//img.uscri.be/pth/402879f21339a22a113022c0941bffc4b2fac579
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Français, Franglais, Québé-quoi ?

De
242 pages
Le français est-il québécois ? Au sein de la communauté francophone québécoise, la question définitoire relative aux frontières linguistiques se formule ainsi. Groupe hétérogène et plurilingue, comment les élèves québécois s'identifient ? Comment représentent-ils le français et le monde francophone ? Quelles pratiques linguistiques et langagières revendiquent-ils? Ce livre propose un parcours sociolinguistique dans l'imaginaire des élèves québécois à travers l'étude de discours métalinguistiques recueillis sur le terrain.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Français, franglais, québé-quoi ?
Les jeunes Québécois et la langue française: enquête sociolinguistique

Espaces Discursifs Collection dirigée par Thierry Bulot
La collection Espaces discursifs rend compte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels...) à l'élaboration/représentation d'espaces - qu'ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires,. .. - où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modifications sociales. Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne - au-delà du seul espace francophone - autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance; elle vaut également pour les diverses variétés d'une même langue quand chacune d'elles donne lieu à un discours identitaire; elle s'intéresse plus largement encore aux faits relevant de l'évaluation sociale de la diversité linguistique. Martine COTIN, L'Ecriture, l'Espace, 2005. Jean-Marie COMITI, La langue corse entre chien et loup, 2005. Sophie BARNECHE, Gens de Nouméa, gens des îles, gens d'ailleurs... Langues et identités en Nouvelle-Calédonie, 2005. Cécile VAN DEN A VENNE (éd.), Mobilités et contacts de langues, 2005. Angeles VICENTE, Ceuta: une ville entre deux langues, 2005. Marielle RISP AIL (dir.), Langues maternelles: contacts, variations et enseignements, 2005. Françoise FELCE, Malédiction du langage et pluralité linguistique. Essai sur la dynamique langues/langage, 2005. Michelle VAN HOOLAND (Ed.), Psychosociolinguistique, 2005. Anemone GEIGER-JAILLET, Le bilinguisme pour grandir. Naître bilingue ou le devenir par l'école, 2005. Safia ASSELAH RAHAL, Plurilinguisme et migration, 2004. Isabelle LÉGLISE (dir.), Pratiques, langues et discours dans le travail social, 2004. C. BARRE DE MINIAC, C. BRISSAUD, M. RISP AIL, La littéracie, 2004. Marie LANDICK, Enquête sur la prononciation du français de référence. Les voyelles moyennes et l 'harmonie vocalique, 2004. Eguzki URTEAGA, La politique linguistique au pays basque, 2004.

Elatiana RAZAFIMANDIMBIMANANA

Français, franglais, québé-quoi ?
Les jeunes Québécois et la langue française. enquête sociolinguistique

Préface de Philippe Blanchet

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique ~75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia Fac. .des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - ROC Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

www.Iibrairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo. fr
(Ç)L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9590-0 EAN : 9782747595902

à ma famille

Remerciements

C'est grâce à la confiance sans bornes de directeurs d'écoles, d'enseignants et d'élèves que de précieuses données langagières ont pu être recueillies. Je leur suis infiniment reconnaissante, leurs dires ont inspiré tous les actes et écrits réalisés à l'occasion de cet ouvrage. Ma gratitude également à Philippe Blanchet, Thierry Bulot et Daniel Roulland pour leur attention et soutien tout au long de l'accomplissement de ce projet. Enfin, mes plus sincères remerciements à ma mère, Eliane Rakotobe, pour son implication personnelle au fil des mois et des pages.

PREFACEl
Préface sur au moins quatre raisons de lire ce livre Rédiger une préface n'est pas un exercice facile. Il convient d'y mettre en lumière les apports principaux du livre, ou les points auxquels on a été les plus sensibles, orienter une lecture possible du texte préfacé, sans pour autant verser dans la louange gratuite ou la dithyrambe obligée. Il faut rester à michemin entre le parrainage amical et le compte-rendu critique. Au point que l'on recule souvent devant une entreprise aussi périlleuse.. .

