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Parlons (h)mong

De
542 pages
Ce livre permet au lecteur d'aborder la langue des (H)mong de manière plaisante, comme un jeu. Il est destiné à tous ceux qui veulent la découvrir ou en approfondir la connaissance, mais il entend aussi répondre au besoin de mieux connaître ceux qui la parlent dans les circonstances d'aujourd'hui. Chaque chapitre peut se lire de manière indépendante selon l'intérêt de chacun. Pour tous, ce livre devrait être un ouvrage de référence, au moins provisoirement, dans l'attente de travaux de plus grande envergure.
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Jacques LemoineLes (H)mong sont entrés dans nos existences occidentales
entre 1975 et 1980 au cours de la plus formidable diaspora
de leur histoire… Ils venaient seulement d’accéder, en 1972,
à l’histoire universelle des peuples… Il y a à peine deux ou
trois décennies, leur tradition n’avait jamais été écrite, elle
était entièrement orale et les (H)mong étaient un peuple sans Parlons (h)mongécriture, habitant avec bonheur un éternel présent…
Ce livre permet au lecteur d’aborder la langue des (H)mong
22 42 55de manière plaisante, comme un jeu. Il est destiné à tous ceux Has lug moob ha lou mong
qui veulent la découvrir ou en approfondir la connaissance,
22 22 55Hais lus hmoob haï lou hmongmais il entend aussi répondre au besoin de mieux connaître
ceux qui la parlent dans les circonstances d’aujourd’hui.
Chaque chapitre peut se lire de manière indépendante selon
l’intérêt de chacun. Pour tous, ce livre devrait être un ouvrage
de référence, au moins provisoirement, dans l’attente de Langue et culture
travaux de plus grande envergure.
Jacques Lemoine, qui fut fondateur et directeur
du Centre d’Anthropologie de la Chine du Sud et
de la Péninsule Indochinoise, Laboratoire 413
du C.N.R.S., a commencé ses recherches sur les
(H)mong en 1960 dans la province de Xieng Khouang
au Laos, début d’une longue et mutuelle collaboration
au service d’une ethnie exceptionnelle. Il a publié
plusieurs ouvrages sur les (H)mong qu’on trouvera
en bibliographie, une anthropologie exhaustive de la
Chine et de ses nationalités minoritaires dans le volume
Ethnologie Régionale 2 de l’Encyclopédie de la Pléiade
et nombre d’études sur les Han, les Yao, les Tai Noirs et
les Tai Lü. Dans ce livre, il partage l’enchantement de
son premier terrain.
En couverture : détail d’un col marin brodé mong ndjoua.
ISBN : 978-2-343-01538-5
41 €
r
Pa Lons
Jacques Lemoine
(h)mong






PARLONS (H)MONG

Parlons…
Collection dirigée par Michel Malherbe

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Jacques Lemoine



PARLONS (H)MONG
22 42 55 Has lug moob ha lou mong
22 22 55 Hais lus hmoob haï lou hmong
Langue et culture








































.





© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01538-5
EAN : 9782343015385

A Simone Lemoine,
un grand esprit,
qui a perçu et aimé
la fraternité éminente
qui nourrit
la société (h)mong








Préface


Tout livre est une aventure et plus encore la description d’une
langue qu’on croit connaître un peu mais qui s’avère
infiniment plus complexe. Surprendrai-je vraiment mon
lecteur en disant que ce livre m’a beaucoup appris ? Pour lui,
j’ai dû confronter des certitudes vieilles de cinquante ans avec
la réalité d’une langue bien vivante dans la multiplicité de ses
formes et de ses expressions. Depuis qu’elle a accédé à
l’alphabétisation dans les années 50, les linguistes, les
missionnaires et les politiques n’ont pas ménagé leurs efforts,
pour en faire leur outil pour persuader les (H)mong que
l’écriture allait les unifier, encore un vieux rêve qui fait
toujours de nouveaux adeptes. Certes on peut porter à leur
crédit l’immense travail de diffusion par lequel ils ont touché
toute une génération d’intellectuels (h)mong. Mais dans cette
optique d’unification, ils ont voulu simplifier c'est-à-dire
effacer et normaliser ce qui justement fait la richesse d’une
langue et sa valeur de représentation pour ceux qui la parlent.
Cependant des courants parallèles, issus d’une vieille tradition
1messianique de l’écriture perdue ont produit de leur côté
deux créations originales d’écriture (h)mong, celles de Yaj
51 55 51 51 Soob Lwj Ya Chong Leü et de Hawj Nkaj Vas Haeü Nga
22 Va . Seule la première, connue sous le nom de Pahawh

1
Voir à ce sujet l’étude très fouillée de Joakim Enwall 1995: A Myth
Becomes Reality History and Development of the Miao Written Language
Vol. 1 Stockholm East Asian Monographs N° 5, Institute of Oriental
Languages, Stockholm University. 8
Hmong, a conquis une certaine notoriété parmi les (H)mong
de l’émigration. La seconde, un temps pratiquée dans les
camps de réfugiés du nord de la Thaïlande (en particulier,
celui de Chiang Kham) a fait peu d’adeptes. Malgré l’intérêt
2qu’on peut y trouver, et que William Smalley , auteur par
ailleurs de la transcription romanisée dite Alphabet Populaire
Romanisé, a remarquablement illustré, elles ne sont pas
abordées dans ce livre, consacré, faut-il le rappeler, à la
langue parlée et n’utilisant comme transcription romanisée
que le système APR, celui que connaissent la plupart des
(H)mong alphabétisés et seul outil vraiment accessible pour
l’intelligence comme pour l’apprentissage de la langue.

La langue des (H)mong de la péninsule indochinoise a deux
dialectes : mong et hmong, chacun se réalisant à travers
plusieurs parlers : mong ndjoua (vert), mong léng, mong shi
etc., hmong ‘daeü (blanc), hmong kr’oua mba (à manches
3galonnées), hmong dou (noir) . La coexistence de ces deux
dialectes tant au Laos que dans l’émigration a donné lieu aux
Etats-Unis à des réactions fortes de la part de locuteurs du
mong s’estimant lésés vis-à-vis de l’administration au point de
vouloir être reconnus comme une ethnie différente. C’est
pourquoi, dès lors, j’ai décidé d’employer la graphie
(H)mong qui conserve l’ethnonyme officiel, tout en indiquant,
par l’adjonction de parenthèses, qu’il combine deux
prononciations dialectales mong et hmong. Quant aux deux
parlers du mong, ce ne sont pas les vestiges d’une dispersion
dans le temps et l’espace, mais l’expression de variations
tribales, déjà présentes en Chine, dont ils épousent le nom.
Le costume féminin et le parler permettent précisément aux

2
William A. Smalley, Chia Koua Vang and Gnia Yee Yang 1980: Mother
of Writing, The Origin and Development of a Hmong Messianic Script,
Chicago, The University of Chicago Press
3
Le hmong noir, selon mes premières observations, pourrait bien être un
autre dialecte.
9

4différences tribales de s’affirmer. Sans mettre en question
l’unité ethnique, elles sont utilisées à préserver un héritage
génétique et culturel transmis à l’identique dans la mesure du
possible. Elles rejoignent le point central de la métaphysique
des (H)mong qui entend organiser la mort pour reproduire la
vie. Dans ce livre, j’ai donc décidé de tenir compte de la
réalité linguistique et culturelle de cette ethnie exemplaire.
Exemplaires, en effet, les (H)mong ont réussi sous nos yeux,
au début des années 70, l’exploit de faire reconnaître leur vrai
nom en se débarrassant de la camisole de force ethnique où
les tenants du pouvoir les avaient partout emprisonnés. Les
« Méos » des vignettes coloniales, primitifs enfermés dans
leur image d’Epinal, se sont un beau jour affirmés comme des
(H)mong, acteurs de leur propre destin. Cette décolonisation
de leur esprit a été le point de départ d’un essor considérable
qui a présidé au choix qu’ils ont fait de l’exil face à la
culpabilisation de masse qu’on leur proposait et au nettoyage
ethnique qui devait s’ensuivre. A partir de là, la roue du destin
a tourné : en réussissant leur implantation en occident, les
réprouvés d’hier sont devenus des héros et des modèles pour
ceux de leurs frères restés sur place, y compris dans les
régions les plus reculées de la Chine profonde d’où leurs
ancêtres étaient venus.
Justement, ces ancêtres venus de Chine ont apporté avec eux
nombre d’emprunts à la civilisation chinoise, et de mots au
chinois mandarin du Sud-Ouest. Les ignorer, c’est ne pas
respecter la langue et ne pas voir les précieux renseignements
qu’ils nous donnent sur la culture. A l’encontre de la vision
myope des « post-modernes » de l’anthropologie, je les ai
scrupuleusement restitués et authentifiés, dans les contextes
lexicaux et sociologiques où ils apparaissent. Lorsqu’il m’a
paru nécessaire, j’ai joint au mot chinois en transcription le

4
L’emploi des mots tribu, tribal, décrié par certains africanistes, n’a rien
de péjoratif, bien au contraire. Joel Kotkin 1993 : Tribes : How Race,
Religion, and Identity Determine Success in the New Global Economy,
New York, Random House, lui a rendu justice, depuis plus de vingt ans. 10
caractère qui le représente. Vu le contexte, la généralisation
du procédé alourdirait considérablement la lecture. Je me suis
contenté d’un usage limité et discret.

Dans une entreprise aussi téméraire que l’analyse
grammaticale du (h)mong, j’ai bénéficié des travaux de mes
prédécesseurs, en mettant à contribution, par exemple, ceux
de Jean Mottin (1978) ou de Thomas Amys Lyman (1979)
sur la grammaire. Enfin, en adaptant au hmong les premières
leçons de son Mandarin Primer, je fais un grand clin d’œil au
génie pédagogique de feu Chao Yuen Ren, linguiste
talentueux qui enseigna longtemps le chinois à l’université
Harvard. Par ailleurs, le précieux Dictionary of Mong Njua de
Thomas Amys Lyman (1974) m’a souvent aidé à clarifier
certains problèmes de ce parler qu’il est le seul à avoir décrit.
Pour le parler mong léng, je me suis basé sur l’English-Mong-
English Dictionnary de Lang Xiong, Joua Xiong et Nao Leng
Xiong (1983). Enfin pour le hmong je me suis appuyé sur le
Dictionnaire Hmong-Français d’Yves Bertrais (1964), sur
l’English-Hmong-English Dictionary de Yuepheng L. Xiong
(2006), sur le White Hmong-English Dictionary d’Ernest H.
Heimbach (1969), enfin sur le Hmong-English Dictionary
(Lus Hmoob Txhais) de Jay Xiong (2003-2005).

