Dépenses publiques et croissance économique
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Cet ouvrage est consacré au rôle de l'Etat dans la croissance économique. Il veut aider les économistes conscients de la nécessité de sortir de la science(-fiction) néo-classique à identifier les faiblesses de cette dernière, à dénoncer ses liaisons avec le néo-libéralisme et à trouver les voies d'entrée en résistance hétérodoxe afin de contribuer à la transformation du monde actuel.

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Publié par
Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 384
EAN13 9782296248731
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Introduction

Cet ouvrage,quitraite deseffetsdesdépensespubliques surla croissance
économique, entendapporter unecontributionàladémonstration dufait que le
courantnéo-classique,actuellement(etmalheureusementpour untempsencore)
hégémonique en économie, estde natureascientifique etidéologique.À
quelquesnuancesprès–que nous sauronspointer–,cecivautpourl’ensemble
decpe «aradigme »qui, pardelà sadiversité et son expansion, présenteune
remarquable homogénéité de méthode etd’esprit.Son postulatdebase est que
lesphénomènes socio-économiquespeuvent s’expliquer àpartirdes seuls
comportementsdesindividuset queceux-ci, opérant selon lesmécanismesdu
marché,sont susceptiblesd’amener une harmoniecollective. Ce livreseveut
doncaussi,bien modestement,une incitation et uneaide pour touteset tousles
jeuneséconomistes qui ontpris conscience de lanécessité desortirdu
maintreamnéo-classique, étape parétape,afin d’espérerpouvoirêtreàlafois
rigoureuxdansleurs recherchesdecompréhension dumonde et réellement
1
utilesdansleurseffortsdetransformationsociale .Carnousconstaterons que
les tentativesdestinéesàtenir un discours« progressiste »àl’intérieurdu
courantdominant sontinéluctablementcondamnéesàl’échec, de parles
contraintesimposéesparlesinstrumentsmêmes quisontmisen œuvre.
Toutefois, pourcritiquerefficacementl’orthodoxie économique, il est
nécessaire de la connaître en profondeur, et tout spécialement sesoutils quisont
aussitechniques que divers.Notretâcheconsisteradonciciàguiderle lecteurà
travers une exploration des travauxnéo-classiquesdanslesélémentsde la
théoriecomme de l’empirie,afin d’identifierleursincohérenceset
inconsistancesinterneslesplusgraves, maisencore et surtoutpourdévoiler,
derrière leur rigorisme formel, lesliaisonsétroites qu’ilsentretiennentavecles
politiquesnéo-libérales qui nous sontimposéesdepuis troisdécennies.

Larecherche des sourcesde la croissance économique etdesactionspar
lesquellesl’État seraiten mesure de lesinfluenceramotivé plusieurs
contributionsfondatricesde l’économie politique,avantetaveclesclassiques
libéraux.L’évolution de lathéorie de la croissance,quiallaitparlasuitese
structurerdansla confrontation entre lesmodèleskeynésiens– dontl’instabilité
appelaitlarégulationconjoncturelle de l’activité économique parl’État– etles
formalisationsnéo-classiques– lesquelles, en impliquantl’exogénéité du taux
decroissance,se débarrassaientde lanécessité d’interventionspubliques–,a

1
Nousinvitonsici le lecteurà consulter untravailcomplémentaire duprésentouvrage:
Herrera(2010).
9

longtemps laissé dans l’ombre laquestion ducontenudespolitiquespubliques
susceptiblesde produireun impact surla croissance de longterme.Au-delàdes
perfectionnementsmathématiques qu’ilsfournissent, lesmodèlesditsde
«croissance endogène» ontpermisdepuis quelquesannéesderouvrirles
chantiersde ladéfinition desattributsconcretsde l’action de l’Étaten économie
de marchécapitaliste.Ce nouvel ensemblethéorique macro-dynamiques’est
certesconstitué en opérantdesempruntsàd’autreschampsderecherche
contemporains(à commencerparlamicro-économie néo-classique) eten
conservantdesattachesavecdesintuitionsplusanciennes.Maisen procédantà
l’« endogénéisatdion »uprogrès technique –c’est-à-dire en le faisant résulter
descomportementsd’investissementd’agentsmotivésparle profit–, les
théoriciensemmenésparPaulM.RomeretRobertE.Lucasallaientoffrirau
courantnéo-classique de puissantsmoyenspour seréapproprierle phénomène
de la croissance, entant quesanature estfondamentalementéconomique.Leurs
modélisations,toutcommequelques-unesdecelles quisuivirent, ontmontré
dans quelle mesure il devenaitpossible deconcevoir quecertainesdifférences
de politiquespubliquesentre économiescapitalistesimpriment–
etconditionnentdurablement– des trajectoireshistoriquesdecroissance divergentes.

On l’aura compris, notre propos s’attacherapourl’essentielàdécrire des
phénomènesde longterme.Enconséquence, l’attentionseraprincipalement
focaliséesurlesimpactscausésparl’accumulation de différentesformesde
capital, eten particuliercellesd’entrecesformesdontladynamique est
impulsée pardesinvestissements relevantdechoixeffectuésparl’État.Dès
lors, il nes’agiraplusd’appréhenderlesinvestissementspublicscomme des
composantesde lademande –angle privilégié parl’analyse desdéséquilibresde
financespubliques qui fonde lesplansdestabilisation etd’ajustement
structurel –,maiscomme desélémentsde flux venantincrémenter,côté offre,
des stocksdecapital.Bienque non dénuée de problèmes,comme nousle
verrons,cetteapprochecommanderadans une large mesure la classification
retenue pourlesdépensespubliques,selonqu’elles sontde nature directement
« productivoe »unon:on définiralespremièrescomme exerçantleurseffets
danslafonction de production macro-économique;letraitdistinctif des
secondesétantl’amélioration dubien-êtresocial desindividusdansleur
programme d’optimisation de lafonction d’utilitéagrégée.Cescatégories
fonctionnellesnerecouperontdoncquetrèspartiellement,sansjamaisles
recouvrir toutàfait,cellesdescomptesbudgétairesnationauxde dépenses« en
capitael »tfon« dectionnement».Àtitre d’exemple,c’estparceque les
dépensesderémunérationsdescomposantesdufacteur travail employéesdans
lesecteurd’éducations’interprètentd’abordcommeun investissementen
formation decapital humain,traduisant un effortd’épargne,qu’elles seront
tenuespourproductives.Inversement,seront traitéescomme non productives
lesdépensesmilitairesencapital physique,cardéterminantle niveaudesécurité
desagents,argumentde leurpanierdeconsommation.Parcommodité, dece
qu’une dépenseseraplacée dansl’un oul’autre des termesde l’arbitrage entre

