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PARLONS TURKMÈNE

De
233 pages
Après plus d'un siècle de contrôle russe puis soviétique dans ses vastes plaines, le Turkmenistan retrouve en ce début de XXIè siècle sa culture accueillante héritée du nomadisme et sa langue appartenant à la famille des langues turciques. Une langue non indo-européenne qui rassure par sa simplicité grammaticale, son écriture latine, son harmonie vocalique et la régularité du système linguistique. La description des tapis, des bijoux, de la cuisine nationale… donne envie de découvrir un pays hors du temps et séduisant.
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PARLONS TURKMÈNE
Langue et culture

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe

Dernières parutions
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PHILIPPE-SCHMERKA

BLACHER

PARLONS TURKMÈNE
Langue et culture

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannattan,2002 ISBN: 2-7475-2683-6

A Paris, je tiens à exprimer ma reconnaissance au Professeur Rémy Dor, Responsable du département des Langues d'Asie centrale à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris, qui fut le directeur de mes recherches doctorales, et qui m'a pensé capable de réaliser cet ouvrage. Je remercie également mon ami J030 Luiz Leal, sociologue et psychanalyste, qui a bien voulu se pencher sur les nombreuses relectures de ces lignes et me donner son avis toujours éclairé et pédagogique. Mes remerciements vont également à Monsieur Malherbe, directeur de collection, pour la confiance qu'il m'a témoignée tout au long de ce travail. Son intérêt pour les langues, son esprit fin, sa rapidité de compréhension et l'étendue de ses connaissances linguistiques en ont fait un partenaire de travail idéal. A Ashkhabad, j'exprime toute ma gratitude au Recteur de l'Institut pédagogique Azady, Madame Roza Gaipowna Nepesowa, pour l'accueil dans son établissement. Que Messieurs Berdi Hojayew, grammairien turkmène et Aman Nurmuhammedow, phonéticien, reçoivent mes chaleureux remerciements pour leur précieuse aide académique. À la Bibliothèque Nationale du Turkménistan, je remercie Mesdames Tatiana Berdnikowa et Natalia Yurhanyan pour leur gentillesse et leurs délicieuses pâtisseries pendant les longues soirées d'hiver dans les salles de lecture. Enfin, je salue chaleureusement mes amis d'Ashkhabad, Jennet, Aybolek, Serdar, Timur, Geldi et les autres, qui ont su répondre à mes nombreuses questions tout en conservant la spontanéité et la gentillesse qui leur est propre.

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AVANT -PROPOS

Sur l'extrait de naissance de la langue turkmène, les classificateurs et les généalogistes linguistiques peuvent écrire qu'elle appartient au rameau occidental du groupe türk1 de la famille ouralo-altaïque, qui comprend entre autres le turc, l'ouzbek, le qazaq, l'azéri, ou le gagaouz. Aujourd'hui, sur un territoire s'étendant depuis les confins de la Grèce et du Moldova jusqu'en Chine septentrionale en passant par l'Asie Centrale, l'Iran ou le Pamir afghan, ce sont près de deux cent millions de turcophones que l'on retrouve, établis dans une multitude de pays. Parmi ces myriades d'Etats, se trouve le Turkménistan, Etat souverain depuis 1992, et peuplé de plus de 4 millions d'habitants. Par sa volonté d'ouverture sur le monde occidental, et ses fabuleuses richesses en hydrocarbures, le Turkménistan, paisible pays des steppes centre asiatiques, sera appelé à connaître un développement croissant dans les prochaines décennies. Les Turkmènes sont peu nombreux à l'étranger, hormis les communautés constituées en Allemagne, en Syrie, et plus récemment aux Etats-Unis. Ils font partie de ces rares peuples de notre vaste monde où hospitalité, sens de la famille, respect de l'Etranger et transmission du folklore ne sont pas de vains mots. Qu'ils se rendent au Turkménistan pour affaires, goût de l'aventure steppique ou recherches archéologiques, les visiteurs de ce pays grand comme la France subissent alors le syndrome de la Fontaine de Trévi: sans même jeter de manats ou de roubles dans les maigres canaux ou petits lacs, on ne peut venir au Turkménistan sans y revenir un jour. Les amis de votre premier séjour le seront lors de votre second, et l'on prend alors conscience que la dimension temporelle est avant tout culturelle.
1Adjectif regroupant l'ensemble des langues de la famille des langues turciques: turc, ouzbek, türkmène, azéri, kirghiz, qazaq etc... Cet adjectif est employé par Jean Deny dans ses principes de grammaire turque

