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La langue vivante

De
224 pages
Variété de la langue normande, le cauchois est une langue qui se parle, qui se dit, qui se pratique. C'est ce que montrent les enquêtes de terrain dont La langue vivante expose et commente les résultats en regard avec les données officielles les plus récentes. Adressé bien sûr aux sociolinguistes et aux chercheurs attachés à suivre le changement linguistique, l'ouvrage analyse les termes langue, discours, identité, territoire.
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LA LANGUE VIVANTE

Espaces Discursifs Collection dirigée par Thierry Bulot

La collection Espaces discursifs rend compte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels...) à l'élaboration/représentation d'espaces - qu'ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires,. .. - où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modifications sociales. Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne au-delà du seul espace francophone - autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance; elle vaut également pour les diverses variétés d'une même langue quand chacune d'elles donne lieu à un discours identitaire; elle s'intéresse plus largement encore aux faits relevant de l'évaluation sociale de la diversité linguistique.
-

Michelle Van Haaland, Maltraitance communicationnelle,2006 Jan JAAP DE RUITER, Les jeunes Marocains et leurs langues, 2006. UNESCO ETXEA, Un monde de paroles, paroles du monde, 2006. Thierry BULOT et Vincent VESCHAMBRE (Dirs.), Mots, traces et marques,2006. Véronique CASTELLOTTI & Hocine CHALABI (Dir.), Lefrançais langue étrangère et seconde, 2006. Sophie BABAUL T, Langues, école et société à Madagascar, 2006. Eguzki URTEAGA, La langue basque dans tous ses états. Sociolinguistique du Pays Basque, 2006. Elatiana RAZAFIMANDIMBIMANANA, Français, franglais, québé-quoi ?,2005. Martine COTIN, L'Ecriture, l'Espace, 2005. Jean-Marie COMITI, La langue corse entre chien et loup, 2005. Sophie BARNECHE, Gens de Nouméa, gens des îles, gens d'ailleurs... Langues et identités en Nouvelle-Calédonie, 2005. Cécile VAN DEN AVENNE (éd.), Mobilités et contacts de langues, 2005. Angeles VICENTE, Ceuta: une ville entre deux langues, 2005. Marielle RISP AIL (dir.), Langues maternelles: contacts, variations et enseignements, 2005.

Thierry BULOT

LA LANGUE VIVANTE
L'identité sociolinguistique des Cauchois

Langue normande et glottopolitique de la minoration en Pays de Caux

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE

L'Hannattan Kossuth

Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

Kënyvesbolt L. u. 14-16

Fac. Sciences. Soc, Pol. et Adm. BP243, KIN XI
Université de Kinshasa

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan

Burkina

Faso

1200 logements 12B2260

villa 96 12

Ouagadougou FASO

1053 Budapest

- ROC

BURKINA

Du même auteur Chez L'Harmattan: Bulot T, Veschambre V. (Dirs.), 2006, Mots, traces et marques (Dimensions spatiale et linguistique de la mémoire urbaine), Paris, L'Harmattan, 246 pages. Caubet D., Rilliez J., Bulot T., Léglise I. et Miller C. (Eds.), 2004, Parlers jeunes, ici et là-bas. Pratiques et représentations, Paris, L'Harmattan, 290 pages. Bulot T (Dir.), 2004, Lieux de ville et identité (Perspectives sociolinguistique urbaine. Volume 1), Paris, L'Harmattan, 207 pages. Bulot T (Dir.), 2004, Lieux de ville et territoires (Perspectives sociolinguistique urbaine. Volume 2), Paris, L'Harmattan, 197 pages. en en

Marcellesi J.-B. et Bulot T, Blanchet P. (cols.), 2003, Sociolinguistique (épistémologie, langues régionales, polynomie), Paris, L'Harmattan, 308 pages. Bulot T (Dir.), 1999, Langue urbaine et identité (Langue et urbanisation linguistique à Rouen, Venise, Berlin, Athènes et Mons), L 'Harmattan, Paris, 234 pages.

