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Grammaire du mashi

De
175 pages
Le mashi est une langue bantoue parlée en République Démocratique du Congo dans la province du sud Kivu. Le nombre de locuteurs, estimé à 5000 en 1975 a certainement doublé, voire triplé en 30 ans dans cette région la plus peuplée du pays. Cette langue constitue un moyen de communication intra-ethnique, familiale, des masses populaires les moins scolarisées et les moins urbanisées. Par elles passent les relations entre l'administration locale et la population.
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Grammaire du mashi





© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56828-0
EAN : 9782296568280 Constantin Bashi Murhi-Orhakube





Grammaire du mashi

Phonologie, morphologie,
mots grammaticaux et lexicaux
















Hommage à :
- Mgr Cleire (+)

(Pour avoir été pionnier dans la diffusion du Mashi : sa
Grammaire mashi date de 1955)


- Madame Louise Polak-Bynon

(Pour sa thèse : A shi grammar. Surface structures and
generative phonology of Bantu language, Musée Royal de
l’Afrique Centrale, Tervuren, Belgique, Annales, Série IN -
8°, Sciences Humaines, n° 86, 1975)



Abréviations et sigles
init. initial
nég. négatif
TM marque de temps ou marqueur temporel
AdM marque additionnelle ou marqueur additionnel
OPr préfixe objet
rad. radical
suf. suffixe
préfin. préfinale
fin. finale
post-fin. post-finale
PPr préfixe pronominal
PN préfixe nominal
Psf Pronom faible sujet
Pfo faible objet
IO infixe-objet
PA préfixe-adjectif
PV préfixe verbal
v. voyelle
rap. rapprochement
n. nom
adj. adjectif
tradit. traditionnel
péj. péjoratif
adv. adverbe
les chiffres (1, 2,…) indiquent les classes anat. anatomie
qch. quelque chose
Epr préfixe numéral
cl. classe
Pcl Préfixe classe
suf. suffixe
LPr préfixe locatif
litt. littéralement
prov. proverbe
ton haut bas
< vient de
> donne, devient



8
POIntroduction
Le mashi ou shi est une langue bantoue, de la zone
linguistique J53. Elle est parlée en République Démocratique
du Congo, par environ 1.000.000 de locuteurs. Elle n’a pas
un statut officiel, comme c’est le cas pour toutes les autres
langues congolaises. Le français est la seule langue officielle
du pays. Les langues congolaises sont dites « langues
nationales », « langues tribales ou ethniques », selon qu’elles
sont de large diffusion sur le territoire national ou limitées à
un certain nombre de tribus et ethnies. Le mashi n’a pas non
plus été beaucoup décrit. Quelques études existent, notam-
ment la thèse de Polak-Bynon, L., 1975, A shi grammar.
Surface structures and generative phonology of Bantu
language.Beaucoup de travaux de fin de cycle et mémoires
de licence existent aussi dans les différentes institutions supé-
rieures et universitaires du pays.
La thèse de Polak-Bynon (1975) nous a servi de référence,
pour la morphologie verbale et nominale, et pour établir des
tableaux des mots grammaticaux fléchis. Les travaux de Y.
Bastin sur les langues de la zone interlacustre des pays de
1grands lacs , groupe de langues auquel appartient le mashi,
nous ont permis d’enrichir nos connaissances sur l’augment,
les classes nominales et locatives.
2Ceux de Claire Grégoire sur les locatifs en Bantou nous
ont permis de préciser le traitement qu’en fait Polak-Bynon
(1975) pour le mashi. Maniacky Jacky nous a fait connaître la

