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Sortir du sous-développement : quelles nouvelles pistes pour l'Afrique de l'Ouest ? (Tome 1)

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Description

L'histoire du développement de l'Afrique est liée à la colonisation dont les conséquences principales sont la fragmentation du continent, le bouleversement des dynamiques socioculturelles, causes de nombreux conflits. En analysant ces causes, ce tome 1 insiste davantage sur le rôle des Africains eux-mêmes, guidés par des élites extraverties, qui n'ont pas su se départir des schémas de développement imposés par l'extérieur.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 46
EAN13 9782296480704
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.



















SORTIR DU SOUS-DÉVELOPPEMENT
QUELLES NOUVELLES PISTES POUR L’AFRIQUE DE L’OUEST ?
















Sous la direction de
Lambert N’galadjo Bamba
John O. Igué et Kalilou Sylla






















SORTIR DU SOUS-DÉVELOPPEMENT
QUELLES NOUVELLES PISTES POUR L’AFRIQUE DE L’OUEST ?
Aspects historiques, institutions et intégration régionale
Tome 1









Actes du Symposium de la CEDEAO sur le Développement
(Ouagadougou, Burkina Faso, 3 - 5 Octobre 2010)
















































































































































































































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56887-7
EAN : 9782296568877

Table des sigles
AEC Accords d’Echanges Commerciaux
AFDB African Development Bank
AIR Accords d’Intégration Régionaux
ALENA Accords de Libre-Echange Nord-
Américain
ASEAN Association of South East Asian
Nations
ASS Afrique au Sud du Sahara
AU African Union
BAD Banque Africaine de Développement
BCEAO Banque Centrale des États de
l’Afrique de l’Ouest
BM Banque Mondiale
CA Conseil d’Administration
CAP Certificat d’Aptitude Professionnelle
CEAO Communauté Economique de
l’Afrique de l’Ouest
CEDEAO Communauté Economique des États
de l’Afrique de l’Ouest
CEMAC Communauté Economique et Monétaire
d’Afrique Centrale
CER Communauté Economique Régionale
CILSS Comité Inter-États pour la Lutte contre
la Sécheresse au Sahel
CODESRIA Conseil pour le Développement en
Sciences Sociales en Afrique
COMESA Common Market for Eastern and
Southern
CSOs Civil Society Organizations
EAC East African Community
ECCAS Economic Community of Central
African States
ECOWAS Economic Community of West
African States
FMI Fonds Monétaire International
5 GATT Accord Général sur les Tarifs et le
Commerce
IDEP Institute for Economic Development
and Planning
IDP Internally Displaced Persons
IGAD Inter Government Authority
Development
IGOs Inter-Governmental Organizations
l’Ouest
LPA Lagos Plan of Action
MARIUN Mano River Union
NBER National Buro of Economic Research
NEPAD New Partnership for Africa’s
Development
NPFL National Patriotic Front of Liberia
NRA New Regionalism Approach
OAU Organization of African Unity
OMC Organisation Mondiale du Commerce
OMVG Organisation pour la Mise en Valeur
du fleuve Gambie
OMVS Organisation pour la Mise en Valeur
du fleuve Sénégal
ONG Orgnaisation Non Gouvernementale
ONUB United Mission in Burundi
OUA Organization of Africa Unity
PAS Programme d’Ajustement Structurel
PIB Produit Intérieur Brut
PMA Pays moins avancés
PNB Produit National Brut
PNUD Programme des Nations Unies pour le
Développement
PPA Parité des Pouvoirs d’Achat
PCS Prélèvement Communautaire de
Solidarité
PSD Pays sous-développés
RCA République Centrafricaine
RDC République Démocratique du Congo
RECs Regional Economic Communities
RPGs Regional Public Goods
SADC Southern African Development
Community
SOSUCO Société Sucrière de la Comoé
TCI Taxe Conjoncturelle à l’Importation
6 TDP Taxe Dégressive de Protection
TEC Tarif Extérieur Commun
UA Union Africaine
UEMOA Union Economique et Monétaire
Ouest-Africaine
UMOA Union Monétaire Ouest-Africaine
UNAMSIL United Army in Sierra Leone
UNECA United Nations Economic
Commission for Africa
UNHCR United Nations High Commissariat
for Refugees
UNOMUR United Assistance Mission for
Rwanda
WAMZ West African Monetary Zone
WAPCO West African Pipeline Company

7
Préface
L’ouvrage relatif au symposium de la CEDEAO sur le développement que la
Commission de la CEDEAO offre au public sera d’une grande utilité aux
chercheurs et à tous les acteurs du développement en Afrique. C’est un livre
d’une importance considérable par la qualité de sa réflexion et par le souci de
chercher par des voies pertinentes la solution d’un problème posé avec autant de
fermeté que de précision : « Sortir du sous-développement, quelles nouvelles
pistes pour l’Afrique de l’Ouest ?». C’est un questionnement crucial
constamment renouvelé malgré les avancées remarquables.
La léthargie dans laquelle se trouvent les économies africaines malgré
l’application de divers modèles de développement est révélatrice de la difficulté
à cerner de façon optimale et définitive la question de développement tant elle
renferme une réalité complexe. C’est à ce chantier de clarification, de réflexion
et de proposition de nouvelles pistes pour l’avenir de la région afin de réorienter
le concept de développement que la Commission de la CEDEAO, s’est engagée,
en collaboration avec la communauté des chercheurs de la région et des autres
acteurs du développement.
L’objectif de cet ouvrage, derrière son titre évocateur, est de donner au
développement tout son sens à travers une analyse multidimensionnelle, et tout
cela pour construire un modèle de développement endogène qui puisse redonner
à la région un rôle central dans les choix qui concernent son avenir. Ce chantier
peut paraître comme une vaste ambition. Mais il donne lieu à des analyses très
intéressantes parce qu’il montre à quel point la rénovation du développement ne
peut se faire selon la logique qui l’a longtemps guidée. Le développement doit
être porteur d’un nouvel état d’esprit.
Cet ouvrage propose-t-il de nouvelles pistes pour sortir du
sousdéveloppement ? Les nombreuses contributions scientifiques qu’il renferme
apportent assez d’éléments pour répondre par l’affirmative. Mais au-delà de ces
solutions fort pertinentes, la possibilité de s’insérer dans l’économie mondiale
en pleine mutation passe par un changement institutionnel et des mentalités.