10

« investissement »– exerçant son influencesurle produit–
et«consommation » –àimpact surl’utilité –, ilsuit qu’elleseradite « productive » ounon.
Notre démarcheconsistera àprogresserencombinantlesméthodes théorique
etempirique.Danslathéorie, onaurarecoursàlamodélisation
macrodynamique, dans uncadrestandardaussibienqu’encroissance endogène, et, de
manière plusinnovante, enrapprochant théorie de la croissance et théorie des
jeux.Dansl’empirie, onutilisera alternativementlesoutilsde l’économétrie des
séries temporellesetdecelle de panel, ens’efforçant, danslamesure du
possible, de proposerdesanalysescomplètementintégrées,articulantla
construction debasesde données statistiquespropres, desformalisations
originalesetdes tentativesdevérification empiriqueappropriées.Pourne pas
risquerdevoirdisparaître les relationsentre lesdépensespubliquesetla
croissance de longtermesousl’impactdechocsextérieursàlasphèreréelle et/
ouàl’économie nationale, nous« neutraliserons» dans unetrèslarge mesure
leseffetsdesfacteursmonétairesetfinanciers(tauxdechange, endettement…)
ainsiqueceuxliésaucommerce international –comme le fontle plus souvent
lesmodèlesnéo-classiquesdecroissance.Nousproposeronscommesupportet
illustration de nos raisonnementsl’analysecomparée de plusieurspaysdits« en
développement».L’étude deséconomiesde l’Inde etduPakistan, notamment,
servira assezfréquemmentet sousdesangles variésde filconducteur.Cesdeux
pays,quicomptentensemble non loin d’un milliard etdemi d’habitants,aux
racineshistoriquesetculturellesmêlées, ontexpérimenté des stratégiesde
développementdanslesquellesl’État s’estlourdementimpliqué, etdontles
différences(de degré plus que de nature)sontpourpartie gomméesparle fait
qu’elles serejoignent quantàleurs résultatshistoriquementdécevantsentermes
decroissance duPIB(ouafortioriduPIBpercapita) etderetombées sociales.
L’une desexplicationsdecetterelative faiblesse de la croissance enIndesurla
longue période etde l’échecrécurrentdudécollage duPakistan pourrait-elle
aussitenirà certainschoixeffectuésparl’Étaten matière destructure des
budgetspublics ?
L’ouvradonge –tlesdéveloppementslesplusformalisésontété placésen
encadrés– estordonné enquatrechapitres,chacun lui-même divisé entrois
sections.Lechapitre premierévalue l’étatde lalittératuresurlesliaisons
dépensespubliques-croissance de longterme.Sapremièresections’ouvre par
une présentation desfondements théoriquesde l’intervention de l’Étatparles
dépensespubliques, examinant successivementlescasderendementsd’échelle
croissantsavecstructure de marché monopolistique,
debienspublicsetd’externalités.Cetexposé estillustré d’exemplesd’application destinésàpénétrerla
nature profonde desgrandescatégoriesde dépensesdontilseraquestion dansla
suite de l’ouvrage.Lesimplicationsde l’injection detelleshypothèsesde «
nonconvexité »danslathéorie moderne de la croissancesontétudiéesdansla
deuxièmesection,quis’efforce deresituerla«croissance endogène » dans une
perspective d’histoire de lapensée économiqueafin desaisir ses rapportsprécis
aveclesmodèlesderéférence (classiques, keynésiensetnéo-classiques), mais

11

aussi etsurtout ses traitsformelsdistinctifsetl’originalité decesnouveaux
modèles,qui fontde larecherche-et-développement(R&D), ducapital humain
etdesinfrastructureslesmoteursde processusauto-entretenusd’accumulation.
Lesdimensionsempiriquesmicro- etmacro-économiquesdeces relationsentre
dépensespubliquesetcroissancesontabordéesdans unetroisièmesection,
centrant touràtourladiscussionsurla R&D, l’éducation etlesinfrastructures,
de manièreàidentifierlesprincipalesdifficultésd’ordreconceptuel, logique
et/ou techniqueauxquelles se heurtecetype detravaux.

Le deuxièmechapitrerassembletroisessaisdontlafinalitécommune est
d’examiner,aveclesinstruments techniques utiliséesparlesnéo-classiques–y
compriscertainsdespluscomplexes–,
lesconséquencesimpliquéespardifférentescatégoriesde dépensespubliques surla croissance de longterme,touten
cernant, de l’intérieurmême dumainstream, leursdéfectuositésintrinsèqueset
limitesindépassables.Une premièresection proposeune étude empirique en
économétrie de panel des rôlesproductifsducapital physique publicetdu
capital humain dansla croissance duproduit, enutilisant unsystème
d’équations simultanées qui
expliqueàlafoislesdéterminantsetlescontributionsdececapital.Dans une deuxièmesection,cesontleseffets
d’externalitésetde productivitésassociésàtrois secteurspublics(éducation et
santé, infrastructures,consommation)quisont testéséconométriquement,sur
sérieschronologiques, grâceàdes spécificationsdérivéesd’un modèle d’offre
néo-classique.Enfin, dans unetroisièmesection, essentiellement théorique,ce
sontles relationsdynamiquesentre l’éducation etla croissancequisontplus
précisémentexaminées, en dépassantlecadre d’analyse partielle desmodèles
économétriquesprécédents, parlerecoursàune formalisation encroissance
endogène.Cette dernière,construitesousdesmodalités sensiblementdifférentes
decellesgénéralement retenuesparles théoriciensnéo-classiques,autorise
l’apparition d’unecroissance perpétuelle paraccumulation decapital humain
impulsée parl’Étatdans unsecteurpublicd’éducation.Aprèscalibrage et
simulation dece modèle, lamise en évidence d’impactspositifsdifférenciésde
l’accumulation decapital humainamène finalementàlaformulation d’objectifs
hiérarchisésde politique économique,aupointdevuequantitatif et qualitatif.

Dans untroisièmechapitre, l’attention dulecteurestorientéeversleseffets
desdépensesmilitaires,catégorie fort singulière desbudgetspublics.Ils’agira
d’investir un domaineayantfaitl’objetde nombreusesanalyses–quelquefois
duesàdes théoriciensmajeursde l’orthodoxie –, mais qui n’ontpasen général
dégagé deconclusionsassurées.Une premièresection passe enrevue les
multiplesdifficultés rencontréesencette matière
parlemainstreamnéoclassique (jusqu’àseslimites« keynésiennes»), notammentcellesliéesaux
tentativesde mise en lumière des retombées technologiquesetdeseffets
externesdu secteurde ladéfense.Quelquesproblèmes relatifsauxdonnées
statistiquesde dépensesmilitaires sontaussi pointés.Ladeuxièmesection,
théorique, normative etintra-nationale, étudie leseffetsdesdépensesmilitaires
surla croissance de longterme, en opérant unretour surlaproblématique

12

centrale decroissance endogène.Des simulationsnumériques sont ànouveau
effectuéesgrâceà un modèle macro-dynamique,complexifiantlecadre proposé
au chapitre2enyinjectantlerôle polymorphe desdépensesmilitaires.La
troisièmesection, également théorique,articuléeàlaprécédente et centréesur
les questionsdesécurité, déplace l’analyseauniveauinternational,
pourdiscuterlesimplicationsdestratégies régionalesde désarmement(coopérativesou
non)avecjeuxinteractifs à trois acteurs :l’Inde, lePakistan etlaChine. Le
pointdeconvergence deces travauxréside dans unerecommandation invitant
l’État à accorderdans ses arbitrages budgétaireslaprioritéàl’éducation et àla
santé.

