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Parlons Zarma

De
348 pages
Ce livre propose de découvrir le peuple zarma du Niger, à travers sa langue et sa culture. il traite de grands thèmes de la vie quotidienne, mais aussi des aspects moins perceptibles pour le visiteur de passage. Le lecteur pourra découvrir la langue à travers sa grammaire, des éléments de la conversation courante classés par thème et un lexique bilingue à double entrée. Il existe un cédérom qui peut accompagner cet ouvrage, contenant des exemples de prononciation et une série de photographies illustrant la vie au quotidien. (supplément audio : CD Parlons zarma, 2-296-00587-X, 17euros)
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Mes remerciements vont tout particulièrement à : Gustave Djéliba et ses femmes Bonkano et les femmes du village de Boktili Tahirou Boubacar Véronique Corinus Fatouma Gida Moumouni Mahamadou

I n t ro d u cti o n
A l’image de Zélika, la petite fille de la couverture qui regarde d’un air curieux, à travers la fenêtre, ce qui se passe à l’intérieur de la maison, ce livre propose de partir à la découverte du peuple zarma du Niger, à travers sa langue et sa culture. Une découverte qui abordera tant des thèmes quotidiens que des aspects moins visibles de la société zarma. Mais si le regard proposé cherchera à montrer au lecteur les aspects les plus ‘traditionnels’ de cette culture, il mettra également en évidence les changements qui y ont lieu, afin de ne pas présenter la société zarma comme une société figée, imperméable aux éléments exogènes. Lorsque la tradition orale parle de l’origine des Zarma, elle leur donne une ascendance arabe par le père, qui est présenté comme un compagnon du Prophète Mohammed, et malinké par la mère. Venus du Sultanat d’Oman, de Saham plus précisément, leurs descendants se seraient installés au bord de la mare de Mallé, en pays mandingue. C’est là qu’un des leurs aurait épousé une femme malinké qui aurait donné naissance à un fils, Mali Béro1. Au bord de cette mare serait né non seulement cet ancêtre mais également leur nom actuel. Comme ils étaient très beaux, on les appela les ‘Malinké dorés’. Les Touaregs (ou les Peuls, selon les versions), jaloux de leur beauté extrême qui leur valait le surnom de ‘Malinké dorés’, les appelèrent ‘Zarma’, du nom du génie habitant la mare auprès de laquelle ils se trouvaient. Fatigué des sarcasmes des Touaregs, Mali Béro tua ses rivaux, puis organisa la fuite de son peuple grâce à un fond de grenier magique. Et c’est par les airs que les Zarma seraient arrivés à Sargane, dans l’actuelle République du Niger, où Mali Béro mourut, après avoir donné une terre d’élection aux siens.
1. Les noms propres seront écrits selon une orthographe francisée, comme c’est le cas sur les cartes d’identité et sur les panneaux de lieu par exemple.

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INTRODUCTION

Cette terre est composée de deux régions : le Zarmaganda (lit. Terre des Zarma) au nord et le Zarmataray (lit. Pays des Zarma, être, condition de Zarma) au sud et au centre du pays zarma. Une terre, vaste d’environ 60'000 km2 et située à l’ouest de l’actuelle République du Niger. Une terre sahélienne où il ne pleut que quatre mois par an ; où les mares et les puits s’assèchent vite ; où les terres fertiles deviennent rares et la végétation maigre, même le long du fleuve Niger.

11 Tableau 1 : quelques chiffres sur le Niger
Superficie : 1'267'000 km2 Capitale : Niamey (env. 1'730 habitants en 1931, 600'000 en 1995 et 1 million actuellement). Créé vers le début du siècle, Niamey devient le chef-lieu du Territoire Militaire du Niger en 1903, alors que Zinder est le siège du commandement militaire. C’est en 1924 que la première devient la capitale de la colonie autonome du Niger, et qu’elle se développe autour de son ancien centre (quartiers Mawrey et Kalley) et des aménagements de colons. Actuellement, « la politique urbaine de Niamey face à la croissance des quartiers repousse vers l’extérieur les quartiers pauvres créés par les réfugiés des famines. B. Alpha Gado (1999) cite l’exemple du quartier Foulan Koira, qui a été déguerpi huit fois au cours de son histoire ». (Gillard 2005 : 75) Population (2004) : 13'499'000 d’habitants, dont 20,6 % de citadins. Espérance de vie à la naissance (2004) : 45,4 ans. Taux de mortalité pour les enfants de moins de 5 ans (2004) : 259 ‰ Croissance de la population : 3,3 % par an. Taux annuel moyen de croissance du PIB (1990-2004) : - 0,6 % Le Niger est classé en dernière position, selon l’Indice de Développement Humain du PNUD en 2001. En 1994, 63 % des Nigériens vivaient au-dessous du seuil de pauvreté : 75'000 CFA (115 ) par tête et par an en milieu urbain et 50'000 CFA (76 ) en milieu rural, dont 34 % au-dessous d’un seuil extrême de pauvreté [50'000 CFA en milieu urbain et 34'000 CFA (52 ) en milieu rural. Taux de scolarisation dans le primaire (2000-2004) : garçons : 45 %, filles : 31 %. « Un ménage sur quatre habite à plus de 5 km d’une école primaire » (Gillard 2005). Taux d’alphabétisation des adultes (2000-2004) : 14 %. Accès aux services de santé : 32 % de la population (1985-1993). Accès à l’eau potable : 59 % de la population (1985-1993) ; « en 1994, un ménage sur trois est à plus de 5 kilomètres d’un forage ou d’un puits moderne ». (ibid.) Chiffres tirés de : Gillard (2005) http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/NER/fr.html http://www.unicef.org/french/infobycountry/niger_statistics.html

L a l a n g u e zarma
Iri kulu ‘ay ne hãya ’ no (nous / tous / je / dire / que / c’est) Nous sommes tous des ‘je dis que’ C’est ainsi que les gens de l’ensemble songhay-zarma-dendi expriment quelquefois leur appartenance à un même ensemble linguistique et culturel.

