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Rendons le pouvoir à l'Afrique!

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Description

L'auteur témoigne de son action en Afrique depuis près de trente ans au titre d'un jumelage-coopération avec des villages de brousse au Burkina Faso. Il souhaite mettre les acteurs du Nord en face de leurs responsabilités: chacun n'agit-il pas souvent à contretemps sans respecter le pays et les autorités du pays? Le développement est en retard...Qui en est responsable? En pointant du doigt les incohérences et les zones d'ombre de la coopération Nord-Sud, l'auteur trace de nouvelles perspectives.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de lectures 57
EAN13 9782336253473
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296094284
EAN : 9782296094284
Rendons le pouvoir à l'Afrique!
Cri de colère d'un bénévole de terrain

Philippe Milon
Collection Etudes Eurafricaines
Dirigée par André Julien Mbem
Le Sahara et la Méditerranée, frontières entre l’Afrique et le Europe, sont aussi des passerelles par lesquelles, depuis des siècles, au-delà des tragédies et des drames, se rapprochent et se remodèlent ces deux ensembles géographiques et leurs civilisations. La collection Etudes Eurafricaines encourage la diffusion d’études historiques et prospectives sur les ymbioses dont cette partie du monde est l’antique théâtre.
Déjà paru
André Julien Mbem, Nicolas Sarkozy à Dakar. Débats et enjeux autour d’un discours, 2007.
Remerciements
Je remercie tout d’abord ma femme Jeannine, sans qui le livre n’aurait pas vu le jour.
Je remercie toutes celles et ceux qui m’ont encouragé et aidé à écrire ce livre : Annabelle, Charlotte, Florence, Isabelle, Marlène, Alfred, Michel et Daniel.
Je remercie aussi toutes celles et ceux qui m’ont accompagné dans ce périple africain depuis plus de 30ans : les équipes successives qui ont porté ce projet de coopération et qui m’ont soutenu.
Ce livre, certes, est un témoignage personnel mais c’est, bien entendu, le témoignage des bénévoles avec lesquels j’ai partagé les désillusions et les joies, les échecs et les réussites.
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Collection Etudes Eurafricaines - Dirigée par André Julien Mbem Remerciements PROLOGUE L’AFRIQUE : UN CONTINENT MAL CONNU LES TRAUMATISMES DE L’HISTOIRE LE DEVELOPPEMENT : UNE AMBIGUÏTE A DECOUVRIR LE BURKINA FASO LES RAISONS D’UN ENGAGEMENT DES SUJETS QUI FÂCHENT LES O.N.G... UN ETAT DANS L’ETAT 2015... UN ENGAGEMENT NON TENU UNE MOBILISATION CITOYENNE : LES JUMELAGES COOPERATION : UN AVENIR ENSEMBLE LA DECENTRALISATION...UN PASSAGE OBLIGE VERS LA DEMOCRATIE LA CHINE :UN NOUVEAU PARTENAIRE EURAFRIQUE CONCLUSION
PROLOGUE
Parler de l’Afrique, c’est s’attirer automatiquement des propos désobligeants ou tout du moins critiques :
« On a tout essayé avec l’Afrique et on a beau agir, l’Afrique en est au même point : corruption, terrorisme, luttes ethniques.... »
« Les Africains sont trop fatalistes, trop paresseux. » A la rigueur, on défendrait les femmes, considérées comme victimes et courageuses, mais les hommes sont condamnés pour leurs palabres et leur manque d’ambition.
« L’Afrique est inguérissable ! C’est un problème culturel, que voulez-vous qu’on y fasse ! Ils travaillent et s’arrêtent dès qu’ils ont un minimum pour vivre. Par exemple, quand la saison des récoltes est bonne, tout est dépensé en cérémonies, on rattrape même les retards en funérailles, en mariages... ! »
« Monsieur, c’est bien ce que vous faites pour l’Afrique... mais, tout ce travail de coopération pour si peu de résultats, vous êtes inconscient, à quoi ça sert ? »
« On dépense déjà beaucoup pour ces migrants qui vivent chez nous alors qu’on a nos chômeurs et nos problèmes. On n’a pas les moyens d’aider tous ceux qui sont dans la détresse, surtout sans résultats... »
« Pourtant l’Afrique est riche en matières premières... et en comptes en Suisse ! Et c’est justement dans les pays qui ont le plus de ressources que la situation est la plus fragilisée »
A entendre les contestations, il faudrait enregistrer l’Afrique en pertes et profits et ne plus s’en préoccuper. D’ailleurs, comme le rappellent les économistes : « l’Afrique, c’est 2% du commerce mondial, pour ainsi dire... rien ! »
Cet inventaire de perceptions partagées sur l’Afrique par un nombre important de mes concitoyens peut sembler vraiment déprimant et pourtant, je ne crois pas exagérer...
Je voudrais modestement apporter mon témoignage, mon point de vue et donner quelques pistes pour essayer de faire avancer la réflexion et ainsi donner de meilleurs outils pour des résultats plus efficaces... Je n’aurai pas la prétention de parler de l’Afrique, de toute l’Afrique.
L’Afrique est un grand continent. L’Afrique est diverse dans ses populations et ses ressources. L’Afrique est différente dans ses gouvernances. Ses langues sont nombreuses. On parle des Africains comme d’un peuple unique. La corne de l’Afrique, l’Afrique du Sud, l’Afrique de l’Ouest, le Centrafrique ont autant d’histoires et de cheminements différents.
Je me bornerai à parler du Burkina Faso, pays que je connais un peu pour y avoir accompagné une coopération depuis plus de trente ans. Je n’ai pas la prétention non plus de connaître l’Afrique et le Burkina en profondeur.
Ce sera forcément un point de vue de « Blanc » qui essaye modestement d’apporter sa pierre à un partenariat qui dure...
Comment ai-je été amené à m’investir dans ce combat ? Suis-je inconscient ou « maso » ?
D’abord, j’affirme être un Européen convaincu mais cela ne veut pas dire que nous sommes refermés sur nous-mêmes, l’Europe est au contraire une entité ouverte sur le monde. Qui penserait, en effet, que l’Europe, se regardant vivre, garderait toutes les clefs de la réussite entre ses mains sans vouloir les partager avec d’autres ?
Le monde bouge à une vitesse impressionnante. Des pays émergents montent en puissance et nous montrent que l’avenir n’est pas seulement de notre fait. L’Inde, la Chine, l’Asie du Sud-est, le Brésil et d’autres n’acceptent pas, n’acceptent plus le leadership du Nord. Ils veulent être reconnus et être traités comme leurs égaux.
On peut regretter que d’autres continents telle l’Afrique tardent à se manifester. C’est une réalité, mais pas une fatalité !
Les déséquilibres du monde ne sont pas acceptables. Les déséquilibres sont dangereux. La pauvreté est génératrice de terrorisme et de désordres.
Nous devons prendre acte que ces bouleversements nous imposent une plus grande modestie et une plus grande humilité.
Puissants hier, contestés aujourd’hui, que serons-nous demain ? C’est dans cet esprit que nous devons nous investir comme des acteurs conscients des enjeux du 3 ème millénaire.

