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Emprunts linguistiques, empreintes culturelles

De
195 pages
Résultant de la rencontre de chercheurs venus de pays mis en contact par l'Histoire, tels que la France, le Maroc et le Liban, l'Allemagne et la Turquie, la Turquie et la Grèce, et Chypre, ce recueil s'intéresse à la frontière de soi et de l'autre. Sont ouvertes des pistes de questionnement d'ordre linguistique, sociolinguistique, et communicationnel (par la musique).
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EMPRUNTS LINGUISTIQUES, EMPREINTES CULTURELLES

@ L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02576-9 EAN : 9782296025769

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Marc Arabyan

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Fabienne BAlDER (éd.)

EMPRUNTS LINGUISTIQUES, EMPREINTES CULTURELLES

Actes de la rencontre internationale de Nicosie,

4 décembre 2004

Avant-propos de Monica Heller

L'Harmattan

Sémantiques

Collection dirigée par Marc Arabyan
Déjà parus

Boris LOBATCHEV, L'autrement-être, 2006. Claude VANDELOISE, De la distribution à la cognition, 2006. Jean-Pierre ARSA YE, Français-Créole/Créole-Français. De la traduction, 2004. Carol SANDERS, Variation etfrancophonie, 2004. Annie BOONE et André JOLY, Dictionnaire terminologique de la Systématique du Langage" 2004. François THUROT, Tableau des progrès de la science grammaticale, 2004. Krassimir MANTCHEV, La linguistique, Œuvres de Krassimir Mantchev, Tome I, 2004. Serge MARTIN (textes réunis et présentés par), Chercher les passages avec Daniel Delas, 2003. J. OUZOUNOV A-MASPERO, Valéry et le langage, 2003. André DEDET, Structure du langage et de l'inconscient, 2003. Léonard MOUTI ALABDOU, Naissance de lafolie: une approche discursive, 2003. Thierry MEZAILLE, La blondeur, thème proustien, 2003. Giulia CERIANI, Marketing moving, l'approche sémiotique,2003. Driss ABLALI, préface de Jacques Fontanille, La sémiotique du texte, 2003. Marielle RISPAIL, pr. Jacqueline Billiez, Le francique, 2003. Juhani HARMA (éd.), Le langage des médias : discours éphémères ?, 2003. Rafika KERZAZI-LASRI, La métaphore dans le commantaire politique, 2003. Jacques ANIS & alii (éd.), Le signe et la lettre, 2002.

AVANT-PROPOS DES LANGUES, DES CULTURES, DES MOUVEMENTS
Monica HELLER Université de Toronto

Ce recueil de textes représente, à mes yeux, un bel exemple du genre de questionnement que la linguistique fait si bien face aux changements sociaux. D'abord, il yale coup brillant de poser des questions autour et à travers de la Méditerranée. Cet espace, dont on a souvent et beaucoup écrit, représente néanmoins un tel degré de mouvement et de complexité qu'il doit être constamment réinterrogé. Surtout, de nos jours, on remet en question les frontières rigides, l'uniformité et la territorialité qui sont les idées de base de l'ère des États-nations; on sait que pour comprendre le monde actuel il nous faut des questionnements à propos des mouvements, des mixités, des multiplicités. On parle de migrations, de transnationalisme, d'hybridité et de « nouvelles » identités. Or, ceci suppose que ce seraient les États-nations autour de la Méditerranée qui devraient figurer en premier plan, comme cadre fixe, et le reste devient problème, phénomène à expliquer. Comme l'a fait Braudel, ce recueil prend un point de vue différent, et met an avant la mer, l'espace méditerranéen, celui où la mouvance est normale et c'est la fixité qui demande à être expliquée. De ce fait, le lecteur est appelé à questionner ses présupposés, et à développer un regard sur le monde qui nécessite une manière de cerner ces dynamiques comme phénomène central de l'organisation sociale, et élément essentiel à la compréhension non seulement de nos histoires, mais de l'actualité. Cela relativise aussi le discours actuel qui met l'accent sur la mouvance comme phénomène récent: ce recueil nous rappelle que la mouvance et la fixité peuvent être autant des produits d'un travail idéologique qu'une description fidèle de la réalité. Et si nous avons toujours été en mouvement? En même temps, il nous rappelle qu'i! peut bien y avoir des moments de plus ou moins grande stabilité et des moments de plus ou moins grand changement;