Il m'est très agréable, néanmoins,d'écrire cette préface - et
ceci n'est pas une formule rituelle. Agréable tout d'abord parce qu'il est rare de parrainer une entrée aussi précoce et par conséquent aussi remarquable dans le monde de la publication scientifique. Les travaux que présente ici Elatiana Razafimandibimanana sont ceux d'une jeune chercheure, plus jeune encore lorsqu'elle a engagé ces travaux sur le terrain. Et pour autant ces travaux sont déjà dignes d'être publiés dans cette collection renommée. Cela mérite d'être souligné. Ce qui a permis une maturation précoce de ces talents de chercheure tient probablement pour partie dans ce parcours personnel, exposé en début d'ouvrage, de migrant plurilingue, anglophone et polyfrancophone, entre Madagascar, le Kenya, le Canada / le Québec et la France. Outre la vive sensibilisation aux questions linguistiques que cela peut éveiller (et, pour être plus précis, aux problèmes sociolinguistiques des identités, des normes, des politiques linguistiques éducatives), l' auteure a eu la chance d'y construire ce que j'appelle une «posture méthodologique intérieure / extérieure », celle qui permet au chercheur d'observer les pratiques sociolinguistiques de l'intérieur du groupe tout en conservant un point de vue

1

Philippe Blanchet, Université de Haute Bretagne, Rennes 2.

8

Préface

partiellement extérieur qui garantit comparatisme suffisants.

une distance

et un

Cet ouvrage ne propose aucune révolution théorique, et ce n'est pas son ambition, même si, à sa manière, par sa matière, il contribue à ce repositionnement épistélnologique que propose désormais aux sciences du langage une sociolinguistique critique, comme dit M. Heller, intégrant la complexité des pratiques linguistiques et sociales dans les modalités mêmes de sa pensée (comme nous le souhaitons D. de Robillard et moimême). Ce qui fait la richesse et l'intérêt de cet ouvrage, c'est à mon sens quatre apports: une bonne initiation pratique à la recherche en sociolinguistique, une bonne synthèse sur la situation sociolinguistique actuelle du Québec, des données renouvelées sur cette situation du point de vue des locuteurs eux-mêmes, et enfin des perspectives didactiques quant à l'enseignement du français dans un tel contexte. Ce faisant, il contribue à rendre lisible, en en donnant une certaine lecture, la situation sociolinguistique québécoise, complexe, paradoxale et déroutante, comme toute situation sociolinguistique. En premier lieu, cet ouvrage est à recolnlnander aux étudiants, apprentis-chercheurs en sociolinguistique, parce qu'il est le résultat très explicite d'un travail réussi d'apprentiechercheure. La présentation détaillée, réflexive et transparente de la méthodologie et de ses limites est à ce titre très précieuse. Le plan de l'ouvrage lui-Inême, son contenu, qui associe contexte macro-sociolinguistique et enquêtes microsociolinguistiques, qui met en cOlnplélnentarité aspects quantitatifs et qualitatifs, est un exemple à suivre pour de nombreux mémoires -et même pour des textes plus alnbitieux. Ce travail, deuxièmement, a donné lieu à une vaste collecte de données macro-sociologiques sur la situation linguistique du Québec, à la fois dans son plurilinguisme et dans la diversité de sa francophonie. Ces données ont été intégrées, synthétisées et mises à j our à l'occasion de l'édition du texte. S'ensuit une présentation claire et rigoureuse de la situation, qu'on peut recommander y compris au lecteur non-spécialiste de linguistique.

