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Grammaire explicative du Gotique

De
348 pages
Cet ouvrage présente la langue des Goths en intégrant les progrès linguistiques des dernières décennies. Il renouvelle entièrement la syntaxe et aborde pour la première fois en gotique les faits d'énonciation. Le gotique jouant pour les langues germaniques le même rôle que le latin pour les langues romanes, l'ouvrage s'adresse d'abord aux spécialistes des langues germaniques actuelles.
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Cet ouvrage reprend le fambeau des Cours de gotique de Ferdinand de
eSaussure à Paris (E.P.H.E.) à la fn du 19 siècle et renouvelle le Manuel
de la langue gotique (1942) de Fernand Mossé, dont la seconde édition (1956)
est épuisée.
Il présente la langue des Goths en intégrant les progrès linguistiques des
dernières décennies. Il renouvelle entièrement la syntaxe et aborde pour la
première fois en gotique les faits d’énonciation (déictiques, modalisateurs et
particules illocutoires).
Le gotique jouant pour les langues germaniques (anglais, allemand,
langues scandinaves) le même rôle que le latin pour les langues romanes,
l’ouvrage s’adresse d’abord aux spécialistes des langues germaniques
actuelles. Il concerne aussi les indo-européanistes (latin, grec, sanskrit, hittite
notamment) et, de manière générale, tous ceux dont l’intérêt est centré sur
les langues naturelles (linguistes, psychologues, sociologues) ou pour qui la
connaissance des langues est indispensable (historiens, ethnologues).
André Rousseau, Professeur émérite de linguistique, a effectué la
dernière partie de sa carrière à l’université Charles-de-Gaulle (Lille-3).
Vice-Président pour la Recherche, il fonda et dirigea le Labo SELOEN
(J.E. 2498). Ses publications se situent en syntaxe générale et en typologie
(La transitivité, L’énoncé réféchi, La coordination ). Il est aussi l’un des
rares spécialistes français des langues germaniques anciennes et notamment
du gotique, qu’il a étudié dans sa thèse d’État et dans ses séminaires à
Bordeaux-3 et à Lille-3. Il est actuellement membre du Labo LDI (UMR
7187) à l’université de Paris-13.
Illustration de couverture librement inspirée
du Notre Père tel qu’il fgure dans la Bible
gotique (Mt. 6, 9-13).
ISBN : 978-2-336-00526-3
35 e
Gra MMa Ir E Ex PLICat Iv E du Got Iqu E
a ndré rou SSEau
skeireins razdos gutviudos (Skeireins razdōs Gutþiudōs)



















Grammaire explicative du gotique

skeireins razdos gutviudos

(Skeireins razd s Gutþiud s)

??Bibliothèque KUBABA (sélection)

Série Grammaire et linguistique
DOROTHÉE, Stéphane : À l’origine du signe, le latin signum
FRUYT, M. / VAN LAER, Sophie (éds.) : Adverbes et évolution linguistique
en latin
THIBAULT, André (éd.), Gallicismes et théorie de l’emprunt linguistique
NADJO, Léon, La composition nominale. Etudes de linguistique latine,
Textes réunis par F. Guillaumont et D. Roussel
NADJO, Léon, Du latin au français d’Afrique noire, Textes réunis par
F. Guillaumont et D. Roussel
MOUSSY, Claude, Synonymie et antonymie en latin
SPEVAK, Olga (éd.), Le syntagme nominal en latin. Nouvelles contributions
ROESCH, Sophie (éd.), Prier dans la Rome antique. Etudes lexicales
FRUYT, Michèle et SPEVAK, Olga (éds.), La quantification en latin
BRACHET, Jean-Paul, FRUYT, Michèle et LECAUDE, Peggy (éds.),
Les adverbes latins : syntaxe et sémantique
THIBAULT, André (éd.), Le français dans les Antilles : études linguistiques
CHRISTOL, Alain et SPEVAK, Olga (éds.), Les évolutions du latin
BIRAUD, Michèle (éd.), (Dis)continuité en linguistique latine et grecque.
Hommage à Chantal Kircher-Durand

Série Antiquité
AUFRÈRE, Sydney H. : Thot Hermès l’Égyptien
BRIQUEL, Dominique : Le Forum brûle
FREU, Jacques : Histoire du Mitanni
MAZOYER, Michel (éd.) : Homère et l’Anatolie
M, Michel : Télipinu, le dieu au marécage
PIRART, Éric : Georges Dumézil face aux démons iraniens
P, Éric : Guerriers d’Iran
PIRARTL’Aphrodite iranienne
P, Éric : L’éloge mazdéen de l’ivresse
SERGENT, Bernard : L’Atlantide et la mythologie grecque
STERCKX, Claude : Les mutilations des ennemis chez les Celtes préchrétiens

Les Hittites et leur histoire
FREU, Jacques / MAZOYER, Michel, en coll. avec Isabelle KLOCK-
FONTANILLE : Des origines à la fin de l’ancien royaume
hittite : Les Hittites et leur histoire, vol. 1
FREUAZOYER, Michel : Les débuts du nouvel empire hittite :
Les Hittites et leur histoire, vol. 2
FREU, Jacques / MAZOYER, Michel : L’apogée du nouvel empire hittite,
vol. 3
FREUAZOYER, Michel : Le déclin et la chute du nouvel empire
ehittite, vol. 4 (2 édition)
Collection KUBABA
Série « Grammaire et linguistique »
dirigée par Michèle Fruyt et Michel Mazoyer



André ROUSSEAU






Grammaire explicative du gotique

skeireins razdos gutviudos

(Skeireins razd s Gutþiud s)







Centre Alfred ERNOUT Association KUBABA
E.A. 4080 Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) 12, Place du Panthéon
28, rue Serpente, 75006-Paris 75231-Paris CEDEX 05


??Illustration de couverture librement inspirée du Notre Père
tel qu’il figure dans la Bible gotique (Mt. 6, 9-13)
Maquette et illustration : Jean-Michel LARTIGAUD

Cahiers KUBABA
Directeur de publication : Michel Mazoyer
Directeur scientifique : Jorge Pérez Rey

Comité de rédaction
Trésorière : Christine Gaulme
Colloques : Jesús Martínez Dorronsorro
Relations publiques : Annie Tchernychev
Directrice du Comité de lecture : Annick Touchard

Ingénieur informatique :
Patrick Habersack (macpaddy@free.fr)

Avec la collaboration artistique de Jean-Michel Lartigaud
et Vladimir Tchernychev

Comité scientifique de la série Grammaire et linguistique :
Marie-José Béguelin, Bernard Bortolussi, Michèle Fruyt,
Anna Giacalone-Ramat, Maria Jimenez, Isebaert Lambert,
Michel Mazoyer, Anna Orlandini, Dennis Pardee, Eric Pirart,
Paolo Poccetti, Paolo Ramat, André Thibault,
Christian Touratier, Sophie Van Laer, Roger Wright

Ce volume a été imprimé par
© Association KUBABA, Paris

© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00526-3
EAN : 9782336005263
Je dédie cet ouvrage à Jean FOURQUET (1899-2001), mon maître, qui
em’a initié au gotique dès 1960 dans son séminaire de 3 Cycle à la Sorbonne,
et conjointement à Jules Raymond ROUSSEAU (1904-1979), mon père, qui
a guidé mes premiers pas en allemand et m’a donné le goût des langues
1germaniques.

J’exprime toute ma gratitude à Michèle FRUYT et à Michel MAZOYER,
collègues et amis, qui ont accueilli cette grammaire dans la série Grammaire
et Linguistique de la collection KUBABA chez L’Harmattan.

1 Tous les deux sont anciens élèves du Collège de l’Arc à Dole (Jura).
PRÉSENTATION
1Cet ouvrage se veut une description entièrement nouvelle de la
grammaire du gotique, dans la mesure où les grammaires existantes, qu’elles
3-4soient allemandes comme celles de W. Streitberg ( 1910) ou de W. Krause
2 2( 1963), qu’elles soient françaises comme celle de F. Mossé ( 1956), offrent
toutes une présentation largement obsolète ou périmée – par rapport à l’état
actuel des recherches linguistiques et aussi par rapport aux nouvelles
acquisitions en linguistique des langues indo-européennes anciennes.
La nouveauté du présent ouvrage concerne tous les grands chapitres
d’une langue : la phonologie, déjà initiée par Jean Fourquet (1899-2001),
notre maître ; la morphologie, susceptible d’une interprétation sémantique, et
surtout la syntaxe, où de très grands progrès ont été réalisés au cours des
dernières décennies, et également l’énonciation, qui s’ouvre à l’étude
spécifique des faits ou éléments exprimant la présence du locuteur ou du
narrateur. Le lexique a donné lieu à un examen assez étendu, portant à la fois
sur son organisation interne, ses rapports avec la syntaxe et sur ses relations
externes avec la civilisation des Goths.
Précisément, alors que, dans toutes les grammaires antérieures portant sur
le gotique, l’accent était mis sur la phonologie et la morphologie et leur
évolution, étudiées en détail et avec minutie depuis les formes postulées en
indo-européen, l’ouvrage présenté ici s’est donné pour ambition première
une description précise des structures syntaxiques et sémantiques de la
langue et une compréhension plus poussée de ses mécanismes. Ainsi, pour
prendre un ou deux exemples, les chapitres sur l’étude des fonctions de sa,
sur la description de la négation et sur l’examen détaillé de l’énoncé
complexe permettent enfin de pénétrer dans les ressorts intimes d’une
syntaxe à orientation résolument sémantique.
Notre volonté de renouveau est allée très loin : nous avons fait place à des
interprétations personnelles, à des analyses originales, parfois à des
hypothèses, qui ne sont pas (ou pas encore) unanimement reconnues mais
qui permettent souvent de proposer des solutions avantageuses pour des
questions très délicates. Ainsi, l’ouvrage donne non seulement une image
des nouveaux acquis pour la grammaire du gotique, mais indique aussi des
pistes de réflexion et de recherche dont certaines pourraient s’avérer
fécondes à l’avenir.

