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Eléments de grammaire du Tseltal

De
275 pages
Cet ouvrage correspond à un travail descriptif sur la grammaire d'une langue maya parlée au Mexique : le tseltal. Il s'inscrit dans la perspective de la grammaire typologique contrastive, cadre dans lequel a déjà été décrit un nombre important de langues de la famille maya, qui est devenue par là-même une des familles de langues amérindiennes les mieux connues. Ce travail aborde les thèmes typiques de la grammaire descriptive : phonologie, morphologie et syntaxe, mais se centre avant tout sur les questions de morphosyntaxe et de syntaxe de la phrase simple, en particulier l'ordre des constituants.
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Une langue maya du Mexique

Gilles POLlAN

,

Eléments de grammaire du tseltal
Une langue maya du Mexique

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

- RDC

www.1ibrairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr (QL'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00979-4 EAN : 9782296009790

Introduction

Ce livre est une version partiellement revue et corrigée de ma thèse de doctoratI, résultat de six ans de travail au Chiapas, état du Mexique, sur la langue tseltal, parlée dans cet état. Le titre de ce travail, «éléments de grammaire du tseltal» reflète d'une part son caractère général et descriptif: puisqu'il prétend contribuer à notre connaissance de la grammaire de cette langue dans son ensemble, et d'autre part son caractère partiel, car il répond à la volonté de rendre compte d'un certain nombre d'avancées spécifiques que j'ai pu réaliser dans l'exploration des structures du tseltal, sans prétendre couvrir tous les aspects qui constituent la grammaire de la langue. Cette thèse est donc composée d'éléments divers, d'une collection d'essais que j'ai articulés en forme de fresque couvrant une partie importante de la grammaire de cette langue, traitant surtout des questions de morphosyntaxe et de syntaxe. Sion compare avec la situation de bien d'autres langues, le tseltal a fait l'objet d'un nombre non négligeable d'études, la plupart traitant d'aspects lexicaux, lexico-sémantiques et morphologiques. En parcourant les contributions les plus significatives à la linguistique tseltale, on trouve de nombreuses études d'anthropologie linguistique, mettant en relation langue et culture (en particulier, les travaux d'Aurore Monod(-Becquelin) et de Brian Stross2) ; on doit ensuite citer Penelope Brown et Stephen Levinson, à qui l'on doit un longue liste d'études « psycho-cognitives» sur l'orientation spatiale et sur l'acquisition en tseltal, ainsi que Brent Berlin, qui s'est consacré à diverses études de sémantique ethnographique, parmi lesquelles se distingue en particulier un travail très détaillé sur les classificateurs numéraux (ibid. ; 1968) ; en termes d'étude sur la morphologie, le travail de Terrence Kaufman (1963 et 1971) reste encore incontournable; en termes de grammaires descriptives ou de manuels de langue, on trouve plusieurs ouvrages, comme Monod-Becquelin (1997), Maurer & Guzman (2000), Sanchez Gomez et al. (2003), pour ne citer que les plus récents; enfin, sur certains points de syntaxe, on dispose de Robinson (1999 et 2002)3. En somme, il est déjà possible d'accéder à une
Soutenue en novembre 2004 sous la direction de M. Georges Rebuschi à l'université Paris III - Sorbonne Nouvelle, UFR : ILPGA. 2 Je n'indique pas les dates quand les références sont trop nOlnbreuses, voir la bibliographie. 3 Cette liste est bien entendu très incomplète, il ne s'agit que d'exemples significatifs; en termes de types d'approche dont le tseltal a bénéficié, il faut aussi citer les travaux lexicographiques (en particulier: Slocum, Gerdel & Cruz Aguilar (1999) et Berlin & 5 }

quantité importante de connaissances sur le tseltal grâce à la littérature. Cependant, la plupart de ces travaux sont très spécialisés, dans le sens où ils ne traitent que de thèmes très restreints de la langue, ou bien restent très incomplets ou superficiels quand ils essaient de donner un panorama général des différents aspects de la grammaire. En particulier, le domaine où on en est encore au stade du défrichage est celui de la syntaxe et de la morpho-syntaxe. Cette thèse essaie justement de combler en partie cette lacune, d'une part depuis le besoin pour la linguistique en général de développer des analyses détaillées de langues éloignées du domaine latin/germanique/slave et européen en général4, et d'autre part dans l'intérêt propre de la communauté de locuteurs du tseltal. L'objectif principal de cette thèse est essentiellement descriptif, ce pour quoi j'ai peu approfondi, voire évité, les débats théoriques. J'ai adopté plutôt la démarche inverse: j'ai utilisé mes connaissances théoriques comme guides pour l'exploration de la grammaire, pour élaborer des hypothèses d'analyses, mais je n'ai pas cherché à tirer des conclusions pour la théorie même sur la base des données du tseltal. Un résultat de cette démarche est le caractère théoriquement éclectique que l'on peut reprocher à ce travail, mais qui est volontaire. J'ai effectivement souhaité adopter une pluralité de points de vue pour éclairer au mieux les différents aspects de grammaire que j'ai abordés. Si j'utilise des outils inspirés de la grammaire générative, comme par exemple les concepts d'adjonction ou de spécificateur, j'ai également recours à des concepts issus d'autres traditions ou d'auteurs divers de la littérature linguistique. La variante de tseltal décrite dans ce travail est celle parlée dans la commune d'Oxchuc, et en particulier dans le chef-lieu du même nom (cf chapitre 1 pour une présentation du domaine dialectal). Les données recueillies sont le fruit de plusieurs années de travail de terrain, incluant des sessions d'élicitation et des enregistrements divers, ainsi que des données glanées au gré de mes interactions en tseltal. Cette thèse est divisée en sept chapitres:

. Le premier

a pour objectif de présenter et de délimiter le terrain dialectal d'où ont été extraites les données de ce travail, tant du point de vue géographique que du point de vue des locuteurs.