Un autre regard sur l’Afrigue
L’AFRIQUE : UN CONTINENT MAL CONNU

Un continent immense de 30 millions de km2
Ce continent pourrait contenir les U.S.A., l’Inde, l’Argentine, le Mexique et la Chine. Les distances sont impressionnantes : c’est 7.500 km d’Ouest en Est, 8000 km du Nord au Sud et 2300 km de côtes (le document de l’Ambassade du Burkina Faso à Paris donne une image saisissante sur ces espaces).
L’Afrique est un continent riche de sa diversité, de ses sites extraordinaires et de ses ressources.
L’Afrique est un continent riche de ses hommes, de sa tradition et de son Histoire.
L’Afrique excite les envies de nombre de pays prêts à sauter sur leur proie. Le combat est déjà rude et violent. Il appartient aux peuples africains de rester eux- mêmes et d’assurer eux-mêmes la maîtrise de leur destin.
L’intérêt général leur commande la vigilance, la rigueur et la volonté de régler par eux-mêmes le sort de leur avenir. Les prédateurs sont déjà sur place !
Les intérêts en cause sont énormes. Les conflits perdurent. C’est peut-être le moment de la contre-attaque et de la vérité.

Des paysages somptueux
L’Afrique n’est pas uniforme: que de différences entre l’Afrique du Nord, l’Afrique Occidentale, l’Afrique Orientale et l’Afrique du Sud ! Les paysages sont divers: ■ Ce sont Louxor et Le Caire, le Sahara et les monts du Hoggar, les roches peintes de Tassili et autres découvertes de l’Afrique du Nord. ■ Ce sont les Dogons, la mosquée de Djenné, le lac Tchad et les paysages du Niger pour l’Afrique Occidentale. ■ Ce sont aussi les chutes Victoria, les rochers basculants de Matopos, le désert du Namib et le Cap de Bonne Espérance. ■ Ce sont des populations et des ethnies tellement différentes que sont les Berbères, les Touaregs, les Pygmées, les Massaï, les Peulhs et les Mossis.

Des ressources minières et naturelles exceptionnelles
Du charbon, du pétrole, de l’or (50% de la réserve mondiale), des diamants, du chrome (99 % de la réserve mondiale), du platine (85%), du cobalt ( 68%), du fer, du zinc, du soufre, du sel, de l’argile, du bois, du gaz et de la bauxite.
Si les Africains pouvaient travailler en parfaite harmonie, le développement Sud-Sud serait une réalité.
Les Africains ont entre leurs mains tous les ingrédients de la réussite...mais il serait nécessaire, pour l’économie de ce continent, qu’ils traitent sur place leurs matières premières. Obtenir de la plus-value, c’est favoriser la croissance, qui, seule, pourrait éradiquer la pauvreté.
Un prêtre camerounais me disait la chose suivante : « Nous vendons nos fèves de cacao... Qui bénéficie de la plus-value de cette matière ? La France, la Suisse et la Belgique ! Le paysan camerounais qui travaille dans les plantations de cacao ne connaît même pas le goût du chocolat ! »

Démographie
Année Millions d’habitants 2002 843 2007 944 2010 (Prévision) 1 000
C’est une population très jeune, plus que partout ailleurs. L’âge médian est de 17 ans contre 23 ans dans le monde, 45 % des Africains ont moins de 15 ans contre 30 %.
Un signal positif important : la pression démographique n’a pas pesé sur les ressources de subsistance car la croissance agricole a assuré cet équilibre.
Bien entendu, la famine a sévi là où les conflits sont présents...