1 Daniel Petit (ENS Ulm) a bien voulu accepter la tâche ingrate de relire une version
antérieure ; qu’il soit ici remercié pour ses remarques et suggestions, même si nous
n’avons pas toujours adopté son point de vue dans la version définitive.
9Nous avons également pensé que les deux Cours sur la grammaire
gotique dispensés à Paris par F. de Saussure à l’Ecole des Hautes-Etudes
(= E.P.H.E.) il y a un siècle n’ont presque rien perdu de leur actualité et sont
en outre d’une lecture agréable : dans ces conditions, comme ils seront
bientôt disponibles dans une édition commentée pour le lecteur, celui-ci
pourra y puiser toutes les informations nécessaires à sa réflexion, concernant
notamment les questions de phonologie, de morphologie, voire
d’étymologie.
Les limites restrictives inévitables imposées à ce type d’ouvrage
n’autorisent guère de présenter la grammaire détaillée et complète d’une
langue, qu’elle soit vivante ou éteinte. Nous avons fait deux choix : d’un
côté, insister sur les caractéristiques essentielles de cette langue, qu’il
s’agisse d’archaïsmes ou de faits typologiquement importants plutôt que
rechercher systématiquement une exhaustivité toujours fuyante ; de l’autre,
renvoyer le lecteur à nos publications antérieures ou proches, qu’il s’agisse
de notre Thèse d’État (1983) ou d’un recueil achevé (GOTICA), regroupant
les plus importants de nos différents articles sur le gotique – d’accès souvent
difficile car disséminés dans différentes revues ou divers Actes de colloques
quand ils ont été publiés.
Le but clairement assigné à cette grammaire tient en peu de mots :
Le gotique tel qu’en lui-même enfin !

André ROUSSEAU
2Paris, 2012


P.S. J’ai une dette particulière envers Marie-Ange JULIA, professeur de
Lettres Supérieures au Lycée Henri IV, qui a bien voulu consacrer une partie
de ses vacances à la relecture de l’ensemble de cette grammaire et me
signaler, avec toute sa compétence, les imperfections, surtout matérielles, qui
lui apparaissaient au fil des chapitres de cet ouvrage et auxquelles j’ai pu
ensuite remédier. Qu’il me soit permis de lui exprimer ici toute ma gratitude.


2 Pratiquement à l’heure où cet ouvrage va être mis sous presse, je découvre par
hasard qu’une nouvelle grammaire du gotique vient de sortir en Allemagne, chez
Carl Winter (Heidelberg). L’ouvrage est le suivant : Michail L. Kotin, GOTISCH.
Im (diachronischen und typologischen) Vergleich. Heidelberg, Universitätsverlag
Winter. 2012, 553 pages. ABRÉVIATIONS ET SIGNES
1) grammaire

abl. ablatif Ms, Mss manuscrit(s)
acc. accusatif N. neutre
A.c.I. Accusativus cum néerl. néerlandais
Infinitivo nord. nordique
adj. adjectif opt. optatif
adv. adverbe part. I participe I (ou cursif)
all. allemand (moderne) part. II participe II (ou accompli)
art. article pass. passé
bret. breton pers. personne
celt. celtique perf.-prés. perfecto-présent
cons. consonne, consonantique p.-g. proto-germanique
déf. défini p.-n. proto-norrois
dém. démonstratif pl. pluriel
F., fém. féminin prép. préposition
fb. faible prés. présent
fr. français prét. prétérit
ft. fort red. redoublement
F.V.P. 1) forme verbale run. runique
personnelle ; 2) forme verbale sing. singulier
périphrastique skr. sanskrit
G., gén. génitif tr. transitif
gall. gallois v voyelle brève
g. c. germanique commun v voyelle longue
germ. germanique voyelle nasalisée
got. gotique V verbe
gr. grec V fb verbe faible
hitt. hittite V ft verbe fort
i.-e. indo-européen V.M. verbe de modalité
ind. indicatif v. a. vieil-anglais
inf. infinitif véd. védique
instr. instrumental vha. vieux-haut-allemand
intr. intransitif v. irl. vieil-irlandais
irrég. irrégulier v. isl. vieil-islandais
J.-C. Jésus-Christ v. nor. vieux-norrois
lat. latin voc. vocatif
lit. lituanien v. sax. vieux-saxon
M.,masc. masculin v. sl. vieux-slave


11
?DER2) Bible gotique

èreC.A. Codex Argenteus Th 1 Epître aux
Mt Evangile de Matthieu Thessaloniciens
èmeJ Evangile de Jean Th 2 Epître aux
L Evangile de Luc
èreMc Evangile Marc Ti 1 Epître à Timothée
èmeR Epître aux Romains Ti 2 Epître à Timothée
èreK 1 Epître aux Corinthiens Tit Epître à Tite
èmeK 2 Epître aux Phil Epître à Philémon
Corinthiens Néh. Néhémie (Ancien
E Epître aux Ephésiens Testament)
G Epître aux Galates Sk Skeireins (explication de
Ph Epître aux Philippiens l’Evangile de Jean)
C Epître aux Colossiens



3) Bibliographie

B.S.L. Bulletin de la Société de M.L.G. Manuel de la Langue
Linguistique (Paris) Gotique (Mossé)
K.Z. Kuhns Zeitschrift
( = Zeitschrift für G.E.B. Gotisches Elementarbuch
vergleichende (Streitberg)
Sprachforschung)




4) Représentations

< ….. > notation graphique
[ ….. ] phonétique
/……/ notation phonologique
… >…. devient par évolution, aboutit à
… < … vient par évolution de
*…. indique que cette forme n’est pas attestée ou est reconstruite.
1. INTRODUCTION GÉNÉRALE
1.1. LE GERMANIQUE PARMI LES LANGUES INDO-EUROPÉENNES
Si l’origine géographique des Indo-Européens et donc de leurs langues
fait encore l’objet d’âpres discussions entre scientifiques, partagés entre
deux thèses radicalement opposées : les uns (école allemande et britannique)
situent le berceau des Indo-Européens quelque part au Nord de l’Europe, les
autres, notamment T.V. Gamkrelidze et V.V. Ivanov, favorables à
l’« hypothèse migrationniste », défendent l’idée d’un déplacement progressif
3de l’est vers l’ouest , la famille germanique, représentant un rameau de cet
indo-européen, ne semble pas être directement soumise à ces querelles,
même si de nombreuses questions restent encore non résolues.
1.1.1. Le germanique rameau de l’indo-européen
Les langues appartenant à la grande famille indo-européenne représentent
en nombre de locuteurs moins de la moitié de la population mondiale, soit
2,5 milliards d’individus. Les langues d’origine germanique, avec plus de
800 millions de locuteurs, occupent la seconde position, après l’indo-aryen ;
en Europe, elles couvrent une aire linguistique très étendue, à côté des
langues romanes et des langues slaves.
Le germanique possède ses lettres de noblesse : il est un des héritiers des
langues indo-européennes, qui ont fasciné de tout temps les linguistes et qui
sont directement à l’origine de la naissance de la grammaire historique et
comparée, après l’abandon de l’illusion de l’hébreu comme langue-mère.
Si toutes les langues romanes sont directement issues du latin et l’on peut
suivre leur évolution à toutes les étapes de leur développement, la situation
est très différente pour les langues germaniques, qui sont inégalement
attestées et surtout à des dates très espacées dans le temps. Un fait reste
important : le gotique joue auprès des langues germaniques et scandinaves
modernes (anglais, allemand, néerlandais, suédois, danois, islandais,
norvégien) le même rôle mutatis mutandis que celui exercé par le latin à
l’égard des langues romanes modernes (français, italien, espagnol, portugais,
roumain, etc.).
Un nombre important de langues germaniques anciennes, dont seule
l’existence est connue, n’a laissé aucun témoignage écrit : c’est le cas du
langobard (ou lombard) appartenant au groupe westique et de la plupart des

