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Lexique de grec cargésien

De
194 pages
Cargèse est une petite ville située à 52 kms au nord d'Ajaccio, née de l'exil de populations grecques venues du Péloponnèse. En 1676, fuyant l'oppression ottomane, ces populations obtinrent de la République de Gènes, alors métropole de la Corse, la possibilité de s'y installer. A partir du XIXe siècle, les Cargésiens purent vivre en paix sur cette terre devenue la leur. Voici donc une étude sur le parler grec de Corse (néanmoins en voie d'extinction).
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Jean-Christophe EonLEXIQUE DE GREC CARGÉSIEN
PRÉCÉDÉ D’UN BREF HISTORIQUE
DU PEUPLEMENT GREC DE CARGÈSE (CORSE)
Cargèse est une petite ville, située à
52 kilomètres au nord d’Ajaccio. C’est
aujourd’hui une très agréable station LEXIQUE DE GREC CARGÉSIEN
balnéaire aux extrémités nord du golfe
de Sagone. Cependant, le visiteur peut
être étonné de la présence de deux
églises en vis-à-vis car il ne peut deviner l’histoire mouvementée PRÉCÉDÉ D’UN BREF HISTORIQUE
de ce village, né de l’exil de la population maniote de Vitylo
DU PEUPLEMENT GREC DE CARGÈSE (CORSE)(Péloponnèse).
En 1676, ces populations, fuyant l’oppression ottomane,
demandèrent et obtinrent de la République de Gènes, alors
métropole de la Corse, la possibilité de s’installer à Paomia. Après
e avoir traversé guerres et confl its au cours du XVIII siècle, les
eCargésiens purent, à partir du XIX siècle, vivre en paix sur cette
terre qui étaient devenue, à bon droit, la leur. Ils en fi rent l’un des
lieux les plus charmants de cette côte magnifi que de « l’Île de
Beauté ».
Jean-Christophe Eon est professeur de Lettres
Classiques en Bretagne. Il s’est passionné pour
la langue grecque dès l’adolescence. Il rédige en
1990 un mémoire sur le Cargésien, dirigé par
M. François Trouillet et récompensé par le prix
de la ville de Bonifacio de l’Accademia Corsa
comme meilleur travail universitaire sur la Corse en 1990.
En 2002, il obtient un DEA, portant sur Les problèmes de
traduction de l’Évangile de Jean, du texte grec au texte
iaai (Nouvelle-Calédonie).
Illustration de couverture: Glhisía ap’ton Ágio Spirídon (Église
St Spyridon). Collection privée de l’auteur.©
Collection Études grecques19 €
dirigée par Renée-Paule DebaisieuxISBN : 978-2-343-06002-6
Jean-Christophe Eon
LEXIQUE DE GREC CARGÉSIEN


















LEXIQUE
DE
GREC CARGÉSIEN























Etudes grecques
Collection dirigée par Renée-Paule Debaisieux

Domaine grec moderne


Ioana CATSIGYANIS, Georges Séféris et Odysséas Elytis :
parallèles, L’art poétique au prisme de ses écrits en prose,
2014.
Nicole FERNANDEZ, L’habitat d’Athènes et du Péloponnèse,
Héritages emblématiques et témoins de notre temps, 2014.
Petros MARTINIDIS, Reflets du destin, traduit par Henri
Tonnet, 2013.
Paul NIRVANAS, Vérité et mensonge. Histoires pour enfants
et philosophes, 2012.
Joëlle DALÈGRE (dir), La Grèce inconnue d'aujourd'hui. De
l'autre côté du miroir, 2011.
Jean Antoine CARAVOLAS, Jules David et les études
grecques (1783-1854), 2009.
Isabelle DEPRET, Eglise orthodoxe et histoire en Grèce
contemporaine. Versions officielles et controverses
historiographiques, 2012.
Jean-Luc CHIAPPONE, Le Mouvement moderniste de
Thessalonique 1932-1939, 2009.
Yannis MARIS, Quatuor, nouvelles policières grecques, traduit
du grec et présenté par Geneviève Puig-Dorignac.
Jean-Luc CHIAPPONE, Le mouvement moderniste de
Thessalonique (1932-1939). Tome 1 : Figures de l’intimisme.
Périklis YANNOPOULOS, La Ligne grecque, la couleur
grecque, traduit et annoté par Marc Terrades.
Joëlle DALEGRE, La Grèce depuis 1940.
Martine BREUILLOT, Châteaux oubliés.
Ioannis KONDYLAKIS, Premier amour et autres nouvelles,
présentation et trad. par Vassiliki et Pierre Coavoux.
Constantin CHATZOPOULOS, Deux femmes (Traduit et
commenté par Nicole Le Bris).
Grégoire PALEOLOGUE, Le peintre.
Ion DRAGOUMIS, Samothrace, présentation et trad. M.
Terrades. Jean-Christophe EON



LEXIQUE
DE
GREC CARGÉSIEN









































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06002-6
EAN : 9782343060026




A la mémoire de Françoise VERSINI,
attachante informatrice.