Si l'on se fonde sur le célèbre proverbe turc "lnsanlar konu~a konu~a anla~lr", c'est en parlant que les hommes arrivent à s'entendre, on doit souligner l'importance de la langue comme outil majeur de communication dans le contexte postsoviétique, et de recherches de nouveaux partenaires économiques, donc de nouveaux interlocuteurs. Alors avant de fermer les yeux et sentir l'odeur du sable chaud des steppes turkmènes, ou le délicieux parfum du pilaw, plat national à base de riz, prenons ensemble le temps de parcourir cet ouvrage Parlons Turkmène pour que les portes d' Ashkhabad, de la mer Caspienne, ou les maisons turkmènes vous semblent un peu moins dépaysantes avant votre départ.

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lJ}~ PEV D'HISTOIPill

Les Turkmènes (appelés également turcomans dans les sources occidentales) trouvent leurs racines dans les tribus Oghouz, qui nomadisaient au Nord de la mer d'Aral et qui ont ensuite migré vers le sud-ouest à la faveur de l'expansion seljdoukide, à partir du ~me siècle. Dans cette longue migration septentrionale, certaines des tribus se sont fixées sur le teITÎtoire qui allait prendre leur nom, d'autres ont poursuivi leur route vers l'Azerbaïdjan et l'Anatolie, origine de ]a parenté lointaine qu'elles ont avec les Azerbaïdjanais ( ou Azéris) et les Turcs de Turquie. C'est à partir du ~me siècle que dans les récits de voyageurs et géographes arabes, on rencontre le mot "turkmen". Au cours du XYlèmesiècle, les Turkmènes sont pris dans les conflits qui secouent la Perse séfévide et les khanats ouzbeks et deviennent, au fil de l'histoire, les pions des uns ou des autres. Dernière région du Turkestan à passer sous influence russe, c'est entre 1879 et 1885 qu'ils sont intégrés à l'empire tsariste, puis en 1925 à l'Union soviétique. Les Turkmènes, peuple de culture et de tradition nOl11ade,ont été soumis à plusieurs décennies de russification, renforcée par la politique soviétique de sédentarisation et collectivisation qui a culminé dans les années 1930. Cette politique, si étrangère même à la structure sociale des Turkmènes, a provoqué l'exode de centaines de milliers de Turkmènes en Afghanistan, mais aussi en Syrie et vers d'autres destinations plus inattendues comme les Etats-Unis d'Amérique ou l'Allemagne. Avant la conquête russe, la population du Turkménistan était d'environ 1 150 000 individus. Mais, comme il n'existait aucun état-civil fiable, il ne peut s'agir que d'une vague approximation2. Les Turkmènes étaient divisés en tribus, ellesmêmes subdivisées en branches et sous-branches.

2C'est le chiffre avancé par Melunet Saray dans A study of turkmen people and their incorporation into the Russian Empire, Ankara, 1989, page 8.

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Avec la fondation de la République socialiste soviétique du Turkménistan (R.S.S.T), les Turkmènes ont quitté leurs lieux ancestraux pour s'installer dans des villes, comme Ashkhabad, Mary, Da~howuz ou Krasnowodsk, aujourd'hui appelée officiellement Türkmenba~y, en l'honneur du Président Niyazow. On trouvera cependant ci-après la liste des lieux d'origines des différentes tribus turkmènes. L'implosion de l'URSS et l'émergence d'un espace turcophone qui s'étend de l'Adriatique au Xinjiang a suscité pour les uns de l'espoir et pour les autres des craintes plus ou moins justifiées. Comme à chaque affaiblissement du monde slave, la disparition de l'Union soviétique conjuguée avec le réveil du phénomène religieux en Turquie a relancé les débats autour des concept de panislamisme (rassemblement de tous les pays musulmans sous une même entité politique) et du panturquisme (mouvement politique tendant à réunir tous les peuples turcs sous un même Etat). Le panislamisme trouve ses racines dans les séquelles du colonialisme, de la naissance de l'Etat hébreu et de l'expansionnisme européen au Proche-Orient. Parallèlement, le panturquisme s'est développé avec le démembrement de l'Empire ottoman et la chute brutale de l'Empire russe. Le régime panislamique, que tente de mettre en place le Sultan ottoman Abdoul Hamid II (1876-1909) pour sauver l'empire ottoman de la décadence, n'a pas pris racine en raison de la mort du Sultan, du déclenchement de la Première Guerre Mondiale, de l'éclatement de l'empire ottoman et de la multiplication des Etats-Nations et des nationalismes au sein du monde musulman. Tout au long du vingtième siècle, le panislamisme s'est révélé une utopie qu'aucun acteur des relations internationales n'a pu concrétiser en tant que mouvements transnationaux concrets. Les divergences et les jalousies entre les différentes nations arabes ne sont pas étrangères non plus à l'échec de ce mouvement. Ainsi, les rivalités nationales ont prévalu sur les intérêts politico-religieux.