1. Introduction
Géographiquement situé dans l’Ouest africain, le Niger est une zone d’échange entre le Nord et le Sud. Ce territoire, où se rencontrent monde arabe et Afrique noire, est peuplé de Haoussa, de Songhay, de Zarma, de Dendi, de Touaregs, de Peuls, de Kanouri, de Toubou, de Gourmantchés, d’Arabes et de Mossi. Les langues nationales, fixées par le gouvernement nigérien, sont au nombre de dix : l’arabe, le peul (ou fulfulde), le gourmantché, le haoussa, le kanouri, le songhay-zarma, le tamasheq, le tasawaq, le toubou et le boudouma. A ces dix langues nationales s’ajoute une langue officielle, le français, venue avec la colonisation. En tant que langue officielle, il est utilisé à l’école dès les premières classes et dans l’administration, même si les populations communiquent généralement oralement dans leur langue. Les émissions des chaînes de télévision et des différentes radios privées ou publiques sont à la fois réalisées en français et dans certaines langues nationales (principalement le haoussa, le songhay-zarma, le peul et le tamasheq).

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LA LANGUE ZARMA

Tableau 2 : Les langues parlées au Niger (estimation août 2003) Haoussa : 56 % (taux selon recensement de 1988 : 54 %) Songhay-Zarma : 22 % (25 %) Peul : 8,5 % (9 %) Touareg : 8 % (8 %) Kanouri : 4,3 % (3 %) Autres : 1,2 % Pratique déclarée du français : 31 % (selon enquêtes menées par le projet Plurilingues, ILSL, 2004 : 44), « mais ce taux considéré par rapport au sexe des répondants varie fortement » (ibid. : 45) : 34 % d’hommes et 25 % de femmes. Chiffres tirés du projet Plurilingues (ILSL, 2004)

Environ 22 % de la population fait partie de ce que l’on appelle l’ensemble songhay-zarma-dendi. En cela, il forme la deuxième population derrière les Haoussa (56 %). Mais cet ensemble ressemble plus à une construction des scientifiques qu’à un ensemble ‘naturel’, car on ne se dit pas Songhay-Zarma, mais Zarma voire Gollé ou Kallé (nom de sous-groupes zarma) ou, pour les Songhay, Kado ou Wogo par exemple. Cependant, la construction de cet ensemble se justifie pour trois raisons : • Premièrement, tant les autochtones2 que les linguistes reconnaissent une unité linguistique à ces différents groupes, bien que les peuples songhay et zarma, à travers leurs discours sur l’aristocratie, se donnent une origine différente. • Deuxièmement, on retrouve un certain patrimoine culturel traditionnel commun. En font partie le culte des génies de possession, la circoncision masculine collective, la fête des filles vierges appelée gosi ou celle de la graisse (maani foori). • Troisièmement, la structure sociale – qui sera développée dans la partie sur la culture – est identique. La langue et le patrimoine mettent en évidence une certaine unité de l’ensemble songhay-zarma-dendi. Mais, au sein même de ces facteurs d’unité, apparaissent quelques différences :

2. Même s’ils la désignent par différents termes : zarma ciine (zarma / langue), kaado ciine, dendi ciine, etc.

INTRODUCTION

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• Ainsi, concernant la langue, les différences dialectales sont importantes et l’intercompréhension n’est pas toujours évidente entre, par exemple, un Zarma de Dosso (Niger) et un Songhay de Tombouctou (Mali). • Concernant le patrimoine culturel, si on trouve des pratiques communes, de nombreuses pratiques culturelles sont soit locales, soit transethniques (c’est-à-dire qu’elles concernent des peuples voisins : Touaregs, Peuls, Bambara, etc.). Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire du peuplement de l’ouest du Niger, cette diversité de l’ensemble apparaît au grand jour. Non seulement cet ensemble semble ne pas exister, mais chaque entité qui le compose est elle-même formée de nombreux sous-groupes.

L’entité songhay
Les descendants des deux grandes dynasties de l’empire songhay de Gao au Mali sont présents au Niger. Il s’agit des Si et des Mayga. Les premiers, qui sont dans la lignée du grand empire songhay, ont quitté le Mali suite à la perte du pouvoir au profit des seconds (1493). On les trouve aujourd’hui dans la région de Wanzerbé (région du Gourouol, arrondissement de Tera), sur la rive gauche du fleuve (Karma, Boubon) et dans quelques villages zarma. Maîtres-magiciens connus sous le nom de so ance, ils officient entre autres comme circonciseurs et dans la cérémonie du gosi ou fête des filles vierges. Les Mayga sont les descendants d’Askiya Mohamed, un grand chef songhay musulman qui a renversé la dynastie des Si. Leur établissement au Niger a lieu entre le XVIIème et le XVIIIème siècle, à la suite de la chute de l’empire songhay face aux Marocains (16401660). Les Mayga se situent majoritairement sur la rive droite du fleuve et y sont à la tête de la majorité des chefferies songhay. On en trouve aussi quelques-uns dans la vallée du fleuve et surtout dans le Dendi nigérien, région où ils se sont installés au cours du ème XVIII siècle. A ces deux grandes factions s’ajoutent schématiquement cinq sousgroupes (les Wogo3, les Sorko4, les Kado5 et les Kourtey6) ainsi que
3. Les Wogo, fuyant les Touaregs, sont arrivés au XIXème siècle dans la région qu’ils occupent actuellement. Ils sont originaires de Bourra, près d’Ansongho (Mali).

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LA LANGUE ZARMA

des villages ‘bella’ (anciens captifs des Touaregs émancipés et sédentarisés ; ils sont soit déjà ‘songhaysés’, soit en voie de l’être).