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

«JL'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-01882-3 EAN: 9782296018822

Remerciements Une enquête sociolinguistique ne se fait jamais seul, et c'est pourquoije tiens à remercier tous ceux et toutes celles qui, en tant qu'informateurs, interlocuteurs, ont permis ce travail. Je remercie particulièrement (sans ordre de préférence et avec mes excuses pour que ceux que je ne mentionne pas), certains des membres du Cercle Universitaire sur la Modernité linguistique du Normand (association loi 1901), Séverine Courard, Laurence Jannot, Clara Mortamet, Carole Daverne, Frédéric Frappart et Albert Nicollet; tous les étudiants inscrits au cours de licence « Langue et société.' patrimoine linguistique normand de licence ii (université de Rouen) ; la Direction, les enseignants et les élèves des Lycées Raymond Queneau (Yvetot) et Jean XXll1 (Yvetot) ; la rédaction du Courrier Cauchois (et notamment Christophe Dupuis) ; l'Université Rurale Cauchoise (et particulièrement Jean Hébert et Gérard Lozay) ; et enfin Hubert Godefroy et Rémi Pézeril pour l'accès à leurs archives et leur passion pour la Normandie. Je tiens également à remercier et surtout rendre hommage à Bernard Gardin, qui, lorsqu'il était directeur du Département des Sciences du langage à l'université de Rouen, a rendu possible l'ouverture du cours de langue normande (qui n'existe plus à ce jour) à Mont Saint Aignan. Il a ainsi permis à de jeunes Cauchois de découvrir leur langue.

A man pé pis à ma mé et à ma compagne de tous les instants

AVANT-PROPOS

Variété de la langue normande, le cauchois est une langue qui se parle, qui se dit, qui se pratique sans pour autant que les discours convenus à son égard acceptent de bon gré cette situation. Depuis la mort sans cesse annoncée des dialectes et patois de France, les langues d'oïl (dont est le cauchois) continuent d'être décrites et parfois vécues comme devant

disparaître à la prochaine génération mais

-

pour certaines

-

ont cependant suffisamment de vitalité pour que se transmettent des pratiques perçues comme non-francophones. A ujourd 'hui, nombre de jeunes et moins jeunes Cauchois ont en effet et un discours identitaire affirmé et des compétences linguistiques attestées qui montrent une gestion inédite d'un bilinguisme jadis décrit comme conflictuel entre le cauchois et le français. Certains Cauchois déclarent de fait une identité bilingue. Cet ouvrage tente ainsi, par des recherches de terrain menées sur le long terme (De juin 1998 à décembre 2002), de rendre compte des discours tenus par ceux-là même dont on parle toujours trop peu ou pas assez en termes scientifiques: les locuteurs d'une langue au moins dite minoritaire, sinon perçue comme minorée jusqu'à parfois le déni d'existence. Cette langue est nommée: le cauchois est de plus en plus souvent dit être la langue (et non plus seulement le patois) des Cauchois.

Bien sûr, notre ouvrage ne clôt pas définitivement la question de la situation sociolinguistique du cauchois, de la langue perçue comme endogène (nous pourrions dire locale si le terme n'évoquait pas les seuls patois). Son intérêt est de relater une enquête inédite sous sa forme et sa durée (comme

