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Elle

De
176 pages
Cet ouvrage réunit des contributions gravitant autour du pronom personnel "Elle". Quelle que soit l'approche linguistique (syntaxe, énonciation, sociolinguistique, pragmatique, rhétorique..) selon laquelle cet élément du féminin est appréhendé, les articles démontrent que "elle", disposant d'une grande variété d'usages, est un territoire d'exploration riche en apports.
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Sous la direction de Elweya EL-HAKIM, Yomna SAFWAT SALEM et Racha EL KHAMISSY
Y. SAFWAT SALEM, R. EL KHAMISSY AU CARREFOURDES SCIENCES DU LANGAGE
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ELLE AU CARREFOUR DES SCIENCES DU LANGAGE
Comité scientifique : Prof. Dr. Mona ABDEL AZIZ (Université d’Ain Chams) Prof. Dr. Lorine ZIKRY (Université d’Ain Chams) Prof. Dr. Elweya EL HAKIM (Université d’Ain Chams) Comité d’organisation et de rédaction : Prof. Adjointe Yomna SAFWAT (Université d’Ain Chams) Prof. Adjointe Racha EL KHAMISSY (Université d’Ain Chams) Prof. Adjointe Riham EL KHAMISSY (Université d’Ain Chams)
Sous la direction de Elweya EL-HAKIM, Yomna SAFWATSALEMet Racha ELKHAMISSYELLEAU CARREFOUR DES SCIENCES DU LANGAGE Actes du colloque international de linguistique française qui s’est tenu les 29 et 30 avril 2012 à la faculté des langues Al Alsun Avec l’appui de l’Agence universitaire de la Francophonie
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00263-7 EAN : 9782343002637
Le syllogisme narratif comme type de raisonnement dansLes Corbeaux et les Renardesde Françoise Dorin 1 Hayame HUSSEIN AMER hayame92@hotmail.com
Résumé : Dans notre communication, nous avons choisi d’étudier l’un des moyens par lesquels le récit fait appel à la raison du lecteur, à savoir le syllogisme narratif. En effet, nous concevons le récit comme une macrostructure formée de micro-récits, liés l’un à l’autre par le dynamisme narratif global et formant un syllogisme narratif. C’est ce que nous tenterons de démontrer en analysantLes Corbeaux et les Renardesde Françoise Dorin.
Mots-clés :argumentationroman –récit pragmatique – narratologie
1.Introduction
Notre communication est née d’une suite de questions sur le rapport entre la narration et l’argumentation : qu’est-ce que lire la littérature sous l’angle de l’argumentation ? En quoi le récit fictif – le roman – peut-il être considéré comme une forme de persuasion et être analysé dans sa dimension argumentative ? Notre travail se situe donc au carrefour de plusieurs disciplines : l’argumentation, la pragmatique, la narratologie et la sémiotique.
Nous avons choisi d’étudier l’un des moyens par lesquels le récit fait appel à la raison du lecteur, à savoir le syllogisme narratif. En effet, nous concevons le récit comme une macrostructure formée de micro-récits, liés l’un à l’autre par le dynamisme narratif global. C’est ce que nous tenterons de démontrer en analysantLes Corbeaux et les Renardesde Françoise Dorin.
Françoise Dorin a eu un grand succès en tant qu’auteur dramatique et romanesque grâce à son humour et à son excellente description des
1 Docteure de l’Université de Paris-Est et de l’Université d’Ain Shams,Maître de conférences en sciences du langage au département de français à la faculté de lettres et des sciences humaines, Université du Canal de Suez, Ismaïlia, l’Égypte.
sentiments et de la condition de la femme. DansLes Corbeaux et les Renardes,l’auteur met en scène Lili, une quinquagénaire qui se rappelle sa petite enfance : toute petite, elle était placée par sa mère, une pauvre ouvrière devenue veuve jeune, chezla poule du notaire, surnom donné à Marguerite, la maîtresse d'un notaire de province. Celle-ci lui a inculqué des valeurs tout à fait différentes des autres. Elle a appris à Lili qu’elle devait trouver un riche mari afin de vivre à ses dépens. Une seule méthode pour atteindre ce but, il fallait exploiter la vanité masculine dans tous les domaines, mais surtout celui du sexe. Les conditions n’ont pas permis à Lili d’atteindre son but : après une liaison avec un écrivain qui a découvert son machiavélisme, elle s’est trouvée seule avec sa fille que son père ne voulait pas reconnaître. Ensuite, elle a joué la carte du rapprochement avec un ami de son ex-amant, un jeune peintre riche qui a demandé de l’épouser et a accepté de donner son nom à sa fille, Nadège. Une petite fille, Agathe est née de cette union. Après une courte période de bonheur, Lili a été choquée par la mort subite de son mari qui l’a laissée pratiquement sans le sou à cause de ses dépenses excessives. Lili a mené une vie difficile pour élever ses deux filles. Afin de s’assurer un meilleur avenir, elle a donné une seule directive à ses deux filles : trouver un mari riche. Nadège, véritable clone de sa mère, a réussi à se marier avec Jean-François, un noble riche beaucoup plus vieux qu'elle. La renarde a flatté maître corbeau, en se faisant passer pour une jeune fille naïve et amoureuse alors que Jean-François s’est fait passer pour un chauffeur pauvre. Un vrai quiproquo à la Marivaux, avec un détail qui change : Nadège savait très bien qui il était réellement et a joué la comédie jusqu'au bout. Sa sœur, Agathe, a suivi une autre voie et a misé sur le fait de retrousser ses manches et de travailler, au grand dam de sa mère. Nadège a mené une vie dorée, mais au prix de multiples contraintes et mensonges. Agathe a mené une vie difficile, mais elle était libre et émancipée.