Pour rendre à la langue la source de sa vitalité, j’ai fait une
large place à la culture traditionnelle. Elle est le trésor de
guerre des (H)mong, qui les préserve de la disparition. C’est à
juste titre qu’ils y sont très attachés. Ce que j’en donne à voir
dans les limites de ce livre n’est dans ma pensée qu’un point
de départ plutôt que d’arrivée. J’espère qu’il inspirera une
multitude de recherches nouvelles parmi les spécialistes mais
aussi parmi les générations présentes et à venir des
intellectuels (h)mong, qui ont commencé à prendre la relève.
Ce livre permet au lecteur – du moins, je l’espère – d’aborder
la langue des (H)mong de manière plaisante, comme un jeu.
11

Chaque chapitre peut se lire de manière indépendante selon
l’intérêt de chacun. Ainsi, ceux qui s’intéressent d’abord à
parler la langue peuvent sauter directement de cette préface au
chapitre 3 « Parlons du (h)mong » pour se faire une idée de la
langue et de la façon dont elle est écrite puis continuer sans
s’attarder par les leçons du chapitre 4 enfin, poursuivre par-
dessus le chapitre 5 par les leçons du chapitre 6. A ceux qui
possèdent déjà ou ont acquis par ce livre une certaine maîtrise
du (h)mong je propose un présentation systématique du
vocabulaire fondamental et de la grammaire au chapitre 5
« Des mots et des phrases : la langue en action » Ceux qui
sont plus soucieux de la société et de la culture des (H)mong
trouveront à satisfaire leur curiosité dans les chapitres 1, 7, 8
et 9. Ceux qui voudraient plus d’idées concrètes sur les
langues miao et la nébuleuse (h)mong en Chine doivent lire le
chapitre 2 « Langues miao et dialectes du (h)mong » où je
présente des données chinoises originales, pour la plupart
inconnues des milieux spécialisés. En bref, ce livre est destiné
à tous ceux qui veulent découvrir la langue (h)mong ou en
approfondir la connaissance, mais j’ai voulu aussi répondre au
besoin de mieux connaître ceux qui la parlent dans les
circonstances d’aujourd’hui. J’espère avoir fait de ce livre un
ouvrage de référence, au moins provisoirement, dans l’attente
de travaux de plus grande envergure.

L’idée d’un tel livre, auquel je n’aurais jamais songé, m’a été
apportée un beau jour par Michel Malherbe. Je l’ai d’abord
acceptée comme un devoir de plus, auquel, s’agissant des
(H)mong, je ne pouvais me dérober, avant de me rendre
compte du cadeau inestimable qu’il me faisait : l’occasion de
valoriser pour un large public 50 ans de contact et de
réflexion sur les (H)mong. Il me faut encore saluer sa patience
indéfectible quand les épreuves de la vie ont ralenti ma
rédaction. Je lui adresse ici toute ma reconnaissance.
12
Enfin je dois à quelques amis (h)mong : Siong Luc, Siong
Séngkao, Vang Sébastien, Vang Stéphanie et Ly Sandra, en
France, Prasith Leepreecha, en Thaïlande, Lee Pao Xiong aux
Etats-Unis, d’avoir bien voulu m’aider à clarifier mes idées et,
pour ceux de France, particulièrement Siong Luc, d’avoir
également relu et corrigé mes leçons de langue mong. Qu’ils
soient ici très chaleureusement remerciés ! Bien entendu,
toutes les erreurs d’analyse, voire d’orthographe du (h)mong,
qui pourraient avoir subsisté ne sont imputables qu’à moi seul
et je prie le lecteur de bien vouloir m’en excuser.









I

Introduction






1

Les (H)mong et leur langue


Les (H)mong sont entrés dans nos existences occidentales
entre 1975 et 1980 au cours de la plus formidable diaspora de
leur histoire. Quant à l'histoire universelle des peuples, ce
n'est qu'en 1972 et au Laos qu'elle a pu les découvrir, aventure
peu banale d'une ethnie qui impose l'usage du nom par lequel
elle se nomme en rejetant un beau jour définitivement le
surnom par lequel les autres la désignent depuis toujours. Or
cette reconnaissance, arrachée à l'apex d'une guerre civile
meurtrière qui avait transformé un grand nombre de ces
montagnards pacifiques en combattants, s'est aussitôt
répandue comme le feu sur une traînée de poudre, d'abord au
Laos parmi les (H)mong du camp adverse aujourd'hui au
pouvoir dans la République Populaire Démocratique Lao, puis,
la guerre du Vietnam à peine terminée, en 1975, chez les
(H)mong de la République Démocratique du Vietnam. Au
même moment, les règlements de compte révolutionnaires au
Laos, jettent dans la fuite en Thaïlande et l'expatriation vers
les pays tiers des milliers de (H)mong qui, se trouvant dans le
camp des vaincus, craignent pour leur vie. Ils officialisent au
passage leur ethnonyme auprès des autorités thaïlandaises
d'accueil et des organisations internationales présentes dans
les camps de réfugiés. Seule la République Populaire de
Chine, qui a instauré une politique de nationalité octroyée par
l'Etat, parfois fabriquée en regroupant des ethnies voisines
plus ou moins apparentées sous une même désignation 16
"nationale", résiste à la vague et conserve aux (H)mong leur
surnom traditionnel de Miao, partagé aujourd'hui avec au
5moins quatre autres ethnies .
Au demeurant, les (H)mong sont une ethnie sans frontières
répartie entre la Chine, le Vietnam, le Laos, la Thaïlande et la
6Myenma (ex Birmanie) en Asie; quelques démocraties
européennes dont la France et son département de Guyane;
l'Australie et, bien entendu, les Etats-Unis d'Amérique,
principaux responsables et terre d’accueil de cette diaspora.

Combien sont-ils?
On imagine qu'il est bien difficile d'évaluer le nombre des
(H)mong en Chine au sein de la nébuleuse miao. Et pourtant,
dès les premières années de la RPC, des linguistes chinois et
miao ont méticuleusement recueilli les données linguistiques
essentielles et ont établi l’arbre généalogique des langues, des
dialectes et des parlers pour ces ethnies collectivement

5 A notre connaissance: les Khe Xiong; les Mhou et Kanao; les A Hmao;
enfin les Ghe Hmon ou Ghoung Hmoung qui, eux, refusent d'être
considérés comme Miao mais ne sont encore jamais parvenus à faire
reconnaître leur identité. Il est possible que la liste s'allonge un jour si la
lumière pénètre sous la chape de plomb qui verrouille la nationalité miao.
Par exemple, le label "mong" des linguistes chinois ne recouvre pas moins
de 9 langues différentes parmi lesquels le (h)mong dont il est question ici
et le a hmao, donné par les mêmes linguistes comme un "sous dialecte du
mong" alors qu'il s'agit d'une autre langue incompréhensible pour un
(H)mong. Il est possible que les 7 autres "sous dialectes" répertoriés soient
en réalité des langues parlées par des ethnies différentes encore que
proches comme le sont A Hmao et (H)mong. Leur identification n'est pas
facile, déjà les ethnonymes cités ici et tous authentifiés sont d'une manière
générale soigneusement gommés des publications chinoises concernant les
Miao, ce qui multiplie les incohérences ethnographiques et stérilise toute
lecture des sources historiques qui les mentionnent.
6
L’orthographe anglaise Myanmar a une prononciation monstrueuse en
français, tandis que celle que je propose ici, permet de revenir au plus près
du mot birman original.
17

7identifiées comme Miao ; ils ont également comptabilisé leurs
locuteurs, ce qui nous donne trois évaluations par un
personnel qualifié, à 30 ans puis 10 ans d'intervalle et nous
permet du coup d'apprécier la progression démographique de
chaque ethnie. Au début des années 50, d'après ces sources, le
nombre total en Chine des divers locuteurs de la langue
(h)mong "qu'on parle dans les régions périphériques de la
Chine, au Vietnam; au Laos, en Thaïlande et en Myenma
8 9(Birmanie)" étaient de 700.000 . Ils étaient réévalués à 1
10million entre 1979 et 1982 et donnés pour 1.400.000 dans
l'ouvrage paru en 1995 qui se fonde sur les chiffres, par
district, du recensement de 1990. Selon toute vraisemblance,
dix-huit ans après, ils devraient atteindre plus de 2 millions
aujourd'hui. A ces 1.400.000 (H)mong de Chine en 1995, il
convient d'ajouter 787.600 (H)mong du Vietnam en 1999,
320.000 (H)mong du Laos en 1995 et environ 150.000
(H)mong en Thaïlande ; le nombre de 50.000 en Myenma est

7
Pour authentifier la fiction d'une langue miao unique dont les idiomes
actuels ne seraient que des dialectes, ils ont dû inventer la notion assez
cocasse de "sous-dialecte" qui désigne tantôt un dialecte, tantôt une langue
à part entière comme le A Hmao. Dans cette classification, les véritables
dialectes sont présentés comme "parlers"! Cela, il faut bien dire, n'enlève
rien à la valeur de leur travail pour peu qu'on sache le décoder. On ne peut
en dire autant de celui des linguistes occidentaux qui, se fondant sur ces
travaux, ne semblent pas avoir remarqué la supercherie, comme si on
pouvait considérer la totalité des langues romanes comme une langue
unique dont l'espagnol, le français, l'italien et le roumain ne seraient que
des dialectes!
8 Wang Fushi et Mao Zongwu : Miao-Yao yu guyin gouni "Reconstruction
de l'ancienne prononciation des langues Miao-Yao", Edition des Sciences
Sociales de Chine, Beijing 1995, p.6-7.
9
Anonyme : 1959, Zhongguo shaoshuminzu tiaocha baogao " Rapport
d'enquête sur les nationalités minoritaires de la Chine (Miao Yao yuzu
bufen "famille des langues Miao-Yao") Beijing.
10
Wang Fushi édit.: 1985, Miaoyu Jianzhi ("Précis sur la langue Miao")
Presses des Nationalités, Beijing.
18
probablement surévalué. Cela fait environ 1.300.000 (H)mong
pour toute la Péninsule Indochinoise, auxquels s'ajoutent
environ 300.000 (H)mong de la diaspora (dont plus de
200.000 pour les seuls Etats Unis d'Amérique). On peut dire
que le nombre total des (H)mong à l'échelle planétaire
avoisinait les 3 millions en 1995 et devrait aujourd'hui se
situer entre quatre et cinq millions. On est bien loin des 8, 10
et même 12 millions revendiqués par certains auteurs. Ces
différences énormes s'expliquent pour la plupart par la
confusion entre nationalité miao et ethnie (h)mong qui leur
permet de comptabiliser comme "(h)mong" une population de
117, 8, voire10 millions de Miao , confusion savamment entre-
tenue en Chine au cours d'une démarche qui ne vise ni plus ni
moins qu'à ramener au bercail miao l'électron libre que les
(H)mong sont devenus.