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A la suite des tragiques événements terroristes du Il septembre 2001 à New-York, les autorités politiques turkmènes ont tout mis en œuvre pour éviter de connaître une dérive afghane, et le gouvernement, fort de son statut de neutralité, est resté bien silencieux (contrairement à I' Ouzbékistan) face aux menaces de représailles américaines. Le panturquisme est un concept que la Turquie kémaliste a toujours rejeté et combattu - même si elle s'est beaucoup appuyé sur le nationalisme pour la formation du jeune Etat-Nation turc - au nom du fameux principe kémaliste : "Paix dans le pays, paix dans le monde". Alors qu'en 1923, Kemal Atatürk jette les bases d'une république sur le modèle européen et renonce au panturquisme, en URSS, Staline élimine Sultan Galiev fondateur du sultangaliévisme. Celui-ci avait pour but de créer un Etat touranien musulman associé à l'ex-Empire russe dans une lutte commune contre l'impérialisme. Staline, qui ne lésinait devant rien pour écarter de son chemin les rivaux potentiels, fit accuser les sympathisants du sultangaliévisme de tous les maux avant de les abattre physiquement. Cette purge devait mettre une fin définitive aux visées idéologiques du fondateur, Sultan Galiev, communiste tatar, même si plus tard, des hommes politiques comme Ben Bella, Boumediene ou Lin Piao s'en sont inspirés. En Turquie contemporaine, le panturquisme turc est l'apanage des entités politiques nationales, dont le loup gris reste le symbole. Fortement implanté dans l'armée turque, membre de l'OTAN, les panturquistes ont toujours eu un rôle ambigu avec les partis religieux, tantôt les courtisant, tantôt les mettant hors la loi. Dès la dissolution de l'URSS, la Turquie a immédiatement reconnu l'indépendance des républiques turcophones. Elle a apporté son concours à l'insertion rapide de ces républiques aux organisations internationales et régionales. Elle a aussi apporté une aide multiforme non négligeable pour l'ouverture des représentations des républiques turcophones dans différents pays dans le monde. Le 24 janvier 1992, elle a instauré la TlKA (Türk i~birligi ve Kalklnma idaresi Ba~kanhgl) (Agence Turque 11

de Coopération Internationale) rattachée au Ministère des Affaires étrangères afin de réguler et de coordonner l'ensemble des actions politiques, économiques, culturelles avec les républiques turcophones. La Turquie a signé avec celles-ci plusieurs centaines de protocoles et d'accords à la fois bilatéraux et multilatéraux dont les premiers étaient relatifs au domaine culturel afin de ménager la Russie inquiète du rapprochement des Etats turcophones. La Russie a d'ailleurs accueilli avec froideur la réunion historique des chefs d'Etat des pays turcophones d'Asie centrale (Azerbaïdjan, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan et Kazakhstan), à Ankara, le 31 octobre 1992. Par la suite, ces accords, traités et protocoles ont été élargis progressivement aux autres domaines en particulier au domaine économique. Ainsi, aujourd'hui, à l'heure où nous écrivons ces lignes (fin 2001), la République du Turkménistan (en turkmène Türkmenistan Respublikasy), pourrait se définir dans ses grandes lignes par les récapitulatifs suivants:
Région du monde et climat: Asie Centrale, caractérisée par des températures très chaudes en été (+ 48CO) et en automne, et un temps sec et froid en hiver (+5 CO).