Préface sur au moins quatre raisons de lire ce livre

9

Les enquêtes menées par l'auteure dans des écoles québécoises, et leurs résultats, constituent une contribution renouvelée à l'analyse de cette situation québécoise, en ce sens qu'on y donne la parole aux jeunes, c'est-à-dire à ceux qui sont porteurs de l'avenir de cette société. La recherche, en intégrant les représentations sociolinguistiques des jeunes francophones québécois, dans leurs rapports à l'anglais, au français standard québécois et standard de France, aux interlangues, montre la riche complexité de la situation, et la subtilité que cela appelle en termes de politique linguistique -l'autre spécialité du Québec avec le sirop d'érable. Mais, tout en intégrant avec raison les représentations, la symbolique, dans la situation et dans son analyse, l'auteure n'en délaisse pas pour autant la description et l'analyse des formes linguistiques elles-mêmes, des pratiques linguistiques concrètes. Des corpus écrits d'élèves font l'objet d'un examen détaillé, et les forllles recueillies sont interprétées en fonction du contexte, en croisant ainsi pratiques et représentations, ce qui constitue une approche globale pertinente et souhaitable. Enfin, quatrième apport, l'auteure tire de ses recherches des propositions d'intervention, des préconisations, sous la forme de pistes didactiques pour l'enseignelllent du français, au Québec ou ailleurs, d'ailleurs... Sans la nommer ainsi, c'est à l'adoption et à la lllise en œuvre d'une didactique « plurinormaliste» que nous SOlllmes invités. Lancée par l'équipe d'Ho Romian et de Ch. Marcellesi dans les années 1970-80, reprise de loin en loin par des sociolinguistes didacticiens jusqu'à aujourd'hui (dont llloi-lllême I), cette maîtrise raisonnée de la variation langagière placée au cœur des compétences linguistiques des élèves, continue à m'apparaître indispensable. Les nouveaux développelllents vers une «didactique du plurilinguisme» ou «. ..de la pluralité linguistique» que l'on observe dans le champ de la didactique « des langues» depuis la fin des années 1990, avec les travaux récents de D. Coste, L. Dabène, V. Castellotti, ou encore D. Moore, fondés sur les analyses sociolinguistiques de situations de pluralité linguistique (autour de l'école de Neuchâtel et du Réseau Français de Sociolinguistique), vont

10

Préface

dans le même sens. C'est par conséquent en pleine actualité que s'inscrit la présente contribution. Voici donc quatre bonnes raisons de lire et de faire lire cet ouvrage, raisons auxquelles j'en ajouterais volontiers une cinquième, au risque de troubler un peu la modestie de son auteure: la possibilité d'en transposer la problématique, les méthodes, les résultats et les préconisations à d'autres terrains et d'autres situations comparables. Bien sûr, tout n'y est pas. Chacun des points qui contribuent à rendre compte de l'ensemble de la question pourrait donner lieu à lui seul à un ouvrage entier. Mais qui peut le plus peut le moins. Et si cet ouvrage a également pour effet de donner de bonnes raisons de lire et d'en faire lire d'autres, ce ne sera pas le moindre de ses intérêts. Philippe Blanchet

INTRODUCTION
QUEBECOIS,

GENERALE
1

JE ME SOUVIENS

« J'va chez une amie pour... » « On dit je vais! » « Mais tout le monde ditj'va! » « Peut-être, mais les formes grammaticalelnent correctes sont je vais, tu vas... » « Mais j'ai jamais entendu ça lnoi, même Ines profs ils disent j'va! » Mes premières expériences en français relevaient toujours de telles confusions. Ayant fait mes études primaires en anglais, ce n'est que vers l'âge de Il ans que j'ai comlnencé à apprendre le français au Québec. A la lnaison, je prêtais une oreille attentive à la façon dont mes parents s'exprimaient, puisqu'ils maîtrisaient parfaitement le français. Cependant, aussitôt sortie du cadre familial, je ne me retrouvais plus. Ce que j'entendais à la maison ressemblait peu à ce que je rencontrais à l'extérieur, que ce soit à l'école, à la télé, ou dans la rue. Certes, la prononciation était différente mais il y avait également tout un ensemble de variations et je ne comprenais pas pourquoi il y avait autant d'écart entre ces deux lnilieux qui affichaient pourtant la même langue. Lorsque je ln' adressais à mes parents en reprenant des termes ou expressions entendus à l'école, par exemple, cela donnait toujours lieu à des débats sur la langue. Ce que je disais était tantôt incolnpréhensible, tantôt incorrect. D'un côté, l'on me corrigeait avec des Bescherelles et des dictionnaires à l'appui, tandis que de l'autre, l'on me confrontait aux pratiques langagières locales, adoptées par ce qui me semblait être « tout le monde », sauf mes parents. Dans les deux cas, les jugements s'échangeaient. Pour les uns, le
1 Razafimandimbimanana, Elatiana. UHB, Rennes 2.