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la question est de savoir comment déterminer le lien entre discours et faits observables, et de savoir quoi chercher dans quel espace. Certainement, en tout cas, ici le message est clair: que l'on apprend beaucoup uniquement à mettre de l'avant des espaces que nous sommes trop souvent tentés de laisser de côté, comme marginaux ou, à la limite, comme la mer, de non-espaces sociaux. En se situant dans cet espace construit comme en dehors de l'Étatnation, plusieurs textes ici sont portés à s'interroger au rôle de cet espace dans la construction des frontières entre les unités sociales qui ont été déterminantes dans l'histoire de cette région, et de celles qu'elle a tant influencées. Il n'est donc pas surprenant que l'on examine de près comment on a fait, et continue de faire, la distinction entre Nous et l'Autre, surtout lorsque ce travail de construction de frontières est non seulement si déterminant (les conséquences de l'appartenance - et de la non-appartenance - sont concrètes et souvent dramatiques dans cette zone) mais aussi si fréquent et si changeant. La frontière se négocie tous les jours pour une proportion élevée des habitants de la région, soit sur place, à partir des groupes co-existants sur un même territoire, sous un même régime politique ou participant à un même marché ou encore à partir du contact avec ceux et celles qui les traversent; soit, à l'inverse, dans les trajectoires des gens euxmêmes en mouvement à travers les espaces, les régimes, les marchés. La langue est le terrain par excellence pour examiner ce processus, parce que d'une part c'est centralement par elle que cette négociation quotidienne des catégories sociales se construit, mais aussi parce qu'elle représente également un produit de l'idéologie sous-jacente aux principes mêmes de catégorisation en jeu. De l'accent sur la mouvance méditerranéenne découle donc aussi un questionnement sur les outils de description hérités de l'idéologie dominante de l'État-nation. Si le concept de la langue comme système étanche et homogène, lié de manière organique à la nation et à l'État qui est sa manifestation politique, est issu du nationalisme, les outils pour la décrire, pour la faire vivre discursivement, le sont aussi. C'està-dire que la « langue» n'existe pas en dehors des idéologies de la langue et des pratiques de construction des discours de la langue, dont la linguistique (sous ses diverses formes) est la pierre angulaire. Si on se préoccupe du travail des frontières sociales, on se préoccupe des bulletins de santé des diverses manières de les construire: on parle de vie ou de mort des langues, mais en fait il s'agit de continuité ou de discontinuité de pratiques, de discours et d'idéologies de la langue, et, surtout, des frontières et leurs processus de reproduction. Est-ce que les outils de la linguistique tels que nous les avons hérités sont adéquats à la description et à l'explication de ces processus? Avons-nous

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les moyens de tenir compte des processus dynamiques que nous offre l'espace méditerranéen? Est-ce qu'une linguistique basée sur un concept de langue comme objet systématique peut tenir compte de processus de production, de reproduction, de déconstruction de frontières sociales comme processus à la fois multiple et forcément changeant ? Ce recueil, apparemment modeste dans ses ambitions, soulève néanmoins des questions fondamentales, autant pour la discipline de la linguistique que pour notre compréhension de l'évolution sociale de l'espace méditerranéen. Il nous permet de cerner des pistes de questionnement, et ouvre le chemin à un regard novateur non seulement sur cet espace, mais aussi sur les mouvances qui sont au centre du changement social à l'heure actuelle.

