Hommage à Henri Bartoli
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Description

Dès les premières rafles, Henri Bartoli, aidé par son père et des employés de mairie, procure des papiers à ceux qui sont menacés. Disciple du père Chaillet, il devient camarade d'étudiants juifs. Durant l'été 43, il participe à l'élaboration d'un programme de politique économique et sociale d'une France libérée. Après-guerre, il devient professeur d'économie, puis président du centre français de la Société européenne de culture. En juin 1999, il est fait Juste parmi les nations.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2011
Nombre de lectures 86
EAN13 9782296470170
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Hommage à Henri Bartoli
Sous la direction de
Dominique LEROY






Hommage à Henri Bartoli






Centre français
de la Société européenne de culture
2 octobre 2010

















































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr


ISBN : 978-2-296-56533-3
EAN : 9782296565333
Henri a été pour moi non seulement un ami, mais aussi l’un des plus importants confrères de notre Société Européenne de Culture, toujours riche d’idées essentielles pour renouveler et faire vivre le message de la Société Européenne de Culture. Il a été aussi un interlocuteur et un guide dans la recherche commune (en dépit de la diversité de points de vue) sur les messages et leçons de la pensée religieuse. J’ai beaucoup médité sur les observations qu’il a voulu dédier, dans l’un de ses derniers livres, aux points de vue que j’avais exposés dans un essai sur la foi religieuse et la foi laïque. Toute sa vie a été inspirée par sa grande, sincère foi, aussi bien que par son culte de la liberté. Nous ne l‘oublierons jamais.


Arrigo Levi
Premier vice-président
Société Européenne de Culture








Je garde le souvenir d’un homme de grande culture, de grand courage, de grande fidélité. Je sais qu’il a été un très éminent professeur. Après avoir été un militant de la Résistance, il fut un militant de l’Europe.


Raymond Aubrac
Commissaire honoraire de la République Ancien résistant
HOMMAGE A HENRI BARTOLI



ORGANISE PAR LE CENTRE FRANÇAIS DE LA SOCIETE EUROPEENNE DE CULTURE
SAMEDI 2 OCTOBRE 2010


SOUS LA DIRECTION DE DOMINIQUE LEROY


PRESIDENCE DE L’UNIVERSITE
PARIS I PANTHEON SORBONNE
SALLE DU CONSEIL
REMERCIEMENTS
Le Centre français de la Société Européenne de Culture remercie l’Université Paris I Panthéon Sorbonne pour son aide et son soutien.
Il tient aussi à remercier Madame Christine Rousselet et Monsieur Bruno Roussel pour leur aide rédactionnelle, logistique et technique.
Il exprime enfin sa profonde reconnaissance envers l’un de ses membres bienfaiteur, qui veut rester anonyme, sans lequel cette publication n’aurait pu être conduite jusqu’à sa fin.
Allocution du Professeur Jean-Claude Colliard Président de l’Université Paris I Panthéon Sorbonne
Monsieur le Président,
Madame la Secrétaire Générale,
Chers amis, je pense spécialement aux enfants d’Henri Bartoli ici présents,
Chers collègues,
Mesdames, Messieurs,



Henri Bartoli nous a quittés il y a deux ans, pratiquement jour pour jour. Ses collègues économistes lui ont rendu un premier hommage sous l’impulsion d’Annie Cot, et je me réjouis qu’il y en ait un second aujourd’hui même, de la part de la Société Européenne de Culture dont - si je ne me trompe - il a été président pour la France pendant de longues années.

C’est pour moi un honneur en tant que président de l’Université Paris 1 de participer à cet hommage, et c’est un devoir amical et familial. Henri et mon père, nos familles, étaient très liés à Grenoble, puisque Henri est le parrain de confirmation de mon frère Jacques, qui est l’économiste de la famille, même si Jacques avait comme premier parrain de baptême André Tunc, autre grande figure de notre Université.

Si je rappelle ces noms ensemble, c’est un peu à dessein. C’est que je crois que cette amitié a joué un rôle important dans la création même de notre Université dont René Passet parlera tout à l’heure. Je ne veux pas dévoiler son propos, ni le préempter, mais je peux peut-être ajouter une dimension en soulignant qu’il y avait dans cette réunion une dimension grenobloise. Je l’évoquais il y a deux ans dans l’hommage rendu au moment des obsèques de François Luchaire, notre premier président.