Démocratie
L’Afrique n’est pas un continent demeuré sans histoire et sans racine. Le Burkina Faso n’est pas le pays sorti des « limbes » le jour du discours de la Baule de François Mitterrand précisant avec autorité et suffisance : « Pas de subvention sans démocratie ».
Le mot démocratie n’a pas de définition « absolue ». Parler de démocratie à Athènes, Paris, Pékin ou Moscou n’a pas la même signification. La démographie, le développement économique, le contexte historique, l’idéologie ambiante nous démontrent la fatuité de nos modèles occidentaux. On devrait donc être très prudents sur les conseils que nous donnons à l’Afrique. Nos démocraties occidentales ont-elles la réponse à la pauvreté, à la justice et à la solidarité ?
Le FMI ou la Banque mondiale ont-ils les « vérités » économiques ?
Toutes ces considérations doivent nous conduire à la prudence dans nos affirmations et nos jugements.
Récemment, dans le cadre de la coopération décentralisée, comme partenaire d’une commune burkinabè, nous célébrions le 25 ème anniversaire de ce jumelage coopération.
Je disais au Président de SOS Sahel International Burkina, ancien conseiller du Président Sankara et écrivain de talent, que l’Afrique représentait peu de choses dans ce commerce international (2%) et je lui demandais, en forme de provocation, qu’à l’occasion de cet anniversaire, il nous fasse une conférence sur le thème « l’Afrique est-elle condamnée à disparaître? ». Alfred Sawadogo a accepté ce défi et nous a fait une conférence très sereine sur ce thème.
Je vous en livre plusieurs pistes, voire plusieurs réflexions :
Après nous avoir dressé un tableau des crises africaines en cours (la conférence a eu lieu en 2005, une quinzaine de pays connaissaient alors les affres de la guerre civile), notre conférencier nous déclinait le mot « démocratie » tel qu’il est conjugué en Afrique. Il avait cette phrase magnifique : « quant à la démocratie ou aux pratiques démocratiques en Afrique, les couleurs de l’arc en ciel ne suffiraient pas pour représenter les démocraties en Afrique, si elles représentaient des couleurs, elles seraient bigarrées, peu assorties les unes à coté des autres. Et vous trouverez de tout ! ».
Cette énumération n’est pas triste mais nous oblige aussi à réfléchir sur la définition du mot démocratie qui n’est pas qu’une vérité du Nord !
Ceci dit, il y a en Afrique des démocraties où l’alternance est possible, tels le Sénégal, le Mali, le Bénin et le Ghana et c’est à l’honneur de l’Afrique de l’Ouest.
En fait, l’Afrique est sous le « charme » ou sous le « coup » des avertissements élyséens suivant le discours du Président Mitterrand qui affirmait n’aider que les pays qui auront donné une preuve tangible d’être véritablement des démocraties. C’est le fameux discours de la Baule de 1990. Ce fut un peu la panique...Chacun a voulu revêtir son plus beau costume « démocratique ». Mais la réalité est différente.
Alfred Sawadogo nous précise « qu’il reste beaucoup à faire pour passer de la démocratie gouvernés en famille ou traditionnelle à la démocratie gouvernante où la réalisation des aspirations des populations constitue la préoccupation majeure du gouvernement ».
Au regard de l’économie, nous devons insister sur ce point capital : nous vendons à l’Afrique des produits finis avec une valeur ajoutée très élevée, plus-values qui échappent à la croissance africaine, d’où un déséquilibre de plus en plus important des termes de l’échange.
C’est vrai aussi que l’Afrique s’organise avec des structures entre Etats, l’Union Africaine, par exemple, mais ce n’est pas pour le moment un gage de réforme et de succès.
La conclusion de cette brillante conférence fut faite sous la forme d’un appel : « l’Afrique ne peut donc pas disparaître. L’Afrique ne doit pas disparaître. Ses fils, ses amis, le monde doivent se mobiliser pour qu’il fasse bon vivre dans les quartiers du village planétaire qu’est devenu le monde à l’heure actuelle ».
Des signes positifs sont observés au titre de l’économie africaine de 2008 à 2030 : certains disent que l’optimisme pointe à l’horizon. Michel Camdessus, ancien président du F.M.I., professait que l’économie de l’Afrique allait croître en 2008 plus qu’elle n’avait crû en 2007.
La Banque Africaine du Développement a publié une étude réalisée par des experts de haut niveau qui a dégagé une vision optimiste de ce que l’Afrique peut devenir à l’horizon 2030 : un continent stable, intégré et plus prospère qui occuperait la place qui lui revient au sein de la communauté mondiale.
Cela veut dire en conclusion que le Nord, la France et l’Union Européenne doivent tenir compte de ces efforts, de ces éclaircies dans le ciel africain pour revoir leur politique et leur jugement sur l’Afrique.

Un environnement difficile
• Le climat
Il faudrait avoir à l’esprit que les changements climatiques touchent de plein fouet l’Afrique. C’est un problème très important pour sa survie. Ce climat se traduit par des périodes de très grande sécheresse.
Des bergers se réfugient dans les villes, dans l’impossibilité de poursuivre leurs activités pastorales.
Un rapport de l’ONU, dont on ne saurait contester les chiffres, indique qu’entre 1993 et 2002, le nombre d’individus très ou partiellement affectés par les catastrophes liées au changement climatique en Afrique, dépasse les 136 millions.
Chaque pays a beau progresser, planifier son économie, développer ses cultures... le climat peut ruiner tous les espoirs et réduire à néant son économie.

