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La particule "de" du chinois mandarin

De
364 pages
Cet ouvrage se consacre aux six fonctions de la particule "DE" du chinois mandarin moderne, avec pour objectif de comprendre les origines et les évolutions de cette particule depuis le chinois pré-archaïque (14ème siècle av. J.-C) jusqu'au chinois bas-médiéval (6ème siècle au 13ème siècle ap. J.-C.), avec l'arrivée brusque de "DI", l'embryon de "DE".
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LA PARTICULE « DE »
DU CHINOIS MANDARIN






















Yumei CHI








LA PARTICULE « DE »
DU CHINOIS MANDARIN

ème ème 14 siècle av. J.-C. au 13 siècle ap. J.-C.




















































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96131-9
EAN : 9782296961319

Pour Ruilan, ma mère.
献给瑞兰,我的母亲。



Remerciements

Ce travail en linguistique diachronique et cognitive sur les « Origines et
évolutions des particules structurales ‘DE’ du chinois pré-archaïque au chinois
bas-médiéval » a été effectué au sein du Centre de Recherches Linguistiques sur
l’Asie Orientale de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris. Il a
fait l’objet d’une thèse soutenue à l’EHESS le 13 décembre 2010. Je remercie
vivement Alain PEYRAUBE, mon directeur de thèse, qui m’a guidée
attentivement tout au long de ces 4 années. Je remercie également les autres
membres du jury : René CARRE, Jean-Marie HOMBERT, et Dan XU (徐丹)
pour leurs commentaires, leurs critiques et leurs encouragements.
Je tiens également à remercier Redouane DJAMOURI, WU Fuxiang (吴福
祥), LI Ming (李明), TSAI Che Mao (蔡哲茂) et WANG Weilin (王炜林) qui
m’ont apporté de précieuses idées concernant leurs domaines de recherches.
Mes remerciements s’adressent aussi à Yongfang LEUNG (岑咏芳), à Ying
CHENG (程莹), à LI Zhijie (李志杰), et à SUN Weizhong (孙卫中) pour leurs
aides lors de la consultation de documents en France et en Chine.


5
Table des matières
I. Introduction......................................................................................... 13
ème èmeII. Période pré-archaïque (14 siècle av. J.-C. – 11 siècle av. J.-C.).
Etude de ZHI dans l’écriture oraculaire .....................................19
II.A. Verbe (V).......................................................................................... 22
II.B. Pronoms............................................................................................ 25
II.B.1. Pronoms locatifs (PL) .............................................................. 25
II.B.2. Pronom démonstratif : cela, comme ça.................................... 27
II.B.3. Pronoms personnels ................................................................ 31
II.C. Particule structurale déterminative de type a (Part.a) en structure
?1+ ZHI + N2’ 35
II.D. Conclusions de la première partie consacrée aux études du chinois
pré-archaïque avec l’écriture oraculaire ........................................................ 36
ème èmeIII. Période haut archaïque (11 siècle av. J.-C. – 6 siècle av. J.-C.).
Recherche de ZHI et ZHE dans l’écriture sur le bronze
et dans le « Shi Jing » (Livre des Odes)........................................ 39
III.A. Etudes des usages de ZHI , et de ZHE dans l’écriture sur
le bronze G?[ à partir du corpus du « !?
<G?[L???k » (Recueil des
écritures sur le bronze de Yinzhou) (Zhang, 2001) ....................................... 39
III.A.1. Recherches de ZHI dans l’écriture sur le bronze ....... 39
III.A.2. Morphèmes Zhiyu et Zhizai ................................... 47
III.A.3. Nouvelle fonction de ZHI en tant que particule nominale (PV)
s’inscrivant dans la structure ‘ZHI + V’.................................................... 50
III.A.4. Nouvelle fonction de ZHI en tant que particule déterminative
(Part.a) dans la structure ‘N1 + ZHI + N2’ ............................................... 56
III.A.5. Conclusions sur les études de ZHI dans l’écriture sur le
bronze…………………………………………………………………….65
7
G?[5?!64?A?P|[?G??5??b[?+7?bIII.A.6. Recherche de ZHE dans l’Ecriture sur le Bronze G?[ ...... 67
III.A.7. Conclusions sur ZHE dans l’écriture sur le bronze............. 78
III.B. Recherche de ZHI et ZHE dans le « Shi
Jing » (Livre des Odes)......................................................................... 79
III.B.1. Recherche de ZHI dans le « Shi Jing » ...................... 79
III.B.2. Etude et comparaison des ZHI ?!6?7? et ................... 93
III.B.3. Etudes de ZHE du « Livre des Odes » ............................. 103
III.B.4. Conclusions sur les fonctions de ZHI ?7??!6?b et de
ZHE relevés dans le « Livre des Odes » .......................................... 109
ème èmeIV. Période bas-archaïque (5 siècle av. J.-C. – 3 siècle av. J.-C.).
Recherche de ZHI et de ZHE dans le « Lunyu » et le « Mengzi
» ………………………………………………………………………..113
IV.A. Recherche de ZHI ............................................................. 114
IV.A.1. Verbe ZHI signifiant « aller », « arriver à »........................... 116
IV.A.2. Pronoms ................................................................................. 119
IV.A.3. Morphème Zhiyu ................................................................... 121
IV.A.4. Particule nominale ZHI (PV) en structure ‘ ZHI + V (VP)’,
avec la structure variante ‘ZHISUO + V (VP)’....................................... 122
IV.A.5. Particule modale ZHI (Part.M) .............................................. 124
IV.A.6. ZHI en tant que particule déterminative (Part.a) en structure
‘N1 + ZHI + N2’ ..................................................................................... 126
IV.A.7. Nouvelle particule ZHI de type c (Part.c) en architecture
?9(VP) + ZHI + N’............... ................................................................. 129
IV.B. Etudes de ZHE .................................................................. 132
IV.B.1. ZHE comme Pronom Temporel (PT) ................................... 134
IV.B.2. ZHE en tant que particule de type b’ (Part.b’) s’inscrivant dans
la structure de ‘Adj + ZHE’ .................................................................... 135
IV.B.3. ZHE en tant que particule de type c’ (Part.c’) en structure
?9(VP) + ZHE ? 137
IV.B.4. ZHE comme particule modale (Part.M).................................138
8
5?A?4??!6?7??b5?$A?4?35?A?A?b5?5?H5?5?IV.C. Conclusions sur les fonctions de ZHI et de ZHE dans le
chinois bas-archaïque, observées dans « Lunyu » et « Mengzi » ................ 140
IV.D. Conclusions des études des ZHI ?!6?7??b et de ZHE
comme particules dans le chinois haut et bas-archaïque ........................ 142
ème èmeV. Période prémédiévale (3 siècle av. J.-C. – 3 siècle ap. J.-C.).
Recherche de ZHI , de ZHE et de SUO dans le « Shiji »
(Mémoires historiques) par Sima Qian , et dans le « Hanshu »
par Ban Gu ............................................................................................ 149
V.A. Etudes des fonctions de ZHI , ZHE et de SUO dans le
« Shiji » par ............................................................................ 150
V.A.1. Fonctions de ZHI observées dans le « Shiji ».......... 151
V.A.2. ZHE »......... 165
V.A.3. Fonctions de SUO observées dans le « Shiji ».................. 172
V.B. Recherche de ZHI , de ZHE et de SUO dans le « Hanshu
» (Livre des Han) par Ban Gu .......................................................179
V.B.1.Fonctions de ZHE observées dans le « Hanshu ": »
V.B.2. Fonctions de ZHE observées dans le « Hanshu ": » .... 188
V.B.3. SUO observées dans le « Hanshu ": ».... 192
V.C. Constat sur les particules apparues dans « Chang E Han Shi Bao Fa
Jing Juan Shang KSL?y"?4?K? » rédigé par Anshigao ..... 195
V.D. Conclusions sur les études de ZHI , de ZHE et de SUO
observés dans le chinois prémédiéval à partir des sources « Shiji » et
« Hanshu ": ».......................................................................................... 196
V.D.1. Fonctions de ZHI dans le chinois prémédiéval................. 196
V.D.2. ZHE ................ 198
V.D.3. Fonctions de SUO 199
V.D.4. Résumé général sur les rôles des particules majeures............ 201