INTRODUCTION
Fabienne BAIDER Université de Nicosie

Le présent volume réunit les travaux présentés à un Atelier international organisé à Nicosie le 4 décembre 2004. Les mouvements migratoires évoqués dans la préface de Monica Heller ont forcé des communautés à la fois à accepter les lois de l'immigration à travers la langue et à reconstruire une identité après leur migration. Les études rassemblées dans ce volume apportent une contribution historique, sociologique et linguistique aux rapports qui surgissent lors de cette migration entre langues dites mineures (les langues qui se situent dans l'espace, périphérique ou pas, d'une langue majeure) et celles dites majeures (appellation qui contient toute sa puissance colonialiste). Dix exemples de cohabitation illustrent cette mouvance plus ou moins heureuse entre, par exemple, langue et culture françaises d'une part et langue et culture arabes ou turques d'autre part; langue et culture turques d'une part et langues et cultures allemandes ou grecques d'autre part. Les dix articles se divisent en deux volets séparés par une frontière fictive inscrite dans le titre de ce volume: le premier rassemble les emprunts linguistiques et le deuxième, les emprunts que l'on a qualifié de culturels, puisque les études se focalisent sur les communautés en contact. Les identités et les langues remodelées au contact des grandes langues donnent souvent lieu à la formation d'une communauté à statut minoritaire et symbole du degré d'acculturation souvent ignoré dans les études purement linguistiques. Ce degré d'acculturation est, de fait, le lien entre toutes ces études: acculturation dans son sens littéral exprime le mouvement vers une autre culture ou idiome, mais dans un sens privatif peut exprimer le mouvement inverse puisqu' on doit aller loin de notre point d'ancrage, langue et culture originelles, pour aller au-delà. Chaque langue présentée, que ce soit l'arabe maronite à Chypre ou l'arabe des cités en France est, de fait, symbolique de

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la déterritorialisation et donc de la position marginalisée et minoritaire à partir de laquelle s'exprime la communauté en question. Plus précisément, les auteurs jettent chacun et chacune un regard nouveau d'abord sur les possibles intégrations lexicales entre langues en contact et à statut asymétrique. Cela soit dans une optique plus sociolinguistique ainsi les articles de Marc Sourdot (bilan de l'emprunt arabe en français actuel), Hayssam Kotob (nouveaux emprunts français en arabe libanais) et Fabienne H. Baider (bilan de l'emprunt turc en français de France) ; soit dans une optique de linguistique formelle, ainsi les présentations de Freiderikos Valetopoulos (emprunts turcs en grec de mots exprimant les émotions), de Abdelfattah Nacer Idrissi (emprunts français en arabe marocain) et de Christof Shroeder (orthographe des Turcophones au contact de la langue et de la culture allemandes, seul article rédigé en anglais). Le deuxième volet de ce volume est consacré au destin des communautés minoritaires, destin qui se concrétise, pour reprendre des concepts proposés par Deleuze et Guattari 1 : soit dans une affirmation de leur différence, ainsi la communauté turque en France (article de Sylvaine Gautier-Kizilyürek), à Chypre (article de Marilena Karyolemou) où la langue turque devrait jouer le rôle de langue véhiculaire de par son statut de langue officielle mais reste confinée à celui de vernaculaire; soit dans la disparition lors de l'assimilation, ainsi l'arabe maronite à Chypre (article de Maria E. Kirmizi) qui de statut de vernaculaire acquiert peu à peu le statut de langue mythique, cette langue qui n'existe que dans un au-delà, d'ailleurs fort incertain car il n'existe pas de territoire maronite proprement dit; soit dans la formation d'une nouvelle identité hybride (article de Rachid Brahim Djelloul sur la musique arabo-andalouse) qui reterritoralise un sens et une culture contenus dans cette musique.

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De par leur hésitation à choisir entre une identité nationale originelle (turque, arabe), de plus en plus douteuse au fils des années d'immigration, et une identité (française, allemande) vraisemblablement atrophiée, ces communautés migrantes, migratoires et migrées (?) représentent l'Hybridité culturelle et linguistique dans un contexte où le principe national dominant, surtout en France, se veut l'homogénéité.
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1. Gilles Deleuze et Félix Guattari, Kafka:
Paris, Minuit, collection« Critique », 1975.