• Les maladies :

Le Sida
Le sida n’est pas la seule maladie... africaine mais le sida reste un fléau absolu dans un environnement de pauvreté. On dit que le Sida est la maladie des pauvres.
Quelques chiffres à méditer :
Depuis 1985, on dénombre la mort de 7 millions de travailleurs agricoles dans les deux pays africains les plus touchés (le Botswana et le Zimbabwe).
Prenons les pourcentages : En Afrique subsaharienne, 7,4 % de la population est touchée (de 15 à 49 ans) contre 0,3 % en Europe.
En étant prudent sur les chiffres que l’on détient, on peut dire que 25 millions d’Africains sont touchés par le virus contre 570.000 en Europe.

Le paludisme
En Afrique, il tue un enfant toutes les 30 secondes. On compte, chaque année, au moins 300 millions de cas aigus dans le monde et plus d’un million de décès: 90 % de ces décès surviennent en Afrique, principalement chez les jeunes enfants. C’est aussi 40% des dépenses de la santé publique.
Là encore, le paludisme est à la fois une maladie de la pauvreté et une cause de la pauvreté.
Une conclusion purement économique : on estime à 12 milliards la perte annuelle du P.I.B. due au paludisme en Afrique alors qu’une fraction de cette somme suffirait à le maîtriser.

Conclusion
L’Afrique est un immense chantier devenu l’un des enjeux du monde d’aujourd’hui.
L’Afrique, malgré ses atouts, part de très loin.
Si nous regardons le tableau des pays riches et des pays pauvres, nous constatons : il y a 56 pays considérés comme très pauvres dans le monde, 35 sont africains. Ces pays bénéficient d’un revenu par tête d’habitant inférieur à 800 dollars par an.
D’autres sont considérés comme relativement pauvres: une dizaine de pays africains.
D’autres, enfin, accèdent à la catégorie des pays relativement riches: la Libye, le Botswana, l’Afrique du Sud et le Gabon. Le revenu par habitant est alors compris entre 3.000 et 10.000 dollars par an (celui de la France 30.000 dollars). Le continent africain est plein de possibilités.
C’est un continent plein d’espérances.
Ses dirigeants doivent aussi faire en sorte que la coopération Sud-Sud soit une réalité.
Les grands projets prévus au titre du NEPAD (Sénégal, Algérie, Nigeria, Afrique du sud) ont du mal à décoller et pourtant, c’est une nécessité pour l’Afrique de réussir ses infrastructures: • Gazoduc Le Caire- Kinshasa • Chemin de fer Dakar- Ouagadougou- Lagos. • Route transsaharienne • Ports à équiper
LES TRAUMATISMES DE L’HISTOIRE
On ne saurait parler de l’Afrique sans parler des dossiers colonisation et esclavage On ne peut parler, en effet, de ces questions d’une manière désinvolte en disant qu’il s’agit d’un passé révolu et en le classant un peu rapidement en pertes et profits.

Esclavage : Le tsunami de l’humanité
L’esclavage fut une immense opération à l’échelle du continent africain. Il remonte à la nuit des temps. En fait, dès que des conquêtes se réalisaient, la traite, les marchés aux esclaves, les transferts de population étaient monnaie courante.
Nous nous contenterons de quelques rappels historiques plus récents.
1454 : Le pape Nicolas V autorise le Portugal à pratiquer la traite : Afrique/Portugal.
1492 : Christophe Colomb embarque 300 esclaves noirs dans ses expéditions.
1604 : La France commence à pratiquer les traites.
1678 : 27000 esclaves vont aux Antilles françaises.
1725 : Liberté totale de la traite, suppression du monopole et des droits à payer.
1763 à 1793 : Intensité maximale du négoce d’esclaves.
1788 : Peut-être une éclaircie par la création de la Société des Amis des Noirs. Plusieurs sociétés se créent en faveur de l’abolition.
1789: On compte 700.000 esclaves aux Antilles Françaises. On note en Martinique une 1 ère insurrection.
1794: Convention Nationale : abolition de l’esclavage dans toutes les colonies.
Cependant, en 1802, sur l’intervention de l’Impératrice, rétablissement de l’esclavage et de la traite des noirs.
1803 : Un vent d’abolition commence à souffler sur le monde. Abolition aux Etats-Unis et au Royaume Uni. Dans de nombreux pays, cette abolition est discrète mais il est constaté que malgré l’abolition, les traites continuent.
27 avril 1848 : Abolition de l’esclavage par la France.
1890: Réunion d’une conférence de l’esclavage en Afrique.
1926 : Convention internationale sur l’esclavage.
1929 : Extension sur la colonisation française. Fin de l’esclavage dans les colonies françaises.
1948 : Article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme : « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes ».
1956 : Convention de l’ONU précisant l’interdiction de la traite des noirs et de l’esclavage.
2001 : Loi Taubira (23 mai) considérant l’esclavage comme un crime contre l’humanité.
2004: Création d’un comité pour la mémoire de l’esclavage qui précise que « les propositions qui seront faites seront de nature, à faire en sorte que la mémoire partagée de l’esclavage devienne partie intégrante de la mémoire nationale ».
Pourquoi cette accumulation de dates ? En fait, nous avons vraiment besoin de connaître cette histoire pour mieux comprendre l’Afrique et les Africains. Il s’est agi pour ce continent d’un traumatisme impressionnant. Nous avons participé, suivant les textes actuels, à un crime contre l’humanité. Des négriers et des familles se sont enrichis de manière importante. Nous avons du mal à nous interroger sur nos responsabilités. Nos livres scolaires ont été bien prudents sur ces quatre siècles de traite. Certes, nous n’étions pas les seuls en Europe et dans le monde, mais nous avons largement profité de ce marché.
2006 : Date de commémoration de l’esclavage.
C’était hier ! Il est vrai qu’il est facile d’être aujourd’hui des donneurs de leçon ou des moralistes prétentieux. Qu’aurions-nous fait à la place de nos ancêtres ? Cependant, ce qui paraît essentiel, c’est d’être conscients du mal fait à l’Afrique. Cela fait partie de notre héritage.
Faut-il pour autant entrer en repentance ? Peut-être pas, mais il faut admettre que ces pages de notre histoire sont une honte.

