279 pages
Français

Peut-on penser l'économie après Marx et Keynes ?

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Doit-on se tourner vers Marx ou vers Keynes pour trouver l'explication de nos problèmes et les moyens d'y porter remède ? L'analyse de Marx, qui convenait au XXe siècle, a cessé d'être pertinente dans une économie où l'obtention des gains, sous forme de plus-value financière, prend la place des profits tirés de ce même capital. Quant aux politiques économiques proposées par Keynes, elles ne semblent plus en rapport avec la gravité de la situation actuelle. Quelles formes nouvelles proposer alors ?

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Date de parution 01 novembre 2009
Nombre de lectures 293
EAN13 9782296243095
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Chapitre introductif.
SOMMAIRE
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Chapitre 1 : Les anciennes sociétés organiques et leur base spirituelle. 33
Chapitre 2 : Le capitalisme contemporain tourne le dos à ses fondements. 71
Chapitre 3 : Le socialisme sera spirituel ou ne sera pas.
Chapitre 4 : A quel saint se vouer ?
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Chapitre 5 : Pour une nouvelle société organique : de quelques signes avant-coureurs. 195
Chapitre 6 : Quelques réflexions sur des événements récents.
Conclusion.
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CHAPITRE INTRODUCTIF
Aujourd’hui, ceux qui se demandent ce qu’il y aura lieu de faire après la fin de la crise actuelle se regroupent pour l’essentiel en deux camps opposés : les optimistes et les utopistes. Les premiers se préparent déjà à la future reprise, censée permettre à la « marche des affaires » de reprendre son cours comme auparavant ; ils la jugent certaine, à court ou à moyen terme. Quant aux seconds, ils entreprennent de définir dès à présent les contours d’un autre monde dont ils jugent l’avènement nécessaire et possible, et qui reposerait sur des bases radicalement nouvelles. Il me semble qu’une démarche préalable a été trop tôt occultée par les tenants des deux bords. Si en effet les effets de la crise que nous vivons sont aisément perceptibles, sa nature propre n’a peut-être pas été suffisamment sondée. Qu’il s’agisse d’une crise de techniques financières devenues folles, couplée à une crise de la régulation, est suffisamment clair. On peut cependant pousser plus loin l’interrogation. Il s’agit de se demander si on n’est pas en présence de la crise générale d’un système économique qui s’épuise, à force d’avoir tourné le dos à ses propres fondements. Adopter cette hypothèse, c’est dire que le capitalisme n’est malade d’un dérèglement de sa gestion que parce qu’il est d’abord la victime d’une déviation de son esprit. Le choix d’une telle orientation implique une prise de position au niveau de la méthode : avant de chercher àrésoudreles problèmes que pose aujourd’hui la vie économique – et notre civilisation en général - il est préférable de commencer par lesposerde façon correcte. « Nous planifions toujours beaucoup trop et nous pensons toujours trop peu » : cette petite phrase inscrite par Joseph Schumpeter dans la Préface à la 1 seconde édition de son dernier ouvrage paraît étonnamment actuelle. Schumpeter savait qu’il vivait à une époque éprise d’action, avide de solutions concrètes, de recommandations pratiques - alors que son but à lui était avant tout de faire penser le lecteur («I did want him to think»). N’est-ce pas là le cœur du message que tout enseignant d’université se
1 J. Schumpeter :Capitalism, socialism and democracy, ouvrage publié en Grande-Bretagne en 1943. Sixième édition en 1987 (Unwin Paperbacks).
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doit de faire passer à ses étudiants, à longueur d’année : Ne pensez pas forcément comme moi, mais pensez !
En fait, la réflexion que ce livre propose a commencé voici bien longtemps. Il s’agit au fond de répondre à une question très simple. L’économie, nous dit-on aujourd’hui, c’est le monde de la marche en avant continuelle et de la compétition permanente. Est-ce si évident ? Est-il vraiment nécessaire qu’il en soit ainsi ? S’agissant de cette part de notre activité qui consiste à produire les moyens matériels de notre existence, sommes-nous définitivement condamnés à nous battre contre les autres, contre la nature, ou encore contre une prétendue « rareté » qui pèserait sur notre destin à la manière d’un couvercle ? Est-il vraiment raisonnable - ou « rationnel », comme on se doit de dire aujourd’hui - de chercher à pousser toujours plus loin les limites de la nature humaine ?
Le présent ouvrage se présente ainsi comme le troisième volet d’une trilogie, les thèmes évoqués dans ces pages étant déjà au centre de 2 deux livres antérieurs . Dans les chapitres qui composent ce livre, et surtout dans ce chapitre introductif, mes lecteurs trouveront bien sûr un certain nombre de redites. Du moins, la démarche que je propose se situant sur des chemins fort peu fréquentés par les économistes contemporains, j’ai la certitude de ne pas recouper ici la réflexion des autres. Je vais m’efforcer ici, une fois encore, d’interroger la théorie et la pratique actuelles de l’économie. Il ne s’agira pas d’opposer une école d’économistes à une autre, ni d’exposer une fois de plus – qui serait une fois de trop - ce qui sépare les économistes néo-classiques de leurs confrères keynésiens. Il me semble que les propos des uns et des autres, trop souvent ressassés, ne sont plus audibles aujourd’hui, car situés trop en deçà de nos inquiétudes présentes. Plus loin, je m’efforcerai de montrer que les premiers de ces auteurs, déformant de façon idéologique une image célèbre empruntée à Adam Smith, invoquent de façon quasi-magique les capacités régulatrices d’une prétendue « main invisible du marché » (voirinfral’Etat,chapitre 2). Quant aux seconds, ils invitent en période de crise sévère, à voler au service de l’économie – comme si la solution était encore entre ses mains, en un temps d’abolition des
