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Les inscriptions cariennes

De
205 pages
Dans cet ouvrage, l'auteur, connu par ailleurs pour sa "Théorie Proto-Ionienne" relative à la Période du Bronze Ancien en Egée, fait le point des plus récentes découvertes concernant les inscriptions cariennes et les dialectes qu'elles recouvrent. Ces inscriptions ont été écrites dans un alphabet dérivant de l'alphabet grec le plus ancien, mais dont la valeur de certaines lettres a été modifiée, retardant jusqu'à récemment sa compréhension.
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LES INSCRIPTIONS

CARIENNES

Du même auteur, aux Éditions L'Harmattan

Les Inscriptions Cl?YPro-Minoennes, 2007 et 2008. Les Peuples de la Mer et leur Histoire, 2003. Les Origines grecques à l'Âge de Bronze, 2005. Les Proto-Ioniens : Histoire d'un peuple oublié, 2001. Le déchiffrement du disque de Phaistos, 1999.

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.& hannattanl@wanadoo.& ISBN: 978-2-296-08401-8 EAN: 9782296084018

@ L'Harmattan,

Jean FAUCOUNAU

LES INSCRIPTIONS

CARIENNES

L'Harmattan

p R É F A
désigne sous le

c E
d'"inscriptions

On

nom

cariennes" des inscriptions découvertes soit en Carie même, soit en Egypte, lesquelles dans ce dernier cas furent écrites par des mercenaires recrutés en Carie par les Pharaons Psammétiques. La date de ces inscriptions va approximativement du VIIe au IIIe siècle avant notre ère. Leur caractéristique essentielle est d I être écrites dans un type d'alphabet particulier, dit "alphabet carien". Contrairement â d'autres déchiffrements qui furent l'oeuvre d'un petit nombre de chercheurs, celui de l' "alphabet carien" a été une entreprise extrêmement ardue, â laquelle plus d'une vingtaine de savants ont participé â divers titres. C'est ainsi que les premières inscriptions furent publiées par Lepsius dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle et dès la fin de ce même siècle A.H. Sayce en proposait une transcription, que l'avenir montra être largement erronée, mais qui 7

FIG
Numérotation

U R E
des signes (d'après

1
O.Masson)


1 2 3 4

Signe


16 17 18 19

Signe


31 32

Signe

A~ Bi?
C

RR M
T


Tn

<

33

6
£

Vy
)(cp

X
;x:

34 35

5
6 7

20 C
21
22

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F
R -

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36

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9

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37
38

23
24 25

39
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Il 12 13

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27

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42

28 ~29

43

~14 15

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44
~45

l)

30

~.

8

était encore utilisée, faute de mieux, par O. Masson en 1959. Tant et si bien que ce n'est que dans les quinze dernières années, et grâce à la découverte de nouveaux documents qu'un accord s'est fait pour considérer la lecture des inscriptions cariennes comme assurée désormais à
plus de 95%.

Les raisons qui ont retardé pendant aussi longtemps la lecture des signes de l'"alphabet carien" sont l'éparpillement la nature même simples graffiti multiples. géographique Elles vont de des inscriptions à

de beaucoup d'entre elles, souvent difficiles à lire et

dont on ne possède, encore aujourd'hui, que des fac-similés plus ou moins fidèles. Mais le motif principal du retard du déchiffrement et des hési tations qui l'ont précédé vient de ce que

l'"alphabet carien",

bien

que

possédant

de

nombreux signes communs avec l'alphabet grec n'a conservé les mêmes valeurs phonétiques que pour certains d'entre eux !.. Un phénomène inattendu et tout à fait déroutant, dont on doit la mise en évidence définitive à John D. Ray au début des années 1980. En démontrant de façon indubi table que le digamma de l'alphabet grec valait R en carien et non W comme on aurait pu s'y attendre, que le M valait P ou que le gamma valait B, John D. RAYa enfin permis une lecture correcte des inscriptions cariennes. Dès 1984, 9

nous avons été le premier dans un article paru
dans le B.S.L., à saluer cette découverte capitale qui a véritablement ouvert la voie du déchiffrement, et à nous y rallier. Deux savants, D. Schürr et I.J. Adiego, n'ont pas tardé à élargir la brèche, de telle sorte que d'un avis unanime, on peut considérer aujourd'hui le déchiffrement comme pratiquement acquis.
Le dernier auteur 2007 cité, I.J. Adiego, vient

de

publier

en

un

véritable

"livre de

référence", intitulé "The Carian Language", qui s'avèrera extrêmement précieux pour tous ceux qui s'intéressent aux inscriptions cariennes. Ce livre comporte en effet une reproduction up-todate des diverses inscriptions connues, avec pour certaines une renumérotation qui n'est pas trop gênante dans la mesure où les références de l'ancienne sont clairement indiquées. C'est ainsi qu'il est précisé que "E Ab 5" (nouvelle notation) correspond à (Abydos) F3c de la liste établie par J. Friedrich en 1932, lequel avait lui-même repris l'inscription n° 25 de Sayee.

