Souveraineté économique et réformes en Algérie

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Le dossier de ce numéro porte sur l'économie et les réformes en Algérie, avec de nombreuses contributions : Les paradoxes de la souveraineté économique en Algérie ; La réforme monétaire et financière en Algérie: enseignements pour une transition vers le marché dans un pays en voie de développement; Réformes, libéralisation, privatisation en Algérie : point de vue d'un outsider en 1988-1994 ; Les privatisations en Algérie sont-elles toujours d'actualité ? Eclairages institutionnalistes d'un échec ; Rente et désindustrialisation ; L'accession à l'OMC : quelles stratégies pour quelle intégration à la mondialisation ? ; Politique commerciale, intégration régionale sud-sud et souveraineté économique en Algérie ; L'intégration du gaz algérien dans le système énergétique espagnol ; Le secteur des hydrocarbures en Algérie : piège structurel ou opportunité encore ouverte pour une croissance durable ?; Une dynamique d'alliances au nom de la souveraineté nationale ; An equilibrium of instability: Dynamics and reproduction mechanisms of Algeria's political system
Changement de pouvoir à Athènes
Lybie : réformes et guerre de succession dans la Jamahiriya

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Date de parution 01 janvier 2010
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EAN13 9782296240773
Langue Français

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Méditerranée

REVUE TRIMESTRIELLE

71
Automne
2009

Publiée avec le concours de l’ACSE
(Agence nationale pour la cohésion
sociale et l’égalité des chances) et du
Centre national du livre (CNL).

EDITIONS L’HARMATTAN

Méditerranéeest une revue trimestrielle dont l’ambition est d’aborder
les grandes questions politiques et culturelles qui concernent les peuples et les sociétés du bassin
méditerranéen. Sans aucun parti pris idéologique, elle privilégie avant tout le débat entre les acteurs,
les témoins et les décideurs, aussi différents soient-ils.
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oppositions ne doivent empêcher que soient patiemment recherchées les possibilités de confluences.
Cet attachement au dialogue et à la confrontation des idées vient de la conviction que seul le dialogue
peut permettre de construire durablement de nouvelles formes de configurations politiques, à la fois
équilibrées et fécondes.
La création de cette revue à vocation internationale apparaît comme une contribution à l’ouverture
d’un indispensable espace de confrontations des analyses et des opinions sur les problèmes qui
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Roger Heacock (Jérusalem)●Amaya Ubeda de Torres (Madrid)
Rabeh Sebaa (Alger)●Jamila Houfaidi Settar (Rabat)

Directeur de la Publication
Denis Pryen

© L’Harmattan
ISSN : 1148-2664 / ISBN : 978-2-296-10334-4

71
Automne
2009

Souveraineté économique
et réformes en Algérie

Sommaire

Dossier

Mihoub Mezouaghi etFatiha Talahite
Les paradoxes de la souveraineté économique en Algérie
Ahmed Henni
La réforme monétaire etfinancière en Algérie: enseignements
pourunetransitionvers le marché dansun pays
envoie de développement
Wladimir Andreff
Réformes, libéralisation, privatisation en Algérie :
pointdevue d’unoutsideren 1988-1994
Lyazid Kichou
Les privatisations en Algérie sont-ellestoujours d’actualité ?
Eclairages institutionnalistes d’un échec
Youcef Benabdallah
Rente etdésindustrialisation
Mehdi Abbas
L’accession àl’OMC : quelles stratégies pour
quelle intégration à la mondialisation ?
Nassim Oulmane
Politique commerciale, intégration régionale sud-sud
etsouveraineté économique en Algérie
Aurèlia Mane Estrada
L’intégration dugazalgérien dans le système énergétique
espagnol

p. 9

p. 27

p. 41

p. 63

p. 85

p. 101

p. 119

p. 135

Dossier dirigé par
Mihoub Mezouaghi et Fatiha Talahite

Mustapha Mekideche
Le secteur deshydrocarbures en Algérie : piège structurel
ouopportunité encore ouverte pourune croissance durable?

Akram Belkaid
Une dynamique d’alliances aunom de la souveraineté nationale
Isabelle Werenfels
An equilibrium of instability: Dynamics and reproduction mechanisms
of Algeria’s political system

Actuel

Christophe Chiclet
Changementde pouvoir à Athènes
Bruno Gallies de Salies
Lybie : réformes etguerre de succession dans la Jamahiriya

Notes de lecture

En couverture :

© AFP - Port d’Alger

p. 153

p. 167

p. 179

p. 197

p. 201

p. 210

Dossier

Souveraineté
économique
et réformes
en Algérie

Dossier

Histoire

Actuel

Mihoub Mezouaghi et Fatiha Talahite
Mihoub Mezouaghi est économiste à l’Agence Française de
Développement.
Fatiha Talahite est économiste, chercheur au CNRS, Centre d’Economie
de Paris Nord.