2 Economie et vie spirituelle, Octarès Editions, Toulouse, 2000, etL’économique revisitée, publiée chez le même éditeur en 2003.
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frontières, où l’économie est passée sous le contrôle d’une finance internationalisée, anonyme autant qu’irresponsable. Il y a peu, des économistes réputés sérieux nous proposaient la théorie des « anticipations rationnelles ». À propos de ces travaux, il est permis de reprendre le mot du prix Nobel Ronald Coase : « Blackboard economics » : économique du tableau noir. Nous avons vu en effet des traderslivrés à eux-mêmes (qualifiés de petits génies quand ils réussissent, et de « terroristes » quand ils échouent) adopter pour le compte d’autrui – leurs entreprises, et les clients de celles-ci – une conduite relevant de l’hybris, c’est-à-dire de l’irrationnel pur. Aujourd’hui, des voix autorisées nous invitent à repasser une fois de plus de Milton Friedman à Keynes, du marché omniscient à l’Etat omnipotent, comme si les vieilles recettes qui ont échoué dans les années 1970et 1980pouvaient encore être porteuses d’espoir.
On peut se demander si les décideurs sont incapables de voir que nous sommes parvenus au temps dugrand déséquilibre– ou, si l’on préfère, au temps desextrêmes– ou bien s’ils ont peur de nous annoncer, comme autrefois Churchill au peuple britannique, « du sang et des larmes » ? Il semble pourtant évident que nous nous trouvons au bout d’une logique que certains ont pu croire éternelle (« la fin de l’histoire ») mais qui ne pouvait être - comme toute entreprise humaine – qu’étroitement délimitée dans le temps. C’est donc bien de refondation qu’il s’agit, les solutions ne pouvant plus être que radicales. Ni les petits mécaniciens (du marché) ni les grands mécaniciens (de la macroéconomie) n’ont le pouvoir de porter remède aux maux dont nous souffrons. Désormais, les solutions sont à chercher au-delà – ou en deçà – de la mécanique. Sachant cela, d’aucuns mettront leur espoir dans une révolution, qui ferait passer les rênes du pouvoir politique entre les mains de groupes sociaux aujourd’hui dominés. Mais nous savons désormais que toute révolution politique fait bientôt surgir unenouvelle classedirigeante qui adoptera bientôt, comme ses devancières, un comportement de propriétaire du pouvoir (voirinfrachapitre 3).
Si le salut ne peut venir, ni du marché, ni de l’Etat, ni d’un quelconque « grand soir », de quel côté sommes-nous en droit de l’attendre ? À cette question, ma réponse sera bien sûr la même que celle qui fut donnée dans les deux ouvrages précédents. Je crois en effet, avec d’autres, que c’est d’une révolution spirituelle que tout dépend -
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révolution qui devra pour réussir, non se limiter comme en 1968 à de petits groupes de militants fervents, mais s’étendre à la nation tout entière. Pour que la transformation soit réelle, pour qu’elle ne se réduise pas à uneénièmemodification de structures, elle devra reposer sur un véritable changement de regard. Le rapport que nous entretenons tant avec les hommes qu’avec la nature devra s’en trouver renversé. Si le changement ne se produit pas à ce niveau, il s’agira d’un nouveau replâtrage, destiné à échouer une fois de plus, et non d’une révolution.
Ayant lu ces lignes, le lecteur me reprochera sans doute de confondre les genres, et de ne pas respecter la séparation des savoirs qui est de règle à l’université. Pourtant, il me paraît nécessaire de faire porter le questionnement, non sur les faits susceptibles d’évaluation statistique et qui retiennent l’attention des médias (le « taux de croissance », l’emploi, le pouvoir d’achat) mais sur le soubassement du milieu économique qui nous environne. Il s’agit de retrouver le temps des questions naïves, à la manière dont Einstein procédait quelquefois : pourquoi le système fonctionne-t-il ainsi, et non autrement ? Il ne s’agit pas là d’une interrogation gratuite, ou de passe-temps destiné à l’édification des « belles âmes » ; il se trouve qu’on perd des informations capitales si on laisse ce point-là de côté. La lecture de nombreux ouvrages d’économie montre en effet que les hommes de science avancent des théories plus ou moins construites, plus ou moins mathématisées, sur des présupposés qu’ils dissimulent, ou dont ils n’ont pas eux-mêmes conscience. Cela revient à dire qu’il existe une face cachée de ces discours qui demande à être mise en pleine lumière, dès lors qu’il n’y a rien de caché qui ne doive être manifesté. On va donc s’interroger ici sur les orientations d’ensemble, sur les choix implicites qui président à tout travail de l’esprit, en deçà des raisonnements proprement dits, de la formulation mathématique de ces raisonnements, ou des décisions prises par ceux qui tiennent les manettes de l’économie réelle ou monétaire. Car tout dépend, bien sûr, des choix effectués au départ.
De toute façon, il est clair que ce type d’investigation ne représente nullement une nouveauté. Au cours des années 1970– qui paraissent bien éloignées aujourd’hui ! – on entendait couramment demander, à propos de l’auteur d’un ouvrage dit « de référence » :d’où parle-t-il ? La question n’est qu’apparemment ésotérique. Il est bien vrai, en effet, que les théories économiques ont unlieu de naissance, qu’elles
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