Turquie, Moyen-Orient et communauté européenne

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TURQUIE, MOYEN-ORIENT, COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE ~ , ~ @ L'Harmattan, 1989 ISBN 2-7384-0347-6 VARIA TURCICA XIV TURQUIE, MOYEN-ORIENT, COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE Actes du Colloque de Chantilly 'I 15-17 septembre 1987 édités par Jacques THOBIE et Salgur KANÇAL ~ et publiés sous les auspices du Groupe de Recherches (GDR) 104 du CNRS, du Centre Interdisciplinaire de Recherche des Relations Internationales au Moyen-Orient (CIRlMO) de l'Université de Rennes IT, de l'Équipe de Recherche sur le Système Industriel (ERSI) de IUniversité de Picardie, de l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (IAMAM) du Centre International des Hautes Études t Agronomiques Méditerranéennes (CIHEAM), ~ et de l'Institut Français d'Études Anatoliennes d1stanbul (IFEA) t avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique, de la Communauté Économique Européenne et du Ministère de la Culturek L 'HARMA TT AN PARIS 1989 PRÉSENTATION Rappeler que la situation géographique de la Turquie, au contact, ou à la charnière, de l'Europe et du Moyen-Orient, a joué, de tout temps, un rôle important dans ses options de politique intérieure et extérieure est sans doute une banalité. Pourtant, une position de carrefour présente des avantages et des inconvénients.

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Date de parution 01 janvier 0001
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EAN13 9782296175136
Langue Français

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TURQUIE, MOYEN-ORIENT,
COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE
~
,
~@ L'Harmattan, 1989
ISBN 2-7384-0347-6VARIA TURCICA
XIV
TURQUIE, MOYEN-ORIENT,
COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE
Actes du Colloque de Chantilly
'I 15-17 septembre 1987
édités par Jacques THOBIE et Salgur KANÇAL
~
et publiés sous les auspices
du Groupe de Recherches (GDR) 104 du CNRS,
du Centre Interdisciplinaire de Recherche des Relations Internationales
au Moyen-Orient (CIRlMO) de l'Université de Rennes IT,
de l'Équipe de Recherche sur le Système Industriel (ERSI)
de IUniversité de Picardie,
de l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (IAMAM)
du Centre International des Hautes Études
t Agronomiques Méditerranéennes (CIHEAM),
~ et de l'Institut Français d'Études Anatoliennes d1stanbul (IFEA)
t
avec le concours
du Centre National de la Recherche Scientifique,
de la Communauté Économique Européenne
et du Ministère de la Culturek
L 'HARMA TT AN
PARIS
1989PRÉSENTATION
Rappeler que la situation géographique de la Turquie, au contact, ou à la
charnière, de l'Europe et du Moyen-Orient, a joué, de tout temps, un rôle
important dans ses options de politique intérieure et extérieure est sans doute une
banalité. Pourtant, une position de carrefour présente des avantages et des
inconvénients. Avantage d'être, en quelque sorte, au centre, à égale distance de
plusieurs entités; inconvénient, par la nécessité, à un moment ou à un autre,
d'avoir àfaire des choix: soit se contenter d'être un pont entre deux régions, soit
privilégier tel ou tel partenaire. Aujourd'hui, par sa position, par sa situation, par
son poids spécifique, la Turquie est en train de devenir une puissance régionale
dont l'influence s'étend, non seulement à son environnement immédi~t, mais bien
au-delà. Tout en sachant remarquablement valoriser ses relations avec les pays du
Moyen-Orient, Ankara frappe hardiment à la porte du Marché Commun. Dans
quelle situation économique, politique, culturelle se présente le demandeur?
Pourquoi et comment introduit-il sa demande? Quelles sont les réactions de
divers partenaires tant en Europe qu'au Moyen-Orient? Qu'en pense-t-on à
Bruxelles? C'est de ces questions, et de quelques autres, que nous avons débattu
pendant trois jours, à Chantilly, lors du colloque dont nous avons, ici, le plaisir
de présenter les Actes.
Nous irons du particulier au général. Très succinctement, nous évoquerons
d'abord les communications présentant plutôt des études sectorielles, tant dans le
domaine économique que politique et culturel; puis viendront les papiers tentant
de faire le départ des avantages et des inconvénients, de l'éventuelle entrée de la
Turquie dans le Marché Commun; quelques communications illustrent les prises
de position, gouvernementales ou non, de membres de la Communauté; seront
enfin présentés les papiers, disons engagés, d'auteurs turcs plaidant le dossier de
l'adhésion, et d'un haut fonctionnaire de Bruxelles. Nous essaierons, pour finîr,
d'avancer quelques réflexions suggérées par l'apport très nouveau de ces études de
grande qualité, et aussi par des débatsfort nourris.
Précédées d'une mise au point méthodologique de R. Pérez, quatre
communications présentent un bilan de divers secteurs de l'agriculture turque. H.
Erdem constate que, malgré le grand nombre d'exploitations s'occupant d'élevage
et l'existence d'un gros cheptel, le consommateur turc manque de protéines
d'origine animale: les rendements, et en lait et en viande, sont trop bas, parce
que l'on manque d'animaux reproducteurs, l'engraissement est inadapté et l'étatSALGUR KANÇAL ET JACQUES THOBIE2
sanitaire insuffisant,. néanmoins, les possibilités d'amélioration sont bonnes.
Pour les fruits et légumes, S. Oncüoglu souligne une forte croissance,
permettant de faire face à la demande intérieure et de nourrir une dynamique
exportation, dont plus de la moitié en direction du Moyen-Orient. Les points
faibles sont: un circuit de commercialisation archaïque, la quasi absence de
conditionnement, des transports frigorifiques très insuffisants. La diminution des
subventions gouvernementales, le poids des structures, l'insuffisance des marges
des exploitants, laissent craindre qu'à long terme la production de ce secteur ne
puisse plus suivre la démographie. Le secteur céréalier, blé en tête, ainsi que
nous le montre J. M. Le Lan, est devenu auto-suffisant depuis 1976. La
mécanisation, l'emploi des engrais, l'acclimatation de variétés à haut rendement,
expliquent ce résultat heureux, qui n'a cependant guère touché les structures de la
propriété, restée largement familiale. Ici, le désengagement de l'Etat est limité,
réalisme électoral exige. Il revenait à Y. Tekelioglu de souligner le facteur de
blocage représenté par les structures agricoles turques, dans l'éventualité d'une
entrée dans la C.E.E. Depuis 20 ans, le nombre d'exploitations n'a cessé
d'augmenter, et malgré une extension des surfaces cultivées, la surface moyenne
par exploitation n'afait que diminuer, évolution parfaitement inverse de celle des
pays de la C.EE. La timidité des réformes agraires et des remembrements a
conduit les autorités à chercher une solution à travers l'énorme projet de GAP,
nouvelle Mésopotamie turque, qui devrait doubler la production d'énergie et de
nombreux produits agricoles. Reste à savoir si cette éventuelle réalisation
rapprochera plus la Turquie de l'Europe que du Moyen-Orient.
Sur le plan industriel, les transports routiers sont étudiés par S. de Tapia.
En effet, transports intérieurs et transit sont devenus une composante importante
de l'économie turque. Des efforts remarquables ont été faits pour désenclaver les
régions encore défavorisées, mais beaucoup reste àfaire. La guerre Irak-Iran a
considérablement accru le trafic vers l'est. Quant au parc automobile, il est
l'object d'une véritable bataille où s'affrontent les constructeurs américains,
européens, japonais. L'industrie turque en est restée au montage, et subit, depuis
1977, une grave crise qui ne semble pas émouvoir les autorités. A. Bourgey
présente la cas particulier de l'émigration turque dans les pays arabes. Il émet.
l'hypothèse que l'énorme croissance des remises, enregistrées à lafin des années
1970,correspond à une forte émigration turque vers les pays pétroliers tk la
péninsule arabe: émigration masculine, temporaire, originaire principalement des
régions les moins développées de Turquie, embauchée dans le bâtiment, sous
couvert de contrats passés par des entreprenelUs turcs, relativement bien payée,. la
décrue est constante depuis le début des années 1980, comme avec l'Europe: un
défi pour la TlUquie.
La santé de l'économie turque est révélée à travers trois exposés du
commerce extérieur de la Turquie. S.llkin présente un bilan très circonstancié de
l'effort commercial de la Turquie en direction des pays islamiques: il en notePRÉSENTATION 3
l'importance, les fluctuations et la relative fragilité. O. Dikmen souligne que,
depuis dix ans, la part du commerce extérieur dans le PIB a beaucoup augmenté.
