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La langue étrusque

De
129 pages
Replacer l'étrusque dans un cadre linguistique approprié est l'objet de ce livre, qui est en quelque sorte le pendant de l'un des chapitres de notre ouvrage sur Les Peuples de la mer et leur histoire, dans lequel nous nous sommes efforcés de replacer le début de la civilisation étrusque dans son cadre historique.
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LA LANGUE ÉTRUSQUE
Une nouvelle approche

Jean FAUCOUNAU

LA LANGUE ÉTRUSQUE
Une nouvelle approche

L'Hlemattan

L'Harmattan, 2010 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

(Ç)

75005

Paris

http://www.librairieharrnattan.com diffusion. harrnattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN 978-2-296-12498-1 EAN 9782296 I 24981

PRÉFACE
Depuis les débuts de l'étruscologie, c'est-à-dire depuis plus d'un siècle, le problème de la langue étrusque nargue les savants. Les inscriptions que les archéologues, amateurs ou professionnels, ont mises au jour se 'comptent par centaines. Certaines sont relativement longues, et l'on possède même depuis 1964 une inscription bilingue, les célèbres "Tablettes en or de Pyrgi". On sait lire depuis longtemps ces inscriptions, écrites dans un alphabet voisin de l'alphabet grec. Mais malgré cela, le sens de la moindre phrase étrusque reste la plupart du temps inconnu, ou dans le meilleur des cas, du domaine de la conjecture... Si l'on analyse les raisons d'un pareil échec, on ne peut que tomber d'accord avec Massimo Pallottino qui a écrit: "Même si nous possédons de très nombreuses données désormais assurées dans le champ de la phonétique, de la morphologie, de la sémantique, etc., il 1

s'agit pourtant toujours de données particulières, partielles, occasionnelles, dignes seulement d'être notées dans leur apparence extérieure pour amSl dire, auxquelles manque ce lien ou fondement de connaissance structurelle, organique, qui pourrait leur assurer une mise en place et une valeur plus précise.. . En conclusion, ce qui nous manque est proprement la connaissance de la langue dans ses plus intimes structures ("La langue étrusque. Problèmes et perspectives" [xx] p. 17 et 23). Mais si nous sommes d'accord avec le diagnostic de M. Pallottino, nous divergeons sur les raisons qu'il donne à cet échec, à savoir que "l'étrusque n'entre dans aucun des groupes linguistiques connus", appuyant entre autres cette affirmation sur "la preuve exemplaire" qui serait "la séquence des numéraux simples Su, zal, ci, hue, maX, sa " (ibidem p.23) D'une part, comme nous le verrons, l'étrusque n'est pas aussi isolé que le prétend M. Pallottino, à condition de replacer cette langue dans le cadre de la "Théorie Proto- Indoeurovéenne" de Paul Kretschmer. D'autre part, la "preuve exemplaire" citée par le savant italien est tout simplement fausse, comme nous aurons l'occasion de le démontrer dans le Chapitre 3. 2

Replacer l'étrusque dans un cadre linguistique approprié est donc l'objet de ce livre, qui est en quelque sorte le pendant de l'un des chapitres de notre ouvrage sur "Les Peuples de la Mer et leur Histoire", dans lequel nous nous sommes efforcé de replacer le début de la Civilisation étrusque dans son cadre historique.
Nous espérons des étruscologues, l'effort, que malgré le conservatisme quelques uns d'entre avéré

eux feront de remettre de l'étrusque, avec ses

après avoir lu ce livre, d'accepter leur approche traditionnelle

en question déclinaisons profondément

calquée sur celle des langues indoeuropéennes, paradoxalement, les a empêchés proto-indoeuropéen de voir

et ses formes nominales et verbales, ce qui, le caractère de cette langue...

*

*

*

3

CHAPITRE 1
L'étrusque dans le cadre de la Théorie kretschmérienne
En 1925, dans un article de Glotta devenu célèbre, le linguiste viennois Paul Kretschmer lança l'idée que la diffusion des langues indoeuropéennes (en abrégé IE) s'était faite schématiquement en deux phases, séparées par plusieurs millénaires. Une première phase, datant de la fin du Paléolithique, aurait vu se répandre dans la vallée du Danube, puis à partir de celle-ci dans la plupart des pays d'Europe, une langue "protoindoeuropéenne" (en abrégé: "proto-IE"). Cette couche linguistique, qu'il supposait avoir été diffusée par les peuples de la "céramique rubannée" à travers toute l'Europe, correspondait à une civilisation matriarcale et agricole. Cette "vague proto-IE" fut ensuite recouverte, plusieurs millénaires plus tard, par une seconde vague dite "IE stricto sensu", née au nord de la mer Noire dans les steppes du sud de la Russie, et correspondant à une civilisation patriarcale et guerrière dont l'expansion fut facilitée par la domestication du cheval. 5