9
5?]?P??5?5?)??)?:E?"?5??A?5?5??:"?A?P@5?A??A??A?5?5??P@E?ème èmeVI. Période haut-médiévale (3 siècle ap. J.-C. – 6 siècle ap. J.-C.).
Recherche de ZHI , de ZHE et de SUO dans « Shi Shuo Xin Yu
» (Anecdotes contemporaines et nouveaux propos) par Liu Yiqing
, et dans « Bai Yu Jing » (Sutra des Cent Paraboles) traduit
par Qiunabidi ................................................................................ 203
VI.A. Recherche de ZHI , de ZHE , de SUO et de XU dans
le « Shi Shuo Xin Yu ?A??A? » (Anecdotes contemporaines et nouveaux
propos) par Liu Yiqing ..................................................................205
VI.A.1. Fonctions de ZHI observées dans le « Shi Shuo Xin Yu
»…………………………………………………………………...206
VI.A.2.Fonctions de ZHE dans le « Shi Shuo Xin Yu » 217
VI.A.3. Etudes de SUO observé dans le « Shi Shuo Xin Yu
»……………………………………………………………………...222
VI.A.4. Conclusions sur les fonctions de ZHI , de ZHE et de SUO
apparues dans le « Shi Shuo Xin Yu » ..............................228
VI.B. Recherche de ZHI , de ZHE et de SUO dans « Bai Yu
Jing » (Sutra des Cent Paraboles) traduit par Qiunabidi 231
VI.B.1. Etudes de ZHI observé dans le « Bai Yu Jing »... 231
VI.B.2. Etudes de ZHE observé dans le « Bai Yu Jing » .............. 241
VI.B.3. Fonctions de SUO observées dans le « Bai Yu Jing » ...... 251
VI.B.4. Conclusions sur les fonctions de ZHI , de ZHE et de SUO
observé s dans le « Bai Yu Jing »...................................................... 256
VI.B.5. Conclusion générale sur l’ensemble des données ZHI , ZHE
et SUO du « Bai Yu Jing » ............................................... 260
VI.C. Conclusions sur les études de ZHI , de ZHE et de SUO
observés dans le chinois haut-médiéval, en référence aux sources « Shi Shuo
Xin Yu » et « Bai Yu Jing » ........................................................................ 262
VI.C.1. Fonctions de ZHI .............................................................. 262
VI.C.2. ZHE ............................................................. 263
VI.C.3. Fonctions de SUO 265
VI.C.4. Conclusion générale sur les évolutions de ZHI, de ZHE et de
SUO dans le chinois haut-médiéval ........................................................ 266
10
,R?4?H?5?Fw5?5?5??5??,R?4??A?Fw!?4?5?Z"?,R?4??A?5?A?5??A??A?!?"5?,RA??A??A?A?5??A??A?
?ZèmeVII. Période bas-médiévale (6 siècle ap. J.-C. – 1250 ap. J.-C.).
Recherche de ZHI , de ZHE , de SUO et de DI dans le « Zu Tang
Ji » (Recueil de la salle des patriarches) et dans le « Zhuzi Yulei
» (Recueil des paroles de Maître Zhu) ............................................ 269
VII.A. Recherches de ZHI , de ZHE , de SUO et de DI dans
le « Zu Tang Ji » ............................................................................271
VII.A.1. Fonctions de ZHI observées dans le « Zu Tang Ji
»……………………………………………………………………...275
VII.A.2. Fonctions de ZHE observées dans le « Zu Tang Ji
»……………………………………………………………………...283
VII.A.3. Fonctions de SUO observées dans le « Zu Tang Ji
»……………………………………………………………………...290
VII.A.4. Fonctions de XU dans le « Zu Tang Ji » ..... 295
VII.A.5. Comparaison des pronoms locatifs SUO et XU .. 295
VII.A.6. Nouvelle particule DI et ses fonctions dans le « Zu
Tang Ji » (Recueil de la Salle des Patriarches)........................... 295
VII.A.7. Conclusions sur les fonctions de ZHI , de ZHE , de
SUO , de XU (particules traditionnelles) et de DI (nouvelle
particule) observées dans le « Zu Tang Ji /*?L? » (Recueil de la salle
patriarche) ………………………………………………………………306
VII.B. Recherches de ZHI , de ZHE et SUO et de DI dans
le « Zhuzi Yulei » .....................................................................310
VII.B.1. Fonctions de ZHI observées dans le « Zhuzi Yulei » 316
VII.B.2. ZHE 320
VII.B.3. Fonctions de SUO 324
VII.B.4. Fonctions de la nouvelle particule DI dans le « Zhuzi
Yulei » (Recueil des paroles de Maître ZHU)......................................... 326
VII.B.5. Conclusions sur les usages des particules ZHI , ZHE ,
SUO et DI observées dans le « Zhuzi Yulei ».............. 334
VII.B.6. Conclusion sur les particules structurales (traditionnelles
et nouvelle) observées dans le chinois bas-médiéval en référence aux
sources « Zu Tang Ji » et « Zhuzi Yulei $A?2O »................. 337
11
$A?2Oi$5?5?5?/*?i/*?iL?A?i2O5?L?L?/*?L?ii$A?2OA?/*?/*?L?/*?L?A?A?L?5?/*?L?/*?i5?5?VIII. Conclusions ............................................................................... 341
IX. Abréviations ...................................................................................... 355
X. Bibliographie ..................................................................................... 357
I. Introduction
Trois particules structurales fréquemment utilisées dans la langue chinoise
contemporaine se prononcent DE, et sont représentées par trois caractères écrits :
的、地、得. Ces trois particules qui couvrent de multiples fonctions
grammaticales d’une manière active et puissante, sont les plus employées dans
l’expression linguistique de la langue contemporaine. Au delà, elles jouent un
rôle spécifique en langue vernaculaire selon l’exemple rapporté par Hu (1935) :
‘Si l’on convertit la phrase (en langue vernaculaire白话) du roman « Au bord
de l’eau 水浒传 », « 你这与奴才做奴才的奴才 » (Toi, le serviteur qui est
devenu un serviteur de serviteur), en chinois classique par excellence 文言
comme « 汝奴之奴 » (Toi, celui qui est le serviteur de serviteur), cette phrase
perd toutes les forces exprimées en langage vernaculaire 白话’. Nous notons
que, dans un tel cas, un des éléments révélant la nuance entre la langue
classique et la langue vernaculaire est la particule structurale déterminative avec
deux apparences, celle du vernaculaire contemporain en tant que ‘DE 的’, et
celle du classique en tant que ‘ZHI 之’.
Dans une situation où se mêlent les trois particules structurales ‘DE’, les
confusions sont permanentes. Jusqu’au début du siècle dernier, elles ne se
èmedifférenciaient pas dans leurs utilisations. C’est à partir des années 50 du 20
siècle que les linguistes chinois ont établi une règle pour les distinguer
officiellement. Le Tableau I.1. illustre les 6 principaux usages de la première
particule structurale DE 的 dans le chinois contemporain, il s’agit d’une reprise
du dictionnaire « Xinhua Zidian 新华字典 » (« le dictionnaire chinois de la
Chine nouvelle »).
En dépit d’une telle intervention artificielle, les emplois de ces trois
particules n’apparaissent toujours pas évidents. En fait, les origines de ces
particules, qui peuvent aider à comprendre leurs usages, ont ‘intrigué’ de
nombreux linguistes et certains d’entre eux ont effectué, dès le siècle dernier,
des recherches approfondies consacrées à ce sujet. Otatatsuo (1958), va
inaugurer un long parcours sur ce thème de recherche. Les études se sont alors
focalisées sur la venue de DI 底, considéré comme l’embryon de DE 的, qui
èmeserait apparu au cours du chinois bas-médiéval (6 siècle ap. J.-C. – 1250 ap.
J.-C.). Toutefois, on a constaté que la première particule ‘DE’ 的 n’a existé qu’à
èmepartir de la période des Yuan 元代 (14 siècle).
Mon travail de thèse, suivant une approche diachronique et cognitive, est
consacré aux 6 fonctions de la première particule DE 的, avec pour objectif de
13 comprendre les origines et les évolutions de cette particule depuis le chinois
ème èmepré-archaïque (14 siècle av. J.-C. – 11 siècle av. J.-C.) jusqu’au chinois
èmebas-médiéval (6 siècle ap.J.-C. – 1250 ap. J.-C.), c'est-à-dire au moment de
l’arrivée de DI 底, l’embryon de DE 的. Les 6 premières structures assurées par
DI 底 s’inscrivent : (1) entre noms ou entre pronom et nom, appelée de type a
(Part.a), (2) entre adjectif et nom, de type b (Part.b), (3) entre verbes ou bien
entre locution verbale (VP) et nom, de type c (Part.c), (4) derrière nom ou
pronom, de type a’ (Part.a’), (5) après adjectif, de type b’ (Part.b’), (6) derrière
verbe ou locution verbale, de type c’ (Part.c’).