Les importations (certains produits agricoles, minerais...J ont beaucoup
progressé, mais leur valeur a fluctué selon les variations des prix du pétrole. Pour
les exportations, qui sont également en forte hausse, les produits industriels
l'emportent sur les produits agricoles depuis 1981. Si la Turquie a diversifié la
géographie de ses échanges, notamment en direction du Moyen-Orient, l'Europe
est redevenue, depuis 1986, son premier partenaire, mais la balance commerciale
reste fortement déficitaire. Etudiant, notamment, l'accroissement de l'engage111ent
, turc sur l'extérieur, S. Kançal souligne que tout en réalisant sa politique de
substitution aux importations, la Turquie a su accroître l'importance relative de
ses exportations et aussi de ses importations. Malgré le rôle croissant des
échanges extérieurs dans l'économie turque, un retard, pourtant réduit, subsiste
néanmoins par rapport à l'OCDE et à la C.E.E., dans l'ouverture de son marché{I
intérieur à la concurrence étrangère, et, en dépit d'une progression constante, la
Turquie a encore du chemin à faire pour atteindre les taux communautaires. La
spécialisation internationale de la Turquie tend à s'établir dans la large gamme des
produits entre les productions utilisant beaucoup de main d'œuvre et celles à
haute intensité capitalistique, et dont la production exige une maîtrise de métier
de plus en plus poussée.
Si nombre de papiers font allusion aux problèmes politiques en général,
un seul exposé nous donne une étude d'une famille politique face à la demande
d'adhésion de la Turquie. M. $. Güzel et D. Billion ont mené une enquête
circonstanciée, avec toute la prudence souhaitable, auprès de gens de gauche
résidant en Turquie, en comparant leurs positions à vingt ans de distance. Il en
ressort une évolution selon laquelle une partie de la gauche, naguère opposée à
l'adhésion, y est désormais favorable,. avec les hésitants, cette tendance est
désormais majoritaire. Malgré ses doutes et ses craintes sur le plan économique,
cette gauche estime qu'avec l'entrée dans la C.E.E., la démocratie sera mieux
installée et les droits de l'homme respectés et consolidés.
Trois communications abordent les problèmes culturels, sous trois angles
différents. G. Groc, qui a mené une vaste enquête sur les réactions de diverses
tendances islamiques face à la demande de la Turquie, note d'abord que le
gouvernement turc lui-même met l'accent sur 11siam, pour se prévaloir, auprès de
la Communauté, des bons termes qu'il entretient avec le Moyen-Orient,. aussi les
courants islamiques se voient concurrencés sur leur propre terrain. Seul, le Refâh
Partisi adopte une attitude de refus absolu: l'occidentalisation a économiquement
fait faillite, la Turquie est un pays musulman. Les autres groupes vont de la
non-opposition indifférente à l'enthousiasme partisan, en passant par l'acceptation
conditionnelle. La vision des groupes islamiques porte sur le très long terme, et
l'Islam apparaît, avant tout, comme un moyen de prendre le pouvoir. Cela
relativise l'importance attachée à l'adhésion à la C.E.E. Ahmet Insel distingue le4 SALGUR KANÇAL ET JACQUES THOBIE
libéralisme d'opposition au X/Xe siècle, recherchant l'affaiblissement du pouvoir
du Sultan, et celui du début du XXe siècle, qui s'oppose au pouvoir né du coup
d'Etat du C.U.P., puis à celui de la République kémaliste : le premier est
modernisateur, occidentaliste, élitiste: le second est conservateur,
antioccidentaliste et religieux. Arrivé au pouvoir, le libéralisme utilise les structures
autoritaires de l'Etat pour ses propres fins. Dominé par le conservatisme de la
société turque, le libéralisme est perçu dans l'ordre du retour au refoulé, et ne peut
constituer l'expression d'un projet social. C'est aussi une enquête, mais à Angers,
cette fois, qu'a menée G. Léonard, pour sonder les réactions des Angevinsface à
la petite communauté turque locale. Etude d'un contact de civilisations, dans un
contexte d'immigration. Les Turcs observés, à la ville et à la campagne, portent
le poids des caricatures faites d'eux et de leur pays: incompréhension, dédain,
mutisme, séparent deux prolétariats qui vivent en parallèle, mais sans frictions
graves. Le rôle de l'école, la volonté farouche, chez les parents turcs, d'une
ascension sociale de leurs enfants, laissent présager, au moins dans le cadre rural,
une bonne intégration de la deuxième génération.
Nombre de ces communications ont, de par leur sujet même, fait ressortir
le rôle avantageux d'intermédiaire que la Turquie joue entre l'Occident et le
Moyen-Orient. Le symbole pourrait en être le pont sur le Bosphore. Mais les
autres papiers se situent plutôt dans la problématique du choix européen de la
Turquie.
Trois communications veulent présenter l'ensemble du dossier, pesant
avantages et inconvénients pour les deux partenaires, Turquie et C.E.E. Erol
Manisalz y voit d'abord un problème d'identité auquel il ne donne pas de réponse,
et un problème économique plus aisé à circonscrire. Il voit comme avantage à
l'adhésion, un large marché, une amélioration du marché du travail, une stabilité
économique, des aides financières, des investissements extérieurs,. comme
difficulté accrue à la création de nouveaux secteurs, l'écart technologique, la
détérioration des relations de la Turquie avec des pays tiers. L'auteur pense que
l'économie et la société turques sont prêtes à affronter les épreuves de l'adhésion.
M. Deger estime que, géographiquement, la Turquie est en Europe, mais que,
culturellement, le problème est plus discutable. Retenons, parmi d'autres, les
problèmes posés par l'intégration socio-politique : par exemple, le parti
communiste restant interdit en Turquie, l'auteur voit mal comment on pourrait
organiser des élections européennes en Turquie, puisque tous les partis
représentés au Parlement Européen ne pourraient pas présenter officiellement des
listes. C'est à travers un historique documenté que M. A. Birand nous présente
toutes les implications de la demande turque. Il estime que c'est l'œil fixé sur la
Grèce que les autorités turques ont fondé leur politique européenne depuis 1959.
L'accord d'association n'a été réalisé que dans la mesure où il ouvrait la voie à
l'adhésion pleine et entière. L'accord d'Ankara fut vite oublié, et donc fonctionna
mal. Facteurs économiques et politiques se liguèrent pour entraîner laPRÉSENTATION 5
détérioratioon des rapports turco-communautaires. Le coup d'Etat militaire
n'arrangea rien, mais paradoxalement M. Ozal, plutôt tourné vers le
MoyenOrient, introduisit la demande turque, en fonction de l'attitude grecque. Jamais
moment ne fut plus mal choisi. La Turquie attend avec une grande attention la
réponse européenne, mais l'auteur laisse entendre qu'il ne nourrit aucun
optimisme à cet égard.
Il est intéressant, vue la position géopolitique de la Turquie, de noter les
réactions de pays intéressés par la demande de la Turquie. Trois papiers y sont
consacrés. V. Morales-Lezcano trace brièvement l'histoire des relations
hispanoturques depuis les années 1920, et note, pour les deux pays, la difficile marche
vers la démocratie. Devant le problème de la C.E.E., l'auteur estime que les deux
pays peuvent faire valoir un atout commun: l'Espagne est la porte de l'Afrique
du Nord, et la Turquie celle du Moyen-Orient. A travers l'analyse des réactions de
plusieurs organes de presse espagnols à la demande turque, l'auteur constate
l'intêret croissant qUi! la vieille Turquie éveille dans l'opinion publiqUi! espagnole,
à un moment particulièrement important de l'histoire turque. Le cas de la Grèce
est évidemment plus délicat. D. Kitsikis propose une solution: après avoir
constaté que l'Europe géographique est tout à fait arbitraire et que l'Europe
politique et culturelle n'a jamais existé, il prône une solutionfédérale de nature
canadienne. La solution du conflit chypriote sur cette base pourrait préfigurer
l'avènement d'une Egéide gréco-turque, confédération égalitaire susceptible, dans
l'esprit d'Atatürk et de Vénizélos retrouvé, de constituer un môle régional que, et
la Communauté et les pays islamiques devraient alors prendre en grande
considération. Le rapport de la Turquie à la Grèce est envisagé, par M. Bozdémir,
sous l'angle géostratégique de la sécurité. Le contentieux égéen et chypriote qui
divise les Grecs et les Turcs est, certes, sérieux, mais les réalités de l'Alliance
occidentale le maintiendront dans des limites tolérables pour les principaux
acteurs. Du reste, Moscou ne s'oppose pas à l'entrée de la Turquie dans le Marché
Commun, et les Etats-Unis ne peuvent voir aucun inconvénient à l'élargissement
d'une Communauté très coopérative. Reste à savoir, dans ces conditions, si les
antagonistes n'auraient pas intérêt à alléger leur dispute avant les échéances si
importantes pour la Turquie.
Viennent les exposés des "engagés". Comme militant de l'intégration~ B.
Alcarcal, présente une évolution turque en trois phases. Tout va bien: le peuple
turc a/ait d'un Empire une République, d'une théocratie un système laïque, d'une
monarchie une démocratie. Puis, tout va mal, au début des années 1980 : le pays
est économiquement en faillite, politiquement en désordre, et le régime
démocratique, condition sine qua non de l'adhésion au club, est en danger. Tout
va bien de nouveau: la Turquie a réglé ses problèmes politiques et économiques
internes, et il faut que tous les sacrifices consentis portent leurs fruits. Pour o.