Kaufman (1977)), et les études dialectologiques et diachroniques (en particulier: Kaufman (1972) et Robertson (1987,1992)). 4 Bien que, dans le cas du tseltal, il ne s'agisse pas de l'urgence liée à l'imminence de la disparition de la langue, sa survie ne paraissant pas être en danger pour le moment. 6

.

Le deuxième chapitre est consacré à la phonologie et morphophonologie du tseltal d'Oxchuc; il ne s'agit cependant pas d'une étude complète sur ce thème, l'objectif de ce chapitre étant simplement de préparer le terrain pour l'étude morphologique et morpho syntaxique qui suit. Le troisième chapitre aborde la morphologie, dans le but de dégager les principales catégories de mots du tseltal, sans chercher à établir de listes exhaustives de morphèmes dérivatifs; les paradigmes de marques personnelles y sont également présentés. Le quatrième chapitre est une étude détaillée de la flexion verbale, présentant chaque catégorie de flexion à travers ses réalisations morphologiques et ses valeurs. Tous les aspects de base sont considérés, ainsi que les catégories modales et de voix. Le cinquième chapitre est consacré à la morphosyntaxe du syntagme nominal; tous les types de modificateurs du nom, à l'exception des propositions relatives, sont décrits. Le sixième chapitre traite de la structure de la phrase; il retrace et synthétise dans un premier temps le débat qui s'est produit quant à l'ordre des mots de la phrase simple en tseltal, puis apporte plusieurs contributions aux analyses existantes. Dans un deuxième temps, il décrit les constructions liées à la topicalisation et à la focalisation, pour compléter le tableau général de la phrase. Le septième chapitre analyse le domaine de la prédication non-verbale, depuis la prédication nominale jusqu'aux prédications existentielles-locatives, en passant par la prédication adjectivale.

.

.

. .

.

En annexe, selon l'usage dans ce type de travaux, un texte tseltal glosé, transcrit d'un enregistrement, est présenté: beel ta pinka « le voyage à la finca ». Les énoncés extraits de ce texte pour illustrer divers points de grammaire seront signalés par [pinka] suivi du numéro de l'énoncé.

7

Fiche typologique du tseltal
.:. Le tseltal est de type head-marking. .:. La morphologie est de type agglutinant.

.:. Les SN s ne sont par marqués pour le cas.

.:. Les relations argumentales sont marquées par des affixes personnels de type ergatif-absolutif sur le prédicat. .:. L'ordre des constituant est en général tête - complément (verbe - complétive, nom - relative, possédé - possesseur, les adpositions sont des prépositions). .:. Les adjectifs précèdent le nom. .:. Le tseltal est une langue méso-américaine, et présente les traits typologiques particuliers de cette aire linguistique (Campbell, Kaufman & Smith-Stark 1986) :

. Le prédicat est initial (non-final est . La construction de possession .

le trait aréal).

nominale est de type son-chien

I 'homme, pour « Ie chien de I'homme ».

Diverses relations grammaticales sont marquées moyennant des noms relationnels (cf. 3.3.4.3).

. Le système numéral est vicésimal. . On trouve divers calques sémantiques
pour signifier « la porte ».

du type la bouche de la maison mais l'ordre le plus

.:. L'ordre des arguments dans la phrase est variable, fréquent de la phrase transitive est VOS.

8

Chapitre I Position dialectologique du tseltal et du dialecte d'Oxchuc
Dans ce premier chapitre, je vais situer le tseltal d'Oxchuc, objet de cette étude, du point de vue dialectologique, tant au sein des différents dialectes tseltals que du point de vue des langues mayas en général.

1.1 La famille maya
Le tseltal est une langue maya parlé dans l'état du Chiapas, au Mexique, près de la frontière avec le Guatemala (voir les cartes 1 et 2 plus bas). Il appartient au groupe occidental de la famille maya, et à la branche appelée « tseltalane » ou « tzotzilane» selon les auteurs (voir arbre généalogique des langues mayas ci-dessous). Les langues mayas constituent une famille répartie entre le Mexique, le Guatemala et le Belize d'environ trente et une langues, le nombre exact variant car l'identification de deux variantes comme langues différentes ou dialectes d'une même langue dépend aussi d'un positionnement politique (volonté d'unifier ou de diviser, cf. Cojti Cuxil (1990)). Les relations généalogiques entre langues mayas ont été étudiées très en détail, et même si certains points sont encore en débat (par exemple s'il faut regrouper ou non le groupe du tseltal et du ch'ol avec le groupe yucatèque et le groupe huastèque en un super-groupe 'occidental'), l'arbre présenté ci-dessous correspond en termes généraux à la classification acceptée. Grâce aux très nombreuses études comparatives réalisées, nos connaissances sont aujourd'hui assez avancées en ce qui concerne la reconstruction du prato-maya (pour un panorama complet des études mayas jusqu'en 1985, voir Campbell &.Kaufman (1985); voir également England (1991) et Robertson (1992)). Ces connaissances sur l'ensemble du groupe maya sont évidemment de grande utilité pour comprendre et analyser le tseltal, en raison de quoi je ferai fréquemment référence à d'autres grammaires de langues cousines pour éclairer certains points de cette étude.