Victor J. GBEHO

9
Post-préface
Le livre en trois tomes du symposium de la CEDEAO sur le thème « Sortir
du sous-développement, quelles nouvelles pistes pour l’Afrique de l’Ouest ?»
est maintenant disponible. C’est un sujet crucial pour les pays en
développement que cet ouvrage analyse sous divers aspects et avec une grande
pertinence. Comme vous le savez, les nombreux programmes d’inspiration
occidentale n’ont pas permis à l’Afrique en général et à la CEDEAO en
particulier de connaître un développement soutenu. C’est pourquoi, la
Commission de la CEDEAO a pris l’initiative d’engager une réflexion nouvelle
sur l’avenir de l’Afrique de l’Ouest.
Ce livre, constitué des contributions scientifiques les plus pertinentes
présentées lors du symposium, propose une analyse rigoureuse des sources du
développement et les enseignements que la CEDEAO peut en tirer.
Il s’appuie sur les recherches les plus récentes de chercheurs de la région et
sur une série de faits pratiques émanant de l’expérience d’acteurs de la société
civile ainsi que du secteur privé en matière de développement. Le livre présente
une discussion critique des modèles d’inspiration néolibérale et propose une vue
d’ensemble de cette importante réalité et des pistes nouvelles, ou du moins,
viables d’un développement endogène.
Cet ouvrage a le mérite d’analyser la question du développement sous une
forme multidimensionnelle et ne limite pas l’examen du sous- développement à
des concepts et des approches qui ont été longtemps réservés aux modèles
hérités de l’occident. C’est ainsi qu’il aborde la réalité du développement sous
l’angle historique, sociologique, géographique, socioculturel, politique,
économique, institutionnel, etc. C’est l’un des grands atouts de ce livre.
La discussion sur l’histoire du développement, par exemple, fait un bilan
critique des cinquante années d’indépendance et soulève la pertinence du rôle
des institutions dans le développement.
Le chapitre sur l’intégration régionale est essentiel et met en relief la
nécessité de la consolider car elle tire sa légitimité de la forte dynamique
historique des relations, du commerce, des communautés politiques
transnationales et des peuples de la région.
Le développement est également une façon d’être. Il est un entrelacs de
vision, de dynamisme, de raison. En d’autres termes, le développement est aussi
un état d’esprit. Certaines contributions ont montré, à juste titre, que le retard de
l’Afrique par rapport à d’autres parties du monde, notamment l’Asie est en
partie dû à cela.
11 Aussi, c’est par sa capacité à opérer des changements structurels et de
mentalité que l’Afrique pourra s’adapter aux mutations du monde.
Les mots souvent évoqués pour parler des changements indispensables pour
le progrès de l’Afrique sont que les politiques et programmes de développement
doivent catalyser le changement, ouvrir de nouvelles voies, transcender la
pensée linéaire, etc.
Les réflexions contenues dans cet ouvrage éclairent bien ces idées non
conformistes. Et cela est particulièrement bienvenu pour une région comme la
CEDEAO qui a commencé à concevoir et à mettre en œuvre sa stratégie de
développement régional.
Ce livre fait avancer les connaissances sur un sujet inépuisable sur lequel les
Africains n’écrivent que très peu. Il indique aussi de nombreuses pistes de
recherche intéressantes. Un tel ouvrage peut contribuer, par l’étendue des
contributions, à l’élaboration et à l’amélioration des politiques de
développement tant au niveau national que régional.
En intitulant de façon générale le livre : « Sortir du sous-développement,
quelles nouvelles pistes pour l’Afrique de l’ouest ?» les auteurs soulignent à
bon escient la nécessité de revisiter les théories de développement à travers des
réflexions et des pistes endogènes.
Dans un monde en crise constante où l’occident est en quête de solutions à
ses incertitudes internes, il est plus que jamais indispensable que la
communauté des chercheurs africains contribue plus activement à la réflexion
concernant l’avenir du continent.

Lambert N. BAMBA


12
Avant-propos
En 2008, la Commission de la Communauté Economique des États de
l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et singulièrement le Commissaire chargé des
Affaires Macroéconomiques ont proposé d’organiser une réflexion sur les
approches du développement en Afrique de l’Ouest. Cette idée s’inscrit dans
deux contextes qui ont marqué l’année 2008 :
- La crise économique et financière mondiale ayant ébranlé tous les pays de
la planète en montrant ainsi les limites des approches libérales dans la
manière de gérer l’économie du monde ;
- La CEDEAO vient d’achever une réflexion prospective à l’horizon 2020
dont la vision principale est de passer de la CEDEAO des États à la
CEDEAO des peuples.
Ces deux événements exigent le changement des anciens paradigmes de
développement et de comportement dans la sous-région africaine trop axés sur
le mimétisme de la pensée imposée par les Institutions internationales et par le
haut en ce qui concerne la manière de fonctionner de la CEDEAO.
La réalisation de cet objectif a été confiée à un comité scientifique qui s’est
penché sur la manière de transformer cette idée en une réalité concrète. Ce
comité a d’abord réfléchi à une problématique centrale, puis aux démarches qui
doivent conduire à la concrétisation de la proposition.
S’agissant de la problématique, il fut proposé que la manifestation soit
organisée autour du thème : « Sortir du sous-développement, quelles nouvelles
pistes pour l’Afrique de l’Ouest ? ». Un contenu à cette thématique fut ensuite
rédigé et approuvé par la Commission. Celui-ci fut popularisé avec appels à
communications, de même que les dates et le lieu de l’événement.
Celui-ci est devenu réalité du 3 au 5 Octobre 2010 à Ouagadougou
(BurkinaFaso). Il a réuni environ 250 chercheurs, acteurs de la société et partenaires au
développement autour des autorités de la CEDEAO et du Burkina-Faso. Une
centaine de communications ont servi de support aux débats. Ces
communications ont été ensuite réappréciées par le comité scientifique qui a
décidé d’en choisir une soixantaine pour publication en raison de leur qualité
scientifique. Ces soixante communications ont été regroupées en trois
thématiques, objet des présents ouvrages :
- Volume 1 : Histoire du développement, institutions et intégration régionale
en Afrique de l’Ouest.
- Volume 2 : Financement de développement et coopération.
- Volume 3 : Développement, industrialisation et technologie.
13 Ces trois volumes dont la rigueur scientifique est assurée par le comité
scientifique, n’ont malheureusement pas les mêmes portées scientifiques, tant
en ce qui concerne les thèmes développés que le contenu des différentes
contributions. Malgré cela, le comité scientifique se félicite de la parution de ces
ouvrages pour plusieurs raisons :
- D’abord c’est la première fois que les intellectuels et acteurs de
développement de l’Afrique de l’Ouest prennent conscience ensemble de la
nécessité de rompre avec le mimétisme ambiant dans la manière de réfléchir
à l’avenir de leur pays ;
- Ensuite, l’initiative vise à décloisonner la démarche de développement
entre chercheurs, acteurs de développement et décideurs politiques ;
- Enfin, cette expérience initiée par la Commission de la CEDEAO mérite
d’être connue et pérennisée afin que le développement de la sous-région ne
soit plus conçu à partir de simples intuitions ou des approches exogènes.
Notre vœu est que cette entreprise reçoive un écho favorable tant de la
communauté des chercheurs, des acteurs de développement que des partenaires
au développement de la sous-région.
C’est le lieu de remercier tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette
initiative. Nous tenons à mentionner en premier lieu la Commission de la
CEDEAO, la Commission de l’Union Européenne pour son appui et son soutien
financier, les chercheurs qui se sont mobilisés pour apporter des contributions
de qualité et les autorités du Burkina-Faso à travers le Président du Faso pour
avoir accepté de parrainer et d’accueillir l’événement. Au nom du Commissaire
Chargé des Affaires Macroéconomiques, nous tenons à leur exprimer toute
notre profonde gratitude.