Superficie: 470 000 km2. Les déserts (Karakoum) couvrent les 3/4 du territoire du pays. Le pays possède des frontières terrestres avec l'Afghanistan (744 km), l'Iran (992 km), le Kazakhstan (379 km), et l'Ouzbékistan (1,621 km). Le pays possède une côte sur la Caspienne de 1768 km. Population: 4,3 millions d'habitants, soit une densité inférieure à 10 habitants au km2. La population, majoritairement turkmène (77%), comprend également d'autres peuples que les hasards de la politique russe, puis soviétique ont fait vivre dans cette république. C'est ainsi que l'on retrouve des Russes (6,7%), des Ouzbeks (9,2%), des Qazaqs (2,5%), des Arméniens (1%), des 12

Ukrainiens (1%), et autres (2,5%). Ainsi, il y a 87% de musulmans, Il % d'orthodoxes et 2% divers (principalement Arméniens et Juifs). La population est alphabétisée à 98%. Les Turkmènes se répartissent en onze tribus principales, qui sont, par ordre alphabétique, les Alili, les Ata, les Ârsary3, les Çowdur, les Ernreli, les Gôklen, les Sakar, les Salyr, les Saryk, les Teke et les Yomut. Aujourd'hui, sur le drapeau national turkmène, figurent cinq motifs de tapis qui correspondent aux cinq plus nombreuses tribus du pays: les Teke, les Yomut, les Ârsary, les Gôklen, et les Saryk. Quelques lignes sont indispensables pour comprendre et définir ces cinq principales tribus qui forgent l'image moderne du Turkménistan.

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Les Teke :

Ils sont appelés aussi "Ahal-Teke", le mot teke désignant le berger de caprins. C'est la tribu la plus importante numériquement du Turkménistan actuel. Les Teke sont originaires des oasis de Mary (ancienne Merv) et Ahal, et le territoire qu'ils occupaient autrefois recouvre les plaines d'Igdi jusqu'à l'oasis de Khiva en Ouzbékistan. Outre leur présence visible à Ashkhabad (le Président lui-même est un Teke), ils forment les principaux locuteurs turkmènes d'Iran et d'Afghanistan. Le dialecte teke, tout comme le dialecte yomut, a contribué à la formation de la langue nationale.

.Les Yomut:
Ils constituent, avec les Teke, une des tribus les plus importantes du Turkménistan. Originaires du littoral de la Mer Caspienne, ils se sont dispersés et étendus à travers tout le pays, de Khiva à Türkmenba~y. C'est sur le dialecte yomut que repose en partie la langue littéraire turkmène.

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Les Arsarv:

Habitant un vaste territoire de Boukhara, à la province de Balkh en Afghanistan, ils forment aujourd'hui une des plus importantes tribus homogènes du Turkménistan.
3 Voir la prononciation de l'alphabet en page 21 13

.Les Golden:
Ils vivent essentiellement dans le sud-ouest du pays et en Iran, entre le Kopet-Dag et les vallées de l'Elbourz. Les Goklen ont souvent subi des invasions iraniennes et ont conservé des traces de la culture persane dans leur dialecte, qui demeure un des plus archaïques. En se soumettant à l'autorité du Shah de Perse, les Goklen ont perdu leur primauté sur les autres tribus turkmènes pour laisser la place aux Teke. Un des auteurs majeurs de la littérature turkmène, Magtymguly (1735-1805), est un Goklen.

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Les Sarvk:

Ils habitaient la région de Penjeh, mais aussi dans les provinces de Yolotan et Tagta Bazaret. Ils ont décliné au cours de l'histoire en raison des multiples combats et invasions iraniennes qu'ils ont dû subir. A l'extérieur des frontières turkmènes, les turkménophones sont également présents en Iran (où ils représentent à peine plus de 1% de la population du pays), en Afghanistan (environ 1,5%), ou en Ouzbékistan (moins de 1%).
Richesses naturelles et agriculture:

Le Turkménistan est un pays riche en culture et en énergies naturelles (dont le gaz et le pétrole), ce qui le fait souvent appeler par les économistes comme le «nouveau Koweit» de l'Asie Centrale. Le problème de ce pays est son enclavement en Asie Centrale, ce qui l'oblige à composer avec ses puissants voisins pour pouvoir écouler son énorme stock d'hydrocarbures. Les Turkmènes font donc les frais des querelles entre les Américains et les Iraniens. Par ailleurs, le captage des eaux de l'Amou Daria pour l'irrigation des cultures de coton du Turkménistan est responsable de l'assèchement de la Mer d'Aral, où le fleuve se jette.

