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Des marchés sans foi ni loi

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Description

Tout est vendable, tout est échangeable, tel est le credo des "drôles de marchés". Parmi eux, les "marchés sans foi ni loi". Jetant aux orties le sacré, contournant la règle ou profitant de ses imperfections, ils sont peu visibles du grand public. Pourtant, les pratiques que l'on y découvre sont inédites et permettent souvent à des acteurs situés à la marge du système de se rencontrer. Ces "marchés sans foi ni loi" peuvent tout aussi bien être facteurs de désordre et de transgression que sources de créativité.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2013
Nombre de lectures 36
EAN13 9782336665054
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Fabienne Boudier
et Faouzi Bensebaa

DES MARCHÉS
SANS FOI
NI LOI









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Drôles de marchés
Collection dirigée par Fabienne Boudier et Faouzi Bensebaa

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2008ǡ ǡ ǡ ʹͲͲ͹Ǥ
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2009ǡ ǡ ǡ ʹͲͲͺǤ
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2010-2011ǡ ǡ ǡ ʹͲͳͲǤ
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2012-2013ǡ ǡ ǡ ʹͲͳʹǤ
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ǤǦǤ ȌǡStratégie du
changementǡ ǡ ǡ ʹͲͳʹǤ

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© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

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SOMMAIRE





1. Introduction…………………………………………9

2. Exit la foi……...……………………………………15

Les hosties, à l’heure de la globalisation……………17
Les prêtres : une denrée devenue rare en Europe ......29
Les organes : des modules remplaçables……………41

3. Exit la loi…………………………………………....51

Quand les points-permis se font la malle…………...53

Les passeurs : les profiteurs de la réglementation…..63

Les prisonniers en passe de devenir un marché
international…………………………………………77

4. Une marchandisation
inéluctable ?..............................................................85

Les joueurs de football : adieu le sport, vive le
spectacle ! ………..…………………………............87

La biffe ou le marché de la précarité………………..97

Les insectes : entre intérêt et répulsion……………109

5. Conclusion………………………………………...123

7

INTRODUCTION


1- Présentation générale

Le terme «marché »renvoie à des systèmes classiques
d’échanges marchands et à des réalités loin d’être récentes.Ces
réalités n’excluaient pas tant s’en faut la vie sociale. Dans cette
acceptation, le marché ne couvrait pas l’ensemble des sphères
de lavie des hommes, certaines sphères lui échappant
totalement. À cet égard, au début des années 1970, il était
encore possible d’évoquer l’État sans qu’il soit fait mention de
quelconques liens avec le marché; ilétait même impensable
d’imaginer cet État comme susceptible de fonctionner à l’instar
d’une entreprise. De même, les activités nobles, telles que les
activités artistiques, et plus généralement les activités faisant
appel à l’effort, au don de soi et au bénévolat n’étaient guère
appréhendées sous le prisme du marché.Sport, santé et culture
échappaient à l’univers de la valorisation par le marché, voire à
la valorisation économique tout court. La gratuité qui prévalait
fortement dans ces domaines cohabitait avec la logique de
marché primant dans les sphères considérées comme
naturellement marchandes. Cette gémellarité rendait congru le
déficit des Jeux Olympiques de Montréal en 1976, parce que
non commerciaux, pour ne prendre que cet exemple-là.

Dans la même perspective, le social était, dans les pays
développés, sous le joug du religieux et la quête du luxe et de
l’aisance matérielle relevait essentiellement de l’apanage d’un
nombre limité de privilégiés. En outre, des fragments
substantiels de la société pouvaient parler de liberté, de
rapprochement entre les peuples et de lendemains qui chantent.
Dès lors, des valeurs quasi-réifiées comme la gratuité, le don et
la liberté semblaient faire partie du patrimoine collectif
partageable.