La colonisation, un grave « malentendu »
Notre génération a été fière de son empire colonial. Nous soutenions nos missionnaires, nos administrateurs, nos enseignants. Nous étions enthousiasmés par nos médecins et infirmiers qui, dévoués, soignaient les Africains.
Heureusement que nous étions là, pensions-nous, ces petits sauvages découvraient nos valeurs et nos engagements à leur endroit ! En fait, nous ne connaissions que ce que l’on voulait bien nous dire. La France remplissait sa mission humanitaire qui avait pour but de sauver l’Afrique.
Quelques images, quelques portraits, quelques figures emblématiques nous faisaient rêver. Nous étions valorisés. Loin de nous les critiques d’une colonisation guerrière et intéressée, nous étions persuadés de la validité de notre présence. Il n’y avait pas à l’époque de médias, de reportages ou d’interviews.

Un dépeçage organisé
Et pourtant, l’histoire est toute autre...
Au XIX ème siècle, les pays européens ont eu un grand besoin de matières premières. Quelques explorateurs ont pris conscience de l’importance des richesses du sol africain. De plus, les Africains sont considérés comme des sauvages. Donc, il nous paraissait normal de conquérir ces territoires. Il faut même se rappeler que les Africains étaient comparés à cette époque à des cousins peu évolués du singe !
Parallèlement, les missions religieuses se déploient, sauver les âmes, une priorité des églises.
La colonisation s’organise. Traité de Berlin en 1885. Quatorze pays Européens se réunissent pour diviser l’Afrique en parcelles qu’ils dirigeraient (1000 groupes ethniques). Les découpages sont faits au petit bonheur ! Aucune attention n’est portée aux frontières naturelles. De même pour les ethnies qui se retrouvaient dans des territoires différents.
L’Afrique est ainsi divisée en 50 États. A l’aube du XX ème siècle, 90 % de l’Afrique est sous le contrôle colonial.
Avant 1880, il n’y avait que quelques implantations côtières. Des conférences ont lieu, par exemple, pour régler les problèmes du commerce dans le bassin du Congo.
On peut affirmer que l’Afrique a été dépecée, à cet égard, on peut rappeler l’article 6 de ce traité signé entre les États Européens.
« Toutes les puissances exerçait des droits de souveraineté ou une influence dans les dits territoires s’eugagent à veiller à la conservation des populations indigènes et à l’amélioration de leurs conditions morales et matérielles d’existence et à concourir à la suppression de l’esclavage et surtout à la traite des Noirs. Elles protègent et favorisent toutes les institutions et entreprises religieuses, scientifiques et charitables créées et organisées à ces fins ou tentant d’instruire les indigènes et de leur faire comprendre et apprécier les avantages de la civilisation ».
Un vrai challenge : leur faire comprendre et apprécier les avantages de la civilisation !

Des affaires prospères
Nous avons, en fait, exploité l’Afrique au profit de la puissance des colonisateurs.
Que s’est-il produit ? Des courants commerciaux ont été créés, des particuliers, des sociétés se sont enrichis. Il faut dire cependant que l’Etat Français en tant que tel s’est appauvri. On parle de 70 milliards de déficit global de la colonisation en Afrique, soit trois fois le plan Marshall mis en œuvre en 1945.
Nous avions besoin de débouchés pour nos produits, nous avions ainsi constitué une réserve de matières premières.
Les sociétés de transports et de travaux se sont développées et ont fait de beaux bénéfices, avec, sur place, une main d’oeuvre formée au mieux de nos intérêts.
Nous créons des infrastructures avec les populations autochtones pour favoriser la circulation des produits. Exemple : de 1921 à 1932, 127.250 hommes furent « recrutés » en Afrique Equatoriale Française pour construire la ligne de chemin de fer « Congo-Océan ». Une vingtaine de mille y périrent....