Les paradoxes de la
souveraineté économique
en Algérie

es mesures adoptées par la Loi de finances complémentaire
1
(LFC)200en in9 ,troduisantde fortes restrictionsà la fois
L
auximportations, à l’investissementétrangeretaucrédità
la consommation, ont surprisparleur radicalité, alorsmême que les
autoritésinsistaient surlarésilience de l’économie algérienne face à
la crise internationale. Cesmesuresparticipent-elles seulementd’une
adaptation aucontexte international de crise ouexpriment-ellesdes
changementsprofondsen matière d’orientation économique ? Alors
que le constatestimplacable - désindustrialisation, effetsperversde la
rente pétrolière etgazière, dérive desimportations-, découlent-elles
d’uneremise en cause de l’ouverture économique, d’unerestauration
desleviersderégulation oud’unevolonté derépondre à des tensions
socialescroissantes? Nerévèlent-ellespas, plusfondamentalement, la
situation de blocage duprocessusderéformeséconomiquesquitrouve
ses racinesdanslescontradictionsdu rôle de l’Etatdansl’économie
nationale depuisla fin desannées1980?
Tandisque la communauté desinvestisseursinternationaux,relayée
parlesEtatsgarantsde leursintérêtsetlesinstitutionsinternationales,
dénonce desentravesdiscriminatoiresaucommerce età
l’investissement, lesautoritésalgériennes revendiquentle droità l’exercice de
choix souverainsdans un contexte de crise internationale.
L’affirmation de cettesouveraineté économique, constante de
l’expression despolitiqueséconomiquesdepuisl’indépendance,
n’estcertespas surprenante dans un paysoùl’Etatestle premieremployeuret

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Souveraineté économique et réformes en Algérie

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investisseur, oùil contrôle la principalesource derevenuexterne etoù
unesituation de quasi-monopole du secteurbancaire public
estmaintenue. Pourautant, cette affirmation nerésulte pasde laseulevolonté
desauvegarde desintérêtséconomiquesnationaux, elle est surtout
consubstantielle duprocessuschaotique des réformesen Algérie.
Depuisla fin desannées1980etl’essoufflementdeson modèle de
développement, l’Algérie a connu trois séquencesderéformes: la
première, ouverte en 1987-88 parle courantdes réformateursduFLN, a
consisté àsubstitueraux règlesderégulation de l’économie planifiée
cellesde l’économie de marché;laseconde a été inaugurée en 1993-94
lorsque lasituation de quasi-cessation de paiementsa contraintles
autoritésàrenégocierla dette externe avec lesbailleursde
fondsinter2
nationauxauprixd’une conversion à l’orthodoxie
financière;latroisième, engagée depuisla fin desannées1990, a confirmé le choixde
l’ouverture économique, avec larelance desnégociationsdesaccords
internationaux(etlasignature en2002de l’accord d’association avec
l’Union Européenne), eta introduit tardivementdesimpératifsde
compétitivité etde convergence institutionnelle.
Ces trois séquences sesont superposées,sanspourautantconduire
à deschoix stratégiquescohérentset stablespourorienterlatransition
(plusprécisémentlatransformation) de l’économie algérienne et son
insertion à l’économie internationale.
Ce dossierpropose d’interrogercetteréaffirmation de
lasouveraineté économique à la lumière d’éclairages– à la fois rétrospectifs
etactualisés–surle processusderéformes. Lesmesuresde la LFC
confirment trèsclairement une inflexion de la politique d’ouverture
économique. Paradoxalement, cette inflexion conforteunesituation
d’inertie desinstitutionséconomiques(etpolitiques) etde blocage
des réformesqui prévautdepuisplusde deuxdécennies. Danscette
introduction, il convientd’abord deresituercette expression de la
souveraineté économique dansle contexte algérien en examinantles
implicationsde cesmesures, avantde formulerdeshypothèses
susceptiblesde l’expliquer. Puis, nousproposonsde
dégagerquelquesenseignementsetquestionnementsde ce dossier.

Méditerranée

Numéro 71Automne 2009

Dossier

Les paradoxes de la souveraineté économique en Algérie

Histoire

Actuel

L’expression de la souveraineté
économique en Algérie : continuité
ou rupture ?