L’essorde l’économie néo-classique, impressionnantdevigueur, nesaurait
occulterlesimpasses théoriquesetempiriquesdanslesquelles s’est aujourd’hui
enfoncée l’orthodoxie.Danslamesure où ces théoriesfournissentles cadresde
référenceultime de la quasi-totalité despolitiqueséconomiques actuellement
misesen œuvre danslesystème mondialcapitaliste, leur connaissancerevêt un
enjeu crucial pourleshétérodoxes.L’objetdu quatrième etdernier chapitre de
cetouvrage estdoncdesystématiserla critique duparadigme néo-classique, en
s’attaquant auxmursporteursdeson interprétation de la croissance
économique. Ceseraprincipalement surla conceptionque les théoriciensde la
croissance endogèneavancentde l’État–auxchampsd’action démesurément
étendus, mais tournés contre les servicespublics–que nous choisironsde
concentrernos attaques.Carl’espacerestituéàl’Étatparlespenseursdu
mainstreamprend descontenus qui n’ontplus rienàvoiravec ceuxde l’ancien
welfare state.Ils’agiraici decomprendre
nonseulementenquelsensl’hégémonieactuelle duparadigme néo-classiquesurlesmilieux académiques vade
pairavec celle de lapolitique néo-libérale dansl’ordre de lapratique, mais
encore dequelle manièrecesdeuxdominations,solidairesl’uneavecl’autre,
sontentrées, ensemble, dansdescrises trèsprofondes.Des relationsnon pas
d’équivalence maisdecorrespondance existententre elles.Aussi notre intention
est-elle de proposerdans un même mouvement uneanalyse decescrisesde
l’idéologie dominante dansleursdimensions théorique – le néo-classicisme,
enfermé dans unevoiesansissue – etpratique – le néo-libéralisme, décapité
mais que d’aucuns voudraient restaurer.

13

Chapitre 1

Justifications théoriques
desdépensespubliques
en économie néo-classique

DES INTERVENTIONSDE L’ÉTAT AU SERVICE DU
MARCHÉ

Problématique

Les théorèmesde l’économie dubien-être établissent, d’une part,que, dans un
cadre deconcurrence parfaite,toutéquilibre généralwalrasien est un optimumau
sensdePareto;d’autre part,que,sisont respectéesleshypothèsesadditionnelles
deconvexité –pourlesconsommateurs, despréférencesdeconsommation dans
l’espace des utilités, et, pourlesproducteurs, desensemblesde production dans
l’espace desproductions–,alorsil existeunvecteur-prix telqu’àtoutoptimum
parétien puisse êtreassociéun équilibre.Or, les résultatsdeceschémaréférentiel,
de portée purementnormative,sont totalementconditionnésparlavérification
d’hypothèsesdeconvexité, lesquellesexcluenttrèsexplicitement :lesrendements
d’échellecroissants,àl’origine de laformation de monopolesnaturels ;les
indivisibilités,quicaractérisentlesbienspublicspourlesquelsle mécanisme des
prixde marchés’avère inopérant ;etleseffetsexternes,qui peuventémanerdes
bienscollectifs.La conséquence essentielle
decesnon-convexitésestl’impossibilité de décentraliserl’allocation optimale des ressourcespar unsystème de prix
walrasiens, d’oùl’invalidation de l’équivalence entre équilibreconcurrentiel et
optimum parétien.En d’autres termes, les théorèmesdubien-être nesontplus
vérifiésdèslors que desnon-convexités sontintroduitesdanslesensemblesde
2
production et/ou dans les préférencesdesconsommateurs.Telles sontensynthèse,
dupointdevue néo-classique, lesbasesfondamentalesdesjustifications
théoriquesd’une intervention de l’Étaten économie de marché – interventionqui
pose, en mêmetemps quesapropre nécessité,un problème d’optimum desecond

2
Lire: Laffont(1982,2005) etaussiTirole (1988).
15

3
rang .Cesontdonc ceshypothèsesde non-convexité,quiappellentl’immixtion de
ladépense publique dansl’allocation des ressources,qu’ils’agitdans un premier
tempsd’analyser, pourcomprendre parlasuite laplacequ’elles sontamenées à
tenir au cœurmême de l’axiomatique desnouvellesformalisationsnéo-classiques
de la croissance.

Conceptsélémentairesde l’économie publique
néoclassique

Rendementsd’échellecroissantsetmonopoles

Lorsqu’une firme esten position de monopole,c’est-à-diresetrouve être leseul
offreur sur un marché oùles consommateurs sontnombreuxetn’adoptentpasde
comportement stratégique, demande de marché etdemandeadresséeà cette
entrepriseseconfondent, provoquant ainsiune disjonction entre prixde marché et
coûtmarginal de lafirme.La sortie dumodèle deconcurrence parfaite opère ici
parlerelâchementde l’hypothèse d’atomicité des agents, et accessoirementde
celle de libreaccès aumarché – puisque le monopole dispose d’un pouvoir relatif
d’interventionsurle prix.Une foisconnue (objectivement) ouestimée
(subjectivement) lafonction de demande dubien produit, larecherche d’une
maximisation duprofitconduitcette entrepriseàproduireunequantité debiens
égalisant sa recette marginale (décroissante) et soncoûtmarginal (croissant).Le
prixfixé parle monopole est alors supérieur à celuiqui découleraitdes ajustements
d’un marchéconcurrentiel.Bienque,sous certaines conditions, le monopole
puisse être efficace, l’équilibre enstructure de marché monopolistique estenrègle
généraleinfra-optimal:l’écartentre lecoûtmarginal etle prixdevente (unique, et
doncsansmonopole discriminant aumoyen de prixdifférenciés) provoqueune
réduction du surplus collectif et une déviation de l’équilibre de monopole par
rapport à unesituation d’allocation optimaleàla Pareto.L’intervention de l’État se
justifiealors,soitpour restaurerl’exercice de la concurrence, parle démantèlement
dumonopole,soitpourprocéder àlanationalisation de l’entrepriseafin d’imposer
une «vérité desprix» etl’obliger àpratiquer unetarificationau coûtmarginal
rétablissantl’optimum.

Laprésence derendementsd’échellecroissants, incompatibles avecla survieà
longterme de nombreusesfirmes concurrentielles surle marché, peutexpliquerla
constitution de monopolesnaturels.Ladifficultéassociéeà cette hypothèse
provientdecequ’il ne peutplusexister, enconcurrence parfaite, desolutionau
problème d’optimisation desproducteurs.Puisquecesderniers secomportenten
« preneursde prix»sur un marché oùlesdébouchéspourleurs biens sont assurés,
aucune limite n’estplusfixéeàleurproduction, laquelletendversl’infini.Làoùla
taille procureunavantage decoût,seuleunestructure de marché deconcurrence