3 Il faut reconnaître que les deux hypothèses ne sont peut-être pas aussi
inconciliables qu’il y paraît.
13langues du groupe oriental (vandale, burgonde, rugien, hérule), à l’exception
e edu gotique, attesté depuis le 3 siècle av. J.-C. jusqu’au 4 siècle après J.-C.,
et même bien au-delà (gotique de Crimée).
Les grandes attestations se situent dans les premiers siècles de notre ère
e e e(Bible gotique au 4 siècle) ; mais il faudra ensuite attendre le 8 ou 9 siècle
pour trouver des échantillons de vieil-anglais, vieux-haut-allemand, vieux-
esaxon, le 12 siècle pour le vieil-islandais, sans parler du vieux-frison
e 4(13 siècle) : ce vide béant de quatre à cinq siècles, ou même davantage,
concerne une période importante, au cours de laquelle les langues ont subi
des évolutions décisives, phonologiques comme la gémination westique et la
seconde mutation consonantique, et syntaxiques comme le développement
du système verbal et la genèse d’un groupe nominal avec la naissance de
l’article.
1.1.2. La division des langues germaniques
Question délicate s’il en est ! Le problème de la classification des langues
germaniques a reçu des réponses différentes selon les époques :
1) la tripartition est ancienne, se trouvant déjà chez Tacite ; elle figure
chez A. Schleicher (1861), reprise ensuite par W. Streitberg (1896) et par H.
Hirt (1931-1934) ; elle consiste à distinguer trois groupes : nordique, ostique
(= gotique) et westique. Elle semble d’ailleurs fondée sur des critères de bon
sens : il est sûr que les langues scandinaves ont vécu une évolution
spécifique ; il est clair également que le gotique a suivi ses propres voies
(division entre Wisigoths et Ostrogoths ; période orientale puis occidentale,
avant sa disparition totale) ; reste alors ce qu’il est convenu d’appeler le
« westique » : dans quelle mesure forme-t-il une unité ? C’est la question à
laquelle a cherché à répondre Fr. Maurer (1952).
2) Friedrich Maurer avait proposé dès 1943 une division en cinq groupes
fondée sur des critères à la fois de civilisation et de langue : 1) les Germains
du nord en Scandinavie ; 2) les Germains de la Mer du Nord (Frisons,
Angles Saxons) ; 3) les Germains de la Weser et du Rhin (principalement les
Francs) ; 4) les Germains de l’Elbe (parmi lesquels Langobards, Bajuvars et
Alamans) ; 5) les Germains de l’Oder et de la Weichsel (les Goths et les
autres tribus). Selon Th. Frings, la tripartition du westique se retrouve dans
les dénominations habituelles : néerlandais, bas-allemand et haut-allemand.
En fait, c’est un problème récurrent à rebondissements continuels selon
que l’on privilégie l’une ou l’autre hypothèse. Comme l’ont très bien montré
Ernst Schwarz (1951) et d’autres auteurs, des traits communs permettent de
regrouper deux à deux n’importe quelles branches de la tripartition
traditionnelle : nordique + gotique ; nordique + westique ou gotique +
westique. On peut alors proposer de remplacer la tripartition traditionnelle

4 On parle de ‘große Lücke’ « grand vide » !
14par une dichotomie ancienne, comme l’ont fait E. Schwarz (1951) et W.P.
Lehmann (1966) en distinguant westique et germanique du nord-est. La
situation globale donne à penser qu’il existe une autre interprétation des
faits : ces points communs ne signifient pas la condamnation de la division
ternaire, car ils ne lui pas contraires ; à notre avis, ils manifestent seulement
des traces de l’unité première avant l’apparition de développements séparés.
Notre interprétation consiste à considérer le germanique ancien comme
un vaste ensemble dialectal, initialement indivis, dans lequel, au cours du
temps et au gré des migrations et des mouvements de populations, se sont
maintenus des traits communs et créées des différenciations.
Un signe semble révélateur à cet égard : les runes et l’écriture runique ont
été utilisées pour noter les plus anciennes inscriptions à la fois de langue
proto-norroise et de langue gotique ; elles seront même employées plus tard
pour le westique.
1.1.3. Un germanique antique et un germanique médiéval
La morphologie des langues germaniques anciennes est encore présentée
comme un bloc monolithique dans les manuels des comparatistes ; nous
pensons qu’il y a lieu de distinguer deux, voire trois couches chronologiques
dans ces langues : 1) celles correspondant au « germanique antique », ainsi
dénommé à la suite de l’historien Henri-Irénée Marrou (1904-1977), qui a
créé la notion d’« antiquité tardive », représenté par des inscriptions en pré-
enorrois et en gotique (à partir du 3 ou second siècle avant J.-C.), puis par la
etraduction de la Bible au milieu du 4 siècle sous l’égide de Wulfila et par
quelques textes postérieurs, comme des actes de ventes (got.
frabauhtab kos) ; 2) celles appartenant au « germanique médiéval », celui
du Haut Moyen Age, représenté par différentes langues attestées pour
e ecertaines dès le 8 /9 siècle, dont les principales sont le vieux-haut-allemand,
le vieil-anglais, le vieux-saxon, le vieil-islandais, offrant principalement
deux types de textes : des traductions ou compositions libres de littérature
édifiante en prose ; des poésies héroïques d’origine plus ancienne (Beowulf,
Hildebrandslied, etc.) ; 3) enfin, un germanique tardif, attesté seulement par
ele vieux-frison au 13 siècle.
Le gotique occupe plus spécifiquement la position d’une langue
charnière, idéalement placée entre les langues indo-européennes anciennes et
les langues de la Germania au Haut Moyen Age. Cette langue offre un
double témoignage : ce « chantier en ruines » conserve de nombreux
vestiges de l’indo-européen (la chaîne des particules dont la première est
tonique et la seconde enclitique, atone ; une flexion spécifique des déictiques
spatiaux en ‘cas locaux’ ; les traces de l’émergence du féminin ; la double
flexion de l’adjectif ; les verbes ‘perfecto-présents’, etc.) ; mais c’est aussi
un « chantier en construction » offrant de nombreuses innovations (la
première mutation consonantique ; la loi de Verner ; l’organisation du verbe
15
?‘fort’ en séries apophoniques ; la position nouvelle de certaines particules ;
le développement des préverbes, etc.).
1.2. QUELQUES REPÈRES HISTORIQUES SUR LES GOTHS
Le gotique est la plus ancienne des langues germaniques à être attestée,
notamment par des inscriptions de langue gotique : parmi celles-ci, celle
figurant sur le casque B de Negau, qui – selon les datations les plus récentes
e– remonterait au 3 siècle av. J.-C. : < hari asti teiwa > « au dieu Harigast ».
1.2.1. Entrée dans l’histoire
Le mot « Germani » apparaît pour la première fois chez César (Gall. 2,4),
ertout comme « Germania » (Gall. 4,4) au milieu du 1 siècle avant J-C dans
ses récits de campagnes. Après que le voyage de Pythée de Marseille eut
signalé leur existence dès 340 avant J.-C., des écrivains latins et grecs ont
évoqué à leur tour le monde des Germains : Strabon en 18 ; Pline l’Ancien
vers 79 ; Tacite dans la Germanie en 98 et Ptolémée en 150. Ces auteurs ont
cité des mots germaniques : alces (all. Elch « élan »), ûrus (all. Auerochs
« auroch ») chez César ; ganta (all. Gans « oie »), sâpo (all. Seife « savon »)
chez Pline ; harpa (all. Harfe « harpe ») et leudus (all. Lied « chant ») chez
Vénance Fortunat, évêque de Poitiers.
Les peuples germaniques peuvent se définir comme un ensemble de
tribus ayant eu un passé commun, consigné en partie dans la mythologie
germanique, mais sans avoir nécessairement entre elles de liens stables ;
elles occupaient vers le milieu du premier millénaire av. J.-C. le sud de la
péninsule scandinave. Le nom Scand navia (ou Sc d navia), attesté deux
fois chez Pline (Histoire naturelle), a comme étymologie probable *skaþin
« danger » + *awj « île » ; Jordanès, de son côté, dans son Histoire des
Goths cite Scandza, qui pourrait avoir fourni l’origine du nom de la ville de
Gda sk (< *Gothi-Scandza).
1.2.2. Les peuples germaniques et leur localisation
Deux critères essentiels permettent de tenter de situer le berceau des
peuples germaniques : en faisant appel à des critères historiques (fouilles,
sépultures, habitat, etc.), « on identifie volontiers à la culture germanique
primitive une certaine civilisation de la phase récente de l’âge du Bronze qui,
à partir d’un foyer en Scandinavie méridionale, commence à essaimer sur la
côte entre Oder et Weser. Puis on suit l’extension de cette civilisation à
travers la grande plaine européenne : vers 1000 avant J.-C. elle s’étend de
l’Ems à la Poméranie centrale ; vers 800, elle atteint la Westphalie à l’ouest
et la Vistule à l’est ; vers 500, elle aborde le Rhin inférieur, la Thuringe, la
16
???$?5Basse-Silésie. » ; en se fondant sur des critères linguistiques, notamment le
vocabulaire commun à plusieurs familles issues de l’indo-européen, on
constate des emprunts dans les deux sens, c’est-à-dire faits par les Germains
à d’autres langues ou faits par d’autres langues au germanique ; cela permet
de mieux localiser l’aire linguistique germanique et ses déplacements.
1. Des emprunts au germanique ont été faits par les Lapons et les Finnois au
nord ; ils représentent la forme la plus archaïque du germanique : finnois
kuningas « prêtre » en face de v. isl. konungr, vha. chuning, v. a. cyning,
v. sax. kuning ; finnois rengas « anneau » en face de v. isl. hringr, vha.
6(h)ring, v. a. et v. sax. hring ; finnois äiti « mère » et got. aiþei « id. » ;
finnois taika « magie » et got. taikn « signe » ; finnois kana « poule » et
got. hana « coq » ; finnois pelto « champ » et vha., v. sax. feld « id. » ;
finnois leipä « pain » et got. hlaifs « id. ».
2. Plus au sud, les contacts ont existé entre Germains et Italiques à l’âge du
eBronze (3 et second millénaire avant J.-C.) ; ils sont illustrés par un mot
identique pour le « bronze » : lat. aes et got. aiz. Italique et germanique
présentent un certain nombre de formes identiques dans le lexique et
même en morphologie, toutes antérieures à la première mutation
consonantique : lat. tacere « se taire » et got. þahan « id. » ; lat. far, farris
« blé, froment » et got. barizeins « préparé à partir d’orge » ; lat. haedus
« bélier » et got. gaits « chèvre ». Des correspondances surprenantes
existent pour le vocalisme de parfait : lat. edo, dimus et got. itan, tum ;
lat. sedeo, s dimus et got. sitan, s tum. Les Germains ont emprunté de
nombreux termes aux Italiques : lat. ulmus « orme », v. isl. almr ; lat.
7aqua, got. a#a « eau » ; lat. saxum « rocher » et vha. sahs « épée » ; lat.
crates « haie, tresse », got. haurds « porte tressée ».
3. De même, d’autres contacts se sont noués entre Germains et Celtes à l’âge
erdu Fer (1 millénaire avant J.-C.), concrétisés par un même mot pour le
« fer » : gaulois îsarno et got. eisarn, sans rapport par exemple avec lat.
ferrum. Les principaux emprunts sont : gaulois ambactus « serviteur »,
got. andbahts ; v. irl. oeth, got. aiþs « serment » ; celt. sep- « suivre »,
got. siponeis « disciple » ; v. irl. lethar, vha. lëdar « cuir » ; gaulois
celicnon « tour », got. kelikn « id. », etc.
4. Il n’est même pas exclu qu’il ait pu exister une aire linguistique commune
italique/celtique/germanique, qui serait identifiée par des items communs
pour certains mots, comme : lat. mentum « menton », gall. mant
«mâchoire», got. munþs « bouche », etc.