Le Comité scientifique

14
Introduction
Les préoccupations de développement sont un long processus en Afrique de
l’Ouest. On peut en distinguer trois étapes : précoloniale, coloniale et
postcoloniale.
Durant la période précoloniale, le développement de la sous-région était
assuré par des acteurs privés à travers le commerce local et de longue distance.
Le commerce local se faisait à partir des marchés périodiques. Le commerce de
longue distance était assuré par des caravanes et des réseaux marchands
d’origine mandingue (avec ses trois ramifications que sont les Dioula, les
Wangara et les Dendi), Haoussa et Yoruba.
Les activités de ces différents réseaux étaient libres à l’intérieur de la zone et
1protégées par les souverains locaux .
Mais l’originalité des activités de développement durant cette période
coloniale était surtout due d’un côté à son horizontalité est-ouest animée par des
productions venant des différentes zones économiques (zones sahara, sahel,
soudan et forestière). C’est au contact de ces différentes zones que se sont
développés les principaux marchés-entrepôts comme Kong, Bouna,
BoboDioulasso, Salaga, Kintempo, Atebubu, Sansanné-Mango, Djougou, Kishi, etc.
De l’autre côté il y avait la variété des moyens de paiement avec trois systèmes
monétaires : local (manille), régional (cauri) et international (lingot et pépite
2d’or) .
Durant la période coloniale, ce système économique précolonial a été remis
en cause par la rupture de ses différents équilibres. A la logique horizontale,
s’est substituée la logique verticale avec la création des colonies et
l’instauration d’un système de prédation au profit des pays du Nord. Ce système
de prédation s’est matérialisé par l’arrêt des anciens réseaux marchands et leur
remplacement par de nouveaux traitants d’origine étrangère (européens et
syrolibanais) autour de nouvelles spéculations que sont les cultures d’exportation
(arachide, coton, café, cacao, huile de palme, etc.) et les pacotilles. L’ancien
système monétaire à pallier fut remplacé par des monnaies coloniales propres à
chaque puissance. Bref, le développement de cette période est essentiellement
3celle de l’économie de prédation .

1 Claude Meillasoux (éd) : L’évolution du commerce en Afrique de l’Ouest. Oxford University
Press, 1971.
2 Mony, R. : Tableau géographiques de l’Afrique au Moyen Age. Mémoires de l’IFAN, 1961.
3 Samir Amin : L’Afrique de l’Ouest bloquée. Editions de Minuit, 1984.
15 A la décolonisation, cette économie de traite a été renforcée par un nouveau
discours axé sur l’agriculture comme levier de l’industrialisation. La promotion
de cette agriculture à partir de la politique des grandes plantations a entraîné un
endettement massif des États. Mais sa lourde conséquence est celui du faible
investissement consacré à l’éducation à la différence des pays asiatiques.
Pendant que ces pays asiatiques ont réussi à former des élites de développement
économique, l’Afrique croupit plutôt sous l’endettement provoqué par les
grandes plantations avec pour conséquence plus tard l’instauration des
programmes d’ajustement structurel à partir de 1981. L’Afrique de l’Ouest est
toujours dépendante de cette politique qui s’est muée depuis 2000 vers la
rédaction des Stratégies de lutte contre la pauvreté devenues les seules
alternatives au développement.
Cette évolution s’est aussi accompagnée d’un changement institutionnel
notable avec le passage de la démocratie vers le début des indépendances en des
régimes autocratiques entre 1970 et 1990. L’échec de ce système autocratique a
entraîné le vent du renouveau démocratique avec la démocratisation de l’État et
de la société et de nouvelles exigences institutionnelles fondées sur la bonne
gouvernance, la promotion des collectivités à la base par la décentralisation et
l’émergence d’une société civile responsable et crédible afin que la nouvelle
démarche démocratique ne soit plus confisquée par le haut.
Ce changement institutionnel est aussi dû au phénomène de la
mondialisation dans lequel le monde entier s’est plongé depuis 1990. Celle-ci
exige la recomposition de l’espace monde autour des préoccupations
d’intégration régionale. Bien que les conséquences de la balkanisation de
l’Afrique fussent déterminantes à la nécessité de l’intégration régionale en
Afrique, la mondialisation apporte de nouveaux souffles à cela. En effet, « Les
forces qui poussent à la mondialisation de l’économie sont privées. Mais les
acteurs qui négocient les accords régionaux qui en résultent sont publics. Ils
ont perdu avec la mondialisation la plupart de leurs moyens d’actions
4classiques. La régionalisation leur redonne de nouveaux moyens d’actions » .
D’où le regain pour le régionalisme transétatique.
Ce volume 1 structuré autour de seize (16) communications, débat de ces
différents problèmes relatifs à l’histoire du développement, à l’évolution des
institutions et au rôle de l’intégration dans le développement. Il est structuré en
trois parties.
La première, Histoire du développement, regroupe cinq articles centrés sur
cette problématique avec le brillant papier de M. Kassé sur Cinquante ans
d’indépendance, quelles leçons pour l’Afrique ? Il en est de même du travail de
T. Thiombiano sur L’origine historique de la crise du développement en Afrique