Part.a : ‘N + DE + N’ Part.a’ : ‘Nom + DE’
Ex : 中国的水稻 Ex : 破铜烂铁的
Zh ōng-guó DE shu ǐ- dào Pò tóng làn t ǐe DE
Chine Part.a riz Usagé cuivre fer Part.a’
Riz de Chine Ceux qui sont de cuivre et de
fer usagés
Part.b : ‘Adj + DE+N’ Part.b’ : ‘Adj + DE’
Ex : 红色的气球 Ex : 美丽的、满满的
Hóng-sè DE qì-qíu M ěi-lì DE m ǎn-m ǎn DE
Rouge Part.b ballon Magnifique Part.b’, plein
Part.b’
Le ballon rouge
Celui qui est magnifique,
celui qui est plein
Part.c : ‘V (VP) + DE + N’ Part.c’ : ‘V (VP) + DE’
Ex : 谁买的书 ? Ex : 买菜的 吃的
Shuí m ǎi DE sh ū M ǎi cài DE, ch ī DE
Qui acheter Part.c livre Acheter légumes Part.c’,
manger Part.c’ C’est qui celui qui a acheté
Celui qui achète des légumes, un livre ?
celui qui en mange
Tableau I.1. Les 6 fonctions principales de la particule structurale ‘DE 的’ dans
le chinois contemporain.

A l’instar de la recherche diachronique lancée par Alain Peyraube dans son
ouvrage « Syntaxe diachronique du chinois » (Peyraube, 1988), mon travail vise
à retracer les évolutions des particules structurales à travers des époques
successives. Cette approche permet d’aller au-delà des conclusions obtenues par
14 des recherches de type synchronique, généralement non explicatives, et de
mieux comprendre pourquoi et comment l’ensemble des évolutions
grammaticales est constitué de stabilités, de changements, et de mutations
brusques.
En m’appuyant sur une approche diachronique et cognitive, j’essayerai de
découvrir tous les phénomènes qui ont conduit aux évolutions des particules
structurales. En particulier, je ne souhaite pas me limiter ici à des explications
1généralement acceptées de type « génétique » , voire, « végétal génétique ». Ces
explications peuvent être métaphoriquement interprétées comme ci-après : un
grain venant d’un certain végétal, planté dans un sol différent, va donner des
fruits différemment. Mon travail va s’interroger sur ce type de raisonnement, et
essayera de comprendre s’il existe, à côté d’une naissance « héréditaire »,
« génétique », des dérivations provoquées par des interactions de plusieurs
2origines telles que le « parallélisme » à partir d’une même origine, ou
l’interaction’ entre deux origines. C'est-à-dire qu’il s’agit de savoir si une
naissance « bio-fusionnée » s’avère possible. Au-delà, mon travail pourra
encore regarder si les évolutions ne s’interprètent pas que dans une perspective
de « bio-transformation », alors qu’elles peuvent aussi être des produits
d’actions de type « socioculturel ».
Ce travail ne vise pas à justifier telle ou telle théorie linguistique mais, à
partir d’une étude approfondie sur des données, notre objectif est de formuler
quelques nouvelles réflexions sur la nature de l’évolution linguistique suivant
3en cela l’approche de Wu (2002).
Les recherches effectuées précédemment sur la venue de DI 底 aboutissent à
des conclusions diverses que l’on peut classer selon 3 écoles. La première
estime que ZHI 之 est à l’origine de DI 底, tel est l’avis de Wang (1958). Mei
(1988) soutient cette hypothèse, mais pense que DI 底 a été contaminé par les
usages grammaticaux de ZHE 者. La deuxième école s’appuie sur le point de
vue de Lü (1943) qui estime que ZHE 者 est à l’origine de DI 底. Quant à la
ème3 école, représentée par Jiang (1999), elle considère que l’origine de DI 底
est SUO 所 et XU 许 en tant que pronoms locatifs lesquels ont dérivé en
particules possessives.