12

Introduction

générale

parler des autres « n'est pas du français» puis, d'autre part, le français des autres «n'est pas d'icitte». De plus, l'existence même du français québécois ne semblait jalnais être relnise en question par ses locuteurs puisqu'elle n'a jamais entravé l'intercompréhension entre eux. Outre cette fonction communicative, la diffusion du français québécois assurait également une forte cohésion sociale auprès de la communauté québécoise qui pouvait être identifiée et reconnue en tant que telle. Les formes locales étaient donc fièrement revendiquées, tant à l'oral qu'à l'écrit. D'ailleurs, j'étais encore à l'Ecole Secondaire lors du référenduln sur l'indépendance de la province en 1995. Les sYlnboles nationalistes fleurissaient les fournitures de mes calnarades de classe. Entre autres, on pouvait y lire la devise nationale « Québec, je me souviens» ou le rappel de la« Loi 101 ». Des symboles à l'effigie du drapeau national étaient également prépondérants. Face aux variétés linguistiques qui coexistaient autour de Inoi, la situation du français québécois me paraissait vraiment ambiguë, les pratiques langagières étant étroitement liées aux faits politiques et socioculturels, la prise de parole était forcélnent synonyme de prise de position. En tant qu'apprenant, je devais alors choisir quelle réalisation produire à mon tour: prononcer et employer le vocabulaire correspondant à la France, ou plutôt parler comme la plupart des francophones québécois autour de moi? Choisir les formes à imiter relève d'une décision d'autant plus délicate qu'elle soulève le clivage entre le «correct» et 1'« incorrect», la première notion garantissant souvent une certaine reconnaissance, alors que la deuxième est davantage associée aux sanctions. Soucieuse de pouvoir m'intégrer à ma nouvelle société, c'est tout naturellement que j'ai imité mes camarades de classe en tentant d'acquérir au mieux les propriétés du français québécois. Je pensais effectivement qu'il me serait plus aisé d'assurer une assitnilation au sein de la majorité locale, évitant alors de devoir assumer une différence linguistique. Quelques années après, j'ai à nouveau émigré, cette fois-ci, vers la France où, en plus des différences par rapport au français québécois, j'ai découvert une multitude de

Québécois, je me souviens

13

variations internes avec les éternels débats entre «ce qui est français» ou pas. Malgré les arguments rencontrés, je crois qu'aucune mesure effective ne peut vraiment indiquer la limite exacte entre ce qui est et ce qui n'est pas du « français». Ainsi, en quoi l'énoncé « Il va faire de l'essence» ne serait-il pas du français? Ce sont donc des ambivalences semblables entre les variétés linguistiques qui ont constamlnent fait partie de mon parcours d'apprenant du français, langue étrangère, et qui m'ont quelquefois désorientée lorsqu'il s'agissait de choisir quelle forme adopter. A travers les nombreux changelnents de pays de résidence, j'ai vraiment pris conscience de l'aspect identitaire de la langue. Cette dernière fait fonction d'outil de communication et sert de mode d'expression permettant à l'individu d'afficher son identité. De ce fait, les dimensions psychologiques entrent en jeu car, en étant consciente des impressions données par telle ou telle forme, une personne peut tout à fait choisir lesquelles réaliser et, par conséquent, tenter de contrôler l'image qu'elle projette. Allant de pair avec cette notion identitaire, l'aspect socioculturel est forcément un paramètre déterminant dans l'observation de l'individu et de sa langue. Dix ans après mes premières expériences confrontant le français québécois à celui de la France, les diverses remarques jaugeant le degré de « francité » des uns et des autres, ou encore la qualité du français pratiqué, ne lne selnblent plus aussi pertinentes. En effet, je pense qu'elles sont avant tout liées aux interprétations individuelles de l'observateur. Selon les repères qu'il a eus, telle forme sera alors reconnue ou au contraire, rejetée. Cependant, cela devient davantage subtil lorsque les références elles-mêmes ne sont pas reconnues, voire non acceptées. Dès lors, il me paraissait intéressant d'appréhender les variations linguistiques par rapport à la question de la norme. De plus, placée dans un contexte socioculturel précis, l'étude de cette opposition pouvait surtout perlnettre une meilleure connaissance des locuteurs eux-mêmes. L'objectif est donc d'aller au-delà du simple constat, de tenter d'expliquer les phénomènes observés en faisant des différences une base

