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Français et langues nationales en Afrique à l'ère postcoloniale

De
105 pages
Cet ouvrage revisite les rapports de force qui existent entre le français et les langues nationales en Afrique francophone. Depuis plus de cinquante ans, le lien entre langue et pouvoir ne s'est pas démenti. La question des langues d'enseignement, éminemment politique, est diversement traitée. En contact avec les langues du terroir, le français est moulé aux réalités socioculturelles africaines ; l'écriture romanesque francophone en est une illustration. Ce qui amène à poser les fondements épistémologiques et didactiques de la décolonisation linguistique et culturelle du continent africain.
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Sous la direction de Jean-Paul Balga et David Abaïkaye Français et langues nationales en Afrique à l’ère postcoloniale Bilan et perspectives
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-11675-4 EAN : 9782343116754
COMITÉ SCIENTIF IQUE - Adam Mahamat (CC), ENS/Université de Maroua
- Apuge Micheal (MC), ENS/Université de Maroua
- Baïmada François (CC), FLSH/Université de Maroua
- Balga Jean Paul (CC), FLSH/Université de Maroua
- Biloa Edmond (Pr), FALSH/Université de Yaoundé I
- Bitja’a Kody Zachée (Pr), ENS/Université Yaoundé I
- Dassi Étienne (Pr), FALSH/Université de Yaoundé I
- Dili Palaï Clément (Pr), FLSH/Université de Maroua
- Ebongue Augustin (CC), FALSH/Université de Buea
- Echu George (Pr), FALSH/Université de Yaoundé I
- Matateyou Emmanuel (MC), ENS de Yaoundé I
-Ndibnu-Messina(MC), ENS/Université de Yaoundé I
- Nzesse Ladislas (MC), FLSH/Université de Dschang
-Teyabé Marceline (MC), FLSH/Université de Maroua
- Tonyè Alphonse (Pr), FALSH/Université de Yaoundé I
- Zouyane Gilbert (MC), FALSH/Université Ngaoundéré
LISTE DES CONTRIB UTEURS -Chargé de Cours à l’Université de Buea,Augustin Emmanuel EBONGUEtravaille en sociolinguistique et analyse du discours. Auteur de 20 articles scientifiques et 4 ouvrages : Les cinquante ans du bilinguisme officiel du Cameroun (1961-1911) (2012), Médias et construction idéologique du monde par l’Occident (2014), Le plurilinguisme en Afrique (2015), Médias français et Fibre patriotique (2016). - Moufoutaou ADJERANtitulaire d’un doctorat unique en sociolinguistique. Maître Assistant est à l’Université d’Abomey- Calavi en République du Bénin, auteur de 12 articles, spécialiste de contact de langues. -Titulaire du CAPES à l’ENS d’Abidjan et d’une thèse unique en grammaire et linguistique à l’UniversiParis Ouest Nanterre la Défense,Yao KOUAMEest Maître-assistant au Département des Lettres Modernes à l’Université Alassane Ouattara. -R. Virginie KABORÉest Assistante à l’Unité de formation et de recherche en Lettres, Arts et CommunicationàlUniversitéOuagaI,PrJosephKI-ZERBO.TiutlairedundoctoratuniqueenSciencesdu langage, elle travaille sur l’appropriation du français par les auteurs africains.
-Titulaire d’un doctorat unique en Sciences du langage,Alexis KOENOU BOUREIMAest assistant à l’Unité de formation et de recherche en Lettres, Arts et Communication à l’UniversitéOuaga I Pr Joseph KI-ZERBO où il enseigne la grammaire française.