Le présent ouvrage a débuté sous la forme
d'un projet de Compte sommes Rendu du livre d'Adiego, pas mai s nous vi te aperçu qu' il n'était

10

possible

de

que

nous

faire tenir toutes les réflexions inspirait cet ouvrage dans le cadre

d'un simple article de quelques pages. Car à côté de ce que l'on ne peut que louer, comme la mise à jour du Corpus des inscriptions cariennes, ou le chapitre consacré par l'auteur à l' "Histoire du déchiffrement", ou encore une Bibliographie extrêmement bien faite, le bel optimisme dont fait preuve I.J. Adiego nous a paru mériter d'être quelque peu tempéré, ce qui nécessitait d'y consacrer un livre entier. Pour I.J. Adiego, en effet, ce qu'il appelle le "RaySchürr-Adiego System" constitue le "déchiffrement définitif" de l'alphabet carien (cf p. 197) formes de cet "alphabet carien" ne sont que les "alphabetic varieties" d'un probable Uralphabet (cf p. 228-230) la "langue carienne" se cachant sous les inscriptions est une, qui se rattache aux langues anatoliennes -- etc.
reposent, Toutes ces affirmations à la vérité, sur une "théorie unitaire" concernant les inscriptions cariennes qui est loin d'être établie, quoi qu'en pense I.J. Adiego qui a

-- les diverses

négl igemment écarté dlun revers de main, dans son ouvrage, les mises en garde que nous avions formulée dès 1980 sur le sujet.

11

C'est pourquoi il nous a paru indispensable d'écrire le présent ouvrage, qui sans critiquer l'essentiel du "Système Ray-Schürr-Adiego" auquel nous adhérons dans l'ensemble, vise simplement à attirer l'attention sur les points négligés à tort, à notre avis, par I.J. Adiego dans son ouvrage de référence.
NOT A 1)- La numérotation des signes utilisée ici est celle qui a été à la suite de la listeétablie par numéro de valeurs 1 ci-jointe.

adoptée

par la plupart des Cariologues en 1976,

O. Masson

bien qu'elle classe parfois sous le même différentes (et même la trouvera a paru éventuellement dans la Figure

des signes de formes phonétiques Malgré 232 nom

différentes). On

ses défauts, elle nous du livre d'Adiego,

préférable

à la liste des pages au

& 233

laquelle a une

plus forte tendance,

de la "Théorie

unitaire" de cet auteur, à confondre

- parfois à
ce qui suit, telles que la "croix

raison, mais parfois à tort! - des signes différents. Dans ces sIgnes seront S9b pour repérés le cas échéant point

par des notations vi. S9a pour

le "cercle avec d'un cercle".

central"

entourée

2)- En engageons

ce qui concerne le lecteur peu

la valeur phonétique

des

signes, nous Ray-Schürr-

familier avec le "système

Adiego" à se reporter, le cas échéant, à la Figure 7 qui correspond à 1"'Alphabet de Kaunos",
haut, particulièrement

lequel est, comme
en accord

nous

l'avons dit plus

avec

ce système

de lecture,

contrairement aux alphabets cariens d'autres localités.

*

* 12

*

C H A p I T R E

1

RETOUR SUR L'HISTOIRE DU DÉCHIFFREMENT

Dans le présent Chapitre, nous ne décrirons pas à nouveau 1'''Histoire du déchiffrement", qui a été fort bien résumée dans le livre de l.J.Adiego. Nous nous contenterons simplement d'insister sur les quelques points de cette histoire qui nous paraissent avoir été négligés par cet auteur.
Dans longue amené distingué définitif le les chapitre trois qu'il phases a consacré à qui la a ont

histoire à ce qu'il

du déchiffrement, a estimé être

l.J. Adiego

successives

"le déchiffrement
,

de l'alphabet

carien"

soit:

13

a)la "phase semi-syllabique" (1887-1962), marquée par les travaux d'Archibald Sayce et de J. Friedrich, lequel dans ses "Kleinasiatische Spachdenkmaler" (1932) a reproduit en facsimilé près de 80 inscriptions, en provenance d'Egypte. presque toutes

b)- la "phase alphabétique grecque", marquée par la découverte en 1949, à Kaunos, par George E. Bean, d'une longue inscription de plus de dix lignes, et par la publication par Louis Deroy en 1955 de plusieurs inscriptions en provenance de Carie. L'inscription de Kaunos, qui constituait à l'époque le document connu le plus long, mais qui comportait moins de 30 lettres différentes dont beaucoup grec identiques beaucoup d'un à celles de l'alphabet

-

contribua

à faire définitivement "semi-syllabiques" carien purement système

abandonner de Sayce

les transcriptions au profit

alphabétique. c)marquée mais 1981 et la "phase par de l'approche essais égyptienne", D. Ray en par les premiers de Th. Kowalski, de John aux ces comme à une

surtout

les articles communes dans

et 1982.
carien,

En démontrant
avaient la

définitivement
alphabets alphabets nous lecture

que
grec des

certaines valeurs mentionné correcte

lettres, phonétiques dans

différentes, porte,

J.D. Ray ouvrit l'avons enfin

véritablement

la Préface,

des inscriptions.

14

1)- Résumé de nos propres recherches Nous avons personnellement commencé à nous intéresser aux inscriptions cariennes à partir de la fin des années 1960, c'est-à-dire pendant la "phase alphabétique grecque". Notre souci était alors de tenter de définir "d'un point de vue purement statistique" la langue carienne, mais nous nous sommes heurté aussitôt à un facteur qui nous a semblé avoir été jusque là méconnu, à savoir 1 'hétérogénéité du matériel, facteur qui incitait même à mettre en doute l'unicité de la langue. En 1980, grâce à Gabriele Bockisch, nous avons eu l'opportuni té de publier dans Klio un article résumant nos réflexions, article dont il nous paraît utile de citer ici quelques extraits. Nous y écrivions en effet "Malgré l'abondance de (la) documentation, le déchiffrement (des) inscriptions est cependant considéré comme loin d'être acquis. La raison généralement invoquée pour cet insuccès est la brièveté des documents... Une deuxième raison, cependant rarement mise en évidence, nous paraît plus importante: Il s'agit de l'hétérogénéité du matériel. Il est assez surprenant que les savants qui se sont occupés du déchiffrement des inscriptions cariennes aient largement négligé ce facteur pourtant
fondamental..." .

15

Puis, après avoir justifié, par des considérations purement statistiques nous "Les poursuivions conséquences
alphabets, voire des

nos affirmations, suivantes de
de des sont

par de

les phrases la

reconnaissance
et de l'existence probablement différents, le

l'hétérogénéité plusieurs dialectes, extrêmement car il faut

du matériel

traduisant langages pour à

importantes s'attendre

déchiffrement, dans les

rencontrer bien

monuments même

cariens

deux phénomènes de la valeur

connus: d'un

1)- le "glissement" signe,

phonétique

d'un alphabet

à l'autre,

en fonction

de la langue ou du dialecte. Ce phénomène est illustré, par exemple, par les valeurs phonétiques diverses de la lettre J dans hollandais JAN, français JEAN, anglais JOHN et espagnol JUAN. 2)- le changement de valeur phonétique pour certains signes lorsque l'on
passe d'un alphabet à l'autre "
.

En guise de conclusion, nous attirions l'attention sur le fait qu'il était donc "impératif pour le déchiffreur de s'astreindre à ne travailler que sur du matériel homogène et de s'interdire de transporter dans une inscription, sauf précautions extrêmes, les valeurs acquises
dans une autre". Dans Klio la deuxième nous partie de notre des article de

1980

proposions

"lectures

16

possibles" pour quelques inscriptions, mais ignorant à l'époque les travaux de John D. Ray, cette seconde partie n'a guère de valeur. Ce que nous n'avons pas manqué de reconnaître dès 1984 dans un nouvel article paru sous notre signature dans le B.S.L. LXXIX,l (p.229-238), article dont nous nous permettons de citer la conclusion "Le déchiffrement de l'écriture carienne par J.D. Ray n'est, bien sûr, pas achevé. Beaucoup de questions restent encore sans réponse. Mais, conune l'a écrit J.D. Ray lui-même, "the values gi ven for the Carian alphabet. .. are substancially correct and there are enough correlations between the names in these

inscriptions from Egypt and the Greek forms known from Classical sources to suggest that we Après pl us d'un are now on the right path". siècle d'efforts infructueux, la chose méritait,
pensons-nous, 2)- Notre d'être conflit soulignée". d'idées avec I.J. Adiego