8 Avant-propos cela a été fait sur le picard, le poitevin!...). En effet, ce sont au total plus de 500 personnes (non seulement des locuteurs « traditionnels» que sont les anciens mais surtout des jeunes Cauchois) qui ont été interrogées sur les différents moments d'enquêtes; et cela dans des lieux très divers: il s'est agi tout d'abord d'établissements scolaires (enseignement supérieur, secondaire et primaire) répartis sur plusieurs sites cauchois (Yvetot, Fécamp, Rouen, Le Havre, Dieppe et nombre de communes dites rurales), et aussi de l 'hebdomadaire le Courrier Cauchois qui a ouvert ses pages à notre questionnaire. Cette enquête, mêlant discours (ce que disent les gens) et compétence (comment ils le disent), a été mise en place après la découverte, pour nombre de Normands et de Cauchois, que leur langue figurait dans la liste proposée par la Charte des langues régionales ou minoritaires de France 2. Si le retentissement d'une telle inscription a été perceptible dans les mouvements associatifs, il importait d'en mesurer les effets dans le grand public. Si, comme nous le reprenons avec ironie dans le soustitre de notre introduction, « La France est le pays des 6700 langues et parlers », elle peut aussi être celle de la langue normande et... du cauchois. Enfin, il importe de dire que les différents moments de l'enquête que nous allons présenter et commenter renvoient également à une « en-quête de », puisque locuteur du cauchois, nous assumons l'objectivation subjective de notre propos; en d'autres termes, ce travail sur l'identité sociolinguistique3 des Cauchois rencontre également notre propre identité.f
1

Pour le poitevin, nous renvoyons

au travail de Michelle

Auzanneau (AUZANNEAU, 1999). 2 Liste qui faisait également suite au Rapport Poignant (1998) sur les langues et cultures régionales. 3 Voir la note 2 de la page 52 pour la distinction entre identité linguistique et identité sociolinguistique.
4

Je suis né au Havre (76) et ai passé une grande partie de mon

enfance à Hermeville (76), puis à Anglesqueville L'Esneval (76). Scolarisé dans une école élémentaire en Pays de Caux (Hermeville76), j'ai eu une maîtresse d'école originaire du Cantal, et en classe,

Avant-propos 9 linguistique et d'une part, d'autre part, à notre intime identification à une langue voire à des pratiques culturelles et sociales.

Loin de constituer un frein à la scientificité de nos approches et enquêtes, ce travail conscient d'individuation sociolinguistique constitue une garantie par l'explication du point de vue] à partir duquel sont mises en intelligibilité les pratiques sodo-langagières cauchoises.

L'ouvrage est articulé en quatre temps distincts: d'abord l'introduction donne le cadrage socio-politique des informations disponibles sur le cauchois, puis la première partie (chapitres 1, 2 et 3) fait état de la demande sociale, des connaissances théoriques quant aux termes langue, identité et minoration, puis la seconde partie (chapitre 4 et 5) rend compte des pratiques discursives des Cauchois, et enfin la conclusion tente, par la synthèse des éléments quantitatifs et qualitatifs qui la précédent, de statuer sur la situation démo-sociolinguistique du cauchois. Il reprend, complète, corrige, amende des publications partielles des différents moments d'enquête:./ dont il constitue une synthèse critique.

l'interdit sur l'usage du cauchois était absolu; son usage état stigmatisé autant à cause de son trop grand écart par rapport au français scolaire que par les risques d'échecs scolaire et socia] qu'il faisait à l'époque courir aux élèves. 1Voir à ce sujet le texte de Louis-Jean Calvet (2005 : 21-30).
BULOT (2005a et 2005b), BULOT (2003), BULOT (2004c), 2 BULOT et JANNOT (2001 et 2003), BULOT et COURARD (2001 a et 2001 b).

INTRODUCTION LA FRANCE, PAYS DES 6700 LANGUES ET PARLERS

Un cadrage politico-linguistique.