Notre analyse se déroulera en trois étapes : d’abord, nous montrerons le statut argumentatif des Corbeaux et les Renardes. Ensuite, nous expliquerons ce que nous entendons par le syllogisme narratif. Enfin, nous tenterons de démontrer que le récit desCorbeaux et les Renardesreprésente un syllogisme narratif ayant pour conclusion : « une femme honnête, indépendante et libre est plus heureuse qu’une manipulatrice dépendante matériellement de son mari ».
2.Le statut argumentatif desCorbeaux et les Renardes
Selon Françoise Rullier-Theuret, le roman doit être considéré, en tant qu’énoncé linguistique, comme un acte de langage ayant une intention spécifique, une valeur illocutoire. Si «la force illocutoire d’un énoncé est précisément la valeur d’acte de son énonciation» (Rullier-Theuret 2006 :
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151), ou sa visée pragmatique (prière, ordre, promesse, mise en garde, assertion…), nous pouvons dire que l’acte d’écrire un roman vise non seulement à transmettre au lecteur des informations sur un monde romanesque, mais aussi à «faire», c’est-à-dire à agir sur ce lecteur. Produire un certain effet sur le lecteur représente l’aspect perlocutoire du roman :
Le romancier, comme tout locuteur dans une situation interlocutive, établit une relation à chaque fois différente avec son lecteur, son écriture vise à susciter certaines attitudes émotives ou intellectuelles (frémir, rêver, rire, comprendre, réfléchir…), de sorte que chaque livre demande à être lu d’une certaine façon. (Rullier-Theuret 2006 : 151)
Le romancier a souvent quelque chose à faire passer : une idée qui n’aurait pas nécessairement une tournure théorique, un enseignement qui ne prendrait pas forcément la forme d’une morale, une intention de susciter des questions et de faire réfléchir. Selon Julia Kristeva, une des lois de la structuration romanesque est«qu’avant d’être une histoire, le roman est une instruction, un enseignement, un savoir» (Kristeva 21). Aucun récit1976 : romanesque n’est gratuit, mais cherche toujours à prendre quelque emprise sur la pensée du récepteur.
De même, Albert Halsall trouve une connotation oratoire ou persuasive dans la définition que Benveniste fait du discours :«toute énonciation supposant un locuteur et un auditeur, et chez le premier l’intention d’influencer l’autre en quelque manière»1966 :  (Benveniste 242). Selon Halsall, en appliquant cette définition du discours au discours du récit, nous pouvons souligner la fonctionnalité persuasive implicite de tout récit et surtout ce qu’il appelle le«récit pragmatique»(Halsall 1988 : 22). En fait, le roman est souvent le support d’un discours à visée persuasive. Il peut inviter à une réflexion philosophique, morale, politique, scientifique ou sociale : il devient alors un élément dans une démarche argumentative, qui cherche à persuader. C’est le cas dansLes Corbeaux et les Renardesdont nous déterminerons le statut argumentatif.
Pour déterminer le statut argumentatifdes Corbeaux et les Renardes,il faut répondre à cette question : comment un texte romanesque devient-il argumentatif ? Gilles Philippe distingue deux modes littéraires susceptibles de donner au roman un caractère argumentatif, c’est-à-dire de contraindre le lecteur à un transfert d’adhésion : le mode allégorique et le mode digressif. Le mode allégorique propose, sous forme de«fable philosophique»(Philippe 1998 : 1544), un contenu doctrinal énonçable en termes abstraits et nécessitant une réinterprétation de la part du lecteur. L’exemple canonique en estCandideVoltaire. En fait, une séquence narrative ne devient de argumentative que si sa visée parabolique est accessible, elle exige«le
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