3
Lancasteret Lipsey(1956).

16

monopolistiquoe –ùlesproducteursfontfaceà une demande décroissante (la
recette marginale étantelle-même décroissante) –est susceptible derétablirles
termesd’unarbitrage.Le monopole,quiseul peut subsisteren phase de
rendements croissants surlongue période, estdoncengendréspontanémentet
inévitablementparle processusmême de la concurrence.Orl’apparition detelles
inefficacitésdansle fonctionnementdecesmarchéspeutappeler une
réglementation plusoumoinsétroite desmonopolesnaturelsparlespouvoirs
publics,voire laprise encharge decertainesdecesactivitésparl’État, impliquant
notammentladépense publiquesousforme desubventions.
L’exposé descaractéristiquesdesmonopolesnaturels, enuniversnéo-classique,
nouspermetdecomprendrecertainsdeseffetspervers risquantd’accompagnerces
situations– et surlesquelsont tantinsisté les théoriciensduchoixpublicetavec
euxd’autresauteursinspirésde l’espritdesécolesautrichiennes(Hayek,
vonMises…).Outre lasous-optimalité despratiquesde prix,ceseffetspeuvent
surtoutprovenird’inefficiencesdecomportement.Ainsi, l’Étatne dispose pas
toujoursde l’informationsuffisante pourcontrôlerefficacementle monopole,
lequeltenterad’influencer à sonavantage les règlesleconcernantetdes’assurer
4
une position protégée,sous couvertd’« intérêtgénéral ».Dansles casparticuliers
d’entreprisespubliques, la suppression de l’appropriabilité etde la transférabilité
5
desprofitspeutpar ailleursperturberla recherche de l’efficience maximaleet
gênerlamise en œuvre d’instrumentsde motivation etd’incitation managériales,
enraison de l’existence d’asymétriesd’information, detypealéamoral
et/ouantisélection.Enfin, les monopoles publics seraientmenacés,commetoute
administration, par unrisque inhérentde dérivebureaucratique, provoquant
6
surproductionset surcoûtschroniques,àl’origine de gaspillage deressources.À
cetégard, l’une desdifficultés associées à cespratiquesestd’éviter que le
monopole naturel (publicouprivé) n’abuse desaposition dominantesurle
marché.Les solutionsproposéesparlemainstreamnéo-classique passent
généralementpar :desprocessusd’enchères concurrentielles visant à attribuerdes
concessionsdeservice public àdesfirmesprivées– lanon-réservation de la
productionau seulsecteurpublicétant supposée entraînerlalevée des barrières à
l’entrée dumarché etla remise encause despesanteurs bureaucratiques–;des
mécanismesderévélation des caractéristiquesdes agents(coûtsde production du
monopole, disponibilitéàpayerdes usagers…), permettantl’élaboration derègles
plusefficaces ;ouencore desdéréglementations, motivéespar certaines
défaillancesde l’action étatique,afin deconserver unerégulation parle marché,
7
même en présenc.e de monopole
C’esten pratique danslesecteurdesinfrastructures que l’émergence de
monopolesnaturelsestle plusfréquemmentobservée.Étudiéesde longue date par

4
Parexemple : Stigler (1971) etPeltzman (1976).
5
Coase (1960). Surcetauteur,voir: Bertrand (2003).
6
Leibenstein (1966) etNiskanen (1971).
7
Baumol,PanzaretWillig(1982).

17

8
les théoriciensdudécollage despaysindustrialisés,comme parlesprécurseurs
9
hétérodoxesde l’économie dudéveloppement, lesinfrastructures recouvrent un
ensemble d’activitésextrêmement variées, dontil estpossible d’identifier un
«cœur».Celui-ci estcomposé, pourl’essentiel, de l’énergie, de ladistribution
d’eau, des télécommunicationsetdes transportscollectifs.Ramassésdansla
littératureanglo-saxonnesousl’expression deSocialOverheadCapital,ces
domainesont souventencommun des traitsde naturetechnico-économique dont
la combinaison peutamener àjustifier une intervention de l’État, parl’imposition
decontraintes réglementairesoumême lanationalisation.Citons,aunombre de
cescaractéristiques:l’existence derendementsd’échellecroissants ;la
construction deréseaux spécifiques ;laprésence decoûtsfixesinitiaux
extrêmementimportants ;lerenforcementduniveauetde l’efficacité de la
production et/ou l’amélioration dubien-être des usagers…
Nousl’avonsdit, les situationsd’économiesd’échelleconduisent àdes
structuresde marché où uneseule entreprisesubsiste dansle longterme,comme
pourles secteursde l’électricité, dugazoudes cheminsde fer,typiquement.
Une firmeydomine iciun marchésurlequel lescoûtsmoyensde production
sontdécroissants, desortequ’elle peutaccroîtresescapacités à uncoût toujours
inférieur à celui d’un éventuelconcurrententrant surle marché.Cesactivités
nécessitentparfoisla construction deréseauxà trèsgrande échelle,qui peuvent
s’étendresur uneaire géographiquecouvrant toutleterritoire national.La
spécificité detels réseaux(lignesélectriques,voiesdecheminsde ferou
réseaux téléphoniquesparexemple)rend le plus souventimpossible et, dans
tousles cas, nonrentable leurduplication.Dans ces secteurs,souventintensifs
en hautetechnologie, les coûtsfixesinitiaux sontextrêmementélevés
comparativementauxcoûts variables.En effet, lesconditions techniquesde la
production exigent unvolume debiensproduitsimportantavant que
l’augmentation ducoût variable moyencompense ladiminution ducoûtfixe
moyen.Si lademande etlesprixdeventesontinsuffisantspourcouvrirles
coûtsfixes, l’entreprise n’ad’autresolution pour satisfairecette demandeque
debaissercesprix, etdoncd’accepter une perte d’exploitation –traduisant un
autrecasdesous-optimalité.Danscecontexte, en environnementconcurrentiel,
le nombre de firmes surle marché ne dépend plusdesdécisionsdes
producteurs, maisdu rapportentre lataille dece marché etl’échelle minimale
efficace;d’où,ànouveau, lapossibilité pourlesnéo-classiquesd’une
justificationthéorique de prise encharge decesactivitésparl’État.Toutefois,
l’argumentation peutégalement se fonder surlescaractéristiquesmêmesde
certainsbiens, pourlesquelslesystème desprixde marché peut s’avérer
inapproprié.

8
Rostow(1960), Fogel (1964),North etThomas(1973).
9
Rosenstein-Rodan (1943, 1961, 1964),Nurkse (1952),Myrdal (1957, 1964),Hirschman (1958,
1984).

18

Les bienspublics

Danslecadre de l’équilibrewalraso-parétien, les biensproduitsparle marché
sontpardéfinitionà usage privatif, etlesinterdépendancesentreagents sont
ordinairementmédiatiséespar unvecteurde prix.Or, le faitest qu’uncertain
nombre debiens– précisément, lesbienspublicspurs– présententlaspécificité de
faire l’objetd’uneconsommationcollective.Cesbiens se distinguentparleur
indivisibilité etparleurnon-rivalité:leurconsommation n’estpaspartagée, mais
égale pourchacun desagents ;etelle profiteàplusd’un individu simultanément.
Parnature, ilsne peuventdoncêtre produitset allouéspardesmarchés
concurrentiels, puisque le mécanisme desprixne permetpasd’assurerleur
rationnement.Dece fait, il esten généraladmisen économie néo-classique de
confierleurproductionàl’État.Ce dernierpourra alorsfournirdetelsbiens àla
collectivité en prélevantdesimpôtsdestinés à couvrirlesdépensesoccasionnées.
Lecritère de distinction des biens collectifspurs tient àl’absence de potentialité
d’exclusion de leurusage parlesprixetde destruction decesmêmes bienspar cet
10
usage .Ainsi, exprimée entermesderareté, la contrainte de disponibilité d’un
bien publicestnonadditive –contrairement au bien privé, dontla consommation
estdivisible.