Le sous-titre de cette introduction est volontairement provocateur voire polémique. Il est repris à une publication non scientifique (VILASARU,2002: 17)1des résultats de l'enquête INSEE / INED2 de 1999 (études de l'histoire familiale) qui comportait une question linguistique (Transmission familiale des langues et des parlers) et nous donne l'occasion de cadrer l'esprit même du présent volume et des recherches qu'il présente. Que de grands organismes d'État français se préoccupent des langues n'est au demeurant pas nouveau, même si d'abord cela est loin d'être aussi fréquent que nécessaire et si ensuite les raisons de cet intérêt sont loin d'être homogènes. On va en conséquence annoncer la disparition à court terme des patois et langues de France (dont le normand), à l'issue de l'enquête de 1806 émanant du Bureau de la Statistique (service du Ministère de l'Intérieur) (BULOT, 1989). Et plus récemment, rendre compte d'une vitalité spécifique de la langue normande par la publication, sous l'égide du Centre International de la Langue Française en 1993 d'un dictionnaire normand-français (BOURDON alii, 1993). et Que dire de cela? Quels liens établir entre des publications (VILASARU,2002) grand public et les actions de politique

1

Il s'agit d'une page de présentation des résultats de l'enquête

publiée dans une revue mutualiste, Valeurs mutualistes. 2 Respectivement Institut national de la statistique et des études économiques et Institut national d'études démographiques.

12 Introduction linguistique que nous venons d'évoquer? La réponse tient dans

la rencontre entre les premiers moments (1998) de l'enquête 1
que ce volume relate et le débat constitutionnel2 et citoyen sur la non-ratification par le gouvernement français de la Charte Européenne des langues régionales et minoritaires (19981999)3. En effet, la question des langues en France et de France, pays construit et réputé comme monolingue, pays d'un monologue social normatif sur la langue, rencontre de manière récurrente et presque essentielle dans la construction de l'idée de Nation, non seulement une contradiction entre l'acceptation d'un patrimoine régional assumé et la peur d'un fédéralisme destructeur de la communauté française, mais aussi, rapporté 4 aux langues, un paradoxe entre les discours tenus sur les pratiques quotidiennes et les discours normatifs. Comment, en effet, concilier la pluralité des identités nationales et le discours dominant sur la nécessité identitaire, pour être français, d'abandonner, de rejeter, de dénigrer, de folkloriser, toute autre façon de parler, toute autre langue que la langue française, que la langue nationale? Au-delà de cet ensemble de questions incontestablement complexes que le présent ouvrage traite et met constamment en perspective, c'est la question plus générale des langues d'oïl que se doit d'être posée. En effet, proches du français par leur fonctionnement interne et par les multiples et incessants contacts qu'elles ont avec lui, elles sont souvent posées comme des langues régionales de second ordre quand elles ne sont pas
I Voir la note 2 page 20 et la présentation de la Partie 1 de ce volume, page 23 (non paginée). 2http://www.conseiJ-constitutionnel.fr/decision/ 1999/99412/ 99412dc.htm (sans espace, NDR). 3 Débat qui ne cesse de se poursuivre comme l'atteste le compterendu de la séance de l'Assemblée Nationale du 26 janvier 2005 (session ordinaire de 2004-2005 : 126ième séance). Année 2005 nOS[2] A.N. (C.R.), 413-417). 4 Le terme discours fait montre d'une posture théorique spécifique, relevant de ce que nous nommons une sociolinguistique des discours
(BULOT et VESCHAMBRE, 2006).

Introduction 13 tout simplement mises en discours comme des variétés de français. Ainsi, lors des débats sur l'adoption ou non de la Charte Européenne des langues régionales et minoritaires, soit les exemples envisagés pour illustrer la vitalité des pratiques sont toujours ceux pris à d'autres langues, comme le breton, le basque, le catalan... (DELLANGNOL-GUINCHARD et GERIND. ROZE, 1999), soit la pluralité des langues d'oïl est tout simplement niée, autour du seul et singulier terme « langue dOïl (sic)>> (RESSAlRE, 1999) ce qui évidemment les minimise au regard des autres langues nommées: les normand, picard, gallo - pour ne citer que les langues du nord-ouest - n'apparaissent Jamais. Nous évoquions dans une note précédente les débats de 2005 à l'Assemblée Nationale, nous citions une publication grand public: dans les deux cas (et sans doute dans beaucoup d'autres mais ça n'est pas celui de ]a Charte Européenne) sont citées les « vraies» langues régionales, celles qui ont leur nom inscrit dans les textes de la loi Deixonne (195]) et du décret Fontanet (1974). Les langues d'oïl sont non seulement bien peu souvent nommées mais n'ont pas été ou sont encore trop peu souvent considérées comme des langues tant par les politiques! que par les militants régionalistes voire par leurs locuteurs.