Qui sont-ils?
Jusqu'il y a à peine deux ou trois décennies, la tradition
(h)mong n'avait jamais été écrite, elle était entièrement orale
et les (H)mong étaient un peuple sans écriture, habitant avec
bonheur un éternel présent. A part des récits plus ou moins
légendaires sur des événements récents et des témoignages
vécus qui se mesuraient dans le temps à l'espérance de vie qui
était la leur, les mythes leur suffisaient à expliquer un présent
qui était avant tout celui de leur contrat social et de leurs
rapports avec les ethnies voisines. Ces mythes, de création, du
déluge, d'origine des divers éléments marquant leur vie
balisaient leur existence, leurs rites et leurs relations sociales.

11
Dans le recensement de l'an 2000, les Miao sont comptés pour 8 940
116. Plusieur sites du Web donnent une évaluation plus récente dont ils ne
précisent pas toujours les sources. Par exemple, pour Wikipédia, il y aurait
en Chine : 3 millions de (H)mong ; au Viêtnam : 1.068.189 (en 2009) ; au
Laos 460.000 (en 2005) ; aux Etats-Unis 260.073 (en 2010) ; en Thaïlande
151.080 ; en France 16.500 (dont 1500 en Guyane) ; en Australie 2190 (en
2006) ; au Canada 600 ; en Argentine 600 ; en Allemagne 500.
19

Un des plus importants fait intervenir le déluge pour noyer
une humanité ancienne issue d'un couple primitif, donc
incestueuse et par définition révoltée contre la nature même, à
seule fin de permettre l'émergence d'une humanité nouvelle
respectant la prohibition de l'inceste. Le mythe s'emploie par
conséquent à expliquer l'organisation de la société (h)mong en
clans exogamiques. Certaines de ses versions débouchent sur
un autre aspect de l'humanité nouvelle : la multiplicité des
langues et des ethnies sur terre justifiée de la même façon.
Parmi les mythes d'origine des choses familières, on peut citer
l'origine de l'opium et du tabac, plantes poussées
respectivement, et selon son dernier vœu, de la bouche et de la
vulve d'une belle fille morte d'excès amoureux ; ou encore la
domestication volontaire du chien devenu dépendant de
l'homme pour sa nourriture après qu'ils eurent échangé à ce
12prix leur pénis .

Les (H)mong vivent encore aujourd’hui en société tribale
égalitaire c'est à dire fondée sur des rapports de parenté qui
priment l'économique, aussi bien que le politique. La
répartition de l'ensemble de la société en patriclans
exogamiques en est le moteur. Il lie tous les (H)mong dans
une chaîne de solidarité éminente où les clans s'assemblent en
faisceau comme les fils d'un même câble. Eux-mêmes
expriment cette solidarité éminente à l'échelle de l'ethnie toute
entière par l'adage : (H)mong hlou (h)mong [(H)moob hlub
hmoob], "Les (H)mong s'aiment les uns les autres". Et en
réalité, la logique du système, qui n'admet qu'un nombre
limité de clans (entre 15 et 20), fait qu'ils sont tous frères ou
beaux-frères, soeurs ou belles-soeurs; tantes ou nièces, oncles
ou neveux. Cela est si vrai que le mot "ami", p’ong yeü (phooj
ywg) a dû être emprunté au chinois péngy ǒu , comme si
cette solidarité extérieure à la parenté n'avait pas sa place dans

12
Ces mythes sont analysés dans Jacques Lemoine : 1983, L'initiation du
mort chez les Hmong, Bangkok, Pandora.
;? 20
cette fratrie ethnique et qu'elle ne pouvait concerner que les
relations à l'extérieur de l'ethnie. Cette notion d'amitié,
marginale dans les conditions de vie traditionnelle où ces
relations sont rares et filtrées par la communauté villageoise, a
pris une importance souvent capitale dans la diaspora avec
l'immersion inévitable des réfugiés dans leurs sociétés
d'accueil. Les (H)mong ont pour la plupart réalisé leur
insertion grâce à la bienveillance – pour eux, l'amitié – de
bienfaiteurs non (H)mong dans ces sociétés.

La conséquence de cette grande fratrie ethnique est que le
mariage ne peut vraiment unir que des cousins croisés (vrais
ou classificatoires). Pour respecter la prohibition de l'inceste
qui est une règle absolue, il faut pouvoir distinguer entre tous
les cousins et cousines, ceux et celles qui sont prohibés de
ceux et celles qui sont permis car relevant d'un patriclan
différent. On les distingue en faisant suivre le terme pour frère
42ou soeur par le déterminant mbaeu (npawg) « externe » qui
a la même fonction que bi ǎo en chinois, soit d'indiquer la
possibilité de sentiments dépassant la simple affection
sororale ou fraternelle entre cousins de sexe différent.

Curieusement, le dictionnaire English – Mong – English de
Lang Xiong, Joua Xiong et Nao Léng Xiong traduit le mot
42mbaeu (npawg) par "cousin" mais aussi par "friend (in
general)". Il semble qu'il y ait là une adaptation pour un
public puritain de cette notion d'amant, amante, conjoint
possible. Elle peut être mise en parallèle avec l'apparition
chez les universitaires (h)mong, dans leurs écrits en anglais,
de l'interjection "(H)mong friends!" là où on attendrait
34 51 55"(H)mong brothers!" – keü ti (h)mong (kwv tij (h)moob)
dans leur langue! La distanciation nouvelle qui se traduit ici
n'est pas sans rapport avec le ségrégationnisme religieux qui
s'est introduit dans la société (h)mong à la faveur de la
conversion d'une partie d'entre eux à la chrétienté américaine

>? 21

13ou européenne .

Le système clanique des (H)mong prime toute autre
organisation, donc traverse les subdivisions tribales de l'ethnie
permettant la confraternité et le mariage entre groupes parlant
différents dialectes, portant des costumes distincts et pourtant
compatibles entre eux puisqu'ils relèvent tous des mêmes
patriclans. Etant donné leur dispersion dans l'espace, le
nombre des tribus (Hmong Blancs; Mong Verts; Mong Léng;
Hmong à Manches Galonnées; (H)mong Noirs; Mong Shi,
etc.) réellement en présence dans une région donnée ne
dépasse guère 3 ou 4 et on ne rencontre guère plus de 4 ou 5
clans différents dans une même localité. Toutefois certains
conjoints peuvent venir de très loin et être les représentants
uniques de leur groupe et de leur clan d'origine sans en
souffrir le moins du monde. Clans et tribus sont par définition
multilocaux et ne relèvent d'aucun territoire particulier. Ils
n'ont aucune fonction politique d'ailleurs. Par contre,
l'appartenance à une tribu différente parlant un autre dialecte
entretient une solidarité au deuxième degré, chacun préférant
les (H)mong de sa tribu et de son dialecte, et se méfiant
quelque peu des autres. Si cette défiance peut s'appuyer sur
l’existence d’un traitement inégalitaire (comme dans la
controverse entre Hmong et Mong) la solidarité éminente à
l'intérieur de l'ethnie est mise à rude épreuve.

13
Les (H)mong traditionnels ont découvert avec surprise chez leurs
parents convertis au Christianisme des aberrations sectaires comme le
refus de partager un repas après un sacrifice, voire même l’interdiction
d’une simple offrande rituelle d'alcool aux ancêtres avant de commencer le
repas, geste furtif du maître de maison qui passe le plus souvent inaperçu.
En revanche, ils se voient infliger la prière rituelle chrétienne quand ils
sont invités chez eux. "Quand on va chez eux, il faut faire comme eux,
quand ils viennent chez nous, il faut encore faire comme eux!" Déjà dans
les camps de réfugiés en Thaïlande, certains catéchumènes ingénieux
promettaient à ceux qui se convertiraient l'entrée en Amérique, qui serait,
en revanche, refusée aux païens... 22
14Les (H)mong de la diaspora relèvent de quatre tribus et
parlent deux dialectes différents: Hmong blancs et Hmong à
manches galonnées parlent le hmong, tandis que Mong Verts
et Mong Léng ("?") parlent le mong . Dans le dialecte hmong,
le m est une consonne sourde qui se réalise en soufflant par le
nez. Les auteurs du premier alphabet diffusé, l’A.P.R., l’ont
transcrite par hm par opposition à mh qui indique une
aspiration. C'est cette graphie qui a été popularisée pour
l'ethnonyme, car ses promoteurs étaient tous des Hmong
blancs, hmong 'daeu (hmoob dawb), alphabétisés. Le mot
Hmong désigne encore aujourd’hui tous les (H)mong de la
péninsule indochinoise, tant au Vietnam, au Laos qu'en
Thaïlande. En chinois par contre, il n'existe pas de caractère
dont la prononciation puisse rendre le ṃ sourd transcris
15depuis Smalley hm. Celui qui a été choisi se lit mong
(m ēng en romanisation officielle). Comme c’est le caractère
que les Chinois utilisent également pour signifier « Mongol »
mais à un autre ton : « mèng », il n’est peut-être pas étranger
à l’idée qui traîne çà et là dans l’imaginaire des (H)mong
d’une possible ascendance mongole. Ce hm sourd
accompagné d’un souffle par le nez a parfois été perçu par ses
usagers, missionnaires et autres, comme un m’ aspiré. Dans
les alphabets lao ou thaï qui sont dérivés du pali, la réalisation
d'un hm, ou mh n'est pas possible puisque la lettre h en
combinaison avec m ou n ne représente pas une aspiration
mais sert à marquer un ton montant. Cependant, les
missionnaires évangéliques auteurs d’alphabets (h)mong en
caractères thaï ou lao, ont voulu garder une équivalence
graphique avec leur romanisation et ont pour cela introduit
devant m une autre consonne h qui, elle, est vraiment aspirée
mais ne se combine pas avec la consonne qui suit. A la

14 Hmong 'Daeu (Hmoob Dawb); Hmong Kr’oua Mba (Hmoob Qhuas
Npab); Mong Léng (Moob Lees); Mong Ndjoua (Moob Ntsuab) .
15 Ce caractère chinois utilisé pour désigner aussi les Mongols, n’a jamais
impliqué une quelconque parenté.