- Chargé de cours à l’Université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo (Côte d’Ivoire),Charles RABE LIAGRO a participé au colloque international « Bernard Binlin Dadié, cent ans de vie littéraire et politique : quel héritage » dont les actes sont en cours de publication. -Professeur des Lycées, membre de l’équipe IFACAM depuis1998,Pierre ESSENGUÉest titulaire d’une thèse de doctorat Ph. D. en sociolinguistique : ‘Prolégomènes à la standardisation linguistique dans l’espace francophone : le cas du Cameroun’. -Julia NDIBNU-MESSINA ETHEest Maître de Conférences à l'Université de Yaoundé I. 15 articles, une monographie ouvrages collectifs à son actif, elle publie en didactique des langues, technopédagogie et sociolinguistique. - Edmond BILOA, Professeur titulaire, Vice-doyen de la Faculté des Sciences de l'Éducation et Chef de Départeme Langues Africaines et Linguistique de la FALSH de Yaoundé I. Il est auteur de 10 ouvrageset de 30 articles scientifiques. -Audépartement de Littératures, Arts et Communication à l’Université de Zinder (Niger),Maman Lawan ELHADJI YAWALEest spécialisé en contacts de langues et politiques linguistiques. Il est auteur de « Évaluation du niveau de français dans les écoles bilingues au Niger ». -l’Université de Zinder (Niger),Enseignant-chercheur au département de sociologie à IBRAHIM Moussa est auteur de « Religion et citoyenneté au Niger : l’imaginaire islamique dans la construction nationale ». - Enseignant au Département de Français de la FLSH del’Université de Maroua (Cameroun),David ABAIKAYEthèse de Doctorat Ph. D en langue française. Ses travaux ont trait à l est titulaire d’une a stylistique, la sémiotique, la linguistique du discours et la sociolinguistique variationiste.
-de Cours, Chef de Département de Français de la Faculté des Lettres et Sciences Humainesde Chargé l’Université de Maroua,Jean Paul BALGAest auteur de 19 publications qui portent essentiellement sur le contact de langues.
P RÉF ACE 1aisse immédiatement envisager son pendant. L’évocation du syntagme « l’ère postcoloniale » l antérieur ellipsé : « l’ère coloniale ». En investissant celui-là, l’équipe d’universitaires ici à l’œuvre permet d’engager un questionnement comparatif, mais essentiellement évaluatif, partant de celui-ci. Le socle de cette comparaison, qui est linguistique dans le présent contexte, amène à soupeser l’évolution et le confort des langues nationales africaines, d’une part, et ceux de la langue française, d’autre part, au cours des deux périodes historiques contiguës sus-évoquées. En clair, quelle est la valeur des langues nationales africaines, par rapport à la langue française, à l’ère postcoloniale ? Les deux paradigmes se valent-ils aujourd’hui ? Comment et pourquoi ?
L’objectif prégnant consiste à évaluer la portée réelle et/ou la véritable auréole de chacun des deux pôles ciblés – dans le contexte de crise identitaire qui secoue le monde actuel. Il sied de souligner, pour une perception efficace de la tâche à réaliser, que la langue française de l’époque coloniale en Afrique pmajorité des pays d’Afrique francophone), soit de la Belgique (aurovenait soit de la France (dans la Burundi, en République Démocratique du Congo (anciennement « Congo belge ») et au Rwanda). Dès ce contexte-là, deux politiques linguistiques – concernant la langue française en Afrique (coloniale) -sont susceptibles de rivaliser : celle d’origine belge et celle d’origine française.
2.« Pour quel camembert !? » pourraient s’écrier quelques exégètes avertis. Depuis une décennie au moins, le carillon de la crise identitaire (sus-évo quée) a résonné sans intermittence… et suffisamment…. ou un peu trop. Ont été ébranlées dans leur for intérieur autant des microscopiques des macrostructures sociales planétaires circonscri ptibles, le plus souvent, suivant le critère linguistique. Dans cet élan de tentative de rédemption socioculturelle et linguistique à l’africaine, et à titre d’exemple, l’équipe Ngalasso-Mwatha Musanji (coordonnateur scientifique) a publié, sous le p2013) le dictionnair(E LAN-Afrique, F rancophonie arrainage de l’Organisation Internationale de la e trilingueFrançaislingala-sango. Cette initiative a nimbé la nécessité d’une convi vialité et d’un partenariat linguistiques susceptibles d’ouvrir les langues africaines à un public plus important. En perspective et dans le même sillage a également été envisagée la publication de deux autres dictionnaires trilingues : l’unFrançais-mandé-pularl’autre et Françaiskiswahili-haoussa. Toutes pCommonwealth et l’Organisat roportions gardées, le ion Internationale de la Francophonie (bien ancrés en Afrique postcoloniale) s’activent à broder des macro-identités linguistiques de plus en plus prospères et à tendance géostratégique.