L’impératif de sauvegarde dansun contexte de
retournementde la conjoncture pétrolière
Jusqu’en 2008, dans une conjoncture pétrolière favorable, lasituation
macro-financière étaitjugée plusque confortable : la dette publique
externe avaitétéramenée àun niveauplancher(prèsde 1 % duPIB),
les réservesde change avaientatteintdesniveauxhistoriques(prèsde
3
130milliardsde dollars) etla mise en œuvre d’un mécanisme
derégu4
lation des revenuspétrolierslimitaitl’exposition budgétaire . L’Algérie
dégageaitalors une position externe de créditeurnet, conduisant
d’ailleursle FMI àsolliciterlesautoritésalgériennes(etl’ensemble des
paysémergentsetpétroliersayantaccumulé d’importantsexcédents
financiersaucoursde cesdernièresannées) pour souscrire à l’émission
d’obligationsdevantpermettre à l’institution internationale d’accroître
sa capacité de financement.
Or, d’abord épargnée parleseffetsdirectsde la crise financière en
raison de la faible intégration desonsystème financierà la finance
internationale, l’économie algériennesubitplusfortementdepuisle
secondsemestre2008 latransmission de la crise financière au reste de
l’économie. La baisse brutale ducoursdupétrole – de 160à prèsde60
dollars– expose durement ses vulnérabilités structurelles. Dépendante
des revenusissusdeshydrocarbures(quireprésentent97% des
recettesd’exportations, 54 % duPIB et 60%recettesfiscales),son «
immunité affichée » nerésiste pasau retournementdumarché pétrolier.
Selon lesdonnéesdes servicesdesdouanes(CNIS), la baisse du
coursdupétrole a entraînéune chute de 46,5 % des
recettesd’exportationsaupremier semestre2009 par rapportà la même période en
2008. Dansle mêmetemps, lesimportationscontinuantde croître à
unrythme exponentiel, l’excédentcommercial estainsi passésurla
période de 19,75 à 1 milliard de dollars.
L’économie estalorsconfrontée àune accélération
desfluxd’importation. Pourlesbiens, ceux-cisontpasséesde20milliardsde dollars
en2006, à25 en2007et 37,5 en2008. Le ministère
desFinancesprévoitleurmaintien àun niveauélevé à fin2009 (proche de 40milliards
de dollars) et un creusementdudéficitcommercial,si onyajoute près
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de 11 milliardsde dollarsd’importation deservices) .

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Souveraineté économique et réformes en Algérie

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Dans une économie pétrolière, la dégradation brutale du solde des
échangesextérieurspeutconduire mécaniquement(et rapidement) à
une crisesystémique : la détérioration des termesde l’échange affecte
d’abord lescomptespublicspuispar rétroaction la demande
domestique fortementdépendante desdépensespubliques. Parailleurs, les
tensionsmonétairesinduites sont susceptiblesde peserdavantagesur
les revenus réelsdesconsommateursetlescapacitésd’investissement
desopérateurséconomiques. Enfin, comptetenude la forte demande
sociale, leresserrementde la contrainte financière etbudgétaire
pourrait s’accompagnerdetensions socialesaccrues.
Cescénario, improbable à court terme enraison desexcédents
financiersaccumulés, mais«théoriquement» possible
dansl’hypothèse d’un contre-choc pétrolierinduitpar un durcissementde la crise
internationale, était sansdoute à l’espritdesdirigeantsaumomentde
l’adoption desnouvellesorientationséconomiques. Leslimitesd’un
modèle de croissance exposé à lavolatilité desprixdupétrolesontde
nouveauexhibéesetappellenten mêmetempsdesmesuresde
correction à court terme deséquilibresmacro-économiqueset unestratégie
à moyenterme de diversification économique pour sortirdeseffets
perversde l’économierentière.
Lesautoritésalgériennes, conscientesde cette impasse, montraient
bien avantla détérioration desindicateursmacro-économiquesdes
signesd’agacementetde doutesurlesacquisd’une politique
d’ouverture économique. Déjà, le changementduchef de gouvernementen
6
juin2008 etlesdiscoursduprésidentBouteflika,sévèresà l’égard des
7
investisseursétrangers, annonçaient uneremise en cause desoptions
économiques. Le consensusdégagé au sein de l’appareil de l’Etat sur
lesfaiblesgainsde la politique d’ouverture économique est sansappel :
l’attractivité de l’économie algérienne auxinvestissementsdirects
étrangers(IDE)seréduitau secteurdeshydrocarburesainsi qu’aux
8
activités spéculatives(immobilier) etcaptives ;la liberté octroyée aux
mouvementsde capitauxa conduitassez rapidementàune inversion
desfluxnetsdetransfertdescapitaux(les transfertsde
bénéficesexcédant trèslargementlesfluxentrantsd’investissement);le programme
de privatisation desentreprisespubliques, à l’exception de quelques
opérations,s’estenlisé etn’a paspermisd’enrayerla dérive de la
désindustrialisation;la déréglementation deséchangesextérieursa
structuré et renforcé des réseauxd’importation,relaisde puissants
intérêtséconomiques, quisontparvenusà
découragerlesinvestissementsproductifslocaux.