9

Arbre généalogique

des langues mayas (Campbell 1988)

Quichean

;q
ekc:hi Uspanlec
Kanjobalan Proper

PQkom<::= Cakchiqutl Tzulvji1 Quichean Proper Sacapultee

Slpacapa

Quiché Ixil

Aguacatec

Mam

anJobal

Teco

Acalee

Proto- Mayan

_ _ ___ __ ___ Chu~ean KanJobalan

Jacallec Motozintlec

,'" "

Tojo/aha1

Mopan Chuj Itza Lacandon

...
... '" '" ", '" '" '" '" '" '"

Yucatecan

Yucatec

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Chorti
Chlll"'~CI1onlal

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'"

ChontalTzotzIlan

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.. .. ...... ....... .....

<==
Huasfecan

Chol

Tzeltal ~ TzotzilanZ", .

TZOfZII

Chicomucelfec

-

.. ..

- - - -- - - - - - - - - - -

~

Huastec

10

La langue maya la plus proche du tseltal est le tzotzil, duquel il se serait séparé il y a environ 1400 ans, selon Kaufman (1972). Il s'agit de deux langues très proches, entre lesquelles un certain niveau d'intercompréhension est possible avec un peu d'entraînement. Chacune de ces langues présente tout un réseau dialectal, mais il n'existe apparemment pas de dialecte intermédiaire qui ne pourrait pas être classé clairement comme tseltal ou comme tzotzil. La grande proximité du tseltal et du tzotzil nous permet de profiter avantageusement des travaux sur la grammaire du tzotzil, qui sont plus nombreux que sur le tseltal. On peut souligner en particulier la grammaire de Haviland (1981) et les divers travaux d'Aissen: (1987), (1992), (1997) et autres, tous sur le dialecte tzotzil de Zinacantan, et qui seront fréquemment cités au long de ce travail. La carte 2 nous montre l'extension actuelle approximative du tseltal au Chiapas, et situe ses voisins immédiats les plus importants numériquement parlant: tzotzil à l'ouest, tojolabal au sud et ch'ol au nord. Cartel: position du Chiapas au Mexique
Carte 2 : position de la communeI d'Oxchuc au Chiapas et extension approximative du tseltal

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',,1000 km

r---.--.-.--.-.--il 0 UATE MALA

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100 km

"0

J'utilise municipio, municipios que ce que

1

commune comme traduction du terme pour la division administrative bien que ces deux termes ne soient pas tout à fait équivalents. Les couvrent des territoires variables, qui sont parfois beaucoup plus étendus seraient des communes en France. Il

1.2 Variabilité interne
Selon le dernier recensement mexicain, le tseltal compterait 284.826 locuteurs de plus de cinq ans/ mais ce chiffre est probablement sous-évalué. Les tseltals occupent dans leur majorité une aire plus ou moins continue au Chiapas, mais il existe également une diaspora tseltale dans d'autres régions du Mexique et des Etats-Unis, due aux conditions économiques qui poussent de plus en plus de personnes à partir à la recherche de travail salarié. L'aire couverte par le tseltal, visible sur la carte 2, peut être divisée en deux moitiés par une ligne imaginaire du nord au sud. La partie ouest, dans laquelle on trouve la commune d'Oxchuc, correspond à une présence ancienne des tseltals, qui remonte à avant la colonisation espagnole. Cette aire a fait l'objet d'un certain nombre d'études dialectales, mettant à jour les principaux critères de variation phonologique et morphologique: Romero Castillo (1961) et Robles Uribe (1966), puis Hopkins (1970), et surtout Kaufman (1972), référence indispensable sur le tseltal et le tzotzil, complété par Campbell (1987 et 1988), qui montre l'existence d'un tseltal sud-oriental, aujourd'hui disparu. La partie orientale correspond à une aire d'occupation récente (seconde moitié du XXe siècle), basée sur le défrichement de terres inhabitées, principalement couvertes par la forêt vierge. Ce mouvement important de migration a provoqué le mélange de personnes d'origines géographiques variées, en raison de quoi il est probablement impossible d'y établir des zones dialectales claires, d'autant plus que les tseltals ne sont pas les seuls à s'être installés dans cette zone, même s'ils représentent le groupe linguistique dominant. On ne peut pas à l'heure actuelle fixer réellement l'extension et les caractéristiques de cette zone, à cause de l'absence d'études linguistiques et dialectales, en raison de quoi les limites est et sud-est assignées au tseltal dans la carte 2 ne sont données qu'à titre de vague approximation. Dans la carte 3, Campbell (1988) présente quatre grandes zones dialectales pour le tseltal (en prenant en compte uniquement l'aire d'occupation ancienne) : le nord, le centre (qui inclut Oxchuc), le sud et le sud-est. Selon ce même auteur, la zone dialectale sud-est a pratiquement disparu à l'heure actuelle (il ne reste plus que des personnes âgées, géographiquement dispersées dans diverses régions), ainsi que le tseltal de Copanaguastla (dans la zone sud), connu parce
2

INEGI (2000). Selon le même recensement, le nombre d'habitants de la commune d'Oxchuc est de 37.895, dont presque la totalité parle tseltal (sur une population totale du Chiapas de 3.920.515 personnes). 12

qu'il a fourni quelques uns des rares documents du tseltal colonial (cf. de Ara (1571)). On voit sur cette carte comment Campbell étend plus au sud l'aire correspondant au tseltal central par rapport aux limites fixées par son prédécesseur Kaufman (1972). Dans un autre article (Campbell 1987), il sépare le tseltal central en deux zones dialectales différentes: la zone centrale occidentale, comprenant Tenejapa et Cancuc, et la zone centrale orientale, avec Oxchuc, Chanal et Abasolo (cette division est également proposée dans Hopkins (1970, 202)).
Carte 3 : aires dialectales du tseltal, selon Campbell (1988)
\,

CHOL.

Pllfalc;ngé
..:Puflblo NUllVO EL

Y AJALON

BOSQUE

.