3. Hier, c’était l’ère coloniale, assortie de toutes ses caractéristiques conséquentes ! Aujourd’hui, l’ère postcoloniale - ou, mieux, « la nouvelle ère » - suscite de lancinantes interrogations sur les plans identitaire, en général, et linguistique, en particulier. Le continent Afrique aura ainsi connu deux formes principales de « colonisation » francophone, comme indiquésupra. Une équipe d’universitaires en a observé les multiples versants tensoriels à la lumière du contact de langues sur le terrain du jeu et des enjeux multidimensionnels. D’où la naissance d’un projet (heuristique) aussi ambitieux et aussi audacieux que celui du présent collectif.
Pour demeurer dans le champ linguistique, la cible toute indiquée, c’est essentiellement l’Afrique « francophone » et son évolutioncrescendo oudecrescendo. Cela d’autant qu’il est vrai que des pays africains initialement francophones ont renoncé à l a francophonie et/ou à la langue française, entièrement ou partiellement ; d’autres s’y sont affiliés en adoptant la langue française – et en lui accordant un ou des statut(s) précis. Pour ne pas s ombrer dans une polémique aride, l’on peut néanmoins se demander pourquoi l’espace africain qui connut la « colonisation » belge héberge, de nos jours, un grand nombre de langues africaines érigées en langues officielles.
Faut-il ne citer, en exemples ici, que lelingala et lekiswahiliinterviennent dans la politique, qui l’administration et l’éducation - à côté du français ? En revanche, rares sont les pays colonisés par la France qui jouissent d’une langue nationale aussi puissante et aussi valorisée que lewolofau Sénégal. 4.sous protectorat, la colonisationl’époque coloniale, trois pays du Maghreb connai ssent,  À
française et, subséquemment, l’imposition de la langue française : Tunisie, Maroc, Algérie.
La période postcoloniale consacre l’érection de l’arabe en langue officielle (pour l’administration, le travail, l’éducation, la gestion politique interne). Cette langue arabe, en faisant naturellement bon ménage avec d’autres langues nationales (ou identitaires) est en contact avec le français que beaucoup de Magrébins continuent de parler et même de bien écrire. En tout cas, comment pouvait-il en être autrement, compte tenu du lourd et bien significatif passé colonial et, par conséquent, linguistique ? En tout cas, la langue française a continué d’évoluer au Maghreb, toutes nuances bien honorées, comme une peau de chagrin ; comme la langue de l’Autre.
L’on ne pourrait cependant annihiler la prestigieus e littérature francophone du Maghreb qui a également contribué à la formation de la personnali té linguistique et littéraire de la France et de l’Afrique francophone. Dans ce sillage, que dire d’un Albert Camus, d’un Tahar Ben Jelloun ou d’un Yacine Kateb dont les écrits continuent – en milieux scolaires et universitaires – d’entretenir la flamme d’une langue française qui côtoie l’arabe véhiculai re et identitaire ? Le français est davantage comparable à un précieux intervenant sur le banc de touche en attente d’utilisation appropriée. Cette utilisation est de ressort politique ou diplomatique ; de ressort académique ou didactique et de ressort individuel ou occasionnel.
Quoi qu’il en soit, l’arabe est pratiqué par l’écrasante majorité des Maghrébins ; suivent les langues nationales ou tribales et, enfin, la langue françai se, en cas de nécessité imparable. En somme, en Algérie, en Tunisie, au Maroc, la langue officielle, c’est bien l’arabe, mais le français n’est jamais véritablement sorti de certains usages gouvernementaux (et/ou diplomatiques) et « éducationnels ».