:? 23

consonne précédée par h en alphabet latin se substituent donc
deux consonnes séparées par un a bref. Hmong devient
hamong, hemong pour ceux qui lisent ce mot dans les
alphabets lao ou thaï. Le même phénomène en alphabet
vietnamien a donné H'mông, qui sépare encore deux
consonnes /h/ et /m/ pour donner la prétendue consonne
aspirée /hm/. Les premiers ouvrages occidentaux consacrés
aux Mong Verts (Lemoine : 1972, 1983, 1987, Cooper : 1984)
ont choisi arbitrairement une graphie unique « Hmong » pour
désigner les locuteurs des deux dialectes dans l’idée de
sauvegarder et populariser cette identité ethnique toute
nouvelle en conservant une orthographe unique pour la
désigner. Ce biais qui se voulait pratique et unitaire a eu le
résultat contraire, déchaînant dans la diaspora l’amertume
révoltée des universitaires et intellectuels de dialecte mong,
inquiets de la diffusion du hmong chez les jeunes au détriment
de leur propre dialecte et jaloux de la plus grande audience
des Hmong blancs auprès des autorités d’accueil. La crise a
éclaté lors de la présentation, d'un projet de loi visant à
officialiser dans l'état de Californie l’enseignement de
l’histoire récente des Hmong et de la Guerre Secrète à
laquelle ils avaient été associés. Les Mong considérant qu’ils
étaient assimilés aux Hmong contre leur gré par ce texte de loi,
ont saisi l’occasion pour dénoncer l’impérialisme culturel des
Hmong blancs, certains allant jusqu’à affirmer que les Mong
16et les Hmong étaient deux ethnies différentes . C’est la raison
pour laquelle dans cet ouvrage qui entend présenter
équitablement les deux dialectes, j’ai choisi la graphie
(h)mong chaque fois que je parle de l’ethnie et de la langue en
général et hmong ou mong selon le dialecte concerné.

16
Voir Paoze Thao and Chimeng Yang, "The Mong and the Hmong", Mong
Journal, Vol. 1, July 2004. 24
Dans leurs villages naturels sur les montagnes de la péninsule
indochinoise, les (H)mong forment des agglomérations d'une
quinzaine à une soixantaine de maisons, parfois plus, et un
village peut être réparti en plusieurs hameaux à quelque
distance les uns des autres. Chaque village est constitué de
familles relevant d'un même clan ou de clans différents,
formant un ou plusieurs groupes composés de voisins de
descendance commune. Chacun de ces groupes de voisinage
constitue une unité de résidence et, quand les (H)mong parlent
17de leur village, lou jo[r] (lub zos), c'est à cette unité qu'ils
pensent d'abord. Et comme les membres d'un même lignage
relèvent du même clan, dans certains contextes on désigne ce
groupe de voisinage par son nom de clan. On va chez les
Vang, on a un conflit avec les Tho[r], ou les Siong, etc.;
l'ensemble de l'agglomération constitue moins une
communauté qu'une association temporaire de groupes à
espace social variable : ils n'ont pas toujours été ensemble et
se quitteront un jour pour former ou rallier d'autres
18agglomérations. Entre frères, cousins germains et collatéraux,
partageant ce voisinage le lien généalogique est connu avec
précision et ne remonte guère à plus de trois ou quatre
générations comme l'atteste la nomenclature des termes de
parenté. Chacun de ces lignages s'est formé par le
développement d'une même famille élargie initiale. C'est là le
noyau familial primaire qui, par ses ramifications et ses
alliances, situe tous ses membres au sein de l'ethnie. Chaque

17
Dans le cours de ce chapitre, j’emploie une transcription francisée
doublée entre parenthèse de la transcription en alphabet Barney-Smalley
courante chez les Hmong. Le français ne permettant pas d'écrire un "o" / /
ouvert en fin de syllabe, je fais suivre arbitrairement la voyelle "o" de la
consonne "r" afin de réaliser cette ouverture. Mais elle ne se prononce pas.
Par ailleurs dans la transcription en alphabet (h)mong les consonnes
finales, servant à indiquer le ton, ne se prononcent pas non plus.
18 De fait, l'espace social chez les Hmong se confond avec celui de
l'ethnie.
25

(H)mong, homme ou femme, s'y rattache de plein droit par la
naissance. Les femmes après le mariage sont intégrées dans
une autre famille et un autre lignage, mais ne perdent jamais
pour autant leur lien avec leur parenté de naissance, si
éloignée soit-elle. Elles peuvent trouver conseil, appui et
refuge auprès des ressortissants de leur clan d'origine en cas
de conflit domestique. Si la situation s'aggrave, elles
s'enfuient chez leur père qui ne manquera pas de sanctionner
son gendre avant de laisser sa fille repartir avec lui. Les
devoirs d'un gendre sont précis et trouvent leur apothéose
dans le sacrifice d'une vache lors des funérailles de chacun de
ses beaux-parents car c'est le devoir, dans les funérailles, de
chacune des filles déjà mariées, si éloignées soient-elles de
leur maison d'origine. A l’instar des Chinois, les (H)mong
pratiquent traditionnellement le mariage par achat, qui
consiste à verser une somme importante représentant le "prix
de la tête", c.a.d. de la personne de la mariée. Cette coutume,
partagée par nombre de sociétés traditionnelles d'Extrême-
Orient, entend, d'une part, dédommager les parents lorsque
l'épouse quitte sa famille d'origine pour aller vivre dans la
maison de son mari, d'autre part, engager celui-ci à respecter
son épouse dont il a pu ainsi apprécier le prix. Si un conflit
domestique grave provoque la fuite de sa femme et qu'elle
retourne chez son père, celui-ci pourra mettre son gendre à
l'amende avant de la lui rendre, ce qui augmente encore la
valeur de sa femme. En contrepartie, l'argent que le gendre a
ainsi investi dans son mariage fonctionne comme une caution
de garantie. Son beau-père sera porté à pousser sa fille à
regagner le foyer conjugal plutôt que d'avoir à rembourser le
capital et l'argent dépensé par le gendre qui a aussi offert un
cochon mangé au cours de la noce. La perte est trop sensible
et peut difficilement être compensée par le remariage de
l'héroïne dépréciée après ce premier mariage et ce divorce.

Les (H)mong pratiquent encore la polygamie et le lévirat. Un
homme peut avoir plusieurs femmes, soit pour accroître le 26
nombre des bras au travail dans une famille nucléaire avec
trop d'enfants en bas âge, soit pour recueillir des veuves
laissées pour compte. Celles-ci peuvent d'ailleurs épouser le
cadet de leur époux défunt selon la règle de lévirat, ce qui
leur permet de rester dans le lignage de leur mari avec leurs
enfants. Elles peuvent aussi refuser de le faire ou bien le jeune
cadet, parfois encore un enfant, n'est pas apte à remplir le rôle
qui lui échoit. En ce cas, un remariage dans une autre famille
de même clan ou de clan différent s'ensuit.

L'idéologie sous-jacente qui domine la pensée (h)mong est
que le célibat est haïssable, que les hommes vivent par couple
et qu'il ne faut pas abandonner les veuves dans le malheur. Si
l'une ou l'autre ayant des enfants déjà grands préfère rester
seule à les élever dans la maison de feu son mari, il ne
manque pas de vieux Roméo dans le village pour aller la
visiter à la nuit tombée et l'aider à oublier son malheur. Cette
vie sexuelle sans détour commence très jeune pour les
adolescents des deux sexes. Les garçons pubères visitent
librement les filles nubiles à la veillée et parfois s'introduisent
en secret dans leur chambre la nuit. L'amour est la plus grande
préoccupation des uns et des autres, entretenue tradition-
34nellement par les chansons et romances (en hmong : keu
51 19 42 51ts'ia kwv txhiaj , en mong : lou tza lug txaj) que leurs
parents leur ont appris. Ils y trouvent les mots de la passion,
de la mélancolie et du désespoir quand le mariage précoce
de la belle ou la défection du galant, contrarie leur amour
ainsi que tout thème propre à stimuler leur active recherche de
l'âme sœur. Dans la grande semaine de vacances du Nouvel
An, filles et garçons parés de leurs plus beaux atours vont
lancer la balle de hameau en hameau, en bandes de
tourtereaux dont les chants emplissent la montagne d'un
bruissement de cigales.

19
Du chinois g ŭchàng « chanson traditionnelle (ancienne) ».

a 27

Cette innocence apparente des mœurs n’en est pas moins
dévolue à la reproduction sociale, car sitôt les fêtes terminées,
les garçons assez fortunés pour se marier tout de suite
sillonnent les villages sous la houlette de leur entremetteur à
la recherche du beau parti déjà entrevu ou espéré. Si les
palabres entre l'entremetteur de la famille et celui du
prétendant parviennent à un accord, le mariage est célébré
incontinent. Il n'y a effectivement pas de temps à perdre car
les jeunes filles les plus réputées sont les premières à partir.
Reines d'un jour, elles n'épousent pas toujours selon leur cœur
mais se soumettent pour la plupart à la décision de leur père
dans la plus stricte tradition confucéenne. C'est là que le prix
payé pour leur personne, prend tout son sens, garantissant
pour l’acheteur, sinon l’amour, du moins le respect du pacte
conclu!
La liberté sexuelle des jeunes, la polygamie des ménages, et
l'impulsion de l'éros à tout âge de la vie, le tout accompagné
d'une grande pudeur naturelle, ces traits archaïques de la
société (h)mong parfaitement adaptés aux besoins de
reproduction de la société tribale ont tour à tour séduit et
tourmenté les missionnaires attachés à les convertir. Or, ils
ont été mis à rude épreuve chez les réfugiés de la diaspora.
Parvenus aux Etats-Unis d'Amérique à l'apex du mouvement
de libération de la femme, les réfugiés de la première
génération n'ont pas échappé à l'imagologie de l'époque, les
jeunes femmes soutenues par les mouvements de libération
des femmes ont appris plus vite l'anglais et trouvé un emploi
quand leur mari devait rester à la maison, ce qui, dans certains
cas, a contribué à déprécier le statut d'homme, et généré des
dépressions chez les maris devenus dépendants de leur femme.
Cette crise du modèle traditionnel en a conduit plus d'une au
divorce quand la femme se laissait tenter sur son lieu de
travail par des relations extra conjugales avec des collèques
de travail. L'éducation avancée des filles scolarisables a
également produit des jeunes femmes célibataires et
diplômées, avec des emplois dans le secteur tertiaire, 28
20difficilement recyclables dans le mariage traditionnel .
21L'apparition synchrone de jeunes intellectuels (h)mong
également instruits et diplômés atténue ce déséquilibre sans
pouvoir résorber entièrement une frange de femmes
intellectuelles brillantes mais laissées pour compte par crainte
d'un déséquilibre conjugal.
Dans leur pays d'origine les (H)mong se marient entre eux à
l'intérieur de l'ethnie. Les mariages interethniques sont encore
vraiment rares et concernent surtout les filles. Le mariage d'un
garçon (h)mong avec une occidentale est généralement
découragé par sa famille. Le divorce à l'occidentale qui
attribue en général la garde des enfants à la mère est un autre
garde-fou suffisant pour faire réfléchir les plus sensibles à
l'exotisme des filles européennes ou américaines. L'instabilité
caractéristique des femmes mariées occidentales est encore un
autre sujet de méfiance.
Les jeunes immigrants de la troisième génération, ont
22démontré par défaut comment la société (h)mong récupérait