14

Introduction

générale

constructive, en tant que moteur d'échanges interculturels. Compte tenu des expériences liées au Québec ainsi que de la spécificité de cette province nord-américaine, le choix géographique s'imposait. Outre la lnotivation personnelle, je pense que plusieurs généralisations réductrices demeurent, malgré les nombreux échanges entre les communautés québécoise et française. Chaque cOlnmunauté détient effectivement des représentations biaisées concernant l'autre, notamment à travers les images véhiculées par les stéréotypes, caricatures, etc. A partir de la France, une remise en cause de ces perceptions implique donc le choix du point de vue suivant: nous savons ce que nous pensons du français québécois, mais qu'en pensent les locuteurs eux-mêmes? Egalement, la délimitation de l'objet d'étude à celle des jeunes scolarisés résulte autant d'une inspiration personnelle que de leur intérêt en tant que représentants de la dynalnique à venir. De manière générale, sans tenir compte de l'époque, «la langue des jeunes» est souvent perçue avec un regard réprobateur par la société correspondante. Dès lors, il paraît intéressant de baser l'observation du français québécois tel qu'il est pratiqué chez les jeunes scolarisés. Ainsi, COlnmentse révèlent les réalisations qui leur sont propres? Quels sont leurs lnodèles de référence? Puis, surtout, comment perçoivent-ils les variétés de la langue française? Privilégier le contexte éducatif permet d'aborder la question de la norme et de l'apprentissage ainsi que celle des conventions d'écriture, grâce à des analyses approfondies sur cette forme. Le champs d'étude étant axé autour d'un contexte précis, ce travail de recherche présente une opportunité de réflexion quant à la valeur identitaire du français québécois, particulièrement sous sa forme écrite, chez les élèves. Dans ce sens, il n'est pas seulement question d'observer le comportement verbal mais également celui d'ordre scriptural; bref, l'attitude générale d'un groupe social défini par rapport à sa propre langue. L'étude des variations de la langue associe ainsi l'intérêt linguistique au sociologique à travers l'analyse de l'enquête effectuée sur le terrain. Avant de pouvoir analyser ces données, une première partie expose, de lnanière générale, les caractéristiques démographique, politique et culturelle afin de

Québécois, je me souviens

15

présenter les propriétés qui marquent la société québécoise en tant que telle. Cela permet aussi de découvrir ses habitudes linguistiques et donc, de comprendre les particularités qui y sont liées. Suite à cette première partie factuelle, la deuxième porte réellement sur l'enquête sous ses divers aspects: méthodologiques, sociolinguistiques et didactiques.

PARTIE 1

LA SITUATION LINGUISTIQUE

Introduction La plus importante communauté francophone de l'Amérique du Nord est regroupée au Québec. Pourtant, elle est largement minoritaire puisqu'elle ne représente qu'à peine 25 % de la totalité de la population canadienne. En effet, le Canada peut présenter le français comme langue dominante ou dominée selon les facteurs pris en compte. Cette ambiguïté n'est que la première d'une longue liste parlni les caractéristiques de cette communauté linguistique. Une mise en contexte s'avère d'autant plus nécessaire que le français au Québec est lié à un environnement aux caractéristiques nord-américaines tout en étant indissociable aux zones francophones périphériques. Les observations sur la société québécoise suscitent beaucoup de réactions, mais elle est trop souvent cible de généralisations. Ainsi, les Québécois seraient tous bilingues, ou encore, ils parleraient davantage l'anglais que le français. Il est vrai que l'anglais symbolise à la fois un attrait et une menace pour le français au Québec. Acquérir la maîtrise de cette langue est souvent un atout, par exemple, pour le francophone montréalais à la recherche d'un elnploi. En contrepartie, ce critère d'embauche est également signe de la perte progressive du pouvoir francophone. Le français est réellement au centre de nombreuses influences dans sa variété québécoise d'où les polémiques qui y sont liées. Les faits et les chiffres, quant à eux, sont rarement équivoques. Les enquêtes de terrain ont pris fin en juin 2002, l'ensemble des faits contextuels présente donc la réalité démographique, politique et culturelle du français au Québec, telle qu'observée avant cette période. D'où trois chapitres exposant les diverses données au sein desquelles cette langue évolue. Sauf indication contraire, toutes les statistiques proviennent des trois principales sources suivantes: Statistique Canada, l'Office de la Langue Française et le Centre Interdisciplinaire de Recherche sur les activités langagières.