SoIisfahUQcon

LACANDON

13

Kaufman (1972, 20) préfère ne pas se prononcer en termes de regroupement de dialectes, en expliquant que les données dialectales rassemblées ne sont pas suffisantes; cet auteur, ainsi que les précédents, souligne le caractère très dispersé de la variation dialectale, dans le sens où pratiquement chaque commune ou chaque village présente des traits propres.3 Mais Kaufman présente de toute façon Oxchuc avec Chanal et Abasolo comme une seule unité dialectale, et propose un trait phonologique qui isole tout le tseltal central au sens large (c'est-à-dire, avec Tenejapa et Cancuc): la conservation inchangée du protophonème ob' 4 (occlusive bilabiale sonore éjective), opposée à son évolution en /b/ (avant voyelle) et /?b/ (après voyelle) dans les autres zones.
Carte 4 : commune d'Oxchuc et communes les communes où le tseltal est majoritaire)5 voisines (le trait en gras regroupe

Comme traits exclusifs de la zone Oxchuc-Chanal-Abasolo, Kaufman (1972) recense les traits suivants, en plus de quelques particularités lexicales:

3

Ceci s'explique par le processus historique de colonisation du XVIe siècle jusqu'au XIXe siècle, avec l'imposition d'une division administrative et religieuse stricte en « communautés» (Jan de Vos, 1997), signifiant par exemple une mobilité très réduite de la population, ce qui a signifié la désagrégation des tseltals en tant que peuple et une dispersion des identités en très petites unités. 4 Je note les protoformes avec un « 0» préposé, au lieu de l'astérisque, pour ne pas provoquer de confusion avec la notation des formes agrammaticales. 5 Evaluation personnelle non fondée sur des statistiques. 14

. Op' devient
.
la séquence

/b '/
17 tl devient It 'I et la séquence 17pl devient Ib 'I (7 p> P '> b ')

(séquences présentes seulement dans quelques lexèmes). . lOp, °t, o~, °c et °kl se glottalisent après 10hl : najt' « long », contre najt dans d'autres dialectes, du proto-tseltal 10nahtl. Cette glottalisation n'a pas lieu après 10xl, en raison de quoi on a lajchayeb et non pas lajch 'ayeb « douze », du proto-tseltal 10laxcayeb '1.6

1.3 Données additionnelles
N'ayant pas réalisé à proprement parler d'enquête dialectale, je ne suis pas en mesure de faire de contribution significative dans ce domaine. Je me contenterai donc d'évaluer ce qui a été dit par mes prédécesseurs concernant Oxchuc sur la base des connaissances acquises durant le travail de terrain. a. Au sujet de la définition de l'aire dialectale à laquelle Oxchuc appartient, j'adopte le terme de « tseltal central ». Les limites approximatives que je donne à cette aire sont les suivantes: - vers le sud, environ jusqu'à la route panaméricaine (Pan-American Highway, dans la carte 3), en accord avec Campbell (1988). - vers le nord et l'ouest, cette zone exclut Cancuc, Tenejapa, ainsi que la partie limitrophe entre Chanal et Huixtân où l'on parle également une variété de tseltal. - vers l'est, j'inclus la commune d' Altamirano, qui avait été placée
auparavant avec les dialectes plus nordiques.

b. Le traitement de ob' auquel Kaufman (1972) fait référence (cf. supra) n'est pas confirmé par mes données: on y voit que le tseltal central ne présente pas de prononciation éjective de l'occlusive bilabiale sonore avant voyelle, c' est-àdire qu'on a Ibl et non pas Ib'l. D'autre part, ob' donne 17bl en position implosive (et non pas systématiquement après voyelle). Le tseltal central est donc apparemment plutôt similaire sur ce point avec les autres dialectes. c. Les autres traits distinctifs du tseltal central sont par contre confirmés (lop '/>Ib'I, 17tl>lt '/, 17p/>lbl, et glottalisation de lOp, °t, o~, °c, °kl après 10h/). La présence simultanée de ces traits distinctifs permet d'identifier cette zone dialectale de façon très claire, car aucun autre dialecte ne partage apparemment ces évolutions.
6 Voir 2.1 sur l'orthographe usuelle et sur la notation phonologique. 15

d. En plus de ces traits phonologiques, on peut ajouter un certain nombre de critères morphologiques, par exemple la disparition de certains préfixes j(numéral un avant classificateur (cf 3.3.5.1 et 5.3.1) et préfixe d'agent (cf 3.4.3), mais pas le préfixe de personne Al), ainsi qu'une forme jk- pour le préfixe Al (cf 3.5.2). e. Au sein du tseltal central, Oxchuc, Chanal et Abasolo s'opposent à Altamirano et à la plupart des autres dialectes par la perte de l'opposition inclusif-exclusif de la première personne du pluriel, ainsi que par d'autres particularités lexicales (par exemple la forme be/uk pour l'interrogatif de nonhumain « quoi»). Il existe ensuite souvent des particularités lexicales de plus petite échelle qui permettent d'isoler chaque localité. f. Le tseltal central se définit enfin par certaines particularités phonétiques et morphophonologiques :

.

Iwl se prononce

L(3], contre

[w] dans certains

autres dialectes.

. /hl se réalise toujours

. .

avec une faible intensité articulatoire. Iyl tend à disparaître dans plusieurs contextes, et provoque la
de certains lai précédents (cf. 2.4.4).

palatalisation

Le tseltal central présente beaucoup plus de cas de syncopes que les

autres dialectes (cf 2.5).