La défense de la Patrie
La colonisation, c’est aussi, pour la métropole, un réservoir pour nos armées.
1914/1918 - 1939/1945 - Guerre d’Indochine - Guerre d’Algérie
Que serions-nous devenus sans les soldats africains qui ont donné leurs vies pour la France ? Ils ont été de toutes les guerres et sur tous les fronts : 189.000 Noirs ont été mobilisés durant la première guerre mondiale, et 100.000 pour la deuxième. Leurs territoires nous ont servi de base arrière.
La 2 ème DB du Général Leclerc aurait-elle existé sans sa constitution en Afrique noire grâce au gouverneur Félix Eboué (Tchad) ? Ces Africains étaient-ils « volontaires » ou enrôlés de force ?
On peut affirmer que le sang des noirs nous a aidés à sauver et à libérer la France. Ils ont été parmi les meilleurs sur les champs de bataille.
Ils ont combattu pour nous et nos enfants. On peut s’interroger sur la nécessité de « ressasser » ce passé.
On ne comprendra jamais rien à l’Afrique si l’on n’a pas conscience de ces traumatismes de l’Histoire, sur nos responsabilités et sur ces manques de respect.
On ne peut en vouloir aux Africains d’évoquer, doublement, ce passé qui les a humiliés, bafoués et considérés comme des sous-hommes. Il suffit d’aller à Gorée (Sénégal) regarder et se recueillir pour bien comprendre ce cataclysme humain à l’échelle planétaire. L’homme, une marchandise, le noir, un sous-homme. Comment passer sous silence ces attitudes dégradantes et vexatoires ?
Lorsque j’étais enfant, j’étais persuadé qu’à travers la colonisation, nous faisions œuvre de justice et de solidarité. Nous entendions autour de nous les commentaires de ceux qui nous disaient que, grâce à nous, ces petits sauvages seraient éduqués et aptes à jouir de notre civilisation.
Ces points de vue ont perduré.
Rappelons-nous : lorsque le Général De Gaulle a fait sa tournée en Afrique sur l’autodétermination, dans la perspective de la décolonisation, un pays a voulu l’indépendance tout de suite. Un homme a dit non au Général De Gaulle : Sekou Touré, en Guinée. Nous avons été vexés. Un pays africain a osé dire non à De Gaulle et à la France, alors qu’il avait bénéficié de toute l’aide et de toute la générosité de notre pays !
Bien entendu, il faut savoir reconnaître ce qui a été fait par tous ces hommes de bonne volonté qui ont considéré les Africains comme des frères et tout simplement comme des hommes (missionnaires, administrateurs, enseignants.)

Une nouvelle page à ouvrir
Devoir de mémoire, devoir de reconnaissance, devoir de responsabilité, cela doit dicter nos comportements d’aujourd’hui. C’est dans cet esprit que nous devons être des partenaires exigeants et disponibles pour un avenir commun. L’Afrique est à notre porte. L’enjeu est considérable.
A nous de relever ce défi.
Nous savons aussi que les problèmes de racisme et de négritude ne sont pas encore réglés.
Vu du côté africain : Il y a une quinzaine d’années, le Ministre de la Culture du Burkina me remettait un livret sur la création à Ouagadougou de l’Institut des Peuples Noirs qui regroupait 33 pays. Dans ce fascicule, il était expliqué que l’un des objectifs de cet institut était de faire une étude sur la négritude dans le monde.
Il était indiqué que les noirs étaient, pour la plupart du temps, en situation d’échec dans le monde soit qu’ils soient minoritaires, dans leur pays, ou qu’ils soient gouvernants.
Regardez, par exemple, la situation d’Haïti, le plus ancien pays noir indépendant depuis plus de 100 ans. Il est l’un des pays les plus pauvres du monde.
Je ne crois pas que cet Institut soit toujours en activité mais ce qu’il faut retenir, c’est cette volonté de connaître et de comprendre les conséquences de la colonisation et de l’esclavage.
Il s’agissait, en fait, d’une thérapie pour éradiquer ce complexe de l’homme noir.
Regardons aussi l’Etat du Libéria. En 1822, des descendants d’esclaves ont voulu créer le premier Etat indépendant en Afrique noire. Voir ce qu’il est aujourd’hui, un échec patent et un classement de 224 ème sur 227 pour le PNB par habitant.
On peut aussi regarder comment les descendants des esclaves ont conquis le monde, du Brésil aux Etats-Unis... belle revanche de cette communauté qui prouve chaque jour ses capacités artistiques, intellectuelles à travers tant de domaines. Un Martin Luther King, un Mandela, un Senghor nous ont appris véritablement ce que doit être le combat pour la fraternité et la justice.
En 2009, l’élection de Barack Obama comme Président des Etats-Unis est le symbole, par excellence, de la réconciliation et de la reconnaissance.
LE DEVELOPPEMENT : UNE AMBIGUÏTE A DECOUVRIR

Développement... vous avez dit développement ?
Ce mot évolue ou se décline différemment suivant les époques et les circonstances. Je ne sais pas si on se rend compte du manque de délicatesse lorsque l’on parle à un Africain de sous-développement. « Bonjour, on vous aime bien, bien que vous soyez un sous-développé ».
On oublie les traditions millénaires de l’Afrique, sa culture, ses coutumes...on oublie la richesse de sa musique, de ses chants et de ses danses (et de son cinéma...). Ce sont pourtant les signes d’un certain développement. On objectera que ce développement-là ne concerne ni l’économie ni le niveau de vie : la terminologie a son importance si l’on veut respecter un pays quel qu’il soit, d’autant plus qu’il faudrait définir quel développement pour quel avenir.
Lorsque l’on voit les problèmes générés par la mondialisation, les difficultés à réguler les « marchés », les difficultés à défendre et à promouvoir l’intérêt général, on se doit d’être modeste et prudent dans les conseils ou les recommandations que nous distillons régulièrement. Sommes-nous en droit d’être des mentors prétentieux lorsque nous regardons avec objectivité ce qui nous entoure ?
Avons-nous de bonnes recettes pour nous ? Sommes-nous en mesure d’avoir de bonnes recettes pour les autres ?
Dans un monde implacable et injuste, avons-nous la volonté politique de dépasser nos égoïsmes et nos orgueils, notre confort et nos suffisances pour être de véritables partenaires avec ces pays qui nous regardent, nous envient et nous redoutent ? C’est à une transformation des mentalités que nous devons travailler. De toute façon, nous n’avons pas d’autre choix. Le monde se transforme vite, de nouveaux pays, dits émergents, ont des résultats de croissance impressionnants. Les déséquilibres entre pays riches et pays pauvres s’accroissent. Les terroristes sont à l’affût. Les dictatures perdurent. Les corruptions sont une réalité permanente : on parle beaucoup des corrompus, mais il faudrait parler tout autant des corrupteurs !
Bref, tout cela n’est pas sain et nous devons nous poser la question : « Acceptons nous de regarder les réalités en face ? Sommes-nous conscients des enjeux et des risques dans ce monde d’aujourd’hui ? Sommes-nous convaincus que la solidarité doit être le maître-mot du 21 ème siècle? »