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Langue officielle

et administration:

La langue officielle est le turkmène, mais le russe reste encore la langue d'enseignement dans de nombreux établissements scolaires ainsi que dans les échanges économiques du pays. La capitale est A~gabat (nouvelle orthographe d'Ashkhabad), dans le Sud du pays, à moins de 20 km de la frontière iranienne. Le régime politique est une république autocratique, membre de la CEI, dont le Chef de l'État est Saparmurad Niyazow, surnommé Türkmenba~y (La tête des Turkmènes). Il est élu à vie. La Fête Nationale est le 27 octobre, jour de l'indépendance acquise en 1991. La monnaie nationale est le manat (dont la dévaluation est chronique), et le PNB est d'environ 3,5 milliards de dollars ce qui fait du Turkménistan pour l'heure, un des pays les plus pauvres de la planète.

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tPREMIERE PARTIEl LA LANGUE TURKMENE

.La langue et sa graphie
Le turkmène est la langue officielle de la République du Turkménistan depuis 1925. Il appartient, tout comme le turc, l'azéri et le gagaouze en Roumanie et en Moldova, au groupe sud-ouest des langues türk qui ont pour spécificité de partager une communauté grammaticale et syntaxique du lexème:
~acine + Suffixe de dérivation + Désinence41

Il s'agit en réalité d'une langue standard turkmène littéraire élaborée par les Soviétiques sur la base des dialectes des tribus yomut et teke. Il existe bien sûr une multitude de petits dialectes qui émanent des subdivisions tribales. Tous ces dialectes demeurent proches les uns des autres, et les différences constatées résident dans le degré d'iranisation du vocabulaire dans les dialectes méridionaux, alors que les dialectes septentrionaux ont incorporé des éléments tchagataï, comme kop pour très, par opposition au çok turc, et ont subi une influence lexicale russe déterminante: ainsi, des mots comme galstuk cravate, holodnik réfrigérateur, kino cinéma, magazin magazin ou krowat lit sont couramment employés en turkmène. En effet, le turkmène est une langue relativement pauvre et qui a longtemps reposé sur l'oralité. Pour étoffer son vocabulaire et conceptualiser des éléments étrangers à ses coutumes, le turkmène a eu recours aux emprunts étrangers, le néologisme étant une donnée inconnue. Il n'est donc pas surprenant que la langue officielle du Turkménistan, à l'instar de ce qui s'est produit dans les républiques soviétiques voisines, ait su conserver ses structures türk dans la syntaxe ou dans ses constructions grammaticales, et ait largement russifié son vocabulaire, notamment en ce qui concerne les domaines techniques.
4Grammaire turque de I.Denis, Maisonneuve, Paris 1955, page 13. 17

Mais il existe des caractéristiques propres à l'ensemble des dialectes turkmènes, qui, par là même, qui les opposent à d'autres langues de la famille türk. Tout d'abord, le système, dans lequel se retrouvent des voyelles longues et courtes, alors que cette opposition n'existe plus en turc ou en azéri. Dans la déclinaison des substantifs, la forme du datif, ou cas du complément d'objet indirect, diffère largement des autres langues türk dans son paradigme et dans son emploi. Là où les langues türk auraient recours à une proposition relative, le turkmène fait un usage plus fréquent du participe présent. En effet, le système verbal du turkmène est largement simplifié, en comparaison de celui du turc ou de l'ouzbek.

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COMMENT

ECRIT-ON LE TURKMENE

?

.Rappel historique
Comme de nombreuses langues de la famille des langues türk, l'écriture du turkmène a été étroitement liée aux changements politiques qui ont façonné le pays au cours de l'histoire. Dès le VIèmesiècle, les pe"uplestürk avaient adopté un alphabet runique, dit aussi de l'Orkhon, du nom du fleuve qui traverse le nord de la Mongolie. Différents alphabets se sont alors succédé en fonction des envahisseurs. On a ainsi retrouvé des textes écrits en caractères manichéens, syriaques, sanscrits XVèmesiècle, le turkmène a été écrit jusqu'en 1920 en caractères arabes.