9

Cependant, deux phénomènes complémentaires ont émergé au
1
cours de ces dernières années: la quantificationet la
marchandisation universelle des biens et des services. Cette
émergence, loin d’être anodine, correspond à un discours
dominant qui s’est progressivement installé. Selon ce dernier, le
marché doit être appréhendé comme une affaire individuelle et
chaque individu est en mesure d’en tirer profit. Dans cette
optique, le marché se veut unificateur,vialecture étroite une
d’Adam Smith. Aucun bien, aucun service ne peut lui échapper,
d’autant plus que, depuis la chute du mur Berlin (1989) et
l’implosion des économies centralement planifiées, aucun autre
système ne peut être opposé à l’économie de marché. La
marchandisation devient ainsi complète et les valeurs, qu’elles
soient esthétiques, morales ou sociales, sont appropriées et
réarrangées par le marché.

Dans ce contexte, un fait peu évoqué, si ce n’est
ponctuellement, et sur lequel peu de publications existent,
prend de plus en plus d’ampleur : il s’agit du développement de
ce que nous appelonsles drôles de marchésou, en d’autres
termes, de l’apparition du marché là où on ne l’attendait pas
auparavant. Ces drôles de marchés peuvent être assez anciens
mais bousculés par les évolutions récentes du monde (marché
des hosties par exemple) ou au contraire, tout récents car
favorisés par ces mêmes évolutions (marché des places en
prison). Ces marchés peuvent porter sur des biens ou services
estimés sacrés auparavant et donc éloignés par définition de la
sphère marchande (marché des prêtres). Ils peuventêtre vus
comme des réactions à des changements sociétaux,
économiques, réglementaires et/ou environnementaux (marché
des points-permis). Certains drôles de marchés peuvent être non
monétaires et s’apparenter au troc (SEL ou Systèmes
d’Échanges Locaux) ; d’autres au contraire sont l’expression
même de l’économie financiarisée actuelle. Certains sont de

1
Leterme de « quantophrénie» est également utilisé pour caractériser ce
phénomène (cf. V. de Gaulejac,La société malade de la gestion. Idéologie
gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, Paris, Seuil, 2005).
10

taille très modeste (marché de la biffe) alors que d’autres
portent sur des montants très élevés (marché des footballeurs).
Dans tous les cas, la globalisation est passée par là et les
techniques de l’information et de la communication (TIC) ont
souvent favorisé la transformation ou l’éclosion de ces drôles de
marchés en permettant la rencontre au-delà des frontières
d’offreurs et de demandeurs jusque-là totalement isolés. Il
semble qu’il n’y ait plus aucune limite: tout est à vendre, tout
est à acheter jusqu’aux choses les plus insolites. Insolite signifie
d’ailleurs souvent illégal (la « biffe » par exemple), voire illicite
(les organes par exemple). L’information est alors par définition
rare et difficile à collecter. Mais ce n’est pas le cas de tous : les
SEL sont des initiatives officiellement déclarées, les bourses de
l’ombre(dark pools)sont connues des autorités des marchés
financiers.


2- Structure de l’ouvrage

Cet ouvrage, le premier d’une série, est subdivisé en trois
parties, portant chacune sur trois marchés.

La première partie,« intitulée»exit la foi, indiqueque le
marché a eu raison du sacré. Ce qui était jusqu’à peu considéré
comme relevant du vénéré, du respectable voire du religieux
peut maintenant être vendu et/ou acquis comme n’importe quel
autre bien. Les barrières s’effondrent et ce qui était pris en
compte de façon holistique peut être désormais pesé,
décortiqué, désagrégé, quantifié et mesuré. Ce qui relevait du
mythe et de l’abstraction peut être approché et soupesé. Ce qui
était réifié est mis de façon croissante au niveau des autres types
des biens et donc des hommes.
Le premier marché de cette première partie a trait auxhosties.
Traditionnellement réservé aux moniales contemplatives, le
marché français des hosties doit faire face à la concurrence
étrangère. Parallèlement, l’hostie se laïcise et s’échange comme
snack au même titre que le pop-corn ou les cacahuètes.

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