5. Y a-t-il eu ressac !...? Au cours de la période postcoloniale, de façon bien audacieuse, certains pays longtemps demeurés francophones après la colonisation - tels que le Rwanda - ont embrassé, par exemple, l’anglophonie au détriment de la francophonie. En conséquence, le français a été déchu de son titre de langue officielle constitutionnelle. En tout cas, un État indépendant peut librement, et en toute connaissance de cause, procéder à ses choix linguistiques, ou autres. Dans cette éventualité, le français peut intervenir essentiellement à titre diplomatique et dans des occasions où il s’avère incontournable. Les anciennes relations linguistiques qu’il avait o u qu’il entretenait avec les langues nationales se sclérosent, se fossilisent et/ou s’étiolent, progressivement. Les langues nationales (de ce contexte) entrent en contact fréquent avec la langue anglaise, « une nouvelle venue ». Dans ce contexte, les langues nationales conservent une certaine stabilité qui consolide leur normativité.
Mais lorsque se produit la volte-face comme avec le même Rwanda qui vient de faire un retour spectaculaire à la C E MAC (Communauté Économique et Monétaire del’Afrique Centrale), la langue française donne l’impression de récupérer sa place d’antan, même si elle s’avère quelque peu émoussée. Ce qui semble réellement plus important, sur le ter rain linguistique, c’est l’accentuation de la concurrence entre le français, l’anglais et les langues africaines (valorisées). Il apparaît clair que le choix politique d’une langue de vitrine internation ale est piloté par des paramètres majeurs de développement et de visibilité intrinsèques et extrinsèques. Il est difficile, dans ce cas de figure, de banaliser la raison socioéconomique.
D’autres pays francophones ont adopté comme langues officielles, après la colonisation, la langue française, mais en compagnie d’au moins une langue nationale. À titre d’illustration, l’on peut évoquer ici, sauf modification impromptue, le Burundi (français etkirundu), la République du Congo (français, lingala etkituba), Djibouti (français, arabe,afar, somali), Madagascar (français,malgache), République Centrafricaine (français,sango), République Démocratique du Congo (français,kikongo, lingala,swahili,tchiluba). Dans ce contexte particulier, la langue française est en concurrence ouverte avec au moins une langue nationale africaine. Quoi qu’il en soit, le français en porte un (sérieux) coup. Mais il s’agit, en réalité, pour l’État qui adopte cette stratégie linguistique de s’ouvrir sur le monde en sauvegardant son identité socioculturelle et autres richesses particulières.
6.un mouvement presque similaire (au précédent) , des pays africains non initialement Dans d’expression française, pour diverses raisons, ont adopté, à titre institutionnel la langue française.À observer certains de ces pays ainsi que la date de leur avènement à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)(ex. : Djibouti ; Maroc, 1981 ; Egypte, 1983 ; Guinée équatoriale, 1989 ; Sao Tomé y Principe, 1995 ; Cap vert, 1996 ; Ghana, 2006), l’on pourrait se poser au moins la question de
la cause de leur acte semblable à une volteface. Et l’on comprendra qu’au moins le nerf de la guerre aura conditionné, au plus haut degré, leur acte. En tout cas, se réorienter linguistiquement peut signifier que la langue officielle initiale n’a pas rendu satisfaction. En conséquence, de nos jours, on n’adhère plinguistique par snobisme naïf ou par simple amour « scientifique » de la langueas à une option choisie. Le pragmatisme du choix est valorisé au plus haut degré – il convient d’en tenir compte.
Aucun des pays sus-convoqués n’a adopté la langue française en rejetant la ou les précédente(s) en usage. La Guinée équatoriale (1989), le Cap Vert (1996), l’Egypte (1983), le Ghana (2006), Sao Tomé e Principe (1999), le Maroc (1981), la Guinée Bissa u, pour ne citer que ces États (et les dates de référence), en participant aux sommets de l’OIF et en accordant à la langue française un meilleur sort sur leurs territoires respectifs, actionnent une co ncurrence linguistique dont ne bénéficient pas nécessairement les langues locales africaines.