La majeure partie du travail de terrain s'est réalisée au chef-lieu de la commune d'Oxchuc, où s'opère un certain mélange avec les villages voisins. Les limites administratives de la commune d'Oxchuc ne correspondent pas à des limites dialectales, mais on peut dire que toute la commune est comprise dans l'aire du tseltal central. Une partie importante des descriptions et des analyses présentées dans ce travail est également valide pour d'autres dialectes du tseltal que celui d'Oxchuc, voire pour l'ensemble de tous les dialectes, la variation en syntaxe et morphosyntaxe n'étant pas si grande d'un dialecte à l'autre. Cependant, certains points de grammaire peuvent varier, même entre des dialectes proches, en raison de quoi je ne fais référence qu'au tseltal central, ou éventuellement au seul tseltal d'Oxchuc, même si, comme il vient d'être dit, les limites de cette commune ne correspondent pas à une frontière dialectale en soi. J'utiliserai parfois également la comparaison avec des données d'autres dialectes, en le mentionnant explicitement.

16

Chapitre II Phonologie
Ce chapitre n'a pour but que de présenter à grands traits le système phono logique du tseltal, ainsi que les principaux phénomènes morphophonologiques. Il ne s'agit pas d'une étude phono logique complète, mais d'un survol de certaines propriétés saillantes ou controversables de ce système.

2.1. Inventaire

des phonèmes

et orthographe

usuelle

Les tableaux suivants présentent les 25 phonèmes du tseltal central, 20 consonantiques et cinq vocaliques, directement avec la graphie adoptée, plus les correspondants en Alphabet Phonétique International quand ceux-ci diffèrent des premières. Consonnes
Occlusivessimples éjectives sonores Affriquéessimples éjectives Fricatives Nasales Latérales Vibrantes Semi-voyelles labiales p b ts lei ts' Ie' 1 s n I r ch Idl ch' I tf' 1 x Ifl j Ihl alvéolaires palatales t t' vélaires k k' glottales

, 111

m

w

y

V oye IIes
fermées moyennes
ouvertes

antérieures i e

médianes

postérieures u
0

a

J'adopte dans ce travail l'orthographe qui est en train de s'imposer pour le tseltal écrit dans les dernières années (il n'existe encore aucune norme officielle à ce sujet). Cette norme orthographique correspond à celle qui est recommandée par l'Académie des Langues Mayas du Guatemala, à l'exception de /ts/, qu'on

écrit Is au lieu de tz. Par ailleurs, on écrit b et non pas b " bien que ce phonème
17

soit originellement glottal, car on peut considérer qu'il a, au moins partiellement, perdu ce trait en synchronie (voir section suivante). Cette norme orthographique comporte certaines caractéristiques typiques de la zone d'influence hispanique, oùj = lx! ou /hl, ch = Itfl, comme en espagnol moderne, et où x = Ifl, comme en espagnol médiéval (valide jusqu'au XVIe siècle environ). Je choisis également de retranscrire les emprunts à l'espagnol dans leur orthographe originelle, par exemple: gente au lieu de jente, contrato au lieu de kontrato, sauf quand ils ont été phono logiquement adaptés, comme par exemple mantal «ordre, commandement », de mandar. Par contre, quand je ferai références aux phonèmes, je le ferai avec les signes de l'A.P.I. entre barres obliques.

2.2. Commentaires

sur la phonologie et la phonétique

2.2.1. Occlusives et affriquées Les occlusives sourdes et les affriquées présentent une opposition entre éjectives (ou glottalisées) et non-éjectives (non-glottalisées), à l'exception de Ipl, dont le correspondant éjectif Ip'Is' est neutralisé avec /bl en tseltal central, et du simple coup de glotte I?I. Les éjectives et non-éjectives forment des paires d'opposition tendu - relâché. La transcription des éjectives en consonne plus apostrophe peut laisser penser qu'une éjective équivaut à une consonne non-éjective plus coup de glotte, mais ce n'est pas le cas, il ne s'agit que d'une simplification orthographique. Une éjective comporte effectivement un élément glottal, qui peut se situer avant, après, ou plus ou moins simultanément par rapport à l'articulation du noyau consonantique, et diffère en plus d'une non-éjective par son trait fortis, qui implique une plus grande intensité d'articulation. Les voyelles en contexte [_?C] adoptent un timbre de type « voix craquée» (en anglais: creaky voice), et éventuellement s'allongent légèrement, surtout si elIes sont accentuées. Quand une occlusive éjective est suivie d'une occlusive non-éjective équivalente, seule reste la préglottalisation :

18

ya jot' -tik-0

[yaho?tik] 1

nous le grattons

La glottalisation disparaît complètement dans deux contextes:

.

quand l' éjective est dans le contexte.. .j_ C... : ajk'taj 2-+ [?ahktah]

il a dansé

. pour les éjectives affriquées, quand elles sont suivies de la fricative du même point d'articulation: ach'x-etik3
-+

[atJetik]

filles

Par ailleurs, les occlusives éjectives (t'et k') peuvent se sonoriser en position intervocalique : bit' il tak' in [bit'?il]
~

[bidil]
~

[tak'?in] [tagin]

comment métal, argent

L'occlusive bilabiale sonore Ibl correspond à un phonème injectif4 qui s'est partiellement déglottalisé : devant voyelle, Ibl se réalise [b], mais en position implosive, il se réalise [?b], comme les autres glottales, et peut éventuellement s'assourdir: bak abat tub j-k'ab-tik [bak] [abat] os servant il s'est éteint notre main

[tu?b] [tu?p]
~

[(h)k'? a ?ptik]

2.2.2. /1/ (coup de glotte)
Le coup de glotte I?I est une consonne phono logiquement pertinente en tous contextes sauf en initiale de mot. En contexte intervocalique, il est
1