N. ZIIIIOglu, l'adhésion de la Turquie à l'OTAN est l'acte international
fondamental de ce pays, et sa politique européenne n'est que le signe d'uneSALGUR KANÇAL ET JACQUES THOBIE6
resserrement de ses liens avec les Etats Unis. Les relations de la Turquie avec la
C.E.E., en dépit de difficultés passagères, sont sur la bonne voie. Même si
l'ambiance parait plutôt défavorable à l'adhésion de la Turquie, le choix occidental
de la Turquie est i"éversible. Cette intégration apportera des avantages non
seulement à la Turquie, mais aussi à la C.E.E., la variété des opinions et la
richesse culturelle naissant de diverses rencontres.llfaut accélérer le processus.
T. Bieda plaide le dossier économiqUl! de la Turquie dans l'optique de
l'intégration à la C.EE. Cette analyse complète, quoiqUl! brève, souligne d'abord
le désenchantement né du mauvais fonctionnement des accords d'associations. Il
est naturel que les arguments favorables à la Turquie soient soulignés: efforts
constants pour libéraliser l'économie turqUl! ; taux de croissance annuel .leplus
élevé des pays de l'OCDE, avec comme contrepartie maîtrisée une forte inflation;
un PIB global très honorable, dans une ambiance de fort dynamisme; une baisse
de la part du secteur agricole dans laformation du PNB; une industrie qui pour
75% est capable de résister à la concurrence européenne. La Turquie ne sera pas
une charge financière pour la Communauté, et elle apportera, en revanche, un
marché de 50 milions de consommateurs. Outre divers avantages, les
investissements de capitaux étrangers trouveront en Turquie un terrain
particulièrement profitable. Les avantages seront donc bien partagés, et en
acceptant la Turquie, l'Europe aura ainsi atteint ses frontières naturelles.
Exposant les motifs politiques de la demande d'adhésion de la Turquie, P. Tacar
passe d'abord en revue les réactions défavorables, favorables et mitigées. La
raison déterminante de l'initiative d'Ankara gît dans la volonté exprimée par la
quasi unanimité de l'opinion publique turque: malgré certaines différences, le
choix d'une société de type occidental est induscutable. L'intégration consolidera
une démocratie jeune et fragile, mais qui montre un rétablissement progressif. La
Turquie ne pouvait rester indifférente à l'élargissement vers le sud de la
Communauté, et à l'approche de celle-ci vers le marché unique. Membre de
l'OTAN, la Turquie doit pouvoir bénéficier, à part entière, du jeu des solidarités
fondamentales. Enfin, elle peut espérer, à travers l'intégration, régler les
questions bilatérales qui l'opposent à la Grèce. L'adhésion de la Turquie à la
Communauté sera bénéfique pour toutes les parties concernées.
Le point de vue de la Communauté est exposé par J. J. Schwed: il est à
la fois sévère et nuancé. L'auteur constate que l'accord d'association afort mal
vieilli et a laissé s'accumuler un contentieux entre la C.E.E. et la Turquie.
Marché commun, la Communauté ne peut qu'être très sensible à l'application,
dans des proportions dérisoires, de l'accord d'Union douanière; l'interprétation
turque de la clause de la libre circulation des travailleurs ne peUl qu'inquiéter une
Communauté qui compte 16 millions de chô11l.eurs ,. les exporta/ions de textiles
turcs on/naturellement déclenché le processus de sauvegarde d'une industrie
textile européenne moribonde, mais néanmoins la Turquie reste le premier
fournisseur de la Communauté; à la suite du. coup d'Etat de 1980, laPRÉSENTATION 7
Communauté a bloqué tout nouvel engagement financier, le dernier protocole
n'étant toujours pas honoré. Cela dit, la demande d'adhésion de la Turquie pose
des problèmes particuliers. Le poids même de la Turquie a un côté dissuasif ,:
comment mener parallèlement les négociations communautaires vers le marché
unique et la négociation d'un nouvel élargissement? Economiquement, la
Turquie a un taux d'inflation très élevé, un chômage fort lourd, une dette
extérieure en augmentation, accorde encore des subventions à certains secteurs
industriels,. politiquement, malgré les progrès accomplis, la situation des libertés
publiques en Turquie pourra être mise en cause. Aussi, conformément à la
procédure habituelle, le chemin sera long, difficile et semé d'embûches pour la
Turquie. Mais la Turquie appartient à l'Europe, personne n'en disconvient, et la
Communauté a une politique méditerranéenne qui suppose, pour son achèvement,
l'intégration de la Turquie.
Cette présentation - qui est aussi trahison - ne donne qu'une faible idée de
la richesse des contributions, que le lecteur pourra apprécier directement à la
lecture de ces Actes. Les communications donnèrent toutes lieu à des débats
nou"is et souvent contradictoires, où chacun a pu affiner ses arguments. Enfin,
une Table Ronde, reproduite à la fin de l'ouvrage, a encore fourni l'occasion de
sérieuses mises au point. Quelles réflexions peut-on tirer des communications et
des débats?
Il s'avère, d'abord, que la Turquie ne désire nullement se limiter à jouer un
rôle de pont entre l'Europe occidentale tt le Moyen-Orient, mais, ainsi qu'elle le
fait déjà, entend exercer une mission d'intermédiaire actif. A cet égard, la baisse
des revenus pétroliers, en ralentissant la pénétration turque dans certains pays
moyen-orien.taux, a donné une dynamique nouvelle au choix de l'occident, à la
demande turque d'intégration au Marché Commun. Du reste» les pays islamiques
soutiennent la démarche de la Turquie» dans la mesure où ils espèrent qu'elle sera
pour eux un avocat efficace.
Pas plus envers la Turquie qu'envers quelque autre pays» la Communauté
n'a de vision politique géostratégique et c'est pourquoi la position géographique
si avantageuse de la Turquie n'entre pas en ligne de compte dans l'argumentation
de Bruxelles: c'est là affaire de l'Alliance Atlantique. Cela signifie-t-.ilque la
Communauté ne serait qu'un marché» qu'une aire économique, sans aucun ressort
politique? On a fait remarquer, à juste titre» que» dans la mesure où elle
fonctionne avec l'argent des contribuables, la Communauté ne peut rester
insensible à l'opinion européenne dominante» lorsque celle-ci s'exprirne,à travers
ses élus, notamment en matière de droits de l'homme et de libertés politiques et
syndicales. A cet égard, si cet aspect n'a pas dominé les débats du colloque, cela
ne signifie nullement qu'il puisse être considéré comme complètement résolu.8 SALGUR KANÇAL ET JACQUES THOBIE
L'aspect culturel reste, lui, largement ouvert. Il ne nous paraît nullement
démontré que l'Europe doive s'identifier à une quelconque civilisation chrétienne,
du reste bien entamée. Par ailleurs, n'y a-t-il pas, en France seulement, deux
millions de musulmans? Quant au poids des groupes tirant leur influence d'une
dynamique résurgence de 11s1am, en Turquie même, cela reste, malgré de savantes
études, pour une large part encore, une affaire d'appréciation.
Comme il est naturel, s'agissant du Marché Commun, le débat fut
amplement économique. Cette constatation peut sembler rassurante, car elle situe
l'argumentation sur une base quantitative, et donc plus scientifique. Et pourtant,
dans le cadre, qui plus est, d'une prospective, les séries statistiques peuvent
prendre, suivant l'angle d'observation, des significations parfoisfort divergentes.
Au demeurant, la confrontation économique n'est pas extérieure à toute
considération politique: on le vit bien, à travers, par exemple, les problèmes de
main d'œuvre, et donc ceux de la crise économique, dont le traitement a un aspect
largement politique. Il semble, en définitive, qu'un quasi concensus ait pu
s'établir sur la notion de délai, autour de l'an 2 000 : une "longue marche" est
'nécessaire, pour les deux: partenaires, la C.E.E. et la Turquie. Si la Turquie
poursuit au rythme actuel de sa croissance, ces délais pourront être mis à profit,
par exemple, pour conforter ces secteurs encore fragiles de l'industrie turque au
stade peu avancé de la substitution aux importations, mettre en route certains
grands projets, maîtriser l'inflation. Le temps également permettra à la
Communauté, affrontée à l'échéance du marché unique, d'en faire une expérience
concrète, d'en mieux: surmonter les contradictions, et de rendre ainsi moins brutal
à la Turquie, le choc de l'intégration.
Salgur KANÇAL
Jacques THOBIELA TURQUIE AU CARREFOUR:
APPROCHES ÉCONOMIQUESRoland PEREZ
LES ENJEUX DE LA RECHERCHE
AGRO-ALIMENTAIRE EN MÉDITERRANÉE
Je voudrais seulement introduire les exposés préparés par mes collègues de
l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (Centre International des
Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes) en présentant quelques réflexions
générales sur les enjeux de la recherche agro-alimentaire en Méditerranée.*
Nous nous interrogerons, tout d'abord, sur l'intérêt que peuvent représenter
des recherches sur la Méditerranée pour des organismes de recherche.
Nous présenterons ensuite un certain nombre de thèmes de recherche qui
nous paraissent parmi les plus pertinents.
Nous terminerons enfin par quelques réflexions sur les méthodes de
recherche dans le domaine référence.
1. L'INTÉRÊT DE LA RECHERCHE (Pourquoi étudier la
Méditerranée ?)