L’entité zarma
Située sur la rive gauche du fleuve dans sa majorité (Zarmaganda, Zarmataray), mais également dans la vallée du fleuve (en aval de Niamey), la population zarma est – tout comme les Songhay – composée de différents sous-groupes d’origines diverses qui seraient arrivés dans la région par vagues successives. On en compte la plupart du temps dix (les Zarma dits de Mali Béro, les Gollé, les Kallé, les Lafar, les Tchi, les Lorey, les Dakala, les Gabda, les Wazi et les Sabiri) sans tenir compte des peuples tels que les Maouri zarmaphones, les Goubé et les Soudiés qui ont été zarmaïsés. Ces migrations diverses à des époques différentes font de la réalité ethnique zarma telle qu’elle se présente à nous aujourd’hui un melting-pot de divers sous-groupes. Le groupe le plus important est celui des Zarma dits de Mali Béro. Ils forment aujourd’hui la plus grande partie de l’aristocratie zarma. Leur venue, que seule la légende du fond de grenier volant explique, reste pour les historiens un mystère. Voici un résumé de la version racontée par les jasare (griots généalogistes et historiens d’origine soninké) : jeune homme de père arabe (dont l’ancêtre serait un compagnon du Prophète Mohammed) et de mère malinké, Mali Béro vint à tuer, au bord de la mare de Mallé dans l’empire du Mali, de jeunes Touaregs (ou Peuls selon les versions) qui le harcelaient d’incessantes moqueries. Il dut alors organiser le départ des Zarma vers d’autres régions moins hostiles. Il fit construire un fond de grenier dans lequel une partie du peuple prit place. Par la magie, il fit s’élever celui-ci dans les airs et, après huit étapes ainsi parcourues, après un épisode qui vit le frère cadet de Mali Béro s’allier à l’ennemi et fonder une race mi-zarma mitouarègue, les Zarma arrivèrent à Sargane dans le Zarmaganda
4. Les Sorko sont un groupe de pêcheurs, descendants de Faranmaka. 5. Selon Olivier de Sardan (1982 : 235), il s’agit probablement d’un terme d’origine peule qui désigne l’étranger, le païen. Ce terme s’applique, dans ce cas, à des populations autochtones ‘songhaysées’ (Kouroumba ou Gourmantchés) et des groupes de roturiers venus du nord après la chute de l’empire songhay. 6. Les Kourtey sont d’anciens pirates du fleuve d’origine peule mais songhaysés. Ils sont venus du Mali à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle.

INTRODUCTION

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(actuelle République du Niger), où Mali Béro mourut à son tour, après avoir donné une terre d’élection aux siens. C’est avec Tagourou, probablement le fils direct de Mali Béro, que les Zarma auraient poursuivi leur migration vers le sud à la recherche d’une terre plus riche et fertile que celle du Zarmaganda. Selon Gado (1980), la première étape de cette seconde migration fut le Tondikangué, Kobi plus précisément. Autour de Tagourou, malgré une autorité renforcée, un complot se préparait cependant. Sadjam, son fils aîné, voulut – semble-t-il – le renverser. Mais dénoncé par son frère Boukar, Sadjam aurait dès lors été privé du titre de zarmakoy qui, en tant qu’aîné, devait probablement lui revenir. Toujours selon Gado et les traditions orales dont il s’inspire, Tagourou prédit alors à ses fils qui avaient cherché à le trahir la perte de la chefferie pour la descendance de Sadjam, la disparition totale de la descendance de Zama Séga, son deuxième fils, et la discorde parmi la nombreuse descendance de Hali Koda, son fils cadet. Les traditions orales légitimeraient donc « la future division du Zarmataray avec d’un côté les Zarma du fleuve en majorité composée de descendants de Haali Kodda et de l’autre côté les Zarma de la région de Dosso descendants de Boukar » (Gado 1980, p. 170). Suite à ces dissensions, les descendants de Tagourou se seraient dispersés, et c’est de ces nouvelles migrations que seraient nées les chefferies zarma : • L’ancêtre des Zarmakoy de Dosso, Boukar, le fils fidèle et troisième enfant de Tagourou, serait le seul à être resté à Kobi. Certains de ses descendants, dont Bouratchi, auraient cependant quitté cette région pour se rendre à Kirtachi. • Zama Séga, le deuxième fils de Tagourou, aurait de son côté migré plus au sud dans le Boboy où fut fondée ‘la maison du Tobil’ (Tobil Fu). Si les Tobil-Fou sont aujourd’hui toujours présents dans cette région, ils n’y possèdent plus aucune chefferie. • Les descendants de Sadjam, l’aîné des enfants de Tagourou, auraient, quant à eux, migré vers le plateau où ils créèrent plusieurs villages, mais – comme l’aurait prédit Tagourou – n’auraient formé « aucune province historique dont ils auraient gardé la chefferie jusqu’à nos jours » (Gado 1980, p. 180).

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• Enfin, le cadet Hali Koda, dont la descendance était nombreuse, se serait rendu dans le Fakara. Il se serait allié matrimonialement aux Kallé, alliance que son petit-fils étendra par la suite aux Gollé selon Gado. Hali Koda aurait eu deux fils : Zem et Yelsane (ou Alassane selon Gado). D’après les jasare, Zem est à l’origine de la chefferie de Kiota. Il aurait eu à son tour quatre fils qui ne s’entendirent pas sur la succession. Selon Gado, ceux qui n’eurent pas le trône quittèrent la région. D’après les traditions orales des jasare, Yelsane eut comme fils Manay qui est l’ancêtre de tous les Zarma Kogori établis dans les cantons de Ndounga, Liboré, Saga, Goudel et Hamdallaye. Aux alentours de 1640, la ‘maison’ de Hali Koda semblait alors être la plus puissante. En présentant l’histoire des Zarma comme une épopée, peuplée de personnages héroïques, puisant sa spiritualité aux sources même de l’islam, le jasare légitime le pouvoir de ce peuple dans la région. Le Zarmaganda et le Zarmataray sont la ‘terre promise’ des Zarma, peuple ancien et musulman. Tout d’abord, parce qu’ils partent, avec l’aval du Prophète lui-même, à la recherche de leur propre royaume et, ensuite, parce qu’ils apparaissent, dans certains récits du moins, comme les ‘premiers occupants’, le principe de l’antériorité justifiant leur pouvoir dans la région.

L’entité dendi
La région, appelée Dendi7, est majoritairement peuplée de Mayga, qui sont arrivés au XVIIIème siècle en compagnie de leurs roturiers et de leurs esclaves, et de Tchanga, une population autochtone qui se serait peu à peu ‘songhaysée’. On y trouve également des groupes probablement malinkés mais ‘songhaysés’ depuis très longtemps (Koumaté) et des migrants plus ou moins anciens venus des régions voisines (Zarma, Sorko, Gourmantchés, Maouri). De l’histoire du peuplement se dégagent donc les traits suivants :

7. « Dendi. 1) descendre en aval 2) d’où : le pays situé en aval. Le terme dendi est donc relatif, et signifie aussi bien, par rapport à l’empire de Gao, les contrées au sud d’Ansongho, que, aujourd’hui, la région de Gaya et du Nord-Bénin. 3) enfin, il s’agira des « gens du Dendi », groupe songhay venu du nord pour s’installer en pays tienga, en aval du W. » (Olivier de Sardan 1982 : 113)