4 Tubiana, L. : La stratégie des blocs n’aura pas lieu. Courrier de la planète, n°28, Mai, Juin
1995.
16 ou de la contribution de E. Ogouwale sur Le Chemin du développement en
Afrique de l’Ouest, hier, aujourd’hui et demain.
Cette approche historique est complétée par deux autres articles consacrés
aux conflits qui menacent la paix en Afrique. Ces conflits qui sont récurrents
dans la sous-région depuis l’indépendance des colonies amorcée en 1957 par le
Ghana, se sont aggravées ces derniers temps comme conséquence du processus
démocratique actuel. Ils attestent de la crise des Institutions démocratiques et
des États qui les élaborent. D’où l’intérêt tout particulier des contributions de K.
Sylla et al. sur Analyse des causes des conflits armés en Afrique et de N.
Coulibaly, Transformer les dynamiques conflictuelles en force de
développement. Ces deux contributions mettent l’accent sur les causes de ces
conflits se manifestant par l’instabilité politique et institutionnelle avec pour
conséquence le mauvais fonctionnement des acteurs nationaux marqué par
l’opportunisme. Ils insistent aussi sur la propagation régionale des conflits
entraînant des antagonismes spécifiques à chaque pays concerné à travers son
histoire et ses pratiques politiques.
La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée aux questions institutionnelles
à travers six (6) contributions : celles de Olutayo et al. : From state back to the
state : lessons for ECOWAS countries ; K. Nubukpo : Institutions, croissance et
développement en Afrique de l’Ouest, vers de nouvelles alliances ; B. Abossede
: Institutional and political approach to development : rethinking african states
conflicts management strategies ; O.L. Akiboyo : The challenge or power
supply in exchanging integration process in ECOWAS countries ; W. Ouattara :
Le rôle de l’intégration dans la consolidation de la démocratie et des
institutions politiques ouest-africaines ; A.A. Saliou, Governance and the
development question in west africa.
Toutes ces contributions soulèvent trois questions cruciales :
- La qualité des institutions politiuqes ouest-africaines face aux défis d’un
État moderne, fonctionnel et capable de porter le développement ;
- Le rôle que peut jouer l’intégration régionale par rapport aux difficultés de
fonctionnement des États-nations et à la construction de la démocratie ;
- La CEDEAO et la question des conflits en Afrique.
Ces trois questions soulèvent du coup le rôle de la gouvernance dans le
développement de l’Afrique de l’Ouest. Celle-ci est au cœur de fonctionnement
des institutions politiques ouest-africaines et du processus de la construction
régionale. Sans elle, aucune garantie ne peut être accordée à la fois aux États et
aux institutions qu’ils élaborent y compris celles ayant trait à la contribution du
régionalisme transétatique.
La troisième partie de l’ouvrage est axée sur le rôle de l’intégration régionale
dans les politiques macroéconomiques, les échanges commerciaux et l’avenir
des États-nations. Ces trois problèmes ont été abordés à travers cinq (5)
communications :
17 - Effets des distorsions des politiques économiques sur les échanges
commerciaux bilatéraux : cas de l’UEMOA ;
- Régional integration in Africa : deconstructing the State, constructing a
paradymshift ;
- Os efeitos do principio da liberdade de circulacão da CEDEAO nos
sistemas comunitários de produçao e comercialização de productos :
Exemplo do Sudeste da Guiné-Bissau ;
- Social cohesion, regionalism and development in West Africa;
- Défis et perspectives de l’intégration régionale en Afrique.
La dernière de ces contributions met l’accent sur les défis et les perspectives de
l’intégration régionale en pointant du doigt les difficultés relatives aux moyens
mis en œuvre (moyens humains et financiers notamment), à la cohérence des
espaces d’intégration régionale, à la circultation des facteurs de production et à
la nécessité de transformer la vision élaborée en une stratégie offensive de
développement.

18
PREMIÈRE PARTIE

HISTORIQUE DU DÉVELOPPEMENT

I

Le cinquantenaire des indépendances africaines :
quelles leçons pour l’Afrique ?
Moustapha Kasse
Ce titre peut sembler iconoclaste et provocateur : il veut inviter, en tout cas,
à la réflexion. L’Afrique souvent en fête, semble avoir de bonnes raisons de
fêter : après tout, 50 ans ça se fête. En conséquence, partout sur le continent la
fête se prépare : fébrilité mobilisatrice surtout du petit peuple, gigantisme des
effets de démonstration pour des politiques satisfaits d’être là, gros budgets et
gros sous, tamtams et tapages tous azimuts. Face aux fresques qui pointent, se
posent quelques questions de simple bon sens : comment éviter la folklorisation
outrancièrement excessive et coûteuse des Célébrations du Cinquantenaire des
Indépendances africaines ? En dehors des lourdes ardoises financières, de la
grisaille et de la gueule de bois des populations qui retrouveront leur quotidien
astucieusement mis entre parenthèses le temps d’une fête et de l’exhortation
d’un patriotisme circonstancié, que restera-t-il quand les lampions seront
éteints ? Pourquoi ne pas profiter de l’opportunité pour faire une autre fête,
celle de l’esprit ?
Alors, osons lancer le débat sans complaisance autour d’une triple
interrogation qui fasse la somme et le reste d’un parcours de 50 ans : D’où
venons- nous ? Où en sommes-nous ? Où allons-nous ? Le débat des
intellectuels sur ces questions reste trop insuffisant au moment où, presque
partout en Afrique, montent la pauvreté, le chômage, les inquiétudes, les
souffrances et les colères. Les développements qui suivent ont une prétention
bien limitée : offrir quelques repères sur le questionnement pour susciter des
réponses hautes et claires.

I/ Qui sommes-nous et d’où venons-nous ? Des peuples historiquement
battus, humiliés et exploités parce qu’ils n’ont créé ni la poudre ni l’écriture,
ils doivent se battre en construisant des pays qui ne puissent plus jamais être
dominés

Le fameux discours de Dakar de N. Sarkozy avait éveillé plus d’émotion que
de réflexion dans le giron des intellectuels africains au sud du sahara. Certes ce
21 discours est provocateur, irrévérencieux, blessant, méprisant, vexatoire et que
sais-je encore ? En cela nous pouvons le maudire ou le haïr. Mais, il contient en
filigrane deux vérités irréfragables qui ne doivent plus échapper à nos
réflexions : les africains ont été historiquement des peuples faibles et ses élites
politiques et intellectuelles continuent encore de se montrer incapables de poser
avec clarté les véritables problèmes de leurs peuples en vue de leur trouver des
solutions idoines. Que l’on n’aille pas énumérer tout un chapelet de prouesses
historiques et de brillants faits de civilisation : ils n’ont servi à rien car, si tant
est qu’ils ont existé, ils n’ont pas permis au Continent de résister
victorieusement ni d’échapper hier à l’esclavage et à la colonisation et
aujourd’hui à la néo-colonisation et à la marginalité. L’adage affirme avec une
foi de charbonnier qu’on ne sait mieux d’où on va que lorsque l’on sait d’où on
vient. En raccourci, les âpres polémiques entre Cheikh Anta Diop/Léopold
Senghor, Ki-Zerbo et J.S.Canal, relayées par de jeunes chercheurs
particulièrement talentueux comme Mamadou Diouf, Momar Coumba Diop,
n’ont pas fait avancer d’un iota la connaissance des évolutions marquantes des
sociétés africaines. Plus simplement, elles n’ont même pas amélioré notre
perception des handicaps majeurs qui font de l’Afrique subsaharienne, le
continent le plus arriéré au plan économique, politique et social. Pour revenir
aux termes originels du débat, l’antériorité des civilisations nègres, même si elle
était scientifiquement établie, n’apporte aucun éclairage particulier sur le
constat que « aujourd’hui, les premiers sont bel et bien les derniers de la classe
mondiale ». Comme le disait si bien M. Gorki « le carrosse du passé nous a
conduit nulle part ». Nos historiens doivent nous offrir une grille de lecture
simple et efficace qui rende intelligibles les raisons de nos faiblesses et de nos
défaites historiques. Par la suite, chaque scientifique sera libre de la
complexifier au regard de ses besoins.
Alors, posons-nous les bonnes questions, les plus déterminantes et cherchons
les réponses simples, sans fioriture : Pourquoi sommes-nous incapables d’être
dans le temps mondial ?