Pour

une littérature

mineure,

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Nous voudrions remercier toutes les personnes dont l'aide précieuse et le soutien moral ont permis de réaliser cette journée de réflexion, et plus particulièrement le dévouement de Madame Maria Miller et Monsieur Freiderikos Valetopoulos ainsi que les collègues qui ont eu r amabilité et la gentillesse de lire, relire et commenter les articles: Vlad Atanasiu, Henriette Gezundhajt, Evelyne lacquey et Thierry Petitpas. Notre gratitude va aussi à l'Université de Chypre et en particulier au professeur Yiannis Ioannou, président du Département d'études françaises et de langues vivantes, au professeur Stephanas Staphanides, doyen de la Faculté des sciences humaines, ainsi qu'aux établissements de Costas Zorbas et de Sodap dont le soutien financier a permis de faire de cet atelier une très belle rencontre puis de matérialiser les actes dans le présent volume. Tous nos remerciements, enfin, à notre éditeur, Marc Arabyan, dont la patience et l'expertise ont mené cette aventure linguistique à bien.

PREMIÈRE PARTIE EMPRUNTS LINGUISTIQUES

1. Marc SOURDOT Les emprunts à l'arabe dans la langue des jeunes des cités: dynamique d'un métissage linguistique 2. Fabienne BAlDER Emprunts à la langue turque en français: la difficulté de la marque étymologique

3. Freiderikos VALETOPOULOS L'intégration des emprunts lexicaux: le lexique-grammaire des émotions
4. Abdelfattah NACER IDRISSI L'impact du français sur le lexique de l'arabe marocain 5. Hayssam KOTOB Le nouvel ordre linguistique dans la société libanaise 6. Christof SCHROEDER Orthography in Turkish-German language contact

LES EMPRUNTS À L'ARABE DANS LA LANGUE DES JEUNES DES CITÉS: DYNAMIQUE D'UN MÉTISSAGE LINGUISTIQUE
Marc SOURDOT Université Paris V - René-Descartes Laboratoire Pavi-Dynalang EA 1643

Abstract + The language of urban youths in France borrows heavily from Arabic. This métissage (crossing of different languages) is part of long love story that lasts for more than ten centuries between French and Arabic languages. Thus, to better understand the specificity of the urban youth language, called "tchatche ", we must reset within an historical perspective this medium which combines Arabic terms mixed within traditional slang. We will mention in closing the stylistic counterpart of linguistic crossover in contemporary fictions and limit our discussion to two very different literature works.
Keywords + Tchatche, slang, loanword, crossover, Beur novel.

Mots clefs + Tchatche, argot, emprunt, métissage, roman beur.

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Introduction Le français parlé par les jeunes des cités des grandes villes de banlieues, fortement influencé par l'arabe maghrébin, s'inscrit dans une longue tradition de métissage linguistique. Depuis plus de dix siècles, le français et l'arabe entretiennent une longue liaison, une histoire d'amour sur le mode, souvent, du «je t'aime moi non plus ». Guerres et paix, relations culturelles et commerciales ou contacts plus violents ont ponctué ces échanges qui, selon les époques, ont eu des conséquences variables, mais toujours importantes, pour le lexique des deux langues. S'intéresser à la dynamique de ce métissage franco-arabe dans la langue des jeunes des cités ne saurait se faire sans une mise en perspective historique de cette dynamique. 1. L'âge d'or de l'expansion arabe: VIlle - xv<siècle La langue arabe a connu une diffusion très rapide, des rives de l'Indus aux confins de l'Occident en un peu plus d'un siècle, accompagnant les conquêtes de l'empire arabo-musulman aux YII" et YIIIe siècles. Cette expansion de la langue a également été favorisée par l'islamisation des populations, facteur d'unification linguistique tout autant que politique ou religieuse. L'existence du royaume arabo-andalou, du YIIIe au Xye siècle, a développé les échanges linguistiques par simple voisinage entre les trois langues: espagnol, arabe et français. Mais ces échanges ont également été le fait des différentes croisades qui se sont échelonnées sur plusieurs siècles et le résultat de l'installation temporaire des Croisés en Palestine. L'emprunt s'est fait par traduction directe ou à travers d'autres langues qui avaient elles-mêmes, auparavant, emprunté à l'arabe. L'arabe a souvent lui-même servi d'intermédiaire entre les œuvres de l'Antiquité gréco-latine et les langues de l'occident, dont le français. Le Moyen-Age, peu propice au développement de la science en Europe, a été, au contraire, l'âge d'or de la pensée et de la langue arabes. C'est à travers des traductions arabes qu'on a pu connaître les œuvres d'Aristote. Les Eléments d'Euclide, nous dit Henriette Walter, « ont d'abord été diffusés en Occident dans la traduction en latin, faite par l'Anglais Adélard de Bath, à partir d'une version arabe du texte grec original. » (Walter 1997 : 121). Mais l'arabe a aussi servi d'intermédiaire entre les langues et nous lui avons emprunté beaucoup de mots venus du persan, de l'espagnol, du grec, de l'italien, du turc, du provençal et de bien d'autres idiomes. Le français doit en particulier à l'arabe de nombreux mots relevant de divers domaines scientifiques. Ainsi trouve-t-on, pour la chimie ou, plutôt, l'alchimie, des mots comme antimoine, élixir ou alambic;