7.le terrain médiatique, l’on constate une  Sur des émissions radiodiffusées et/ourecru descence télévisées en langues africaines dans un nombre non négligeable de pays d’Afrique francophone. L’on pourrait cependant stigmatiser leur caractère essentiellement « régional ». Mais rares sont les pays africains qui, comme le Sénégal avec le wolof, ont aménagé une très grande plage communicationnelle et promotionnelle pour les langues nationales. De nos jours, des mastodontes de la radiodiffusion, tels que R F I (Radio France Internationale) ou B B C (Briti sh Broadcasting Corporation) et VoiceOf America ont conçu et programmé des crochets d’infor mations en certaines « grandes » langues africaines. Sans détail, nous en évoquons ici quelques-unes :haoussa,lingala,mandingue,kiswahili. Le problème de la puissance d’audience se pose et r éveille celui de la capacité de la conquête des locuteurs et/ou des auditeurs des langues africaines sur les ondes internationales. Mais l’initiative est félicitable : l’on n’aurait jamais imaginé ce processus de convivialité et d’intégration linguistiques en pleine ère coloniale.
Sur le plan des technologies de l’information et de la communication, l’accès des langues africaines à l’internet est on ne peut plus tiède. Rarissimes sont les sites qui vont au-delà des linéaments ou parfois des fondamentaux utiles à l’initiation à la linguistique d’une langue africaine choisie. Le montage des sites monolingues (en langue purement a fricaine) reste attendu. Ce défi semble prioritairement lancé aux spécialistes à haute échelle des langues et cultures ici ciblées, d’autant que, de nos jours, le montage d’un site internet ne relève plus du miracle.
Même si le plus souvent cela semble évident, l’on ne saurait diluer le rôle joué par les industries musicale et cinématographique dans la promotion des langues africaines de nos jours. Autant les chanteurs et autres musiciens africains francophones ont hissé au pinacle l’existence et l’importance des langues africaines à travers leurs œuvres, autant la valorisation de ces langues au moyen de la production cinématographique paraît négligeable. Ici se pose avec acuité le problème de la concordance entre l’offre, la demande et les dividendes. Les politiques linguistiques africaines ont donc du grainà moudre.
On devrait le surligner grassement : rarissimes sont les revues et autres journaux publiés en langues africaines. Si l’on s’en tient à la communication r eligieuse et socioculturelle, l’on relèvera les immenses efforts consentis par les « grosses » obédiences – que nous ne citons pas ici – pour consacrer l’efficacité des langues locales dans des contextes appropriés. À titre d’exemples, des offices entiers et réguliers sont programmés en langues africaines dans des églises. Dans les nombreuses zones rurales, les campagnes électorales (politiques) empruntent généralement le véhicule des langues africaines (locales), encore peu ou pas écrites.
À peu près dans cette même veine, les structures publicitaires, en fonction des pays ou des régions, redynamisent, à leur manière, l’utilisation (socio)pragmatique des langues locales, même si le discours pédagogique de l’enseignement secondaire continue de s’en méfier ostensiblement. Et cela au nom d’un normativisme parfois asséchant et appauvrissant, qu i caractérise la pratique d’une langue française grammaticalement trop aseptisée ou pratiquement déculturalisée.
8.nourrir quelque ambition !? Alors que la l angue française accentue son ascension Faut-il spectaculaire – quoi qu’on dise ! - on signalera encore, pour le regretter, la quasi-absence des langues africaines en édition pour la production des manuels scolaires et des œuvres en création esthétique littéraire. Aujourd’hui, il semble banal de signaler dans la production littéraire francophone une kyrielle
de ressources linguistiques puisées dans les langues et sociocultures africaines ; tant la convivialité et le métissage linguistiques sont ici de plus en plus capitalisés. Quoi de sensible !? L’on pourrait néanmoins auréoler ici quelques initiatives bien courageuses de sauvetage linguistique, mais peu suivies, telles qu e celles d’Emmanuel Matateyou avecPalabre au Cameroun(publication en édition bilingue «shüpamom(langue Bamoun)/français ») et d’Abdoulaye Oumarou Dalil avec leMbooku(épopée du Diamaré), publié en édition bilingue «fulfulde/français ». Dans ces œuvres bilingues, bien qu’il intervienne comme langue dutraduit, le français joue le rôle de traction, pour faciliter le désenclavement linguist ique et une certaine ouverture sur le monde francophone plus vaste.