La Normandie

et la langue normande.

Pour cadrer notre propos plus nettement, nOllS nOllS proposons de faire ici état des résultats globaux de l'enquête INSEE/ INED de 19992concernant le normand. Bien sûr, il ne faut les prendre que pour ce qu'ils sont: les conclusions d'une enquête obéissant à des logiques méthodologiques qui ne sont pas celles d'une enquête sociolinguistique mais celles d'une
Il n'est pas juste de généraliser car cela dépend des Régions et de la prise de conscience collective; à notre connaissance, la tendance reste lourde en Haute-Normandie. 2 Données INSEE de l'enquête Études de l'histoire familiale 1999 mises à la disposition de la DGLFLF par J'INED.
1

14 Introduction enquête statistique. La quantité (16 919 personnes habitants en Normandie ont répondu au questionnaire diffusé par l'INSEE) est pour la seconde un garant de rigueur et de validité des résultats mais est pour la première une simple indication qui, dans ses cas ultimes, masque sinon des faiblesses du questionnement du moins des présupposés préjudiciables à la représentativité effective des résultats obtenus. Pour le cas, les biais méthodologiques sont criants et les tenants idéologiques apparaissent très vite dès lors qu'on questionne notamment ses modalités de mise en œuvre comme nous allons le voir pour la langue normandel. Ainsi, même si nous allons être amené à invalider certaines de ces conclusions très et trop hâtives, nous devons en prendre acte parce qu'ils permettent notamment de un constat peu contestable: ils donnent à lire quelques tendances et pour le moins, que la langue régionale normande fait partie du patrimoine linguistique actif déclaré2 des Normands, puisqu'elle apparaît sous diverses dénominations (que nous allons présenter ci-après). Sur l'ensemble de la Normandie, 83 langues3 sont nommées lorsqu'il s'agit de déclarer l'usage d'une autre langue que le français avec des proches. Largement en tête des dénominations vient l'anglais (46,7%) qui paraît être l'une des langues minoritaires de la région (au moins en terme de déclaration d'usage car il faudrait analyser ce que le prestige social de cette langue a comme effet dans lesdites déclarations), suivie aussitôt

1

Pour la présentation du questionnaire et un commentaire critique

de la méthodologie, nous renvoyons à la présentation de Philippe Blanchet, Louis-Jean Calvet, Damien Hilléreau et Erwen Wi1czyk (2005: 71-72)).
2

Nous renvoyons pour plus de détails au point « Langue identité et

territoire» du chapitre 1. 3 Vair le point «Le Pays de Caux et les autres langues» du chapitre 4 pour plus d'informations sur les langues nommées en Pays de Caux.

Introduction 15 par le normand (8,1%)1. Il convient de préciser que ce chiffre est à concevoir dans l'enquête INSEE/INED non comme une totalité (8,1% des Normands déclareraient parier normand) mais comme la relation à la totalité des personnes qui ont répondu à cette question; et pour le cas, 1% de la population normande a déclaré parler le normand avec des proches2. Dans les réponses données (Figure 1), les départements normands sont diversement représentés: vient d'abord la Manche (5,7%), puis le Calvados (1,1%), puis la Seine-Maritime et l'Eure (0,6%) et l'Orne (0,2%).
6,0%
5,0%
4,0% 3,0% 2,0% 1,0% 0,0% 14 27 50 61 76

