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Mots transfuges et unités sémiotiques transglossiques

De
120 pages
Avec le développement des nouvelles technologies, émergent de nouvelles formes d'écriture imagées. Ces formes se rapprochent du niveau phonologique du langage oral, et, paradoxalement, semblent présager une indépendance du schéma graphémique en introduisant des unités qui ne sont pas encore codifiées dans la langue. Lorella Sini est docteur en Science du Langage. Ses recherches portent sur la pragmatique du discours et ses aspects contrastifs français-italien.
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MOTS TR AN SF UGES ET UNITÉS SÉMIOTIQUES TRANSGLOSSIQUES
.. .... . . ...

ONOMATOPÉES

ET NOMS PROPRES

DE MARQUES

Couverture: Encre de Chine, P. Lorgnet

www.editions-hannattan.fr harmattan. ita]ia@agora.it

(Ç)L'Harmattan

Italia sri, 2005

LORELLA SINI

MOTS TRA NSF..UGES
..
..
. . .

...

ET ......

UNITÉS

SÉMIOTIQUES

TRANSGLOSSIQUES
ONOMATOPÉES ET NOMS PROPRES DE MARQUES

L'HARMATTAN

lTALIA

L'HARMATTAN

via Degli Artisti 15 10124 Torino

5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

Cahiers du R.A.P T 3
RECHERCHES SUR LES ASPECTS PSYCHOLINGUISTIQUES DE LA TRADUCTION collection dirigée par Michèle Lorgnet

1. Michèle Lorgnet Le traducteur et ses mémoires, 2004 2. Michèle Lorgnet (sous la dir. de) L'a-perçu du texte dans la traduction, 2004 3. Lorella Sini Mots transfuges et unités sémiotiques transglossiques. Onomatopées et noms propres de marques, 2005 4. Collectif Procédures, processus, procès. Pour une analyse quantitative différentielle de « l'erreur de traduction », en préparation

Volume financé par le projet MIUR de l'Université de Bologne « Problématiques liées à la gestion des habilités cognitives du processlls de traduction)} auprès du Département de recherche SITLEC (Studi lnterdisciplinari su Traduzione, Lingue e Culture)

SOMMAIRE

Avant-propos. Ces mots qui nous font signe... Michèle Lorgnet

9

Prémisses

15

I. Interjections et onomatopées
Annexe Références

19 51 63

II. Les noms propres de marque et les Annexe Références

noms

propres de produit

67 113 125

7

AVANT-PROPOS

CES MOTS QUI NOUS FONT SIGNE...

Parmi les nombreux domaines concernés par la psycholinguistique, la sociolinguistique occupe à l'heure actuelle une place de choix, puisque nos habitudes communicatives évoluent au rythme incessant des nouvelles technologies; ainsi que l'observe Lorella Sini, « les modifications en sont subtiles et nombreuses et elles affectent tous les niveaux de l' expression linguistique ». C'est donc dans une perspective d'observation inter-disciplinaire que se situe l'étude détaillée de Lorella Sini sur les « mots transfuges et les unités sémiotiques transglossiques ». Ce nouveau volume de la collection des Cahiers du Rapt présente une réflexion ponctuelle et novatrice sur les unités exogènes que sont les onomatopées - et les interjections - d'une part, et les noms propres de marques de l'autre. L'intérêt de cette recherche est sans aucun doute fondamental si l'on se place dans une perspective d'observation excentrique du facteur traduction telle que celle que nous aimons à croire nécessaire et tentons d'appréhender au sein de notre groupe de recherche sur les aspects psycholinguistiques de la traduction. En effet, de telles unités, migrantes au cœur de nos systèmes linguistiques codés, sign(fient des discours dont l'extrême mobilité « rajeunit» continuellement les systèmes auxquels ils appartiennent. Qui plus est, ces unités de sens concrétisent des difficultés de catégorisation importantes, puisqu'elles se situent, non seulement au carrefour de diverses acceptions du signe linguistique lui-même, oral, écrit, ou graphique et mnémotechnique, mais donc aussi entre divers paliers d'utilisation pragmatique du discours. 11nous semble à ce point que certaines difficultés rencontrées par les traducteurs professionnels lorsqu'ils affrontent la localisation de messages complexes sur le marché global, pourraient trouver là quelques propositions 9