5 L. Musset, Encyclopaedia Universalis (1969 : tome 10, pp. 411-414)
6 Ce mot a été certainement commun à l’ombrien et au germ.: ombr. cringato
« bretelle ».
7 Ce qui peut faire penser à l’âge de la pierre.
17
????5. A la même époque, il y a eu des contacts entre Germains, Baltes et Slaves,
après le retrait des Venètes, comme en témoigne la formation de certains
numéraux : got. ainlif « onze », twalif « douze » et lit. vienúolika
8« onze », dvýlika « douze » ; got. þusundi et lit. t kstantis « mille ».
Le vocabulaire permet de contrôler et de confirmer les données de
l’histoire et de l’archéologie.
1.2.3. Les Goths
Ils appartiennent à la branche orientale du germanique dans la
classification traditionnelle, qui distingue westique, nordique et ostique. Les
Goths, qui représentent le seul peuple germanique dont nous ayons à la fois
une histoire (Jordanès), des témoignages écrits et une traduction de la Bible,
ont sillonné l’Europe entière : de la Baltique à la Méditerranée en passant par
la Mer Noire. Leur histoire reste mal connue, sauf à partir de leurs relations
avec l’empire romain ; Cassiodore (485-578), chancelier de Théodoric le
Grand (454-526), avait écrit de son côté une Histoire des Goths,
emalheureusement perdue, mais dont Jordanès (né au début du 6 siècle),
Ostrogoth d’origine, a fabriqué vers 551/2 un abrégé rapide, mais
irremplaçable, sous le titre De origine actibusque Getarum, connu comme
Getica. Voici les principaux moments à retenir de l’histoire mouvementée
des Goths en utilisant certes avec prudence Jordanès, mais aussi d’autres
ouvrages (Ludwig Schmitt, Torsten Karsten et surtout Herwig Wolfram).
Selon une tradition populaire rapportée par Jordanès, les Goths partis par
bateaux de Scandza ou Scandia (forme abrégée de Sca(n)dinavia « péninsule
scandinave ») auraient débarqué dans le delta de la Vistule, chassant les
occupants précédents (Ulmérugiens et Vandales) et séjournant là jusqu’au
emilieu du 2 siècle ap. J.-C. (selon les témoignages concordants de Tacite,
Germania 43 et de Ptolémée III 5 20). Vers 150, le roi Filimer décide une
migration vers le sud-est. Leur trajet, laissant des traces identifiables aux
types de sépultures, traverse les marais du Pripet et les steppes de l’Ukraine
et les conduit finalement en 238 sur les bords de la Mer Noire.
Sous l’influence des anciens occupants iraniens, les Goths deviennent
alors des cavaliers semi-nomades et adoptent la cotte de mailles (got. brunj
« cuirasse »). Soit ils s’installent dans la région, dans l’empire romain, en
Asie Mineure, au nord du Danube et en Dacie (en 257), soit ils s’engagent
comme mercenaires dans l’armée romaine. Les Goths restés sur place
fondent alors sur les deux rives du Dniestr un vaste empire, celui
d’Ermanaric († vers 375), qui s’étend du Don à l’embouchure du Danube.

8 Ces formes signifient littéralement « un/deux de reste » et témoignent d’une
numération décimale par rapport à une numération duodécimale antérieure.
18
??Leurs relations avec l’Empire furent profitables : après des raids et des
razzias maritimes, ils forcèrent le Bosphore en 257-8 et ils emmenèrent un
groupe important de captifs cappadociens (dont la famille de Wulfila), qui
furent des médiateurs entre la culture grecque et le monde germanique.
Le Dniepr, frontière naturelle, sépare les Goths en deux grandes tribus : à
l’est, les Ostrogoths (Austrogoti ou Greutungi) et à l’ouest, les Wisigoths
(Visi puis Visigoti ou Tervingi). Si le sens des derniers composés est assez
clair : Tervingi signifie « gens de la forêt » et Greutungi « gens de la grève »,
ces désignations sont récentes. En revanche, si Ostrogothi désigne
effectivement les « Goths de l’est », Visigothi ne veut pas dire « Goths de
l’ouest » ; on peut rattacher vesi- ou visi- à i.-e. *uesu- « bon », ce qui
correspondrait à « Goths sages (ou : nobles) », mais cette désignation reste
9assez obscure.
Après la victoire romaine en 332, un foedus, respecté pendant trente cinq
ans, s’établit avec les Wisigoths et cette stabilité permit des échanges de
civilisation et la progression de la christianisation. La société gothique, qui
vivait paisiblement jusque-là, fut bouleversée en 375 par l’assaut des Huns :
l’empire ostrogoth s’écroule, une petite partie des Ostrogoths se réfugiant en
Crimée, la grande masse est repoussée sur le Don inférieur. Ermanaric se
suicide et son successeur, Vithimir, est tué au combat. Deux chefs, le Goth
Alatheus et l’Alain Safrac, entraînèrent le peuple vers l’ouest au-delà du
Dniepr puis au-delà du Danube, selon Ammien Marcellin.
A l’automne 376, les Goths demandèrent asile dans l’empire : sous la
direction du Wisigoth Fritigern (†382), la majeure partie s’établit en Thrace ;
l’autre partie, sous la direction d’Athanaric, remonta le Danube et s’établit
dans les Carpates et en Moldavie, sous protectorat hunnique. On leur doit,
pour se protéger des Huns, la construction du vallum de Moldavie du Séret
10au Danube. Si la majorité des Ostrogoths resta au nord du Danube , la
quasi-totalité des Wisigoths passa dans l’empire. Par la suite, les Wisigoths
sous la conduite du Balte Alaric (roi de 395 à 410) traversent l’Italie, mettent
Rome à sac en 410 et continuent sur leur lancée avec Geiséric (roi de 428 à
477), fondant en 418 dans le sud-ouest de la Gaule le royaume de Toulouse.
Ensuite ils envahissent l’Espagne sous le règne d’Euric (466-484). Peu après
cependant, ils sont battus par Clovis à Vouillé (507) et perdent la plus grande
partie de la Gaule. En Espagne, la conversion du roi Récarède au
catholicisme (589) est le signe de la fusion des Goths et des Espagnols ; mais
leur royaume sera finalement détruit par les Maures en 711.
Après la mort d’Attila (453) et l’effondrement de son empire, les
Ostrogoths avaient occupé la Pannonie : à partir de là, Théodoric se lance en

9 Une autre possiblilité serait de rattacher ce mot à i.-e. *uid-to- « qui sait » (cf. angl.
wise et all. weise « intelligent »).
10 Cf. les Gothi minores de Jordanès.
19
?488 à la conquête de l’Italie et bat Odoacre. Deux ans plus tard, il devient le
maître de l’Italie, où il règne jusqu’en 526, ayant établi sa capitale à
Ravenne. Le dernier document gotique d’Italie, un acte de vente signé
précisément à Ravenne, date de 551. Finalement, le général byzantin
Bélisaire met fin en 555 à la domination des Ostrogoths en Italie.
Les Goths ont montré une supériorité militaire incontestable, mais aussi
une grande fragilité dans les royaumes qu’ils ont fondés, faute certainement
de s’appuyer sur une administration et des institutions solides, capables de
gagner le soutien des populations locales et de mieux résister aux assauts
venus de l’extérieur.
1.2.4. Le nom des Goths
Le nom des Goths apparaît, selon les sources et les auteurs, sous deux
formes différentes. Dans les sources les plus anciennes, il est toujours
erreprésenté par un thème en n : chez Strabon (1 siècle av. J.-C.) ;
Gutones chez Pline († 79 ap. J.-C.) ; Got(h)ones chez Tacite (vers 100 ap.
eJ.-C.) ; +*&0" chez Ptolémée (2 siècle ap. J.-C.). Dans les attestations des
langues germaniques, nous rencontrons : got. run. Gutani (gén. pl.) sur le
collier de Pietroassa ; got. gutans (Gutans) ; v. isl. gotna (gén. pl.) ; vieux-
gotlandais Gutnalþing (= Gutna alþing) ; v. a. Gotan ; un toponyme au Tyrol
Gossensaß « colonie des Goths ». Dans les sources grecques et latines plus
tardives, les auteurs utilisent une forme forte : gr. +)2 ; lat. Gothi. Il faut
ajouter le nom du peuple goth dans le Calendrier Got. Gutþiuda, représenté
en v. isl. par Gotþjóð.
Quelle est la signification de « Goths » ? L’étymologie apporte peu
d’éclairage : y a-t-il un lien de leur nom avec la racine i.-e. *geut- « verser »,
got. giutan ? C’est possible : la racine *gaut, qui semble revenir à la fois
dans les noms des Goths, des « Götar » et des « Gutar » indique qu’il y a une
origine commune probable. Le gotique giutan « verser » les définirait
11comme « verseurs (de semence) » d’où « géniteurs » . L’existence d’une
divinité germanique dans la branche ostique, Gaut, correspondrait à Odin
dans la branche nordique et à Wodan dans la branche westique. Ce dieu était
leur dieu géniteur, d’où le sens de « verseur de semence ». De là viendrait le
nom des Goths.
La langue gotique et son alphabet ont été répandus partout où ont
séjourné les Goths et partout où se trouvaient des Goths comme mercenaires
dans les armées romaines (cf. le manuscrit sur papyrus découvert à Antinoë
en Egypte).