1 Bastin, Y. la zone interlacustre : la zone J (manuscrit).
2 Grégoire, Cl., 1975, Les locatifs en Bantou. thèse de Philippson, G. sur les tons dans les langues bantoues
3d’Afrique orientale qui contient une discussion de ce que dit
4L. Polak-Bynon sur le système tonal shi. L’Atlas
5linguistique sur le Congo nous a permis d’enrichir nos
connaissances sur les langues et les dialectes du Congo.
6L’ouvrage collectif les langues africaines nous a été utile par
les études de phonologie et de morphologie de langues
bantoues qu’il contient, langues dont il fait ressortir les
caractéristiques communes, notamment en ce qui concerne le
système tonal, le système des classes nominales, et la
dérivation verbale.
Comme toute langue bantoue, le mashi a une morphologie
extrêmement riche. Par exemple, les différentes formes
fléchies d’un verbe peuvent correspondre à des mots très
différents en français : kubóna, « voir »; kubónána, forme
réciproque, « se rencontrer » ; kubónéésa, forme causative,
« indiquer », etc. Ces verbes sont d’un emploi très fréquent.
Les noms ont un système de classes nominales, qui
commande l’accord. Par contre, un adjectif s’accorde selon la
classe du nom, par exemple pour -káli, « méchant » : múkázi
múkáli, femme méchante ; kábwá kákáli, chien méchant.
Les mots fléchis grammaticaux posent aussi une série de
problèmes pour lesquels les solutions adoptées devront être
discutées dans ce travail, relativement à d’autres choix qui
ont pu être effectués par Hoste (1985).
Nous développerons d’abord quelques éléments sociolin-
guistiques qui permettent de situer le mashi. Pour les
éléments linguistiques, nous avons présenté le système

3 Philippson, G., 1991, sur le système tonal. Nous avons également pris
connaissance du livre de D. Creissels, D., 1994.
4 Nous remercions Maniacky Jacky, avec qui avons eu diverses discussions sur les
tons.
5 Atlas linguistique de l’Afrique Centrale (ALAC), Atlas linguistique du Zaïre
(ALZ), Situation linguistique de l’Afrique centrale, Inventaire préliminaire. Le
Zaïre, 1983.
6 Heine, B. et Nurse, D., 2004.
10 phonologique et les conventions graphiques d’écriture de la
langue, les classes nominales et la morphologie verbale.
Dans le système phonologique shi, la connaissance du
système tonal, par exemple, est nécessaire. Le choix de cet
élément est d’autant plus important que son omission
occasionnerait des contresens. Il suffit, pour s’en convaincre,
d’omettre le ton sur kugera pour ne plus savoir si ce verbe
signifie « passer » ou « mesurer ». Seul le ton permet de
marquer le sens de deux verbes. Avec le ton haut, [kugéra]
signifie « passer » ; avec le ton bas (qui n’est pas marqué
dans ce travail ; seul le ton haut est indiqué) [kugera] signifie
« mesurer ».
Présenter le système vocalique et consonantique constitue
aussi un choix délibéré à cause du rapport évident entre un
phonème et sa graphie : comment, en mashi, tel mot (graphie)
se prononce-t-il ? Comment tel son (phonème) s’écrit-il ? Or
la nomenclature renferme ces deux aspects : chaque mot a
une représentation phonétique et graphique.
Dans le système morphologique shi, comme dans celui des
autres langues bantoues, le choix de présenter les classes
nominales et la dérivation verbale se justifie par le fait que les
préfixes de classes sont indissociables des noms et des
verbes. Or ces deux catégories grammaticales constituent la
grande partie des entrées de la nomenclature du dictionnaire.
Comme pour les tons, il suffit d’une simple omission de la
marque de classe pour qu’il y ait une ambiguïté de sens. Le
mot músóle, par exemple, peut donner lieu à un « nom
propre » ou un « adjectif ». Le seul élément qui permet de
faire la distinction, c’est la marque de classe. Le mot músóle
est un nom propre, lorsqu’il est de la classe 1a (singulier :
Musole) et de la classe 2a (pluriel : Ba Musole), il doit
commencer par une majuscule, Musole. Lorsqu’il est de la
classe 3 (singulier : musole) et classe 4 (pluriel : misole), le
mot músóle est un adjectif ; il doit commencer par une
minuscule.
11 La dérivation verbale est complexe, parce que dans les
langues bantoues il y a beaucoup d’affixes verbaux.
Certaines formes sont irrégulières, et le sens du verbe affixé
n’est pas toujours prédictible.
Nous rendons un vibrant hommage à Monseigneur Cleire
qui nous a laissé l’ouvrage Grammaire mashi datant de1955,
et à Madame Louise Polak-Bynon pour son travail A shi
grammar : surface structures and generative phonology of a
bantu language, thèse de doctorat, 1975
Mgr Cleire a le mérite d’avoir été le premier, bien qu’en
amateur, à fournir un document écrit sur la grammaire shi. La
plupart des informations qu’il donne dans son ouvrage lui
viennent de ses informateurs, locuteurs natifs et vivant au
Bushi (territoire des Bashi, locuteurs du mashi). Ce document
constitue un outil de travail utile comme le souligne mieux
Madame Polak :