résolutives à partir d'une réflexion théorique systématique, rigoureuse et articulée. Le processus « logogénétique » qui caractérise en effet les stratégies publicitaires hôle l'aspect trivial et drolatique du langage dans le domaine particulier indiqué lui-même par le néologisme linguistique de la « chrématonymie », processus de formations des noms qui « modèle nos raisonnements quotidiens selon des patrons formulaires ». Le distinguo relevé par exemple entre noms propres de marque (NprM) et noms propres de produit (NprP) soulignecombien l'opacité du nom - estil propre, est-il commun? - peut varier et dans quelle mesure le rapport signum/designatum fait appel à un véritable déchiffrement cognitif. Les propriétés extrinsèques du sens, les développements figuratifs et créatifs des appellations, par le biais de l'impact cognitif, permettent donc de coder l' « insignifiance » du signe, comme le relève Lorella Sini, et agissent fortement sur la prégnance et la résilience des noms créés. Quoi de plus normal en effet que de sourire... et puis d'avoir envie malgré soi d'entrer dans un magasin de lingerie parisien intitulé « ébloui'sens » ou dans un restaurant marocain malicieusement dénommé « Au P'tit Cahoua » (sous-titré évidemment en caractères arabisants) ? L'écriture imagée qui prolifère autour de nos domaines de pensée transcende ainsi les codes langagiers standard auxquels nous nous référons, et assume une dimension provisoire instable, sous la forme de lexèmes ou de lexies absorbés rapidement par une sorte de continent transglossique international dont le statut sémiologique reste flottant et la fonction indexicale transitoire. La « logoïsation » des noms de marque, dont Lorella Sini illustre la complexité de formation, l'utilisation de « lettres idéovisuelles », sont quelques-uns des phénomènes décrits, irruption dans notre univers visuel mondial de ces marques graphiques qui tàcilitent l'appréhension du signifiant tout aussi bien que sa phono-sonorisation. Le méta-langage codé qui en résulte, et dont la fonction symbolique dominante est sciemment organisée par les concepteurs, donne au contrai10

re aux utilisateurs l'illusion d'une appréhension ludique et librement consentie du langage. De ce processus créatif, les auteurs se sont emparés depuis longtemps. Il n'est que de rappeler Boris Vian pour s'en

convaincre.Dans Trouble dans les Andains,

on évoque ainsi la

naissance d'un patronyme inventif et déjà globalisant: « Illes poursuivit, et [. ..] les précipita dans la rivière un à un [.. .] - Il a j'té l' ost à ]' eau! disaient les paysans attroupés. Le nom lui resta. Déformé par la prononciation chantante de ces enfants du pays landais, il devint Loustaleau, puis Loustalot. Un ancêtre lointain du Major emporta ce nom aux Amériques, et devint Loostal O'Connor - ça chantait plus ». Les toponymes euxmêmes, ces bêtes noires des apprentis traducteurs, n'échappent pas à I'humour de Boris Vian et à une réflexion subtile sur la malléabilité des noms intégrés à la langue et à I'histoire de la langue, perméabilité qui peut redonner de nouvelles connotations tropiques paronomastiques aux sèmes qui les composent. « Il faisait un temps superbe. La pluie tombait à Sceau, mais pas à Bayonne qui jouit d'un climat plus clément »(ibid.). Comme le remarque Lorella Sini : « les significations historiques assumées par la collectivité sont sans doute plus rationnelles et plus stables que la connotation, mais elles ne sont pas données une fois pour toutes ». La flexibilité extrême du signe linguistique, et une forte réduction du « clivage entre écriture et oralité» dans des unités transglossiques de diverse nature, sont également invoquées dans le chapitre de ce Cahier consacré à l'étude des onomatopées. C'est ainsi par exemple qu'on peut percevoir comment les onomatopées, affectant une « transcatégorisation à caractère syntaxique », à l'instar des interjections, se teignent souvent d'une coloration para-verbale à forte valeur illocutoireoCes mots qui n'en sont pas envahissent les textes des bandes dessinées actuelles, (foin des longs dialogues et récits en sous-titres des Bécassine de notre enfance) et par contamination, un grand nombre de discours et de textes de différente nature, voire même politique. Il faut noter qu'aux aurores des Il

« Métaphorisation » continue de la langue, que l'on ne peut certes faire coïncider avec une origine mythique supra linguistique et universelle, mais qui se nourrit de sa propre expressivité, dans la « présence - absence» du signe. Le langage, tout comme la métaphore, se sustente, grâce à la dimension tropique de la mémoire, du vécu et du subjectif, pour naître et se renouveler, ainsi que semble le suggérer la pertinente étude de Lorella Sini sur ces mots qui nous font signe...
Bologne, juillet 2005 MICHÈLE LÛRGNET (Université de Bologne/SSLiMIT, Bologne - Forli)

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