Je crois que, parmi ceux qui se sont réunis dans cette aventure avec les historiens emmenés par Hélène Arhweiler, il y avait tous ceux qui venaient de la Faculté de Droit et des Sciences économiques de Paris. Ce n’est sans doute pas un hasard si Henri Bartoli, qui emmenait avec lui la quasi-totalité des économistes, André Tunc, qui emmenait une bonne partie des juristes de droit privé, et mon père, qui emmenait une partie des juristes de droit public, ce n’est pas un hasard, dis-je, s’ils se sont retrouvés dans une entreprise facilitée par des liens de confiance et d’amitié qui dataient de leur période commune à Grenoble. Je me souviens de Grenoble dans les années 50-60, lorsqu’il y avait, dans une faculté assez petite comme les facultés de l’époque, un sentiment de famille, des liens d’amitié entre les collègues qui se recevaient les uns les autres, dont les enfants se connaissaient, même s’ils se sont perdus de vue par la suite, et je crois que tout cela a joué dans une sorte de complicité intellectuelle.

Il y avait à Grenoble l’idée et la réalité d’une faculté que - j’ai du mal à trouver le terme - l’on pourrait dire « progressiste », mais progressiste pourrait donner à ce terme un sens politique qu’il n’avait pas. Non, il y avait une ouverture, une curiosité d’esprit, un sentiment d’écoute pour les uns et pour les autres, tout le contraire d’un certain conservatisme qui surprenait quelque peu ceux qui rejoignaient la Faculté de Droit de Paris dans ces années-là. La loi Edgar Faure fut l’occasion de faire autre chose, et c’est le début de cette belle et grande aventure de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Je crois que l’on peut dire en hommage à ses fondateurs que l’entreprise a réussi. Je le dis d’autant plus que j’ai la charge aujourd’hui de continuer leur œuvre et j’essaie de m’y employer en en préservant l’esprit.

Il y avait autour d’Henri Bartoli, que j’ai donc connu dès mon enfance, une aura. Je pense souvent à ce qu’on voit dans les peintures religieuses, une sorte de halo qu’il y a autour de certains personnages faits de bonté - mais le terme est bien banal - de générosité et d’attention aux autres. Il n’est pas le seul à avoir cette qualité. J’ai souvent le même sentiment, cher Marcel David, de retrouver cette image en vous regardant, et ce n’est pas un hasard si vous et Henri étiez liés d’une profonde amitié, née avant la guerre, issue de la Résistance et de l’action dans cette période en vue d’aider ceux que vous pouviez aider, notamment vous, chère Renée David. Henri avait été honoré du titre de « juste parmi les nations ». Je suis persuadé que, parmi les nombreuses distinctions qu’il a connues, c’est sans doute celle dont il était le plus fier et je le comprends sans peine.

J’entendais ce matin, dans un office religieux à la mémoire de la femme et de la mère de l’un de nos collègues, cette phrase tirée des Ecritures : « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu ». Pour vous, cher Henri Bartoli, qui étiez profondément croyant, nous n’avons pas de doute à ce sujet. Que cette journée soit là pour vous le dire.
Transcription, à partir d’un enregistrement vidéo (*) d’Henri Bartoli, de son interview sur l’« Appel aux jeunes générations » (**) lancé lors de la Commémoration du 60ème anniversaire du programme du Conseil National de la Résistance, le 8 mars 2004


« Pour quelle raison avez-vous signé cet appel ?

- Tout simplement le fait d’être un ancien de la Résistance, sollicité par les responsables d’ATTAC. J’ai pensé qu’il fallait effectivement, vu la situation du monde et de notre pays en particulier, dire aux générations actuelles ce que nous avions fait dans les années de la guerre et essayer de faire que les générations actuelles se mobilisent pour, elles aussi, établir des programmes pour la France.

- Quelles raisons pousseraient à résister aujourd’hui ?

- D’abord, l’existence des masses de pauvreté qui est un fait dans notre pays. Nous en sommes quand même à près de 7 ou 8 millions de pauvres ; le chômage qui est là, le déclin des valeurs de la culture, les valeurs communes qui sont de plus en plus perdues de vue, le fait que l’on mène une politique européenne d’inspiration néo-libérale qui se traduit par la régression des acquis sociaux, et l’absolue nécessité de repenser l’aménagement de l’Europe dans une perspective différente de celle du néo-libéralisme.