L’explication essentielle de laproduction des biens collectifsparlesecteur
public résideainsi dansl’incapacité dumarchéàl’assurer ;incapacité liéeàdeux
sériesderaisons.En premierlieu, lecoûtmarginal de laproduction d’untelbien
estnul, d’où un prixde marché optimal égalementnul.Dans cecontexte,aucune
firme privée n’auradoncintérêt àle produire.Ensecond lieu, l’impossibilité
d’exclusionapourconséquence lanon-révélation despréférencesdesagents.Ces
derniers,sachant que l’Étatdevrapréleverdes taxespourfinancerlaproduction de
cesbiens,seront tentésde ne pas révélerleursbesoins– puisquecetteannonce les
conduirait àpayerdavantage –etdesecomporteren «passager clandestin »,
profitantdes biens collectifs révélés(etdoncpayés) pard’autres.Cerisque
entraîne iciunbiaisdesous-estimation de l’offre debienspublicsdèslors que
l’Étatchercheà relierla contribution des consommateurs à unquelconque
indicateurde préférences.Quandbien même les agents révéleraient cesdernières
sansles sous-estimer, demeureraitencore entierle problème méthodologique
fondamental de l’agrégation decespréférencesindividuellesenune fonction
11
collectiveuniqupe –roblèmequicomplexifieconsidérablementl’analyse
théorique de l’allocation optimale des ressourcesdans une économie décentralisée
12
avec biens collectifspurs.

10
Cecritèreaété proposé parSamuelson (1954)–àla suite des travauxdeWicksell etde
Lindahl notamment.
11
Arrow(1963/1951).
12
Voir à cesujetlespremiers travauxnéo-classiquesdeFoley(1967, 1970) –qui estdepuis
devenumarxiste.
19

On peut supposer que lesagents,considéréscomme étant rationnelsethonnêtes
(c’est-à-diresans stratégie noncoopérative de manipulation de l’information) ont,
àl’égard des biensdontl’Étatprendseul encharge laproduction, despréférences
13
de naturesimilaireà celles relatives àdes biensprivés.En économie non
marchande, lademandeagrégée pour unbienconsommécollectivementprésente
descaractéristiques qui font qu’unconsommateur supplémentaire ne modifie pas
laquantité dubien publicdisponible, mais seulementl’impôt que les usagers
doiventacquitter.De là, ilvient qu’àl’optimum, la quantitéconsommée est unique
etlesprix sontdifférenciables ;d’oùlapossibilité de décentraliserladécision et
l’allocation parl’intermédiaire de prixindividualisés–tels que leursommesoit
égaleauprix social dubiencollectifàproduire.Celapermetde généraliserles
14
résultatsd’Arrowet Debreu aucasd’une économie de marchéavec biens
collectifs.Il devientparlàmême possible de démontrer qu’àl’optimum, la somme
desdispositions àpayerdes consommateurs-contribuablesestégaleau coût
15
marginal de production d’unbiencollectif pur.Maisen pratique, l’économie en
équilibreavec souscription est conduitevers unesituationqui estinfra-optimale,
enraison du caractère noncoopératif de laprocéduresuivie.Les consommateurs
netiennentpas compte dufait que leur contributionaméliore la satisfaction des
autres usagerset choisissentde facto, dans une logique de passager clandestin, de
souscrire pour un niveaud’impôtinférieur à celuiquiserait socialementoptimal.
Puisque l’ensemble des consommateurs contribue moins quecequiserait
souhaitable pour atteindreune optimalité parétienne, l’Étatpeutobligerles agents
àpayerpourfinancerlaproduction des bienspublicset ainsi « forcer» l’optimum
– ladifficulté decettesolution étant alorsessentiellementinformationnelle.Faceà
cesinsuffisancesdumarché,soulignéesparl’économie néo-classique du bien-être,
l’école dupublic choicen’eutdecesse de montrer que le fonctionnementdu
marché, même imparfait, est systématiquementpréférableauxdérivesde
l’intervention étatique,cachantdespréférencesindividuellesderrière l’« intérêt
16
général ».

Ladéfense nationaleconstitue l’exempletypique d’unbien publicne pouvant
niaffecterles conditionsde fonctionnement concurrentiel dumarché, ni être
produitet alloué parle marché; ce, de par ses caractéristiquesd’indivisibilité, de
17
non-exclusivité, d’obligation d’usage etde non-rivalité .L’offre de défense est
indivisibleper se,comme l’estjuridiquementlanationàlaquelle elles’applique.
Cette indivisibilité de l’offre,quirenvoieàlanotion derendements croissants,se
double d’une indivisibilité d’usage:il n’estpaspossible deréserverl’usage

13
Bowen (1943).
14
Arrowet Debreu(1954),Debreu(1959, 1962, 1970).Pour une initiation: Guerrien etPignol
(2000).
15
Ils’agitlàdu théorème ditdeBowen-Lindahl-Samuelson.Voirici: Samuelson(1954,
1983/1947).
16
Voir: Buchanan et Tullock (1961),Buchanan (1975).Plus récemmenBuct :hanan et
Musgrave (1999).
17
Stiglitz(1988),Tinbergen (1990),Intriligator(1990).
20

exclusif decebienà certains agents, puisqu’aucuncitoyen ne peut sevoirdénier
cette protection.Bénéficiantd’un libre droitd’accès,tout agent a vocationà
consommer cebien, nonquesafourniturerelève desadécision propre, maisparce
quece dernierest àladisposition de la collectivité.L’addition d’uncitoyen
supplémentaire ne modifie ni lecoûtde ladéfense, ni la consommation des autres
agents : tous consomment toutlebien.
L’une desdifficultésmajeures querencontre l’économiste néo-classique dans
l’application desenseignementsde l’économie publiqueàladéfensevientdece
qu’ellecombine plusieurs typesd’imperfectionsdumarché.Enthéorie, ladépense
optimale pourcebien publicdevraitcorrespondreauniveaupermettant
l’égalisation de ladisposition marginaletotale desagents àpayeretlecoût
marginal desafourniture; cequi impliqueque la taille etla composition du budget
de l’État soientdérivéesdesdemandes agrégéespourladéfense –etles autres
servicespublics–, ensupposant connueslesdonnées relatives àleurs coûtset à
leurs caractéristiques techniques, etexogèneslespréférencesdes consommateurs
par rapport auxmécanismesdechoixpublics.Or,un problème d’asymétrie
d’information ne peutêtre évité, enraison ducaractère le plus souvent secretde
tellesactivités, etdesproblèmesauxquelsfontface lesagentspouraccéderàdes
informationsleurpermettantde mesurerl’impactoccasionné par une hausse des
dépensesmilitairesetles arbitrages budgétaires consécutifsnonseulement surle
bien-êtresocial etla croissance économique, maisencoresurla sécurité du
18
territoire national.
Unecomplexitésupplémentaire provientducaractèreatypique decebien
publicqu’estladéfense, dontlanature estdichotomique:ilaccroîtlasécurité – et
doncl’utilitésociale – dupays qui en estl’instigateur, mais, dansle mêmetemps,a
pourconséquence (etobjectif) deréduire,auniveauinternational,celle(s) d’autres
pays, entant qu’ils représententdesennemis stratégiques.Dans cette optique,
globale, etnoncoopérative, oncomprendquesi l’amélioration desinfrastructures
d’unerégion particulièrebénéficiera aussi, dans unecertaine mesure,auxagents
desrégions voisines, nationales comme étrangères–qui profiterontdeséconomies
externes queces réseauxengendrent–, il enva tout autrementde ladéfense, dont
les retombéesnationales, entermesd’utilitésociale, pourrontêtrecompensées, et
au-delà, parlesdéséconomiesexternes qu’elle est susceptible d’entraînerpourles
agents situéshorsdu territoire national.Cettesérie deremarques,qu’ilyauralieu
d’approfondirparlasuite, nousconduit àidentifier unetroisième justification
théorique néo-classique de l’intervention de l’Étaten économie de marché.