II/ Où en sommes-nous ? Les décennies perdues du développement :
l’Afrique subsaharienne est presque aussi pauvre aujourd'hui qu'au moment
des indépendances

Le bilan ne souffre d’aucun doute : échec total et sans appel de cinquante
années de tentative d’une occidentalisation imposée par les néolibéraux
mondiaux et les élites africaines extraverties. Sans pessimisme ni optimisme, le
diagnostic chiffré est carrément apocalyptique : parmi les 49 pays les moins
avancés (PMA) les 35 sont en Afrique Sub-saharienne ; 581 millions de
personnes, sur une population totale de 767 millions, vivent toujours dans le
dénuement et 277 millions d’entre elles sont dans la « pauvreté absolue » avec
moins de 1 dollar par jour ; plus de 50% de la population est âgée de moins de
22 20 ans et le taux de chômage atteint un niveau record. Plus de 50% de la
population réside dans les campagnes en sous-activité criante : les paysans y
travaillent en moyenne 600 heures par an quand leurs homologues d’Asie font 7
ou 8 fois plus. Sur un trend long, l’Afrique est la seule région du monde où le
PIB a régressé : la croissance économique sur une longue période (+3,4%) est à
peine plus élevée que la croissance démographique (+3,1%) ; les indicateurs
économiques et financiers (PIB, budgets publics) et sociaux (éducation, santé,
environnement) sont mal orientés, surtout depuis les années 1980. L’Afrique
subsaharienne est presque aussi pauvre aujourd'hui qu'au moment des
indépendances, il y a près d'une cinquantaine d'années avec des niveaux des
revenus plus bas. Pour toutes ces raisons et sans doute bien d’autres, l’Afrique
est le siège d’instabilités qui bloquent sérieusement son décollage.
Les nouvelles infrastructures fièrement exhibées comme des réussites
urbaines cachent mal une urbanisation chaotique et accélérée qui ne règle
aucunement le lancinant et sempiternel problème de l’aménagement du
territoire ; elles vont même contribuer fortement à renforcer la bipolarité et les
inégalités sociales. Nous avons hérité d'un découpage de l’espace géographique
et administratif qui obéissait à la logique d'une mise en valeur coloniale fondée
exclusivement sur l'économie de rente agricole et minière. Le mouvement
d'urbanisation et les modernisations qui s’y réalisent ne modifient pas
fondamentalement ce découpage de l'espace donc l'aménagement du territoire.
Bien au contraire, le gigantisme des mégalopoles (qui absorbent l’essentiel des
investissements publics), renforce les effets de polarisation et conduit selon le
mot de René Dumont à la formation «de trop grosses têtes reposant sur de frêles
et petits corps». Cette bipolarité va se renforcer : les mégalopoles exercent des
effets d'attraction sur les hommes, les capitaux, les marchandises, les services,
la vie intellectuelle et sociale. Il va s'opérer un double jeu d'un côté des effets
d'attraction (spread effects) et de l'autre des effets d'appauvrissement (backwash
effects) pour les régions de l'intérieur. Ces derniers effets se manifestent sous
des formes diverses : émigration des éléments les plus jeunes et les plus actifs,
émigration des capitaux, faibles opportunités d'investissements et
d'industrialisation, régression de l'agriculture et insuffisance des services
publics. En définitive, depuis les indépendances, la croissance urbaine a été
explosive et chaotique avec un taux de croissance d’environ 10% par an. Pour
l'ensemble du continent, on dénombrait 3 villes millionnaires en 1950, 25 en
1990, 30 en 1995 et 42 en l'an 2000. Le Caire, la plus grande ville d’Afrique,
dépasse largement les 10 millions d’habitants, mais sera dépassée dans une
vingtaine d’années par Lagos (6 millions actuellement) qui comptera 25
millions en 2025 pour une population d’environ 400 millions, à l’époque le
Sénégal aura plus de 30 millions d’habitants. Alors les bidonvilles, taudis,
gourbis, ghetto, slum, township, favela, mocambo seront le siège permanent de
contestations toujours violentes de l’ordre public.

23 III/ Le début de la fin de toutes les illusions d’où l’impérative nécessité de
construire une vision alternative crédible pour sortir de la misère et du retard
de développement