20 Au Laos, les (H)mong, pour la plupart, ne laissent pas leurs filles
poursuivre des études supérieures, de crainte qu'elles ne trouvent plus à se
marier. En Amérique, plutôt que d'épouser une femme qui a son doctorat
la plupart des hommes préfèrent aller chercher une femme au Laos, en
France ou en Chine où les filles sont un peu moins éduquées et élevées,
pensent-ils, d'une manière plus traditionnelle.
21
cf. Gary Yia Lee 2004, Yang Dao 2004.
22
Dans une étude sur les attitudes des jeunes (H)mong en France, Eric
Gauthier en témoigne «Et ce sont en général les garçons, se revendiquant
comme porteurs de la tradition, qui excluent toute éventualité de mariage
mixte, alors que les filles envisagent, à travers leurs discours, parfois un
futur conjoint choisi à l’extérieur de la communauté ethnique. Elles
demeurent néanmoins peu nombreuses à s’orienter vers cette option. Le
nombre d’unions mixtes contractées en France en témoigne. Une telle
union comporte des conséquences certes, mais elles sont jugées comme
«quelque choses de moins grave» puisque «de toute façon, une fille, à son
mariage, elle quitte son clan». Quoi qu’il en soit et la rareté des unions
mixtes en France le montre, l’endogamie s’avère la solution et est
29

ses membres dès qu'il était question de mariage. Jusqu’à
récemment, le mariage était pratiquement impensable pour les
garçons en dehors de la communauté (h)mong, mais il a fait
une timide apparition, et on tolère volontiers une faible
23déperdition de filles optant pour le mariage interethnique.
Et quand les filles (h)mong disponibles ne sont pas jugées
satisfaisantes par les garçons et leur famille, il reste toujours
la possibilité d'aller prendre une femme qu’on imagine plus
traditionnelle au Laos, en Thaïlande, voire en Chine, en
s'appuyant sur la stratégie du lignage segmentaire pour
conclure des alliances. La société (h)mong, qui repose sur le
système clanique et pratique le lignage segmentaire, est restée
fondamentalement la même en situation de transplantation :
les (H)mong s'emploient à transmettre le fonctionnement du
lignage segmentaire dans la socialisation de l'enfant, et à le
conserver par la pratique de l’endogamie ethnique.
L'appartenance à un lignage n'a rien de contraignant. Tout
membre du groupe est libre de le quitter à sa guise, d'aller
s'installer à distance, voire au loin. Chaque maisonnée au sein
d'un même lignage assume totalement son indépendance
économique. En revanche, à l'intérieur d'une même famille
élargie, seul le maître de maison, véritable pater familias,
contrôle l'économie collective. Entre les maisonnées, égalité
et liberté sont de règle et chaque décision est obtenue par

privilégiée pour des raisons d’ordre social et familial (approbation des
parents, harmonie entre les deux familles, etc.)» (Gauthier 1999 : 85-86).
23
Hassoun relève, dans la dation du nom, la pratique de dation d’un
prénom français unique aux filles plutôt qu’aux garçons. Il suggère
qu’elle est un signe qu’il est plus facile de concevoir le départ des filles
vers l’extérieur que celui des garçons. Mais il faut dire que son
échantillon est faible numériquement parlant, et il l’avoue par ailleurs :
«Notons que sur les six cas rencontrés cinq sont des filles, signe (fragile, il
est vrai) d’une habitude collectivement intériorisée de voir les filles partir
pour «l’extérieur» (hors du clan) et qui se traduirait par l’adoption d’un
unique prénom français» (1995 : 254). De toute façon, les (H)mong ont
toujours pour la plupart donné un prénom unique à leurs filles, que ce soit
un prénom français ou un prénom (h)mong!. 30
consentement individuel, influencé ou non par le sentiment
collectif. L'autorité reconnue pour représenter et orienter le
groupe lignager est en général son membre le plus âgé. Dans
un village, les décisions à prendre en commun et le
dénouement des conflits entre membres de clans différents
provoquent la réunion de l'assemblée des notables, c'est à dire
des chefs de lignages à l'intérieur de chacun des clans du
village. Ses décisions sont débattues démocratiquement, avant
d'être adoptées à l’unanimité, sous la présidence du chef de
village qui est l'agent exécutif du conseil des notables. Un
chef de lignage charismatique peut rassembler plusieurs
lignages de son clan, voire d'autres clans, en acquérant une
certaine notoriété dans sa localité. Ces chefferies ne sont
jamais héréditaires et se caractérisent par une instabilité
structurelle propre à la société tribale. Les "chefs de clans"
locaux (en fait, chefs influents de leur lignage) se sont
imposés dans l'immigration en Amérique. Ils se sont vite fait
connaître comme «clan leaders» par la société et les
administrations d'accueil, intermédiaires providentiels derrière
lesquels la communauté pouvait s'abriter en cas de désaccord.
Fidèles interprètes des sentiments du groupe après de longues
palabres auxquelles les représentants de la société d'accueil
n'étaient pas invités, leur approbation s'est avérée nécessaire
pour mettre en place toute disposition nouvelle dans les
communautés de réfugiés (h)mong.
En dehors des périodes d’épidémies, les lignages sont les
vecteurs solides de la reproduction sociale et tendent
régulièrement à s'agrandir. Les Hmong pratiquent le mariage
précoce et mettent au monde autant d'enfants qu'il leur en
vient, persuadés d'aider ainsi les âmes de leurs ascendants à
revenir sur terre. Certains lignages devenus trop importants
dans l'espace villageois sont contraints à la segmentation et à
s'éloigner du lignage initial. Si l'éloignement se prolonge sur
plusieurs générations, d'autres lignages locaux se forment, qui
perdent rapidement leur lien généalogique avec le lignage
31

initial, ne conservant plus qu'un vague souvenir et des détails
rituels propres, dernière trace d'appartenance à une lignée
commune. Ils leur permettent de se reconnaître d'entre tous les
frères et les soeurs de clan et de se distinguer de ceux "qui
n'ont pas les mêmes esprits ancestraux" [soit en mong vert :
33 51 55 33tcheü t’ong klang kr’oua (tsw thooj klaab qhua) et
34 51 55 33tchi t’ong da kr’oua (tsiv thooj dab qhua en hmong].
Pour quelqu’un qui les observe depuis 50 ans, comment ne
pas voir que les (H)mong d’aujourd’hui ont la chance d’avoir
préservé leur société tribale. C’est certainement celle qui leur
convient le mieux face à la mondialisation car, à l’opposé des
réussites individuelles aussi spectaculaires que stériles d’un
capitalisme libéral, gangréné par la compétition et l’égoïsme
—ces « valeurs » de la société paysanne dont il est issu— ils
maintiennent, eux, la solidarité familiale et clanique qui
accueille tout un chacun sans inhiber en rien l’esprit
d’entreprise. Il n’y a ni SDF ni maison de retraite chez les
(H)mong car un homme, même orphelin, même très âgé et
dépendant, n’est jamais abandonné par ses semblables. Il ne
perd jamais sa qualité d’homme fondamentalement égal aux
autres, et les autres spontanément répondent de lui. La
richesse et la pauvreté peuvent cohabiter car les relations de
parenté entraînent une redistribution partielle des ressources à
chaque manifestation collective, soit par une participation au
rituel rétribuée en viande de sacrifice, soit par une invitation
au banquet qui leur fait suite. La société (h)mong combine
initiative individuelle et sécurité sociale car ce qui lui importe
par-dessus tout c’est le respect des devoirs familiaux en toute
circonstance. Un (H)mong n’est jamais seul au monde.

Quelle langue parlent-ils?
La langue (h)mong fait partie du groupe des langues miao à
l’intérieur de la famille Miao-Yao que le dandysme
accadémique de certains linguistes américains a renommé
aujourd’hui « famille hmong-mien » sans produire la moindre 32
raison valable pour un tel changement sinon, semble-t-il, que
ces deux langues, qui ne se sont qu’une langue miao et une
24langue yao parmi d’autres , se trouvent aujourd’hui parlées
aux Etats-Unis d’Amérique, donc à leur portée, et qu’une telle
désignation flatte le goût pour l’économie et les simpli-
fications verbales, qui caractérise l’anglo-américain. Ceci,
loin de clarifier la classification de ces langues, ne peut
qu’obscurcir des tableaux déjà complexes. Quant aux
retombées de la nouvelle mode sur les identités ethniques, elle
aboutit à des désastres comme pour les Yao Mien et les Yao
Moun du Laos, autrefois regroupés en Yao, ce qui était tout à
fait acceptable et ménageait la forte identité linguistique et
ethnographique de chaque groupe. Les voilà maintenant
officiellement reconnus, dit-on, comme une seule ethnie,
nommée Mien ou Iu Mien, par l’Assemblée Nationale de ce
pays sous la sotte influence de linguistes à la mode.