Je pense qu’on a toute une série de motifs pour nous dire :
« Il faut faire un programme pour le XXIe siècle ». Faut-il le faire avec des Etats généraux à organiser ? Faut-il le faire en trouvant des méthodes de mobilisation de la société civile d’un type neuf ? Je le pense. C’est une tâche essentielle de la génération d’aujourd’hui.

- Comment définir le mot « résistance » ?

- Au nom des Droits de l’Homme, au nom des valeurs auxquelles nous adhérons en conscience, combattre toutes les injustices, toutes les atteintes à la dignité humaine, toutes les atteintes à la liberté, dans le fond, c’est cela résister. Et c’est en même temps créer, c’est-à-dire reprendre les valeurs qui sont menacées pour leur redonner vie, et leur redonner vie, c’est faire qu’elles répondent aux circonstances historiques nouvelles dans lesquelles elles doivent être vécues. C’est cela, résister.

- Est-ce que l’on naît résistant ?

- Oui, on apprend à résister peut-être, mais je crois qu’il y a un fonds familial qui est là, une éducation de base par le milieu dans lequel on naît, qui fait qu’on résiste.

- Les mesures du programme du Conseil National de la Résistance :

- Ces mesures ont été préparées dès 1943. J’ai été sollicité par un professeur d’économie politique qui s’appelait René Courtin et par Georges Bidault, tous deux dans la clandestinité, pour travailler avec eux dans le cadre de ce qui s’appelait le Comité général des études ou des experts - les noms ont varié - à l’élaboration de ce que devait être un programme de politique économique et sociale d’une France libérée.

A cette occasion, il m’a été demandé de travailler surtout sur la partie « plan », car on ignorait tout de ce qu’était une économie planifiée. Il y avait l’exemple russe qu’on connaissait très mal, mais on ne savait pas comment reconstruire et en même temps, on était amenés à se dire : n’y aurait-il pas d’autres choses à faire sur le plan social ?
Il y avait eu le Front Populaire, les congés payés, les avancées des 40 heures, etc…. et puis il y avait en Angleterre toute une série de travaux, à partir de Beveridge, sur la Sécurité Sociale. On a donc eu l’idée, sur le plan social, des comités d’entreprise, de la Sécurité Sociale, du plan comme mode de régulation de l’économie. Et puis les autres problèmes… Quelle politique monétaire suivre, d’autre part, à l’échelle internationale ? La France seule, ce n’est pas possible, il y a quelque chose à faire dans le cadre européen. Tel a été le cheminement, les problèmes à résoudre, à la fois sociaux, économiques à envisager du point de vue technique…
Nous avons proposé cela.


De là, notre programme a été fait en août 43, publié en novembre 43 dans la clandestinité et aussitôt remis au Conseil National de la Résistance. Il a été remis à Jean Moulin en particulier, et une bonne part du programme du CNR a pour origine ce programme de 1943.

Il a été largement appliqué à la Libération, ne serait-ce qu’avec des réformes comme par exemple les comités d’entreprise, ou bien déjà l’amorce de la Sécurité Sociale - c’est 45 -, la grande ordonnance sur la Sécurité Sociale, la modification des assurances sociales. Et puis, on a eu quand même une économie de planification, un peu impérative au début car c’était nécessaire, puis de moins en moins administrative et de plus en plus souple pendant un certain nombre d’années.
Le plan n’a pratiquement été supprimé qu’au temps de Giscard.

- Quel message pour les jeunes ?

- La liberté. Qu’ils se libèrent de toute la pression des medias telle qu’elle s’exerce sur eux, ou qu’ils exigent des medias qu’ils s’orientent, qu’ils enseignent d’une manière différente, qu’ils mettent l’accent sur toutes les tâches positives qu’il y a à remplir et que les jeunes soient éveillés à la réalité.


Lorsque nous déjeunions ensemble tout à l’heure, je vous disais ma stupeur quand, questionnant dans la banlieue parisienne des élèves de collège de 13 à 15 ans, leur demandant : « Quand Hitler était-il au pouvoir ? », je les ai entendus répondre : en 1950.


Il y a une ignorance chez les jeunes générations de ce qui a été vécu historiquement, il y a une ignorance des vrais problèmes d’aujourd’hui, et c’est extrêmement grave.

(*) Cette vidéo est consultable sur Google à l’adresse :
< henri bartoli Forrest gump54 LePost.fr >.
(**) Cf. texte de l’Appel aux générations se trouve pp 101-103