CHAPITRE 1
LANGUE ET POPULATION

1. Le français, langue maternelle
La vie des locuteurs et celle de la langue étant indissociables, il est essentiel de présenter diverses données démographiques. D'abord, divers aspects « délnolinguistiques » seront traités, puis, les caractéristiques du français en tant que deuxième langue, et finalement, ceux du français en tant que langue étrangère. Ce sont précisément des données statistiques qui permettront d'établir le profil linguistique des Québécois. Une première comparaison entre les pourcentages de la population de langue maternelle française pour l'ensemble du Canada et ceux pour le Québec, permet de comprendre la double position de cette communauté en tant que Ininoritaire et majoritaire. Ces données ont été obtenues à partir de cartes démographiques et linguistiques consultables sur le site de Ressources naturelles, Canada}. Lorsque l'on aborde la question de la langue maternelle au Québec, il est également question de méthode de classification en groupes linguistiques, des types d'usage de la langue et de la vitalité de la communauté linguistique. 1.1. Les groupes linguistiques Les principales communautés linguistiques du Québec peuvent être divisées en fonction de la variable «langue maternelle », tel qu'opéré par les recensements démographiques de l'organisme Statistiques Canada.
1

Données du recensement de 1996. Atlas national du Canada. URL: [http://www.atlas.gc.ca]. Mise en ligne: Inars 2002.

20

Partie 1 - La situation linguistique

Premièrement, les Québécois de langue maternelle française représentent une forte majorité, soit environ 82 % de francophones. Cependant, la proportion de francophones au sein de la population totale n'a pas connu de variations signifiantes au cours des dernières décennies. D'ailleurs, le pourcentage de ce premier groupe linguistique a cessé d'augmenter dans la région métropolitaine de Montréal depuis 1986. Une certaine stabilité est également valable pour la population anglophone qui est principalelllent concentrée dans la métropole de Montréal. Toutefois, ce deuxième groupe linguistique ne représente qu'environ 9 % de la population du Québec. A l'inverse des deux premiers groupes, le pourcentage des allophones est en constante hausse depuis 1951. Il faut tout de même tenir compte de l'hétérogénéité de ce groupe. De par sa définition, il regroupe les populations autochtones et immigrantes qui ont toutes deux une langue lllaternelle autre que le français ou l'anglais. Or, les autochtones ne représentent que 1 % de la population québécoise. Par conséquent, les caractéristiques du groupe des allophones reflètent surtout celles des imllligrants. Les allophones forlllent ainsi une entité composite constituée de plus d'une trentaine de nationalités. Les premières langues maternelles représentées au Québec sont, en ordre décroissant: l'italien, l' espagno l, l'arabe, le grec, le chinois et le portugais. Pour l'enselllble du Québec, les allophones forment environ Il % de la population. Une proportion certes minoritaire face aux francophones, mais il faut prendre en compte leur répartition sur le territoire. La quasi-totalité des immigrants québécois se concentre dans la grande région de Montréal, où près de 93 % d'entre eux s'y installent. Enfin, une minorité de 2,16 % des Québécois peut former un quatrième groupe linguistique, au profil bilingue. Ici, il est question de divers types de bilinguisllle, non uniquelllent le bilinguisme français-anglais. Bien qu'en nOlllbre croissant, cette population est souvent assÏ1llilée à l'un des trois autres groupes en fonction des différents critères de catégorisation. Néanmoins, le taux des bilingues français-anglais augmente en fonction de l'intérêt pragmatique de l'anglais. Cette nécessité