Les objectifs de développement pour le millénaire (OMD)
Le monde est conscient de ces enjeux. Dans sa résolution 53/2002 adoptée le 17 décembre 1998, l’Assemblée Générale de l’ONU a décidé de désigner sa 55 ème session ouverte le 5 septembre 2000 comme l’Assemblée du Millénaire.
A cette occasion, les 189 Etats membres se sont engagés à réaliser d’ici 2015, les huit objectifs du millénaire pour le développement.
Il faut les rappeler et bien avoir à l’esprit cet engagement international.
Les objectifs (sources des Nations Unies)

• Réduire l’extrême pauvreté et la faim
« L’extrême pauvreté est la réalité quotidienne de un milliard d’êtres humains qui vivent avec moins de 1 dollar par jour. Disette et malnutrition se répartissent presque également : plus de 800 millions de personnes n’ont pas assez à manger pour satisfaire leurs besoins quotidiens d’énergie.
Dans le cas des jeunes enfants, ce déficit peut être dangereux parce qu’il retarde leur développement physique et mental et menace leur survie. Plus du quart des enfants de moins de 5 ans des pays en développement sont mal nourris. Il est possible de surmonter la pauvreté et la faim.
En Asie, la pauvreté a reculé de façon spectaculaire : le nombre de personnes qui vivent avec moins de 1 dollar par jour a baissé de près d’un quart de milliard entre 1990 et 2001, décennie de croissance économique rapide.
Dans plus de 30 pays, la faim a été réduite d’au moins 25 % en 10 ans. Quatorze de ces pays se trouvent en Afrique subsaharienne, région la plus durement touchée par la faim et la malnutrition »

• Assurer l’éducation primaire pour tous
« C’est l’éducation qui permet de choisir la vie que l’on mènera et de s’exprimer avec confiance dans ses relations personnelles, son milieu et son travail. Les 115 millions d’enfants en âge d’être scolarisés dans le primaire et qui ne le sont pas, se voient refuser l’exercice d’un droit fondamental. Il s’agit surtout d’enfants de familles pauvres, dont la mère, le plus souvent, n’a pas fréquenté l’école non plus.
Ce gaspillage de potentiels ne touche pas seulement les enfants, car l’éducation, notamment celle des filles, comporte des avantages sociaux et économiques pour l’ensemble de la société. Une femme éduquée a de meilleures perspectives économiques et participe davantage à la vie publique.
Si elle est mère, elle tend à avoir des enfants moins nombreux mais en meilleure santé, qui ont plus de chances d’aller à l’école.
Tous ces points positifs sont autant d’armes contre le cercle vicieux de la pauvreté. Cinq régions approchent de l’enseignement primaire universel. Mais pour qu’elles atteignent cet objectif, il faudra renforcer considérablement l’action entreprise en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et en Océanie.
Dans ces régions et ailleurs, il faut aussi s’efforcer, tout en les scolarisant, de maintenir les enfants à l’école, surtout les plus difficiles à atteindre, et de leur donner une éducation de qualité. »

• Promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes
« L’égalité des sexes, qui est inscrite dans les Droits de l’Homme, est au cœur de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Sans elle, on ne pourra vaincre ni la faim, ni la pauvreté, ni la maladie.
C’est dire que l’égalité doit être réelle à tous les niveaux de l’enseignement et sur tous les lieux de travail, et que la maîtrise des ressources et la représentation dans la vie publique et politique doivent être également partagées. Parvenir à la parité dans l’enseignement — à l’école primaire et au-delà - est une condition préalable à la pleine participation des femmes à la vie sociale et à l’économie mondiale.
Dans trop de pays, les filles sont des laissées-pour-compte. Parmi les nombreux avantages qu’offre un enseignement de qualité, il y a la sécurité qui s’attache au travail rémunéré. Or, les femmes sont trop souvent reléguées dans des emplois précaires et mal payés. Bien que leur place dans les emplois non agricoles rémunérés ait augmenté, elles restent une petite minorité dans les emplois salariés dans beaucoup de régions, tout en étant surreprésentées dans le secteur informel de l’économie.
Donner aux femmes un pouvoir égal d’intervention dans les décisions qui influent sur leur vie, du sein de la famille aux instances les plus élevées du gouvernement, c’est leur donner la clef de leur autonomie. Or, bien que leur représentation dans les parlements nationaux augmente régulièrement depuis 1990, elles n’occupent encore que 16 % des sièges parlementaires dans le monde. »