A mes enfants, Félix, Kamea et Louis.
A mes parents qui ont dû me relire.

A M. Georgios GALANES, maître de conférence de grec
moderne en langue & littérature à l'INALCO, dont les
conseils et les relectures, précieux, m'ont été
indispensables.

A M. François TROUILLET, professeur de Grec à
l'Université de Poitiers, qui, lorsque j’étais étudiant, fut
mon directeur de recherches et mon « mentor », en
particulier en Cargésien.






7






























Le langage est une peau : je frotte mon langage contre
l'autre. C'est comme si j'avais des mots en guise de doigts,
ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble
de désir.

Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, Éd.
Seuil, 1977.





9










Οἳ δ ᾽ εἶχον κοίλην Λακεδαίμονα κητώεσσα ν,
Φᾶρίν τε Σπάρτην τε πολυτρήρωνά τε Μέ σσην,
Βρυσειάς τ ᾽ ἐνέμοντο καὶ Αὐγειὰς ἐρατεινάς,
οἵ τ ᾽ ἄρ ᾽ Ἀμύκλας εἶχον Ἕλος τ ᾽ ἔφαλον πτολίεθρο
ν,
οἵ τε Λάαν εἶχον ἠδ ᾽ Οἴτυλον ἀ μ φενέμοντο,
τῶν οἱ ἀδε λφεὸς ἦρχε βοὴν ἀγαθὸ ς Μενέλαος
ἑξήκοντα νεῶν ·

Homère, Iliade II, 580-588

Ceux qui possédaient Lacedhémona au creux des ravins,
Farí, Spárti et Mési la palombière,
Ceux qui occupaient Vrisiá et Avghiá la douce,
Ceux aussi qui vivaient à Amícli et Élo la citadelle
maritime,
Ceux qui tenaient Láa ou demeuraient dans les campagnes
de Vítilo,
1Ceux que le frère commandait, Ménélas, bon pour le cri
de guerre,
2sur leurs soixante vaisseaux.


1 Sous-entendu : d’Agamemnon.
2 Libre traduction de l'auteur. Les noms de lieux sont sous la forme
qu'ils qu'ils « pourraient » avoir en Cargésien même si ce n'est
qu'un jeu...


11

PREFACE


Voilà à présent un bon quart de siècle qu’il m’a
été donné de faire la connaissance de Jean-Christophe Eon
à la faculté des lettres de l’université de Poitiers, alors
qu’il y était inscrit comme étudiant en lettres classiques.
Après l’obtention du diplôme de licence, il me demanda
d’assurer la direction du mémoire de maîtrise qu’il avait
l’intention d’entreprendre. J’avais pu en cours découvrir et
apprécier ses aptitudes dans divers champs de la
linguistique - en particulier remarquer son intérêt très
prononcé pour les « langues minoritaires » : je lui proposai
donc de s’orienter vers une étude portant sur le parler grec
de Corse, réputé en voie d’extinction avancée. Il ne
s’agissait de rien de moins que de dresser un « état des
lieux » du dialecte et d’actualiser par une telle démarche la
description que G. H. Blanken en avait présentée dans sa
monographie Les Grecs de Cargèse, Corse, Recherches
sur leur langue et leur histoire (Leyde, 1951).

L’idée lui ayant agréé, le jeune enquêteur se mit à
l’œuvre avec l’ardeur de l’âge et effectua au printemps de
1989 un séjour studieux et fructueux dans l’« Île de Beauté
». Il eut, en effet, l’heureuse fortune de s’entretenir
longuement là-bas avec l’une des dernières personnes
capables de s’exprimer en cargésien, Mlle Françoise
Versini, dont la mère, née Corizzi (adaptation locale du
grec Coritzis), appartenait à l’une des familles maniotes
qui débarquèrent sur le rivage corse en 1676. Plusieurs
textes dits ou chantés par elle furent ainsi recueillis dans
des enregistrements sonores.