Pour ce qui est du (h)mong, l’aveuglement volontaire de nos
linguistes leur a fait reprendre au compte de leur groupe
hmonguic les mêmes désignations géographiques que celles
déjà employées par les linguistes chinois pour identifier les
25langues miao autres que le (h)mong . La seule différence est

24 David Strecker (1987a), l’auteur de cette brillante falsification,
reconnaît lui-même que le groupe « Hmong-Mien comprend deux
douzaines de sous-groupes majeurs qui sont suffisamment différents les
uns des autres pour être mutuellement inintelligibles » ce qui rend son
initiative encore plus étrange !
25
David Strecker (1987b) fait état d’une correspondance avec Wang
Fushi, éminent spécialiste chinois des langues Miao-Yao qui lui précise
que « la politique (de la Chine) est que les langues de chaque nationalité
minoritaire sont nommées du même nom que celui de la nationalité. », en
d’autres termes que son hmonguic américain est miaoic en Chine. Il serait
beaucoup plus clair que sa famille hmong-mien soit plutôt miao-yao en
ménageant les institutions chinoises, quitte à considérer certaines de ces
langues comme (h)monguiques. On éviterait ainsi le chevauchement des
plans dans un organigramme encore provisoire !
33

la subsitution du terme hmong à la place de miao. Il faut le
temps d’y réfléchir pour se rendre compte que le « hmong
septentrional » est en réalité la langue xongb des Kre Xiong,
que leur « hmong oriental » n’est autre que le mhou ou kranao,
alors que seul leur « hmong occidental » est vraiment la
langue hmong dont il est question dans ce livre. Quant au a
hmao il est encore considéré comme un dialecte du hmong.
Entre autres sottises largement diffusées, il faut noter
l’affirmation gratuite que le hmong serait le dialecte le plus
répandu et en tout cas prédominant par rapport au mong du
fait du « plus grand nombre de dictionnaires consacré à ce
dialecte et que l’orthographe romanisée reflète d’avantage le
hmong ». En réalité, sur la dizaine de dialectes (h)mong
jusqu’ici dénombrés tant en Chine que dans la péninsule
indochinoise, seuls quatre d’entre eux pourraient relever du
hmong sous réserve de confirmation sur le terrain.

L’alphabétisation des (H)mong a commencé au Laos et en
Thaïlande aussi bien par les Mong que par les Hmong (le
pasteur Barney co-auteur de l’écriture romanisée qui porte son
nom travaillait chez les Mong Léng), mais, du simple fait que
les missionnaires qui ont réalisé cette alphabétisation étaient
plus nombreux en milieu hmong, l’alphabétisation des Hmong
a connu un développement exponentiel.
Thomas Amis Lyman qui étudiait les Mong Ndjoua (Verts) de
la province de Nan en Thaïlande a mis au point à partir de
l’Alphabet Phonétique International sa propre transcription du
mong vert qui n’a pas eu de diffusion au Laos tant était
grande la fascination des jeunes intellectuels mong léng pour
l’Alphabet Populaire Romanisé de Barney-Smalley-Bertrais
qui était adapté à leur parler mais pas au mong ndjoua. De
plus, ils pouvaient remarquer au premier coup d’oeil la
différence entre les deux parlers ce qui rendait inutile pour
eux le dictionnaire de Lyman de la même façon que le
dictionnaire English-Mong-English, rédigé en mong léng, n’a
jamais eu aucun impact sur les Mong Ndjoua de Thaïlande. 34
Quant au choix, prévu par Smalley, de garder autant que
possible des symboles orthographiques communs dans les
deux principaux dialectes, choix auquel j’ai spontanément
adhéré, il permet de maintenir un maximum de passerelles
entre ces deux dialectes mutuellement intelligibles à 80% tout
en modifiant en quelques points seulement l’orthographe du
hmong pour ménager les particularités phonétiques du mong.
J’ai dû pourvoir à l’adaptation de l’APR au hmong ndjoua qui
figure dans ce livre. Enfin, ni en Chine, ni au Vietnam, ni
dans la R.P.D. Lao, ni en Thaïlande, aucune comparaison
chiffrée de l’extension respective du mong et du hmong dans
l’espace n’a jamais été entreprise. Par contre, le fait que la
plupart des hommes politiques (h)mong aient été, au Vietnam
et au Laos, des Hmong n’est pas étranger à une certaine
volonté d’assimilation qui s’est encore manifestée aux Etats-
Unis, donnant lieu à la controverse mentionnée plus haut,
parce qu’elle ignorait la floraison d’une pléiade d’intellectuels
mong. De fait, il faut bien reconnaître que la pression exercée
26longtemps sur les Mong par certains Hmong reproduit à
l’identique, pour la même raison, soit de contrôler la
représentation politique, celle que tous les (H)mong subissent
en Chine de la part des institutions miao.

La langue (h)mong est parlée en Chine depuis le 32e parallèle:
au Sichuan méridional, au Guizhou occidental, au Yunnan
oriental. Le mouvement migratoire de l’ethnie suit une
trajectoire générale Nord —> Sud qui l’a finalement menée
par-delà la frontière du Sud de la Chine tout le long de la
e Cordillère Indochinoise jusqu’au 16 parallèle (voire carte p.
59).


26
Voir May Xiong and Nancy Donelly 1986 « My Life in Laos », dans
Brenda Jones & David Strecker (édit.) The Hmong World 1 201-243
35

Par ailleurs la famille Miao-Yao a fait l’objet d’un débat entre
ceux qui la rattachent traditionnellement au sino-tibétain
comme les linguistes chinois et ceux qui voudraient suivre
Paul K. Benedict (1975) et en faire avec l’austronésien et le
tai-kadai une composante de la nouvelle superfamille qu’il
nomme austro-tai.

Enfin, le (h)mong a intégré un nombre important d’emprunts
au chinois à divers stades chronologiques qu’il faut d’abord
faire apparaître avant de décréter au hasard que tel ou tel mot
du vocabulaire représente une couche ancienne du (h)mong,
voire un emprunt au (h)mong du chinois (André G.
Haudricourt et David Strecker : 1991). Or aucune étude
sérieuse n’a encore été réalisée sur les emprunts (h)mong au
chinois. Qui plus est, le « tout hmonguic » pour désigner les
langues miao accroît encore la confusion qui semble dominer
cette bulle linguistique.

















2


Langues miao et dialectes du
(h)mong

Revenir à une réalité factuelle qui corresponde à l’expérience
des usagers de cette langue et à l’attente de ceux qui veulent
l’apprendre est la seule ambition de ce livre. Pour
appréhender la réalité des langues miao, aujourd’hui
confondues en une seule langue de par une volonté politique
locale entérinée par la République Populaire de Chine, et
camouflée de même par nos linguistes, en mal d’effet de
mode, sous le nom de hmong ou hmonguic, « langues
hmonguiques », il faut retourner à la classification
documentée des linguistes chinois. Les linguistes occidentaux
n’ont fait que reprendre point par point l’analyse de ces
langues en dialectes anonymes (désignés par leur distribution
géographique) qui fut commissionnée aux linguistes chinois.
Comme si ces langues n’avaient point d’autre nom que
« miao » ou « hmong » pour ceux qui les pratiquent !

Avec le développement de l’esprit scientifique en Chine, des
travaux plus ethnolinguistiques sont aujourd’hui publiés qui
se font l’écho des discussions anciennes et battent en brèche
le masque de fer d’une ethnicité miao standardisée, à seule fin
d’épouser les contours de la « nationalité » miao officialisée
dès 1953. Il est impératif de confronter ces données
différentes, publiées il y a déjà quatorze ans, à la connaissance,
plus théorique que pratique, qui a été jusqu’ici la règle en ce 38
27domaine. Pour la première fois , un auteur chinois, Yang
Zhengwen, tient compte de la réalité du terrain linguistique
qu’il associe aux variations culturelles locales telles qu’elles
se traduisent dans le costume féminin. Il identifie nettement
l’appartenance de chaque dialecte et de chaque parler dans
l’arbre linguistique et relève précisément l’autonyme qui leur
correspond. C’est l’occasion inespérée d’aborder la réalité
linguistique dans toute sa complexité et de tirer au clair ce
qu’on entend par « langues miao ».

Les langues miao identifiées à ce jour sont au nombre de
quatre mais rien n’empèche de penser que d’autres
identifications ne viendront pas augmenter ce nombre. On
connaît encore trop mal la nébuleuse (h)mong qui pourrait
bien réserver des surprises comme ce fut le cas avec le a
hmao que les linguistes chinois classent toujours comme un
«sous-dialecte du (h)mong», c'est-à-dire, littéralement, comme
le «sous-dialecte du Nord Est du Dian (Yunnan)
[Diandongbei zifangyen $?LGCt?@0 ] du dialecte de
Chuanqiandian (provinces du Sichuan, du Guizhou et
du Yunnan) de la langue miao». Cela ne s’invente pas, hélas !
Il faut reconnaître à la décharge des linguistes chinois qu’ils
ne l’ont jamais confondu avec le (h)mong non plus. Le
classement des autres « sous-dialectes » relevant de la même
logique, on a toute chance de voir l’ensemble (h)monguic
s’enrichir de nouvelles langues. Cependant la révélation à cet
égard a été la reconnaissance par Wang Fushi et Mao

27 On ne remerciera jamais assez Mr. Yang Zhengwen (1998) pour la
parution de sa remarquable étude sur la dimension culturelle des costumes
et ornements chez les Miao. Comme elle ne paraît pas avoir ébranlé le
Landernau linguistique, en raison sans doute de sa faible diffusion (un
livre tiré à 3.000 exemplaires en Chine est très vite épuisé) et du fait
crucial qu’il ne traite pas d’un sujet spécifiquement linguistique, je
reprends fidèlement ci-dessous les données linguistiques fournies par ce
livre, en attendant la carte GIS qui s’impose.

U$? 39

28Zongwu , leaders incontestés des recherches sur cette famille,
de l’appartenance aux langues miao de langues parlées par
plus de 300.000 membres de la nationalité yao qui viennent
grossir à leur tour l’ensemble (h)monguic. L’alignement des
langues miao-yao qu’ils proposent mérite d’être reproduit ici
d’autant plus qu’il diffère substantiellement des tableaux
dressés tant par Strecker (1987) que par Niederer (2002;
2004). Plus proche des recherches de terrain, il a aussi été la
source d’inspiration de ces linguistes qui ne disposent pour la
Chine que de descriptions de langues publiées au hasard sans
aucun ordre systématique et sans autre spécification que
29géographique . A l’encontre de ce courant confusionniste, je
me suis efforcé de restituer les noms vernaculaires des
langues et des dialectes quand c’était possible, suivant en cela,
30et en cela seulement, l’exemple de Strecker (1987) .