Deux approches, que l'on oppose souvent, peuvent être proposées en se
plaçant respectivement au niveau des objectifs généraux de la démarche
scientifique ou dans une perspective plus contingente.
*Cet exposé s'appuie sur une communication présentée par l'auteur sur le thème "La
Méditerranée: fracture ou trait d'union entre l'Europe et les pays du Sud 1" à l'occasion d'une
journée sur "Les relations économiques internationales dans le domaine agricole et
agroalimentaire", organisée par le Conseil Scientifique du Département Economie et Sociologie
Rurales de l'INRA (Paris, le 26 mars 1987). La préparation de cette communication a été
l'occasion d'un débat avec plusieurs membres de la communauté scientifique intéressée par le
thème, notamment à l'lAM Montpellier et à la Station ESR de l'INRA. L'auteur remercie les
participants à ces discussions des observations et commentaires qu'ils ont bien voulu émettre.
n reste cependant responsable des analyses présentées et des positions exprimées.12 ROLANDPEREZ
1. L'intérêt scientifique (La Méditerranée comme objet de savoir)
On peut s'interroger sur la priorité donnée à la zone méditerranéenne
comme objet de recherches. Pourquoi cette zone plutôt qu'une autre?
Divers arguments peuvent être avancés sur l'intérêt scientifique de la
région méditerranéenne pour l'économie agricole et rurale. Ils tiennent
principalement aux caractéristiques générales de cette région et à leur évolution
dans la période contemporaine.
A) La Méditerranée existe comme Région du Monde
Si elle n'est plus une "économie-monde" au sens de Braudel et de
Wallerstein, elle garde cependant suffisamment de traits distinctifs pour lui
permettre de conserver une identité.
Sans avoir à recourir au lyrisme braudelien, on se contentera de rappeler
quelques évidences en relation avec notre objet de réflexion.
- Le milieu physique méditerranéen présente, au-delà d'une grande variété de
situations locales, des dominantes, notamment en termes de pédologie et de
climatologie, qui autorisent à parler d'Eco-système méditerranéen. Ainsi
l'importance des zones arides ou semi-arides a fait de l'eau une contrainte majeure
des agricultures méditerranéennes.
- La durée immémoriale de l'occupation des espaces méditerranéens par les
civilisations qui s'y sont succédées a progressivement transformé ce milieu
physique qui est de moins en moins "naturel" et de plus en plus "artificiel",
faisant de l'aménagement de l'espace une préoccupation constante des sociétés
méditerranéennes.
- Si tout système agraire représente l'application de la dynamique d'un système
social par rapport à un milieu physique donné, on ne peut s'étonner que les
systèmes agraires méditerranéens soient, par excellence, le fait des sociétés qui les
mettent en œuvre.
- Unité ne veut pas dire uniformité. A toutes époques - même à celles
correspondant à un ordre militaire - les rives méditerranéennes ont connu des
sociétés correspondant à des modes d'organisation, voire à des niveaux de
développement, très différenciés. Cette variété s'est exprimée tout le long de
l'Histoire par une multitude de relations entre acteurs et groupes d'acteurs de la
scène méditerranéenne. Selon les événements et les époques, l'impulsion venait13ENJEUX DE LA RECHERCHE AGRO-ALIMENTAIRE
du Nord ou du Sud, et guerriers, religieux ou marchands en étaient les vecteurs,
parfois alternatifs, souvent concomittants.
C'est cet ensemble de relations et l'interdépendance qu'elles entraînent entre
les différentes parties riveraines qui fondent fidentité de fespace méditerranéen, de
cette "mer entre les terres" dont la discontinuité même représente plus un moyen
de communication qu'elle ne constitue une frontière naturelle.
Ceci explique la permanence et fimportance des relations intra-zone qui
dans le domaine des échanges -notamment agro-alimentaires- comme dans
ceux des mouvements des capitaux et des hommes, ont été souvent plus intenses
que les relations avec les autres zones géo-politiques.
B) La crise méditerranéenne comme archétype de la crise mondiale
Si la Méditerranée n'est plus le centre du Monde -celui-ci se serait
déplacé quelque part vers le Pacifique- elle est cependant restée l'une des régions
où les tensions internationales voire intra nationales y sont les plus extrêmes et
prennent les formes violentes que l'on connaît.
On peut, à cet égard, avancer que la zone méditerranéenne concentre les
principaux paramètres de la crise mondiale actuelle:
_
affrontement Est-Ouest par alliés interposés, sans parler des présences militaires
directes.
.. opposition Nord-Sud repérable en fonction des indicateurs usuels (démographie,
niveau de vie, structures de production et d'échanges, endettement extérieur, ...)
_
discrimination entre Etats pétroliers et non-pétroliers et utilisation contrastée
de la rente pétrolière.
.. apparition de nouveaux facteurs de polarisation comme la montée de
fintégrisme musulman.
Les économistes sont directement concernés par cette évolution rapide qui
affecte tout particulièrement les rapports homme-espace et les équilibres socio..
économiques.
L'avènement à la souveraineté politique de nations autrefois colonisées ou
dominées et le véritable "don du ciel" qu"ont représenté pour certains pays les
découvertes pétrolières, ont pu faire croire à une modification majeure des
rapports de force dans la Région au profit d'un développement plus équilibré.14 ROLAND PEREZ
En fait, les conflits qui ont secoué la Région - notamment les guerres
israélo-arabes -, l'échec de nombreux plans de développement tant en termes
d'industrialisation que de réformes agraires, la pression démographique et ses
effets sur l'équilibre alimentaire, l'emploi, l'urbanisation et le cadre de vie, le
retournement de la conjoncture pétrolière et, bien sûr, la Révolution iranienne,
ont été autant facteurs de déstabilisation des parties Sud et, surtout, Est de la
Méditerranée.
De leur côté, les pays de la rive Nord ont connu une progression continue
du chômage lié à la stagnation de la demande globale et à la mise en cause de
r efficacité de leurs structures industrielles. Mais ces problèmes, aussi difficiles
qu'ils soient, ne peuvent être comparés à ceux que connaissent ceux de la rive
Sud.
Au contraire, le processus irrégulier mais opiniâtre de construction d'un
espace européen élargi depuis peu à la plupart des pays de la rive Nord
Méditerranéenne peut faire craindre une accentuation de la discontinuité Nord-Sud,
et la création d'une "frontière méditerranéenne" que J.F. Drevet compare au
"RioGrande".
Parallèlement à ces oppositions Nord-Sud, les crises récentes ont mis en
relief la fragilité de l'Éco-système méditerranéen qui supporte de plus en plus
difficilement les agressions - en termes d'érosion, de pollution,
d'incendiesdont il est l'objet en raison des charges démograpbiques subies et d'une
urbanisation incontrôlée.
De part et d'autre des deux rives de la Méditerranée, apparaît urgent la
maîtrise de cet éco-système et l'arrêt de sa dégradation; c'est, on le sait, l'un des
objectifs du "Plan Bleu" lancé à l'initiative du PNUD.
Ainsi paradoxalement, la Méditerranée contemporaine apparaît à la fois
divisée et solidaire.
Elle reste pour les Economistes - notamment les spécialistes des
questions agricoles, agro-alimentaires et rurales- un lieu exceptionnel
d'observation d'une réalité complexe où la Géographie, l'Histoire et l'Economie
composent les trames d'un récit sans cesse renouvelé.
2. Les intérêts nationaux (le rapport de la Science au Politique)
Le fait d'évoquer le problème sous cet angle pourra choquer.
Il n'est cependant pas à exclure, a priori, qu'un Etat se pose le problème du
rôle de ses programmes de recherches par rapport aux objectifs généraux du pays.15ENJEUX DE LA RECHERCHE AGRO-ALIMENTAIRE
On n'a pas à rappeler l'importance actuelle des enjeux méditerranéens sur
l'équilibre international et plus précisément sur le rôle des Etats dans cette zone.
Sans être lié à une "politique du drapeau", il n'est pas inconcevable de marquer
l'importance qui en découle des recherches menées dans le domaine
méditerranéen.
a, cependant, plusieurs façons de considérer cet enjeu:Il Y
-La plus restrictive serait de considérer de grands Instituts nationaux de recherche
comme de simples bureaux d'études au service des responsables publics, par
exemple dans le cadre des négociations prévues avec le GATf. Les équipes de
recherche concernées risqueraient de perdre à la fois en cohérence et en
indépendance.
Sur ce plan, il conviendrait plutôt de permettre une plus grande mobilité
des chercheurs vers les grandes Administrations auprès desquelles ils pourraient
temporairement exercer une fonction de consultant.
- Une conception plus large pose le problème de l'enjeu national sur le terrain
scientifique.
Les caractéristiques de l'espace méditerranéen, les intérêts qui s'y
expriment, les tensions qui en découlent, font de cette zone un lieu exceptionnel
d'observation des problèmes contemporains. Elle devient par-là un lieu de
confrontation des méthodes et des appareils scientifiques.
Sur ce plan, il est important de garder à la recherche sur la Méditerranée un
aspect ouvert bénéficant de plusieurs "entrées".