-

Figure 1 : le normand dans les départements (enquête INSEE/INED) Sans nier qu'il puisse y avoir une réelle vitalité linguistique du normand dans le département de la Manche, de telles disparités sont partiellement biaisées par la méthodologie de l'enquête. On constate en effet que la population de la Manche est d'abord sur-représentée sur l'ensemble de la région (68%) contre seulement 14,3% pour le Calvados, 6, I% pour l'Eure, 2,7% pour l'Orne et... 8,8% pour la Seine-Maritime. Ensuite on doit noter que cette même population est pour 60% âgée de plus

90% des réponses renvoient à seulement 15 langues nommées: arabe (6,4%), espagnol (6,1%), portugais (5,7%), allemand (3,9%), italien (3,5%), breton (1,9%), berbère (1,8%), picard (1,4%), les autres dénominations étant inférieures oui égales à 1%. 2 Et d'ailleurs, 0,8% à déclarer le transmettre à leurs enfants.

I

16 Introduction de 60 ans (alors que par exemple, pour la Seine-Maritime, les plus de 60 ans ne sont que 31%). En sciences sociales en général et en sociolinguistique en particulier, les compte rendus de recherche ont régulièrement montré qu'enquêter sur une population âgée en domaine d'oïl augmente d'autant plus la chance d'avoir des déclarations d'usage et inversement questionner des actifs (par exemple en Seine-Maritime 69,2% des enquêtés ont moins de 39 ans 1) minimise les chances de faire produire de telles déclarations: en situation de minoration sociolinguistique, il est peu valorisant socialement d'assumer une langue autre que la langue dominante. Le moins que l'on puisse remarquer sur les aspects quantitatifs de ces résultats est qu'ils sont directement induits par le choix des personnes interrogées. Le seul constat valide que l'on puisse faire relève a) de la présence du normand (nous l'avons déjà évoqué) et surtout b) des dénominations produites. Effectivement, sans plus se préoccuper des scores importants du département de La Manche, onze dénominations distinctes apparaissent (Tableau 1). Que peux-t-on dire de cette liste? Sinon que les termes dominants renvoient à une lecture française de la situation sociolinguistique des langues d'oïl: elles sont au mieux des dialectes, mais surtout des patois, terme qui dans la nomenclature sociale des langues et des parlers, s'oppose à une autre terme, celui de langue. À un peu plus de 89%, le normand ,. n est pas miS en mots comme une langue.2 Le statut de langue lui est en effet ordinairement dénié.
1

Ceci sans considérer que les enquêtes de Seine-Maritime sont à

55,8% dans une entité urbaine de plus de 200000 habitants et que seuls 7,8% d'entre eux sont dans des communes rurales (contre 45,1% des enquêtés de La Manche qui sont des ruraux). 2 Nous reviendrons au début du chapitre 2 sur ce point d'importance).

Introduction

17 Dé artement de naissance

Dénominations Patois normand Patois Cauchois normand Patois cauchois Anglais patois français patois Normandie Patois cotentinois Patois français Dialecte normand Total Tableau

14 7,5% 4,8% 0,0% 0,7% 0,0% 0,0% 0,0% 0,7% 0,0% 0,0% 0,7% 14,3%

27 0,7% 2,0% 2,7% 0,0% 0,0% 0,0% 0,7% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 6,1%

50 32,7% 32,7% 0,0% 2,0% 0,0% 0,7% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 68,0%

61 1,4% 0,0% 0,7% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 0,7% 0,0% 0,0% 2,7%

76 0,7% 2,0% 4,1% 0,0% 1,4% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 0,7% 0,0%

Total 42,9% 41,5% 7,5% 2,7% 1,4% 0,7% 0,7% 0,7% 0,7% 0,7% 0,7%

8,8% 100,0%

1 : les dénominations

du normand

Seuls apparaissent deux noms qui ne rappellent pas ce contexte: dans une moindre mesure le terme normand et surtout (à 7,5%) le terme cauchois. Sont-ils la trace d'une pratique consciente d'une langue? C'est impossible à dire à partir des données de l'enquête INSEE/INED, mais en tout cas, ils sont l'indice d'une conscience linguistique suffisamment forte pour oser inscrire le terme dans un document, certes anonymé, mais officiel.