11 Ou, éventuellement au sens religieux, « ceux qui versent l’oblation » (D.P.).
20

+ *2 0"Fig. 1 - Les tribulations des populations gothiques
Ostrogoths
Wisigoths


Goths



Ostrogoths
Vouillé
Wisigoths
Toulouse
Crimée


Tolède



Sur cette carte, le gris clair représente à chaque fois les Ostrogoths, en
Russie méridionale et en Italie (royaume de Ravenne), tandis que le gris
foncé symbolise les différents emplacements des Wisigoths (Mésie, région
de Toulouse et royaumes d’Espagne).
1.3. WULFILA ET SON ŒUVRE
En utilisant différentes sources (Philostorge ; Socrate, Sozomène et
Theodoret ; Ammien Marcellin ; Auxence, son disciple, évêque arien de
Durostorum en Mésie), on parvient à retracer les grandes lignes de la carrière
de cet évêque missionnaire, chef spirituel et temporel.

1.3.1. Vie de Wulfila
Descendant par ses grands-parents maternels de Cappadociens enlevés et
entraînés loin de leur patrie (le village cappadocien de Sadagolthina, près de
la ville de Parnasse) par les Goths, qui ravagèrent l’Asie Mineure en 264
sous Valérien (empereur de 253 à 320), Wulfila naquit vers 311 en Gothie,
c’est-à-dire sur les bords de la mer Noire, près des bouches du Danube ; son
nom, got. Wulfila ou Ulfila(s), qui signifie « petit loup, louveteau », indique
que son père était un Goth. S’étant fait remarquer par son intelligence, il
devint lecteur de bonne heure et à l’époque de Constantin (274-337), peut-
être en 336, et il entra dans l’empire romain avec une mission des Goths.
Ayant eu des contacts avec les ariens, et spécialement avec Eusèbe de
Nicomédie, celui-ci l’ordonna évêque missionnaire des Goths au synode
d’Antioche en 341, à l’âge de 30 ans.
21De cette époque doit dater son adhésion à l’arianisme, doctrine selon
laquelle il n’existe pas de consubstantiation du Père et du Christ. Depuis les
années 330-340, le christianisme commençait à se répandre chez les Goths,
sous sa forme arienne. Wulfila avait entrepris très tôt sa mission en Gothie
au nord du Danube, s’employant à convertir et à enseigner son peuple ; mais
7 ou 8 ans plus tard, une première persécution éclatait contre les Goths
chrétiens, faisant de nombreuses victimes. Cette situation obligea Wulfila à
demander asile vers 348-350, avec ses ouailles, en territoire impérial. Avec
une troupe importante de fidèles, les Gothi Minores de Jordanès, il alla
s’établir en Mésie, non loin de Nikopol (Bulgarie), au pied du mont Haemus
et il continua à gouverner comme chef temporel et spirituel. Malgré les
difficultés qui surgirent entre Goths et Romains, Wulfila resta toujours
favorable à l’Empire. En 360, il vint à Constantinople pour participer, sous la
direction de l’arien Akakios, au concile qui semblait assurer le triomphe de
l’arianisme.
12Lorsque le prince goth Fritigern , roi des Wisigoths de 369 à 382, dans
13ses démêlés avec son rival Athanarich , se réfugia en territoire romain et
réussit à l’emporter sur son adversaire avec l’appui de Valens, il fut lui-
même et les siens converti par Wulfila, ce qui eut pour conséquence de
nouvelles et cruelles persécutions de la part d’Athanarich, resté fidèle au
paganisme comme la plupart des chefs goths, à l’égard des Goths devenus
chrétiens entre 369 et 372.
Vers 376, la masse du peuple wisigoth, fuyant devant les Huns, demanda
à l’empereur Valens (328-378, empereur de 364 à 378) à être accueillie à son
tour en terre romaine. L’intervention de Wulfila dans les négociations entre
Goths et Valens est certaine ; sa grande influence facilita leur entrée dans
l’Empire. Même s’ils étaient pour la plupart encore païens, l’évangélisation
progressait rapidement et le prestige personnel de Wulfila a accéléré la
conversion des Goths au christianisme arien, avant que celui-ci ne se
propage par leur entremise à d’autres barbares (Ostrogoths, Gépides, Ruges,
Vandales). La Bible de Wulfila resta partout en usage et elle a même
influencé le vocabulaire religieux en westique.
Après le concile orthodoxe d’Aquileja (septembre 381), Wulfila se rendit
à la cour de l’empereur Théodose à Constantinople pour réclamer la tenue
d’un nouveau concile. L’empereur Théodose, qui régna de 379 à 395, voulait
rétablir l’unité religieuse ; il accepta sa demande et il semble que Wulfila
soit retourné à Constantinople au début de l’année 382 prendre part aux
discussions promises. Mais peu de temps après son arrivée, il eut
connaissance des résistances et des intrigues menées par les orthodoxes. Il
tomba malade et devait décéder peu de temps après, dans la première moitié

12 Got. Friþigairns litt. « désirant la paix ».
13 Got. Aþanareiks « prince noble », † 21 janvier 381.
22de l’année 383, regretté et enterré solennellement par une communauté
chrétienne fort nombreuse. Sur son lit de mort, se trouvait une profession de
foi, traduite en latin par Auxence.
Wulfila avait en effet rédigé un symbole nettement arien, transmis par
son disciple Auxence ; bien qu’il fût un arien convaincu mais modéré, sa
mort lui évita certainement de sérieuses difficultés, car l’empereur n’avait
pas l’intention de tolérer plus longtemps l’hérésie. Mais, chez les peuples
barbares, l’arianisme professé par Wulfila se maintint longtemps après sa
mort.

1.3.2. Activité littéraire
Wulfila connaissait aussi bien le latin et le grec que le gotique et, selon
14Auxence , il a prêché et écrit dans les trois langues ; mais aucun texte à part
la Bible n’est parvenu jusqu’à nous. Son œuvre principale reste donc cette
traduction, qui lui assura une gloire impérissable ; mais il est vraisemblable
qu’il ne l’a pas réalisée tout seul. Comme Wulfila avait été ‘lecteur’dans sa
jeunesse, il était habitué à réciter et à psalmodier les textes sacrés et
également à les traduire en gotique pour les fidèles ignorant le grec. Il était
donc parfaitement préparé à cette entreprise, menée à bien sous son autorité.
Or une traduction écrite nécessitait un outil indispensable qui n’existait pas
encore : un alphabet spécifique pour le gotique. Comme les Goths ne
disposaient que du seul alphabet runique, à fonction essentiellement
épigraphique, il inventa un alphabet « littéraire » comportant 27 signes (cf.
chap. 2.1.). Autres caractéristiques intéressantes de cette traduction : Wulfila
et ses collaborateurs ont souvent adopté des vers avec Stabreim, souvenir
précieux de la poésie germanique allitérante : comme dans atta unsar
Abraham ist « notre père est Abraham » (J 8, 39) ; manwjan fraujin
managein gafahrida « préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (L 1,
17) ; fram andjam airþos und andi himinis « des extrémités de la terre
jusqu’à l’extrémité du ciel » (Mc 13, 27) ; jah berun du imma blindan jah
15bedun ina « et ils amenèrent à lui un aveugle et ils le prièrent » (Mc 8, 22) ;
d’autre part, ils ont créé des ‘figures étymologiques’typiques de l’ancienne
poésie indo-européenne, comme par ex. : wulfos wilwandans « des loups
ravisseurs (dévorants) » (Mt 6, 19 ; L 2, 7) ; ushanþ hunþ « il a emmené des
captifs » (E 4, 16) ; liuhtjai liuhaþ izwar (Mt 5, 16) « que votre lumière
luise » ; siukans sauhtim (L 4, 40) « des malades atteints de maladies » ; ni
huzdaiþ huzda (Mt 6, 19) « n’amassez pas des trésors ».
Selon Chrysostome (vers 350-407), la Bible était lue en langue gotique
et psalmodiée lors des services religieux : peu après Pâques 398-399, il y eut