Quel engagement pour la survie !? Il se pose donc un réel problème de formation et de conquête du lectorat, car il s’agit de décoder un système d’écriture qui doit encore prouver sa nécessité aux yeux de l’Autre. L’on ne saurait taire ici la monumentale difficulté de la disproportion entre la demande et l’offre, car l’investissement d’une dépense doit pr oduire une contrepartie conséquente. On ne le clamera jamais assez : le livre (quelle qu’en soit la version) est un support multidimensionnel adossé à une langue qu’il porte et fait vivre, à l’état dynamique ou statique. Il semble bien difficile de solliciter en cette matière le concours des bailleurs de fonds internationaux qui ne sont pas sûrs d’en prélever de sérieux dividendes. Ainsi se dévoilent les efforts que doivent consentir les pays africains soucieux de conserver à l’état naturel et surtout de promouvoir leurs patrimoines anthropologiques, philosophiques, socioculturels et, particulièrement, linguistiques.
9. Comment oublier que, de nos jours, la langue française est passée d’un produit industriel à une industrie lourde – et dont les employés sont diversifiés, hiérarchisés et bien nombreux ?! Devrait-on encore fermer les yeux devant les grosses et puissantes structures internationales multiformes financées à coup de milliards de dollars et/ou d’euros - pour entretenir et faire prospérer la langue française au niveau planétaire ? Inexorablement, qui veut les résultats veut aussi les moyens. Pour s’épanouir, être désirée et aller à la conquête de l’Autre – en plus de porter l’essence d’un peuple - une langue, quelles qu’en soient la taille et l’origine, doit véhiculer une puissance ou, concrètement, une plus-value sensible. Point n’est besoin de signaler l’auréole dont jouissent, aujourd’hui, certaines langues d’origine asiatique, du fait de la germination, de l’éclosion et de la prospérité des dragons économiques qui s’en réclament.
10.langue française règne pratiquement sans partageDans certains pays d’Afrique francophone, la sur les plans politique, administratif, éducatif et médiatique. Dans ce cas, la pratique réelle des langues nationales est reléguée aux zones campagnardes, le plus souvent peuplées d’analphabètes, en attendant l’effet de l’urbanisation suivie d’une alphabétisat ion galopantes. Dans les mégalopoles d’Afrique francophone s’est posé avec un certain sérieux le problème non négligeable du statut de la langue française - qui a pu se substituer à la langue maternelle de bien de petits Africains. Les raisons de cette substitution sont bien diverses et l’on s’interroge encore sur l’avenir identitaire et linguistique des sujets ainsi métamorphosés.
Dans cette veine, les travaux évaluatifs de Patrick Renaud (cf. « Le Français au Cameroun », Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Yaoundé, vol. 4, n° 7, 1976, plait un collectifp.[17-41]) et ceux de Gervais Mendo Ze (qui intitu Le Français langue africaine, Enjeux et atouts pour la francophonie, Éléments de stratégie(Publisud, Paris, 1997)), ne laisseraient que peu de personnes indifférentes – tant le phénomène est devenu plus prégnant de nos jours. Grande et diversifiée en est la conséquence dans la constr uction de l’identité nationale (socioculturelle, anthropologique, philosophique et même psychique) des peuples ainsi éprouvés.
Dans l’Afrique postcoloniale (actuelle), de plus en plus préoccupants sont les cas de linguicides, surtout dans les espaces où les minorités, peu audacieuses et n’étant pas toujours recherchées, protégés et encouragés, sont victimes de phagocytose. Cela d’autant qu’elles ont tendance, pour se valoriser, à s’assimiler aux grands groupes, en abandonnant leurs spécificitésessentiellestelles que leurs langues identitaires. C’est ainsi que s’ouvre une lancinante interrogation sur l’avenir des langues africaines – en général - à l’ère postcoloniale. Elle inspire un raisonnement paramétrable, en fonction du contexte, de nos jours, facilement fluctuant. 11.Quid de la sinusoïde de l’identité linguistique ? Quoi qu’il en soit, l’on surlignera l’audace des
pays qui ont adopté comme langues officielles la langue française en compagnie d’au moins une langue nationale africaine. Juste à titre indicatif, car l a litanie pourrait être fastidieuse, l’on peut citer le Burundi (avec leKirundile et Kiswahili), Madagascar (avec lemalgache), la République Centrafricaine (avec lesango), le Sénégal (avec lewolof).