II. TERRAINS ET THÈMES DE RECHERCHE (Quoi étudier en
Méditerranée 1)
Avant de présenter quelques propositions en la matière, il convient de
lever une ambiguïté qui, à nos yeux, caractérise les intitulés mêmes .qui ont été
proposés.
S'intéresse-t-on exclusivement aux relations économiques internationales
ouà l'ensemble marchandises-hommes-capitaux.
Nous adopterons une interprétation large posant comme objet d'analyse
l'ensemble de la zone et faisant des échanges internationaux (intra et inter-zones)
une composante, certes majeure, mais nonexclusive de l'économie
méditerranéenne.16 ROLANDPEREZ
Une typologie des problèmes et thèmes est toujours risquée, mais on peut
la tenter en mettant l'accent sur les aspects des plus cruciaux par rapport aux
enjeux de la recherche.
1. Les transformations des économies agricoles et
agroalimentaires des pays méditerranéens
Il est un fait que notre base de connaissances est très inégale selon les
pays considérés en fonction notamment de l'Histoire qui a fait que certains d'entre
eux sont plus que d'autres liés au système français de recherche.
A l'inverse, notre information scientifique est insuffisante sur des pays
comme par exemple la Turquie qui constitue une puissance agricole non
négligeable et dont les réalisations dans ce domaine apparaissent tout à fait
remarquables.
Au delà d'une meilleure ttcouverturett de l'ensemble méditerranéen, il
conviendrait de renouveler un certain nombre d'analyses anciennes, compte-tenu
de révolution des méthodes et surtout de la rapidité des transformations que
connaissent les pays concernés.
Par ailleurs, on note une grande hétérogénéïté liée à la fois à la diversité
légitime des problématiques et à celle, plus discutable, de la qualité des
instruments de recherche.
Ce constat amène à recommander de remettre à l'honneur des études
d'économie comparée permettant à une institution ou à un réseau d'étudier une
catégorie de problèmes dans des conditions d'exigence comparables.
Certaines institutions internationales comme la Banque Mondiale, le FAO
ou l'OCDE ont ouvert la voie, mais il conviendrait que la recherche française
puisse également effectuer un certain nombre d'études systématiques sur le Bassin
Méditerranéen dans le domaine agricole et agro-alimentaire.
Ces études devraient porter aussi bien sur l'économie agricole et
agroalimentaire des différents pays méditerranéens que sur des problèmes communs à
plusieurs pays ou à l'ensemble de la zone.
Les thèmes qui nous paraissent les plus porteurs-en plus des thèmes
sectorielsabordésci-après-sont:
- l'étude des conditions générales de l'activité agricole notamment en matière
d'aménagement des zones sèches (hydraulique,...)17ENJEUX DE LA RECHERCHE AGRO-ALIMENTAIRE
- l'étude des structures et des politiques foncières,
_
l'analyse des exploitations agricoles, de leurs conditions de fonctionnement et
de financement, de leurs performances,
_
l'étude, proche de la précédente mais cependant spécifique, des ménages
agricoles, de leurs conditions de vie, de la pluriactivité, de leur insertion dans les
sociétés rurales,. ..
_
l'étude des institutions de développement et de vulgarisation, du rôle qu'elles
jouent dans l'organisation de la société rurale et de sa transformation, en
particulier en ce qui concerne la diffusion des technologies,
_
l'étudede l'articulationentre politiqueagricole,politiquealimentaireet politique
économique générale - cf. le dilemne : "affronter les experts du FMI ou les
émeutes de la faimu-.
2. La dynamique des filières agro-alimentaires et des marchés
internationaux et leur incidence dans l'espace méditerranéen
Nous touchons là, plus directement, au domaine des échanges
internationaux, mais même à ce niveau on ne saurait faire abstraction de la
situation des différents pays concernés et des marchés intérieurs qui leur
correspondent.
Dans l'éventail des filières ainsi étudiées on serait tenté de faire une
distinction entre celles pour lesquelles la région méditerranéenne constitue une
zone de production et/ou de consommation dominante (ex. huile d'olive) et celles
pour lesquelles cette région constitue une composante parmi d'autres du système
mondial (ex. céréales).
Cette distinction, a priori rationnelle, est cependant moins évidente dans
les faits dès l'instant que les productions agricoles et alimentaires peuvent faire
l'objet, comme on le sait, de décisions de substitution à travers les filières
concernées; par exemple, la filière oléicole ne saurait être isolée des autres
filières oléagineuses.
Ceci amène à poser comme principe que l'on ne saurait étudier la zone
méditerranéenne et les relations économiques internationales qui s'y nouent sans
prendre comme référentiel les composantes du marché mondial des produits
concernés, même si l'on sait que la plupart des produits agricoles sont échangés
sur un marché très fragmenté compte tenu de l'importance des relations
bilatérales et des accords inter-gouvernementaux.18 ROLAND PEREZ
Cela est particulièrement .le cas si on descend, comme il convient, au
niveau de la stratégie des acteurs (grands "traders", groupes agro-alimentaires,
etc. ..) qui sont autant de vecteurs dans la réalisation de ces échanges.
3. La construction européenne et ses effets de structure sur les
économies de la région et sur le système d'échanges
Les différentes nations méditerranéennes ont depuis longtemps fait l'objet
de tentatives plus ou moins réussies de regroupement ou de mise en place de
politiques économiques concertées.
De ces tentatives, la plupart ne sont restées que velléités, voire ont subi
des échecs cuisants; c'est le cas particulièrement des projets concernant les pays
arabes malgré la création d'organismes communs tels que rOADA (Organisation
Arabe de Développement Agricole), et c'est d'ailleurs un objet d'analyse que
d'étudier les conséquences de ce manque d'unité des pays de la rive Sud sur les
politiques agro-alimentaires et les systèmes d'échanges.
Un de ces projets est devenu progressivement une réalité qui tend à
bouleverser la géopolitique de la zone méditerranéene ; il s'agit de la construction
européenne et tout particulièrement de la mise en place de la Politique Agricole
Commune (p.A.C.) :
Le poids que représente la PAC dans le budget européen, le rôle du facteur
agricole dans les procédures d'élargissement de l'Europe vers le sud, constituent
peu à peu un facteur majeur de transfonnation de la région.
Actuellement, la quasi-totalité des pays méditerranéens sont à l'intérieur de
la Communauté ou appartiennent aux Pays Tiers Méditerranéens (PTM).
Les accords déjà réalisés ou ceux en cours de négociation constituent ou
constitueront les éléments cadres du système d'échanges par rapport auxquels il
conviendra d'apprécier l'évolution des politiques agricoles et agro-alimentaires.
Certains effets étaient attendus comme les difficultés enregistrées dans certains
pays tiers pour des exportations traditionnelles (tomates du Maroc), d'autres sont
plus nouveaux bien que prévisibles, ainsi l'entrée en force des produits de
l'Europe tempérée dans les nouveaux pays membres (les exportations françaises
agro-alimentaires en Espagne ont augmenté de près de 80 %).
C'est, en effet, une typologie en trois groupes correspondant
respectivement à la C.E.E. "nordique", à la C.E.E. Méditerranéenne et aux Pays
Tiers Méditerranéens qu'il convient de traiter plutôt qu'une simple dichotomie
Nord-Sud.19ENJEUX DE LA RECHERCHE AGRO-ALThffiNTAIRE
Beaucoup d'indicateurs (niveau de vie, importance de la population active
agricole, etc...) séparent chaque groupe de pays dont les éléments sont soumis à
une compétition exacerbée intra et inter groupes, ainsi qu'avec d'autres zones
(tout particulièrement les USA)
En résumé, l'ensemble des ces trois niveaux d'analyse -la dynamique des
économies nationales méditérranéennes, celle du système d'échange comme
soussystème de l'économie mondiale, les effets structurants de la PAC et des
négociations C.E.E. - Pays Tiers- ainsi que leurs interactions respectives, nous
paraissent constituer les axes majeurs des recherches à mener.
nI. MÉTHODES (Comment étudier la Méditerranée ?)
y a-t-il des méthodes de recherche propres à la zone méditerranéenne?
On peut pour cette région comme pour d'autres rappeler les conditions qui,
à nos yeux, caractérisent la recherche en économie appliquée.
Les économistes impliqués dans un espace de connaissances identifié par
seici l'Agricole, l'Agro-Alimentaire, le Rural -un objet social précis -
doivent de respecter plusieurs conditions:
_
se mettre dans une positionde dialogueavec les collèguesdes autres disciplines,
afin de mieux comprendre notre objet commun de recherche et de faire avec eux
œuvre de pluridisciplinarité.
_
apporter une contribution incontestable et de ne pas se contenter d'un discours
normatif dont parfois le ton péremptoire masque le caractère superficiel.
En bref, Economistes, Sociologues, Géographes... doivent viser à être de
bons "professionnels" dans leurs disciplines respectives et prendre soin d'adopter
une démarche d'autant plus rigoureuse que leurs analyses ne se prêtent souvent
pas aux mêmes protocoles de validation que celles des sciences autorisant
l'expérimentation.