14 Auxence, évêque de Durostorum, chassé par Théodose en 383, que l’on retrouve
ensuite comme évêque arien de Milan sous le nom d’Auxentius Mercurinus.
15 Cité par Scardigli (1973 : 123s).
23sous son égide dans l’église St Paul à Constantinople un service religieux
avec un prêche en langue gotique et lecture à haute voix de textes sacrés en
gotique.
1.4. L’APPRÉHENSION DE LA LANGUE GOTIQUE
Le gotique est à la fois la langue du germanique antique la plus
anciennement attestée et celle qui s’est le plus tôt éteinte. Même s’il était
devenu moribond dès le Haut Moyen Age, le rayonnement qui avait été le
sien ne laissait pas présager une fin aussi rapide.
Il ne s’est pas seulement épanoui comme langue de la Bible en Mésie à
l’époque de Wulfila ; il a également rayonné partout et à chaque époque où
les Goths vivaient en communauté stable, soit au sein d’un empire, soit dans
certaines garnisons de l’armée romaine, où ils ont continué à pratiquer leur
langue et la Bible gotique, comme l’atteste le document d’Antinoë en Egypte
(appelé « fragment de Gießen »). La grande majorité des manuscrits gotiques
qui nous sont parvenus sont originaires d’Italie et datent vraisemblablement
de l’époque de Théodoric ; le dernier de ces documents, un acte de vente, est
précisément de Ravenne, daté de 551, c’est-à-dire peu avant l’effondrement
consécutif à la défaite de 552.
Les Goths ont beaucoup voyagé, transportant avec eux leur langue, qui a
pu adopter ici ou là quelques mots nouveaux ou influencer les langues des
pays traversés : ainsi, l’adjectif russki « russe », attribué aux habitants de la
région, pourrait provenir d’une racine germanique, encore attestée en v. isl
sous la forme roá « ramer ».
Si le texte de base de notre connaissance du gotique reste naturellement la
traduction de la Bible en gotique, il est nécessaire de citer l’ensemble des
attestations disponibles de cette langue.
1.4.1. Les attestations anciennes
Il y a tout d’abord quelques inscriptions anciennes, notées en caractères
runiques, le futhark ancien (alphabet épigraphique par excellence), mais de
langue gotique :
1. L’inscription la plus ancienne est celle figurant sur le casque B de Negau,
découvert en 1811 parmi 26 casques de bronze à Negau en Styrie
(Autriche), dans une région peuplée avant l’ère chrétienne de Celtes et
d’Illyriens. L’inscription présente quatorze caractères d’un alphabet nord-
étrusque (avec un χ grec qui n’existe pas en étrusque), dont la lecture
probable, de droite à gauche, donnerait : < harigasti teiwa >, soit un
groupe nominal au datif « au dieu Harigast ». La datation la plus récente
econsidère que le casque lui-même serait du 5 siècle avant J.-C., alors que
el’inscription serait postérieure, 3 siècle avant J.-C. Cette inscription, qui
24représente la plus ancienne connue en germanique, fournit un chaînon
intermédiaire entre les alphabets nord-étrusques et le fuþark (voir
reproductions pp. 137 et 138).
2. L’inscription sur le fer de lance, trouvé en 1865 à Dahmsdorf dans le
eBrandebourg, date du 3 siècle de notre ère et comporte cinq caractères
runiques : < ranja >, forme fautive pour *rannja « assaillant », nom
d’agent lié au verbe got. rannjan (causatif de rinnan « courir »).
3. Une autre inscription, figurant elle aussi sur un fer de lance, a été
découverte en 1858 dans un champ à Kowel (en Volhynie, Russie), puis
edéfinitivement perdue en 1945. Datant du 3 siècle, elle comportait huit
caractères (à l’envers) : < tilar ds >, nom d’agent en -r ds (de *r dan
« chevaucher ») précédé du préverbe tila-, marquant le but, la cible. Le
sens est « assaillant (à cheval) ».
4. La dernière inscription ancienne figurait sur un collier d’or trouvé en 1837
à Pietroassa en Valachie (près de Bucarest) perdu en 1916 mais retrouvé
en 1956 (voir reproduction en p. 268). Cette inscription, datant du milieu
edu 4 siècle, présentait quinze runes, dont la lecture la plus probable de
gauche à droite donnait : < gutani (þal) w (h) hailag >, ayant le sens de
« possession héréditaire des Goths sacro-sainte », selon W. Krause.
1.4.2. La Bible gotique
La Bible gotique, dont le Codex Argenteus est le manuscrit principal,
reste le grand texte à notre disposition ; il ne faut pas pourtant négliger
quelques autres manuscrits, comme le ‘fragment de Giessen’ (découvert à
proximité d’Antinoë, Egypte), le Codex Carolinus (à Wolfenbüttel), les
Codices Ambrosiani (à Milan) contenant notamment les épîtres de Paul, et le
Codex Taurinensis à Turin.
La langue utilisée par Wulfila et son équipe dans la traduction de la Bible
reste très proche du germanique primitif, dont nous pouvons avoir une idée
par les emprunts très précoces faits par les langues voisines. On peut
légitimement considérer le gotique, malgré quelques innovations, comme le
e emeilleur témoin existant du germanique ancien. Il a été, du 3 au 7 siècle,
une des grandes véhiculaires du bassin méditerranéen, porté notamment par
les soldats goths au sein des garnisons romaines à différents points du bassin
méditerranéen (cf. le papyrus d’Antinoë) et par les différents empires érigés
par les Goths (Théodoric en Italie, Alaric à Toulouse, royaumes goths en
Espagne).
1.4.3. Les textes mineurs
A cette traduction, dont les fragments subsistants sont largement
suffisants pour être en mesure de décrire cette langue, s’ajoutent quelques
actes mineurs et un calendrier : parmi les textes ‘mineurs’, figurent deux
25
?????actes notariés sur papyrus en latin, dont l’attestation et la signature sont
rédigées en gotique : l’un se trouve à Naples et a été établi à Ravenne en
551 ; il comporte quatre signatures gotiques :
1. † Ik Ufitahari papa ufmelida handau meinai jah andnemum skilliggans ·j·
jah faurþis þairh kawtsjon miþ diakuna Alamoda unsaramma jah miþ
gahlaibaim unsaraim andnemum skillingans .rk. wairþ þize saiwe. « Moi
Ufitahar prêtre ai signé de ma main : nous avons reçu 60 schillings et
auparavant pour la caution avec notre diacre Alamoda et avec nos
compagnons nous avons reçu 120 schillings pour la valeur de ces
terrains ».
2. † Ik Sunjaifriþas diakon « diacre » […]
3. Ik Merila bokareis « scribe » […]
4. Ik Wiljariþ bokareis « scribe » […]
L’autre, datant de la même époque, se trouvait à Arezzo, mais il a
disparu ; on n’en connaît qu’un fac-similé approximatif de 1731, sur lequel
seule la signature du vendeur a été recopiée :
Ik Gudilub ‘dkn’þo frabauhtaboka fram mis gawaurhta þus
‘dkn’Alamoda fidwor unkjane hugsis Kaballarja jah skilliggans .rlg.
andnam jah ufmelida. « Moi Gudilub, diacre, ai fait par moi-même
cet acte de vente pour toi Alamoda, diacre, pour quatre onces de
terrain Caballaria et ai reçu 133 schillings et ai signé. ».
Ces documents attestent que la langue de la Bible gotique était encore en
eusage en Italie au milieu du 6 siècle.
Le ‘calendrier gotique’, qui figure sur l’avant-dernière page du Cod.
Ambr. A dans un martyrologue qui va du 23 octobre au 30 novembre, ne
contient qu’une seule indication précieuse, la forme Gutþiuda, le nom du
« peuple goth », la consonne finale étant un -t en gotique.
1.4.4. La Skeireins
La Skeireins est le texte gotique le plus important après la Bible : ce nom
a été donné par H. F. Maßmann en 1843 à un commentaire portant sur
l’Evangile de Jean, comportant initialement 78 feuillets, mais dont il ne reste
que 8 pages. L’auteur de ce commentaire, qui aurait pu être un texte décisif
pour l’étude de la syntaxe gotique, est inconnu.
1.4.5. Le gotique de Crimée
Le « gotique de Crimée » est le nom donné au vocabulaire et à la
cantilène recueillis par Ogier Ghislain de Busbecq (1522-1591), Flamand
originaire de Bousbecque, lors de ses missions auprès de Soliman le
Magnifique à Constantinople. Envoyé par Charles-Quint puis par les autres
empereurs, il réussit malgré les menaces turques et les dangers encourus à
26rencontrer deux habitants de la Crimée, dont l’un était Goth, mais l’autre
grec d’origine. Busbecq a recueilli, tel un linguiste de terrain, une centaine
de mots incontestablement gotiques et une cantilène où figure le toponyme
16Galizu, qui n’est autre que le nom gotique de l’actuel Ialta. Le témoignage
de Busbecq est fiable : le mot mycha « épée », alors inconnu en gotique, ne
fera partie du got. wulfilien que par un palimpseste découvert à Milan en
1817 (meki E 6, 17), confirmé comme germanique par vieil-isl. maeker et
v. a. mece. Les témoignages de Busbecq ont été publiés dès 1589 à Paris
dans les Turcicae Epistolae Qua tuor (voir reproductions p. 296). Les Goths
17ont réussi à survivre dans des conditions plus que difficiles et précaires en
eCrimée, où leur langue se maintiendra jusqu’à l’extrême fin du 18 siècle !
Mais le gotique s’est éteint très rapidement en Occident ; la cause directe
en est évidemment la disparition brutale du poids politique des Goths, qui ne
ecomptent plus après le 7 siècle.
Certes, on peut faire état, d’après différents témoignages crédibles, de cas
isolés de survivances du gotique : on parlait encore gotique dans la région
toulousaine vers l’an 800 ; les Goti minores en Mésie inférieure, descendants
de la colonie fondée par Wulfila, auraient encore, selon Walahfrid Strabo
e(11 siècle), employé le gotique comme langue d’église à Tomi dans la
Dobroudja ; les Goths de Crimée utilisaient encore le gotique comme langue
edomestique en Crimée selon les relevés faits par Busbecq au 16 siècle. Mais
la langue était malgré tout en voie d’extinction.
1.4.6. Comment appréhender le gotique ?
Il faut se méfier des éditions appelées « normalisées » de la Bible, qui
faussent l’interprétation, à cause d’une ponctuation dite « modernisée » qui
ne répond pas au texte gotique et, parfois, lui est contraire. Le texte grec
placé en regard n’est pas l’original, mais un texte reconstitué par Streitberg
sur le principe du strict « mot-à-mot » à partir de différentes versions
grecques orientales de la Bible. Dans ces conditions, il est nécessaire de
travailler sur manuscrit, comme le conseillait déjà James Marchand : « the
only correct approach is through the manuscript » (1957 : 234).
Le manuscrit principal, contenant d’importantes parties des Evangiles et
des Epîtres pauliniennes, est le ‘Codex Argenteus’: manuscrit luxueux, avec
e edes lettres d’argent sur fond pourpre, datant du 5 ou 6 siècle et provenant
de Ravenne (Italie du Nord), il aurait pu être apporté ensuite à l’abbaye de
Werden par son fondateur, saint Liudger en 799.