Assez inexDlicablement. la . Kretschmer, qui éclaire pourtant
.

théorie de Paul admirablement les

rmsons de l'enchevêtrement des iso!:!losses dans les lan!:!ues IE (enchevêtrement qui avait rendu uemlexes les premiers indoeuropéanistesL ou l'absence du mot matër dans les lan!:!ues du "Groupe IE d'Anatolie" (louvite, hittite, lycien, etc.) par exemple, fut mise à l'écart par la majorité des linguistes, qui préférèrent des "théories unitaires", dans lesquelles le concept de "langue IE" est devenu un concept flou, recouvrant un ensemble hétéromorphe aux contours imprécis, dans lequel se retrouvent côte à côte des langues aUSSI différentes que le grec et le louvite... Cet abandon est d'autant plus regrettable qu'il a rendu impossible l'introduction de l'étrusque parmi les "langues protoIE" comme l'avait proposé P. Kretschmer. Car il est bien évident que les différences entre l'étrusque et les "langues IE stricto sensu" sont beaucoup trop importantes pour pouvoir qualifier l'étrusque de "langue indoeuropéenne". Mais il n'en est pas de même lorsque l'on compare l'étrusque à la langue que nous avons démontrée être "typiquement proto-IE", le lycien. Que l'on nous comprenne bien: il n'est pas question pour nous d"'expliquer l'étrusque par le lycien", comme d'autres l'ont fait avec le hittite par exemple (VI. Georgiev) ou avec l'albanais (Z.Mayani). Mais si ces deux langues proto-IE, 6 étrusque et lycien,

ont eu largement le temps de se différencier au point de ne pas plus se ressembler qu'aujourd'hui le danois et l'espagnol, elles ont, de par leur origine, gardé la même structure comme nous le montrerons. Identité de structure qui permet, enfin, de comDrendre le mécanisme de la phrase étrusque! Lycien et étrusque: ressemblances et différences Rappelons brièvement les caractéristiques de la langue lycienne, telles que nous les avons établies dans nos deux articles fondamentaux du B.S.L. (Voir [xx] et [xx] de la Bibliographie in fine). Dans la lignée continue qui, partant d'une langue articulée primitive, aboutit aux langues "IE stricto sensu", le lycien se situe au milieu de la chaîne, mais non loin de la naissance des langues "IE stricto sensu". De façon plus précise. a)- son vocabulaire s'explique généralement à partir des racines IE. b)- sa grammaire utilise des "particules" (ou

"marqueurs") qui deviendront plus tard les "désinences" de l'indoeuropéen. L'étrusque, comme nous le verrons, apparaît comme une langue située légèrement plus "en amont" que le lycien. En d'autres termes: a)- Pour expliquer son vocabulaire, il est souvent nécessaire de remonter plus haut que les "racines IE",
7

vers ce que nous appelerons nostratiques", Notons utilisons préciser lesquelles

par convention

les "racines de

correspondent

à un état

langue que l'on peut dater du Paléolithique. ici, pour éviter tout malentendu, "nostratique" par ce que ce terme que nous sans car il le mot davantage commodité, recouvre,

s'agit d'un problème que nous ne pouvons aborder ici b)- Par contre forme de certains ne se différencie Iycien. Une connaissance est donc l'étrusque. que nous importantes préalable de la grammaire pour ci-après, qui veut" mais a plusieurs lycienne - et c'est là l'essentiel "marqueurs", pas fondamentalement - à part la étrusque de celle du la grammaire

indispensable résumerons

comprendre" caractéristiques dont les plus

Cette grammaire

sont les dernières citées

a)- absence de féminin b)- notation épisodique du pluriel c)- non-distinction nominale" "feu" et "brûler") d)- autonomie complète des mots dans la phrase. e)- emploi de "proto-désinences"/"marqueurs" traduire le rôle du mot dans la phrase ces "marqueurs" n'en sont pour entre "racine verbale" et "racine (comme en anglais où fire signifie à la fois

Il est essentiel de noter que bien que se présentant sous formes de "désinences",

pas à proprement parler:

ils n'ont pas de valeur grama