A y regarder de près, on peut facilement observer l’échec des visions
préconisées par les élites depuis le début des indépendances. Cela annonce
positivement le début de la fin des principales illusions qui ont traversé nos
sociétés ces 50 dernières années. Il s’agit des visions passéistes, des visions
néolibérales et de celles de la construction d’États-nations. La vision passéiste
est formulée par certains historiens qui évoquent des formes d’organisations
sociales, des valeurs idéalisées pour traduire un passé mythique qui n’a jamais
existé et qui devrait être en réalité celui de peuples historiquement défaits. Il
faut alors voir dans ces formations sociales quelles sont les valeurs et les
attitudes les plus progressistes vis-à-vis du travail, du temps et du progrès. Bien
que la vision ethnographique de l’africain de N. Sarkozy soit à la fois aberrante
et fallacieuse, le modèle culturel et civilisationnel de l’homo africanus (si tant
est qu’il existe) est partagé entre la volonté de rendre chaque homme
responsable de son destin (dimension réduite de l’homoéconomicus) et le souci
de rendre chaque homme solidaire de son prochain (dimension réduite de
l’homosocialicus).
La seconde vision concerne le libéralisme qui, malgré ses évolutions et
involutions marquantes de trajectoire, veut donner au monde (de gré ou de
force) le même format : celui de l’économie libérale de marché. A l’évidence
cette vision repose sur deux projets complémentaires, le premier est
économique et vise à imposer l’ajustement de toutes les économies à celles du
centre tandis que le second est politique et repose sur l’imposition de la
démocratie représentative qui devrait assurer la libre circulation des élites dans
les appareils de pouvoir. Les stratégies mises en place pour conduire et
coordonner le dispositif sont emportées par les crises successives du capitalisme
à telle enseigne que la question de la gouvernance mondiale est posée comme
une urgente nécessité. En Afrique subsaharienne, en 50 ans les élites qui se sont
succédées au pouvoir n’ont réussi ni à construire des systèmes économiques
performants ni à édifier des systèmes démocratiques.
Au niveau économique l’ajustement structurel a été un échec lamentable et a
fait place à «des stratégies de réduction de la pauvreté» : service social
minimum pour que les sociétés n’implosent pas suite à des révoltes ou
jacqueries de la faim et de la misère. Quant au projet politique, c’est un
véritable champ de mine qui impose des rythmes de marche décevants. En 50
ans pouvait-on construire, sur fond de pauvreté, misère et famine, une
démocratie ouverte, libérale pluraliste, favorable au développement de
l'initiative privée et à la bonne marche des affaires. Pour la plupart des pays
africains, l’édification d'un État de droit appuyé sur des institutions
administratives et judiciaires indépendantes compte un énorme retard. Le
24 pluralisme politique, le contrôle de légalité, ainsi que, désormais, la
décentralisation, ont fini par façonner des cadres juridiques au sein desquels les
"prérogatives exorbitantes du droit commun", le "fait du prince" et autres
privilèges dont la puissance publique pouvait se prévaloir, continuent de
s’imposer. De plus, l'engagement des pays dans la traduction législative et
réglementaire des principes de "Bonne Gouvernance" découle d’une volonté de
bénéficier des subsides de l’occident. La création d'organismes chargés de
contrôler les processus électoraux, les timides luttes contre la corruption, la
publicité des procédures de passation des marchés publics et la modernisation
de la gestion administrative sont des signes patents d’échec car ces décisions
sont prises sous la dictée et le contrôle des bailleurs de fonds.
Sur ce dernier point rappelons que l’on attend des bailleurs de fonds le
financement de l’organisation des suffrages universels devenus l’alpha et
l’oméga de toute action politique. Tout le monde sait que l’aide publique au
développement toujours insuffisante et parfois inefficace et les remises de dettes
toujours conditionnelles et quantitativement limitées, les deux ensembles
favorisent le néocolonialisme. Pourtant, Léon Blum soulignait que « jamais la
République n’a été proclamée, en France, par la vertu d’un vote légal rendu
dans les formes constitutionnelles. Elle fut installée par la volonté du peuple
insurgé contre la légalité existante »
La dernière illusion concerne la mise à mort des État-nations sans que ne se
edessinent les lignes de construction d’un espace d’intégration africaine. Le 14
Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine qui vient de
s’achever nous révèle, par delà le spectacle rocambolesque de la présidence
tournante, que l’odyssée des États-Unis d’Afrique s’est grippée mettant l’UA
au défi de se transformer radicalement ou d’imploser. Les peuples commencent
à se lasser de la cacophonie, de l’immobilisme et de la persistance des divisions
extrêmement graves qui rendent l’institution inefficace, voire inopérante.
Depuis l’adoption de l’Acte Unique (une décennie environ), il n’existe guère
d’impulsion significative dans la construction de l’UA : aucun des problèmes
institutionnels déterminants (la supranationalité et ses implications juridiques, le
vote à la majorité qualifiée), politiques (la construction de la démocratie par la
paix et la stabilité qui va bien au-delà des simples dénonciations des
tripatouillages des constitutions) et économiques (la réalisation des programmes
et plans de financement, les nouveaux programmes de sortie de la crise
financière et sociale, l’opérationnalisation du NEPAD) ne sont pas clairement
inscrits dans l’agenda des grands décideurs politiques qui se préparent à animer
bientôt les grandes messes de la Célébration du Cinquantenaire.
Dans ce contexte, les espaces nationaux vont finir de se cloisonner, de se
clochardiser et de s’enfoncer dans la crise avec par-ci et par là des germes
d’une implosion sociale difficilement évitable. En 2008, la triple crise
énergétique, alimentaire et financière a débouché sur les « émeutes de la faim »
signes avant-coureurs de séisme politique. Le jamaïquain Percival James
25 Patterson a déclaré lors de la Conférence des 77 à Antigua en 2008 que « Si
vous pensez être à l’abri, si vous pensez que les émeutes ne peuvent pas se
transformer en révolutions, il est temps de revoir votre façon de penser». Partout
en Afrique subsaharienne s’accumulent les ingrédients d’une crise sociale : la
démographie galopante, la dualisation de l’espace géographique avec la
formation de mégalopoles explosives, des politiques économiques qui ruinent
les agricultures et tournent le dos à l’industrialisation sans se donner les moyens
techniques d’une tertiarisation bâtie sur les technologies du futur et préparatoire
de l’entrée dans les sociétés des connaissances, la pauvreté et la détérioration
des indicateurs sociaux et le chômage de masse des jeunes. Accepteront-ils
d’atteindre l’âge de la retraite sans jamais avoir à travailler. Voilà pourquoi, les
États-nations sont partout des volcans en ébullition, des zones de tempête.

En conclusion : Résoudre les problèmes pour conjurer les graves conflits
en gestation

Aujourd’hui, le déclin continu de l’économie, l’aggravation des fractures
existantes et la persistance des défiances envers les institutions annoncent selon
le mot de Samir Amin, la fin « des graves et dangereuses illusions qui ont
longtemps désarmé les classes populaires en leur faisant miroiter la possibilité
d’avancées sans luttes, sans renversement des rapports de forces en leur
faveur». L’heure de vérité semble sonner pour toute l’élite africaine : les 700
millions d’africains et les 400 millions de pauvres disséminés en une poussière
d’États-nations et paradoxalement assis sur la réserve mondiale de matières
premières n’accepteront plus d’être la banlieue et les marginaux d’un monde
traversé par des avancées spectaculaires en termes de création de richesse et de
bien-être grâce aux nouvelles technologies. La « marée jeune» exprime de
nouvelles aspirations mais aussi de nouvelles frustrations.

26
II

Les origines historiques des crises du
développement de l’Afrique
*Taladidia Thiombiano
Introduction
En luttant pour l’indépendance, est-ce que les peuples africains et
singulièrement leurs dirigeants avaient mesuré les enjeux futurs qui les
attendaient, à savoir conduire les jeunes nations vers la prospérité. Le problème
posé et qui devait être résolu était l’indépendance avec ou sans condition et
qu’importe. Ce manque de vision pour l’avenir ajouté au rôle que le
colonisateur devait jouer dans le futur contre ces jeunes nations n’avaient
certainement pas été capitalisés par les futurs dirigeants. Autant de facteurs qui
ont joué dans les processus de développement des nouvelles nations, rendant
difficiles les aspirations de ceux qui se sont sacrifiés pour l’avènement de ces
indépendances. L’intérêt des rappels historiques est que pour prévoir l’avenir et
limiter les erreurs, il est important de connaître ce qui s’est passé avant. Pour le
comprendre, nous allons rappeler dans un premier temps le contexte
géopolitique et les choix de développement, dans un second temps nous
analyserons les origines des crises de développement avant dans un troisième
temps d’examiner les solutions d’un futur développement pour le continent.
1. Le contexte géopolitique et les choix de modèles de développement
Deux faits majeurs ont marqué l’avènement des indépendances des pays
africains :
- la fin de la seconde guerre mondiale ;
- l’existence de deux systèmes politiques et économiques
Ces deux situations vont jouer sur les choix politiques et économiques de la
plupart des pays africains. Dans le même temps au plan de la pensée
économique, on distinguera principalement deux courants sur lesquels vont se
greffer différentes variantes. Les théories et les politiques de développement
seront influencées par ces deux écoles de pensée.