Les externalités

La caractéristique du concernement collectif peutdécouler,comme on l’a vu,
despropriétésphysiquesdes bienspublics.Maiselle peutégalementprovenirdes
comportementsindividuelsmêmesdes agents.C’estcequetraduitleconcept
d’externalité, exprimantlesinterdépendancesdirectes qui netrouventpasde

18
Voir: Herrera(1993, 1994a).

21

compensation monétairesurle marché –alors que le prixaété fixé –, etliantainsi
19
lesfonctions-objectifs, fonctionsd’utilité et/ou fonctions de production .Dansles
casd’effetsexternespositifs(liés auxinfrastructures) ounégatifs(parexemple,
une pollution de l’environnement), l’économie néo-classique justifie l’action de
l’Étatpardes raisons assez similaires à cellesinvoquées àproposdes biens
collectifs.Cesderniers sontd’ailleursassimilables àdes casextrêmes
d’externalités, danslamesure oùle marché ne peut, en logique,résoudre les
problèmesposéspardesphénomènes–certesendogènes au système économique,
mais– opéranthorsmécanismesde marché.Lesexternalitéspeuvent ainsi être
considérées comme des biens sansprixou, de manière équivalente,àprixnul, et
parconséquentdisponiblesenabondance.Excèsde lademande etinsuffisance de
l’offreseconjuguentalorspourappeler une nécessaire implication de l’État.En
présence d’effetsexternes, lesprixne pouvantassurerleur rôletraditionnel de
guidesdesagents vers uneutilisation efficace des ressources, lescoûtset
avantagesprivésnecoïncidentplusaveclescoûtsetavantagesde la collectivité,ce
qui provoqueune disjonction de l’équilibre généralconcurrentiel d’avec
l’optimumsocial parétien.

Dèslors, il peut s’agirpourl’Étatd’« internaliser»ceseffetsexternes, en leur
attribuant unecontrepartie monétaire, de façonàles(ré)introduire danslecalcul
20
rationnel des agents.Lamédiation despouvoirspublicsestici indispensable,car
le mécanisme nesauraitêtrespontané.Le marché esten effetinapteàopérerde
lui-mêmecette internalisation.Danslecasd’une externalité négative, l’équilibre
obtenu surle marchéàpartirdes seuls coûtsprivésn’estpas Pareto-optimal etne
permetpasd’affectation efficace des ressources.Ilconduit à uneréduction des
quantitéséchangéeset à une hausse desprix.L’Étatdoit alorsmodifierl’équilibre
marchandspontané, en fixant un prix quitiennecompte descoûts sociauxet
rétablisse parlàles conditionsd’unetransparence desmécanismesde marché.La
question de la répartition deces coûts sociauxestici,biensûr,tout àfait centrale.

Si l’impôtetladépense publique nesevoient quetrès rarement attribuer un
rôleactif de politique économique danslecorpusthéorique néo-classique, leur
caractère instrumentalyestnéanmoins reconnuen présence d’externalités, pour
modifierlesystème desprixde marché parlebiaisde dispositifs correcteurs, en
21
forme detaxationset/ou de subventions .L’un despionniersde l’économie du
développement,Rosenstein-Rodan, eut recours àlanotion d’externalités
pécuniaires,quiagiraient selon luisurles conditionsderéalisation duprofitdes
entreprises,afin de démontrerlanécessité de l’intervention étatique danslesens
22
d’unecoordination des activitéséconomiques.Depuis, maintsnéo-classiquesont
invoqué l’existence d’externalités technologiques, opérantdirectement– etle plus

19
Scitovsky(1954).Voirici lafablecontée par Meade (1952).
20
Pigou(1946).
21
Tel estlecaspourleséquipements collectifs, parexemple,quibénéficientgratuitement aux
entreprisesprivéeset conditionnentpourpartie la rentabilité decesdernières.
22
Rosenstein-Rodan(1943).
22

souventnégativement(comme lesphénomènesdecongestion, de pollution...) –sur
lesfonctionsde production, pourjustifier une prise encharge parlebudgetde
23
l’État.Il estcependantdeuxdomaines,aumoins, oùlesauteursnéo-classiques
acceptent que lespouvoirspublicspuissentêtreamenés àintervenirenraison de
l’existence d’externalitéspositives :la recherche-et-développement(R&D) etle
«capital humain ».

LesdépensesdeR&Dvisentà accélérerl’accumulation deconnaissances, donc
àfavoriserle progrès technique, notammentgrâceauxinventionsde nouveaux
procédésde fabrication et/ouauxinnovationsde produits.Larecherche dite
« fondamentale »correspondàtoute investigation originale dontlebutest
d’apporteroude perfectionnerla connaissancescientifique en général, détachée
d’unequelconque mise en œuvrecommerciale.Insistons,sibesoin est,sur son
rôleabsolumentcrucial dansla croissance de longterme par son impact surle
progrès technique, notammentparcequ’elle estàl’origine detouterecherche dite
«appliquée ».Cette dernièrese définitcomme l’ensemble desinvestigations
ayantpourfinalité desdécouvertes scientifiques susceptiblesd’êtretransformées
en produitset/ou procédésnouveaux,quisoientéconomiquement valorisables.La
technologie présentecertainesdescaractéristiques qui permettentde ladéfinir
commeunbien public, maisd’une naturetrèsparticulière.Cumulativité
etnonrivalité de latechnologie placenten effet toutchercheurdanslaposition de
pouvoir utiliserl’intégralité du stock deconnaissancesdisponibles.Considérer que
latechnologie doitplutôt s’interprétercommeunbien publiclocal,soumisàun
coûtd’entrée non négligeable –qu’ellesoitle produitd’uneactivitéaléatoire dans
letempscomme dansla«taille »de ladécouverte enquestion, oubienqu’elle
24
fasse l’objetd’un déclassementgénérationnel plusoumoins rapide –,n’ôterien
aufait que lesconnaissancesconstituentde l’informationquisecommunique et
quicircule, etceàuncoûtincomparablementplusfaibleque leurcoûtde
production.