La famille Miao-Yao

Miaoïc
Langues Miao
-- Hmub - dialecte septentrional
- dialecte méridional
- dialecte oriental
-- Xongb - dialecte oriental ccidental

28 Wang Fushi et Mao Zongwu : 1995, Miáo-Yáo y ŭ g ŭyīn gòun ǐ

N#? « Reconstruction du proto miao-yao » Beijing, Presses de
l’Académie des Sciences Sociales.
29 Cependant, depuis Strecker et Niederer, les recherches nouvelles de
Morternsen, Garo et al. ont enrichi quelque peu nos sources comme on
verra à la fin de ce chapitre.
30
Le tableau de Strecker s’inspirant de travaux antérieurs de Wang Fushi
et Mao Zongwu, contient d’avantage de noms, qui n’ont pas toujours été
retenus dans la présentation synthétique de 1995.
9*?B 40
--(H)mong - Premier dialecte
- Deuxième dialecte
- Troisième dialecte
(h)monguic de Guiyang monguic de Huishui
(h)monguic de Mashan monguic du fleuve Luobo
(h)monguic du fleuve Zhong An
--A Hmao

Langues Bunu
-- Bunu - Nu oriental
- Nunu
- Bunuo

-- Nau Klau - Baonuo
- Nu Hmou (Nou Hmeou)
Langue Ba Hng - dialecte de Sanjiang
- dialecte de Liping Na E des Pateng (Viêtnam)
Langue Kiong Nai

31Sheïc

31
Les Sh ē , quelque 700.000 âmes réparties entre les provinces du
Fujian, du Chejiang, du Jiangxi, de l’An Hui et du Guangdong, ont pour la
plupart perdu leur langue vernaculaire, le h nde, au profit du dialecte
chinois hakka voisin. Seul, un millier d’entre eux éparpillés dans plusieurs
districts du Guangdong la conservent encore.

+?? 41

Langue She (H Nde)
- dialecte de Lian Hua e Luofu

Yaoïc
Langues Yao
-- Mien
- dialecte du Guangdong, Guangxi, Yunnan
et Guizhou
- dialecte du S-O du Hunan
- dialecte de Luoxiang e Changping
-- Mun
-- Biao Min - dialecte de Dongshan
- Shikou
-- Yau Min

L’analyse phonologique des langues yao a révélé que les
langues Bunu (y compris le Nau Klau), Ba Hng et Kiong Nai,
parlées en 1995 par, respectivement, 267.000, 33.000 et
2.000 locuteurs classés dans la nationalité yao, faisaient
partie des langues miao. En revanche, on ne répétera jamais
assez que les Miao de l’île de Hainan sont des Yao de langue
mun (moun).

Le Bunu (Pou Nou) est parlé au Guangxi, dans les Districts
Autonomes Yao de Du An, Ba Ma et Dahua, ainsi que dans
les districts ordinaires de Hechi, Xuanshan, Bose, Debao,
Tianyang, Tiandong, Ping Guo, Shanglin, Binyang, Mashan,
Long An, Xincheng, Laiping, etc. ; au Yunnan, on le retrouve
dans le district de Funing. Ses dialectes : le Nunu (Nou Nou)
?? 42
se parle dans les districts de Lingyun, Tianlin, Fengshan et
Donglan ; le Bunuo (Pou Nouo) se parle dans le District
Autonome Yao de Du An.

Le Nauklau (Nao Klao) connaît deux dialectes, le Baonuo
(Pao Nouo) parlé à Hechi, Tian O et Nandan au Guangxi,
ainsi que dans le district de Lipo au Guizhou ; et le Numhou
(Nou Mheou) parlé également dans le district de Lipo au
Guizhou.

32Le Ba Ng (Pa Ng) a deux dialectes en Chine et un au
Viêtnam. En Chine, le dialecte de Sanjiang est parlé au
Guangxi dans le District Autonome Dong du même nom, dans
le District Autonome Miao de Rongshui, dans le District
Autonome Multiethnique de Longsheng, enfin dans le district
de Lingui ; au Guizhou, on le rencontre aussi da
de Congjiang. Le dialecte de Liping, à peine 4.000 locuteurs,
est parlé dans le district de Liping au Guizhou. Au Vietnam,
on rencontre les Pà Thène, ou Pateng (prononciation
viêtnamienne de Baxing « huit clans » en chinois) dans le
district de Bac Quang dans la province de Hà Giang et dans
ceux de Chêm Hoa et Yên Son dans la province de Tuyên
Quang.

Le Kiong Nai est parlé par quelque 2.000 locuteurs sur le Da
Yaoshan, dans le district de Jinxiu au Guangxi.


Dans le tableau de Wang Fushi et Mao Zongwu, ces langues
sont nettement distinctes des langues miao, même si, dans leur
esprit, elles relèvent également du miaoic.


32
Pa-Hng pour Niederer 2004
43

Les langues miao

Bien sûr, on pourrait vouloir présenter les langues romanes
comme autant de dialectes du latin. Encore pourrait-on tracer
leur lien à une langue mère. Ce n’est pas le cas ni du miao ni
du yao dont la langue mère est inexistante, confondue dans un
proto-miao-yao objet de reconstruction à partir de ce qui a été
défini comme ses multiples dialectes et sous dialectes. Malgré
tout le respect qu’on leur doit car leur œuvre de terrain,
d’analyse et de reconstruction est admirable, quand ils nous
définissent ces langues comme des dialectes, les linguistes
chinois et les occidentaux qui les suivent nous mènent en
bateau. Les quatre langues miao qui seules nous intéressent ici
présentent entre elles des différences considérables. Pour les
trois premières, dans la limite de 1177 lexèmes sélectionnés
par les linguistes chinois, la concordance entre Xongb et
Hmub serait de 36,62 %, entre Xongb et Hmongb de 32,68%
et entre Hmub (hmou) et Hmongb de 40,02%, ce qui justifie
amplement de traiter ces idiomes comme langues à part entière,
à l’exemple des langues romanes, sans ignorer pour autant
leurs degrés divers de parenté.

Le xongb [song]

A l’ouest de la Province chinoise du Hunan, dans la Préfec-
ture Autonome Tujia et Miao de l’Ouest du Xiang (Xiangxi)
et dans la partie adjacente à l’est de la Province du Guizhou,
les Miao qu’on y rencontre parlent la langue xongb [song]
selon sa romanisation ou encore xiong [siong] en caractère
chinois. On en connaît deux dialectes : oriental et occidental.

Les linguistes chinois appellent cette langue soit « dialecte du
Xiangxi (Xiangxi fangyen) » par rapport au Hunan, soit
« dialecte oriental (Dongbu fang yen) », en se référant au
Guizhou. Chacun des deux dialectes, occidental et oriental, de
'? 44
er e ecette langue a trois parlers (1 , 2 , 3 parlers pour le dialecte
e e eoccidental ; 4 , 5 , 6 parlers pour le dialecte oriental) selon la
classification de Yang Zaibiao (2004) qui en a fait l’étude
33comparative .

Fig. 1: Couverture d’un abécédaire Xongb publié au Xiangxi
en 1984.

Yang Zaibiao a dressé la carte de ces parlers qu’il me paraît
utile de reproduire ici, tant il est vrai que les informations
concrètes sur la langue xongb ne filtrent guère dans les
publications occidentales. Son livre en tout point remarquable
mériterait d’être traduit.

Dialecte occidental

Le premier parler du dialecte occidental est celui des Miao
34(ou Ghob Xongb [Khe Song], écrit Guo Xiong ?'? en

33 Yang Zai Biao ??? : 2004, Miaoyu Dongbu Fangyan Tuyu
Bijiao[Comparaison entre les parlers du dialecte oriental du miao],
Beijing, Minzu Chubanshe.
34 La prononciation phonétique de ce mot est /q ə/.
45

caractères chinois) des districts de Feng Huang et Hua Tan ;
de la partie méridionale de la ville de Jishou ; du district
autonome Miao de Mayang et du district autonome Dong de
Xinhuang, au Xiangxi, avec des prolongements dans le
district autonome Miao de Songtao, parmi les populations de
Rongjiang et du district autonome Miao et Buyi de Ziyun au
Guizhou voisin ; enfin parmi les Miao des districts de Nandan,
et de Hechi dans la Région Autonome Zhuang du Guangxi. Il
évalue à 769.000 le nombre des locuteurs de ce parler, de loin
le plus répandu.

Le deuxième parler, qui ne compte que 120.000 locuteurs se
limite à la partie orientale du district de Huayuan, aux
quartiers nord et ouest de la ville de Jishou, à l’est du district
de Baojing ; au sud-ouest du district de Guzhang ; au canton
de Baren dans le district de Fenghuang au Xiangxi et au
district de Xuan En dans la province voisine du Hubei.

Le troisième parler, qui ne compte que 30.000 locuteurs, se
situe entièrement dans la partie sud orientale du district de
Baojing au Xiangxi.

Dialecte oriental

Le quatrième parler – 6.000 locuteurs – est confiné dans le
canton de Xiaozhang, dans le district de Luxi au Xiangxi.
Les 48.000 locuteurs du cinquième parler se répartiraient
entre le nord-ouest du district de Luxi, l’est de la ville de
Jishou et le sud-est du district de Guzhang.
Enfin, le sixième parler ne concernerait qu’environ 300
locuteurs répartis entre le sud du district de Longshan et le
canton de Shouche dans le district de Yongshun, l’un et
l’autre au Xiangxi.


46
Dialecte occidental
Premier parler


Fig. 2: Distribution du premier parler du dialecte occidental du
Xongb au Xiangxi et dans les provinces voisines du Hubei, du
Guizhou et du Guangxi.




47


Dialecte occidental
e-2 parler
e-3 parler
Dialecte oriental
e-4 parler
e-5 parler
e-6 parler



Fig. 3: Les cinq autres parlers du Xongb dans la Préfecture
Autonome Tujia et Miao du Xiangxi (Hunan occidental).

Les deux premiers appartiennent au dialecte occidental,
les trois derniers au dialecte oriental.

48
Le hmub [ ṃ’ou]

Langue parlée par plus de 2 millions de locuteurs, le hmub
35( ṃ’ou ) se situe principalement au sud-est du Guizhou et se
divise en trois dialectes : septentrional, méridional et oriental,
36et de nombreux parlers .



Fig. 4: Frontispice d’un dictionnaire Hmub/Han réédité en
371990.

35
L’initiale de ce mot hm’ou est une sourde aspirée ṃ’, à la différence du
hm de hmong qui est une sourde non aspirée : ṃ.
36
Pour les situer géographiquement on se reportera à l’Atlas de la Chine
par provinces en transcription Pinyin.
37
Les Presses de Nationalités du Guizhou avaient déjà publié en 1958 un
tel petit dictionnaire pour chacune des trois principales langues miao. Un
informateur miao m’a raconté comment ces petits dictionnaires
inoffensifs avaient été brûlés par camions entiers par les Gardes Rouges
lors de la Révolution Culturelle.
49

Les linguistes chinois la désignent soit comme « dialecte du
sud-est du Guizhou (Diandongnan fangyen ) soit
comme « dialecte central » (zhongbu fangyen ).