* Université de Ouagadougou II - Burkina Faso.
27 1.1. La fin de la seconde guerre mondiale et la naissance des théories du
développement
Une des causes fondamentales de la seconde guerre mondiale est la crise
financière et économique de 1929. Les répercussions de cette crise sont triples :
- au plan économique, on assiste à une baisse des prix, à la faillite de
nombreuses entreprises, à la réduction de la consommation, à la
surproduction, à l’effondrement des monnaies et au développement du
chômage ;
- au plan politique, c’est la disparition des régimes politiques fragiles et la
montée des régimes autoritaires ;
- les revendications d’indépendance de nombreuses colonies se manifestent.
C’est le chemin vers la renaissance de l’Afrique
La compréhension de la confusion qui va régner par la suite dans les
développements des théories du développement se situe d’une part, dans les
fondements des théories économiques nées après cette seconde guerre mondiale,
et d’autre part, le foisonnement intellectuel né suite au triomphe des révolutions
sociales dans certains pays (URSS, Chine etc.) du monde avec l’instauration
d’un nouveau système économique.
La concrétisation de ces revendications d’indépendance politique va se
traduire au niveau de la théorie économique par la naissance d’une nouvelle
branche de l’économie politique, à savoir l’Economie du Développement.
1.1.1. Quelques rappels du débat économique
eTout au long du début du XX siècle, la théorie économique est dominée par
l’Ecole néoclassique qui considère que l’offre crée sa propre demande et le
marché est le seul juge dans le rétablissement des grands équilibres
économiques. L’État doit s’abstenir de toute intervention au plan économique.
C’est la primauté de l’individu. Keynes va marquer une rupture avec sa Théorie
Générale (1936) en soutenant qu’il faut raisonner à partir de la demande
effective qui est la demande future espérée par les producteurs. Par ailleurs, il
soutient que la monnaie joue un rôle très important dans l’économie. Pour
remédier au sous –emploi, il pense qu’il faut l’intervention de l’État. Il s’agit là
du débat dans le cadre du système capitaliste ou libéral où la classe dominante
est les capitalistes.
On se souvient qu’auparavant, le philosophe allemand Karl Marx avait
développé sa théorie de la critique du capitalisme à travers son œuvre intitulée
« Le Capital (1867). Oeuvre dans laquelle il rejette le capitalisme car dit-il ce
système engendre trois contradictions que sont : la paupérisation des prolétaires
et l’aggravation de la lutte de classes, les crises de surproduction, et la baisse du
taux de profit. Le capitalisme doit disparaître et faire place au socialisme dirigé
par la classe ouvrière.
28 C’est dans ce contexte de débats et de guerre froide que va naître comme le
souligne M. KASSE (2010) le débat sur l’économie du développement comme
problématique et questionnements spécifiques sur les pays sous-développés.
Poursuivant son analyse, M KASSE relève qu’Harry TRUMAN, Président des
États-Unis, utilise pour la première fois le terme de développement dans son
discours sur l’état de l’Union le 20 janvier 1949 pour justifier l’aide aux Pays
sous-développés (PSD) dans le cadre de la lutte contre le communisme en
pleine expansion. Cette aide dit-il est de diffuser les technologies et de
distribuer l’assistance aux pays qualifiés de « sous-développés », afin qu’ils se
rapprochent du modèle occidental de société.
Quoi qu’il en soit, on peut retenir que les errements des pays en
développement tout en leur attribuant les considérations politiques, sont en
partie dus aussi aux difficultés de trouver un statut propre à l’économie du
développement.

a) Les difficultés théoriques du positionnement de l’économie du
développement
Dans l’histoire du développement des nations industrialisées, il n’existe pas
à proprement parlé un concept de développement, mais plus tôt de croissance
économique d’un certain nombre d’agrégats tel que le Produit intérieur brut
(PIB) à partir desquels se développe le bien-être des sociétés. En d’autres
termes, dans le corpus théorique de la science économique, jusqu’à la fin de la
seconde guerre mondiale, les concepts de développement et de
sousdéveloppement n’apparaissent pas. C’est pourquoi, la controverse demeure
jusqu’à présent quant au statut de ces concepts dans la discipline économique.
De telle sorte que l’on peut retenir les courants suivants :
- le premier courant qui considère l’économie du développement comme une
branche de la macroéconomie ;
- le second courant considère l’économie du développement comme un
chapitre récent de la science économique ;
- la troisième approche considère que l’économie du développement doit se
constituer en science autonome.
Cet imbroglio ne fait pas abstraction des considérations idéologiques dont
nous avons parlées précédemment.

b) les étapes de la pensée du développement
Si on reprend la périodisation développée par P. Hugon (1991) et synthétisée
par M. Kassé (2010), on peut retenir trois moments essentiels marquant la
construction du paradigme de l’économie du développement.