INTRODUCTION

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• La plupart des groupes présents dans l’ouest nigérien et relevant de l’ensemble songhay-zarma-dendi déclarent être originaires du Mali. • Leur installation dans les régions qu’ils occupent actuellement est récente. Elle se situe entre le XVIème siècle et le XIXème siècle. • L’immigration s’est faite par vagues successives et fut hétérogène. • Les immigrants ont pris le dessus sur les autochtones qu’ils ont soit assimilés soit chassés. Ces constatations mettent particulièrement en évidence la diversité de l’ensemble songhay-zarma-dendi. Une diversité qui s’est d’autant plus accentuée que ces populations ont côtoyé, avec des fortunes diverses, les Touaregs, les Peuls, les Haoussa, voire les Gourmantchés. Ainsi, durant le XIXème siècle, alors que le Zarmataray connaissait à la fois une colonisation pacifique par les Goubé et les Mawri, et une invasion guerrière par les Touaregs et les Peuls, la région du fleuve était épargnée par les razzia.

Origine de la langue songhay-zarma
Le rattachement du bloc linguistique songhay-zarma-dendi à d’autres langues, voisines ou non géographiquement, n’a pas été encore clairement établi. Mais il y a peu de doute sur l’existence de liens entre la langue songhay et le groupe mandé (langues issues de l’ancien Empire du Mali)8. De nombreux linguistes pensent qu’il s’agit plus d’emprunts lexicaux que de liens directs. Pour Nicolaï (1990), le songhay ne serait d’ailleurs pas une ‘langue mère’ mais une créolisation (forme pidginisée du tamasheq dans la structure typologique d’une langue mandé). Cela expliquerait la faiblesse des marques morphologiques et la restructuration de la langue, suite à la transformation des normes. Le songhay renverrait donc à des sources différentes et serait apparenté à divers groupes sans pour autant pouvoir leur être directement rattaché. Ainsi

8. En 1977, Nicolaï relie la grammaire et les suffixes songhay à l’Azer, une langue soninké (c’est une autre branche des langues mandé) aujourd'hui disparue, qui était autrefois parlée dans tout le Sahel. Certains jasare (griots généalogistes et historiens) situent d’ailleurs l’origine des Songhay et des Zarma au Mali et attribuent parfois aux Songhay une origine soninké.

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s’expliqueraient les différentes hypothèses de classification proposées par les linguistes. Nicolaï distingue deux processus de créolisation à l’origine du songhay véhiculaire. Ces deux processus auraient – pour faire simple – créé deux grands ensembles dialectaux : • Le songhay A (ou songhay méridional) est composé de huit variantes dialectales, dont le zarma, qui seront détaillées cidessous. • Le songhay B (ou songhay septentrional) est le fait de locuteurs, pour la plupart nomades, établis dans le Sahel nigéro-malien et culturellement intégrés dans le monde touareg (sous-groupes TihiSit, Tadakschak, Tasawaq appelés également Ingelshi et Belbeli nommés aussi Korandje). Le songhay septentrional est donc constitué de langues mixtes qui s’écartent assez fortement des autres dialectes songhay connus. Ils ne sont d’ailleurs pas compris des autres locuteurs songhay. L’ensemble méridional, au sein duquel on trouve le zarma, est composé d’au moins huit variantes dialectales qui présentent une certaine homogénéité structurale, phonique et sémantique, même si « l’intercompréhension ne semble pas totale d’un bout à l’autre du fleuve » (Tersis & Surugue 1976 : 17). Celles-ci sont : • le songhay occidental, appelé koyra ciini9, se trouve de Tombouctou à Niafounké (Mali) ; • le songhay oriental, ou koyra boro senni10, est parlé dans la région de Gao (Mali) ; • la langue de Djenné (Jenne ciini) est parlé dans l’enclave de Djenné (Mali) ; • le songhay central, appelé Humburi senni (Hombori) au Mali, comprend les parlers du Hombori, du Tinié, de Filio et des populations marensés du Burkina Faso ; • le songhay du fleuve, ou kado, est parlé dans la région du fleuve et de l’Anzourou, ainsi que par les Kourtey, des Peuls qui parlent aujourd’hui la langue songhay (Niger) ; • le wogo, parlé du côté des îles autour de Bourra, au sud d’Ansongho, et dans l’archipel de Tillabéri (Niger) ;
9. Kwaara ciine (village, ville / langue) est la prononciation zarma. 10. Kwaara boro sanni (village, ville / gens / parole) est la prononciation zarma.

INTRODUCTION

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• le zarma est essentiellement parlé sur la rive gauche du fleuve Niger, à l’ouest de l’actuelle République du Niger, dans les arrondissements de Ouallam, Dosso, Kollo et, en partie, dans celui de Fillingué. Il existe deux formes de zarma – d’une part, celui du Zarmataray, de l’autre celui du Zarmaganda (Niger) ; • le dendi est, quant à lui, parlé au sud du fleuve, dans la région de Gaya, vers la frontière du Bénin ainsi qu’au Bénin lui-même. On remarque toutefois que le dendi du Niger diffère de celui du Bénin. Même s’il y a intercompréhension entre les parlers du songhay méridional, il existe des différences entre les variantes songhay (kado et wogo notamment), zarma (avec quelques différences entre le zarma du Zarmaganda et celui du Zarmataray) et dendi11.

Conventions d’écriture
Suite à la loi n° 98-12 du 1er juin 1998 portant orientation du système éducatif nigérien, quelques nouvelles règles de transcription ont été fixées : concernant l’orthographe de la langue songhay-zarma, on retrouve ces règles dans le premier article de l’arrêté n° 0215 du 19 octobre 1999. Par rapport à l’alphabet zarma défini lors du congrès pour l’unification des alphabets des langues nationales de l’Afrique de l’Ouest organisé par l’UNESCO à Bamako en 1966, on dénote une seule véritable différence : la suppression de la digraphe /ny/ (nasale palatale) est écrite Ce changement, contesté (car il complique inutilement l’écriture du zarma), n’est pas encore appliqué par le service d’alphabétisation. Cet ouvrage étant destiné au public le plus large possible, j’adopterai donc l’orthographe officielle, avec cette seule restriction. Le zarma est défini comme une langue à tons par les différents chercheurs qui s’y sont intéressés – toute voyelle est prononcée avec une certaine hauteur mélodique de la voix (deux tons simples : haut et bas ; deux tons modulés : ascendant et descendant). Les deux tons simples et modulés permettent la distinction sémantique de plusieurs mots comme dans l’exemple qui suit : bí (filer le coton), bì (plaie, ombre), bî (noir) et b (hier).