1 L’emploi d’un tel terme exclut ici toute référence à la théorie « Genetic Language ». Il ne
s’agit que d’une métaphore indiquant que l’évolution grammaticale est provoquée par des
éléments internes.
2 Le parallélisme s’inscrit dans l’analogie. Il s'agit d'un mécanisme par lequel les fonctions
d’un mot provoquent la naissance d’autres mots avec de nouvelles fonctions. Certains linguistes
désignent ce mécanisme par « stratégie réciproque ».
3 L’objectif à atteindre est non seulement d’appliquer ces théories mais aussi de les
développer ; c’est la raison pour laquelle on devra approfondir la recherche en linguistique
chinoise.
15 L’hypothèse de Wang s’appuie non seulement sur les fonctions de ZHI 之,
mais aussi sur son caractère phonologique. Il pense que la fonction
déterminative (Part.a) de ZHI 之 est identique à celle de DI 底, puisque la rime
antique de ZHI 之 est la même que celle de DI 底.
Mei (1988) suit la position de Wang 王力 et affirme que DI 底 est issu de
ZHI 之 au niveau phonologique. Toutefois, Mei pense qu’au niveau
grammatical DI 底 a été contaminé par ZHE 者, car ZHE a couvert les usages
de ZHI之.
Par rapport à l’hypothèse de Wang, Lü (1943) prend une position opposée. Il
pense que ZHE 者 a été à l’origine de DI 底. Lorsque ZHE 者 commence à
couvrir les usages de ZHI 之, DI 底 est apparu, et DI se présente en tant
qu’héritier de ZHE. Feng (1990) développant cette hypothèse, estime que DI 底
remplace ZHE 者 avec une égalité d’usage grammatical, et que le pronom
démonstratif DI 底 a été l’origine de la particule DI 底. L’idée de Feng sur « le
remplacement des mots » offre un nouvel horizon dans l’étude sur l’origine de
DI 底.
Contrairement à ces voies traditionnelles, Jiang (1999) a émis une nouvelle
hypothèse : elle pense que la particule DI 底 a dérivé du pronom locatif DI 底
en ayant subi une ré-analyse des pronoms locatifs SUO 所 et XU 许. Le pronom
locatif DI 底 s’est transformé en « particule possessive » de type a’ (Part.a’)
s’inscrivant dans la structure ‘N (Pron.) + DI’, puis cette particule DI de type a’
absorbe les fonctions des particules de ZHI 之, de ZHE 者 et de DI 地. Ci-après,
une reprise du schéma décrit par Jiang :



Shi et Li (1998) estiment que l’origine de DI 底 est le pronom démonstratif
GE 个 . En dépit des contestations concernant cette hypothèse, les
ressemblances d’usages manifestées par GE 个 et par DI 底 que ces deux
chercheurs ont notées, méritent quelques réflexions approfondies puisque nous
assistons encore aujourd’hui au fait que certains classificateurs de type GE 个
peuvent aussi assumer la fonction de la particule déterminative (Part.a) dans de
nombreux dialectes chinois.
16 En résumé, les recherches effectuées sur l’origine de DI 底, conduisent aux
hypothèses d’une origine venue soit de ZHI 之, soit de ZHE 者, soit dérivée de
ces deux termes, soit de SUO 所 et XU 许. Ces hypothèses s’appuient sur le fait
qu’il existe une relation héréditaire entre DI底 et son origine. C'est-à-dire que
la particule DI 底 est génétiquement transformée d’un mot qui est tantôt DI 底
tantôt d’autres mots, après une dérivation grammaticale.
Pour réaliser notre objectif, nous devons étudier un certain nombre de corpus
4représentatifs de la langue chinoise vernaculaire de la période du chinois pré-
ème èmearchaïque (14 siècle av. J.-C. – 11 siècle av. J.-C.) à la période du chinois
èmebas-médiéval (6 siècle ap. J.-C. -1250 ap. J.-C.), en traversant les époques du
ème èmechinois haut-archaïque (11 siècle av. J.-C. – 6 siècle av. J.-C.), bas-
ème ème èmearchaïque (5 siècle av. J.-C. – 3 siècle av. J.-C.), prémédiéval (3 siècle
ème ème èmeav. J.-C. – 3 siècle ap. J.-C.), et haut-médiéval (3 siècle ap. J.-C. – 6
siècle ap. J.-C.).
En ce qui concerne le chinois pré-archaïque (voir chapitre II), nous avons
étudié l’écriture oraculaire rapportée dans « A concordance to fascicle three of
inscriptions from the Yin Ruins 殷墟文字丙编通检 » (Takashima, 1986 ).
A propos du chinois haut archaïque (voir chapitre III), deux corpus ont été
analysés : l’écriture sur le bronze rapportée dans le « Recueil des écritures du
bronze de YIN ZHOU殷周金文集成引得 » (Zhang, 2001) (de 1046 av. J.-C. à
221 av. J.-C.), puis, les textes du « Livre des Odes » (1046 av .J.-C. – 476 av. J.-
C.) rapportés dans « A concordance to Shi Jing 诗经索引 » (Lü and Chen,
1984).
Quant au chinois bas-archaïque (voir chapitre IV), deux canons
confucianistes ont été retenus : le « Lunyu » « Les entretiens » (770 av. J.-C. –
220 ap. J.-C.) rapporté dans « A concordance to Lunyu 论语逐字索引 »
(1995a) ; et le « Mengzi » « le Mencius » (476 av. J.-C. – 221 av. J.-C.),
rapporté dans « A concordance to Mengzi 孟子逐字索引 » (1995b)
En ce qui concerne le chinois prémédiéval (voir chapitre V), deux corpus ont
été étudiés : le « Shiji 史记 » (« Mémoires historiques ») qui aurait été rédigé
vers 100 avant l’ère chrétienne, lequel est rapporté dans « Shiji » (Sima, 1997)
et le « Hanshu 汉书 » (« Livre des HAN ») rédigé durant les Han postérieurs
(25 ap. J.-C. – 220 ap. J.-C.), lequel est rapporté dans « Hanshu 汉书 » (Ban, 汉
代).

4 Pour certains corpus semblant être rédigés en langue chinoise classique (écrite), il doit y
avoir des passages en langue vernaculaire.
17 En ce qui concerne le chinois haut-médiéval (voir chapitre VI), deux corpus
ont été étudiés : le « Shi Shuo Xin Yu 世说新语 » « Anecdotes Contemporaines
et Nouveaux Propos » édité entre 403 et 444 après l’ère chrétienne, rapporté
dans « Shi Shuo Xin Yu Hui Jiao Ji Zhu 世说新语汇校集注 » (Liu, 南朝 宋) et
le canon bouddhique « Baiyujing 百喻经 » (« Sutra des Cent Paraboles »),
traduit en chinois en 492, rapporté dans « A concordance to Baiyujing »
(Меньшиков et Eifring, 1992).
Quant au chinois bas-médiéval (voir chapitre VII), deux sources ont été
mises à notre disposition : le corpus bouddhique du courant Chan 禅 (Zen), le
« Zu Tang Ji 祖堂集 » (« Recueil de la salle des patriarches »), édité en 952,
rapporté dans « Zu Tang Ji » (Shi et Shi, 952a) et le corpus du néo
confucianisme « Zhu Zi Yu Lei 朱子语类 » (« Recueil des paroles de Maître
Zhu »), édité en 1270, rapporté dans « Zhu Zi Yu Lei Ji Lue 朱子语类辑略 »
(Zhang, 1708).
Le chapitre VIII sera consacré à la conclusion de ce travail en intégrant dans
une perspective générale les résultats intermédiaires obtenus.
èmeII. Période pré-archaïque (14 siècle av. J.-
èmeC. – 11 siècle av. J.-C.). Etude de ZHI 之
5dans l’écriture oraculaire 甲骨文
L’écriture oraculaire, découverte archéologique à partir des années 1920
dans la province du Henan 河南, est considérée comme l’écriture la plus
ancienne. Elle correspond à un langage utilisé pour des usages spécifiques.
èmeCette écriture, datée du 14 siècle avant notre ère, était consacrée à la
description de cérémonies divinatoires. Les domaines de ces divinations
concernent : le climat, les saisons, les dates, les conquêtes, les chasses, les
récoltes, les expéditions, les naissances et les maladies. Les textes évoquent
aussi des cérémonies rituelles.
Malgré ces spécificités et grâce à la variété des domaines qu’elle évoque,
l’écriture oraculaire, seule trace de la langue de l’époque, nous permet de
présenter un aperçu linguistique concret de cette période.
Xu (1988) classe les sens sémantiques et les usages de ZHI dans l’écriture
oraculaire comme ci-après :
 之 signifie les pieds (représentés par 止 ) sur la terre, et à partir de ce
sens sémantique, ZHI 之 va évoquer le sens d’aller (prêt à partir)
(voir ci-après les graphes de l’écriture oraculaire de ZHI 之 et ZHI
止) ;