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Numéro 71Automne 2009

Dossier

Les paradoxes de la souveraineté économique en Algérie

Histoire

Actuel

Dans ce double contexte, international etnational,un ensemble de
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mesuresa été adopté dansla LFC2009 .
Une premièresérie de mesuresvise àrégulerl’activité
desopérateursétrangersetpromouvoirla formation d’un capital productif
domestique : obligation d’ouvrirle capital des sociétésimportatrices
(30% minimum) etdesprojetsd’investissementsétrangers(51 %
minimum) auxcapitauxalgériens ;abrogation du régime de concession de
terrainspublicsautorisantla cession auboutde deuxans(remplacé
par unrégime de concessionrenouvelable jusqu’à 99 ans);contraintes
au transfertdesbénéficesetmise en place d’incitationspourfavoriser
leur réinvestissement ; rehaussementdesprérogativesduConseil
national de l’investissement.
Unesecondesérie de mesures s’attache à « l’assainissementetla
moralisation despratiquesducommerce extérieur» en améliorantla
traçabilité de latransaction etprévenantlespratiquesfrauduleuses:
présence obligatoire despersonnesimmatriculéesau registre du
commerce au titre desopérationsd’importation oude contrôle aux
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frontièresde la conformité desproduitsimportés ;obligation d’une
domiciliation bancaire préalable à laréalisation detoute opération
d’importation, derèglementfinancieretde dédouanement ;exigence du
créditdocumentaire pourle paiementdes transactionscommerciales ;
recoursà des sociétésd’inspection desmarchandisesavantexpédition;
réciprocité avec lesautrespayspartenairescommerciaux.
Enfin, d’autresmesuresciblentlaréorientation des transactionsde
créditbancaire àtraverslasuppression ducrédità la consommation
etl’encouragementducréditimmobilier. Censée protégerlesménages
contre lesurendettement, la disposition cherchesurtoutà limiterle
recoursauprêtautomobile, principal produitducrédità la
consommation (80% en2008selon lesdéclarationsduministre desFinances), et
créerainsi lesconditionsfavorablesaudéveloppementd’une industrie
11
automobile locale.

Les ressorts de la souveraineté économique : quelques
hypothèses
Cette notion desouveraineté économique doitêtre interrogée. Dans
quelle mesurese distingue-t-elle de celle plus utilisée de patriotisme
économique, faisantexplicitement référence à la protection
desintérêtséconomiquesnationaux, oude celle desouveraineté politique ? L’affirmation
d’unesouveraineté économiqueserait-elle l’expression, paradoxale, d’une
certainevelléité d’autonomisation de l’économique ?

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Souveraineté économique et réformes en Algérie

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Si l’onrevientauxpolitiqueséconomiquesmisesen œuvre en
Algérie depuislesannées1990, il apparaîtqu’ellesn’ontjamaisdégagé
de choix stratégiquesclairs. Lesdernièresorientations tendentà
confortercesentimentde confusion. Face à cesmesures,tandisque
les réactionsdesacteursnationaux-ycomprisprivés-sontmitigées,
parfoisnuancées, cellesdespartenaireséconomiquesde l’Algérie,
plus sévères,témoignent surtoutd’une aversion
auxfortesincertitudesinhérentesà la gestion duprocessusderéformesainsi que d’un
manque de crédibilité desgouvernants. En effet, d’autrespaysayant
égalementadopté desmesuresconservatrices(oudesauvegarde) pour
tenterd’amortirleseffetsde la crise, n’ontpaspourautant suscitéune
telle levée de boucliers.
En première lecture, le dispositifréglementaire portesur
unverrouillage àtroisniveaux: celui de l’accèsdumarché algérien à des
opérateursétrangers, celui de l’entrée desproduitsimportés surle
marché domestique etcelui dufinancementde cesimportations. La
cohérence de ce dispositif découlea priorid’une protection desintérêts
économiquesnationaux, d’abord en
prévenantlesdéséquilibresexternes, ensuite ententantd’assainirlespratiquesducommerce extérieur,
puisenréorientantlesinvestissementsétrangersproductifsetenfin en
encourageantle capital domestique.
La démarcheréglementaire –recoursà desdispositionsd’exception
(LFC) etabsence d’une concertation avec lesacteurs
socio-économiques–relève de pratiqueshéritéesde l’économie
centralisée/administrée procédantd’un encadrementdesopérationscommercialeset
bancaires, audétrimentde la libre appréciation desentreprisesetdes
banques.
Maisdansle contexte algérien, ne doit-on pasaussi considérerque le
réflexesouverainiste, historiquementancré, nerésulte pas seulement
de lastricte défense d’intérêtséconomiquesnationaux?
Lesautoritésalgériennes se montrentparticulièrement sensiblesà
leurindépendance de décision etd’action,a fortiorilorsque le plein
exercice de leursprérogatives souverainesestaffaiblisousl’effetd’une
modification de leurs relationséconomiquesetpolitiquesextérieures.
Maisaussi, lastabilité – ouplusprécisémentlareproduction – du
système politique, dontl’évolution historique arenforcé larigidité,tient
dans une large mesure àson caractère quasi-autarcique. Leréflexe
souverainiste (que l’on pourraitqualifierde pavlovien)s’exerce alors
de manière instinctive dèsque leséquilibrespolitiquesinternes sont
susceptiblesd’être perturbés.