• Réduire la mortalité infantile
« La mort d’un enfant est toujours un événement tragique. Près de 11 millions d’enfants meurent chaque année (c’est-à-dire 30.000 par jour) avant d’atteindre l’âge de 5 ans.
Ils vivent pour la plupart dans des pays en développement et meurent d’une maladie ou d’un ensemble de maladies qui auraient pu être prévenues ou guéries à peu de frais avec les moyens dont on dispose déjà. Parfois, ces décès sont dûs simplement au manque d’antibiotiques pour soigner une pneumonie, ou de sels de réhydratation pour mettre fin à une diarrhée.
La malnutrition est présente dans plus de la moitié des cas. La mortalité des enfants est étroitement liée à la pauvreté : les progrès des taux de survie des enfants de moins d’un an et de ceux de moins de 5 ans sont les plus lents dans les pays pauvres et dans les tranches les plus pauvres de la population des pays riches.
La solution du problème passe par l’amélioration des services de santé publique, notamment les équipements d’adduction d’eau et d’assainissement. L’enseignement, notamment quand il touche les filles et les mères, est aussi un moyen de sauver des vies d’enfant.
Relever le niveau de revenu n’est pas non plus inutile mais les résultats restent maigres si les services nécessaires n’atteignent pas ceux qui en ont le plus besoin. »

• Améliorer la santé maternelle
« Une naissance devrait être un motif de réjouissance mais plus d’un demi-million de femmes meurent tous les ans pendant la grossesse ou l’accouchement. Elles sont 20 fois plus nombreuses à être atteintes de lésions ou d’invalidités graves qui, si elles ne sont pas soignées, peuvent être sources de douleurs et d’humiliations pour le restant de leurs jours.
La mort d’une mère peut être particulièrement tragique pour les enfants qu’elle laisse, plus exposés à la pauvreté et à l’exploitation. Les pays qui affichaient déjà des taux de mortalité maternelle faibles ont fait encore des progrès. Cela ne suffit pas. Faire baisser ces taux dans les pays où ils sont le plus élevés, exige des ressources supplémentaires pour que la majorité des accouchements se fasse en présence de médecins, d’infirmières ou de sages-femmes capables de prévenir et de déceler les complications obstétriques et d’y faire face le moment venu.
Lorsqu’un problème se présente, il faut que la mère puisse gagner à temps un centre médical bien équipé. L’universalisation des soins de santé génésique, y compris de la planification familiale, est le premier préalable à la santé maternelle.
Il est particulièrement important de pourvoir aux besoins des jeunes gens, qui sont 1,3 milliard à entrer dans la phase reproductive de leur vie. À l’heure actuelle, 200 millions de femmes manquent de services de contraception sûrs et efficaces. »

• Combattre le VIH/sida et d’autres maladies
« Depuis le premier cas de sida, il y a 25 ans, le virus est devenu la cause principale des décès prématurés en Afrique subsaharienne, et la quatrième cause de décès dans le monde.
Plus de 20 millions de personnes sont mortes depuis le début de l’épidémie et on estime à 39 millions le nombre de personnes vivant avec le VIH à la fin de 2004. Outre les souffrances impossibles à chiffrer qu’elle a imposées, l’épidémie a effacé des décennies de développement dans les pays les plus touchés.
Les pays qui ont échappé au fléau sont très rares. Mais il y a des pays qui se battent et qui gagnent. La Thaïlande et l’Ouganda ont montré que la volonté des dirigeants et une vision stratégique du problème permettaient de faire reculer les taux d’infection. Ils sont des exemples pour les autres pays qui sont la proie du virus.
D’autres maladies ne font pas la première page des journaux mais privent aussi de leur vitalité et de leurs espérances les populations du monde en développement. Le paludisme tue 1 million de personnes par an, des enfants pour la plupart, et l’on estime qu’il a amputé de 1,3 % le taux annuel de croissance économique des pays africains.
La tuberculose, réputée définitivement vaincue, apparaît de nouveau, avec des souches de bacille pharmaco résistantes et les vulnérabilités dues au sida et à son virus. Évidemment, ces trois maladies se concentrent dans les pays les plus pauvres. Or, on peut les maîtriser en grande partie grâce à l’enseignement, à la prévention et, lorsqu’elles frappent, à la thérapeutique et aux soins. »

• Assurer un environnement durable
« Assurer un environnement durable signifie exploiter intelligemment les richesses naturelles et protéger les écosystèmes complexes dont dépend la survie de l’humanité.
Cet objectif ne peut être atteint avec les schémas de consommation et d’exploitation d’aujourd’hui : les terres se dégradent à un rythme alarmant; les espèces animales et végétales disparaissent en nombre record; les climats changent, entraînant des risques de hausse du niveau des mers et d’aggravation des sécheresses et des inondations; les poissons et la ressource marine sont surexploités.
Les populations rurales pauvres sont les plus directement touchées par ces phénomènes parce que leur vie quotidienne et leurs moyens de subsistance dépendent souvent des ressources que fournit leur milieu. Si l’exode vers les villes a réduit la pression qui s’exerçait sur les terres arables, il a grossi la population qui vit dans des taudis insalubres et surpeuplés.
Dans les villes et en dehors, des milliards de gens n’ont ni source sûre d’eau potable ni sanitaires. L’élimination de ces obstacles et la solution des autres problèmes écologiques supposent que l’on s’intéresse davantage au sort des populations pauvres et que l’on renforce la coopération mondiale à un niveau sans précédent.
Les initiatives prises pour empêcher la couche d’ozone de continuer à s’appauvrir montrent que les progrès sont possibles si la volonté politique existe.

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