11. C’est ce que montrera le chapitre 2.9.

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Cependant, à l’exception de quelques termes, les tons ne sont pas indispensables à la compréhension ; c’est pourquoi l’orthographe zarma utilisée dans cet ouvrage (tout comme celle employée par le service d’alphabétisation) ne les prend pas en compte. Un autre phénomène courant en zarma oral – non obligatoire celuici – ne sera pas pris en compte dans la transcription : l’élision. Ce choix se justifie dans la mesure où il permet de respecter la structure profonde des discours et « d’éviter des confusions de sens qui peuvent se produire sur des expressions comme :
a ne a se : a no a se : il lui a dit il lui a donné

qui toutes deux se réalisent a n’a se dans le langage oral quotidien » (Mounkaïla 1989 : 16). Lors d’une élision avec la deuxième personne du singulier (ni), on procède à une inversion entre le i et le n : écrite ay ga ni saabu (je te remercie), la phrase est prononcée ay g’in saabu.

L’alphabet zarma
L’alphabet zarma constitue un système de 29 lettres.

Cinq voyelles orales – brèves ou longues :
• • • • • a e i o u comme en français, exemple alfa, marabout comme dans été, exemple ce, pied comme en français, exemple ize, enfant, fils, fille comme dans mot, exemple gomni, bienfait, tranquillité ou, exemple tubu, héritage

Quatre voyelles nasales :
Tout comme les précédentes, les quatre voyelles nasales sont brèves ou longues •ã comme dans tante, exemple hã, demande • voisin dans main, exemple a h , il a pleuré, il a fait entendre un cri • voisin de signe, exemple h , interjection tiens ! •õ comme dans on, exemple sohõ, maintenant, tout de suite

Vingt consonnes simples :
•b comme en français, exemple batama, place

INTRODUCTION • • • • • • • • • • • • • • • • • • • c d f g h j k l m n ny p r s t y w z comme dans le nom Tchad, exemple ciine, langue comme en français, exemple do, criquet comme en français, exemple foori, fête comme dans gare, exemple gondi, serpent aspiré comme en anglais, exemple hindiri, rêve à prononcer dj, exemple jiiri, année comme en français, exemple kooma, bosse comme en français, exemple laabu, terre comme en français, exemple miimanda, commérage comme en français, exemple niine, nez comme dans pagne, exemple nya, mère dit n vélaire, exemple waaya , manger comme en français, exemple porporo, mobylette, moto roulé, exemple riiba, bénéfice, rapport comme dans le mot santé, exemple saaji, brousse comme en français, exemple tangara, natte comme dans yaourt, exemple yu, miel comme dans ouate, exemple wa, lait comme en français, exemple zama, parce que, puisque.

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Tableau 3 : Textes législatifs de la République du Niger relatifs aux langues Années 1970 : Ecoles expérimentales : « Création des écoles expérimentales où l’enseignement est donné dans la langue première de l’élève durant les trois premières années du cycle primaire avec passage au français en troisième année mais seulement dans cinq des dix langues nationales reconnues : fulfuldé, hausa, kanuri, songhay-zarma, tamajaq. » (Cahiers de l’ILSL 2004 : xviii) 1991 : Langues nationales : « Acte 23, portant institution des langues nationales : Article 1 : ‘Sont proclamées langues nationales les dix langues suivantes : Arabe, Buduma, Fulfulde, Gulmancema, Hausa, Kanuri, Tamajaq, Tubu, Zarma’. En faisant le compte, seulement neuf langues sont citées, la dixième, la tasawaq, ayant été omise dans ce document mais un amendement non encore publié l’a ajoutée à la liste. Article 2 : ‘Les dix langues susmentionnées ont toutes vocation à servir de langues et matières d’enseignement au plan régional et national sur un parfait niveau d’égalité. » (ibid.)

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1998 : Education : « La loi 98-12 du 1er juin 1998 portant orientation du système éducatif nigérien. Elle est silencieuse sur le nombre des langues retenues. ‘Article 19 – Le cycle de base I accueille les enfants âgés de six (6) à sept (7) ans. La durée normale de la scolarité est de six (6) ans. La langue maternelle ou première est langue d’enseignement ; le français matière d’enseignement à partir de la première année. Article 21 – le cycle de base II accueille les enfants âgés de onze (11) à treize (13) ans. Sa durée normale est de quatre (4) ans. Le français est langue d’enseignement et les langues maternelles ou premières, matières d’enseignement. […]’. » (ibid.) 1999 : Constitution : « On peut s’étonner que la Constitution de la Vème République, plébiscitée le 18 juillet 1999 et actuellement en vigueur, ne cite pas les langues nationales retenues. En effet, on peut lire dans son article n°3 : ‘Toutes les communautés composant la Nation nigérienne jouissent de la liberté d’utiliser leurs langues en respectant celles des autres. Ces langues ont, en toute égalité, le statut de langues nationales. La loi fixe les modalités de leur promotion et de leur développement. La langue officielle est le français.’ » (ibid. : xviii-xix) 1999 : Orthographe des langues nationales (haoussa, songhay-zarma, peul, touareg, kanouri) 2001 : Ecole Bilingues pilotes : « Un arrêté ministériel signé en avril 2001 institue le début des Ecoles Bilingues Pilotes avec enseignement en cinq langues déjà citées pour la rentrée scolaire 2001 avec la création d’une petite vingtaine de centre d’enseignement, ceci en première application de la loi 98-12. Projet pilote soutenu par GTZ/2PEB (Projet Education de Base de la Coopération allemande). »

2. Grammaire12
L’objectif de cette grammaire est de permettre à un large public d’aborder la langue zarma. C’est pourquoi je n’utiliserai – lors de la description de la langue – que des notions empruntées à la grammaire française.