Chapitre 1 - Langue et population

21

influence inévitablement la part du français en tant que langue d'usage et langue de travail. Dans la réalité, quelle est la limite de la domination de la langue française? 1.2. Le quotidien Le français, langue maternelle de la plupart des Québécois, est également la langue d'usage la plus fréquente dans la province. En effet, le français est la langue parlée à la maison par environ 83 % de sa population. Cependant, des études sur l'évolution des pourcentages de la population selon la langue parlée à la maison ne prévoient pas le maintien de cette majorité francophone dans toutes les autres régions. Selon les estimations, les francophones devraient être minoritaires dans 1'lIe de Montréal à partir de 20 Il. La réalité montréalaise révèle effectivement une baisse sensible depuis plusieurs décennies, la proportion de francophones est passée de 61,5 % en 1971 à 52,8 % en 1996. Les allophones, quant à eux, dépassent actuellement les anglophones, soit 29 % des montréalais. Une évolution que les études prévoient d'ailleurs pour l'ensemble de la province. Aujourd'hui, la langue française prime néanmoins sur l'anglais dans la vie privée de la majorité des Québécois. La stabilité du nombre de locuteurs du français, langue l11aternelle à 80 %, paraît toutefois hypothétique. L'évolution démographique n'est pas le seul facteur qui provoque cette remise en cause, il y a également le contact inévitable et quotidien avec l'anglais, d'où les notions de diglossie et d'interférences. Les deux langues sont sujettes à des variations linguistiques; toutefois, dans ce contexte, le français présente les modifications les plus visibles et les plus nOl11breuses. Par ailleurs, le nombre croissant d'allophones et de polyglottes introduit l'idée du multilinguisme. Il est certain que les immigrants allophones doivent apprendre au l110ins l'une des deux langues principales afin de s'intégrer à leur nouvelle société. Si le choix se fait plus souvent en faveur de l'anglais, la position dominante de la langue française se trouverait alors compromise. Il faut toutefois relativiser l'impact du contact avec l'anglais et l'augmentation du nombre d'allophones, deux facteurs qui représentent surtout des sources d'influences quant

22

Partie 1 - La situation linguistique

à la variété du français au Québec. Bien qu'ils puissent lTIodifier la langue dans sa forme, ils ne lTIettentpas en danger l'existence même de la langue. De plus, la proximité géographique avec des communautés anglophones ainsi que le nombre croissant d'immigrants allophones peuvent favoriser la diversification et l'enrichissement des populations concernées. Un autre aspect démographique est davantage inquiétant. 1.3. Le renouvellement des générations Si la vitalité d'une langue vivante dépend avant tout du nombre de ses locuteurs, le français au Québec doit faire face à un problème critique puisque l'ensemble du Québec connaît une crise démographique. Le plus préoccupant pour les démographes porte donc sur l'aspect quantitatif de la population. Au Canada, 90 % des francophones sont concentrés au Québec, c'est dire si la survie des francophones n'est pas intrinsèquement liée à celle des habitants du Québecl. Ces derniers représentent moins d'un quart de la population du Canada, soit 7 138 795 locuteurs sur un total de 28 846 761. Cette proportion évolue en défaveur des Québécois dont le taux de natalité est aujourd'hui l'un des plus faibles en Occident. Le poids démographique des francophones canadiens se voit ainsi limité de deux manières principales: géographiquement, autour du Québec et numériquement, par rapport au déficit du renouvellement des générations. Des limites politiques et financières sont alors engendrées, amplifiant ainsi la fragilité de la situation du français au Québec. Dans une certaine mesure, le nombre croissant de locuteurs anglophones ou allophones à l'intérieur de la province restreint le pouvoir des locuteurs francophones. Toutefois, tous les groupes linguistiques du Québec présentent un indice de fécondité inférieur au seuil de renouvellement des générations (2,1).