Onconçoitparlàmêmeque lesactivitésdeR&Dréaliséespardesentreprises
privées, ouafortioridans uncadre institutionnel public,sontàl’origine
d’externalitéspardiffusion desavoir.Direque lesdécouvertesd’unchercheur
scientifiquesontdisponiblespour sescollègues revientàreconnaîtrequ’elles
contribuentà accroître laproductivité deceux-ci.Ceteffetexterne positifagit
inter-temporellement, puisquecesdécouvertes resterontàladisposition des
générations suivantes, mêmesi de nouvellesidéesou techniques viennent s’y
substitueroulesmodifier.Uneseconde externalitétechnique,associéeàla R&D,
peutdesurcroîtêtre identifiée,souslaforme d’uneamélioration de laqualité des
produitsprésents surle marché, laquelle neserapas reflétée entotalité parle
système desprixensituation deconcurrence entre producteurs, maisdont
bénéficierontlesconsommateurs.Une partie des transfertsdetechnologie n’adonc

23
Stiglitz(1989).
24
D’une part,DasguptaetStiglitz(1980),Grossman etHelpman (1989a, 1989b);de l’autre,
Dollar(1986),Aghion etHowitt(1992).
23

pasdecontrepartie monétaire explicite:enraison de lanatureàlafoisnonrivale
etimparfaitementexclusive (oupartiellement appropriable) du savoir,ce dernier
n’est capté intégralementni parlesprixdesintrants–s’appliquant auxflux
interentreprisesdeconsommationsintermédiairesetdebiensd'équipement–, ni
parlesystème desdroitsde propriété etd’exploitation (brevets).

Cespropriétésposentle problème de larémunération de l’inventeur ;problème
crucial en économiecapitaliste, etd’autantplusdélicatàrésoudrequesont
difficilesàinstaureretàfaire fonctionnerlesdroitsde propriété intellectuelle etle
contrôle de l’usage.S’ils sont respectés, lesdroitsde propriétésurl’invention
assurentàl’agent qui en estl’initiateur une position de monopoletechnologique
temporaire,cequi faitconvergerles structuresdumarchéversdes situationsde
typeconcurrence imparfaite,avecdifférenciation desproduitsnotamment.La
considération deslimitesimposéesauxdroitsde propriété parla cumulativité etla
circulation de l’informationramène pourtantimmanquablementauconcept
d’externalités,quisontinhérentesàl’innovation:si l’inventeurpeutêtrerémunéré
parlaventesurle marché dunouveauproduitouduprocédé de fabrication,
l’augmentationconsécutive du stock deconnaissancesdisponiblesnetrouve pas,
quantàelle, decontrepartie monétaire.Lerendement social de l’innovation est
doncsupérieuràsonrendementprivé.
L’accumulation decapital humain peutaussisevoirdynamisée parl’extension
du savoir.Toutefois,certainesconnaissancesne peuventêtreconsidéréescomme
desbienspublics ;elles s’apparentent– non plusàdesformulescodifiées, mais–à
un ensemble dequalificationspropres(detype «savoir-faire »), indissociablesdes
individus qui le possèdent, et relevantdavantage d’unapprentissage parla
pratique.Cestock deconnaissancesincorporéesauxagentsconstitueceque le
courantnéo-classique nomme le «capital humain ».Ladéfinition dece dernier
dépasse le domaine des qualificationsetcompétencesliéesàlaformation pour
intégreraussi lasanté notamment.Ces qualités sontportées– ouappropriées– par
lesindividus, etdoncéconomiquement valorisablespareux.Contrairementau
capitaltechnologique,que l’onaexaminé précédemment, lerendement– etla
rémunération –dececapital humain estde nature privée, etnoncollective et/ou
publique.À cetteappropriabilité desbénéficesde l’investissementencapital
humainsousforme monétaires’ajoute le fait quesonaccumulation peutelleaussi
générerdesexternalitéspositives.Celles-ci peuvent s’interpréter sousplusieurs
aspects.Toutd’abord, le faitd’être entouré de personnesefficaces rend
probablementplusproductif.Nous verrons trèsbientôt quecette hypothèse,selon
laquelle lesindividus sontd’autantplusproductifs qu’ilsagissentau sein d’un
environnement riche encompétences, estaucœurdumodèle decroissance
endogèneavec capital humain.
Différentesexplicationsd’unetelle externalité ontétéavancées,tout
25
particulièrementcelle des réseaux.L’éducation desparentsinfluenceaussi,

25
Voiren particulier:Krugman (1990, 1991, 1993b).
24

26
positivement, lascolarisation desenfants.L’amélioration de laformation de la
main-d’œuvre exerce en outreun effetexterne dontpeuventbénéficierlesfirmes
et, pluslargement, la collectivité dans son ensemble.On peutégalementévoquer
un domainequitendàprospérer, et à susciterdevifsdébats :l’influence de
l’éducationsurl’aptitude desindividus à adopterdes comportementsjugés
civiquement«acceptables» –et susceptiblesderéduire indirectementlecoût
27
social dumaintien de l’ordre publicetde lajustice .Ilsembleaujourd’hui
empiriquementétabliqu’il existe deseffetscroisés, etfortementpositifs, entre les
composanteséducation et santé du capital humain,rendant cesdépenses
28
complémentairesles unesdes autres. Une partie deceseffets,appropriésparles
agents, n’entrentcertespasdansla catégorie desexternalités.D’autresinfluences,
externes cette fois,bénéficientenrevancheàla collectivité.Parexemple, la
relation éducation-nutrition-productivitérelève de ladéfinition deseffetsexternes
àl’individu, maisinternes auxménages.Si l’éducation desparentspeut conduireà
une meilleure nutrition desenfants,cette dernièreaméliore enretourleurs
capacités à apprendre.L’interaction entre l’éducation etla santéaenfinun impact
trèsnet, etd’importance majeure,surles variablesdémographiques– dontles
dynamiquespeuventêtrerelativementplusprévisibles que d’autres, mais
29
extrêmement complexes.

À ce niveaudu raisonnement,un paradoxe doitêtre percéau sujetdeseffetsde
l’accumulation decapital humain.L’existence desexternalités associées au capital
humain nesauraitensoisuffireàjustifier, d’unstrictpointdevue néo-classique,
une intervention publique prenantencharge la totalité dufinancementdes
investissementsen éducation (etensanté), danslamesure oùles agents captent
une partdesgains que génèrentdetellesdépenses.Maisdansle mêmetemps, et
abstraction faite desexternalités,une intervention de l’Étatestfondée ence
domaine, puisque lesmarchésdontil esticiquestionsecaractérisentparde graves
30
imperfections :de phénomènesd’incomplétude (dumarché du créditpour
l’éducation, parexemple) jusqu’àdes asymétriesinformationnelles(avec
notamment aléamoral et anti-sélection pourla santé).Seuleune «assurance »
collectiveserait susceptible decorriger cesimperfections– en plusd’être motivée,
àl’évidenceselon nous, par uncritère de justicesociale.Dansdetrèsnombreux
pays,y comprisdéveloppés,aupremier rang desquelsles États-Unis
31
d’Amérique ,cette prise encharge de l’éducation etde lasanté parl’Étatest
cependantfortloin d’être exempte de défaillances quantitatives(parinsuffisance

26
Behrman (1990),Case etPaxson (2001),Schultz(2008)… etdenombreux sociologuesence
domaine.
27
SelonAdamSmith, dansLa Richesse des nations, l’éducationseraitindispensable pouréviter
que nes’altèrentles«vertus intellectuelles, sociales(...) morales[et]militaires»…
28
Voir: Nordhaus(2003),Glewwe etMiguel (2008).
29
PsacharopoulosetWoodhall (1985),Becker,MurphyetTamura(1990),Mwabu(2008).
30
Friedman etFriedman(1986),Hanushek (2002).
31
Voir: UNESCO(1998).Également: Herrera(2008b,2008c,2010).
25

desbudgetsmobilisés, empêchant unecouvertureuniverselle desbesoins sociaux)
et qualitatives(liésàune possible inefficacité dessystèmes sociauxconcernés).