Pour quel enracinement durable !? Toutefois, il sied de noter que certaines langues de l’Afrique postcoloniale, puissamment véhiculaire (et vernaculaire) ont un caractère international avéré, même si elles ne sont encore ni véritablement standardisées , ni convoquées, à leur juste valeur, dans l’enseignement et l’administration. Pour n’en évoquer que quelques cas patents, le haussa, le peul, le lingala et le kiswahili sont, de nos jours, des langues africaines qui, investies même partiellement dans l’administration, l’éducation, l’édition, en plus de la forte médiatisation dontilsbénéficient en fonction des régions de casting, peuvent prétendre à un aven ir prospère. Dans cette perspective, ils constitueraient, avec l’arabe qui soude l’union du Maghreb (en poursuivant sa dialectalisation) et quelques autres États riverains, des plates-formes de construction des grandes identités linguistiques africaines réelles.
Quel sursaut d’orgueil et d’amour-propre … !?! Sous l’impulsion de certains États africains, tels que le Cameroun, des langues et cultures nationales ont déjà accès à l’éducation, avec, comme puissante mesure d’accompagnement, la formation des formateurs dans le domaine. Cette mesure vient en renchérissement de l’existence dans ce pays de l ’important siège du Centre International de Recherche et de Documentation sur les Traditions et Langues Africaines (C E R DOTOLA)– qui voit son blason redoré. Dans ce créneau, autant que dure ra la politique de rédemption des langues et cultures (camerounaises, en particulier, et africaines, en général), le fonds identitaire traditionnel sera sauvegardé et entretenu – toutes proportions gardées. Le problème qui présente quelque embarras sérieux, c’est celui du casting des sociocultures et des langues à prioriser tant sur le plan scolaire que véhiculaire. C’est alors que la gestion sociopoliti que et idéologique des langues nationales concurrentes devient délicate, en raison des jeux (in)avoués de positionnement et d’hégémonie (intra et/ou internationale). Subséquemment, d’importants achoppements sur le plan évolutif des langues africaines peuvent être endogènes. Dans cette mesure, les langues et cultures nationales ne pourraient survivre et prétendre prospérer qu’en triomphant des concurrences illicites endogènes et exogènes. On n’indexera jamais assez les grandissimes manœuvres impérialistes, pourtant légitimes, des ultra-puissances occidentales et asiatiques au cours de la promotion de leurs langues officielles.
12.: bilan et perspectivesp ostcoloniale Français et langues nationales en Afrique à l’ère , voilà un intitulé qui résonne(ra) encore comme un tam-tam d’appel au grand rassemblement d’évaluation sans complaisance de l’évolution du partenariat scellé entre les langues africaines et le français. Il s’agit donc d’une interpellation susceptible de déboucher sur la mise au point et en place d’un observatoire multipolaire qui rende compte de l’évolution des langues locales africaines en contact avec des langues partenaires venues d’ailleurs. Il est clairement établi, de nos jours, qu’un pays africain peut adopter : au moins une des langues locales comme langue(s) nationale(s) ; au moins une langue locale et au moins une langue venue d’ailleurs comme langue(s) officielle(s).
Étant donné que le partenariat linguistique s’avère incontournable dans l’actuelle Afrique pmodalités de gestion sociopolitique etréflexion demeure ouverte sur les ostcoloniale, la géostratégique des langues investies dans le processus de sauvegarde de l’identité socioculturelle et du développement plurimodal.
DASSI Professeur titulaire des universités Université de Yaoundé I (Cameroun)
AVANT-P ROP OS Le présent ouvrage analyse les problèmes linguistiques auxquels fait face l’Afrique francophone. En effet, la question des langues d’enseignement s’est posée dès les indépendances, et même avant dans des c e r c l e s d’intellectuels dénonçant un enseignement q ui symbolisait la domination coloniale. Aujourd’hui, la question est toujours d’actualité : faut-il continuer à enseigner la langue française au détriment des langues nationales en Afrique ? L’int errogation est en résonance avec le contexte politique des indépendances et appelle deux types de réponses : les nationalistes africains disent un peu partout « à bas la langue française ! », car c’est l’agent de l’impérialisme français ; c’est l’agent de l’aliénation par excellence ! Il faut lui substituer une ou plusieurs langues africaines.