En passant par la représentation intermédiaire [yaho?ttik], avant la réduction de la

géminée, cf. 2.4.1. 2 Résultat de la syncope de la seconde voyelle de ajk'ot (danse) + -aj (verbalisateur), cf. 2.5. 3 Résultat de la syncope de la seconde voyelle de ach 'lx (fille) + -etik (pluriel), cf. 2.5. 4 On a vu au chapitre 1 qu'il vient d'un protophonème glottal lOb'I. 19

potentiellement pertinent, mais tend à se réduire phonétiquement; par exemple [k'?aal] peut correspondre à k'a~al "pourri" ou à k'aal 'Jour". Seule une prononciation emphatique de k'a'al rend audible le coup de glotte, donnant [k?a?al], ce qui montre que ce coup de glotte reste présent. Par contre, il se conserve complètement en fin de mot ou devant une consonne (après une voyelle).5 Devant une voyelle initiale de mot, la présence du coup de glotte est tenue pour automatique, mais il n'est pas clair si dans ce contexte il a un statut phonologique.6 Il pourrait s'agir d'un mécanisme superficiel de séparation de mots, comme par exemple en allemand, plutôt que d'une consonne normale. L'exemple suivant nous montre comment la présence du coup de glotte initial peut être contrastive, permettant de distinguer entre le mot indépendant on « avocat» et le suffixe -on «1 e personne absolutive (B 1) »; notons que la prosodie n'aide pas à distinguer ces deux phrases, puisque, comme on va le voir plus bas, l'accent phrastique tombe sur la dernière syllabe de la phrase :7 (1) a. La y-il-0 on. [layil?on] CMP A3-voir-B3 avocat Il a vu un avocat (le fruit). b. La y-il-on. [layilQ!!] CMP A3-voir-BI Il m'a vu.

Avec un mot à initiale vocalique prononcé en isolation, les locuteurs intuitivement ne sentent pas la présence d'un coup de glotte.8 Il y a cependant des indices morphologiques qui montrent que ce coup de glotte est quelque chose de plus qu'un simple mécanisme superficiel de séparation de mots. En effet, il se conserve à cette position initiale après certains préfixes, comme le préfixe d'inaccompli x- et les préfixe j- d'agent ou de masculin et x- de féminin:

5 Exemples de paires minimales:

ji' "sable" / ji "épis de maïs tendre" ja 'mal "montagne" / jamal "ouvert" 6 Il n'y a qu'une exception à la présence automatique du coup de glotte devant voyelle initiale: devant le préfixe personnel « A2 », de forme a(w)- (cf. 3.5.2) ; cette exception amène certains linguistes à recommander l'écriture du coup de glotte initial dans l'orthographe usuelle, mais l'usage le plus courant ignore simplement ce contraste, et écrit les mots qui commencent par ce préfixe non-préglottalisé de la même manière que les mots à voyelle initiale préglottalisée. 7 Dans la glose, Ax et Bx signalent les affixes personnels, ergatifs et absolutifs respectivement, dans le cas présent. 8 Sanchez Gomez (communication personnelle), et observations personnelles. 20

(2) (')Och entrer

~

x-'och-0 INC-entrer-B3

il entre (3) (')At' el travail
~

j-~at'el
AGT-travail travailleur

On trouve un autre indice du statut phonologique du coup de glotte initial avec le suffixe -Cjon, qui forme des verbes « affectifs» (ct: 3.3.3) sur diverses racines et onomatopées de forme CVC, où la première consonne de la racine se répète dans le suffixe. Par exemple, avec l'onomatopée turn «bruit d'un fort battement de coeur », on forme turn-ton «faire boum boum» (en parlant du coeur). Quand ce suffixe s'applique à une racine à initiale vocalique, le coup de glotte est traité comme une consonne: de l'onomatopée ('Jay « kaï kaï (cri d'un chien) » on dérive ('Jay~on «faire kaï kaï ». Cependant, le coup de glotte initiale n'est pas toujours traité comme une consonne normale. En particulier, avec les préfixes ergatifs/possessifs (<< jeu A »), le coup de glotte initial disparaît:
(4) (')Ixim ~ k-ixim Al-maïs Mon maïs

Il est possible que le coup de glotte initial ait été à l'origine un simple procédé superficiel de séparation de mots, qui aurait ensuite subi un processus partiel de phonologisation. Les préfixes avec lesquels le coup de glotte initial ne disparaît pas, comme en (2) et (3), pourraient avoir été des éléments périphériques non affixaux, à la différence des préfixes du «jeu A », dont l'intégration morphologique au mot doit être plus ancienne, expliquant pourquoi ils ne se combinent pas avec le coup de glotte initial. On peut remarquer cependant que les emprunts à l'espagnol non intégrés à la langue et qui commencent par une voyelle fonctionnent comme s'ils avaient un coup de glotte initial à statut phono logique plein. C'est-à-dire que ces mots prennent les préfixes possessifs de la série préconsonantique (cf. 3.5.2), et le coup de glotte se conserve: (5) (')Alkool ~ E.alkool Al-alcool (au lieu de: /s.-alkool) Mon alcool

Je n'ai pas d'explication pour ce phénomène.

21

Au niveau orthographique, on ne représente généralement le coup de glotte initial que quand le mot prend un préfixe qui le fait ressortir. Dans les autres cas, son automatisme rend sa présence redondante (sauf dans le cas du préfixe A2, cf. note 6), et il ne s'écrit pas. Dans ce travail, je suivrai cet usage.

2.2.3. Irl Ce phonème, qui se réalise toujours comme un battement simple (flap), n'existe que marginalement dans les racines du tseltal, mais a été introduit massivement avec les emprunts à l'espagnol; 9 il a un statut de phonème distinctif pour tous les locuteurs, en incluant les plus conservateurs.