Pour ce qui concerne la région méditerranéenne quelques spécificités
apparaissent:
a) La première concerne la délimitation du champ d'analyse et les problèmes
d'information qui en découlent.
Traditionnellement, les pays méditerranéens sont regroupés en deux grands
ensembles qui se rattachent, selon le pays concerné au "Nord" ou au "Sud", avec20 ROLAND PEREZ
les problèmes de frontières tels que ceux posés par la Turquie, Israêl, etc. Ainsi la
FAO traite les pays méditerranéens à travers deux de ses directions régionales
(Europe et Afrique du Nord-Moyen-Orient).
Cette situation est source d'hétérogénéïte pour les statistiques
disponsibles. TIexiste peu de systèmes d'informations couvrant spécifiquement la
zone et nous avons rappelé la nécessité de disposer d'une base de connaissances
suffisamment stable et homogène. A cet égard, la constitution et le
développement de banques de données méditerranéennes nous paraîssent une
priorité.
b) La seconde concerne l'articulation des méthodes de recherche. J'ai déjà rappelé
la nécessité pour les chercheurs en sciences sociales de se mettre en position de
dialogue avec les collègues des autres disciplines (agronomie, géologie,
climatologie, etc...) dès l'instant qu'ils travaillent sur un terrain commun.
Il est aussi nécessaire que ce dialogue ait lieu à l'intérieur des sciences
sociales. En Méditerranée, peut-être plus qu'ailleurs, les relations économiques
internationales ne peuvent s'étudier avec les seuls instruments de l'analyse
économique; ceci en raison essentiellement de la situation de crise que connaît la
région -notamment dans sa partie Est-ce qui modifie fondamentalement les
comportements des acteurs (cf. décisions sur les marchés des blés).
Ce constat n'implique pas un rejet des instruments de l'analyse économique
mais une relativisation en fonction des problèmes étudiés. Ici, l'analyse en terme
de prix, de taux de protection, de balances commerciales sera féconde et permettra
d'éclairer les responsables impliqués dans une négociation.
Ailleurs, elle sera largement illusoire et il conviendra d'utiliser d'autres
approches moins directement fondées sur l'analyse des échanges immédiats
(sphère de la circulation) et prenant plus en compte les caractéristiques
structurelles des sociétés méditerranéennes, de leurs systèmes productifs et les
déterminants de leur évolution.
c) Des observations comparables peuvent être présentées à propos d'un autre
dilemne qui, classiquement, partage notre communauté scientifique, à savoir le
débat quantitatif-qualitatif
Le recours aux méthodes quantitatives doit être recherché chaque fois que
cela est possible. Cela suppose une amélioration du système d'information
statistique dont on a rappelé l'hétérogénéité. Compte-tenu des incertitudes qui
affectent la zone, on peut également utiliser les voies de la modélisation en
observant, qu'à l'exception du Plan Bleu, peu de modèles internationaux couvrent
spécifiquement le champ méditerranéen.21ENJEUX DE LA RECHERCHE AGRO-ALIMENTAIRE
Cependant, il apparaît souhaitable de ne pas se figer sur ces méthodes
quantitatives, dont la rigueur n'est parfois qu'apparente, et de recourir aussi à des
méthodes qualitatives (par exemple des études cliniques).
d) La dernière spécifité concerne le développement inégal des systèmes de
recherche nationaux.
Les nations riveraines ne sont pas dans des situations historiques
idenûques ; certaines d'entre elle n'ont accédé que récemment à l'indépendance
politique et n'ont que progressivement et d'une manière fragmentaire mis en place
des institutions de recherche.
En termes clairs, le souci de rendre homogène l'objet d'analyse ne doit pas
entraîner un processus de recherches externalisé mais doit être envisagé par la
mise en place de véritables réseaux associant les différents partenaires des pays
concernés.
Des initiatives en ce sens devraient contribuer à la création d'une
communauté scientifique -méditerranéenne à laquelle les institutions nationales
devraient apporter une contribution active.
A cet égard, et à travers le renouvellement des méthodes, c'est à une
modification de la problématique que nous appelons. La recherche sur la
Méditerranée doit s'efforcer d'apporter un nouveau regard sur son termin d'études,
moins "national" et plus "méditerranéen" tout en situant cette MéditetTanée dans
son contexte international.
C'est à ce prix qu'elle fera un meilleur travail scientifique.SelmaONCÜOOLU
POUR UNE PROBLÉMATIQUE DE LA
COMMERCIALISATION DES FRUITS ET LÉGUMES
FRAIS EN TURQUIE
L'URBANISATION: FACTEUR MOTEUR
La production des fruits et légumes frais a enregistré une forte croissance
depuis les années 60. L'urbanisation rapide, l'élévation du pouvoir d'achat et
l'amélioration du réseau routier national sont autant de facteurs qui ont joué en ce
sens.
origine l'extension deL'augmentation de la production de la filière a ~ur
la superficie cultivée, l'amélioration des rendements et une commercialisation
plus dense des fruits et légumes cultivés, accompagnées d'une diminution de
l'autoconsommation.
L'urbanisation en Turquie a accentué les déséquilibres régionaux.
L'industrialisation très polarisée dans la région ouest a suscité un exode rural et
en 1980 la population urbaine de cette zone représentait déjà 35% de la
population urbaine nationale2. L'Anatolie centrale par la présence d'Ankara ainsi
que ..la région méditerranéenne sont relativement urbanisées. Par contre, les
régions de la Mer Noire et surtout de l'Est de l'Anatolie le sont moins. Ce
déséquilibre régional est accentué par les différences climatiques qui avantagent
les côtes Sud et Ouest du pays.
Engendrée par la croissance de la population surtout urbaine, la production
des fruits et légumes frais répond largement à cette demande. Le taux moyen
annuel de l'augmentation de la production des fruits frais est de 4,8% entre 1964
et 1984 et celui des légumes frais de 5,4%. Pendant la même période la
population nationale s'est accrue de 2,2% et la population urbaine de 4,1% par an3.
Les écarts de revenus par rapport à une moyenne nationale sont à
l'avantage des grandes villes de l'Ouest et de la capitale4. Pour les fruits et
légumes, les villes s'approvisionnent dans leurs hinterlands immédiats
mais aussi dans d'autres régions productrices. Par conséquent les régions Nord-24 SELMA ÔNCÛOOLU
Est, Sud-Est et Est du pays, écologiquement défavorisées et économiquement
pauvres sont, en outre, mal approvisionnées en fruits et légumes. Le facteur
déterminant de cette mauvaise répartition est essentiellement le système de
commercialisation.
UNE DEMANDE JNTF.RmuRE POfENTIELLEMFNT IMPORTAN1E
La croissance démographique, l'élévation du pouvoir d'achat, laissent
supposer une hausse de la production horticole à l'avenir. Cet accroissement est
directement lié à une extension des marchés et à l'évolution du pouvoir d'achat
des différentes strates socio-économiques.
En 1981-82, une enquête nutritionnelle a montré16 qu'un citadin d'Istanbul
consommait 226 kg de fruits et légumes frais par an alors qu'un paysan de l'Est
de l'Anatolie n'en consommait que 27 kg. 70% de ce total, pour ce dernier,
étaient composés de pommes de terre, d'oignons, de tomates, de pastèques et
melons, contre 40% pour le résident d'Istanbul. Les diverses enquêtes
nutritionnelles effectuées en Turquie témoignent de ces différences. On constate
des niveaux de consommation relativement bas dans les régions Nord et Est de
l'Anatolie. Le large éventail de plus de 80 variétés produites dans le pays ne se
réflète pas dans la composition de la consommationl4a.
La part des dépenses pour les fruits et légumes frais dans le panier de la
ménagère est importante même pour les très bas niveaux de revenus. Cette
proportion s'accroît avec l'élévation du niveau de revenu particulièrement pour les
fruits frais et à un moindre degré pour les légumes. Selon les résultats de
l'enquête de 1984, les différences saisonnières dans ]a consommation s'estompent
pour les groupes de revenus élevés24. Les élasticités de la demande par rapport au
revenu changent entre 0,0085 (pommes de terre) et 0,293 (céleri) pour les
légumes frais et entre 0,156 (oranges) et 0,454 (poires) pour les fruits (Fonctions
log-log pour l'année 1978n9)6. Dans l'enquête nutritionnelle de 1984, les mêmes
élasticités pour la Turquie sont de 1,481 pour la consommation des fruits
hivernaux et de 0,782 pour celles des fruits estivaux. Pendant la période d'été,
l'élasticité de ]a demande par rapport au revenu est de 0,151 et pendant l'hiver de
0,235 en ce qui concerne la consommation des légumes frais.
Actuellement, la demande se dirige vers les fruits et légumes de grande
consommation en raison d'un prix relatif plus faible et d'une meilleure
distribution. Or, les prix de détail apparaissent comme un frein à la demande.