Des Français d’ailleurs se mettent de la partie. Ils poussent les Africains à assurer, dès maintenant, l’enseignement en langues africaines. Pèsent-ils le s conséquences d’une telle décision ? Y a-t-il aujourd’hui une seule République francophone qui so it prête à assumer une telle responsabilité sans sacrifier des générations d’enfants ? Fort heureusement, une telle décision n’a jamais été prise. Car les hommes politiques africains savent qu’il y a dans ces déclarations des nationalistes, ou dans ces avis des conseillers français, plus de démagogie que de réalisme.
La réflexion se poursuit : comment, dans ces mosaïques de langues aussi différentes les unes des autres, est-il possible de dispenser l’enseignement des connaissances modernes en langues africaines ? Comment choisir cette langue ? Il est vrai qu’il y a, en Afrique noire, des groupes de pays caractérisés par une certaine unité linguistique : l’Afrique de l’Est où domine leswahili, ou les pays de l’Afrique occidentale avec les langues comme lewolof, lehaoussa, lepeul, etc. Mais qu’est-ce à côté de certains pays de l’Afrique Centrale où il y a plus de 200 langues dans un seul comme au Cameroun ? Le choix d’une langue africaine pour remplacer le français ne prépare-t-il pas, dans ces conditions, à la guerre civile ? Pour prévenir ce danger, ne vaut-il pas mieux maintenir la langue française qui a l’avantage d’être enseignée depuis des années, et de n’apparte nir à aucune des tribus qui composent telle République ou telle autre ? Les termes du débat sont clairement posés.
Depuis plus de cinquante ans, le lien entre langue et pouvoir ne s’est pas démenti. La problématique des langues d’enseignement, éminemment politique, est diversement traitée sur le continent africain. Ici, elle donne lieu à une pluralité de réponses qui se déclinent selon les axes ci-dessous abordés par les contributeurs.
Dans la première partie consacrée au contact des langues, Augustin-Emmanuel E B ONGUE examine le cas du français en cohabitation avec les langues véhiculaires au Cameroun. Il dégage des variables sociales qui entraînent des variables linguistiques : emprunts lexicaux, réfections syntaxiques, alternances codiques et interférences linguistiques. Jean Paul B ALGA,s’intéressant aux politiques linguistiques, montre qu’il y a lieu d’aménager un cadre de promotion sociale pour les langues nationales et d’instaurer officiellement une diglossie normée en réservant certains domaines d’activités de la vie nationale aux langues autochtones. Tout a utre saupoudrage sans valorisation socioéconomique des ressources linguistiques du terroir mènera inéluctablement à la mort des langues nationales au Cameroun. Dans la même veine, Moufout aou ADJE R ANétudie le phénomène d’emprunt, les niveaux d’appropriation et la typolo gie fonctionnelle. Il arrive à la conclusion selon laquelle l’usage du français au Bénin met en évidence un important dispositif d’enrichissement lexical tant au niveau acrolectal, mésolectal que basilectal. Abordant la structure hypotypotique d’une variété de français en Côte d’Ivoire, Yao KOUAME dévoile desconfigurations syntaxico-lexicales aux allures diaphanes. La norme, reléguée au second plan, fait place aux constructions relatives à la mémoire discursive. D’où le caractère hermétique pour un co-énonciateur étranger.
Dédiée à l’écriture littéraire, la deuxième partie analyse les discours des auteurs francophones qui moulent la langue française aux réalités sociocultu relles africaines. David AB AÏKAYE, étudiant l’adstrat linguistico-culturel dans l’écriture romanesque de Tierno Monénembo, indique que l’œuvre littéraire est enracinée dans la socioculture. La l angue française en Afrique est profondément indigénisée, se démarquant de ce fait de la norme du français central. L’indigénisation apparaît alors