Les pays du Conseil de coopération du Golfe : Nouvelles puissances du monde arabe ?

-

Livres
144 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

En dépit d'une actualité qui les place sous les feux des projecteurs médiatiques et fait ainsi croître la nécessité d'une analyse pertinente de leurs problématiques spécifiques, les pays du Conseil de coopération du Golfe font l'objet de nombreux malentendus et incompréhensions. L'éventail des thématiques abordées dans le présent ouvrage, vaste et stimulant, reflète la richesse des sujets d'étude que propose cette région, qu'ils soient déjà en partie documentés par les universitaires et experts ou « en friche ». À la croisée des profils et des disciplines des intervenants, les présentations permettent d'éclairer, sous des angles complémentaires, certaines des questions les plus importantes qui animent tout observateur des pays du CCG.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2014
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782849243640
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Les pays du Conseil de coopération du Golfe
Nouvelles puissances du monde arabe ?
Collection MEDEA
Dans la collection :
Moyen-Orient 2013 : bilan géopolitique, collectif Être non musulman en terre d’Islam, collectif La Tunisie face à l’expérience démocratique, collectif Moyen-Orient 2012 : bilan géopolitique, collectif
Image de couverture :Vue plongeante sur Dubaï du haut de Burj Khalifa © Éditions du Cygne, Paris, 2014
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-364-0
Emma Soubrier (coord.)
avec Akram Belkaïd, Fatiha Dazi-Heni, Emma Soubrier, Jean-Paul Burdy, Roger Bertozzi, Elisabeth Vandenheede, Laurence Louër, Karim Sader, Nabil Mouline, Hasni Abidi et Caroline Piquet
Les pays du Conseil de coopération du Golfe
Nouvelles puissances du monde arabe ?
Préface d’Hubert Védrine
Éditions du Cygne
Avant-propos
L’organisation du colloque « Les pays du Conseil de Coopération du Golfe, nouvelles puissances du monde arabe ? » à la Mairie de Paris le 6 septembre 2013
Sébastien Boussois, senior Advisor à l’Institut Medea et président du CCMO Geoffroy d’Aspremont, directeur de l’institut MEDEA Guillaume Fourmont, rédacteur en chef de la revueMoyen-Orient
Le 6 septembre 2013, le Cercle des Chercheurs sur le Moyen Orient (CCMO), l’Institut MEDEA (European Institute for Research on Euro-Arab Cooperation), et la revueMoyen-Orientorganisaient, à la Mairie de Paris, un colloque sur « Les pays du Conseil de Coopération du Golfe, nouvelles puissances du monde arabe ? ». Les États du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) semblent n’avoir aucune limite. Il suft de jeter un œil par le hublot, en arrivant, par exemple, à Dubaï, pour comprendre la puissance économique d’une région qui se veut le nouveau centre de la mondialisation, un pont entre l’Occident et l’Asie. Tout est démesuré dans la péninsule Arabique : les gratte-ciel, des villes symboles de l’hyper urbanité… Mais les excès de la rente pétrolière et d’un développement économique agressif se sont transformés, pour Washington ou Paris, en une nouvelle voix arabe. Les leaders de la région le savent, et pensent repré-senter un nouveau rêve arabe, un peu à la manière d’unAmerican dream, de l’American way of life. Ces excès créent aussi des préjugés sur des sociétés très peu connues de l’intérieur et réduites à une vision médiatique : l’Arabie saoudite serait un pays de fanatiques religieux et, aux Émirats arabes unis, tout le monde roulerait en voiture de luxe.
5
C’est oublier la réalité des sociétés, certes conservatrices, mais plus complexes qu’on ne le croit, où les débats publics sur la notion de citoyenneté existent, bien qu’aucun de ces pays ne soit une démocratie. Qui plus est, ce rêve d’être la nouvelle puissance arabe a aussi ses limites : la crise économique n’a pas épargné les pays du Golfe et les révolutions en Tunisie et en Égypte ont montré que des pays comme l’Arabie saoudite sont de solides monarchies qui n’accepteront aucuneItna, ou division, un interdit islamique. Pourtant, la contestation est là, comme au Koweït, qui peine à être un « modèle démocratique » pour la région. Quant à l’omniprésent Qatar : qu’en est-il vraiment de cette « puissance » ? Après son ouverture par l’ancien Ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, cette journée d’étude a été organisée en quatre tables rondes. Chacune était introduite par la dénition de la problématique et des enjeux et la présence de nombreux intervenants prestigieux ont nourri le débat. Une première table abordait la question des pays du CCG comme nouvelle puissance mondiale ; une seconde portait sur l’Arabie saoudite et le modèle monarchique en question ; ensuite une troisième tournait autour des ambitions mondiales des émirats avec le cas du Qatar ; enn une dernière table traitait des États du Golfe après le « printemps arabe ».