Leurs fluctuations saisonnières et régionales influent sur la variété et les
quantités consommées. Les strates socio-économiques modestes sont d'autant
plus défavorisées qu'elles sont éloignées des zones de production. Les niveaux
élevés de prix de détail rendent le marché des fruits et légumes frais attractif pour
les producteurs mais essentiellement pour les commerçants. Malgré leur cherté,25CO~RCIALISA TION DES FRUITS ET LÉGUMES FRAIS
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~~~~~~~~~1~~!I!~~~i~26 SELMA ÔNCÜOOLU
la demande pour ces denrées est forte. Donc, la consommation stagne mais ne
regresse pratiquement pas. Or, on peut supposer que l'accroissement des qualités
consommées s'accompagnera d'une diversification des produits. Une
augmentation dans le revenu n'apportera pas. seulement des hausses de quantités mais aussi une amélioration de la corbeille de fruits et légumes par
l'élargissement de l'éventail des variétés consommées.
La demande des industries alimentaires est également en progression rapide
depuis les années 7014e. Ces industries ont une capacité totale maximale de près
de 1 000 000 de tonnes de fruits et légumes par an, mais leur utilisation de
capacité en 1983 était d'environ 18%. Cette activité a une production potentielle
qui peut devenir effective si apparait une demande de produits en conserve; cet
accroissement peut engendrer une hausse de leur demande de produits frais.
EXPORTATIONS: UNE FONCTION DE LA PRODUCTION
Les exportations sont devenues porteuses pour révolution de la filière
depuis la seconde moitié des années 70, mais surtout à partir de 1980, avec les
nouveaux marchés constitués par les pays du Moyen-Orient.
Si la production est surtout destinée à la demande intérieure, les mesures
d'encouragement prises par les autorités publiques motivent quelque peu les
agriculteurs à s'orienter vers l'horticulture, particulièrement sous serre, dont les
produits sont destinés exclusivement à l'exportationl. Toutefois, ces aides ont
seulementpermis de faire passer la part des exportations dans la production totale
de 1,54%en 1979à 3,09% en 1984pour les fruits et de 0,49% à 2,07% pour les
légumesl5.
Ces mesures d'encouragement, dans leur quasi-totalité, sont favorables aux
exportateurs (détaxation, exemption des droits de douane, crédits à l'exportation,
allocation des devises étrangères, y compris pour le pré-financement) qui
deviennent plus nombreux2.
Tant dans l'évolution des volumes exportés des agrumes que sur le plan de
leur conditionnement on remarque une régularité, qui laisse à croire que, si les
exportations des fruits et légumes atteignent un certain niveau, les installations
infra-structurelleE répondront alors mieux aux besoinsl4a.
En 1981, 55% des exportations totales de produits alimentaires sont
destinées aux pays du Moyen-Orient, 23% aux pays du bloc socialiste et 17%
aux pays européens2'3.Cet accroissement des exportations n'a toutefois pas encore
suscité une hausse significative des productions.COMMERCIALISATION DES FRUITS ET LÉGUMES FRAIS 27
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*SELMA ONCÜOOLU28
Une absence quasi-totale de l'organisation, de l'information sur les
marchés extérieurs et de pratique du marketing, façonne la structure de
commercialisation de la filière. Les difficultés de stockage et de transport
réfrigérés et de normalisationgrèventlourdementson fonctionnement Donc, une
partie des produits exportés sont d'abord envoyés en vrac vers d'autres pays pour y
êtte triés et conditionnés et sont alors ré-exportés2.
DOMINANCE D'UN SYSTÈME ARCHAÏQUE DANS LES
CIRCUITS DE LA COMMERCIALISATION
Le système de commercialisation des fruits et légumes frais est marqué,
avant toute chose, par un grand nombre d'opérateurs à tous les stades de la
distribution.
Les marchandises qui suivent le circuit du marché réglementaire
représentent 20 à 40% du volume total des fruits et légumes commercialisés, le
reste prend des circuits dits hors-marchés et échappe à tout contrôle et
réglementation municipale26.
Que ce soient les circuits du marché ou les circuits hors-marchés, on
rencontre plus d'un opérateur qui interfère dans la distribution et augmente les
marges de la commercialisation (Tab1.3)
A. Au stade du commerce de gros
Les ramasseurs locaux (ilk toplaYlcl) sont, dans la plupart des cas, le
premier lien entre le producteur et les autres opérateurs. D'une façon générale, ils
achètent forfaitairement la récolte sur pied au producteur, en assument la
cueillette, le triage, l'emballage et le transport jusqu'aux Halles de gros locales.
Ils consentent également des prêts gratuits aux agriculteurs. Les ramasseurs, en
contrepartie des risques de mauvaises récoltes, paient aux co-contractants un prix
inférieur aux prix du marché2o.
Un autre groupe d'agents-intermédiaires très puissant sur le marché est
celui des courtiers (simsar). Ils sont présents au premier stade de la
commercialisation. Ils forment le lien entre le producteur et le grossiste des
Halles de gros des Centres de consommation et accomplissent rarement des
fonctions techniques. Leur rôle est celui d'informateur, d'interface. Leur
commission représente de 1 à 2% de la somme payée au producteur17.
Les commerçants-expéditeurs (sevkiya.tçl tüccar), constituent aussi un
groupe d'opérateurs très puissant; ils établissent le contact entre le marchand-CO:MMERCIALISATION DES FRUITS ET LÉGUMES FRAIS 29
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détaillant (pazarcz) des centres de consommation et le grossiste des Halles de gros
locales ou le producteur. Leur marge nette varie entre 2 et 22% mais s'établit en
général, aux environs de 12%. S'ils sont en contact direct avec le producteur, ils
assurent]a cueillette, l'emballage et l'expédition de la récolte.
Les commerçants-commissionnaires (komisyoncu tüccar) ont leurs locaux
en dehors des Halles de gros locales et assurent le stockage et l'emballage des
fruits et légumes qu'ils écoulent. Leurs achats se font, en principe, à la
consignation mais aussi à ferme. Dans l'ensemble, ils ont recours à un courtier
ou à un ramasseur local.
Les grossistes des Halles de gros locales (toptancz hall komisyoncularz)
ont une commission de 8%, fixée par la Mairie, sur le prix de gros de la
marchandise. Sur les 2566 grossistes recensés en 1980 dans le commerce des
fruits et légumes, près de 53% avaient un fonds de roulement de plus de 5
millions de L.T. Ils forment 50% des grossistes du commerce alimentaire qui
disposent d'un fonds de roulement de cette grandeur. Les firmes d'exportation et
les exportateurs intègrent cette statistique.
Outre ces opérateurs, les camionneurs et les manutentionnaires peuvent
acheter et expédier ]a récolte locale vers les centres de consommation. Le groupe
qui intervient le plus fréquemment est celui des marchands-détaillants des centres
de consommation. Ce circuit hors-marché est pratiqué plutôt pour les fruits et
légumes très fragiles et volumineux comme ]a pastèque, le melon ou la tomate.
Les marges de commercialisation sont élevées malgré le faible nombre
d'opérateurs.
Au stade de gros, on rencontre aussi des coopératives de vente. A part
celles fondées pour la commercialisation des agrumes14e, ce sont plutôt des
établissements paravent formés par les grossistes arm de disposer d'un local dans
les Halles de gros locales ou des centres de consommation. Elles réalisent le
même travail que les grossistes, mais avec une marge de seulement 7%14e. Elles
achètent au poids ce qui est plus avantageux pour le producteur. Mais leur
puissance sur le marché de gros est très réduite, voire nulle. Elles ne peuvent
contrôler que 5% du volume total des produits.
Au stade du commerce de gros, le groupe des commerçants formé par le
ramasseur local, le courtier, le commerçant-expéditeur et le
commerçantcommissionnaire, commercialise entre 50 et 60% des fruits et légumes
fraisl4e, 17,20. En 1980, la part des villages qui préfèrent vendre leurs produits
agro-alimentaires aux commerçants est de 48,4% et ceux qui préfèrent confier leur
récolte aux coopératives de producteurs est de 6,7%3.CO~RCIALISA TION DES FRUITS ET LÉGUMES FRAIS 31
B. Au stade du commerce de détail
Les magasins de détail de fruits et légumes, les marchands -détaillants sur
les marchés ouverts des. villes, les superettes, les colporteurs, constituent le
groupe d'opérateurs au stade de détail. Toutefois, les plus nombreux dans les
grandes villes sont les marchands-détaillants et les marchands de quatre-saisons.
Les marchands des marchés ouverts sont les plus nombreux et sont
puissants quant au volume de la marchandise qu'ils écoulent. Leur marge de
commercialisation varie entre 10 et 3% du prix de détaill4d, mais il semble qu'ils
bénéficient du maximum dans de nombreux cas.
Les magasins de détail des fruits et légumes sont de petite taille. En 1980,
2,7% seulement d'entre eux ont un fonds de roulement de plus de 5 millions de
L.T. et près de 75% ont un fonds de roulement de moins d'un million de L.T.5.
TIsne peuvent pas s'équiper d'entrepôts nécessaires à leur activité. La détérioration
subie par les produits et les fluctuations des prix d'achat peuvent avoir des
conséquences importantes. Afin de pallier cette situation, ils appliquent la marge
maximum autorisée (40%)14e. Ils assument le chargement de la marchandise des
Halles de gros de centres de consommation, le transport et le déchargement à leur
magasin. Leur marge nette varie entre 7 et 15% du prix de détaill?