 ZHI est égal à SHI 是, et à CI 此 (ceci, cela) ;
 ZHI 之 représente un nom de lieu ;
 ZHI 之 représente un nom de personne.
Xu rappelle que :

5 En référence au corpus « A concordance to fascicle three of inscriptions from the Yin Ruins
殷墟文字丙编通检 » Takashima, K. 高. (1986 ). 殷墟文字丙编通检 A concordance to fascicle
three of inscriptions from YIN ruins (中央研究院历史语言研究所出版 Institute of history and
philology academia sinica, Taipei).
19 6 Parmi les deux dictionnaires classiques, « Erya 尔雅 » indique que
7ZHI 之 est égal à WANG 往 (aller), et pour « Shuowen 说文 » ZHI
之 correspond à CHU 出 (sortir).
Naturellement, des différences, des nuances, ainsi que des confusions
existent entre ZHI 之 et ZHI 止, et alimentent toujours des discussions entre
linguistes. Nous allons explorer ces différences et ces confusions dans le
chapitre suivant avec une étude s’appuyant sur les données du « Livre des
Odes ».
Après avoir étudié les usages de ZHI 之 dans l’écriture oraculaire, selon « A
concordance to fascicle three of inscriptions from the Yin Ruins殷墟文字丙编
通检 » (Takashima, 1986), nous regroupons les fonctions de ZHI dans les
catégories suivantes :
 Verbe (V) :
o ‘Partir’, ‘aller’, comme WANG 往 du chinois classique, et QU
去 du chinois contemporain ;
 Pronoms (Pron.) :
o Pronom locatif (mot de lieu, PL) : là-bas NA LI 那里 du
chinois contemporain. Les morphèmes YUZHI 于之 (être là-
bas) et ZIZHI 自之 (de là-bas) sont inclus dans cette catégorie ;
o Pronoms démonstratifs (PD) : cela NA 那, comme ça NA
YANG那样 du chinois contemporain ;
o Pronoms personnels (PP) : il, elle, lui, TA 他 她 du chinois
contemporain ;
o Pronom possessif (génitif) (PPG) : son (sa, ses), QI 其 du
chinois classique et TA DE 他的 du chinois contemporain ;
 Particule structurale déterminative en présence de la structure a (Part.a)
‘N1+ZHI+N2’.

Tous ces usages sont présentés dans le Tableau II.1., les Figures II.1. et
II.2.

6 Considéré comme le plus ancien dictionnaire chinois ou encyclopédie chinoise.
7 ème « Shu ōwén Ji ězì » (說文解字/说文解字), un dictionnaire classique daté du début du 2
siècle av. J.-C. dont l’auteur est Xu Shen.
20 Le verbe ZHI 之 comme « partir », « aller » occupe 18 % par rapport à la
totalité des usages (V). Les pronoms sont largement employés : ils apparaissent
dans 80 % de la totalité (Pron.), dont les mots de lieu (pronom locatif, PL) qui
s’y intègrent à 12 %, les pronoms démonstratifs (PD) à 54 %, et les pronoms
personnels (PP) à 23 %. La particule structurale ‘a’ (Part.a) n’apparaît qu’une
seule fois et occupe 2 % de la totalité des usages.
Particule
V Pronoms (Pron.) déterminative
Structure ‘a’
(Part.a)
8V PL PD PP N1 + ZHI + N2
12 29 PP : 13 1 Yu Zhi 于之 : 4
PPG : 2 Zi Zhi 自之 : 3
9Autre : 1
12 8 29 15 1
12 52
65
Tableau II.1. Répartitions de ZHI dans l’écriture oraculaire.

Fonctions de ZHI 之dans l'écriture oraculaire 1
Part.aPL V
2 % V12 % 18 %
PP
PD
PL
Part.a
PP
PD 54 %
23 %


8 Comprenant Pronom personnel et Pronom possessif.
9 331 (1) 丙其雨之.
21 Fonctions de ZHI 之 dans l'écrtiure oraculaire 2
Part.a V
2 % 18 %
V
Pron.
Part.aPron.
80 %