2.2.4. Voyelles doubles ou longues Il existe des cas où deux voyelles similaires apparaissent côte à côte: k'aal neen xun jour miroir mauvaise odeur boon tuun je suis parti ça a servi

On peut se demander s'il s'agit de voyelles phono logiquement longues ou seulement de la double occurrence d'une même voyelle. La longueur vocalique est effectivement un trait phono logique qui existe dans un bon nombre de langues mayas, et qui a été attribué au proto-maya. Cependant, les caractéristiques du tseltal portent plutôt à penser qu'il s'agit de voyelles longues secondaires, ou voyelles longues par coalescence de hiatus: 10dans la plupart des cas, les deux voyelles appartiennent à des morphèmes différents, et dans tous les cas, chaque voyelle occupe distinctement une more différente. Dans au moins un cas cependant on observe qu'une voyelle double du tseltal : dans neen « miroir », correspond à une voyelle longue du protomaya, tel qu'on peut le

9 Exemples de racines tseltal avec Irl : kerem« garçon» ; burum «de plusieurs couleurs» ; joretel « ronfler». En emprunts à l'espagnol: karo «voiture» (carro), rominko « dimanche» (domingo), loktor « docteur » (doctor). On a la paire minimum suivante, reprise de Kaufman 1971 : xpululet 'ardent (feu)' xpururet 'faisant un bruit de battement d'ailes' . 10 J. L. Léonard (communication personnelle).
,..;

22

vérifier par la présence d'une voyelle longue dans le mot équivalent en maya yucatèque : néen, de même sens. II

2.3. Prosodie

et accent tonique

La place de l'accent tonique en tseltal est encore un sujet en cours de recherche. En termes prosodiques, le tseltal est une langue rythmée par syllabes, comme le français, et non par accents radicaux, comme l'anglais; c'est-à-dire que ni les intervalles vocaliques ni l'amplitude vocalique ne varient beaucoup (Brown (1998a, 124)). L'accent le plus fort tombe sur la dernière syllabe de la proposition ou de la phrase, mais les mots montrent aussi dans une certaine mesure un accent sur la première syllabe. Dans certains autres dialectes, comme celui de Bachaj6n, cet accent initial des mots est notablement plus saillant, et la première syllabe des mots montre souvent un allongement phonétique. L'existence à un certain niveau de cet accent initial des mots est prouvée par les syncopes (voir 2.5), qui affectent exclusivement la seconde syllabe des mots, c'est-à-dire la syllabe post-tonique. Mais il reste qu'au niveau phrastique cet accent est nettement secondaire par rapport à l'accent final de la phrase.

2.4. Phénomènes

de combinatoire

Dans cette section, je présente certains phénomènes phonologiques et morphophonologiques qui résultent de certaines configurations entre phonèmes et qui affectent leur réalisation.

2.4.1. Absence/réduction

des géminées:

Les géminées n'existent pas en tseltal. Quand deux consonnes similaires se retrouvent côte à côte, une seule se prononce (potentiellement à l'exception des affriquées, mais le cas ne se présente apparemment pas dans la pratique) : Tat-tik père-HON Monsieur.
~

[tatik]

Il Diccionario bétsico espafiol-maya-espafiol, Juan R. Bastarrachea, Ermilio Yah Pech & Fidencio Briceno Che], Maldonado Editores, México, 1992. 23

Ya j-jin-0 INCAI-détruire-B3 Je le détruis.

--+

[yahin]

2.4.2. Sifflantes contre chuintantes Les phonèmes chuintants x, ch, ch' (Ifl, I tfl, I tf' /) ont tendance à s'exclure avec leurs correspondants sifflants s, Is, Is' (Isl, I tS I, ItS'/) à l'intérieur de chaque mot. Quand un affixe qui contient un de ces phonèmes s'ajoute à un mot qui contient un des phonèmes de la série opposée, on observe alors une assimilation régressive, qui affecte seulement les traits sifflant vs. chuintant: x- 'inaccompli + ts 'ilaj 'abîmer' s- 'A3-' + ch 'ujt' 'ventre' och 'entrer' + -es 'causatif' k' ax 'passer' + -es' causatif' ~ ~ ~ ~ s-~'ilaj-0 x-ch 'ujt' oIs-es k' as-es 'il s'abîme' 'son ventre' 'mettre' 'faire passer' 12

Avec un préfixe, s'il n'y a pas de contact direct entre les deux phonèmes concernés, l'assimilation est optionnelle:
s-bijte~wan 'il enseigne' x- 'inaccompli + bijteswan 'enseigner' ~ x-bijte~wan-0 s- 'A3-' + machit 'machette' ~ s-machit -'x-machit 'sa machette'
"'"'

2.4.3. Disparition

- affaiblissement

de Iyl intervocalique

Le tseltal central se caractérise par la disparition de Iyl intervocalique dans certains mots. Par exemple, avec la racine way « dormir» : Wa[y]-el dormir-INF Dormir mais: Way-0 =ix. dormir-B3 =déjà Il a déjà dormi.
12

Ya x-wa[y]-otik INC INC-dormir-BIPL Nous dormons

Une exception: xiw 'avoir peur' + -tes 'causatif' siw-tes. 24

~

xiw-tes 'faire peur', et non pas

Dans ce dernier cas, la réduction de y n'a pas lieu car il n'est pas en position intervocalique interne (le clitique =ix ne compte pas comme faisant partie morphologiquement du mot). Cette réduction est prévisible, bien qu'en partie optionnelle, dans les mots comme koltayel, qui sont polysyllabiques et polymorphémiques (cf Kaufman (1972, 60» : Kolta[y]-el Aider

Dans d'autres cas, la disparition de /y/ est clairement le résultat d'une évolution spécifique du groupe °NhyV/ : To[y]-em K'a[y]-em Chu[y]-el Elevé Habitué Virole de : de : de : °tohy-em °k'ahy-em °chuhy-el