“ [...] The shi grammar written by Mgr. Cleire is a
remarkable achievement, well above the average standard of
missionary studies.
Monseigneur Cleire (who died in 1968) was a white
Father missionary in Bushi for over thirty years, mostly at the
Nyangezi mission. From A. Burssens’field report (1952) it
appears that the shi grammar – written in Dutch – was
completed before 1947. The dutch version is not available,
and the french translation, which was not his own work, is
dated 1955. Its densely typed ninety-two pages are crammed
with useful information, and everyday sentences are given as
examples. Tone is not treated, and there are no tone notations.
This is not deliberate policy, but the author was not equipped
for this task, although he was aware of the existence of a
complex tone system. Another shortcoming of this grammar
is that the notation of vowel length is not always reliable:
longs vowels are accented except where predictable, but this
is not exclicit enough.
12 Half of Cleire’s grammar is devoted to the verb, which he
rightly considered as “le moyen d’expression principal en
mashi”. He shows remarkable insight on more than one point,
and devised a system of verb tenses based on the perfective
vs imperfective oppositions, rather than on our time
divisions, which he felt to be inadequate. His attempt was not
wholly successful, owing to his disregard of vowel length
and tone: there are confusion between tenses, and the relative
conjugation is missed out together. Cleire gives only two
tenses for the general negative conjugation, although many
more distinctions can actually be made. For the copula –li,
‘be’, he says thre are only two tenses, and gives the form bali
(with subject prefix class 2) for both the ‘perfect’ (‘they
were’) and the ‘not yet terminated’ (‘they are’); with vowel
length and tone we distinguish three forms: bàli (present),
bàali (recent past), and báalì (remote past). This does not take
away that a lot of valuable information is given, even on very
complex matters such as the perfective final, compound verb
forms, derived verbs, defective, monosyllabic verbs… In the
non-verbal chapters extensive lists are given of, for instance,
demonstratives and personal pronouns; the are also a great
many adverbial expressions, exclamations, etc.
One feels that Cleire was carried away by his subject, and
went far beyond the requisites of a course for beginners; it is
a pity that his work was never properly published […]” (7-8)

La grammaire du mashi que nous présentons développe les
points suivants : phonologie, morphologie, mots gramma-
ticaux et lexicaux.