12. Dans le cédérom joint à l’ouvrage, on trouve la plupart des termes et phrases présents dans ce chapitre.

GRAMMAIRE

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La présentation qui suit repose sur mon expérience de la langue zarma, sur des discussions avec des locuteurs zarma (spécialistes de leur langue ou non) et sur des lectures de linguistes : • Nicole Tersis a publié en 1972 un premier ouvrage sur le zarma, complété en 1976 par un deuxième. L’étude de la langue commence par son analyse phonologique (tons, phonèmes, combinaisons, fréquences, règles tonales) et l’analyse des catégories grammaticales. L’objectif de ces deux livres est une description linguistique de la langue zarma. Dans ce but, l’auteur refuse de plaquer les catégories du français pour la description rendant en cela son livre difficile d’accès pour des non-linguistes. • Mary White-Kaba, en introduction du dictionnaire qu’elle a établi avec Yves Bernard (1994), propose une esquisse de la grammaire zarma. • Scott Eberle écrit en 1996 une étude de la grammaire zarma en anglais, mais celle-ci est restée à l’état de manuscrit. Elle est un compromis entre description linguistique et manuel d’apprentissage. • Jeffrey Heath (1999) propose une grammaire du songhay de Gao dans son livre A Grammar of Koyraboro (Koroboro) Senni. Si l’objet de mon livre en est la variante zarma, d’un point de vue grammatical cette étude m’a été d’une grande aide. La présentation de la grammaire zarma qui suit se fera en trois étapes : dans un premier temps, j’aborderai les composantes de la phrase zarma tels que le groupe du nom, le prédicat, les compléments du prédicat. Comme on ne lit pas une grammaire de manière continue, j’ai choisi de présenter les différentes composantes selon qu’elles sont liées au nom ou au verbe, afin de faciliter l’accession du lecteur aux notions dont il a besoin. Dans un deuxième temps, je passerai au niveau de la phrase et décrirai la structure de la phrase simple (assertive, négative, interrogative, exclamative, impérative) ainsi que la structure de la phrase complexe (phrases directement liées, phrases liées par la particule verbale ga13, phrases liées par une conjonction de coordination et phrases subordonnées), le discours indirect et l’expression de l’irréalité. Dans un troisième temps, je me consacrerai à

13. Prononcé parfois ka.

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l’énonciation en décrivant le phénomène de l’apposition très courant en zarma et celui de la modalisation.

Le groupe du nom
Je traiterai dans cette partie de tout ce qui accompagne le nom pour constituer avec lui un groupe appelé « syntagme nominal » : nom, démonstratif, adjectif, relative, etc. En zarma (comme en anglais), la composition d’un groupe du nom diffère du français dans la mesure où le déterminant (soit le mot qui caractérise le nom principal) précède le déterminé (soit le nom principal).

Les déterminants du nom
Les marques du défini et de l’indéfini
Concernant les noms, le zarma ne distingue pas le masculin du féminin. Par contre, il opère, grâce à un processus de suffixation, une distinction entre défini et indéfini et singulier et pluriel. Les suffixes varient pour désigner la forme définie singulière, même si généralement la terminaison de la forme définie est –a pour un terme finissant par une autre voyelle que –a et –o pour un terme dont la terminaison est –a, mais il peut arriver que la marque du défini se fasse par un changement de ton :
Forme indéfinie au singulier Fu une maison Boro une personne Nya une mère Baaba un père Forme définie au singulier Fuwo la maison Bora la personne Nya o la mère Baabo le père

Si l’on veut exprimer l’idée d’un certain, quelque, on peut rajouter le déterminant fo (un), à l’image des deux exemples cités :
Fu fo Fula foya une certaine maison (maison / certaine) certains Peuls (Peul / certains)

GRAMMAIRE

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Les suffixes indiquant le pluriel défini et indéfini sont toujours les mêmes : il s’agit de –ey pour le premier et de –ya pour le second :
Forme indéfinie au pluriel Fu ya des maisons Boro ya des gens Nya ya des mères Baaba ya des pères Forme définie au pluriel Fuwey les maisons Borey les gens Nya ey les mères Baabey les pères

Généralement l’emploi du défini et de l’indéfini correspond à l’emploi du français (le / les ; un / des). Le défini est utilisé pour désigner un objet ou une personne auquel on a déjà fait référence :
Bora ka se i ga ne Adamu l’homme qu’on appelle Adamou (homme / rel. / à / on / inacc. / dire / Adamou) Fuwo ka ay di la maison que j’ai vue (maison / rel. / je / voir)

Cependant, au contraire du français qui utilise la forme définie dans un sens générique (le dans le sens de tous les), le zarma lui laisse généralement cette forme à l’indéfini. Ainsi :
Burcin ga haawi bay l’homme libre connaît la honte (homme libre / inacc. / honte / connaître) [et non : burcino ga haawo bay]

La forme définie peut également être utilisée après un pronom possessif (ay : mon, mes / ni : ton, tes / a ou nga : son, ses / iri : notre, nos / ara : votre, vos / i ou ngey : leur, leurs). On peut ainsi dire ay coro ou ay cora tous deux traduits en français par mon ami, mais l’emploi varie selon les circonstances. Il semble que ay cora soit régulièrement employé lorsqu’on interpelle un ami, alors que ay coro est utilisé lorsqu’on parle d’un ami à une tierce personne. Ay cora possède donc une connotation affective que n’a pas ay coro qu’on pourrait traduire par un de mes amis. Concernant la forme indéfinie au pluriel, on remarque également une différence d’emploi par rapport au français : lorsque l’on considère que les objets mis au pluriel forment un ensemble, on emploie généralement l’indéfini singulier. Ainsi lorsque l’on voit des calebasses comme un tas de calebasses, on emploie généralement l’indéfini singulier (gaasu). Par contre, si l’on voit ce tas comme composé de différentes calebasses, on utilise l’indéfini pluriel (gaasu ya ).