L'étymologie de ces mots est vérifiable car le groupe NhyV / s'est conservé dans certains dialectes, comme celui de Bachaj6n. Mais il semblerait que cette réduction de /y/ soit en train de s'étendre à d'autres items, comme dans le cas de la racine way « dormir », mentionnée ci-dessus: ce sont des cas où la réduction est optionnelle, et semble plus récente, encore en expansion dans la langue. 2.4.4. Palatalisation de /a/

Un i ou un y tendent à palataliser un a précédent en e(y), en syllabe fermée ou en finale de mot, mais seulement dans certaines conditions morphologiques particulières: seulement si le ify appartient à un suffixe de type dérivatif et si le mot dérivé présente trois syllabes ou plus (c'est-à-dire, si la racine ou le suffixe sont bisyllabiques) :
ai ~ e(y) J_C ay ~ e(y) /_# Exemples:

(6) Y-ora-il A3-heure-SUF Son temps, son heure. (7) Ya jk-ujts'i-Iay-0

[yorail

~

yoreyl

~

yorel]

[yahkuh~?ilay

~

yahkuh~'i1ey

~

yahkuh~'ile]

INC Al-embrasser-ITER-B3 Je l'embrasse à plusieurs reprises.

25

Si la racine et le suffixe sont monosyllabiques, la palatalisation n'a pas lieu: Ch'a amer +-il -SUF
~

Ch'a-il fumée

*[c'?e(y)l]

La palatalisation n'a pas non plus lieu si le ify appartient à un suffixe de type flexionnel, comme ici le suffixe de pluriel-ik : *[spate(y)k] S-pata-ik A3-goyave-PL Leur goyave

Autres exemples où la palatalisation n'a pas lieu: Amay Ay Yajk-a'ay-0 Tsail Mail *[ame(y)] *[?e(y)] Flûte Il y a

*[yahka?e(y)] Je le sens *[~e(y)l] Petit *[me(y)l] Courge

Cette palatalisation est un phénomène superficiel: si on ajoute à un groupe ...ay un suffixe à initiale vocalique, aucune palatalisation ne survient, mais en son lieu s'opère la réduction du y, car il s'agit alors d'un contexte intervocalique (voir section précédente) : (8) a. Ya s-kolt~-0 [yaskolte(y)] b. Ya s-koltay-on [yaskoltaon] INC A3-aider-B3 INC A3-aider-Bl Il l'aide. Il m'aide.

Le fait qu'il s'agisse de phénomènes superficiels justifie qu'on n'en tienne pas compte dans l'orthographe usuelle du tseltal d'Oxchuc.

2.5. Syncopes
Le tseltal central est particulier entre tous les dialectes de tseltal par le nombre important de cas de syncopes: dans les mots d'au moins trois syllabes, la voyelle de la deuxième syllabe du mot est susceptible d'être syncopée, avec les éventuels effets secondaires dus au contact des consonnes. Comme il n'existe pas de racine de plus de deux syllabes, les syncopes sont essentiellement le résultat de la suffixation de matériel dérivatif sur une racine, et plus exceptionnellement de la flexion ou de la composition entre racines:
a. ajk'ot (danse) + -aj (verbalisateur) ~ ajk'otaj ~ ajk'taj (danser)

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Il faut distinguer trois types de syncopes, selon qu'elles sont générales à toutes les variantes de tseltal ou non, et selon qu'elles sont systématiques ou seulement optionnelles.

2.5.1. Syncopes généralisées D'abord, il y a des syncopes généralisées et automatiques, qui apparaissent dans tous les dialectes (ainsi que dans les langues proches, comme le tzotzil) :
b. c. d. e. winik (homme) + -il-el (suffixes nominaux) elek' (vol) + -aj (verbalisateur) ajaw (roi) + -al-il (suffixes nominaux) k'ixin (chaud) + ay (verbalisateur) ~ ~ ~ ~ (A-)wink-il-eI13 'habitant' elk'-aj 'voler' ajw-al-il 'gouverneur' k'ixn-ay 'chauffer'

La flexion spéciale des positionnels montre aussi une syncope systématique (voir 3.3.5.3 sur les positionnels) :
f. tek'el (debout) + -an (impératif)
~ tek'l-an 'lève-toi'

Toutes ces syncopes sont très anciennes dans la langue, puisqu'elles sont communes à toutes les variantes, ainsi qu'au tzotzil. La question est ouverte de savoir s'il s'agit vraiment de syncopes, ou plutôt de racines CVCC dans lesquelles, en l'absence de suffixe, a lieu une duplication de la première voyelle en épenthèse entre les deux dernières consonnes. En effet, dans la très grande majorité des cas, les deux voyelles sont la même voyelle. Comme conséquence de cette ancienneté, certaines de ces syncopes sont aujourd 'hui plus difficilement identifiables, à cause des réductions collatérales:
g. abat (servant) + -el (suffixenominal) (~ aht-el) ~ a't-el ~ at'-el 'travail' h. unin (enfant) + -tik (honorifique)~ un-tik ~ {A-)un-tik-il 'enfant de quelqu'un'

Dans le reste des cas, il s'agit de syncopes spécifiques au tseltal central, qui est apparemment en train de généraliser ce phénomène morpho-phono logique. A Oxchuc même, on trouve une certaine variation entre locuteurs, en relation avec les mots qui sont syncopés, et il y a également une variation selon le registre et le genre de langage. Pour Oxchuc, on peut classer les syncopes entre celles qui sont systématiques dans ce dialecte, et celles qui ne le sont pas.
13L'élément {A-} représente ici un quelconque préfixe dujeu A (cf. 3.5.2), marquant ici possession. 27