La taille des superettes d'alimentation ne leur permet pas d'avoir une
intégration verticale dans la chaîne de distribution. Toujours en se fiant. aux
résultats du recensement de 1980, nous observons que 17% d'entre elles ont un
fonds de roulement de moins d'un million de L.T. et 36% de plus de 5 millions
de L.T.5 Dans leur approvisionnement, elles suivent un circuit long et ne sont
pas en mesure de réduire leurs marges de commercialisation.
c. Au stade du commerce extérieur
Une multitude d'exportateurs, dont les fonds de roulement sont limités,
concurrencent les grandes firmes d'exportation en baissant les prix pour
s'accaparer le marché. Toutefois, on observe depuis le début des années SO,une
polarisation des exportateurs et une concentration des capitauxl4c et pour lutter
contre ces actions individuelles et ponctuelles, les groupements des sociétés de
commercialisation, sous le nom de MEPESAN, ont été fondés avec l'aide de la
Banque Mondiale, de la Banque Agricole de la République de Turquie et des
Coopératives Agricoles de Crédit sous la coordination de l'Office de la
Planification d'Etatl4c. Leurs lieux d'installation sont les zones de production:
Antalya, Mersin, Bursa, et tzmir. Les producteurs et les exportateurs sont aussi
actionnaires. Ils sont chargés d'accomplir le conditionnement, la standardisation
et l'emballage des fruits et légumes, et de trouver des débouchés extérieurs. CesSELMA ÙNCÜOOLU32
regroupements ont les mêmes problèmes de financement que les coopératives
agricoles de vente et sont, presque dès le départ, voués à l'échec.
LA QUASI-ABSENCE DES FONCTIONS TECHNIQUES DE
CONDITIONNEMENT
La majorité des fruits et légumes frais destinés au marché intérieur ne
reçoivent aucun conditionnement; ils sont mis en caisse sur l'exploitation
agricole et sont ainsi proposés en vrac au consommateur, ce qui engendre une
détérioration des produits. La standardisation pour le marché intérieur n'est pas
obligatoire, et existe pour quelques variétés de façon à sensibiliser les producteurs
aux exigences des normes internationales. Cette situation augmente la négligence
des opérateurs quant aux opérations de triage, qui demeurent sommaires.
La standardisation du matériel d'emballage fait également défaut; c'est la
principale cause de détérioration d'une partie de la récolte pendant le chargement et
le transport. Néanmoins, 30 à 40% de certains fruits et légumes (pêches, fraises,
raisins, poivrons verts et haricots verts) passent par les centres d'emballage. Pour
les agrumes, 14% des exploitations de petite taille contre 46% des grandes
exploitations utilisent ce service 17.
Stockage et conservation à froid, ainsi que pré-stockage, sont des étapes de
conditionnement peu utilisées pour les fruits et légumes destinés au marché
intérieur, à l'exception des agrumes; notons aussi l'utilisation des cavernes
transformées en dépôts naturels froids, dans la région de Cappadoce, grâce aux
conditions climatiques très spéciales21. Même ce système simple de conservation
assure un écoulement de ces produits mieux étalés sur l'année et une distribution
régionale plus équilibrée. Si la conservation à froid pouvait permettre un
stockage allant de deux à quatre mois, cela apporterait une certaine stabilité des
prix au stade du détail et réussirait même à modifier la structure de la demande.
Or, la standardisation, la conservation à froid et le transport frigorifique,
sont des services appliqués essentiellement aux fruits et légumes frais destinés à
l'exportation, parce qu'obligatoires ou indispensables. Mais ces services ne
couvrent pas la totalité des marchandises exportées ou sont mal faits, ce qui
déteint sur l'image de marque des exportateurs.
Le transport des marchandises se fait par le réseau routier, par des
camions, à petit ou moyen tonnage à plateforme ou à ventilation. Les
camionneurs, en général propriétaires de leur véhicule, ont un quasi-monopole du
marché et sont partiellement responsables, par la modulation de leur marge, de la
hausse des prix17.COMMERCIALISATION DES FRUITS ET LÉGUMES FRAIS 33
Pour des fruits et légumes à exporter, le ttansport frigorifique routier ou
maritime est assez répandu. Mais dans les deux derniers cas, les faiblesses de
l'organisation grèvent leur fonctionnement. Le transport maritime est le type de
transport le moins onéreux, mais n'est pas utilisé aussi fréquemment qu'il le
devrait
Les producteurs agricoles sont ttès lésés en matière de financement.
L'obtention des crédits alloués par les coopératives agricoles et la
Banque Agricole est ttès difficile, voire hors d'atteinte pour les petites et
moyennes exploitations. La taille de l'exploitation moyenne horticole étant de
0,4 à 1 hectare17, on peut facilement déduire les difficultés qu'éprouvent
l'agriculteur quant au financement de ses intrants de production et de la
commercialisation de ses produits.
LES PRINCIPAUX COMPOSANTS DES COÛTS DE
COMMERCIALISA TION
Les marges. Les coûts de commercialisation se composent des frais de
manutention, du transport et des marges des opérateurs. Les frais de manutention
et de transport se composent de la main-d'œuvre (cueillette, chargement et
déchargement), de l'acheminement des zones de production vers les centtes de
consommation, de l'emballage et de l'entteposage. Les pertes sont comprises dans
les frais. Si le produit est distribué par les Halles de gros, les taxes municipales,
la TVA et les commissions, sont comprises dans ces frais et sont facturées aux
producteurs.
Les frais de commercialisation, au stade de détail, se composent des frais
de transport, des pertes et des coûts d'entreposage. Les marges nettes varient entre
4 et 14% du prix de détail pour les ramasseurs locaux, entte I et 23% pour les
commerçants-expéditeurs, autour de 8% pour les grossistes-commissionnaires,
entte 2 et 23% pour les camionneurs et entte 14 et 17% pour les détaillants. Ces
marges changent suivant la variété et la fragilité des fruits et légumes
commercialisés. Pour les denrées ttès périssables et volumineuses, elles
diminuent en raison de l'importance des pertes. Néanmoins, l'existence de risques
élevés influencent largement les spéculations et généralement les opérateurs
augmentent leurs marges nettes même sans avoir de raisons concrètes de le faire.
Dans le cas d'achats consignés effectués par des commissionnaires, les
marges peuvent varier entre 12 et 15%, même si la commission admise par les
municipalités s'établit précisement à 8%.
Dans l'enquête effectuée en 198417, trois circuits principaux sont apparus
comme les plus fréquents. Le premier qui est largement suivi dansSELMA
ONCÜOOLU34
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l'acheminement des agrumes, de la laitue et des pastèques est un circuit court
(Tab.4). Dans ce circuit, la part du prix de détail qui revient à l'agriculteur
n'atteint pas 50%.
Dans le deuxième circuit, le nombre d'opérateurs est important, et la part
qui revient au producteur assez basse (Tab.5). Le producteur reçoit une part qui
varie entre 14 et 30%. Les marges brutes des grossistes-com<missionnaires locaux
ou des centres de consommation sont relativement moins fluctuantes.
Dans le troisième circuit, qui est le plus fréquent, la part des prix de détail
qui revient au producteur est plus élevée que dans les autres circuits. Là, le
producteur est bien payé, la marge des marchands des marchés ouverts diminue
comme on le remarque pour les agrûmes (Tab.6).
Quant aux frais, pour tous les opérateurs, le transport, le chargement et le
déchargement, les taxes municipales, la TV A et la commission en sont les
principaux composants. Le ramasseur local, le commerçant-expéditeur, ainsi que
les coopératives des Halles de gros d'Ankara y ajoutent les frais d'emballage, de
triage et de nettoyage. Pour les détaillants, les mêmes frais sont observés avec,
en plus, le loyer du stand, les frais de gardiennage et les salaires du personnel
(pour les marchands-détaillants) et les frais inhérents aux locaux (pour les autres
détaillants) .
Pour le commerce de gros, les marges nettes ne dépassent pas 40% des
marges brutes, tandis que pour les transporteurs et les détaillants, la part des nettes dans les marges brutes sont très élevées. Particulièrement les
marges nettes observées dans les magasins de détail. Dans tous les cas, nous
remarquons que le producteur reçoit en principe moins de 50% du prix de détail et
la majorité du prix payé par le consommateur reste dans la chaîne de distribution.
Formation des prix de détail. Elle se fait, outre les coûts de la
commercialisation, par les spéculations autorisées par la loi du marché. Le
caractère saisonnier et la fragilité des fruits et légumes frais laissent la voie libre
aux arbitrages qui sont responsables des hausses des prix en avant et
arrièresaison.
L'absence d'une intégration de la filière rend les opérateurs très puissants
dans la formation des prix. Par contre, une intégration verticale engendrerait tout
de suite la diminution des marges de la commercialisation par la réduction du
nombre d'opérateurs.
Cette absence d'intégration de la fillière est responsable de l'insuffisance
des installations, du conditionnement. D'autre part, elle crée une coupure entre les
producteurs et les consommateurs. Même si l'intégration ne peut pas produireCOMMERCIALISATION DES FRUITS ET LÉGUMES FRAIS 37
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