Figures II.1 et II.2. Répartitions de ZHI dans l’écriture oraculaire.
II.A. Verbe (V)
Commençant par la graphie de ZHI 之, deux lectures et interprétations sont
possibles : soit verbe, soit pronom démonstratif, plus précisément pronom
locatif.
Si l’on interprète ZHI之 comme pronom démonstratif, en tenant compte des
multiples sens de ZHI止, on prend d’abord le sens de ZHI 止 comme nom :
« les pieds », puis une ligne s’ajoute aux « pieds », ce qui deviendra ZHI之.
Donc, l’interprétation de ce dernier pourrait être : « ici ». En effet, « ici » est
représenté par ZI 兹 dont la graphie s’affiche comme . Par conséquent,
l’hypothèse de ZHI 之 de sens sémantique « ici » échoue. Ensuite, on va
prendre ZHI 止 dans son sens de verbe « s’arrêter ». Dans ce cas, ZHI之 pourra
être interprété comme « là-bas » (où s’arrêtera un mouvement). Cette
interprétation reste plus convaincante. Par conséquent, nous pouvons conclure
que ZHI 之 a été plus conduit et influencé par le sens de ZHI 止 étant le verbe
« s’arrêter ». D’une manière générale, il nous parait que le sens sémantique
verbal joue plutôt le rôle de conducteur et de cause.
Si l’on interprète ZHI 之 comme verbe, la présentation graphique de ZHI
pourra être interprété comme « prêt à partir », donc « partir », ou « aller ». Le
mouvement d’aller se prolonge, conduira au sens d’un résultat de mouvement
qui sera la « destination ». ZHI 之 deviendra alors « là-bas » comme pronom
locatif (mot de lieu).
22 Sur le plan cognitif, le constat de mouvement sera représenté par un verbe
exprimant ce mouvement , lequel devra naître avant le constat du lieu qui sera
représenté ensuite par un pronom locatif. D’un point de vue de
grammaticalisation, un mot possédant un sens concret évoluera vers un autre
mot d’un sens moins concret. Cette logique peut s’appliquer à l’évolution qui
part d’un verbe vers un pronom locatif 处所词. Ceci peut également expliquer
l’évolution des constats et des concepts de réalité vers les déterminations et les
concepts d’abstraction. Hopper et Traugott (2003, p. 33) affirment qu’il y a des
facteurs sémantiques en grammaticalisation qui conduisent à des changements
unidirectionnels et, en particulier, à des tendances menant des sens concrets à
des sens plus abstraits. Alors que plusieurs linguistes comme Djamouri (1994)
indiquent que ZHI之 dans son sens de verbe n’existait qu’à partir de l’époque
des Royaumes combattants (5ème siècle avant J.-C.), et que le sens du verbe
« aller » n’est pas apparu sur les documents du chinois pré-archaïque, d’autres
linguistes ont apporté des conclusions différentes. Yue (1998) montre qu’une
possibilité de pronom démonstratif de ZHI 之 provenant du verbe de
mouvement est probable, même plausible, mais sans approfondir cette
démonstration. Fang (2001) a évoqué « l’hypothèse d’une évolution de ZHI之
depuis le verbe « aller » au mot de lieu (pronom locatif) « là-bas » dès le chinois
archaïque ».
Quant à nous, nous pensons qu’une telle transformation de ZHI 之 du verbe
en pronom locatif (nom de lieu) faisant partie des noms, pourrait être comparée
avec les exemples du français « être » et « avoir » comme verbes, lesquels, en
rajoutant « l’ », deviennent des noms. « Avoir » évoquant le sens de posséder,
deviendra « l’avoir » au sens de possession; et « être » signifiant exister, et se
trouver, se transformera en « l’être » exprimant la créature, l’homme. Ceci
témoigne bien qu’une transformation d’un verbe vers un nom s’avère possible.
Quant à d’autres preuves plus propres au domaine de chinois, Wu (2007 ) a mis
en évidence « la transformation d’un verbe de l’état de mouvement à un mot
locatif 方位词 (faisant partie des noms), comme HOU 后. Cette évolution s’est
déjà opérée pour le chinois archaïque de la période pré-Qin. (221 av. J.-C.) »
Toutefois, nous estimons que la possible lecture de ZHI 之 comme verbe
« partir », « aller » ne rejette pas l’existence de YU 于 dès l’époque de l’écriture
oraculaire, comme étant aussi verbe « aller ». Guo (2005) met en évidence que
« YU évoque en effet « aller et arriver à », que YU montre la volonté de se
rendre à tel endroit, puis, qu’un objet de lieu doit être associé derrière YU ».
Luo (2007) confirme que « YU étant à l’origine un verbe qui était un mot plein
实词, va évoluer en devenant un mot vide 虚词 ; précisément il deviendra une
préposition 介词 ».
23 Il nous pla ît donc de penser que ZHI 之 comme verbe « aller » s’oriente
plutôt vers le sens simple de « partir », mais ZHI ne se préoccupe pas
d’atteindre un résultat qui soit un objectif physiquement existant. En revanche,
YU va plutôt jouer le rôle du verbe « aller », en rajoutant la nuance objective
d’arriver à un lieu réel. C’est pourquoi, puisque ZHI 之 n’enchaîne pas vers un
objectif physiquement existant, il va dériver vers un mot plus subjectif, en
devenant de lui-même le pronom locatif signifiant « là-bas ».
Un seul ZHI 之 comme par exemple ZHI et Bu Qi ZHI 不其之 dans
l’écriture oraculaire déclenche un véritable débat entre les linguistes qui le
considèrent comme pronom et ceux qui le considèrent comme verbe. Mais le
sens de verbe nous parait plus convaincant. Dans le but de divination, si ZHI est
un pronom démonstratif (voire interprété comme un pronom personnel de la
troisième personne), ZHI peut être interprété par exemple comme « là-bas »,
« cela », ou bien « il ». Mais tous ces mots auraient pu être remplacés
directement par un nom précis et concret. Quant à Bu Qi ZHI 不其之, puisque
QI 其 est un marqueur du futur, il est difficile d’imaginer qu’un pronom
démonstratif s’attache derrière un tel marqueur du futur. En revanche, il est plus
convaincant qu’un verbe soit mis à sa place. (Voir les exemples 158 (1) et 364
(1)).
10Les recherches archéologiques au sujet de YIN XU 殷墟 montrent que le
territoire de YIN 殷 a doublé d’espace en 254 ans de règne, et que les conquêtes
occupaient une partie importante de la vie politique de YIN. Nous supposons
que des cérémonies divinatoires sont réservées et pratiquées par la classe
dirigeante. Par conséquent, les divinations dédiées aux conquêtes indiquant les
sens de : « partir », « aller », devaient exister naturellement dans les textes de
l’écriture oraculaire. Nous pouvons penser que les pièces de 158 (1) 330 (4),
335 (4) et 364 (1) sont consacrées aux conquêtes pour lesquelles le verbe ZHI
之 signifie « aller ».
1. 之 ? 158 (1)
Zh ī ?
V (Aller) ?
Aller?
2. 其曰之?193 (1), (3)
Q ī yu ē zh ī ?

10 Ruine YIN est l’ancien site de la dernière capitale de l’époque des SHANG 商. Cette
capitale, construite en 1300 av. J.-C., s’est éteinte en 1046 av. J.-C.
24 11FUT dire V (aller) ?
Dira-[t-on] d’aller ?
3. 不曰之?193 (2)
Bù yu ē zh ī ?
12NEG dire V (aller) ?
Ne pas dire d’aller ?
4. 不其之 330 (4)
Bù qí zh ī
NEG FUT V (aller)
N’ira pas?
5. 之午亡□?335 (4)
Zh ī w ǔ wáng □ ?
V (Aller) Wu fuir □?
Aller à Wu pour fuir (de) □ ?
6. 之其凡?364 (1)
Zh ī qí fán ?
V (Aller) FUT enfreindre ?
D’aller va enfreindre (le désir du ciel) ?
II.B. Pronoms
II.B.1. Pronoms locatifs (PL)
Le verbe ZHI 之 qui, initialement, invoque la signification sémantique
« partir », « aller », peut être, à un moment donné, remplacé par ZHI 止
symbolisant « s’arrêter à », ou par ZHI 至 signifiant « arriver à » (ce point sera
abordé plus en détail dans le chapitre III avec les études sur le « Livre des
Odes »). Ensuite, ZHI 之 va dériver vers le sens d’un nom comme « où

11 Marqueur de futur, modèle venant des publications de Djamouri.
12 Marqueur de négation, modèle venant des publications de Djamouri.
25 s’arrêter » et, par une procédure métaphorique 借喻, ZHI 之 sera conduit à être
un mot de lieu (pronom locatif) signifiant « là–bas ». ZHI comme pronom
locatif (mot de lieu) apparaît essentiellement dans les associations avec ZI ZHI
自之 et YU 于, ZI ZHI 自之 et YU ZHI 于之.
7. 自之 305 (4)
Zì zh ī
Depuis PL (là-bas)
De là-bas.
8. 乇,王循于之若 300 (1)
Tu ō,wáng xún yú zh ī ruò
Tuo, roi suivre à PL (là-bas) approuver
Tuo, le roi suit jusque là-bas pour approuver.
9. 王固曰:丙其雨之?331 (1)
Wáng gù yu ē:b ǐng q ī y ǔ zh ī ?
Roi Gu Dire : Bing FUT pleuvoir PL (là bas) ?
Roi Gu dit : Au moment de Bing, il pleuvra là-bas ?
10. 于之七月勿侑酒五伐?312 (4)
Yú zh ī qí yuè wù yòu ji ǔ w ǔ fá ?
Etre-à PL (là bas) le septième mois NEG présenter alcool Wu Fa?
Etre là-bas le septième mois, faut-il ne pas présenter la cérémonie d’alcool
du type Wufa ?
11. 吕亡其出自之?436 (1)
L ǚ wáng q ī ch ū zì zh ī ?
Lu NEG FUT sortir depuis PL (là-bas) ?
Lu ne sortira pas depuis là-bas ?
12. 于之一月步。485 (14)
Yú zh ī yí yuè bù.
Être PL (là-bas) le premier mois marcher.
26 Etre là-bas le premier mois pour se mettre en marche.