• la première période marque celle de la décolonisation et du début de
construction des systèmes économiques nationaux (1945-1965)
29 Au cours de cette période, le développement est intimement lié à l’État qui
doit être le moteur de la croissance. Cette démarche n’est pas un hasard, car
dans les pays du Nord qui viennent de sortir de la crise financière et
économique et de la seconde guerre mondiale, l’État est au centre de la
reconstruction des systèmes nationaux. Au plan de la théorie économique, la
pensée dominante est macroéconomique caractérisée par celle de J.M. Keynes.
C’est dans ce contexte qu’il est recommandé aux États africains qui viennent
d’accéder à l’indépendance de fonder leur développement à partir du rôle de
l’État. Ce rôle de l’État dans l’activité économique trouve son fondement
également dans la pensée marxiste dans le cadre de la construction du
socialisme. Ainsi, comme on le constate, le processus de développement des
pays africains nouvellement indépendants trouve ses origines non pas dans une
réflexion de contexture nationale, répondant aux réalités de ces pays, mais en
fonction des théories dominantes de l’époque. Cette situation sera favorisée par
l’absence d’une véritable intelligentsia dans le contexte africain. Et, lorsqu’on
fait des comparaisons des niveaux de développement entre la Corée du Sud et le
Ghana dans les années 60, il faut prendre en considération ce facteur humain.
Par ailleurs, les nations africaines sont des mosaïques de peuples dont les
nouveaux leaders n’ont aucune expérience pour la plupart en matière de
gouvernance. Le rôle de l’État comme acteur économique se situe dans un cadre
tribal, monarchique et personnifié.
• la seconde période est celle de la radicalisation (1960-1980)
A la suite de la Conférence de Bandung et du non-alignement (1955), les
indépendances de l’Afrique, de certains pays asiatiques et des Caraïbes
conduisent à une globalisation des problèmes et à l’émergence de la notion de
tiers-monde ou de périphérie. La pensée développementaliste se radicalise alors
sous le nom de Tiers-Monde autour des questions d’impérialisme, de l’échange
inégal, de la lutte de classes (S. Amin, Emmanuel, G. Frank etc.). De
nombreuses jeunes nations africaines avec leurs leaders (Julius Nyéréré en
Tanzanie, Modibo Keïta au Mali, Ben Bella en Algérie, Nasser en Egypte) vont
être prises de sympathie pour ce discours.
• la troisième période prend sa source à partir de la crise économique des
années 80
Elle sera marquée par l’avènement du néolibéralisme avec un
désengagement total de l’État comme gestionnaire de l’économie. C’est dans ce
contexte que les institutions de Bretton-Woods, Banque Mondiale et Fonds
Monétaire International « vont exercer leur leadership doctrinal » à travers
l’imposition des Programmes d’Ajustement structurel (PAS).
Voilà le contexte historique dans lequel les pays africains sont balancés entre
différents courants de pensée économique qui caractérisent les problèmes
économiques du monde développé jalonné par des crises économiques et
politiques. De sorte que la synthèse des différents courants d’économie du
développement montre qu’il n’existe pas une spécificité quant aux théories.
30 L’évolution des théories du développement est le reflet de la pensée
économique et d’idéologies ayant cours au plan international. Ainsi, on y
retrouve le courant libéral avec ces différentes variantes (intervention de l’État
‘néokeynésianisme’, primauté au marché ‘néolibéralisme, Friedman et les
institutions de Bretton-Woods) ; de l’autre côté, on a la branche marxiste ou
néo-marxiste qui situe l’économie comme partie intégrante des systèmes
socioculturels où les institutions y jouent un rôle (primauté de l’État). Entre les
deux, il y a la tendance structuraliste qui privilégie l’analyse systémique pour
comprendre le développement.
Ce qu’il y a de particulier dans ces analyses et les tentatives d’application à
l’Afrique, c’est l’absence de liens avec les situations réelles du continent.
L’analyse marxiste est mal comprise dans son application.
1.1.2. La situation des forces productives en Afrique au lendemain des
indépendances
Qui parle de modèle de développement doit prendre en considération l’état
réel des forces productives et du contexte socioculturel. En a-t-il été ainsi dans
les formes de développement proposées aux pays africains ? Pour répondre à
cette question, essayons d’analyser l’état de développement à l’indépendance et
le niveau des ressources humaines.

a)Le niveau de développement économique de l’Afrique
Au moment où la plupart des pays africains acquièrent l’indépendance
politique, leurs économies sont dans un état embryonnaire. Les économies
étaient fragiles et morcelées. Si en théorie on parlait de développement, dans les
faits, aucune base n’avait été jetée à cet effet pour un développement accéléré.
L’industrie et l’infrastructure –électricité – transports, communication –étaient
pratiquement inexistantes. La politique coloniale avait orienté le système
économique et les infrastructures routières vers une économie d’exportation de
matières premières que la théorie du développement fondée sur l’échange inégal
ne cessait de dénoncer. La détérioration des termes de l’échange empêchait
toute forme d’accumulation pour un développement.
De façon générale, deux thèses du développement se sont affrontées dans le
cadre du système libéral et socialiste, d’une part, la politique des industries de
substitution aux importations (industries légères de brasseries, de fabrique de
bonbons, de montage de cycles et cyclomoteurs etc.) et d’autre part, la politique
d’industrie lourde (thèse socialiste). Quant à la politique agricole, l’idée de base
a été de continuer à développer les cultures d’exportation de façon à avoir des
devises.
En fait, les théories du développement dans ces premières années n’ont pas
posé véritablement les bases d’un développement intégré combinant agriculture
et industrie, mais des bases fragmentaires imitant les performances du PIB des
pays développés. Les deux écoles de pensée, libérale et marxiste avaient mis
31 l’accent sur le rôle de l’État dans la promotion de l’économie, sans se poser la
question de quel État ? De quels dirigeants ? Quels secteurs d’accumulation ?
Dans la plupart des pays africains, la cause fondamentale de l’échec des
politiques agricoles est qu’il n’y a pas eu pas réellement de véritables réformes
agraires. On a assisté au développement de la petite production agricole (2 à 3
ha de superficie) sans moyens techniques d’amélioration de la productivité. Ce
délaissement de l’agriculture a entraîné une baisse des rendements agricoles,
une détérioration des conditions de vie des populations rurales (80% de la
population totale) et une baisse des niveaux de revenus. La promotion des
cultures de rente, théorie ricardienne de la spécialisation a contribué à la
dégradation de l’environnement et à la déforestation.
L’effort d’industrialisation a été alors freiné par l’absence de transfert de
technologie, la grande pauvreté des masses rurales (faible revenu), la
surévaluation des monnaies due aux accords monétaires signés après les
indépendances rendant moins chers les produits importés. Cette concurrence des
produits importés, le manque de réformes agraires véritables et le faible niveau
de consommation des populations n’incitaient pas à cet effort
d’industrialisation.

b) L’état des ressources humaines
Le continent africain avait peu de ressources humaines ayant atteint
l’université. Dans l’espace francophone, il y avait deux universités, celle de
Brazzaville et celle de Dakar où toute l’élite de cet espace devait se former.
Dans un pays comme le Burkina Faso, on comptait deux collèges publics qui
formaient les bacheliers. A cela il fallait ajouter un établissement
d’enseignement privé (le Collège de la Salle). Au total, il y avait à peine 60
bacheliers par an en 1960. Au niveau de la formation technique, il y avait un
Centre d’Apprentissage à Ouagadougou qui était tellement négligé que ceux qui
sortaient avec leur Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP) technique
(menuisiers, électriciens, maçons, mécaniciens) étaient contraints de passer les
concours de gendarmes, de policiers et d’infirmiers.
Cette politique héritée de l’époque coloniale devait se poursuivre longtemps
avec quelques variantes. Malgré un accroissement très sensible du taux de
scolarisation et du nombre d’établissements secondaires et d’enseignement
supérieur, force est de constater qu’il n’y a pas eu une véritable réforme du
système éducatif en Afrique orientée vers le développement. Dans l’espace
francophone, l’enseignement technique a été très peu développé. La tendance
dominante à l’université est les sciences sociales. Cet état de fait conduit à
former peu d’ingénieurs et à une prolifération d’un grand nombre d’intellectuels
chômeurs.
La théorie des ressources humaines est récente dans le processus du
développement. Historiquement, on parlait de capital humain sans en définir
véritablement toute l’importance dans le processus du développement. Mais, le
32