Une fois achevées la période d’investigation, puis
celle de rédaction, il restait à franchir l’ultime étape, la


13 soutenance : elle fut brillamment remportée en 1990.
L’année suivante l’Accademia Corsa de Nice
récompensait ce travail de qualité en décernant à son
auteur le prix de la ville de Bonifacio. Et maintenant une
grande part de la substance du mémoire se trouve
introduite dans une publication qui prend la forme d’un
Lexique de grec cargésien. Le contenu de l’ouvrage ne se
limite pas pour autant à deux listes consistantes de mots
traduits : celles-ci sont précédées d’utiles développements
sur l’histoire de la communauté grecque de Cargèse ou
encore sur le système phonétique et la transcription du
dialecte ; vient s’y ajouter un échantillonnage de textes
jugés représentatifs. On ne saurait que souhaiter à ce petit
livre, bien conçu, la large diffusion qu’il mérite.



François TROUILLET,
ancien directeur du département d’études grecques de
l’université de Poitiers
Mars 2013


14 AVANT-PROPOS



Ce sont bien les ancêtres des Cargésiens qu'évoque
3Homère au Chant II de l'Iliade, ces habitants d'Οἴτυλον
qui participèrent aux combats sous les murs de Troie,
4dirigés par leur roi « Ménélas bon pour le cri de guerre » ,
époux d'Hélène et frère d’Agamemnon. L'on peut donc
retracer la filiation de la petite communauté, corse à
présent, sur environ 3000 ans ! Voire davantage.
Leur histoire et leur langue ne pouvaient
qu'intéresser l'étudiant de Lettres Classiques que j'étais, il
y a plus de vingt ans. Imaginez Hélène et Pâris marchant
dans la fraîcheur blanche des ruelles, bordées de roses
trémières, devant les maisons des pères lointains de
Cargèse! Le rêve est beau et il y a une fierté singulière à
savoir ses ancêtres assis sur les seuils et croisant
furtivement le regard de la plus belle des femmes.
Descendants d'Hermione, les Grecs de Paómia portent
5ainsi quelques gouttes du sang d'Atrée et de Pélops , un
peu de ce sang divin qui les relie à Zeus lui-même !
Je dois à M. François TROUILLET, professeur
alors à l'Université de Poitiers, d'avoir découvert
l'existence du village de Cargèse, lors d'un cours rappelant
les populations hellénophones hors de Grèce. Il évoqua les
Maniotes de Corse au détour d'une séance passionnante
6abordant tour à tour les Grecs d'Italie du Sud , de

3 Vitylo (prononcé en Grec moderne, Ítilo ou Vítilo) au Sud du
Magne (Péloponnèse)
4 in Odysée, XV, 14.
5 Hermione, fille d'Hélène et de Ménélas, lui-même fils d'Atrée,
l'enfant de Pélops né de Tantale et de Dioné.
6 Calabre, Pouilles, Grèce salentine (presqu'île de Salento).


15 7Turquie , les Vorio-épirotes et Himariotes d'Albanie, etc.
C'est ainsi qu'incidemment j'ai appris l'existence de ce
8 9petit peuple originaire du Magne , dans le Péloponnèse .
A la suite de cette étude, j'ai gardé quelques années
la mémoire de cette diaspora jusqu'à en faire, sous
l'autorité de M. TROUILLET, l'objet de mes travaux de
maîtrise, soutenue en 1990 et récompensée la même année
10par le prix de l'Accademia Corsa . Quelles raisons
pouvaient pousser un étudiant de Lettres Classiques de
Poitiers à s'intéresser à ce dialecte grec, hormis le fait...
qu'il étudiait précisément la langue grecque ? Je dois
admettre une passion bien ancienne pour les langues, et en
particulier pour les langues de communautés peu
nombreuses : est-ce dû à mon enfance dans un village
poitevin où, dans mon enfance, l'on ne parlait encore que
ce dialecte d'oïl ? Est-ce dû au sentiment ancien de mon
11ascendance bretonne ? Est-ce dû à ce « métissage » bien
courant aujourd'hui qui m'avait poussé, adolescent, à
apprendre la langue celtique de mes ancêtres paternels en
tenant particulièrement aux formes dialectales du pays de
12Kemperle ? Ce goût m'a poussé également à apprendre la
langue iaai parlée sur l'île d'Ouvéa (Nouvelle-Calédonie,
pays où j'ai vécu dix-sept ans.). Cette langue, le iaai,
appartient, de plus, au patrimoine de mes enfants au même
titre que le breton et le poitevin...ou, bien sûr, la langue
française, preuve, s'il en faut, que le plurilinguisme ne nuit