Néanmoins, Djamouri (1999) a noté que ZHI 之 dans cette structure joue
plutôt le rôle d’anaphorique 前指替代, même si ZHI 之 a encore la valeur
déictique 指代. De son constat, cette structure existe dès l’écriture oraculaire de
ème èmel’époque des SHANG 商代 (16 – 11 siècle avant notre ère) avec les deux
exemples interprétés comme ci-dessous :
 王其呼卫彝方出于之有哉 (合集 28012)
Wáng qí h ū wèi yí f āng ch ū yú zh ī y ǒu z āi
Roi FUT ordonner défendre Yi région aller : vers ZHI avoir lutte
(Si) le roi ordonne de défendre la région de Yi (et si nous) allons là-bas,
il y aura la bataille.
 贞王其寻跣方伯眢于之诺 (合集 27202)
Zh ēn wáng qí xún xi ăn f āng bó (titre) yu ān yú zh ī nuò
Zhen, Roi FUT chercher Xian région Bo Yuan être à ZHI consentir
Zhen (Divinatoire) dit : le roi va chercher pour Yuan, Bo du pays Xian.
Pour cela, (l’esprit va) être favorable.
En revanche, nous sommes amenés à poser une question : la fonction
d’anaphorique de ZHI 之 existait-elle réellement à l’époque ? Ou bien ZHI
était-il simplement un mot de lieu ? Car une évolution de ZHI vers l’usage
d’anaphore prend sans doute plus de temps. YU ZHI NUO 于之诺 du deuxième
exemple aurait pu être interprété tout simplement comme : être là-bas, (l’esprit
sera) favorable.
II.B.2. Pronom démonstratif : cela, comme ça
ème èmePeyraube (2003a) démontre que, durant le chinois pré-archaïque (11 – 5
13siècle) , « les mots de lieu sont plutôt présentés directement par des noms »
ainsi que « les pronoms démonstratifs et pronoms locatifs ont la même forme ».
Nous constatons le fait que le pronom locatif « là-bas » faisant partie des noms
est représenté par ZHI 之. Puisque ZHI exécute la fonction déictique comme
pronom locatif, en parallèle, naturellement, ZHI incarnant le pronom
14 15démonstratif comme « cela » devient peu convaincant. Traugott a déjà

13 There are no fundamental differences between ordinary nouns and place words.
14 Dans ce cas, le pronom démonstratif s’adresse à une catégorie plus étroite ici, qui exclut le
pronom locatif.
27 indiqué « qu’un important type de changement sémantique est observé pour des
expressions dénotant des notions d’espace allant couvrir d’autres types de
phénomènes ». Nul ne peut prouver que le pronom locatif apparaît avant ou
après ou bien en même temps que le pronom démonstratif, mais l’hypothèse
conduisant à penser que le pronom démonstratif « cela » se trouve dans un
cadre d’espace où demeure le pronom locatif « là-bas » retient notre intérêt.
L’évolution se ferait selon la trajectoire suivante : du sens du verbe « aller »,
en développant le nouveau sens de « s’arrêter à un endroit », puis suite à une
métaphore de grammaticalisation, ZHI 之 deviendrait le pronom locatif
symbolisant « là-bas ». Cette évolution se poursuivrait en se terminant avec ZHI
qui deviendrait pronom démonstratif signifiant : « cela », « comme ça ».
Parmi les multiples interprétations concernant le cas cité ci-après nous
pouvons soutenir l’hypothèse d’évolution selon le schéma : verbe « aller » >
pronom locatif (mot de lieu) « là-bas », « là » > pronom démonstratif « cela »,
« comme ça » (voir Figure II.3.).
Les exemples ci-après peuvent éclairer cette hypothèse :
13. 庚子启,之夕雨。477(2)
G ēng z ǐ q ǐ, zh ī x ī y ǔ.

Interprétation 1) : ZHI étant le verbe aller.
Geng-Zi débuter, V (aller) (jusqu’à là-bas) soir pleuvoir.
Quand Gengzi (saison) débute, ce soir-là il pleuvra.

Interprétation 2) : ZHI étant mot de lieu (pronom locatif : là-bas).
Geng-Zi se démarrer, PL (là-bas) (là) soir pleuvoir.
Quand Gengzi (saison) arrive, ce soir-là il pleuvra.

Interprétation 3) : ZHI étant pronom démonstratif.
Geng-Zi débuter, PD (cela) soir pleuvoir.
Quand Gengzi (saison) débute, ce soir-là il pleuvra.

15 Cité par Krifka Krifka, M. (2001). Lexikalische Semantik (Institut fur Deutsche Sprache
und Linguistik, Humboldt-Universitat, Berlin).
28
ZHI
Verbe « aller »
ZHI Grammaticalisation
Verbe « s’arrêter à (un endroit) »
ZHI
Pronom locatif « là-bas »
ZHI
Pronom démonstratif « Cela »


Figure II.3. Evolution du verbe ZHI, « aller » vers le pronom démonstratif
ZHI, « cela ».
Un cas similaire se trouve également en français avec « là » et ses nombreux
usages. « Là » initialement utilisé comme un mot de lieu (pronom locatif) « là-
bas », peut apporter des précisions comme pronom démonstratif, par
associations avec des pronoms personnels : celui, celle, ceux. Ces associations
seront : celui-là (that one< him there 那里的他), celle-là (that one< her there 那
里的她) et ceux-là (those< them- there 那里的他们).
Exemples des usages de ZHI comme pronom démonstratif (PD) :
1614. 祝挈(以)之疾齿, 鼎 (定)龙 (绢) ?012 (8)
Zhù y ǐ zh ī j ī ch ǐ,d ǐng lóng (ju ān) ?
Prier avec PD (cela) malade dent, définitivement guérir ?