Lerôle desdépensespubliquesdansla théorie de la
croissance

Effectué danslecadrestatiquequi précède, etdestinéàinterrogerles
justificationsde ladépense étatique en économie de marché, leretour aux
principesdebase de l’économie publique néo-classiqueapermisderéférerles
formesdecette interventionàleursfondements conceptuels.Ilresteà comprendre
lesimplications que l’injection deshypothèsesde non-convexité danslathéorie de
la croissanceaentraînées,spécialementpour cequiregarde lapolitique
économique.La translation en dynamique de l’équilibrewalrasien opérée parles
néo-classiques a répondu àla vision keynésienne desentiersdecroissance
réservant àl’État unrôle décisif, notammentparletruchementd’une politique
32
budgétairevolontariste.Le modèle initial deRobertSolowimpliquaitcependant
l’exogénéité de la croissance de longterme et, dufaitdeson incapacitéàexpliquer
lesécartsdecroissance entre pays auplan international, nesupportaitpasla
confrontationaveclesixième etdernier« fait stylisé »de la représentation
33
abstraite deKaldor.Le dépassementdeceslimitesdumodèle deréférence parla
théorie de la croissance endogènes’estprécisément réalisé parl’intégration des
hypothèsesd’externalités, derendementscroissantset/ou debiens publics, par
lesquellesnousavonschoisi d’ouvrirlaprésenterevue de littérature.Cecià
l’esprit, nousprésenteronsavecfidélitécesnouveauxmodèlesdecroissance, en
insistant,au-delàde leursinnombrables varianteset ramifications,surleurs
caractéristiquescommunesetdistinctives.Maispourcommencer, efforçons-nous
deremonterauxoriginesde laliaisoncroissance – dépensespubliques,c’est-à-dire
auxintuitions séminalesdes classiques.

Modèlesderéférence et
publiques

interventionsde l'Étatparlesdépenses

34
Dansla vision dynamiqueclassique, présentée en particulierparRicardo, la
croissance de longue périoderésulte d’un processusd’accumulation decapital
danslequel lerôle du tauxde profitestcentral.L’exposésimplifié dusystème
ricardien d’économieuni-sectorielle (agricole) permetde montrer que

32
Solow(1956).Voiraussi: Solow(2000,2005).
33
Lesfaits stylisésdeKaldor(1961)s’énoncentainsi:unecroissancecontinue duproduit
par tête(1)etducapital par tête(2),untauxde profitconstant(3),uncoefficientdecapital
constant(4),unerépartition du revenuentrecapital et travailstable(5), etdesdifférences
internationalesdecroissance de laproductivité(6).Lesixième faitestleseulreconnupar
Solow(1972)comme inexplicable dans soncadre néo-classique initial.
34
Ricardo (1951/1817).

26

l’accroissementde laproduction –qui définitau sens strictla«croissance
économique » – estla conséquence d’un plusfort tauxd’accumulation ducapital,
lequel dépend lui-même d’untauxde profitjugésuffisammentélevé parles
capitalistes,assurant une hausse dufondsdesalaires, etdoncde l’emploi,cequi
entraîne finalementla croissance duproduit.Mais àmesure de l’accumulation
opère laloi des rendementsdécroissants :lecoûtde production du bienagricole
s’élevant aveclamise enculture deterres àfertilité décroissante, lesparts relatives
des rentesetdes salairesdansl’outputvont croître, puisque le prixdesbiensde
subsistance etletauxdesalaire naturel nominalaugmentent, pourprovoquer une
baissetendancielle du tauxde profitdanslesecteur agricole.L’accumulation
s’arrête lorsque letauxde profitest réduit à unevaleurminimale,qui n’assure plus
qu’unereproductionsimple du système.Celui-cia atteintl’« état stationnaire »
(steady state),régimestable permanent à tauxdecroissance nul, oùproduction,
35
capital etpopulationrestent constants.Si l’épuisementde la croissance
s’explique parl’effetderendementsmarginauxdécroissants, le progrès technique
peut reculer cette échéance,considéréecomme inéluctableselonRicardo.Letaux
de profitbaisse inévitablement, dufaitd’un progrès technique insuffisamment
soutenu.Laseule issueaubouclage dece modèle estalorsl’ouvertureàl’échange
36
international etl’exercice duprincipe des avantages comparatifs.

Cette mise en perspective de l’analyseclassique de la croissance permetde
saisir,au-delàdupessimismequis’y rattache,sapuissance fondatrice etles
intuitions qu’elle porte en germes, notammentpourentrevoirlespossibilitésde
dépassementde l’infaillibilité de l’état stationnaire.La complexité desmécanismes
classiquesrévèleunecompréhension profonde de lanature du capitalisme entant
quesystème dynamique, des sourcesdesa croissance –au cœurdesquellesletaux
de profitjoueunrôle déterminantdansleréinvestissementdu surplus–, etdes
limites surlesquelles bute l’accumulation du capital –comme les rendements
décroissants–afin d’enrayerla convergenceverslesteady state.Cesanalyses sont
richesdeconceptsdontl’approfondissementpermettrade leverl’hypothèque
d’état stationnaire.Tel estlecas, parexemple, deceludii de «vision dutravail »
qui,chezSmith,conditionne lesgainsde productivité etdontl’intensité dépend de
l’étendue dumarché;oudu«capitaenl »,semble des« moyensde production
produits» interprété,toujourspourSmith, enuneacceptiontrèslargequi
incorpore machinesetbâtiments(matériels), etmême lavaleur(immatérielle) des
« habitudesacquiseset utiles» des travailleurs,correspondantaux qualifications
accumulées,synthétiséesenune notionqui peut rappelercelle,actuelle, decapital
humain.Ils’agitaussi duprogrès techniqueàlaRicardo, déplaçant, par
accroissementde laproductivité du travail,ceque lesnéo-classiquesnommeront
plus tardune « fonction de production »;oudes raisonnementsproduitsparMill
entermesd’effetexterne oudeconsommationcollective;ouencore des
désajustementsdynamiquesentre demande effective etdemande d’équilibre,

35
Voir: HicksetHollander(1977),Samuelson (1978),Bhaduri etHarris(1986).
36
Krugman etObstfeld (2003).Voir,avanteux: Fischeret Dornbusch(1983).
27