Méditerranée

Numéro 71Automne 2009

Dossier

Les paradoxes de la souveraineté économique en Algérie

Histoire

Actuel

En fait, dansle casalgérien, lasouveraineté économiques’exprime
certesdansleregistre de l’action faceunesituation économique
donnée – ici lesdéséquilibresfinanciersetl’inertie de l’appareil productif-,
maiselle peutégalement refléterl’évolution d’unrapportde force
opposantdeshéritiersd’unevision industrialiste
(privilégiantl’interventionnisme public) à descourants
réformateurs(privilégiantl’ajustementdesmodesderégulation etl’ouverture économique). Enfin,
l’expression de lasouveraineté peutégalementêtreunsimple artifice
discursif (populiste) pour tenterde neutraliserdes tensions sociales.
Parmi leshypothèsesainsi formuléespour tenterd’apporter un
éclairage à cetteredéfinition en coursde la politique économique,
certainespeuventêtre considéréescomme « économiquement
rationnelles» etd’autrescommerendantcompte de conflitsidéologiquesou
politiquesau sein de l’appareil d’Etat, dontlarésolution passe le plus
souventparlestatu-quo ouleretourà lasituation initiale, entravantle
processusderéforme.

Préserver les équilibres macro-financiers
Laréduction brutale de l’excédentcommercial etde la principale
source derevenusexternesa mécaniquementproduit un chocsurles
équilibresexternesetlesfinancespubliques. L’adoption de mesures
correctivesdesdéséquilibresaune portée avant toutconjoncturelle
pourconteniret rationaliserlesfluxcroissantsd’importation, et
conforter une gestion conservatrice des réservesde change.

Remettre en cause la politique d’ouverture économique
(extérieure)
La croissance desimportationsestanalysée
parlesautoritésalgériennescommeune dérive despratiquesde commerce extérieuret un
accélérateurde la désindustrialisation.
Parailleurs, cesautoritésmanifestentleurinsatisfaction à l’égard des
investisseursétrangers. En dépitdesincitationsfiscaleset sociales(le
code desinvestissementsestproche de ceuxdespays voisins), lesflux
d’investissementsétrangers restentlimités. Plusencore, l’inversion des
fluxnetsde capitaux révèleune préférence au
rapatriementdesbénéficesaudétrimentdu réinvestissement. Danscertainscasde figure, des
engagementsnontenus sontdénoncés(Orascom, Lafarge etRenault).
Cependant, laréalité descomportementsde prédation ne
peutocculterle manque d’attractivité de l’économie algérienne.
La portéestructurelle de cesmesures– quiviseraientàréorienterla

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Souveraineté économique et réformes en Algérie

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demande domestiqueversla production nationale – estnéanmoinspeu
convaincante. L’encadrement répressif desinvestissementsétrangerset
lasurprotection de l’industrie domestique ne peuvent sesubstituerà
une politiquestructurelle. Parailleurs, dans une économie ouverte où
lescapacitésde productionsont très rigides, lesstimulide la politique
derelance parla dépense publiquesontpeu structurants(l’effeten est
fortementextériorisé).

Réaction épidermique au resserrement de la contrainte extérieure
Cesmesures sontintervenuesavec le durcissementde la crise
internationale et son inscription dansla durée parlesprincipauxanalystes
etinstitutionsinternationales. Prenantconscience deseffets réelsde la
crise, lesautoritésalgériennesanticipentalors unresserrementbrutal
de la contrainte externe.
Il convienten effetderappelerque larenégociation de la dette
extérieure avec lesbailleursde fondsen 1993/94 a produit unréel
traumatisme dansl’appareil de l’Etat. La gestionrécente
desexcédentsfinanciersenrévèle les stigmates: accumulationvolontariste
deréserves,remboursementanticipé de la dette externe, interdiction
derecourirauxbailleursde fondsinternationaux, constitution d’une
« épargne budgétaire » avec le Fondsderégulation des recettes. Cette
logique prudente etpréventive a été élevée en dogme de la gestion
macro-économique, le plus souventaudétrimentd’une politique de
12
longterme ,afin de ne pas reproduire lasituation de « banqueroute »
vécue commeune humiliation etéviter unesoumission à
desconditionnalitéspolitiques.
L’exercice de cette contrainte externetend en effetàsetraduire
par une modification deséquilibrespolitiquesinternes,susceptible de
conduire à descrispations,voire à descomportementsde panique.