ou signes tibétains. Avec l'adoption de l'Islam entre le ~me et le

Il n'existe que peu de manuscrits écrits dans cet alphabet, puisque les érudits préféraient alors échanger correspondances, poèmes, récits ou rapports administratifs en persan. Toutefois, les écrits turkmènes en caractères arabes suivent d'assez près les formes tchagataï de la langue et font abstraction de la longueur des voyelles ou de l'hannonie vocalique. De 1920 à 1928, on a appliqué une réforme de l'alphabet arabe par la notation des voyelles. Après le congrès de Bakou5 en 1926, dans une Union soviétique où l'on désirait exporter la révolution bolchevique, le turkmène a été latinisé une première fois pour faciliter sa lecture par des intervenants étrangers, notamment turcs. L'alphabet turkmène était alors proche de celui adopté par la république kémaliste, avec toutefois des différences marquantes: le ç et le c avaient des prononciations opposées en Turquie et au Turkménistan. Les voyelles longues étaient marquées par un redoublement: aa, 00, uu etc...

5 Congrès des Soviets pour la construction de l'économie et de l'idéologie soviétiques. Posobie po istorii SSSR (Ministère de l'éducation de l'URSS, manuel d'histoire de l'URSS, éditions Vyshaya shkola, Moscou 1987) 19

En 1939-40, sous Staline, c'est au contraire un retour à la centralisation moscovite et l'alphabet cyrillique devient l'écriture officielle du turkmène, ainsi que du qazaq, de l'ouzbek, du kirghiz, et du tatar. Bien évidemment, dans le souci de diviser pour mieux régner, Staline imposa que les réalités phonétiques des langues cyrillisées soient notées avec des lettres différentes. Ainsi, les presses qazaq ou ouzbek ne pouvaient plus imprimer des textes turkmènes et réciproquement. Pour rendre une réalité phonétique qui n'existe pas dans l'alphabet cyrillique, des signes diacritiques ont été ajoutés aux caractères russes pour refléter, avec plus ou moins de succès, les phonèmes propres aux langues türk6. Cet alphabet cyrillique, constitué des 33 lettres de base du russe et de 5 caractères ajoutés pour le turkmène, ne traduisait pas plus graphiquement que l'alphabet latin les réalités longues et brèves du système vocalique du turkmène. Il comportait 36 lettres phonétiques, et les deux graphèmes russes, le signe dur -1> et le signe mou -b qui n'ont pas de réalité phonétique en soi, mais qui durcissent ou palatalisent les consonnes et voyelles placées avant. Ces deux derniers graphèmes ne se retrouvaient uniquement que dans les emprunts au russe ou les apports sémantiques étrangers passés par la langue russe. L'alphabet cyrillique est resté pendant plus de 50 ans l'écriture du turkmène, et les élites au pouvoir aujourd'hui dans le pays, ainsi que la quasi-totalité de la population, ont été scolarisées dans cet alphabet, conjointement à un apprentissage massif du russe. L'introduction de l'alphabet cyrillique n'a pas été sans difficulté, puisqu'il intervenait seulement une décennie après l'élaboration de la langue littéraire. Des flottements ont subsisté pendant plusieurs années, notamment pour la traduction graphique de l'harmonie vocalique ou des emprunts au russe dont l'accent tonique n'était pas identique en turkmène: à titre d'exemple, le mot russe moteur, écrit MaTop, mais prononcé "mator" était écrit en turkmène tantôt à l'identique du russe, tantôt MOTOp.Au début des années 1950, l'Académie de la langue décida que les emprunts russes seraient écrits sans modification orthographique
6Dans sa grammaire de la langue de la tribu yomut, le grammairien russe Chimkevich avait adopté, pour transcrire les lois phonétiques de la langue, un alphabet cyrillique proche de celui qui est resté en vigueur jusqu'en 1993. 20

du lexème de départ. Depuis cette date, l'abolition du doublement des voyelles pour indiquer leur longueur, l'écriture strictement russe des emprunts étrangers et l'absence graphique de l'assimilation consonantique ont eu pour effet d'accentuer le décalage entre la graphie et la prononciation des morphèmes
LE NOUVEL ALPHABET LATIN