16 Cf. Sur les traces de Busbecq et du gotique de Crimée. 1991, p. 158.
17 Cf. ibid. p. 153 note 3.
27
W1.5. LE « CODEX ARGENTEUS »
Le Codex Argenteus (C.A. en abrégé), qui a connu une histoire
mouvementée, se trouve actuellement à la bibliothèque universitaire
d’Uppsala, la Carolina Rediviva, où il est caché dans un endroit tenu secret.
Une seule feuille est présentée sous vitrine de verre au public. Le manuscrit
doit son nom au fait qu’il est écrit en lettres d’argent sur un fond pourpre et
richement orné : cette magnificence a fait penser qu’il pouvait s’agir
éventuellement de la Bible personnelle de Théodoric le Grand (454-526).
eLe C.A. est l’œuvre d’un copiste, vraisemblablement de Ravenne, au 5
e eou 6 siècle, et au 9 siècle, Walahfrid Strabo mentionne la Bible de Wulfila.
Ces textes, tombés peu à peu dans l’oubli, ont été ‘redécouverts’ par des
ehumanistes hollandais du 16 siècle (Georg Cassander, Goropius Becanus,
Bonaventura Vulcanius, etc.). C’est encore en Hollande que paraîtra l’editio
princeps du C.A. par Franciscus Junius en 1665. Mais il faudra attendre le
e19 siècle pour que paraisse une série d’éditions scientifiques, munies pour la
plupart d’appareil critique, de grammaire et de glossaire. Les principales
18sont celles de : von der Gabelentz et Loebe , H. F. Maßmann, E. Bernhardt
eet, au 20 siècle, W. Streitberg.













Fig. 2 - Une page du Codex Argenteus

18 Qui sont également les auteurs d’une grammaire et d’un glossaire.
28Otto von Friesen et Anders Grape en ont procuré en 1927 une édition
photypique sous le titre Codex argenteus upsaliensis jussu Senatus
Universitatis phototypice editus, dont toutes les grandes bibliothèques
possèdent en général un exemplaire.
Dans l’histoire de ce manuscrit ayant voyagé d’Italie du Nord à Werden,
puis à Prague, et enfin à Uppsala, deux périodes restent obscures. Son
origine d’abord : comment est-il passé d’Italie du Nord, là où il a été
e efabriqué et recopié avec le plus grand soin au 5 ou 6 siècle, à l’abbaye de
Werden dans la Ruhr ? Les auteurs sont presque unanimes à supposer que
19c’est Saint Liudger (742-809) qui l’a rapporté de son pèlerinage en Italie
evers la fin du 8 siècle et qu’il a dû transiter d’abord par la Bibliothèque
palatine de Charlemagne, Werden n’étant fondé qu’en 799. Seconde
question : comment a-t-il été transporté de Werden au Hradschin à Prague,
où les Suédois s’en empareront en 1648, à la fin de la guerre de Trente Ans ?
Sur ce second point, les avis sont partagés : certains parlent d’une disparition
inexplicable de l’abbaye de Werden vers 1600 (cf. Rüschen) ; d’autres
pensent que l’abbaye l’aurait offert à l’Empereur (cf. E. Stutz)
enfin soutiennent que les moines l’auraient mis à l’abri à Prague pendant la
guerre de Trente Ans.
La vérité doit tourner autour du fait suivant : des agents de Rodolphe II
(1552-1612, mais empereur de 1576 à 1608) et de son conseiller Richard
Strein (von Schwarzenau) pillaient l’Europe pour remplir les musées du
Hradschin en objets rares et en œuvres d’art. Dès lors, la filière est facile à
reconstituer : Busbecq et Richard Strein ont été ensemble à la Cour
Impériale à Vienne de 1565 à 1570, Busbecq comme préfet de la
Bibliothèque Impériale et Strein comme président de la Chambre Impériale.
Grâce à Busbecq, qui avait mis le gotique à l’honneur, R. Strein était attentif
au Codex Argenteus, qu’il mentionne en 1568, et qu’il a pu « récupérer »
pour l’Empereur entre 1576 et 1600, peut-être même entre 1597 et 1600.
Emporté comme butin par les Suédois à la fin de la guerre de Trente Ans
lors de la prise de Prague en 1648, il a été vendu à plusieurs collectionneurs
(dont Isaac Vossius, le neveu du célèbre Junius) et enfin acheté par le comte
de la Gardie, qui le fit placer dans une reliure d’argent, avant de l’offrir à la
reine Christine, qui en fit don en 1669 à la Bibliothèque d’Uppsala.
Le Codex Argenteus présente un texte en continu, sans séparation entre
les mots, mais avec parfois des coupures matérialisées dans le manuscrit par
deux points < : > ou par un point à mi-hauteur de la ligne < · > : ce
découpage détermine des colas ou groupes rythmiques, car à cette époque la
Bible était récitée et psalmodiée. Ayant été ‘lecteur’ pendant de nombreuses

19 Il était habituel en effet que le fondateur d’une abbaye y dépose un objet précieux
pour le culte.
29années, Wulfila savait parfaitement où il fallait placer dans le manuscrit les
signes marquant les colas, qui correspondaient exactement aux pauses qu’il
devait respecter à l’oral.
Il est évident que les éditions actuelles du C.A. dites ‘normalisées’ tant en
ce qui concerne le découpage en mots que la ponctuation ne respectent
nullement les intentions énonciatives de l’auteur de la traduction, ni les
critères syntaxiques d’alors (notamment en ce qui concerne les relatives).
On peut citer deux exemples précis, dans lesquels Streitberg donne la
ponctuation suivante : akei qimiþ #eila, ei sa#azuh izei usqimiþ izwis,
þuggkeiþ hunsla saljan guda (J 16, 2) « et même l’heure arrive où
quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu » ; qimiþ #eila jah
nu qam, ei distahjada #arjizuh du seinaim (J 16, 32) « l’heure vient et elle
est déjà venue où chacun sera dispersé vers le siens » ; il place à chaque fois
une virgule avant ei, ce qui est certes la norme en allemand moderne, mais
qui va à l’encontre du manuscrit et de l’interprétation de ces deux relatives
comme sélectives. Le second problème concerne la délimitation des mots. Si
le texte du manuscrit se présente comme un continuum, n’est-ce pas que
Wulfila et ses traducteurs ont, pour la première fois, noté un dialecte
uniquement oral ? Ils auraient ainsi marqué seulement des pauses, indiqué
des groupes accentuels, se gardant de tracer les frontières de mots par des
blancs. Comment procéder à ce découpage ? Il existe dans le texte gotique
un signe graphique constant qui indique infailliblement l’initiale de mot :
< i > à l’initiale est noté dans le manuscrit par < ï >, le tréma disparaissant
dès que < i > cesse d’occuper cette position. Pour le reste, il faut s’en
remettre à des démarcatifs phonologiques, tels que la neutralisation de
l’opposition sourde-sonore à la finale (cf. g bun mais gaf), les syllabes
désinentielles (-un, -ans, etc.) ou les préfixes-préverbes (af-, ga-, us-, etc.) et
aussi à la lexicologie comparée des langues germaniques anciennes.
L’existence de cet élément (-)ei à deux visages, tantôt autonome, tantôt
enclitique, interpelle le descripteur : à quels critères peut-on reconnaître que
-ei était enclitique ? Deux critères peuvent être tenus pour sûrs : d’abord, -ei
sera considéré comme enclitique lorsqu’il y a élision vocalique : þammei,
þatei, þanei (correspondant à þana + ei), sauf lorsque ei s’ajoute à des
monosyllabes : saei « celui qui, qui », swaei « de sorte que », etc. L’élision
s’est produite en syllabe inaccentuée : þatei, þammei, etc. Le second critère
de l’enclise de -ei est consonantique : il s’agit de la sonorisation de la
consonne intermédiaire, comme dans faurþizei, þizozei, in þizei, etc.
On peut s’interroger sur les raisons qui ont amené W. Streitberg à
trancher dans des cas plus délicats. Ainsi E. Schulze constate la disparité
entre la graphie þ ei ou þei, et la graphie duþ ei. On peut admettre que þ ei
éclate dès qu’il se combine avec la préposition du. Mais on comprend moins
bien si l’on compare duþe ei (Mc 4, 21) et du þammei (L 18, 1) et si l’on
ajoute duþei (L 7, 7). Un autre exemple nous est fourni par faurþizei à côté
30
????de in þizei. Il y a là de graves incohérences de graphie dont les différents
éditeurs de la Bible gotique ont hérité l’un de l’autre : de H.C. von der
Gabelentz / J. Loebe à E. Bernhardt et de W. Streitberg à F. Mossé.
Tout cela ne fait que renforcer la conviction que le recours au manuscrit
est indispensable, même s’il recèle lui aussi quelques incohérences.
1.6. LA BIBLE GOTIQUE ET LE PSEUDO-ORIGINAL GREC
Cette question pèse sur l’ensemble de la langue gotique et conditionne
l’attitude à adopter vis-à-vis du texte de Wulfila ; voilà pourquoi il est
nécessaire de l’examiner dès l’introduction.
Parler d’« original grec » n’a, selon nous, qu’un sens très relatif, car le
texte apocryphe qui figure sur la page de gauche dans l’édition de W.
Streitberg, a été reconstitué à partir du texte gotique selon le principe du
strict « mot à mot » ; les recherches sur le gotique gagneraient à se
débarrasser de l’idée surannée et récurrente qu’un texte grec aurait
totalement oblitéré la traduction gotique de Wulfila.
Ceci dit, on ne peut pas nier que la Bible de Wulfila est un texte de
traduction et qu’elle a dû inévitablement subir des influences importantes
des versions grecques et latines qui ont été les textes sources de cette
20 21traduction . Ainsi, F. Mossé cite dans le même chapitre plusieurs
tournures du texte gotique qui proviennent du grec : « dans l’emploi des
participes, le gotique suit fidèlement le texte grec » ; « c’est encore à
l’influence du grec qu’il faut attribuer les participes absolus que l’on
rencontre assez fréquemment en gotique, soit au nominatif […] ou à
l’accusatif […] et surtout au datif […] » ; « à l’imitation du grec, le gotique
emploie volontiers le participe avec une valeur de nom : sa saiands ‘le
semeur’. » Pour rétablir l’équilibre, on peut citer, toujours aux mêmes
pages : « la proposition infinitive du grec est souvent évitée par Wulfila qui
préfère l’emploi d’une subordonnée à un mode personnel introduite par la
conjonction ei. »
Il faut rappeler – ce qui est souvent perdu de vue aujourd’hui – que les
eéditions anciennes de la Bible de Wulfila, celles du 19 siècle, étaient munies
du texte biblique en d’autres langues : ainsi, celle de Fulda et Reinwald
(1805) faisait figurer une version latine à côté du texte gotique, muni, lui,
d’un mot à mot en latin, celle de von der Gabelentz/Loebe (1843) était
accompagnée d’une version latine de la Bible ; celle de H. F. Maßmann