Dégager de nouveaux leviers de négociation
Une dernière hypothèse, qui ne peutêtre exclue, estcelle de la
volonté de l’Etatalgérien detenterde dégagerde nouveauxleviersde
renégociation desaccordsinternationaux. Alorsque le débat surles
gainsde l’accord de libre échange avec l’Union européenne bat son
plein en Algérie depuis un an, ceux-cison jugésparlesacteursprivés
etpublics trèsen-deçà desattentes.
Dansle mêmetemps, lesautoritésn’ontmanifesté aucunsigne de
renoncementà cesoptions stratégiques. Aprèsavoirlaissé planerle
doutesurle caractèrerétroactif desdispositionsde la LFC, ellesont

Méditerranée

Numéro 71Automne 2009

Dossier

Les paradoxes de la souveraineté économique en Algérie

Histoire

Actuel

clairementaffirmé leur respectdesengagementsinternationaux. Ce
qui laisse à penserque cesmesuresviseraient surtoutàtesterlaréaction
despartenairesinternationauxpourdégagerde nouvellesmargesde
négociation.
La complexité ducontexte algérien amène à considérerque ces
hypothèsesnesontpasexclusives. A bien deségards, lescontributions
de ce dossiermontrentque l’expression de lasouveraineté économique
est une clé de compréhension de lasituation de blocage des réformes
économiques. Maisparadoxalement, comptetenude laspécificité
historique etpolitique de l’Algérie, cette mêmesouveraineté économique
–sous réserve d’enredéfinirles termesetle contenudans un contexte
de globalisation – est susceptible de dégagerde nouvellesmargespour
tenterderedéfinirle modèle de croissance, pourle moinsderelancer
le processusderéforme économique.

La souveraineté économique
s’oppose-t-elle auxréformes
économiques ?

Une analyse ambivalente de laLFC
Ainsi, on constateune grande disparité dansla manière dontchaque
auteurappréhende cetterelation entresouveraineté économique et
réformes. Lesmesuresde la LFC2009sontjustifiéesparles uns– qui
y voientl’expression d’un certain pragmatisme,un ajustementde la
politique économique neremettantpasfondamentalementen cause
leschoixd’ouverture etderéforme –tandisque pourd’autres, au
contraire, elles sontla preuve que le dirigisme de l’Etatalgérien
continue des’exercer surlarégulation l’économie. En fait, deuxanalyses
s’opposent.
La première consiste à considérercesdécisionscomme allantdans
lesensde l’intérêtnational. Elles
seraient(oupourraientêtre)unsimple ajustementde lastratégie d’ouverture. Nassim Oulmaney voit une
« évolution notable de la politique économique de l’Algérie,
notammenten matière commerciale, impulsée en grande partie pardes
considérationsdesouveraineté », à laquelle il associe égalementla
« mise enveille desnégociationsd’adhésion à l’OMC,suite à la
demande de paysmembresd’augmenterle prixdomestique dugaz
en Algérie », ainsi que lavolonté desautoritésalgériennesde profiter
de la clause derendez-vousen2010, pour renégocieren profondeur

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l’accord d’association avec l’Union européenne (5 ansaprès son entrée
envigueur). Youcef Benabdallah, qui considère que l’Algérie estallée
trop loin en matière de démantèlement tarifaire, bien au-delà de ce qui
étaitexigé dansle cadre de cesaccords, faitde l’ouverture dumarché
algérien l’un desprincipauxfacteursde la désindustrialisation.
Laseconde consiste à décelerderrière cesmesuresd’autresmotifs
que l’intérêtnational. Pourcertains, ils’agitd’une énième expression
du refusde l’ouverture, de l’absence deréellevolonté politique de
réaliserles réformes, principaleraison de l’échec de cesdernières.
WladimirAndreff, qui doute qu’ellespuissent« faire plusqueretarder
un peula nécessité de privatiserlesentreprisesalgériennespourles
aligner surlescritèresde compétitivité de l’économie mondiale »,y
voit un « dernier rebondissementdansle débat toujours vif au sujet
desprivatisationsen Algérie ». Akram Belkaïd, plus sévère, dénonçant
la « quête permanente d’unesouveraineté immaculée », en fait« la
preuve de l’inclinaison naturelle dupouvoiralgérien
àreveniraudirigisme d’antan ». Il n’en a pasmoins recoursàun facteurconjoncturel
pourexpliquercetterésurgence de l’« exceptionnalisme » algérien,
combinaison desouverainisme etnationalisme, parle faitque
«s’estimant trahispardesinvestisseursétrangers, notammenten provenance
d’Egypte etduGolfe, lesdirigeantsalgériensn’ontpas résisté à
latentation de protégerde nouveaul’économie ».