Dialecte septentrional du Hmub

Son dialecte septentrional (1.250.000 locuteurs en 1995)
s’étend sur les districts de Kaili, Majiang, Danzhai, Leishan,
Taijiang, Huangping, Jianhe, Zhenyuan, Sanwen, Fuquan, du
District Autonome Buyi-Miao de Zhen Ning, ainsi que sur
les districts de Xingren, Zhenfeng, etc (qui se trouvent en fait
dans le sud-est de cette province) et témoignent d’une
migration des Hmu (Hmou) et Qa Nao (kra nao) vers l’ouest.
Il admet plusieurs parlers (patois pour les Chinois) : de
Shidong, de Geyi, de Taigong, de Xijiang, Danjiang, Guiding,
de Huangping, de Wumen, variantes locales du dialecte
principal. Yang Zhengwen nous apprend de plus que les
locuteurs de cinq parlers que les linguistes chinois et lui-
même rangent résolument dans la langue hmou, dialecte
septentrional, ont la particularité de se nommer eux-mêmes
33Hm’ong [ hong ]. Ce sont :

33--Le parler des Hm’ong [ hong ] de la branche de Shidong
s’étend sur les districts de Taijiang et de Huangping. Dans
celui de Taijiang il englobe plus précisément les localités de
Shidong, Laotun, Liangtian, Pingbo, Sixin, Wuhe, Baogui,
Bachang, et Mahao, Liuhe, Shuangjing, localités relevant du
district voisin de Shibing ainsi que Sankai et quelques autres
cantons du district de Huangping.

33--Le parler des Hm’ong [ hong ] de la branche de Gedong
est particulier aux districts de Taijiang, dans les localités de
Gedong, Jiaodong et Baogong, et de Jianhe, dans les cantons
de Wenquan, Lingsong et alentours.

G?@0?$?L??@0?]? 50
33--Le parler des Hm’ong [ hong ] de la branche de Taigong
est centré autour de la localité de Taigong dans le district de
Taijiang. Il englobe les localités de Tainong, Nansheng,
Fangsheng, Hongyang, Dengjiao, Bachang, Baojiang et
quelques villages dans les cantons et bourgs de Geyi, Gedong,
Baogong du district de Bianbu. Ses locuteurs faisaient partie
des descendants des « Miao Neuf Cuisses » des chroniqueurs
de la dynastie mandchoue des Qing (1616-1911).

33--Le parler des Hm’ong [ hong ] de la branche de Liuchuan
habitant une partie des villages des cantons de Liuchuan,
Jiugan, Jiuyi, Nanxiao, Yuantong, Taiyong, Zhanmo,
Wengzuo, Nanbao, Fanpai dans le district de Jianhe.

33--Le parler des Hm’ong [ hong ] de la branche de Jiuyang,
dans le district de Jianhe (cantons de Jiuyang, Bawei, Jiugan et
Jianjiang) et dans le district de Taijiang (canton de Weng Jiao).

Cette spécificité est sans doute la preuve, pour certains, que
l’ethnonyme hmong pourrait être étendu à l’ensemble des
Miao. D’abord l’ethnonyme hmong n’est pas reproduit à
l’identique car le hm qui n’est pas un m aspiré dans hmong
mais un m sourd / / devient ici un m sourd aspiré / h/
comme dans ṃ’ou. Mais le cas de ces groupes n’en mérite pas
moins une étude de l’histoire locale pour tenter de comprendre
s’il s’agit de (H)mong ayant changé de langue ou de Hmou
ayant changé d’ethnonyme. Quoi qu’il en soit, il est loin d’être
général. C’est ce qu’on peut voir dans les exemples suivants.
--Le parler de Geyi s’étend sur les villes de Geyi, Taiban,
Kaili et les cantons de Kaizhang, Wengting, Diwu, Panghai,
etc. Les locuteurs de ce parler qui relèvent de la branche de
33
Geyi s’appellent eux-mêmes Mou [mu ].


????? 51

--Le parler de Wumen, centré sur les cantons de Wengquan et
Wumen dans le district de Jianhe s’étend sur une partie des
villages des cantons voisins ainsi que sur une partie des
cantons de Fangzhao et Wengjiao. Ses locuteurs qui relèvent
de la branche de Wumen disent également être des Mou
33[mu ].
--Le parler de Huangping s’étend sur tout le territoire du
district de Huangping, sur la cité de Kaili, sur Panghai,
Wanshui, Guanying, Pinglang, Dafengdong, et dans le
district de Shibing, sur Baixi, Wengxi, Xinqiao, dans la cité
de Fuquan à Shigang, Xuanhua, Wengqun, Fengshan, ainsi
que sur une partie des villages du canton de Xiasi dans le
district de Majiang. Ses locuteurs qui relèvent de la branche
33 ede Huangping s’appellent Hm’eou [ ṃh Əu ]. Au 18 siècle
sous les empereurs mandchou Qianlong et Jiaqing, à la suite
de grandes révoltes miao, nombreux furent les locuteurs de ce
dialecte à émigrer vers Anshun et le sud du Guizhou. On les
trouve aujourd’hui à Duanqiao et Wenshan dans le district de
Guangling, à Liuma dans celui de Zhenning ; à Shizi et
Chengguan dans celui de Pingba ; dans les « quatre grands
villages (sidazhai) » du district de Ziyun ; à Qiaoling, Jiuyu,
Lugou, Jiana, Getang, Nayuan, Dapa, dans celui d’Anlong ; à
Sanhe, Nafu, Mianlan, Mingu, Dabei, Dingtang, Poliu, Baila,
Zhexiang du district de Zhenfeng ; à Chenjiagou, Liyu,
Muqiao, Changqing, Maluhe dans le district de Xingren ;
Gongtun, Pomei, dans celui de Ceting ; à Tunshang et dans
les cantons voisins du district de Qinglong.

--Les trois parlers, dits de Xijiang, Danjiang, et Guiding, du
dialecte septentrional du hm’ou sont distribués parmi des
locuteurs qui se nomment eux-mêmes Qa Nong Kra Nong
33 13[qa nong ] et se répartissent sur l’ensemble du district de
Leishan, ainsi que sur le district de Taijiang (Paiyang, Taiban,
Nanwa, Nangong, Jiaoxia), les cantons de Guiding, Pingle,
Jiuzhai, Diwu de la Cité de Kaili, enfin quelques villages du
canton de Taiyong dans le district de Jianhe. Ils faisaient 52
38partie des Miao Noirs (Hei Miao) et des Miao Neuf Cuisses
(Jiugu Miao) des chroniques locales. Ils constituent la branche
du Fleuve Bala.

33 13--D’autres Kra Nong [qa nong ], parlant le même dialecte
septentrional du hmou mais dont les femmes sont vêtues
différemment de jupes plus courtes, ce qui leur vaut le surnom
local de « Miao Courtes Jupes » se répartissent dans les
localités de Datang, Qiaogang, Zhanglei, Paigao, Taojiang,
Liuniao du district de Leishan ; et les cantons et bourgs de
Kongqing, Paijiao, Peizhai dans celui de Danzhai. Ils
constituent la branche de Datang.

33 13
--Un troisième groupe de Kra Nong [qa nong ] parlant le
même dialecte septentrional du hmou mais qui sont vêtus
encore autrement et sont connus traditionnellement comme
les « Miao des Huit Villages » (Bazhai Miao), se sont
répandus sur les districts de Danzhai (villes de Cheng Guan et
Long Quan, localités de Jinzhong, Yangwu, Changqing,
Xingren, Yanying, Xinhua, Longtang, Hexin) ; et de Sandu
(villes de Gaodong, Yangji, Pu An , Jiaoli, Miaolong, Duyun ;
cantons et bourgs de Jiyang, Taohua, Yanglie ; Bagu). Ils
constituent la branche de Danzhai.


Il paraît logique de rattacher ces trois groupes aux Kra Nao
33 13[qa nao ] de Kaili (localités de Zhouqi, Qingman, Yatang,
Wanchao, Hehua) et des districts de Majiang (localités de
Xiasi, Baiwu, Huilong, Tonggu, Kaniao, Gong He, Xuanwei);

38 Ces Miao Noirs qui sont des Qa Nong ne doivent pas être confondus
avec les Hmong Dou, également des Miao Noirs pour les Chinois locaux
qui, eux sont des Mong. J’ai fait moi-même cette confusion dans des écrits
antérieurs et j’entends la réparer ici.
53

de Danzhai (Nan Gao, Daxing, Xingren) ; et de Leishan (à
Gongtong et autres cantons et bourgs alentours). Leur langue,
qui relève également du dialecte septentrional du hmou, nous
est connue depuis le Dictionnaire ‘Ka nao – Français et
Français – ‘Ka nao du Père Joseph Esquirol, paru en 1931 à
Hong Kong. Ils constituent la branche de Danxi.

Ici, il convient de faire une pause et de s’interroger sur la
multiplicité des groupes parlant une même langue, voire le
même dialecte de cette langue, chacun ayant son propre parler,
son propre style vestimentaire et se distinguant parfois par un
autonyme particulier. En nous fondant sur l’expérience d’une
segmentarité systémique déjà constatée chez les (H)mong, il
n’est pas difficile de mettre un nom plus ethnologique sur ce
que Yang Zhengwen appelle des « branches » en spécifiant
que « la conscience de branche affecte non seulement la
création de la forme et du contenu des costumes et ornements
mais aussi le mariage, les croyances religieuses et la
perception du monde extérieur ». A mon sens, il s’agit à
l’évidence d’entités tribales. C’est pourquoi, même quand le
dialecte est identique, des différences vestimentaires
significatives apparaissent qui marquent les limites
symboliques de chaque tribu.

Toutefois Yang Zhengwen ne fournit pas toujours un
autonyme distinctif pour chaque branche ce qui tempère leur
aspect tribal. Plus loin, dans le chapitre 3 de son livre, il décrit
des modes vestimentaires transversaux qui se retrouvent entre
les branches qu’il a établies ce qui tend à montrer que
l’affirmation d’une identité tribale repose sur plusieurs
critères qui peuvent incorporer des éléments linguistiques et
vestimentaires, des traditions et des coutumes, et en même
temps se cristalliser au-delà dans une recherche d’origine
commune que ces éléments sont censés matérialiser.