20 D’ailleurs le mot wulthres, qui apparaît plusieurs fois sur un parchemin de Préface
du Codex Brixianus, semble indiquer que dans une édition trilingue le mot gotique a
le même sens que celui figurant dans le texte grec ou latin.
21 Dans son Manuel de la langue gotique, pp. 185s.
31(1857) d’une version grecque et d’une version latine. Par la suite, Wrede,
Bernhardt et Streitberg n’ont conservé qu’un texte grec.
1.6.1. Points de vue de spécialistes
Malgré des influences incontestables, la servilité absolue de la traduction
semble être un mythe qu’il faut écarter, car quel que soit le domaine
considéré, le texte gotique prouve son indépendance ; l’examen minutieux
du texte révèle que Wulfila a conservé une très grande liberté de traduction.
Ainsi, tous les auteurs qui ont examiné tel ou tel aspect de la Bible gotique
sont unanimes et partagent le point de vue développé ici.
1) L’ordre des éléments. - Il faut corriger l’impression première qui s’attache
à l’ordre linéaire des éléments lourds, pour observer que Wulfila, utilisant
habilement un archaïsme gotique, corrige les effets de cette impression en
mobilisant dans l’énoncé un corps de particules diverses, entièrement
autonomes. Cette analyse est partagée par Jean Fourquet : « L’ordre du
gotique serait identique à celui du grec pendant des pages entières, s’il
n’y avait les particules grecques comme , / . En grec, elles sont
annexes du premier membre de phrase, le mot gotique correspondant est
en tête de phrase. Le gotique traduit toutes les particules grecques, mais
sans s’astreindre à rendre toujours la même par la même ; il varie
souvent sans raison apparente … » (1938 : 244).
2) L’article. - Dans sa monographie sur l’article, W. Hodler conclut à une
parfaite maîtrise de la langue, bien éloignée d’une traduction-calque,
servile et maladroite : «…Daß Wulfila ein solcher Übersetzer ist, der mit
hohem Sprachsinn die Mittel seiner gotischen Sprache zur Wiedergabe,
nicht des Buchstabens, sondern des geitigen Gehalts seiner Vorlage
einzusetzen verstand, davon hat mich die Untersuchung des gotischen
Artikels aufs tiefste überzeugt… Wulfila verstand vor allem – das beweist
seine Anwendung des dubitativen und des metaphorischen Artikels –
22zwischen den Zeilen zu lesen… » (1954 : 112).
3) Parataxe et hypotaxe. - Dans sa Dissertation sur la parataxe en gotique, G.
Schaaffs cite plusieurs exemples où Wulfila a délibérément modifié le
rapport entre phrases, passant de l’hypotaxe à la parataxe (L 7, 3 ; Mc 1,
26 ; etc.) ou inversement, de la parataxe à l’hypotaxe (L 4, 20 ; R 11, 24 ;
etc.). Tout cela ne fait que renforcer le point de vue de l’autonomie
syntaxique.
4) Le mode. - Tous les auteurs sont unanimes à signaler la totale
indépendance de Wulfila dans le choix du mode, par rapport au grec.

22 « Wulfila est un traducteur qui a su employer, avec un grand sens de la langue, les
moyens de sa langue gotique pour rendre non la lettre, mais le contenu de sens de
son modèle : j’en ai été très profondément convaincu par mon étude sur l’article en
gotique… Wulfila a su avant tout, comme le prouve son usage de l’article dubitatif
et métaphorique, lire entre les lignes. »
32Ainsi, V.E. Mourek : « Eins ergibt sich aus den angeführten belegen
ganz unzweifelhaft : Ulfilas ist besonders in der wahl des modus
23unabhängig von seinem originale ! » (1892 : 304). De même B.
Delbrück : « Daß der übersetzer den griechischen text einfach
nachgaahmt habe, wird man angesichts der freiheit und selbständigkeit,
mit der gerade die bedingungssätze von ihm behandelt worden sind, nicht
24annehmen wollen. » (1904 : 262 Fußnote). H. Stolzenburg fait les
mêmes remarques : « In abhängigen sätzen zeigt der Gote sich wie im
25modus so auch im tempus vom griech. text unabhängig. » (1905 : 165).
5) Le préverbe ga-. Concernant le problème de ga-, la monographie de Rice
26 27(1932) et l’article de Pollak (1975) permettent de confirmer là encore
l’indépendance totale du gotique, pour lequel le préverbe ga- correspond
non seulement à plusieurs préverbes du grec :
- « complètement » ; .2. - « intensification » ;
- « partout, complètement » ; 1# - « avec, parfaitement » ;

% - « complètement, absolument » ; - « mutuellement » ;
mais aussi à des absences totales de préverbes, ce qui confirme – s’il en
était besoin – la nécessité d’appréhender l’étude de got. ga- en dehors du
texte grec (reconstitué).
28La comparaison avec ce texte grec, placé en regard par Streitberg , ne
peut pas être un critère sûr pour l’emploi de ga- en gotique comme le
montrent de nombreux passages, comme celui-ci : dans L 6, 8 et Mt 27, 11,
le gotique offre respectivement les formes gast þ et st þ, tandis que le texte
grec (même reconstitué) présente deux fois l’aoriste ( ) : þaruh is
urreisands gast þ (L 6, 8) « alors celui-ci se levant se tint debout » ; iþ Iesus

23 « Une chose se dégage avec certitude des passages cités : Wulfila est dans le
choix du mode particulièrement indépendant de son original ! »
24 « En considérant la liberté et l’autonomie avec lesquelles le traducteur a traité les
phrases conditionnelles, on ne peut accepter l’idée qu’il ait simplement imité le texte
grec. »
25 « Dans les phrases indépendantes, le Goth a fait preuve d’indépendance par
rapport au texte grec pour les temps et les modes. »
26 RICE, Allan Lake (1932): Gothic Prepositional Compounds in their Relation to
their Greek Originals. (Language Diss. XI), Philadelphia.
27 POLLAK, Hans (1975): « Zur Methode der Ermittlung von Bedeutung und
Funktion der altgermanischen Vorsilbe ga- » in: Neuphilologische Mitteilungen 76,
pp. 130-137.
28 Si W. Streitberg a reconstitué le texte grec avec le même esprit qu’il a appliqué
aux modifications qu’il propose au Ms gotique, on peut s’interroger sur leur
légitimité et émettre des réserves. Nous préférerions une édition où serait mise en
regard du texte gotique la reproduction du Codex Argenteus. James Marchand
affirme dans le même sens : « the only correct approach to the Gothic is through the
manuscripts » (in : Language 33, 1957, p. 234).
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