de spirales inflationnistes. Le rôle du secteur bancaire n’est pas mis au premier plan, alors que les dégâts en termes de crises bancaires sont très importants. D’où la nécessité de prendre en considération la contribution des banques dans le cadre des modèles de troisième génération. Les modèles de troisième génération soulignent le rôle déterminant du secteur bancaire dans l’arrivée des crises. Ces modèles se basent sur l’échec des anciens modèles qui semblent incapables d’expliquer les faits stylisés. Ils ont échoué à anticiper les récentes crises, en particulier, celle d’Asie, considérée comme une crise de troisième génération. En effet, la crise asiatique ne relevait ni des modèles de première génération, ni de la deuxième. Les premiers sont écartés en raison du caractère relativement sain des fondamentaux (taux de croissance économique et déficit budgétaire). Il en est de même pour les modèles de deuxième génération étant donné que le niveau de chômage et le taux d’inflation étaient à un niveau correct (Corsetti et al, 1998a, 1998b). Plusieurs études se sont basées sur les modèles de troisième génération pour illustrer la participation des banques dans le déclenchement des crises bancaires (Krugman (1999), Corsetti et al (1998)). À partir de ces modèles, Nielsen et Rovelli (2000) affirment que les crises bancaires sont liées à l’essor de l’activité bancaire qui, à son tour, est causé
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Introduction générale
par une vague d’entrées-sorties de capitaux étrangers, entraînant des problèmes de liquidité et des faillites bancaires en chaîne. Une seule crise, plusieurs définitions Comment reconnaître une crise bancaire ? Plusieurs définitions sont données aux crises bancaires. Les unes se contentent de délimiter un cadre théorique tandis que d’autres, plus récentes et moins abondantes mais incontournables pour toute application empirique, donnent aux crises bancaires une dimension plus quantitative. Une crise bancaire peut être le résultat d’une faillite d'une grande partie ou de la totalité des établissements bancaires. Elle peut également être le résultat d’une faillite isolée, qui affectera plus tard les autres banques ou encore un choc qui conduira brusquement tout le système bancaire à la crise. Caprio et Klingebiel (1997), dans une étude approfondie sur les crises bancaires systémiques et non systémiques, fournissent une explication détaillée de la crise bancaire systémique. Les auteurs identifient trois types d’insolvabilité bancaire qui peuvent être qualifiées de crise bancaire systémique à non systémique, à savoir : ƒUne insolvabilité limitée à une banque ou à un nombre limité de banques ne constitue pas une crise systémique. ƒDes ruées facilement repérables vers le système bancaire : une panique bancaire qui n’est qu’une ruée systémique arrive lorsque les déposants de tout le système bancaire ou d’une partie importante demandent soudainement la convertibilité en billets de leurs actifs. L’importance de cette masse pousse les banques à suspendre la convertibilité de leurs dettes en monnaie ou à prendre d’autres mesures de gestion de crises comme l’appel à une intervention d’un prêteur en dernier ressort. Ces ruées arrivent soudainement et disparaissent rapidement. ƒUne détresse financière du secteur bancaire : il s’agit ici d’une partie du système bancaire qui est insolvable mais qui reste en activité. Ce cas est présent dans des pays ayant un système d’assurance des dépôts explicite ou implicite. Une telle détresse peut durer plusieurs années lorsqu’elle est caractérisée par un système faible de supervision et des pratiques financières frauduleuses. Elle peut se transformer en crise bancaire systémique dès que les déposants prennent conscience des vrais problèmes que rencontrent leurs établissements.  Demirguc-Kunt et Detragiache (1998b) fournissent l’une des définitions les plus utilisées dans les études économétriques. Une crise bancaire suppose la réalisation d’au moins une des quatre conditions suivantes : - Les prêts non performants dépassent 10 % du total de l’actif. - Le coût de la crise constitue au moins 2% du PIB.
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Introduction générale - L’application d’un large programme de nationalisation des banques. - L’apparition d’une vague de ruées bancaires ou la prise par les autorités publiques des mesures d’urgence telles que des fermetures bancaires ou des garanties des dépôts.  Ces dernières années, les études sur les crises bancaires intéressent davantage les spécialistes. Cet intérêt grandissant peut être expliqué par trois raisons principales : le processus répétitif des crises, leurs coûts énormes et leur étroite relation avec les crises monétaires et économiques. C’est dans ce cadre justement que s’inscrit notre intérêt pour l’étude des crises bancaires. Les crises bancaires sont de plus en plus nombreuses Le spectre des crises n’a épargné aucune région du monde. Comme nous pouvons le remarquer sur le graphique suivant (coût fiscal des crises en % du PIB), les crises sont devenues beaucoup plus fréquentes et touchent davantage de pays. Leur nombre a doublé entre les années 1880-1913 et 1972-1998 ; il avait atteint 48 crises durant la période 1919-1971. Plusieurs facteurs expliquent le regain des crises pendant ces dernières années. Une partie importante de la littérature explique ceci par la double libéralisation financière (interne et externe), le manque croissant de dispositifs de réglementation prudentielle bancaire adaptés aux spécificités des pays émergents, l’épanouissement de l’activité bancaire et des produits correspondants et enfin la prise excessive de risques justifiée par une forte concurrence domestique et internationale.
Et surtout coûteuses en particulier pour les pays émergents Durant ces dernières années, la contribution des banques dans l’expansion de l’activité économique n’a cessé de prendre de l’importance. Les banques sont plus nombreuses et pèsent davantage sur le produit intérieur brut. Plus encore, leurs relations d’interdépendance avec les autres secteurs, en particulier celui des entreprises non financières, s’accentuent de jour en jour. Dès qu’un pays subit une crise bancaire, les autorités de surveillance, le gouvernement et les organisations internationales interviennent pour atténuer les effets de celle-ci. Nous pouvons classer les modes d’intervention selon qu’ils soient réglementaires (fixation par la loi des règles de résolution et de répartition des pertes), monétaires (appui en liquidité par la Banque centrale) ou financiers (intervention sur le marché pour soutenir les prix). L’intervention peut aussi prendre la forme d’une socialisation des pertes par la redistribution fiscale. C’est sur ce dernier mode que portent les principales études de calcul des coûts de résolution de crises. S’il est vrai que les crises n’épargnent aucun système bancaire, il n’en est pas moins vrai que, ce ne sont pas les pays riches qui ont vécu le plus des crises, mais plutôt les pays en développement et les pays émergents.
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