Le lecteur nous pardonnera d'avoir largement nos études antérieures. Cela était cité
indispensable, pleinement pensons-nous, pour qu'il sépare puisse de l.J. comprendre ce qui nous

Adiego. Dans son remarquable ouvrage (en espagnol) Studia Carica paru en 1993, l.J. Adiego a, en effet, rejeté d'un revers de main 17

la conclusion que nous avait inspirée notre étude statistique des inscriptions, à savoir la multiplicité des alphabets, et éventuellement des dialectes. Dans une note p. 128, il se contentait de traiter, sans autre forme procès, nos "coefficients de parenté" de de

"dudosisimos", et nous reprochait de "balcaniser le syllabaire carien" (ibidem p. 129) en admettant qu'un même signe pouvait avoir, le cas échéant, des valeurs différentes dans deux inscriptions. Seules existaient pour lui en carien des "variedades alphabeticas", pas des "alphabets différents". Ce n'est qu'en 2005, dans un article de KADMOS, après la découverte d'une nouvelle inscription Adiego a parlé pour la à Mylasa, que I.J. première fois des

"alphabets cariens" au pluriel, et a présenté un tableau de leurs diverses variantes (Kadmos XLIV p.89) analogue à celui que nous avions présenté nous-même plus de dix ans auparavant.
Aujourd'hui, Language ", multiplicité pour tiques moins autant d'une celle I.J. des dans son livre admet mais de à sur "The Carian la phonéencore accepter et

Adiego

enfin! sans variations

alphabets,

l'existence "variété" de dialectes

l'autre,

différents.
ouvrage,

Dans
nouveau,

ce
sans

dernier
motif

il
les

rejette
conclusions

à

véritable,

18

de notre

étude

statistique.

Voici

ce qu'il

écrit

p. 191 "Faucounau bases his work on two assumptions: that Carian local alphabets are very dissimilar to each other, and that they may reflect different dialects or even languages.
Both assumptions are untenable. .. Faucounau

proposes

absurdly

that

letters

may

have

different values in diverse inscriptions from Egypt, where the general unity of the Carian alphabet is undeniable..." Que I.J. Adiego, dans son chapitre sur "l'Histoire du déchiffre-

ment" ait critiqué nos lectures de Klio 1980 est
tout à fait normal puisque nous-même les avions déclarées fausses en 1984. Mais qu'il ait, du même coup et sous ce prétexte, rejeté notre thèse sur la multiplicité des alphabets cariens, thèse qui est fondée sur des considérations statistiques, et a été maintenue et reprise dans notre article du B.S.L. 1984, n'est guère sérieux, d'autant que lui-même a été obligé, sous la pression des faits, d'admettre que certains signes changeaient bel et bien de valeur phonétique d'une cité carienne à l'autre, comme par exemple le signe 7b en forme de H qui vaut (avec ses notations) À à Kaunos (cf p. 213), mais e à Hyllarima (p. 207). On notera au passage que, pour ne pas trop mettre le fait en évidence, l.J. Adiego a renoncé à utiliser, comme il le fit en 1993, 19 une "numérotation

générale des signes", se contentant de rappeler son Tableau général de Studia Carica (calqué sur celui d'O. Masson) page 199. Nous reviendrons dans les Chapitres suivants sur cet important sujet de la multiplicité des alphabets cariens. Mais nous souhaitons aborder maintenant, toujours dans la perpect ive d'une mise au point de l'histoire du déchiffrement présentée par I.J. Adiego, la présentation erronée faite par cet auteur de notre position.

Il

en effet, page 191, "a continuously ad hoc assignation of sound values to the letters". Ceci est une déformation
reproche,

nous

caricaturale

de notre remarque, rappelée cidessus, selon laquelle on ne saurait transporter sans précautions
dans

les

valeurs acquises d'une
En d'autres termes, à

inscription

une autre.

il est nécessaire,

à nos yeux,

de

vérifier

chaque fois que les valeurs valables dans un
alphabet carien donnent, appliquées à un autre, un résultat le résultat traiter
méthode

linguistiquement acceptable. Et si est franchement négatif, on doit plus ou moins Qu'une telle

seconde inscription indépendamment de la première.
ne

la

nous ait conduit, avant la "révolution Ray", qu'à des résultats sans valeur, nous le concèdons volontiers. Mais fautil pour autant
abandonner
I' attitude prudente

20