Le cauchois,

une forme positive de normand.

Pour la seule Haute-Normandie, c'est le terme cauchois qui est prioritairement déclaré (Tableau 2) par les enquêtés (45,5% pour le terme seul) et aux deux tiers par des hommes de Seine-

18 Introduction Maritime 1. Sans pouvoir conclure en l'état sur les statut et légitimité du cauchois, la présence quantitativement importante du terme - nettement associé à patois pour le seul département de Seine-maritime - signale une identification forte sinon à un espace sa cio-géographique du moins à une identité ethnolinguistique2 spécifique.
Département de naissance 27 76 4,5% 4,5% 13,6% 18,2% 0,0% 4,5% 0,0% 40,9% 13,6% 27,3% 9,1% 0,0% 4,5% 59,]%

Dénominations Patois normand Patois Cauchois Patois cauchois Français patois Patois français Total

Total 9,1% 27,3% 45,5% 9,1% 4,5% 4,5% 100,0%

Tableau 2 : le terme cauchois (enquête INSEE/INED,

1999)

Est-on à même de constater là ce que Philippe Blanchet (2005 : 35) nomme une re-majoritarisation3 d'une langue par l'affirmation d'usage qu'en font des locuteurs? ou encore, cela semble plus net eu égard à des situations déjà décrites, les traces effectives de ce que Jean Baptiste Marcellesi (1986) nomme la reconnaissance-naissance des langues? ou enfin une norme
Les personnes de ]'Eure (27) qui ont déclaré parler le cauchois avec leurs proches ont toutes au moins un de leurs parents né en Pays de Caux. Il faut noter que le domaine linguistique cauchois était déjà étendu à l'Eure par des enquêtés en 1983 (MARCELLESI t LOZAY, e 1983: 196). 2 L'identité ethnolinguistique est ici à prendre comme un marquage en discours d'une identité ethnique (d'un groupe culture]) par des traits linguistiques spécifiques voire emblématiques. 3 Une dynamique visant à détacher les langues minoratisées (i.e. minorées et minoritaires) des liens avec la langue majoritaire, en empruntant les valeurs et discours de ladite langue majoritaire.
1

Introduction 19 identitaire (TSEKOS, 1996 : 35) « susceptible de rendre compte des phénomènes où la langue devient un élément surdéterminant de l'identité ethnique et culturelle...»? Il est encore trop tôt pour l'affirmer dans cette introduction. Reste que les discours sur le cauchois doivent être à même de faire resurgir cette primauté.

Quel bilan provisoire? Conclure à l'issue d'une introduction est bien peu habile et surtout prématuré, mais ce que dit sans dire 1 l'enquête de l'INSEE/INED de 1999 est que a) le terme cauchois n'est pas dévolu aux seuls ruraux du Pays de Caux car des urbains déclarent le pratiquer et/ou le transmettre; le cauchois est potentiellement un parler urbain, et que des actifs (entre 18 et 40 ans) déclarent interagir avec leurs proches en cauchois quand ils ne le font pas en français; de ce point de vue, le cauchois semble être une langue vivanti parce qu'il a, entre autres, ses usagers et des lieux d'usages, ses modes de transmission et d'apprentissage, ses formes individuées.. .

b)

Ce sont là tout autant des pistes à creuser que des indices d'une certaine vitalité linguistique que ce volume va tenter de cerner.

1

Autrement dit ce qu'une analyse sociolinguistique de telles

données peut faire apparaître. Z Nous reprenons ce terme à Marielle Rispai] (2004 : 16) ]orsqu'elle questionne la vivacité linguistique du francique. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une langue d'oïl, le francique, placé dans une configuration sociolinguistique comparable au nonnand, possède toutes les caractéristiques d'une langue.