La guerre mondiale des banques

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La recomposition du paysage bancaire européen s'accélère. Dans quelques années il ne restera sans doute qu'une dizaine de banques européennes. Les banques américaines disposent aujourd'hui d'une force de frappe financière qui leur permet, avec quelques trimestres de profit, de faire main basse sur la banque européenne. Les banques japonaises sortent de la crise, les banques chinoises accumulent des réserves qui feront d'elles, demain, des prédateurs à l'échelle mondiale. L'industrie bancaire va ainsi se recomposer dans les cinq années à venir. Quelle sera la place des banques françaises dans ce jeu de go ? Ce livre essaie d'apporter des éléments de réponse à une question dont dépend le financement de l'économie de notre pays.

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EAN13 9782130739425
Langue Français

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Sous la direction de
Olivier Pastré
La guerre mondiale des banques
2007
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© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130739425 ISBN papier : 9782130561798 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
La recomposition du paysage bancaire européen s'accélère. Dans quelques années il ne restera sans doute qu'une dizaine de banques européennes. Les banques américaines disposent aujourd'hui d'une force de frappe financière qui leur permet, avec quelques trimestres de profit, de faire main basse sur la banque européenne. Les banques japonaises sortent de la crise, les banques chinoises accumulent des réserves qui feront d'elles, demain, des prédateurs à l'échelle mondiale. L'industrie bancaire va ainsi se recomposer dans les cinq années à venir. Quelle sera la place des banques françaises dans ce jeu de go ? Ce livre essaie d'apporter des éléments de réponse à une question dont dépend le financement de l'économie de notre pays.
Table des matières
Avant-Propos(Olivier Pastré)
I. Perspectives historiques
Vingt ans de mutations(Michel Aglietta) Les performances contrastees des systemes bancaires Les restructurations des systemes bancaires Un scenario hétérodoxe pour l’industrie bancaire du futur(Jean-Paul Pollin) Les fondements economiques et technologiques de l’organisation industrielle bancaire Quelle architecture pour le systeme bancaire a venir ? Le point de vue du regulateur II. Perspectives d’avenir e Le capitalisme financier du XXI siecle(Bertrand Jacquillat) Les caracteristiques du capitalisme financier La mutation des banques d’investissement Opportunites et risques du nouveau capitalisme financier L’inconnue asiatique(Patrick Artus) Le vrai poids economique des emergents Le poids financier encore a apparaitre des emergents La necessaire modernisation des banques des pays emergents Le systeme bancaire européen : entre contre-révolution et internationalisation (Jean-Paul Betbeze) Aux sources du retournement europeen d’intermediation La duree du retournement europeen d’intermediation L’Europe, base d’internationalisation Les défis de l’industrie bancaire française(Olivier Pastre) A - Les certitudes d’ordre strategique sont au nombre de quatre B - Les certitudes d’ordre plus operationnel sont au nombre de quatre III. Conclusion : Quel avenir pour les banques françaises ? 3. Conclusion : quel avenir pour les banques françaises ?(Olivier Pastré)
Avant-Propos
Olivier Pastré
uand, il y a trois ans à peine, la banque espagnole Santander a racheté la banque Qanglaise Abbey, l’écrasante majorité des responsables bancaires français (autorités de régulation comprises) ont affiché leur scepticisme : il s’agit, disait-on alors, d’une opération atypique qui n’aura pas de suites. Et puis il y a eu Unicredito – HVB, ABN Amro – Antonveneta, BNP Paribas – BNL et enfin, aujourd’hui, c’est ABN Amro qui, passant du rôle de prédateur à celui de proie, est en passe d’être vendue au plus offrant, sans même parler des rumeurs concernant le rachat de la Société Générale par BNP Paribas. Toutes ces opérations sont-elles, toutes autant qu’elles sont, atypiques, ou, au contraire, marquent-elles l’avènement d’une nouvelle ère dans l’histoire de la banque