13 Chapitre 1.

Présentation géographique et sociologique
1.1. LOCALISATION ET CLASSIFICATION
Le mashi est une langue bantoue, parlée en République
Démocratique du Congo (ex-Zaïre), à l’est, dans la province
du Sud-Kivu, par les Bashi, habitant le Bushi, région dans
laquelle est située la ville de Bukavu qui longe le lac Kivu.
Le terme mashi est une appellation locale et populaire,
tandis que le terme shi est une terminologie linguistique et
littéraire. C’est sous ce mot shi, qu’elle est classée, comme le
signale Polak-Bynon (1975 :5) successivement sous le sigle
D53 de Guthrie (1948 et 1970), repris par Bryam (1959), et
sous le sigle J53 par l’équipe linguistique de Tervuren.
Ce terme shi s’emploie aussi comme adjectif pour
désigner l’ « appartenance à la tribu » des Bashi : par
exemple, les femmes shi, la tribu shi. Cet emploi reste rare,
voire très rare. Dans ce travail, néanmoins, pour différencier
l’adjectif du nom, le terme shi désignera l’adjectif, et le terme
mashi désignera le nom de la langue.
Le nombre de locuteurs, estimé à 500.000 en 1975 (Polak-
Bynon, 1975 :3) a certainement doublé, voire triplé, en trente
ans. En référence à la forte croissance démographique dans
cette région, l’une de plus peuplées du pays (plus de 100
2habitants au km ), ce chiffre peut être estimé actuellement à
un million de locuteurs, mais cela reste une simple estimation
faute de statistiques démographiques. 1.2. LE MASHI ET SES DIALECTES
Il y a toute une série de dialectes shi qui, malheureusement
n’ont jamais fait l’objet d’études hormis quelques références
dans l’Atlas linguistique du Zaïre (1983) et l’ouvrage de
Polak-Bynon (1975) : « The variety of Shi described here is
that of the region around Kabare, and is generally considered
‘the best’. The Ngweshe dialect differs very little from that of
Kabare, and since there appears to be little variations from
hill to hill, our description covers in fact the whole central
region of Bushi. North and south of this there are more
diverging dialects, especially in Karhana, which is strongly
influenced by Havu. During my stay in Kivu I was able to
check that there are no actual social dialects (even if there are
minor differences between, for instance, the speech of men
and women), and that the recorded data corresponds to
general usage. ». (Polak-Bynon, 1975: 6-7).
Tout locuteur natif confirmera effectivement cette analyse
de Polak-Bynon : en effet, il n’y a pas de différence majeure
entre le mashi de Kabare et celui de Ngweshe, même si celui
de Kabare a toujours été considéré comme le meilleur parler.
Sans doute pour des raisons historiques : avant la scission, il
n’y avait qu’un seul mwami (roi) et un seul bwami (royaume)
et son siège était à Kabare. Après la scission, il y eut deux
bami (deux rois : celui de Kabare, et celui de Ngweshe) et
deux mami (deux royaumes : l’un à Kabare, l’autre à
Ngweshe). Kabare ayant eu cette préséance d’une longue
tradition culturelle et linguistique de la cour, cette
caractéristique de « meilleur parler » peut être lui attribuée.
Mais, depuis lors, les choses ont changé : cette scission date
de plusieurs siècles. Actuellement, cette différence entre ces
deux parlers est difficilement perceptible, pour ne pas dire
tout simplement inexistante.
Il est vrai aussi, comme le dit Polak-Bynon, que plus on
s’éloigne du centre vers le nord ou vers le sud, plus les écarts,
les différences s’observent. Malheureusement, Polak-Bynon
16 n’a relevé que la situation du nord, c’est-à-dire, le mashi de
Karhana, fortement influencé par la langue Havu.
Elle n’a pas fait allusion aux dialectes du sud, de loin plus
nombreux (máhwínjáhwínja, mázíbázíba, márhínyírhínyi) ni
aux deux autres dialectes du nord (málínjálínja,
máróngérónge).
Bien qu’elle n’ait pas signalé nommément ces dialectes du
sud, on repère cependant sur sa carte administrative du Bushi
(Polak-Bynon, 1975 : 6) les noms de localités Kaziba,
Luhwinja et Burhinyi ; Nindja et Kalonge n’y figurent pas.
Ces différences dialectales, dit-elle encore, qu’elles vien-
nent du nord ou du sud, n’affectent pas tellement l’usage
commun du mashi entre tous les locuteurs shi. D’une manière
générale, en effet, tout locuteur natif, ou tout observateur
avisé, notera une proportion considérable de traits communs
entre ces dialectes ; il observera néanmoins des divergences
importantes dans la prononciation, et dans le vocabulaire.
Quant à la différence entre le parler des femmes et celui
des hommes dont parle aussi Polak-Bynon, aucun locuteur
natif ne peut la confirmer.
Les auteurs de l’Atlas linguistique du Zaïre (1983 :36) ont
retenu sept parlers locaux ou dialectes du mashi : mahaya (=
kihaya), málínjálínja (= kílínjálínja), máróngérónge (=
kíróngérónge), máhwínjáhwínja (= kíhwínjáhwínja),
máshúgíshúgi, mázíbázíba (= kízíbázíba), márhínyírhínyi (=
kírhínyírhínyi).
Les auteurs de l’Atlas linguistique du Zaïre (1983 :36) ont ashi : maháya (=
kiháya), málínjálínja (= kílínjálínja), máróngérónge (=
kíróngérónge), mahwínjáhwínja (= kíhwínjáhwínja),
máshúgíshúgi, mázíbázíba (= kízíbázíba), márhínyírhínyi (=
kírhínyírhínyi).
Ces appellations entre parenthèses, kiháya, kílínjálínja,
kíróngérónge, kíhwínjáhwínja, kízíbázíba, et kírhínyírhínyi, ne
sont pas correctes : le mashi n’a pas de préfixe nominal ki-.
17