Intérêts particuliers, économie de marché et politiques
publiques
Au-delà de ce constat, est soulevée la question complexe desintérêts
particuliersdes« baronsdu régime »souhaitant« être associés, de gré
oude force, auxbénéficesdescompagniesétrangèresinstalléesen
Algérie ». Lasouveraineté neseraitalorsqu’un prétexte masquantdes
enjeuxplusprosaïques,voire descalculspolitiques. K. Selim, cité par
Akram Belkaïd,va jusqu’àsoupçonnerque ceserait« pouréviterdese
laisserdéborder surlethème du souverainisme oumême
dunationalisme » que le pouvoiraurait rétabli desdiscriminationsà l’égard des
opérateursétrangers.
Cependant, la dénonciation d’intérêtsparticuliers-
dontl’existence est sommetoute normale etconstitue même le moteurd’une
« économie de marché » - estd’un apportlimitési elle n’estpasétayée
parl’analyse de mécanismeséconomiquesoupolitiques. On pourrait
formulerautrementcette question desintérêtsen jeuen analysantces
mesuresdupointdevue desincitations(explicitesetimplicites)
qu’el

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Les paradoxes de la souveraineté économique en Algérie

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les contiennentetde leurcohérence avec la politique économique
qui lesjustifie. Mehdi Abbas, faisantlui aussi allusion àune collusion
entre desintérêtsparticuliers-nationauxetétrangers- interprète ces
mesurescomme lesigne d’un changementdansla politique algérienne
en matière d’investissementétranger. Il nes’agitplusdésormais, « du
moinspource qui estdu secteurnon pétrolier», de «
favoriserl’attraction de l’investissementétrangerentantquetel » maisplutôtde choisir
celui-ci en fonction des«retombéespositivesqu’auraitce processus
d’accumulation exogènesurcertainesfrangesdu système d’économie
politique algérien ».
Deson côté, Isabelle Werenfeldsapporteun éclairage à la
foispolitique,social,voire culturel auxévolutionséconomiques. Elle conclutà
unerelative capacité d’adaptation etdereproduction des« élites» au
pouvoir, malgré lescrisesqu’ellesont traversées, qui a jusqu’à présent
surtoutcontribué aublocage duprocessusde libéralisation
etd’ouverture à la foispolitique etéconomique, ce qui conforte l’idée d’une
absence derupturevéritable danslesystème algérien
depuisl’indépendance. En effet, comme lerappelle WladimirAndreff, citantà ce
proposl’expérience desPaysd’Europe Centrale etOrientale etde
l’exURSS,s’ilyavaiteu unevéritablevolonté deréforme etd’ouverture,
le pouvoiravaitlesmoyensde désamorceretneutraliserles résistances
aux réformes, en aidantnotammentà lareconversion desmembres
de la nomenklatura en entrepreneursàtraverslesprivatisations. Or
constate-t-il, on n’observerien detel en Algérie, preuve que lavolonté
n’yestpas, que larupture n’a pasété faite. Commentexpliquercette
particularité de la «transition » algérienne ? La place du secteurdes
hydrocarbures,son insertion dansle marché mondial (rappelonsqu’en
Russie, il étaitd’abord inséré dans une division du travail au sein du
COMECON) etlerôle prédominantqu’il joue dansl’économiesont
certainementdesfacteursdéterminants.
Mais surce pointégalement, derrière le consensusapparent surles
13
méfaitsde larente etdufonctionnement rentierde l’économie ,les
analysesdivergent. Toutcomme Ahmed Henni, Youcef Benabdallah
insistesurla nécessité detransformerl’économie derente en
économie de production, maisalorsqu’il dénonce le comportement rentier
du secteurprivé, il déplore que l’on ait tropvite «retiré la protection
de larente » au secteurindustriel étatique. D’autresmettentplutôt
l’accent surla nécessaireréforme de l’Etatetdesinstitutions. Ahmed
Henni montre parexemple que laréforme fiscale,si elle avaitété
correctementmenée, auraitpudonneraugouvernementlesmoyens

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Souveraineté économique et réformes en Algérie

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d’une politique incitative mieuxciblée etplusefficace. PourWladimir
Andreff également, lesincitationsn’étaientpas toujoursadéquates,
quand ellesn’allaientpascontre l’espritde laréforme. Arguantdufait
que « lesavantages sociauxdevraientdésormaisêtre compriscomme la
contrepartie d’un effortau travail accru», il considère parexemple que
le « programme massif desoutien des revenus, géré
parl’administration, pourdes travauxd’utilitésociale (introduitenseptembre 1994)
n’étaitpascohérentavec lastratégie derestructuration
etd’assainissementdesEntreprisesPubliquesEconomiques(EPE) ». La gestion de la
transitionversl’économie de marchésemble ainsi avoirété biaisée par
une contradiction fondamentale : le marché devaitprocéder
spontanémentàunetransformation des structuresde production maisne devait
pasporteratteinte à des situationsderente acquises, il inspiraitdonc
à la foisl’adhésion etla méfiance. En cesens, desforces(politiques)
derappel à la libéralisation économiquesesontexercéesde manière
erratique, introduisant une forte instabilité duprocessusderéforme et
une perversion desmesuresd’accompagnement,
lesquellesontdavantage procédé d’uneredistribution de larente etd’untraitement social
de la libéralisation, audétrimentd’une politique derestructuration et
de diversification économique.