Préface
Par Hubert Védrine, ancien Ministre français des Affaires étrangères
C’est bien volontiers que j’ai accepté de venir vous dire quelques mots d’introduction ce matin. Au fond, il vaut mieux ouvrir un colloque que le clore car en général, lorsque l’on est invité à conclure, on n’a pas le temps d’assister au débat et l’on est alors souvent en porte à faux, ou on répète des choses déjà dites. Je suis dans une position d’autant plus confortable que je m’adresse à vous en amont d’un programme au cours duquel, je l’ai vu, vous allez entendre de multiples choses très intéressantes. Le sujet de ce colloque m’a tout particulièrement intéressé et je remercie donc chaleureusement les organisateurs qui m’ont invité à m’adresser à vous. J’ai un véritable intérêt pour ces questions – comme pour toutes les questions internationales, d’ailleurs, et pour le monde arabe en particulier dans tous ses compartiments. En outre, mon intérêt pour ces régions est rela-tivement ancien. À l’École Nationale d’Administration (ENA) déjà, j’avais suivi une option sur « les Émirats », comme on disait alors. Ensuite, lorsque j’ai été en poste à la direction des Relations Culturelles du Quai d’Orsay, j’étais coordinateur pour le Moyen-Orient. Dans ce contexte, j’ai fait le tour de la région. C’était à la n des années 70. Je me souviens par exemple d’une fois où j’étais passé au Bahreïn, le jour où l’Émir recevait sous un arbre, dans son parc, un peu comme Saint-Louis sous son chêne… Je me rappelle la vision qu’on en avait à l’époque. La situa-tion était tout à fait différente de ce qui s’est développé par la suite ! Peut-être vous souvenez-vous de chercheurs qui avaient parcouru la région en ce temps, ou de Jean et Simonne Lacouture,
7
1 qui avaient écrit un ouvrage, les « Émirats mirages ». On se disait, « c’est rigolo, c’est pittoresque, ces petites cités, ces ports, qui au fond auraient du être absorbées par l’Arabie et qui, pour des raisons variées – des manœuvres britanniques, entre autres – ont nalement réussi à rester plus indépendants ». Cela semblait étrange, et excitait la curiosité, de façon supercielle. J’ai connu cette époque, puis, lorsque j’étais ministre, celle où au contraire, ces pays sont montés en puissance. Je laisse l’af-faire Irak-Koweït de côté, qui est encore une autre histoire. En fait, j’avais eu l’occasion d’aller plusieurs fois dans la région avec François Mitterrand, et ensuite comme ministre. C’est quand j’étais ministre que la nouvelle politique étrangère du nouvel émir du Qatar a commencé à s’afrmer. Dès cette époque, il m’a semblé qu’il y avait une montée en puissance spectaculaire de la part du Qatar, un peu tapageuse de la part de l’émir et de son premier ministre. Par ailleurs, s’il était plus tranquille, on consta-tait également un développement spectaculaire des autres pays du Golfe. Il m’est apparu qu’il fallait donc dépasser les analyses pittoresques. J’ai très vite vu monter le poids de ces pays. Pour des raisons énergétiques, au départ, puis nancières, notamment avec les fonds souverains. Ils devenaient de véritables géants nanciers avec des possibilités d’investissement considérables. Au sujet des fonds souverains, il faut souligner que leur préoccupation était essentiellement de savoir où ils pouvaient mettre leur argent en sécurité. C’est la raison pour laquelle, à mon sens, ils n’ont pas la moindre intention d’« acheter la France ». Simplement, ils sont obsédés par la question du meilleur placement possible pour leur incommensurable richesse. Cette nouvelle réalité dont j’étais le témoin m’a beaucoup intéressé. J’ai rencontré de nombreux dirigeants, avec François Mitterrand, avec Jacques Chirac ou au cours de mes propres voyages. J’ai ainsi vu plusieurs rois d’Arabie, tous les émirs ainsi que des dizaines de ministres. J’ai donc pu
1. Gabriel DARDAU, Simonne et Jean LACOUTURE,Les Émirats Mirages, Éditions Seuil, Paris, 1975.
8