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Les démonstratifs
Les démonstratifs manifestent, d’un point de vue sémantique, la détermination. En zarma, on dénombre deux déterminants démonstratifs (wo14 : ce… ci, cette… ci, ces… ci ; din : ce… là, cette… là, ces… là). Les déterminants démonstratifs apparaissent uniquement après un nom ou à la fin du groupe du nom, mais avant le quantificateur kulu (tout). On utilise généralement wo quand on désigne ou indique, quelque chose ou quelqu’un, qui est proche. Din est, quant à lui, employé lorsque l’on fait référence à quelqu’un ou quelque chose qui n’est pas sous les yeux ou dont on a déjà parlé, qui est lié à la conversation.
Boro wo Boro din cette personne-ci (personne / ce… ci) cette personne-là (personne / ce… là)

Lorsque les termes sont au pluriel, on peut soit ajouter le suffixe – ey (marque du défini pluriel) au nom et ne pas accorder le démonstratif, soit accorder celui-ci en ajoutant le suffixe –ya (marque de l’indéfini pluriel) au déterminant wo ou din et ne pas accorder le nom :
Borey wo Boro woya Borey din Boro dinya ces personnes-ci (personnes / ce… ci) ces personnes-ci (personnes / ce… ci) ces personnes-là (personnes / ce… là) ces personnes-là (personnes / ce… là)

Le déterminant démonstratif din, combiné à l’adverbe yongo (làbas), permet de mettre en évidence la distance qui sépare le locuteur de la personne, respectivement de l’objet, dont il parle. Ainsi :
Yongo bora din cette personne au loin (là-bas / personne / ce… là-bas)

Mais l’on peut également ajouter uniquement le démonstratif din.
Haya din cette chose au loin (chose /ce… là)

Les pronoms démonstratifs wo ou wone (celui-ci, celle-ci), wodin (celui-là, celle-là) fonctionnent comme représentants15 et affectent

14. Les gens de Dosso prononcent « yo ». 15. « Les représentants sont [les pronoms] qui, par anaphore ou cataphore, représentent un élément du contexte. Cet élément est fréquemment un nom. » (Arrivé, Gadet & Galmiche 1986 : 568)

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au nom ainsi représenté la même détermination que le déterminant démonstratif :
Deede wo ga ti a kaayi wone ce récit est celui de son ancêtre (récit / ce… ci / emph. / être / son / ancêtre / celui) Wone ga ti a kaayi deede ceci est le récit de son ancêtre (ce… ci / emph. / être / son / ancêtre / récit) Lokkoliizo wo hayfun no cet élève-ci est paresseux (élève / ce… ci / être paresseux / c’est) Wone hayfun no celui-ci est paresseux (ce… ci / être paresseux / c’est) Lokkoliizo din gonda suuru cet élève-là a de la patience (élève / ce… là / avoir / patience) Wodin gonda suuru celui-là a de la patience (ce… là / avoir / patience)

Lorsque ces pronoms sont mis au pluriel, on ajoute généralement le suffixe –ya (marque de l’indéfini pluriel) :
Woneya Wodinya ceux-ci ceux-là

Les pronoms possessifs
Les pronoms possessifs zarma sont les suivants : ay (mon, mes), ni (ton, tes), a ou nga (son, ses), iri (notre, nos), ara (votre, vos), i / ngey (leur, leurs). Le mot wone est employé comme un pronom possessif qui remplace le déterminé. Il peut être mis à la forme définie (wono) et au pluriel indéfini (woneya ) et défini (woney) :
Ay wono Ay woney le mien les miens

Wone peut également être utilisé pour remplacer le déterminé dans un groupe du nom :
Ali fuwo Ali wono la maison d’Ali (Ali / maison) celle d’Ali (Ali / celle)

Les quantificateurs et numéraux
Les quantificateurs sont les numéraux tels que fo (un), hinka (deux) etc., les quantificateurs généraux (kayna : un peu ; boobo : beaucoup)

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et le quantificateur de la totalité kulu (tout, tous). Tous suivent le nom ou le nom et l’adjectif et sont généralement invariables. A du feeji hinza il a reçu trois moutons (il / recevoir / mouton / trois) A du feeji boobo il a reçu beaucoup de moutons (il / recevoir / mouton / beaucoup) A du feejey kulu il a reçu tous les moutons (il / recevoir / mouton / tous)

Après kulu (tout), le pluriel indéfini est utilisé, si on insiste sur l’inclusion de chaque individu :
I kulu ay ize ya ce sont tous mes enfants (ils / tous / mon / enfant) Jirbey kulu tous les jours (jours / tous)

Mais si l’on insiste sur le tout, on utilise la forme indéfinie au singulier :
Jirbi kulu Feeji fo Feeji foya tous les jours (jour / tous) un mouton (mouton / un) quelques moutons (mouton / quelques)

L’adjectif numéral fo (un) signifie quelques, certains au pluriel :

Pour désigner l’idée d’unicité, on utilise l’adjectif irrégulier follo (seul, unique) dont la forme définie est follonka (le seul, l’unique) :
Leemu follo no ay ga ba je veux une seule orange16 (orange / seule / c’est / je / inacc. / vouloir) Tira follonka l’unique livre (livre / unique)

Le pronom indéfini
Le pronom indéfini filaana, qui signifie un tel, « est utilisé pour désigner une certaine personne, sans la nommer, en présence de tierces personnes (l’interlocuteur sait de qui il s’agit) » (WhiteKaba 1994) :
Filaana baaba le père d’un tel (un tel, une telle / père)

Cette expression est très courante, et permet d’éviter de prononcer un nom tabou (cf. la partie « culture »).

16. Plus précisément : C’est une seule orange que je veux.

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La détermination d’un nom par un nom
Quand un nom précède un autre nom, le premier qualifie le second, en indiquant la possession, le but ou la description du deuxième nom. En voici quelques exemples :
Ay hayni faro Ali baaba Isa me borey mon champ de mil (mon / mil / champ) le père d’Ali (Ali / père) les gens du bord du fleuve (fleuve / bord / gens)

Il peut également s’agir de deux noms propres : Ali Sulay signifie alors Ali [fils de] Souley.