Ancienne et nouvelle souveraineté économique ?
Revenonsà l’analyse de Mehdi Abbasévoquée ci-dessus,
etarrêtonsnous un instant surlaréserve qu’il formule concernantprécisément
lesecteurpétrolier. Elle estproche de l’interprétation que faitAurelià
Mañé Estrada desamendementsapportésen2006à la
loisurleshydrocarburesde2005, quand contrairementà de nombreuxobservateurs
– notammentdanslespayspartenairesde l’Algérie – elletend à n’y
voirqu’unsimpleréajustementneremettantpasfondamentalement
en cause l’évolution juridique du secteurdanslesens, d’une part, de la
séparation entre la Sonatrach etl’Etatetd’autre part, de
latransformation de la Sonatrach en entreprise commerciale. Avecun bémol
cependant, exprimésousforme d’avertissement: latentation nationaliste
desdécideursalgériens sera ounon confortée parl’attitude de leurs
partenairesoccidentaux, notammentdansle casdescontratsgaziers.
Ainsi, le dualisme de l’économie algérienne
entreunsecteurpétrolieretgazierenvoie d’internationalisation etlereste de l’économie,
dépendantde plusen plusdupremier(il nereprésente que 1 à3%
desexportations), détermineraitdeuxconceptionsde lasouveraineté :
l’une, offensive, appliquée au seulsecteurdeshydrocarbures,
pousse

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raitce dernieràs’internationaliseretaffronterla concurrence, l’autre,
défensive,viseraità protégerlereste de l’économie, jugévulnérable.
Cette idée d’une double conception de lasouveraineté, induite
notammentparle «traumatisme » de la politique d’ajustement structurel
(1994-98), estégalementavancée parNassim Oulmane qui parle d’une
« nouvellesouveraineté », qu’il oppose à lavision «traditionnelle »,sans
néanmoinslarapporterauxdeux secteursde l’économie algérienne.
Son proposconsisteraitplutôtà étendre à l’ensemble de l’économie le
pari que faitAurelià Mañé Estradasurleseulsecteurdeshydrocarbures
quand elle compare la nouvelle loi àunesorte de « Janusjuridique ». De
la même manière, les récentesmesuresprisesparle gouvernementdans
le cadre de la LFC pourraientavoirdeuxfaces: l’une, celle d’unrepli
souverainiste;l’autre, aucontraire, celle d’une correction de l’ouverture
économique afin de l’adapteraucontexte à la foisinterne etexterne
-marqué parla lassitude de la population etla prise de conscience que
certainesmesuresontété prisesde manière hâtivesansêtre
convenablementnégociées-, en profitantde la fenêtre ouverte parl’aisance
finan14
cière etle prétexte de la crise ,sansque, pourl’heure, il n’yait remise
en cause deschoixfondamentauxen faveurde l’ouverture.
Si cette analyse étaitjuste, ils’agiraitalorsdevoirquels
sontlesélémentsqui peuventfaire pencherdans unsensoudansl’autre. Pour
Aurelia Mañé Estrada, la nouvelle législationsurleshydrocarbures
faitde la Sonatrachune entité duale, encore compagnie pétrolière
nationale etdéjà entreprise commerciale àvocation internationale
et transnationale. L’auteur, parailleurs, accuse l’Espagne etl’Union
Européenne d’attiserl’instinctnationaliste de la Sonatrach alorsque le
législateuralgériens’emploie à créerlesconditionsdeson intégration
dansle jeudesgrandsconsortiums transnationaux.
De la même manière, doit-onredouterque lesmesuresprisespar
le gouvernementalgérien, motivéesà l’origine parlesouci d’adapter
l’économie algérienne aunouveaucontexte à la foisinterne
etinternational, nerisquentdesetransformerenréelsfacteursderepli
etd’isolementprotectionniste ? C’estlà qu’il peuteffectivementêtre judicieux
de mieux saisirlesintérêtsparticuliersde groupes sociauxinfluents.
Plusieursauteurs soulignentl’émergence d’une classe « parasitaire »
d’affairistes, maislà encore, le consensus s’arrête auconstatd’ordre
général. Alorsque Youcef Benabdallahsitue cette émergence au
débutdesannées1980, pourd’autres, le phénomène estplutôtlié à la
manière dont s’estfaite la libéralisation ducommerce extérieurdans
lesannées1990, qui asurtoutfavorisé le gain facile danslesactivités

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