européenne voire mondiale ? La réponse est la même qu’il y a trois ans : les années à venir sont celles qui vont connaître la partie d’« oligopoly » bancaire mondial la plus passionnante de l’histoire du capitalisme. Quels enseignements tirer des opérations déjà réalisées ? À ce jour, tout s’est plutôt bien passé. Les opérations de fusion trans-européennes ont contribué à réduire l’émiettement du marché bancaire le plus vieux du m onde. À l’exception d’Antonio Fazzio, l’ex-gouverneur de la Banque d’Italie (qui a plus péché sur la forme que sur le fond), les autorités de tutelle ont joué leur partition entre protectionnisme à tout crin et libéralisme à tout va (comme en témoigne l’attitude de la Banque Centrale néerlandaise dans l’opération d’ABN). Le seul reproche que l’on puisse formuler concerne la forme proposée par le triumvirat Fortis – Santander – RBS pour le rachat d’ABN. La banque, en effet, n’est pas une industrie comme les autres. Le crédit n’est pas du yaourt ou même de l’automobile. La vente à la découpe n’a, dès lors, pas sa place dans ce secteur, même si celle-ci reste le plus sûr vecteur de valorisation boursière. N’oublions jamais que la banque se distingue des autres industries par l’existence de produits joints et d’effets externes sur les autres secteurs d’activité économique. La mondialisation ne peut donc l’affecter que de manière tout à fait spécifique. De quoi l’avenir de l’Europe bancaire sera-t-il fait ? Les cibles d’éventuels regroupements de tailles significatives sont peu nombreuses. On peut d’ores et déjà désigner les futures victimes : sûrement Banco Popular, Commerzbank et Dexia ; possiblement quelques autres, parmi lesquelles Médiobanca, Standard and Chartered et la Société Générale. N’oublions pas par ailleurs que l’« oligopoly » bancaire est désormais mondial. Face à cette situation, les industries bancaires allemande et italienne doivent sortir de leur protectionnisme archaïque. Mais la Commission doit aussi mettre un terme à son libéralisme angélique. De l’avenir de l’industrie bancaire européenne dépend, en effet, l’avenir du financement de nos économies. On ne doit pas jouer avec cela, au nom de principes théologiques, contradictoires avec l’émergence de champions bancaires européens.
En ce qui concerne la France, les banques mutualistes doivent accélérer leur internationalisation, et en particulier leur européanisation. En ce qui concerne les banques privées (il n’en reste plus que deux : la Générale et la BNP), la consolidation de leur actionnariat constitue une « impérieuse nécessité ». Il s’agit là d’un impératif de sécurité nationale. Rien de moins. Nos gouvernants ne peuvent pas, tel Ponce Pilate, s’en laver les mains. Pendant ce temps, les banques japonaises sortent de quinze années de crise et les banques chinoises montent, progressivement et rapidement, en puissance. Quant aux banques américaines, elles sont de plus en plus riches : avec quelques trimestres de profits, les trois plus grandes d’entres elles pourraient se payer presque n’importe laquelle des banques européennes. Chacune des trois principales banques américaines a, en effet, réalisé, en 2006, des profits presque aussi importants que le total cumulé des six premières banques françaises (les 28 milliards d’euros si critiqués par les médias…). Le « jeu de go » des rapprochements bancaires va donc se poursuivre. Et ce au moment même où les banques pénètrent de nouveaux métiers et où des opérateurs de la grande distribution ou des télécoms font de plus en plus souvent incursion dans les métiers bancaires. Ce « grand chambardement » bouleverse beaucoup d’idées reçues sur la banque. L’avenir bancaire est-il, pour autant, illisible ? Non : pas si vous suivez notre réflexion pas à pas…
I. Perspectives historiques
Vingt ans de mutations
Michel Aglietta