1

Cartes démographiqueset linguistiquesconsultables sur le site urI:
[http://www.atlas.gc.ca]. Ressources naturelles, Canada. Cartes établies à partir des données du recensement de 1996 par l'Atlas national du Canada. Mise en ligne: mars 2002

Chapitre 1 - Langue et population

23

C'est véritablement l'ensemble des Québécois qui est concerné. Le seuil minimal requis de renouvellement des populations est donc de 2,1 ; or, depuis les années 70, l'indice synthétique de fécondité des francophones et des anglophones est seulement de 1,5. Chez les allophones, l'indice est légèrement supérieur, soit 1,8 ; mais il reste également en deçà du seuil de renouvellelnent des générations. A titre de comparaison, l'indice était d'environ 4,2 de 1956 à 1961 au Québec. Le problème touche particulièrement les francophones pour qui la situation devient alarmante, notalnment à Montréal où le poids démographique et économique des allophones ne cesse de croître. La chute du nombre de locuteurs français paraît également préoccupante étant donné l'isolement de cette communauté en Amérique du Nord. L'accueil constant d'un nombre élevé d'immigrants vise notamment à combler cette faiblesse démographique. L'intégration des nouveaux arrivants se fait cependant de manière inégale. La répartition géographique déséquilibrée ainsi que .les choix linguistiques agissent souvent au profit de la communauté anglophone. La domination de la langue française au Québec se trouve désormais nuancée. Outre le problèlne de la dénatalité des francophones, la première langue maternelle du Québec subit la concurrence sévère de l'anglais. Les exigences professionnelles octroient souvent la primauté à l'anglais, par conséquent, le français y figure surtout comme langue seconde. 2. Le français, langue seconde

La tendance à la hausse du bilinguisme au Québec concerne surtout le français et l'anglais. Ce phénomène n'a cependant pas lieu dans toutes les classes sociales, voyons d'abord qui est concerné et dans quels contextes. Quelles en sont les principales motivations? Puis, dans le rapport de domination entre les deux langues, comment se font les transferts linguistiques?

24

Partie 1 - La situation linguistique

2.1. Le bilinguisme: qui et quand? Presque 40 % des Québécois se disent bilingues françaisanglais, parmi eux, une part importante appartient à la population active. La concentration des bilingues dans l'Île de Montréal en est la parfaite illustration. En effet, 60 % des francophones de Montréal se disent bilingues contre seulement 36 % en dehors de la métropole. Néanmoins, le nombre de bilingues est clairement à la hausse puisqu'en 5 ans, ce pourcentage a augmenté de 5 points. Une évolution qui n'est pas surprenante étant donné l'éminence de l'anglais dans le monde du travail, que ce soit à l'échelle provinciale, nationale ou internationale. Au Québec, les exigences socioprofessionnelles comprennent systélnatiquement la connaissance de cette langue. D'une part, l'anglais est présent dans les communications externes avec les autres provinces et pays, notamment avec les Etats-Unis qui y jouent un rôle majeur en tant que principal partenaire éconolnique. Langue de cette grande puissance, l'anglais s'impose égalelnent dans tous les domaines liés à la technologie, la science, la grande consommation et la culture médiatique. D'autre part, cette langue existe dans les communications internes aux milieux social et professionnel, surtout lorsque l'on prend en considération le pouvoir socio-économique des anglophones. Dans la zone urbaine de Montréal, par exemple, le Canadien francophone avait un revenu de 35 % inférieur à celui d'un anglophone en 1965. Aujourd'hui encore, les francophones unilingues sont derrière les autres groupes linguistiques. Certes, les francophones bilingues présentent les Ineilleurs revenus, mais ils sont suivis de près par les anglophones bilingues, puis par les anglophones unilingues. Autre particularité, le bilinguislne est plus fréquent chez les anglophones (70 %) et allophones (61 %) que chez les francophones (60 %). Ceci peut être expliqué par la sousreprésentation numérique des anglophones au Québec. Etant minoritaires, ils doivent effectivement acquérir la langue de la majorité afin de s'intégrer à la vie sociale de la province. La part signifiante du français en tant que langue d'usage a été