7 Pontique et Cappadocien.
8 Presqu'île occidentale de la Préfecture de Laconie. Μάνη (γῆ) : La
(terre) clairsemée. Cargésien : Mánhi.
9 Littéralement, Île de Pélops.
10 Fondée en 1964 à Nice, l’ACCADEMIA CORSA « a pour
objet essentiel : la défense, le développement et l’illustration de la
langue, la culture et les traditions corses. »
11 Eon se dit Ewan (variante de Ewen) en langue bretonne.
12 Français : Quimperlé (29)


16 pas mais est une richesse que la France, depuis si
longtemps, semble par trop évacuer.
Pour revenir à l'objet de notre étude, mon travail
13sur le « Roméico » s'est construit sur deux piliers: la
14thèse, passionnante et riche, de Gérard BLANKEN mais
aussi et, peut-être surtout, l'émouvante personnalité,
cultivée et soucieuse de la préservation de son savoir, de
Mlle. Françoise VERSINI. Cette femme, drôle et
attachante, voulut bien partager avec moi ses après-midis
afin de transmettre ce qu'elle était la dernière à connaître :
mots, syntaxe du dialecte, prononciations mais aussi
distiques, petits poèmes chantés de deux vers, qu'elle
tenait de sa famille. Elle racontait aussi avec beaucoup
d'émotion les déboires des Maniotes de Grèce à Paómia
confrontés aux autres habitants du voisinage. Nos
entretiens furent enregistrés et sont consultables à la
Bibliothèque Universitaire de Poitiers. Bien évidemment,
j'ai beaucoup regretter de ne pouvoir entendre que Mlle
VERSINI et non sa sœur, Mme IVANOFF, qui échangeait
avec elle en Grec mais qui se refusa à me rencontrer. On
me dit que c'était, malheureusement dû à une grande
timidité. On peut regretter que je n'ai pu recueillir qu'un
idiolecte influencé par la langue commune, échangée aussi
avec l'archimandrite. Ce sont pourtant les dernières traces
du dialecte. On remarquera aussi de fortes ressemblances
entre le dialecte et, bien sûr, les autres dialectes du
Péloponnèse (à l'exception, sans doute du Tsaconien) mais
aussi les dialectes crétois. Par ailleurs, on notera
l'assimilation par le dialecte de certains termes savants de

13 Mot cargésien pour désigner la langue grecque appelée en
démotique Ελληνικά (Elliniká)
14 Gérard Blanken, Les Grecs de Cargèse (Corse).Recherches sur
leur langue et leur histoire. T. I. Partie linguistique (seule publiée),
Leyde, 1951.


17 la langue commune : c'est le cas de « epanalabáno » ou
« panalabáno » ( de « επαναλαμβάνω » )
Par ailleurs, je fus accueilli, en ce printemps de
1989, de manière exceptionnelle par les neveux de Mlle.
VERSINI, M. Et Mme Pierre ROBERT D'ESHOUGUES,
et par leurs amis, corses ou grecs. J'ai gardé le souvenir
bien agréable d'une matinée passée dans les rues de
Cargèse, guidé par le neveu de mon informatrice, qui m'a
présenté bon nombre de personnes, lequel m'indiquait à
chaque rencontre leur origine, latine ou grecque. Je
n’oublierai pas non plus le couple d'hôteliers, M. et Mme
Dominique et Lucie PIETRI, qui m'hébergea gratuitement
(j'étais étudiant...) dans leur hôtel vide en raison d'une
grève qui avait bloqué les touristes hors de Corse.
C'est le souvenir de toutes ces personnes, mortes
ou vivantes, qui, lorsque j'ai retrouvé voici quelques mois
le lexique récolté il y a plus de vingt ans et oublié depuis
dans un carton d'archives, m'a poussé à partager avec la
population de ce superbe village la petite partie de leur
patrimoine que je détenais encore par devers moi. Je
reconnais que cette « aventure » de jeunesse qu'a pu être
mon travail de recherche, ma rencontre avec la dernière
hellénophone de Corse, la découverte d'un pays qui mérite
bien son surnom d'Île de Beauté reste, pour moi, un
souvenir émouvant. J'éprouve également une certaine
fierté à être dernier presque « locuteur » de Cargésien et
souhaite que les Maniotes de Corse relèvent le flambeau et
sauvent ce qui peut être sauvé de la langue qui est à jamais
la leur.







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