n visera d’abord à donner un point de vue synthétique et comparatif des systèmes bancaires Odes principaux pays capitalistes depuis le début des années 1990. Car l’essor des marchés financiers a modifié profondément les comportements financiers des entreprises et des ménages. L’impact sur les banques a été rude. Tous les systèmes bancaires ont rencontré des difficultés d’adaptation. Mais tous n’ont pas réussi leur mutation à la même époque et au même degré. On observera d’abord les effets des réformes bancaires sur leurs performances grâce aux comptes financiers de l’OCDE qui donnent un panorama sur les bilans et sur les comptes d’exploitation des banques. Sans permettre des comparaisons quantitatives entre pays, ce qu’aucune information statistique disponible ne peut faire, cette source d’information a le gros avantage sur les données des professions bancaires de couvrir tous les pays de l’OCDE et de reposer sur des ensembles plus larges de banques. Elle a le défaut de fournir des chiffres très retardés et non harmonisés. Cependant il est possible de suivre la transformation du système bancaire dans chaque pays à l’aide de trois indicateurs de performance : capitalisation, provisions pour risques, rentabilité. On peut aussi tirer des enseignements qualitatifs de la comparaison de ces transformations entre les pays. On mettra en évidence l’opposition entre la prospérité des systèmes bancaires anglo-saxons qui ont tiré parti de l’essor des marchés et les systèmes allemand et japonais qui ont plongé dans une crise profonde et durable. Comme cela est souvent le cas dans les comparaisons internationales, les banques françaises sont dans une position intermédiaire. Ensuite on analysera les principales méthodes de restructuration bancaire. Les formes modernes de gestion du risque de crédit d’un côté, la diversification de leurs activités de l’autre, les rendent moins vulnérables au cycle financier. Mais c’est surtout la solidité de la banque de détail dans des pays qui ont mené des politiques économiques très favorables à l’endettement des ménages qui a fait les performances bancaires les plus spectaculaires ; sommes toutes l’activité bancaire la plus traditionnelle. À cet égard on soulignera l’avantage qu’il y a à préserver en Europe la présence d’un secteur bancaire mutualiste fort.
Les performances contrastees des systemes bancaires
D’un pays à l’autre les systèmes bancaires présentent de grandes différences institutionnelles. Ainsi la France a un important secteur mutualiste, l’Allemagne un secteur public à implantation régionale qui joue un rôle déterminant dans le financement des PME. Jusqu’à la grande crise bancaire des années 1990, le Japon avait des banques insérées dans des réseaux de relations financières privilégiées avec des entreprises et des institutions financières non bancaires, formant des groupes qui s’interpénétraient partiellement. Les États-Unis avaient jusqu’à la fin des années 1990 un système bancaire fragmenté par la législation issue des années 1930 qui interdisait la collecte des dépôts au-delà des états (voire des comtés). Les banques n’avaient, en outre, pas le droit de détenir des actions pour compte propre. Un grand nombre de petites banques n’ont qu’un marché local essentiellement de prêts hypothécaires. La comparaison internationale des performances bancaires n’a donc pas grand sens sur l’ensemble des banques. Elle en a plus sur les banques commerciales, quoique les différences de taille et de degré de concentration varient énormément d’un pays à l’autre. Comme les statistiques bancaires ne sont pas harmonisées par les institutions internationales, les comparaisons ne sont pas très signifiantes. En outre, ce qui nous intéresse principalement est le comportement des banques en
réponse à la libéralisation des marchés financiers et les effets sur leurs performances. L’échantillon le moins affecté par les différences institutionnelles est celui des grandes banques commerciales qui ont une envergure internationale. C’est celui qui est utilisé pour les États-Unis, la France et l’Allemagne. Cependant, les comptes de l’OCDE ne font pas la distinction entre les grandes banques commerciales et l’ensemble des banques commerciales pour le Japon et le Royaume-Uni. L’information doit donc être utilisée pour analyser les étapes de l’adaptation des banques à la globalisation financière dans chaque pays, plutôt que pour une comparaison directe des niveaux de performance pays par pays.
Les structures de bilan Le tableau 1 décrit la structure des bilans des grandes banques commerciales dans quatre pays pour la décade 1992-2003.