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À L'ARABE

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gazelle, alezan ou girafe pour la zoologie; alkékenge, abricot ou artichaut pour la botanique. Sur le plan formel, on peut noter que la présence de al-, trace d'un morphème équivalent à notre article défini, à l'initiale d'un mot, en français, est un bon indice de sa probable origine arabe. Mais la plupart de ces emprunts ne sont plus transparents quant à leur origine: qui reconnaîtrait dans épinard, carafe, gazelle, orange ou tarif des mots venus de l'arabe? Cette époque de forte influence arabe, qui va de l'ancien français au XVIIIe siècle, est à elle seule responsable des quatre cinquièmes des 410 mots directement ou indirectement empruntés à l'arabe que recense le Petit Robert. Certes un corpus dictionnairique, aussi riche soit-il, ne représente pas la totalité des emprunts faits à telle ou telle langue, mais il peut en donner une photographie significative. Sur ces 410 mots, environ 250 sont directement empruntés à l'arabe, les autres ont transité par d'autres langues, parfois après de véritables périples linguistiques. Ainsi abricot, daté de 1512 dans le Nouveau Petit Robert, a-t-il été emprunté au catalan qui le tenait de l'arabe qui l'avait emprunté au grec qui l'avait hérité du latin. De la même façon écarlate (XIIe siècle) provient-il du latin médiéval, hérité du grec qui le tenait de l'arabe qui l'avait emprunté au persan. Pour les 173 premiers mots d'étymologie arabe du Nouveau Petit Robert (édition de 2002 revue et augmentée), nous avons relevé les proportions suivantes: -

90 unités empruntées directement à l'arabe; 27 unités empruntées à l'arabe par l'intermédiaire de l'espagnol; 26 par l'intermédiaire du latin médiéval; 20 par l'intermédiaire de l'italien; 4 par l'intermédiaire du provençal;

2 par celui du catalan; une seule unité empruntée par l'intermédiaire de l'allemand, de

l'anglais, du portugais ou du persan. L'importance de l'espagnol est due à la colonisation arabe qu'a connue la péninsule ibérique du VIIf au XY" siècle (prise de Grenade 1492) et au fait que la langue espagnole a souvent servi d'intermédiaire entre l'arabe et le français. L'importance de l'italien, à qui le français a beaucoup emprunté à l'époque de la Renaissance, est aussi à mettre en relation avec le rôle des villes de Gênes et de Venise dans le commerce et les échanges internationaux. Le latin, quant à lui, était la langue des lettrés du Moyen âge, religieux pour la plupart, qui travaillaient sur les ouvrages des érudits arabes. Si l'on s'intéresse maintenant aux datations de ces emprunts, on s'aperçoit que l'époque contemporaine (XIXe et xX" siècles) a été