16 Les mots entre parenthèses ont été interprétés à partir du conseil de Tsai Che Mao 蔡哲茂.
29 Avec cela, prier pour les dents malades, lesquelles seront guéries
définitivement ?
15. 隹之?239 (1)
Wéi zh ī ?
Etre PD (comme ça) ?
Etre comme ça ?
16. 不隹之?239 (2)
Bù wéi zh ī ?
NEG être PD (comme ça) ?
Ne pas être comme ça ?
17. 王勿隹(唯)之从。276 (5)
Wáng wù wéi zh ī cóng.
Roi NEG être PD (comme ça) suivre.
Ce n’est pas comme ça que le roi suit.
18. 王亩 (惠)(唯)之从?276 (6)
W ăng m ǔ (huì) (wéí) zh ī cóng ?
Roi devoir être PD (comme ça) suivre ?
Ce doit être comme ça que le roi suit ?
19. 隹之其(凡)?364 (3)
Wéi zh ī qí (fán) ?
Etre PD (comme ça) FUT enfreindre ?
D’être comme ça, va enfreindre ?
20. 不隹之其凡? 364 (4)
Bù wéi zh ī qí fán ?
NEG être PD (comme ça) FUT enfreindre ?
De ne pas être comme ça, va enfreindre ?
21. 庚子启,之夕雨。477(2)
30 G ēng z ǐ q ǐ, zh ī x ī y ǔ.
Geng Zi (Saison) démarre, PD (cela) soir pleuvoir.
Quand Gengzi (saison) démarre, ce soir il pleuvra.
22. 之一月, 帝其弘令散? 515(1)
Zh ī y ī yuè, dì qí hóng lìng sàn ?
PD (cela) premier mois, Di FUT grand ordonner San ?
Ce premier mois-là, Di ordonnera San grandement ?
23. 之 五月寅至。 098(7)
Zh ī w ǔ yuè yín zhì.
PD (cela) cinquième mois Yin arriver.
Ce cinquième mois là, Yin arrivera.
17II.B.3. Pronoms personnels
II.B.3.a Pronoms personnels de la troisième personne (PP)
L’origine du pronom personnel de la troisième personne ZHI 之 peut être le
pronom démonstratif ZHI signifiant « cela » jusqu’à l’âge de l’écriture sur
bronze. Quand on parle de tel objet existant dans tel environnement, dans lequel
se trouve éventuellement une personne, on peut aussi employer ZHI 之 pour
représenter la personne qui existe. On trouve un cas similaire dans le français,
cité par Yue (1998) : « Il » (他) du français est issu du latin « ille »
signifiant « cela (connu) » (众所周 知的那 个 ). Wang (1958, p.324) a
apporté un argument à cette hypothèse en pensant que « QI 其 et ZHI 之
18apparus dans l’écriture oraculaire de Yinxu 殷墟 n’étaient pas des pronoms
personnels. Ceci met en évidence qu’ils ne sont pas apparus en même temps que
YU 余 (je), et RU 汝 (vous) qui existaient déjà en tant que pronoms personnels,
et qu’ils ont été des pronoms démonstratifs (signifiant cela) et qu’ils se sont

17 En notant le commentaire d’Alain Peyraube que le pronom personnel de la troisième
personne (PP3) n’existait pas encore à cette période oraculaire. En effet, cette catégorie de PP3
n’est réalisée qu’en tant que distinction d’interprétation, non pas comme catégorie qui se
distingue en terme d’usage morphologique.
18 Le document consulté par Wang nous est inconnu, cela ne peut exclure que l’usage de ZHI
comme pronom personnel commence à exister d’une manière modérée dans d’autres documents
de Yin Xu.
31 développés ensuite en pronoms personnels (de la troisième personne) ». Il a
aussi indiqué que (p.302) « dans le chinois archaïque, les pronoms personnels
se distinguent en deux catégories, la première catégorie est constituée de
pronoms personnels purs, comme le premier et le deuxième pronom personnels
(je YU 余, vous RU 汝), et la deuxième catégorie accueille les pronoms
démonstratifs ayant les valeurs déictiques de pronom démonstratif, ainsi que
le troisième pronom personnel (il 他 du chinois contemporain) ».
Certaines langues ethniques chinoises et certains dialectes chinois ont
préservé la nature de ce rapport entre le pronom démonstratif « cela » et le
troisième pronom personnel. Ceci peut témoigner du fait que le pronom
démonstratif et le pronom personnel de la troisième personne peuvent être
représentés par le même mot.
Xu et Peyraube (2009) notent que dans la langue Tangwang (langue parlée
d’un village situé dans l’actuelle province du Gansu 甘肃), le pronom
èmedémonstratif Nei (NA 那 : cela) assure aussi le rôle du 3 pronom personnel
comme TA 他 du chinois mandarin contemporain. Ci-après un exemple :
 那老师是
N ěi l ăo sh ī shì.
Cela (il) enseignant être.
Il est un enseignant.
Cet exemple montre donc que le pronom démonstratif NEI (cela) peut
couvrir l’usage du troisième pronom personnel NEI (il, elle).
Par ailleurs, le pronom personnel représenté par le pronom démonstratif
implique également une notion d’espace.
Jiang, Li et Wang (1988) ont constaté dans le dialecte de Pingjiang
èmeChangshou 平江长寿 (dans le Hunan 湖南), qu’il existe deux sortes de 3
èmespronom personnel : QU 渠 et TA 他. Selon les linguistes, ces deux 3 s personnels partagent des rôles différents : en présence de la troisième
personne dans le lieu de la discussion, ‘QU’ sera employé ; quand la troisième
personne est absente du lieu de la discussion, ‘TA’ sera utilisé. Cette découverte
peut attester que, cognitivement, la notion d’espace (de lieu, d’environnement)
se trouve également dans les troisièmes pronoms personnels. On peut alors dire
que QU représente la troisième personne se trouvant dans un espace distant, et
que QU est un déictique distant (远指对象), alors que TA représente la
troisième personne se situant dans un espace proche, et que TA joue le rôle d’un
déictique proche(近指对象). Néanmoins, cette interprétation a été récemment
contestée par Zhang (2009), qui pense que les circonstances d’emploi des
32 èmesdifférents 3 pronoms personnels dépendent de la participation ou de
l’absence de la troisième personne à la discussion.
Par conséquent, nous estimons qu’il existe, à un moment donné, une
évolution d’une notion sur un lieu physique à une notion sur un lieu subjectif.
Le lieu physique est déterminé par le lieu du déroulement de discussion ; le lieu
subjectif est représenté par la sphère de discussion. En conclusion, les études
sur le dialecte de Pingjiang montrent que la notion d’espace (de lieu, soit
physique, soit subjectif) concerne également les troisièmes pronoms personnels.
En revenant sur ZHI de l’écriture oraculaire, le pronom démonstratif et le
pronom personnel représentés par ZHI 之 nous semblent être des objectifs
(objets ou personnes) qui se trouvent dans un cadre d’espace distant ; ils
deviendront les déictiques distants 远指对象 qui ont été dérivés de ZHI 之
comme mot de lieu (pronom locatif) « là-bas ». Enfin, nous pouvons clore la
discussion de cette hypothèse par un aperçu sur le français « le », « la » qui
représentent à la fois un objet, ou une personne. En illustration (Figure II.4.), le
monologue de la personne de droite sera :
 Je vois au loin, là, là-bas… (Il y a un cèdre, un lapin, et un homme)
 Je le vois (le cèdre), le trouve (le lapin) et le reconnaît (l’homme), je les
vois.




Figure II.4. Objectifs représentés par ZHI 之.
Exemples de ZHI interprété comme troisième pronom personnel (PP) :
24. 王往从之 065 (7)
Wáng w ăng cóng zh ī
Roi aller suivre PP.
Le roi va et le suit.
25. 王勿其往从之 066 (9)
Wáng wù qí w ăng cóng zh ī.
Roi NEG FUT aller suivre PP.
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