Les déterminants qualificatifs : l’adjectif
Selon White-Kaba (1994), les adjectifs construits à partir d’un verbe (forme radicale) ont soit pour terminaison le suffixe –o ou le suffixe –ante :
laala fottu nin koogu farga daabu être méchant être amer mûrir sécher être fatigué fermer personne méchante waari fotto nourriture amère tuuriize niino fruit mûr ham koogante viande séchée boro fargante personne fatiguée fu me daabante porte fermée boro laalo

Exemples tirés de White-Kaba (1993)

La linguiste américaine souligne que le suffixe –ante « peut s’ajouter à un très grand nombre de verbes pour en former le ‘participe’ » (ibid.). On peut également construire des adjectifs à partir d’un numéral en ajoutant le suffixe –ante :
Feeji taaci feeji taacanta quatre chevaux (cheval / quatre) le quatrième cheval (cheval / quatrième)

Tous les nombres ordinaux se forment ainsi, à l’exception du chiffre un (fo) :
Fu fo Fu sintina une maison (maison / une) la première maison (maison / première)

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L’adjectif se place toujours directement après le nom. Il prend les marques (suffixes) du défini et du pluriel, à la place du nom qu’il qualifie. Par exemple :
Wangaari laalo no c’est un dangereux guerrier (guerrier / dangereux / c’est)

Il existe une exception : l’adjectif kambe (du nom kambe : main, bras) signifie propre, lorsqu’il est placé entre le déterminant possessif et le nom :
Ay sinda ay kambe fu je n’ai pas ma propre maison (je / ne pas avoir / ma / propre / maison) (tiré de Eberle 1996) Hamdillaayi a mana fatta kala no din Ndunga. Nga mo ka ga te nga kambe koytaray [Le village de] Hamdallaye il vient de là-bas à Ndounga. Lui aussi est devenu sa propre chefferie. (Hamdallaye / il / ne… pas / sortir / sauf / là-bas / Ndounga / lui / aussi / venir / part. verb. / faire / sa / propre / chefferie)

Le redoublement d’adjectifs permet un affaiblissement du sens de celui-ci :
Bi Bi-bi Mariyo Mariyo-mariyo noir un peu noir (noir / noir) mince un peu mince (mince / mince)

Lorsque le déterminant est un adjectif démonstratif, numéral ou qualificatif, il est placé après le noyau, si c’est ce dernier qu’il caractérise. Par exemple, une belle maison se dit fu hanno (lit. maison / belle). S’il existe deux adjectifs, ils sont tous les deux placés après le nom, mais – de préférence – à l’inverse du français : une grande et belle maison se dit fu hanno bambata (maison / beau / grand). Dans le groupe du nom, la marque du défini et de l’indéfini au singulier et au pluriel se met à la fin du dernier nom, adjectif qualitatif ou quantitatif. Reprenons l’exemple précédent :
Fu hanno Fu hanno ya Fu hanna Fu hanney Fu hanno wo Fu hanney wo une belle maison des belles maisons la belle maison les belles maisons cette belle maison ces belles maisons

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La détermination par une relative
La relative est composée du nom suivi du pronom relatif ka (qui, que), éventuellement d’une postposition, puis du sujet et du verbe. Ka remplace chaque nom – quelle que soit sa fonction (sujet, objet direct ou indirect) –, déterminant circonstanciel de temps, circonstanciel de lieu. Si le pronom relatif ka remplace un objet indirect, il est suivi de la postoposition se (à, pour). S’il remplace un déterminant dans la phrase relative, le déterminé est placé immédiatement après le pronom relatif :
Fuwo17 ka ay di la maison que j’ai vue (maison / rel. / je / voir) Bora ka se i ga ne Adamu la personne que l’on appelle Adamou (personne / rel. / à / on / inacc. / dire / Adamou) Ay borey ka do ay koy les gens chez qui je suis parti (mes / gens / rel. / chez / je / partir)

Certains mettent ka au pluriel (ka ya ) pour l’accorder au nom auquel il réfère si celui-ci est au pluriel :
Borey ka ya ka les gens qui sont venus (les gens / rel. / venir)

Dans la prononciation courante, ka voyelle :
Wo k’ay ne ka ay ne]

s’élide parfois devant une

ce que j’ai dit (ce / rel. / je / dire) [à la place de wo

Les pronoms
Les pronoms personnels sont utilisés en position de sujet ou d’objet. Les pronoms personnels standards comprennent les premières (je : ay / nous : iri), deuxièmes (tu : ni / vous : ara ) et troisièmes personnes (il / elle : a / ils / elles / on : i) du singulier et du pluriel18. Par contre, comme pour les noms, le genre n’est pas mentionné. Ces formes standard peuvent être utilisées en position de sujet, d’objet direct ou indirect et de déterminant possessif. La troisième personne du singulier peut occasionnellement être employée
17. Le nom suivi d’un pronom relatif est toujours à la forme définie. 18. Pour une question de lisibilité, les pronoms a et i seront toujours traduits par leur forme masculine il / ils, sauf lorsque le sujet est sans ambiguïté au féminin.

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impersonnellement (a : il, c’), tout comme la troisième personne du pluriel (i : on) :
A ga hin ga te a ga ka il se peut qu’il vienne (il / inacc. / pouvoir / part. verb. / faire / il / inacc. / venir) I ne ka a ga ka on dit qu’il va venir (on / dire / que / il / inacc. / venir)

La deuxième personne du pluriel ara est également employée comme formule de politesse (à la place de ni : tu). Dans plusieurs situations, on utilise la forme emphatique (ou pronom tonique) comme moi : ay19 ; toi : nin ; lui / elle : nga ; eux : ngey : • Lorsque le pronom est suivi de no (c’est) ou ne (voici). Dans les deux cas, il a pour fonction d’identifier une personne (ex. nga no : c’est lui ; nga ne : le voici). • Avant les postpositions telles que mo (aussi), bumbo (même, aussi), et parfois avant binde (quant à lui) :
Nga binde Nga bumbo Nga wo si te ! Nga ya alfa no Nin ka ga bay quant à lui (lui / quant à) lui aussi (lui / aussi) celui-ci ne vaut rien ! (il / ceci / ne…pas / faire) lui c’est un marabout (il / emph. / marabout / c’est) toi qui savais (toi / rel. / inacc. / savoir)

• Avant le démonstratif wo • Avant la particule empathique ya (vraiment, certes) : • Avant une relative : • En ajoutant bo (lit. par rapport à sa propre tête) au pronom, on crée une construction ‘réfléchie’ :
A na a wi il l’a tué (il / acc. / le, la / tuer) A na nga bo wi il s’est suicidé (il / acc. / lui, elle / par rapport à / tuer) A na a turu elle l’a tressée (elle / acc. /le, la / tresser) A na nga bo turu elle s’est tressée elle-même (elle / acc. / lui, elle / par rapport à / tresser)

19. Pour dire X (toi, lui, etc.) et moi, on n’utilise pas ay pour désigner la première personne, mais in : in nda ni (je / avec / toi) : toi et moi ; in nda a (je / avec / lui, elle) : lui et moi ; in nda ara (moi / avec / vous) : vous et moi ; etc.