La loi N° 1146 du 21 janvier 1993 a imposé un changement d'alphabet à la langue nationale du pays. Depuis le 1er janvier 1996, le turkmène est officiellement écrit dans un alphabet latin qui comporte 30 lettres: 9 voyelles et 21 consonnes. Cette décision de changement d'alphabet traduit une volonté affichée d'indépendance politique à l'égard de la toute puissante Russie, plutôt qu'une décision linguistique qui exprimerait avec précision les réalités phonétiques et phonologiques du turkmène moderne et standard. L'ordre des lettres dans cet alphabet latin est le suivant: A H N(ng) U(ou) B I 0 Ü(u) Ç(tch) J(dj) O(eu) W D ZU) P Y(entre E K R i et u) Â(éé) F L M S ~(ch) Y(i mouillé) G N T Z

PRONONCIA TION

La plupart des lettres se prononcent comme leur équivalent français, sauf celles dont figure la prononciation entre parenthèse dans le tableau ci-dessus. Toutefois, certaines lettres spécifiques méritent quelques précisions:

.Les voyelles
Le turkmène possède neuf voyelles: a, e, a, i, 0, 0, U, ü, y. Nous traitons le graphème -yen semi-consonne. Chacune de ses voyelles pouvant être longue ou brève, ce sont en fait dixhuit voyelles que possède le turkmène: exemple: at [at] (cheval) f. at [a:t] (nom) gol [gol] (bras) f. gol [go:l] (vallée) 21

- le e est toujours prononcé comme un è français (jamais comme un e muet). On ne lui connaît que deux cas où elle figure comme voyelle longue: ber (il donne) et ger (il viendra). Dans tous les autres cas, la voyelle apparaît sous sa forme brève: exemple: yer (lieu) diyer (il dit) enegyz (sœur) - le it se prononce comme si nous avions deux è (èè). C'est une voyelle généralement longue, que l'on retrouve seulement sous sa forme brève, dans quelques emprunts persans: exemple: nitçe (combien) iyyitr (il mange) zither (poison) - le 0 se prononce
exemple: «feu» exemple:
toujours comme dans le français «pot»

ok (flèche)

olar (ils)

- le 0 se prononce
- le u se prononce
exemple:

comme le 0 allemand, ou le français eu de koçe (rue)

çorek (pain)

comme un ou français ou un u italien:

bu (celui-ci)

bozguç (gomme)

- le ü se prononce comme un u français, ou un ü allemand ou hongrois. düye (chameau) exemple: üzüm (raisin)

- le y est la seule voyelle

que l'on ne retrouve pas en français. C'est une prononciation proche du turc sous la forme du [I] ou du russe [hl]. Elle se prononce comme un -i avec l'extrémité supérieure de la langue ramenée vers le centre du palais: exemple: uzyn (long) uly (grand) Il existe une donnée très importante en turkmène: Les voyelles sont classées en deux catégories distinctes: les voyelles claires et les voyelles sombres. Cette différence fondamentale doit être parfaitement assimilée pour comprendre le mécanisme d'harmonie vocalique que nous étudierons dans les pages à venir. Rappelons nous de ceci:

22

v0

elles claires aeioü

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Les consonnes

Nous n'évoquerons ici que les consonnes qui pourraient présenter des difficultés dans leur prononciation ou dans leur graphie pour un francophone: Le -ç se prononce comme [tch], ou comme un [ç] turc: exemple: pain ~ çorek croiser les jambes ~ çil~irmek Le -h se prononce, en position initiale, comme une jota espagnol, ou un [X] du russe. Il est prononcé comme un [h] aspiré du français lorsqu'il est placé au milieu ou à la fin du mot: exemple: animal -7 baYwan comptable -7 bubalter Le -j se prononce comme "Qiihad", ou dans le prénom anglais "John". paire -7 jübüt exemple: vilain ~ nejis Le -z se prononce comme le j de "ioue". Lorsqu'il est en position initiale, il ne peut s'agir que d'un emprunt russe: exemple: girafe -7 ziraf bourse -7 birza -Le -0 se prononce comme un ensemble [ng] anglais dans le mot "sing". Cette consonne sert fréquemment dans la déclinaison ou dans les suffixes possessifs: exemple: le tien ~ senin aiguille -7 ione Le -p se prononce comme un [f] dans le dialecte yomut et dans les dialectes turkmènes d'Afghanistan. exemple: ballon -7 pogki diplôme -7 diplom Le -r se roule comme dans toutes les langues türk et en russe: exemple: tranquille -7 rabat centre -7 merkez Le -s se prononce comme dans le mot saveur mais peut être prononcé comme le [th] de l'article anglais "the" par les Teke et les Ârsary exemple: amour ~ soygi malade -7 nasag 23